La Carte des Mendelssohn – Diane Meur

« N’est-ce pas ce que je voulais dès le départ ; tisser de la toile, fabriquer de mes doigts un filet à envelopper le monde, avec de larges mailles pour gagner en étendue, mais aussi avec des mailles fines et serrées pour que le poisson ne passe pas à travers, pour que jamais plus rien ne se perde, ne s’oublie, ne disparaisse au fil de l’eau sans laisser de trace?  »

483 pages (avec les notes), d’une saga de la famille (élargie) des Mendelssohn sur près de 400 ans. Une saga est un récit historique, parfois un cycle romanesque épique. Cependant au terme de Saga, l’auteur, Diane Meur préfère la Cartographie qui fait allusion à un arbre généalogique qu’elle tente de construire, en précisant dates de naissance et de décès (classique) mais aussi religion et profession.

Moritz Oppenheim : rencontre de Lavater et de Moses Mendelssohn

Dans la famille Mendelssohn:  le fondateur, Moses Mendelssohn (1729-1786), philosophe des Lumières, ami de Lessing, Juif pratiquant mais éclairé, affirmait que le rationalisme n’a rien d’incompatible avec le judaïsme, et fut surnommé le Luther des Juifs, Apprécié de Kant.

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Le musicien : Felix Mendelsohn Bartholdy (1809-1847), petit fils de Moses est sans doute le plus connu des Mendelssohn. On a peut être oublié sa sœur Fanny dont les dons musicaux ont été contrariés par la tradition patriarcale du 19ème siècle qui empêchait une femme d’être aussi géniale qu’un homme.

Fanny Mendelssohn

Entre ces deux personnages célèbres, Abraham Mendelssohn-Bartholdy (1776-1835), le banquier, l’amateur éclairé a permis à ses deux enfants Félix et Fanny de devenir des musiciens de premier ordre. Soucieux aussi de la réussite sociale, il a élevé ses enfants dans la confession protestante. Il aurait bien aimé que Félix signe sa musique Bartholdy et non Mendelssohn, qui sonnait trop sémite.

Diane Meur aurait pu se contenter de retracer la biographie de ces trois personnages considérables. Ce n’est pas son propos. Les biographies de Moses ou de Félix ne manquent pas. Son intention est de saisir dans son filet toute la famille : les célèbres et les inconnus, les hommes qui ont transmis leur patronyme, mais également les femmes et leurs descendants appelés Mendelssohn ou non. Raconter la grande histoire et la petite. Donner presque autant d’importance aux relations de Moses Mendelssohn et de Frédéric II qu’à une religieuse belge dans l’anonymat d’un couvent au début du 20ème siècle.

Diane Meur, germaniste et historienne,  aurait pu raconter l‘histoire de la Prusse, puis de l’Allemagne et enfin de la purge terrible du IIIème Reich qui a éliminé la musique et les œuvres des Mendelssohn convertis au protestantisme ou au catholicisme depuis plus d’un siècle, rappelant à ces allemands assimilés depuis des générations qu’ils avaient du sang juif. « nager dans le grand bain de l’histoire » écrit-elle,

« ....Elle n’est pas un récit et ne saurait le devenir : les enchaînements, les causalités ne peuvent être montrés sans retours en arrière ni anticipations et le choix de ranger dans l’ordre tout ce qui arrive, au nom de la clarté apporte finalement une autre forme d’obscurité. Pourquoi mentionner l’arrivée de Voltaire à Berlin, on le voit à peu près puisqu’il s’agit d’un philosophe des Lumières. mais pourquoi parler de Bach? Il faudrait pour le comprendre, en être déjà arrivé à Félix Mendelssohn, qui sera initié à la composition par un admirateur de Bach et, à vingt ans, fera sensation en dirigeant la Passion selon saint Matthieu, oeuvre tombée entre-temps dans une certaine disgrâce »

Une saga, des biographies, un récit historique… ce n’est pas tout! C’est aussi le récit de l’écriture d’un roman. Diane Meur se met en scène dans ses recherches en bibliothèque, sur place en Allemagne, dans ses rencontre. Elle nous fait partager ses « berlinades » (mésaventures cocasses plombières ou serrurières) ses rencontres parfois très émouvantes, ses promenades dans la campagne prussienne et les surprises que lui offre le hasard. Elle nous fait aussi partager ses découragements, les impasses dans lesquelles ses recherches s’enlisent parfois.

L’auteure ne nous fait grâce d’aucune digression. Parfois je suis complètement égarée dans les descendants, les cousinages de personnages qui ont souvent les mêmes prénoms et les mêmes noms. Combien de Félix? d’Arnold? et même d’Enole, prénom inusité. Le livre m’est tombé quelques fois des mains, la canicule n’aide pas à la concentration.

Mais je l’ai repris, et chaque fois, y ai trouvé un intérêt renouvelé. Rencontres inattendues avec Lassalle, Marx ou Kassuth, je ne m’y attendais guère. Développements en Lituanie, en Turquie ou en Palestine…

Deux histoires se chevauchent, la grande : Histoire des Lumières et rencontre avec Lessing, Kant ou Chamisso (quelle merveille l’histoire de Schlemihl!), les Révolutions de 1848, la Guerre de Crimée et les ravages du nazisme. Et la petite : l’histoire de l’historienne qui veut écrire un roman. Les deux histoires sont passionnnantes!

 

Auteur : Miriam Panigel

professeur, voyageuse, blogueuse, et bien sûr grande lectrice

8 réflexions sur « La Carte des Mendelssohn – Diane Meur »

  1. J’ai tellement aimé « les vivants et les ombres » lu cet été, que je suis prête à me lancer dans ces Mendelssohn. Il n’y a pas un arbre généalogique où se référer régulièrement en début d’ouvrage ?

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