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carnets de voyage et notes de lectures de miriam

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carnets de voyage et notes de lectures de miriam

Catégorie : Histoire des Juifs

Le Typographe de Whitechapel – Rosie Pinhas Delpuech – Actes Sud

LIRE POUR ISRAEL

« Il s’appelle Yossef Hayim Brenner. Il est né en 1881 à Novy Mlini, à la frontière entre la Russie et la Biélorussie.
Il est avec H. N. Bialik et S. Y. Agnon l’un des trois grands écrivains fondateurs de l’hébreu contemporain, et sans doute le plus audacieux. Sa vie est brève, il meurt assassiné lors d’émeutes arabes à Jaffa en 1921. »

Rosie Pinhas Delpuech raconte la vie de Brenner mais cette biographie, trame du livre, est entrelacée par une réflexion sur la langue hébraïque. L’auteure, traductrice de l’hébreu, s’implique personnellement dans la narration ;  elle  nous fait entendre l’hébreu actuel, le Brouhaha d’un autobus déchiffrant les accents, les langues qui se mêlent. 

« Dans mon métier – je suis transporteuse de langues –, les vacances sont rares, nous mettons longtemps à
transporter notre cargaison de mots d’une rive à une autre,

[…]
Pourquoi cette langue, l’hébreu, pourquoi ça ne me lâche pas, pourquoi ce livre sur un écrivain que je ne parviens même pas à lire, ni à traduire, mais autour duquel je tourne depuis des années ? »

Avant d’être la langue de la vie de tous les jours en Israël, l’hébreu était la langue de la religion et le retour à la Bible est une évidence. Les références anciennes, au personnage de Moïse, le bègue traversent le récit.

L’auteure situe le personnage de Brenner dans son contexte, écrivain juif russe, exilé à Londres arrivant à Whitechapel. Brenner écrit en hébreu, ce n’est pas une évidence à l’époque, le yiddish est beaucoup plus pratiqué alors, en hébreu manquent encore des vocables de la vie quotidienne, cependant. D’autres alternatives existent comme l’Espéranto  ou lz langue du pays de résidence, allemand, russe, anglais….

« Comme si, à l’orée du XXe siècle, le peuple juif laborieux, ouvrier, se découvrait non seulement sans terre et sans
abri, mais dans une détresse linguistique semblable à une détresse respiratoire. »

Whitechapel est le quartier des pauvres. Brenner s’installe en même temps que Jack London. De quelques semaines d’expérience, London rapporte Le Peuple de l’Abîme.  Brenner s’installera le 2 avril 1904 parmi les juifs démunis travaillant dans les sweatshops pour des salaires dérisoires provoquant le rejet et l’antisémitisme des ouvriers locaux qui voient en eux des immigrés gâchant les conditions de travail.

 

Même si les conditions de vie sont misérables, des journaux circulent parmi les juifs. Dès 1976, Aaron Liberman fonde avec dix ouvriers dont quatre imprimeurs l’Union des Socialistes hébraïques, en 1884 un journal rédigé en yiddish est destiné au public ouvrier; en 1885, paraît  l’Arbeter Fraynt de tendance anarchiste et yiddishisant . On croise un personnage singulier Rudolf Rocker, catholique allemand qui épouse le destin des anarchistes juifs et devient directeur de l‘Arbeter Fraynt. Brenner s’installe au dessus du local de l’imprimeur Narodiski et apprend le métier de typographe. Brenner raconte ce monde des petits journaux dans son roman Dans la détresse . Il crée une revue littéraire en hébreu qui a des abonnés en Europe et en Amérique. Malgré l’aspect artisanal de sa fabrication Brenner est célèbre. Lorsque Freud est de passage à Londres, ils se donnent rendez-vous devant les dessins de Rembrandt. Et encore, en filigrane, apparaît le personnage de Moïse, 

Rembrandt : le festin de Balthazar

« Dieu écrit directement avec son doigt, comme un artisan, et rien ne m’intrigue autant depuis mon enfance que ce doigt de Dieu qui montre une direction, qui écrit. Rembrandt le peint dans Le Festin de Balthazar, »

J’ai adoré cet entrelac d’histoire et d’exégèse de la Bible alors que justement la renaissance de l’Hébreu se veut laïque

Faire renaître un hébreu simple, encore gauche, détaché de son contexte religieux, ancré dans la réalité prosaïque
de l’humain. La langue, toute langue, ne peut qu’être humaine, ramassée dans la poussière et la sueur de la rue. 

Brenner quitte Londres en 1908, passe à Lemberg une année, hésite entre Ellis Island et la Palestine. Il accoste en février 1909 à Haïfa. 

Commence alors une nouvelle histoire, celle de la Seconde Aliya, celle des coopératives  agricoles, des communautés ouvrières. L’hébreu est alors la langue quotidienne, de Hedera au Lac de Tibériade, il n’existe pas toujours de mots pour désigner les choses. l’hébreu est façonné par des eshkenazes, L’écrivaine note

Il faudra aussi l’éclatement de l’utopie cinq ans plus tard, en 1967, pour que l’espace se fissure et que par
l’interstice s’engouffre l’arabe palestinien

Cette irruption de l’arabe remet en circulation l’ « l’arabe honteux des juifs orientaux » . La traductrice ne se lasse pas d’interroger l’évolution de la langue, et j’apprécie ses digressions 

Brenner aboutit dans une cité-jardin Ein Ganim et vit dans une communauté laïque

Il se lie d’amitié avec deux grandes figures fondatrices du sionisme socialiste : A. D. Gordon et Berl Katznelson.

Elle note que sur le sionisme ils sont lucides

Herzl s’est trompé, ce n’est pas une terre sans peuple pour un peuple sans terre. Il y a des habitants, ici, les Arabes, ils tiennent à cet endroit. 

Le 1er mai 1921, les ouvriers juifs défilent avec des drapeaux rouges, la population arabe réagit, c’est une journée sanglante

Brenner succombera, victime des journées d’émeutes.

Merci à Aifelle de m’avoir signalé ce livre qui traite de trois sujets que je poursuis : l’histoire du peuple juif, l’hébreu et le rapport de la traductrice à la langue.

Personnellement, j’aurais mis 5* sur Babélio mais peut être suis-je trop subjective!

 

 

 

 

 

 

Avatar de InconnuAuteur Miriam PanigelPublié le 12/26/202112/24/2021Catégories Angleterre, Chalenge Jack London, Histoire des Juifs, israel, Littérature israélienne7 commentaires sur Le Typographe de Whitechapel – Rosie Pinhas Delpuech – Actes Sud

La Treizième tribu : l’empire khazar et son héritage – Arthur Koestler

KHAZARIE

Récemment, j’ai lu La mort du Khazar Rouge de Shlomo Sands un polar où il est question de l’identité juive et des Khazars, j’ai voulu en savoir plus sur les Khazars. Emmanuel Ruben, Sur la route du Danube raconte qu’il a visité un cimetière khazar à Celarovo (Serbie), il cite Le Dictionnaire khazar de Milorad Pavic. J’ai téléchargé la Treizième Tribu de Koestler en anglais et j’ai beaucoup appris sur les Khazars.

 

La Treizième tribu, l’Empire Khazar et son Héritage est un livre de 181 pages, annexes comprises. Sa première publication date de 1976. Il est composé de deux parties : L’essor et la chute des Khazars et l’Héritage.

Khazarie et voisins trouvé sur wikipedia

Qui étaient les Khazars? C’est un peuple d’origine turque, semi-nomade,  venant de l’est, comme avant eux les Huns, Bulgares? Hongrois ou Pechnègues. Leur domaine s’est étendu entre la Mer Noire et la Caspienne, du Caucase à la Volga. Ils sont venus avec leurs yourtes, puis ont construit des palais. Leur capitale Itil se situait dans le delta de la Volga; pour contrer les incursions des Vikings (Rus) ils édifièrent la forteresse de Sarkel près de Tsimliansk (Rostov-sur-le-Don).  Après avoir combattu les Arabes au 7ème siècle, le Royaume Khazar  servait à l’équilibre géopolitique entre l’empire Byzantin chrétien et les califes musulmans. Situé au carrefour des routes commerciales (Est-Ouest sur la Route de la Soie) et nord Sud, par la Volga et le Don entre la Baltique et Constantinople, le royaume Khazar vivait du commerce en prélevant des taxes de passage sur les marchandises qui circulaient.

la conversion

Selon la légende, en 740, le Kagan Bulan, aurait vu un ange dans son sommeil lui enjoignant de se convertir ….mais quelle religion  choisir?  Il fait venir des représentants des trois grandes religions monothéistes pour une grande controverse. Le choix est peut être plus politique que philosophique, garantissant l’indépendance du royaume entre l’Islam et le christianisme byzantin. Le judaïsme était bien connu des Khazars : des Juifs de Bagdad fuyant des persécutions auraient rejoint la Khazarie.

Koestler se réfère aux textes connus, relation d’Ibn Fadlan, mais aussi correspondance entre un Juif de Cordoue, textes byzantins. C’est vraiment un essai historique loin du roman historique. un important corpus de notes et références dans les annexes montre le sérieux de cette étude. .

L’empire Khazar atteindra son apogée à la fin du VIIIème siècle, vers le milieu du IXème siècle le Kagan demanda l’aide des byzantin pour construire la forteresse de Sarkel destinée à contenir les incursions des Vikings ou Rus. Constantinople se servait du royaume Khazar comme bouclier protecteur contre les navires Vikings comme aux siècles précédents contre la bannière verte du Prophète. Une alliance entre les Khazar et les Magyars confortait la position du Kagan.

Toutefois, au tournant du millénaire , l’annexion en 862 de Kiev par les Rus, les guerres et les alliances entre Constantinople et les Vikings/Rus puis le baptême de la Princesse Olga de Kiev en 957 annoncent le rapprochement entre les deux puissances au détriment des Khazars. Vladimir occupa Cherson  en 987 sans même une protestation byzantine. La destruction de Sarkel en 985 marqua la fin de la puissance Khazar. Les hordes mongoles de Gengis Khan au début du XIIIème siècle puis la peste Noire 1347-8 signent la chute de l’empire Khazar.

L’héritage

Avec la destruction de leur état, plusieurs tribus Khazar se joignirent aux magyiars en Hongrie, certains ont combattu en Dalmatie en 1154 dans l’armée hongroise. La diaspora khazar suivit la migration vers l’Ouest des Magyars, Bulgares de la Volga,  Kumans, etc…La formation du Royaume de Pologne se fit au moment du déclin de l’empire Khazar 965. les immigrants khazar furent les bienvenus en Pologne et en Lituanie, de même que les Allemands qui apportèrent leur savoir-faire. parmi ces population s’installèrent aussi les Karaïtes, une secte juive fondamentaliste emmenés comme  prisonniers de guerre en 1388. Koestler montre l’apport démographique  considérable formant d’après lui le noyau de la communauté juive eshkenaze. Tandis que le féodalisme polonais a graduellement transformé les paysans polonais en serfs la communauté khazare surtout urbaine a formé un réseau d’artisans, marchands de bestiaux, cochers, tailleurs, bouchers… caractéristiques du Shtetl. Selon Koestler, la construction de charrettes, la profession de cocher spécifique des communautés juives aurait une origine khazar rappelant les peuplades semi-nomades qui utilisaient des chariots tiré par des bœufs ou des chevaux.

L’usage du yiddisch proche de l’Allemand conduit à penser que les juifs polonais ou russes seraient venus de Rhénanie et d’Allemagne. Après une grande digression sur l’historique des communautés juives d’Europe de l’Ouest Koestler soutient que ces migrations à la suite des persécutions pendant les Croisades et après la Grande Peste ne marquent  pas de déplacement en masse et que l’usage du yiddisch pourrait avoir une autre origine, linga franca dans tout ce domaine parce que les Allemands formaient une population éduquée qui influençait les juifs du shtetl.

S’en suit ensuite une longue étude pour prouver qu’il n’existe pas de fondement scientifique à l’existence d’une race juive. Etude fastidieuse des caractères comme la forme du nez, la taille, ou les groupes sanguins. Comme, depuis longtemps, le concept de race n’est plus scientifiquement fondé, je ne m’attarde pas sur cette partie du livre.

Cette idée que les Juifs Ashkénaze auraient des origines turques et  asiatiques complètement distinctes des origines de la Diaspora venant de Palestine après la Destruction du Temple perturbe certaines traditions et certaines notions comme celle de « Peuple élu » et se trouve à la base du roman de Sand La mort du Khazar Rouge. 

Je serais curieuse de lire ce que Marek Halter a écrit

Dans mes recherches sur Internet j’ai eu la très désagréable surprise de trouver que les Khazars avaient inspiré antisémites et conspirationnistes qui ont imaginé des conspirations khazares impliquant Rothschild ou même Soros. Evidemment j’ai prudemment refusé d’aller plus loin et de cliquer sur les vidéos ou les liens de peur d’importer de très nauséabonds cookies.

Avatar de InconnuAuteur Miriam PanigelPublié le 12/09/202112/24/2021Catégories Histoire des Juifs, la route de la soie, Littérature anglaise, Mitteleuropa, MittelEuropa, pologne, Religion, Russie5 commentaires sur La Treizième tribu : l’empire khazar et son héritage – Arthur Koestler

Juifs d’Orient – une histoire plurimillénaire à l’Institut du Monde Arabe

Exposition temporaire jusqu’au 13 mars 2022

L‘IMA poursuit avec Les Juifs d’Orient la série : Hajj pèlerinage à la Mecque et Chrétiens d’Orient, 2000 ans d’histoire avec la même ambition et la même approche chronologique dans un Orient qui s’étend de l’Atlantique à la Perse et à l’Arabie. Coexistence millénaire des Juifs et des Musulmans .

brique funéraire – Espagne IV -VI ème siècle

La chronologie remonte à la destruction du premier temple (586 av JC) et l’exil à Babylone, puis à la destruction du second temple (70)et l’interdiction  aux Juifs de vivre à Jérusalem qui devient Aelia Capitolina (130)

Des papyrus trouvés dans l’Île Eléphantine sont datés 449 – 427 – 402 av JC

Des objets illustrent l’époque romaine : lampes portant la ménorah en décor,(Egypte, Tunisie, Maroc) des ossuaires de marbre, mosaïques de la synagogue de Hammam Lif (Tunisie)  avec des inscriptions en latin. magnifique vase de Cana en albâtre.

Doura Europos traversée de la Mer rouge

La synagogue de Doura Europos (Syrie 244 -245) fut entièrement peinte à fresques sur des thèmes bibliques. On entre dans une petite salle où les photographies des fresques ont un aspect saisissant. On s’y croirait. C’est une surprise totale. Je n’imaginais pas de telles peintures figuratives. 

Doura Europos scène du Livre d’Esther

Un dessin animé montre la rencontre du prophète Mohamet avec les tribus juives de Médine qui se soldera mal.

En parallèle une peinture de J Atlan  rappelle la figure de la Kahena (reine berbère, peut être juive qui mourut en 703 dans les Aurès combattant les invasions arabes;

Dans une petite salle un documentaire nous montre la Gueniza du Caire et les  autographes de Maïmonide. C’est très émouvant de voir ces documents : en plus des écrits religieux on découvre même la punition d’un écolier qui a fait des lignes, répétant 500 fois que « le silence est d’or » on imagine le garçonnet turbulent! Dans une vitrine sont exposés des manuscrits et même celui de la main de Maïmonide (la photo était floue à travers le verre) .

Une salle reproduit la synagogue de Tolède je remarque le sceau personnel de Todros Halevi fils de Don Samuel halevi Aboulafia de Tolède. 

Souvenir de pèlerinage à Jérusalem (affiche)

Le Temps des Séfarades raconte la vie des Juifs à Istanbul avec des photos anciennes et d’amusants souvenirs de pèlerinages à Jérusalem

Istanbul, les trois religions

Le temps de l’Europe avec un grand tableau de Crémieux, des photos de classe de l’Alliance Israélite évoque l’Algérie et la colonisation française. En face des dessins et aquarelles de Delacroix, Chasseriau montre l’intérêt pour l’orientalisme. 

tikim pour la Torah

La vie des communautés juives au tournant du XXème siècle 

montre des objets venant du Maroc (vêtements, bijoux, objets)

bijouxMaroc

 

bijoux et photos du Yémen . Un film m’a étonnée : un pèlerinage  à la Ghriba de Djerba, ces Juifs semblent sortis de la haute Antiquité alors qu’il a été filmé en 1952. La Ghriba était bien vide lors de nos passages il y a 3 ans. 

Ctouba : contrat de mariage

Dans une salle, des photos de familles marocaines, algériennes et tunisiennes montrent l’exil vers la France ou le départ en Israël. Un monde disparu.

La fin de l’exposition montre la création de l’Etat hébreu et ses conséquences : départ des juifs marocains (Aliya spirituelle pour ces populations très religieuses, mais aussi émigration économique de villageois très pauvres), l’arrivée des Juifs Irakiens, accueillis au DDT alors qu’ils avaient revêtu leurs plus beaux habits. Déchirements de ces Irakiens établis depuis l’Exil à Babylone bien avant l’arrivée des Arabes.

Une vidéo très joyeuse de Yemennight 2020, Talia Collis jeunes yéménites rappeuses préparant la mariée avec le maquillage au henné, danses et musique aux paroles ironiques sur le pays où coule le miel, le lait, les dattes….j’aimerais retrouver sur Internet cette vidéo.

Cette exposition est très ambitieuse, peut être trop. Très riche en documents, peut être trop. Qui trop embrasse, mal étreint. Je me suis sentie un peu perdue dans tous ces témoignages très touchants mais pas toujours bien mis en évidence. Il y avait matière à plusieurs expositions.

 

 

Avatar de InconnuAuteur Miriam PanigelPublié le 12/07/202112/24/2021Catégories Espagne, histoire, Histoire des Juifs, israel, Le monde en expos, liban, Maroc, moyen orient, Palestine, paris/banlieue, Tunisie, Turquie5 commentaires sur Juifs d’Orient – une histoire plurimillénaire à l’Institut du Monde Arabe

Retour à Lemberg Philippe Sands

HOLOCAUSTE/PROCES DE NUREMBERG

Lemberg, capitale de la Galicie province autrichienne, Lwow polonaise après la Guerre de 1914-1918, Lviv ukranienne où se côtoyaient Polonais, Juifs, Ukrainiens. Philipp Sands mène l’enquête sur les traces de son grand- père Léon Buchholz, né en 1904 à Lemberg, discret tellement discret sur son passé.


Sands est avocat, juriste auprès de la Cour Internationale, spécialiste en Droit International. Retour à Lemberg revient sur le Procès de Nuremberg où les dignitaires nazis et bourreaux furent jugés : parmi eux, Hans Frank, avocat, conseiller du Führer et Gouverneur de Pologne occupée qui est passé par Lemberg en 1942. Sands fait la biographie de deux juristes qui  ont étudié à Lemberg et siégé au Tribunal de Nuremberg et apporté leur contribution au Droit International. Hersch Lauterpacht, professeur de Droit International, et Raphael Lemkin, procureur et avocat. Ces trois personnages ont échappé aux massacres en ayant émigré à temps mais ont perdu dans l’Holocauste pratiquement toute leur famille. Lauterpacht introduit dans le Droit International la notion de Crime contre l’Humanité, tandis qu Lemkin définit le concept de Génocide. Pour le lecteur moyen, ces deux concepts recouvrent à peu près la même chose, mais pas pour le juriste : Le Crime contre l’Humanité considère les individus et les responsabilités individuelles, principalement dans le cadre des crimes de guerre. le Génocide, en revanche considère des groupes persécutés en tant que groupes comme les Juifs par les nazis, ou les Tsiganes. Une grande partie du livre s’attache à ces deux concepts, leur acceptation ou leur refus par les puissances alliées à Nuremberg. Pour moi qui n’ai jamais étudié le Droit, cet aspect de l’essai de Sands est tout à fait nouveau et intéressant.  

Cette enquête, presque policière, méthodique, imaginative, s’appuyant sur de maigres preuves, parfois une signature, un graffiti,  à l’envers d’une photo, est tout à fait passionnante. Sands cherche des témoins, il est temps, les survivants sont bien vieux

J’ai pensé à deux lectures récentes : Les Disparus de Mendelsohn et Faux Poivre de Sznajder, enquêtes sur des parents morts  dans l’Holocauste. Les Disparus sont sans doute plus littéraires, mais l’aspect juridique du Retour à Lemberg m’a beaucoup intéressée. 

Avatar de InconnuAuteur Miriam PanigelPublié le 10/13/202102/02/2022Catégories histoire, Histoire des Juifs, holocauste, Littérature anglaise, MittelEuropa, pologne8 commentaires sur Retour à Lemberg Philippe Sands

le Retour du Hooligan – Norman Manea

LIRE POUR LA ROUMANIE

 

« Hooligan ? Qu’est-ce qu’un hooligan ? Un déraciné, un non-aligné, un marginal ? Un exilé ? 

Un déraciné, un exilé, un dissident : est-ce cela, être un hooligan juif ? Et l’anti-parti, l’extraterritorial, l’apatride
cosmopolite qui te parle, quelle sorte de hooligan est-il ? »

Norman Manea, écrivain roumain, exilé aux Etats Unis depuis 1988, accompagne un ami musicien à Bucarest en 1997 où il n’est jamais retourné. Ce livre s’articule en plusieurs parties, tout d’abord avant le départ, les hésitations de celui qui a fui le régime communiste. Il a écrit un essai critiquant le soutien de  Mircea Eliade  au mouvement nationaliste La Garde de Fer antisémite, a été accusé de blasphème et de trahison par les patriotes locaux  et par la presse de la nouvelle démocratie. Critique aussi de l’écrivain  juif Sebastian qui  ne s’est pas désolidarisé de Mircea Eliade . Les  Hooligans sont justement le titre d’un livre Eliade. Sebastian a aussi  utilisé  le mot « Hooligan »  dans un ses titres Comment je suis devenu un hooligan? Ce livre s’annonce donc comme très littéraire en ce qui concerne la littérature et l’histoire roumaine. Heureusement, j’ai déjà entendu cette histoire dans plusieurs livres (Eugenia de Lionel Duroy et Athénée Palace de Rosie).

 

Après ces préambules, Manea raconte son histoire et celle de sa famille à Suceava, en Bucovine, histoire d’une famille juive dans les années 30, « années hooliganiques » qui sera déportée en Transnistrie en 1941, et reviendra en 1945 à 9 ans. En même temps que le communisme s’installe en Roumanie, le jeune garçon est enrôlé comme pionnier tandis que son père, comptable dans une sucrerie, se voit offrir la carte du parti et promu directeur du « commerce socialiste ». L’utopie  séduisante, tout d’abord, se révèle mortifère. Piégé, son père est condamné aux travaux forcés dans le camp de Periprava. Norman Manea, ingénieur hydraulicien, mène sa carrière d’écrivain et son travail d’ingénieur. La seule solution pour survivre : l’exil. Nombreux sont ceux qui ont émigré, en Israël ou ailleurs. Manea ira aux Etats Unis, accueilli par une université en 1988. 

 » Captivité et liberté ne cesseraient jamais, au cours des quarante années suivantes, leurs improbables négociations, leurs compromis et complicités de tous les instants, leurs escapades vers des refuges, des compensations secrètes. L’Initiation se poursuivait, et le prisonnier attaché au pilier de granit socialiste persistait à rêver, comme tous les prisonniers, de délivrance et d’évasion. Mais entre-temps, il s’était lui-même enchaîné, Ulysse immature, à sa table à écrire. »

Après avoir fait part de ses doutes, de ses craintes, de ses hésitations, il raconte par le menu son retour, une dizaine de jours du 21 avril au 2 mai 1997. L’écrivain  célèbre est invité à des festivités officielles, au Séder de Pâques de la Communauté juive. Il retrouve ses amis, ses anciens collègues. il voyage à travers le pays. Plus éprouvant, il se rend sur la tombe de sa mère qu’il n’avait pas revue. Et c’est l’occasion de présenter toute une galerie de personnages, intellectuels ou politiques. Occasion aussi de faire le point sur la situation du pays après la chute des Ceausescu. C’est intéressant mais il y a des longueurs pour le lecteur qui ne connaît pas la Roumanie et les arcanes de sa bureaucratie. J’ai préféré la première partie, plus personnelle, plus intime.  

Ce qui me retenait en Roumanie n’était pas la religion ni le nationalisme, mais la langue, et les chimères qu’elle me
faisait entrevoir. Et aussi, naturellement, pour le meilleur et le pire, ma vie entière, dont elles étaient l’essence.

C’est aussi une réflexion sur l’identité. L’écrivain est attaché à la langue roumaine. Religion ou nationalisme ne le concernent pas, écrire en Roumain, entendre parler Roumain constituent le principal de la personnalité de l’auteur.

C’est bien sûr une critique mais critique avec humour!

Un milicien envoyé d’urgence dans le grand hôpital psychiatrique de la capitale resta interdit devant les fous qui, se
contaminant mutuellement, s’écriaient allégrement ici et là : « À bas le communisme ! À bas le Conducător ! »
Alors qu’il s’apprêtait à les arrêter, il s’était heurté à l’opposition du directeur. « Nous sommes dans
un asile de fous. De fous, ne l’oubliez pas ! » Ce à quoi le policier rétorqua, avec un parfait bon sens :
« Fous ? Comment ça, fous ? Mais alors, pourquoi ne crient-ils pas : “Vive le Communisme, vive le
Conducător” ? » Il formulait, sans le vouloir, toute l’ambiguïté de la maladie nationale.

 

 

 

 

Avatar de InconnuAuteur Miriam PanigelPublié le 08/12/202112/24/2021Catégories Histoire des Juifs, Roumanie4 commentaires sur le Retour du Hooligan – Norman Manea

Chagall, Modigliani, Soutine…Paris pour école, 1905 – 1940 – MAJH

Exposition temporaire jusqu’au 31 Octobre

Sonia Delaunay – Philomène 1907

Chagall, Modigliani, je les aime tant que je ne raterais pour aucun prix une exposition qui leur est consacrée. D’ailleurs, dans l’exposition du MAJH, je vais naturellement les admirer.

Zak : marionettistes

Cependant, ce sont les moins connus, ceux que je découvre dont j’ai envie de parler. Zak, que je ne connaissais pas du tout, Jules Pascin portraitiste et dessinateur

Jules Pascin : Alfred Flechtheim en toréador 1925

Kremègne, découvert au musée de Céret, dont l’œuvre est variée

Kremègne

Et les sculptures de Lipchitz et de Chana Orloff qui me touchent énormément.

Lipchitz : marin à la guitare

et cette maternité si tendre

Chana Orloff : maternité

Nombreuses découvertes et plaisir de retrouver des œuvres connues.

Toutefois, le propos est L’école de Paris qui aurait réuni pendant plusieurs décennies une foule d’artistes juifs, russes ou polonais, hongrois, tchèques, allemands, venant de toute l’Europe, fuyant le numérus clausus des universités russes, les pogromes, la pauvreté ou tout simplement attirés par la vie artistique de Montparnasse ou des ateliers parisiens.

Indenbaum : La Ruche

Ecole? c’est paradoxal parce qu’il n’y a pas eu une seule école, ni un style particulier, parce que chacun a trouvé son atelier :le Bateau lavoir, la Ruche, qui fut peinte à plusieurs reprises par Kremègne et Indenbaum, qui accueillit Soutine, Modigliani, Brancusi (la liste est si longue…).

Artistes Juifs ou Cosmopolites? Sûrement les deux, quand Paris était une fête!

Chagall : Apollinaire et Cendrars

Cependant ces artistes juifs, artistes reconnus et célèbres durent aussi subir l’antisémitisme de certaines élites. L’exposition met en évidence la renaissance d’une conscience juive avec la parution de revues juives de langue française.

Les mots de la fin sont ceux de Chagall : un long poème en Yiddisch et en Français « Pour les Artistes martyrs « (1950)

Chagall encore, pour le plaisir!

Avatar de InconnuAuteur Miriam PanigelPublié le 07/20/202112/24/2021Catégories histoire de l'Art, Histoire des Juifs, Le monde en expos, paris/banlieue4 commentaires sur Chagall, Modigliani, Soutine…Paris pour école, 1905 – 1940 – MAJH

Mendelssohn est sur le Toit – Jiri Weil

LITTERATURE D’EUROPE DE L’EST – TCHEQUIE

« Téléphonez à la mairie, tout de suite, quelqu’un doit bien y être de service. C’est une négligence inadmissible, inouïe, pire que la trahison. Mendelssohn est sur le toit ! »

Prague, 1942. La Tchécoslovaquie est un Protectorat nazi, le Protecteur, Reinhard Heydrich, promoteur de la Solution Finale règne. Contrairement aux brutes incultes de la Gestapo et des SS, Heydrich est cultivé et apprécie la musique. La présence de la statue de Mendelssohn sur le toit de l’opéra de la ville lui est intolérable, il faut la déboulonner d’urgence.

« Là-haut, sur le toit, il s’agissait d’autre chose. D’une statue. D’une statue juive. Déboulonner la statue d’un
compositeur juif, ce n’était pas un péché, la statue n’allait pas se plaindre au jour du Jugement. Eh ! les voies de
Dieu sont insondables. Même une statue pouvait se faire l’instrument de sa vengeance, il avait vu ça une fois
dans un opéra. »

C’est à Prague que fut créé le Don Giovanni de Mozart le 29 Octobre 1787 et il est bien question de statue. La statue du Commandeur interviendra-t-elle? Il sera souvent question de statues dans le roman de Jiri Weil, statue de la Justice qui indisposera la responsable du magasin-entrepôt des biens des Juifs spoliés, statue d’un ange contenant un cochon du marché noir…

Burlesque comique des statues dans un contexte de tragédie. Malgré la situation de l’occupation, malgré la menace pesante de la déportation vers l’Est, on sourit et même on rit quand les ignorants commencent à déboulonner Wagner (puisque c’est celui qui a le plus long nez, caractéristique du Juif dans l’imaginaire populaire), comique amer quand on demande au rabbin d’identifier Mendelssohn, alors que les images sculptées sont interdite dans sa vision rigoriste de la religion et qu’à son idée le compositeur baptisé n’est même pas juif!

Faites encore une fois le tour et regardez bien les nez. La statue qui a le plus grand nez, ce sera le Juif. »

Penauds, les deux agents lâchèrent la corde, laissant le nœud pendant au cou de Richard Wagner.

L’histoire de la statue met en évidence la brutalité, la bêtise des occupants et des collaborateurs., la terreur que Heydrich fait régner. Nous allons suivre dans ce roman le destin des personnages, juifs ou pas qui ont approché cette statue.

Cet épisode n’est que l’ouverture du roman qui raconte aussi les prémisses de la Solution Finale avec Theresienstadt – la ville-forteresse où sont enfermés les Juifs tchèques en attente d’une déportation dans les camps d’extermination. Jiri Weil met en scène différents personnages, des Juifs menacés, ou qui se cachent,  des collaborateurs, des résistants, des braves types envoyés en Allemagne…Personnages dérisoires à côté du destin, souvent sympathiques, toujours émouvants. 

Jiri Weil raconte l’attentat dont Heydrich a été victime, vengeance de la statue du Commandeur. Il raconte aussi le Musée juif rassemblant les objets de culte pillés dans les synagogues. C’est dans ce musée que l’auteur a passé la guerre et a réussi à échapper à la déportation. Commencé à la fin de la Guerre, le roman a subi la censure et certains épisodes ont été remplacés par d’autres plus conformes à l’idéologie communiste en insistant davantage sur le rôle de l’Armée Rouge et de la résistance. Cette nouvelle édition du nouvel Attila présente un chapitre censuré pour notre plus grand plaisir.

Lu dans le Mois de la Littérature de l’Europe de l’Est et chroniqué également par Kathel (Lettres Exprès) et par Patrice (et si on bouquinait?)

Avatar de InconnuAuteur Miriam PanigelPublié le 03/26/202112/24/2021Catégories Europe de l'Est, Histoire des Juifs, Mitteleuropa, Tchéquie13 commentaires sur Mendelssohn est sur le Toit – Jiri Weil

Faux poivre Histoire d’une famille polonaise – Monika Sznajderman – NOIR sur BLANC

MOIS DE LA LITTERATURE DE L’EST

Ce livre est un témoignage, une enquête familiale, une enquête sur l’Holocauste, avec une rigueur extrême, des références bibliographiques. Elle recherche les origines de sa famille:

 » Ce sont en vérité deux familles, l’une juive, l’autre polonaise, celle de son père et celle de sa mère »

Elle a grandi avec sa famille maternelle, grand-mère, oncles tandis que sa famille paternelle se borne à la personne de son père, seul rescapé de la Shoah. Des cousins éloignés, d’Amérique et d’Australie, ayant quitté la Pologne ont fait parvenir des photos que les disparus avaient envoyées. Ces photos illustrent le livre ; nous découvrons avec l’auteur les visages, leurs habits, les décors et  suivons le déroulement de l’enquête. Elle découvre ses ancêtres et leur ville d’origine

« En vérité, de toutes les injonctions rabbiniques, la plus durable et singulière est Zakhor ! Souviens-toi ! »

 […]

Voilà pourquoi je creuse et j’accumule, je relie et je recueille. Des morceaux d’histoire déterrés, des rares
documents et des paroles, plus rares encore, de mon père, rescapé de l’Holocauste, je construis un récit. »

Radom, la ville d’origine de ses ancêtres paternels a perdu tous ces juifs alors que la communauté juive formait le tiers de sa population en 1930.

 » Il existe en Pologne de nombreuses villes invisibles, mais Radom semble particulièrement saturée d’invisibilité. Ici, rien ne rappelle rien, rien ne s’accorde avec rien. « 

[…]

« Et pourtant, malgré l’absence de traces matérielles du passé, une autre vie continue d’exister sous la surface du
Radom d’aujourd’hui ; les morts continuent de vivre leur existence de fantômes. Leur présence est absente, et sa marque n’est pas tant quelque chose, que rien : le vide à l’endroit de l’ancien quartier juif de Radom, sur lequel
hurle le vent. Ainsi qu’une étrange douleur fantôme qui me surprend de temps à autre quand je pense à eux tous. »

L’auteure mène une enquête précise, recherche les adresses, les habitants , leurs occupations avec un luxe de détails qui peuvent peut-être lasser le lecteur mais qui démontre le sérieux du travail comme les citations de divers spécialistes.

La grand-mère de l’auteur est assassinée en 1941 dans le pogrom de Zloczow. Le récit du pogrom est glaçant. Comme la vie dans le ghetto de Varsovie jusqu’en 1942 où vivait le grand-père de Monika Sznajderman, médecin rejoint par ses deux fils. A la veille de la fermeture du ghetto, paraissait dans le gazette destinée à faire croire qu’une vie normale s’y déroulait encore la petite annonce suivante :

…« l’usine de produits alimentaires Saturne, dont le siège social se situe à Varsovie, au 7 de la rue Grzybowska, met
en garde tous ceux qui se sont procuré du poivre présenté dans des emballages de la firme auprès de revendeurs
non autorisés, leur demandant de vérifier qu’il est bien authentique. En effet, une bande de faussaires échange du
vrai poivre contre de la spergule des champs moulue. « Dans Grande Action. Dès le 22 juillet 1942, le ghetto était complètement  fermé… »

Cette annonce explique sans doute le titre du livre.

Après l’histoire de sa famille paternelle et de la liquidation de tous ses membres (sauf Marek son père). Monika Sznajderman raconte, photos à l’appui, sa famille polonaise : des aristocrates, riches propriétaires. Le grand père industriel qui a fait fortune en Russie, l’a perdue à la Révolution d’Octobre. Ses oncles ont eu des destins variés, l’un architecte de gauche s’est trouvé sa place après la guerre, tandis que l’autre nationaliste militant a été emprisonné. J’ai été plus dépaysée dans cette partie du livre

« Nous, nous avons tous survécu, eux sont tous morts ». 

 » Deux courants de la vie sous l’Occupation – juif et polonais – n’avaient pratiquement aucun point de rencontre. »

Il est difficile de comprendre comment la population polonaise a ignoré l’anéantissement des Juifs.

 » Car je regarde à travers des lunettes doubles, et eux regardent avec moi. Car j’ai perdu mon innocence, les privant par là même de la leur aussi. Ainsi mes ancêtres polonais sont-ils devenus responsables avec moi du sort de mes ancêtres juifs –  ma famille juive de Varsovie et de Radom, de Miedzeszyn et de Śródborow, que je n’ai jamais connue, et tous les Juifs avec qui les Rozenberg… »

« Les nobles terriens du voisinage ne prêtent aucune attention, semble-t-il, au sort des Juifs de Łęczna, avec
lesquels mes parents polonais et leurs voisins étaient liés de longue date par des relations commerciales et sociales, souvent intimes et cordiales. « 

Comment des courses de chevaux ont continué alors que le Ghetto de Varsevie était anéanti? Comment un pogrom se déroulait dans la parfaite indifférence (le meilleur des cas) mais souvent avec la complicité des Polonais? L’antisémitisme fut instrumenté par les politiques. La population s’est jetée sur les biens abandonnés par les Juifs.

« Dès le début des années 1940, avant que la machine hitlérienne d’extermination de la population juive ne se mette en branle, une fraction importante de la société polonaise avait mentalement projeté le vide que laisseraient les Juifs et, au mieux, en avait pris acte, au pire, s’en réjouissait et le louait pleinement. »

Quel mot étrange, pożydowskie – « qui reste après les Juifs ».

Tous les Juifs iront à la poubelle », dit Klimer. C’en est fini des Juifs, maintenant, c’est « après les Juifs »

Monika Sznajderman conclue son livre par la rencontre de ses deux parents, tous les deux médecins. Mais la question de la responsabilité de la population polonaise dans la Shoah  et même après et l’antisémitisme qui perdure reste ouverte. 

Avatar de InconnuAuteur Miriam PanigelPublié le 03/18/202102/02/2022Catégories Europe de l'Est, Histoire des Juifs, holocauste, pologne11 commentaires sur Faux poivre Histoire d’une famille polonaise – Monika Sznajderman – NOIR sur BLANC

Les Oxenberg & les Bernstein – Interview de l’auteur Catalin Mihuleac par Andrei Martin (traduit du Roumain)

BUCAREST/PARIS

Les billets du Carnet Paris/Bucarest sont l’œuvre de mon correspondant Roumain George qui intervient souvent dans les commentaires du blog en ce qui concerne l’Europe de l’Est et particulièrement la Roumanie. 

Comme je lui ai demandé son avis sur le roman de Catalin Mihuleac, George a eu la gentillesse de traduire en Français un article d’une interview de cet auteur 

Vous reconstruisez, en effet, les détails du pogrom de Iasi, à partir de 1941. Il y a quelques passages sur la dépossession des Juifs, sur les actes de vandalisme dirigés contre eux, sur la manière dont ils ont été brutalement battus dans les rues de la ville. Sur le viol, sur les trains de la mort. Que signifie pour un écrivain d’aborder ce thème historique?

 Cela dépend de la façon dont il le fait. S’il maintient un niveau contemplatif, il n’obtiendra pas une œuvre d’art, mais un post-scriptum littéraire. Si, cependant, il s’implique et plonge dans les eaux de l’histoire, alors un travail profond en sort. En parlant de prix personnel. Pour moi, écrire ce livre m’a beaucoup consommé. Je rencontrais des amis et j’étais probablement tellement physiquement changé qu’ils m’ont demandé si quelqu’un était mort.

Quels sont les avantages de la fiction par rapport à la perspective purement historique?

La fiction aide à construire un récit chaleureux, contrairement à la froideur de l’histoire. La fiction donne des matériaux de construction, la fiction sort les gens des statistiques et les transforme en personnages. La fiction anime des événements dans les manuels. Je pense qu’en fin de compte, c’est le grand avantage du livre: qu’il parvient à regarder non pas la partie rationnelle de l’être humain, mais sa partie émotionnelle.

Dans les quatre parties du livre, toutes sortes de personnages apparaissent; il existe de nombreuses familles sur deux continents, dont certaines semblent inspirées par la réalité. Comment avez-vous construit les personnages?

Il existe trois types de personnages dans le roman. Certains sont réels à cent pour cent, et je ne parle pas seulement de personnalités comme Antonescu ou le colonel Chirilovici, le chef de la police de Iasi, mais aussi de personnes moins connues comme Carol Drimmer, un intellectuel juive qui a travaillé sur la traduction allemande de “l’anthologie de la nouveau roman”. C’était un érudit avec une ouverture européenne, une sorte d’ancêtre de Patapievici, qui voulait promouvoir la culture roumaine dans le monde. Il était germaniste et est mort dans les trains de la mort, maudissant Hitler. Il y a d’autres personnages, qui ont de la vraie fibre, mais avec une couverture fictive. Et d’autres sont à cent pour cent fictifs. Ma surprise a été de rencontrer des lecteurs convaincus que certains personnages de fiction sont à cent pour cent réels. Je l’ai pris comme un compliment.

Quelqu’un m’a demandé si ce personnage – le gynécologue Jacques Oxenberg – existait vraiment. Et j’ai dit que puisqu’il opère dans les pages du livre, cela signifie qu’il existait. Mais ensuite je suis arrivé au point de l’histoire médicale. A savoir que la césarienne était pratiquée par des médecins juifs sur la mère décédée, depuis les temps anciens de l’histoire. En Roumanie du siècle dernier, il y avait une très bonne école gynécologique, dans laquelle les médecins juifs avaient une contribution essentielle.

Quelle est la place de la fiction dans un roman avec un fond historique?

 Je pense qu’un dosage judicieux est nécessaire. Il ne faut pas exagérer de part et d’autre, car ce genre de thème est très tendre, mais il est aussi très facile à rater, s’il n’y a pas de dosage parfait entre fiction et réalité historique.

En parlant de dosage: l’humour doit aussi être très bien dosé lorsqu’il s’agit de sujets sensibles. Il y a aussi beaucoup d’humour dans ce triste livre. Mais comment avez-vous eu le courage d’introduire des lignes ou des passages ironiques dans un livre aussi sérieux?

 Quand j’écris, je ne peux pas me contrôler. C’est mon style, parfois ironique; dramatique, à d’autres moments. La bande dessinée est un très bon conservateur pour une œuvre d’art. Aujourd’hui, nous apprécions ce que Swift et Mark Twain ont écrit. J’étais conscient que sans cet ingrédient, le livre n’aurait pas été digeste. Il n’aurait pas atteint l’homme pressé aujourd’hui, il n’aurait pas atteint la jeune génération en premier lieu. Et c’était mon objectif initial: que le roman atteigne la jeune génération, car c’est seulement là que nous pouvons façonner les âmes.

Même ainsi, dans quelle mesure cette histoire noire du pogrom de Iasi de 1941 est-elle connue?

Cela commence seulement à être connu. Dans le roman, je mentionne que, du temps de Ceausescu, tous les crimes ont été attribués aux troupes allemandes. Mais les Allemands n’ont participé, pour ainsi dire, qu’à un niveau contemplatif. Après les années 90, les gens ont commencé à parler de ce sujet, mais il y avait aussi un violent courant de négationnisme, qui se manifeste encore. Il y a autre chose: là où la presse roumaine met sa queue, l’herbe ne pousse pas beaucoup. Car la presse n’a pris que la partie sensationnelle et superficielle des événements. Celui qui lit ce qui était écrit dans les journaux n’a plus que l’image des prisonniers dans les trains de la mort, qui, à cause de la déshydratation, se buvaient l’urine.

En Roumanie, l’accès aux archives n’est pas facile. Bien sûr, il existe une bibliographie assez importante sur ce sujet, mais il semble que vous ayez fourni des détails inconnus jusqu’à présent. Comment vous êtes-vous documenté pour le livre?

Je suis arrivé à des détails inconnus parce que je ne voyais pas les choses à travers les yeux d’un historien. J’ai jugé tout document qui me tombait entre les mains, dans l’idée de la construction à laquelle je me suis attelé. Je l’ai traité purement émotionnellement. Je voulais, tout d’abord, comprendre la haine sauvage de cette époque, car je ne peux haïr personne, que ce soit chinois, musulman, quadrupède ou étranger. D’accord, l’incident m’a également donné un coup de main. Par exemple, j’ai réussi à me lier d’amitié avec un survivant des camps de concentration nazis, qui m’a aidé à comprendre ce qui se passe dans l’âme d’un homme qui est né avec un stigmate, vit toute sa vie avec lui et toute la stigmatisation pousse lui en permanence à la périphérie.

On retrouve aussi dans ce livre des descriptions très plastiques des rues, des maisons de Iaşi des années 1930 et 1940, c’est une cartographie qui semble presque exacte pour ceux qui ne connaissent pas Iaşi, en tout cas.

J’ai essayé, en utilisant les écrits des journaux de l’entre-deux-guerres, de reconstruire l’image de l’époque non seulement de Iaşi, mais aussi de Bucarest.

Même Vienne est décrite dans ce livre, il y a des descriptions exactes des lieux…

Surtout de l’hôpital Rothschild, où étaient hébergés les juifs qui ont fui illégalement de Roumanie après 1945. J’ai dû aussi le recomposer selon les documents de l’époque, car il a été démoli entre-temps. J’ai aussi vu des photos, j’ai lu des témoignages de la vieille presse internationale. Le New York Times, par exemple, a publié en 1947 une série de photojournalisme sur l’hôpital Rothschild par Henry Ries. Choquant. J’ai également dû marcher sur Vienne pour recomposer une promenade décrite à la fin du livre, lorsque tous les fils du récit commencent à se relier.

Que reste-t-il aujourd’hui de Iaşi des années 30 et 40? Cette ville est-elle toujours reconnaissable?

Pas tellement, car Iaşi est désormais un mélange malheureux entre ce qui a été préservé de l’histoire et le récent boom du développement urbain chaotique et ivre. Par exemple, le Jockey Club – l’un des endroits les plus raffinés de la ville, mentionné par Curzio Malaparte dans son livre, Kaputt, où il y a aussi quelques chapitres sur Pogrom – était une splendeur architecturale. Il a été démoli avec la soi-disant systématisation socialiste. Et elle n’est pas la seule victime de l’élan dévastateur. Iasi après la Révolution avait deux maires qui ont rempli leurs mandats dans l’inimitié. Il s’agit de Constantin Simirad et Gheorghe Nichita, tous deux du comté de Botoşani.

« Vous ne pouvez pas prendre le pays sur la semelle de la chaussure » – c’est une ligne souvent répétée dans le livre. Le sort du personnage Dora prouve cependant exactement le contraire.

 Oui, c’est en fait une clé du livre. L’un des personnages américains, Joe Bernstein, originaire de Iasi, répète ce mot de Danton. Mais il a un ajout subtil: vous ne pouvez pas prendre le pays sur la semelle de votre chaussure, dit Danton, « mais il y a toujours quelque chose dans le talon ». À la fin, sa belle-fille, Suzy, veut voir ce qu’il y a dans l’affaire. L’enjeu est son lien avec la Roumanie.

Pourquoi avez-vous choisi de placer une partie importante de l’action, celle d’aujourd’hui, précisément en Amérique?

 Voici la partie du spectacle. Sans une section américaine moderne, placée aujourd’hui, je ne pense pas que le livre serait arrivé là où il aurait dû, il n’aurait pas été digeste. Le récit se déroule à deux niveaux: un chapitre porte sur la Roumanie et l’entre-deux-guerres Iasi, le prochain chapitre sur l’Amérique, la Roumanie ou Vienne en 2000. Il y a un entrelacement permanent entre les chapitres à haute tension et d’autres qui sont plus légers et plus orientés bande dessinée. . Mais même ceux qui semblent faciles ont, à première vue, leur profondeur.

L’Amérique était en effet une destination pour les Juifs fuyant l’Europe des vagues d’antisémitisme. Comment la société américaine a-t-elle assimilé cet afflux de juifs de partout, en particulier d’Europe de l’Est?

 L’Amérique est un pays d’immigrants, bien qu’aujourd’hui elle vole toujours vers eux. De cet hôpital Rothschild – qui était en fait devenu une méga-hutte, même s’il servait autrefois de troupes SS «sélectionnées» – les destinations classiques étaient la Palestine et l’Amérique prometteuses. Mon personnage choisit l’Amérique, d’autant plus que le destin lui donne du fil à retordre. Amérique, parce que, enfant, il avait rêvé d’écrire des scénarios à Hollywood fondés par des juifs, l’Amérique où il espère échapper à la férocité des souvenirs.

Dans le roman, la famille Bernstein a construit un empire presque à partir de la vente de vêtements d’occasion, avec également des entrepôts en Roumanie. Pourquoi avez-vous choisi cette profession pour les personnages du livre?

 D’une part, c’est une métaphore, car nous portons des vêtements américains aujourd’hui, ce qui n’est pas forcément mauvais. En revanche, le métier de colporteur, vendeur de vieux vêtements, est typiquement juif, mais a longtemps été persiflé à travers l’histoire. Souvenons-nous que dans Les Trois Petits Cochons, le dessin animé de Walt Disney, le loup frappant à la porte des doux Goths était dépeint comme un colporteur juif. Hitler, un grand admirateur de Walt Disney, frottait probablement ses paumes de gratitude. L’Amérique est un pays qui promet et vous donne plus. Entre autres choses, il vous donne des vêtements. Il y a l’un des centres de la mode, le Garment District. Et je dirais que ce n’est pas un hasard si en Amérique, les vêtements fantaisistes sont moins chers qu’en Europe.

Que signifie le titre du livre?

Le titre du livre est simple en apparence seulement. Ils en ont trouvé assez pour le critiquer, car là où il y a peu d’amour, il est facile de trouver une raison. «L’Amérique sur le pogrom» peut signifier «l’Amérique portant le pogrom», comme un vêtement qui résiste aux atrocités de l’époque.

Pensez-vous que les citoyens américains sont conscients de cette histoire lointaine et géographique?

Ce sont des Américains et des Américains. Le réceptif peut être rendu conscient précisément à travers une œuvre d’art. Que saurions-nous du camp de Plaszków s’il n’y avait pas Schindler’s List, le film sorti de la plume de Spielberg? Pas par hasard, à Washington DC, il y a un musée de l’Holocauste, très bien développé. L’un des conducteurs est Radu Ioanid. De nombreuses photos du Pogrom de Iaşi ont été fournies par le SRI (The Romanian Intelligence Service)et y sont représentées, dans un secteur très développé.

La convention dans laquelle le roman est écrit est la suivante: le personnage du livre, Suzy Bernstein, vous a délégué, Cătălin Mihuleac, pour écrire son histoire. Pourquoi avez-vous ressenti le besoin de cet artifice narratif?

 Êtes-vous sûr que c’est un artifice? Voulez-vous appeler Suzy Bernstein maintenant et lui parler un peu?

Je veux!

Peut-être que Suzy Bernstein existe. Quoi qu’il en soit, c’est l’un des mystères que je ne veux pas révéler. C’est une autre question fréquemment posée: si Suzy Bernstein existe vraiment. Ce que je dis sur le gynécologue Jacques Oxenberg est valide: car il est si féroce dans les pages du livre, cela signifie qu’il existe.

Mais l’un des grands défis de ce livre était que les deux principales voix narratives appartiennent aux femmes. Deux voix narratives, deux styles littéraires différents, qui sont également féminins. Dur, très dur… Car, contrairement aux hommes, qui représentent une masse plus prévisible, les femmes ont une structure beaucoup plus fine et très différente d’un spécimen à l’autre.

 

Le roman est structuré comme un bon scénario de film. Avez-vous pensé à un écran?

Il y a déjà eu quelques sondages. Je ne voudrais pas me presser, car le livre est très jeune. Il y a un dicton d’un grand écrivain juif, Danilo Kis: « N’oubliez pas que si vous touchez la cible, vous manquez tout le reste. » Je ne veux pas rater le reste. Le livre est comme une fille que je ne veux pas épouser à 17 ans. Je veux toujours voir ce qui lui arrive. Laissez-moi tenir son bal et peser celui qui l’invite à la danse. En parlant de cela, je rêvais d’une projection internationale. Parce que ce n’est pas un livre roumain; sa valeur est, je pense, universelle. Il peut réchauffer n’importe quelle âme sur cette planète.

Comment ce livre a-t-il été reçu, quelles réactions avez-vous reçues des critiques et des lecteurs?

 Avec ce livre, beaucoup de choses sont arrivées à l’élection présidentielle. Les leaders d’opinion du domaine littéraire ont préféré garder le silence. Même ceux qui avaient été violents à propos de mes livres précédents ont prétendu “qu’il pleuvait”. Les quelques chroniques – parues dans la Roumanie littéraire, Orizont, Observatoire culturel, etc. – ils étaient louables, d’un grand enthousiasme. Mais le livre a été massivement promu via le réseau parallèle, via Facebook, grâce à certaines personnes qui l’ont sorti de leurs seins et l’ont montré à leurs amis. C’est ce qu’est une vraie promotion aujourd’hui – un produit artistique doit pouvoir être sorti de son sein et passer d’âme en âme. Mais je ne veux pas penser à ce qui se serait passé si Facebook n’existait pas et n’avait pas autant de pouvoir.

Dans quelle mesure suivez-vous, dans quelle mesure êtes-vous intéressé par les revues littéraires, les chroniques?

Je m’en soucie trop peu. Les chroniques littéraires représentent rarement des jugements honnêtes. Ils appartiennent à des personnes relativement jeunes, qui sont déjà entrées dans toutes sortes de tourbillons et de jeux d’intérêt. J’ai l’impression de leur demander de ne pas valoriser leurs jugements de valeur.

Mes attentes à leur égard étaient différentes. Je m’attendais à ce que ce livre soit reçu avec plus de bienveillance. Je m’attendais à ce qu’il soit considéré par des jurys primés, mais malheureusement, ils sont principalement composés des mêmes critiques utilitaires dont nous parlons. Et tu sais quelque chose? Je ne serais pas surpris de lire un jour quelque chose sur les officiers couverts par la critique littéraire, sur ceux qui ont eu pour mission d’imposer certaines hiérarchies.

Je sais que les écrivains n’aiment pas être mis dans l’insectarium, ils n’aiment pas être catégorisés par générations, par cercles littéraires. Cependant, à quels écrivains roumains contemporains vous sentez-vous attaché?

 C’est difficile pour moi de dire cela, car la littérature n’a pas de frontières. Et j’ai essayé, au fil du temps, de gagner une voix distincte, et j’espère que chaque ligne que j’ai écrite est très personnelle. Je pourrais plutôt vous dire des écrivains universels auxquels je suis attaché. L’un d’eux est Dino Buzzati, un autre est Bohumil Hrabal, le Tchèque avec qui Bill Clinton, lors d’une visite à Prague, voulait absolument boire de la bière au Golden Tiger. Je n’oublierai pas Romain Gary, celui qui a brisé mon âme à quelques reprises, et il me l’a également recousue. Et il y a d’autres classiques que j’aime, à commencer par le duo d’Odessa, Ilf et Petrov; Il est, comme nous le savons bien, juif. Je me retrouve dans la caractérisation d’Ilf, qui murmurait timidement à l’oreille de Petrov: “Tu sais, Jenea, je suis l’une des dernières à franchir la porte”.

FIN

 

Avatar de InconnuAuteur Miriam PanigelPublié le 02/26/202102/02/2022Catégories bucarest/paris, Histoire des Juifs, holocauste, Roumanie2 commentaires sur Les Oxenberg & les Bernstein – Interview de l’auteur Catalin Mihuleac par Andrei Martin (traduit du Roumain)

Les Oxenberg & les Bernstein – Catalin Mihuleac (Roumanie) Les éditions Noir sur Blanc

 LECTURE COMMUNE AUTOUR DE L’HOLOCAUSTE (Roumanie)

Comment évoquer le pogrom de Iasi le 29 Juin 1941, au cours duquel 15000 juifs furent assassinés?

 

Les voix de Iasi de Jil Silberstein est un essai historique très détaillé de 700 pages. Il  cherche les sources de l’antisémitisme en Roumanie dans le contexte historique, sociologique et intellectuel.

 

 

 

 

Eugenia de Lionel Duroy est un roman qui met en scène une jeune femme amie de l’écrivain Mihail Sebastian. Il se déroule principalement à Bucarest mais on y évoque le pogrom de Iasi.

 

 

Catalin Minhuelac, l’auteur, un journaliste roumain, a choisi de construire son roman autour de l’histoire de deux familles Les Oxenberg et les Bernestein.

Les Oxenberg sont de grands bourgeois.  Jacques Oxenberg est un gynécologue de renom recherché par toutes les femmes de la bonne société. Roza, sa femme traduit des nouvelles roumaines en allemand.  Leurs enfants ont une excellente éducation. Voyages à l’étranger, musique. Rien ne  laisse présager  de leur destin, même si depuis longtemps les étudiants en médecines subissent des tracasseries et le numérus clausus, même si les incidents antisémites se multiplient, les Oxenberg se croient protégés par leurs relations.

Ici repose pour l’éternité Joseph Bernstein, le rabbin des produits vintage. Si vous allez au Paradis, faites appel à
lui pour une paire d’ailes bonnes et pas chères, story included. Si vous vous retrouvez en Enfer, des cornes et des
sabots comme chez lui, vous n’en trouverez nulle part. »

La famille Bernstein vit à Washington. Ils ont bâti une confortable fortune sur la vente de vêtements et accessoires de seconde main. Les schmattes,  textiles récupérés par des organisations humanitaires sont triés et vendus dans le monde entier, soit dans les pays pauvres, soit relookés, conditionnés, vintage assortis d’une story ils peuvent être vendus à des snobs, américains ou même japonais.

Sache-le, Suzy, on n’emporte pas son pays à la semelle de ses souliers, mais on garde toujours un petit quelque
chose dans le talon.

Susie, la narratrice,  roumaine, suit Ben Bernstein, se convertit au judaïsme et participe activement au commerce de la famille. Elle invente des stories pour vendre cher des objets quelconques.  Elle s’implique dans l’histoire de la famille Bernstein racontée par son beau-frère Joe, elle veut transmettre à ses enfants leur histoire d’Europe de l’Est et découvre petit à petit l’histoire de Iasi, la ville dont elle vient, de l’exil.

Les chapitres Bernstein et Oxenberg, se mêlent, se répondent. Souvent humoristique – humour juif ou burlesque roumain – alternent avec le récit tragique des vexations, des brutalités et des horreurs. Peut-être est-ce la seule façon d’aborder une réalité insupportable – irracontable – celle des violences, des arrestations, de la déportations en trains… mais aussi celle plus cachée du viol des femmes.

« Sur les femmes violées, l’Histoire se tait. L’autocensure l’empêche d’accorder de l’importance à ces êtres marqués pour toute l’éternité, à la suite de l’assaut militaire le plus vieux au monde, au cours duquel les soldats, les sous-officiers et les officiers combattent au corps à corps la foule des femmes ennemies. Ils combattent en rugissant férocement, ils se battent jusqu’à l’apogée de la victoire en se servant sans gêne de leurs armes intimes. »

60 ans plus tard, Susie cherche dans les musées juifs, dans les anciennes photos, des témoignages. La vérité est difficile à mettre en évidence. les responsabilités ont été diluées, facile d’attribuer les crimes aux Allemands alors que des Roumains étaient impliqués.

« L’histoire brise des cristaux précieux de la vitrine nationale. Le patriotisme conçu pour garder un éclat éternel se transforme en fer-blanc. Des décennies durant, la responsabilité
de ce massacre a été malhonnêtement mise au compte des nazis.

[…]Mensonges. Le copyright du pogrom est la propriété des autorités roumaines. Militaires, policiers et gendarmes
se sont chargés de la mise en œuvre. Et les légionnaires qui guettaient cette occasion depuis longtemps.

[…]Les Allemands avaient participé aussi au massacre, mais de manière dispersée. »

Malgré la noirceur du thème, c’est une lecture agréable. On se prend de sympathie pour les personnages. Le thème du recyclage des objets usagers est aussi intéressant. 

 

 

Avatar de InconnuAuteur Miriam PanigelPublié le 02/21/202102/02/2022Catégories Europe de l'Est, Histoire des Juifs, holocauste, Roumanie16 commentaires sur Les Oxenberg & les Bernstein – Catalin Mihuleac (Roumanie) Les éditions Noir sur Blanc

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