L’horizon a pour elle dénoué sa ceinture – Chana Orloff (1888- 1968) – Rebecca Benhamou – fayard

BIOGRAPHIE DE CHANA ORLOFF

Chana Orloff – Autoportrait

Depuis sa rétrospective au Musée Zadkine, j’ai cherché une biographie de Chana Orloff . L’horizon pour elle a dénoué sa ceinture de Rebecca Benhamou est une biographie pleine de sensibilité et d’empathie qui replace la sculptrice dans son contexte.

1910, Chana Orloff quitte la Palestine  pour Paris, prend son indépendance et étudie le dessin et la sculpture après un passage dans un atelier de couture. 

« Paris c’est la liberté, c’est les droits de l’homme et tant d’autres choses[…]A Paris elle sera une femme libre, »

A Montparnasse, elle trouve d’autres artistes juifs, certains parlent hébreu ou yiddisch. Dans la sculpture, elle trouve sa voie comme portraitiste désobéissant à la tradition juive qui interdit de reproduire des images sculptées.

« Observe les visages, Chana. Ne les copie pas, applique-toi plutôt à les lire. Rappelle-toi, panim n’existe
qu’au pluriel. N’est-ce pas lourd de sens ? Sculpte les visages, sculpte les corps, sculpte les vrais gens. Le
reste n’a pas d’importance. » (Soutine)

 Panim, (une petite critique pour l’édition numérique qui reproduit les mots en lettres hébraïques mais qui a oublié que l’hébreu s’écrit de droite à gauche, la lecture en est toute bizarre! )

Portraits : (en haut à droite Otto Rank)

Elle fréquente les « Montparnos »: Foujita, Picasso, Kisling, Soutine, Lipschitz, Zadkine, Modigliani et Jeanne Hébuterne. Dès 1912, elle expose deux portraits au Salon d’Automne.

A Necherith

Oui tu es belle

Ni rose ni lys, ni princesse

Artiste

Le grand amour de Chana Orloff, le poète polonais Ary Justman, proche d’Apollinaire, de Cendrars devient son mari et le père de Didi. Il meurt en 1919 de la grippe espagnole, peu de temps après la disparition d’Apollinaire. Décès de  Modigliani, suivi par Jeanne Hébuterne.

« Après le temps du deuil celle qu’on surnommait l'(aigle a déployé ses ailes »

Elle devient la portraitiste des élites parisiennes. les plus grands posent pour elle

Durant les années folles, Paris est une fête. Chana fréquente les américaines Natalie Clifford Barney, et les Amazones que l’Exposition Pionnières au Luxembourg a mis en lumière CLIC

Romaine Brooks

Et Chana n’a plus que ce mot en tête : Amazone. Elle fait partie de ce groupe. Amazone, c’est ce qu’elle est
devenue.

C’est le nom d’un groupe de femmes, comme elle, habituées à faire cavalier seul. Des femmes qui vivent
avec des femmes, d’autres qui couchent avec des femmes et des hommes, d’autres encore qui s’habillent
comme des hommes, qui redéfinissent radicalement le sens de la féminité.

Le féminisme de Chana, si tant est qu’il existe, est un féminisme muet, que l’on découvre au fil des
portraits qu’elle réalise : 1920, Natalie Clifford Barney. 1921, Claude Cahun, photographe, écrivain, poète.
1923, Romaine Brooks, artiste peintre. 1931, Eyre de Lanux, artiste, écrivain, designer. 1934, Anaïs Nin,
écrivain. 1939, Germaine Malaterre-Sellier, militante, féministe…

Féministe, mais aussi mère. La maternité inspire de nombreuses œuvres.

C’est pourtant un amour si singulier, rétorque Chana. Plus viscéral, plus animal, plus ancré. Pour une
artiste, c’est le plus transcendant de tous les arts. La maternité, c’est insuffler un peu de magie et de grâce
dans la banalité du monde, c’est la plus noble de toutes les créations, c’est l’art par le corps. Comment être
pleinement artiste sans avoir donné la vie, sans l’avoir sentie dans son ventre, dans ses tripes, au plus
profond de soi ? »

En 1926, Chana et son fils obtiennent la nationalité française et la légion d’honneur. Elle fait construire sa maison-atelier Villa Seurat

« projet, réalisé par les frères Lurçat, avait pour but de créer une colonie d’artistes. Cette vie en collectivité a
trouvé indéniablement un écho chez elle, dont la famille habitait encore dans un kibboutz en Palestine.
Elle s’est retrouvée dans la vision moderne de l’architecte Auguste Perret, précurseur dans l’utilisation de béton armé, et lui a confié la construction de sa maison. »

Au fil des années 30, l’atmosphère s’alourdit, l’antisémitisme gagne. malgré les lettres de sa famille qui l’implore de rentrer à Tel Aviv Chana reste à Montparnasse qu’elle ne quitte en catastrophe pour échapper à la rafle en juillet 42. Exil en Suisse. Dès la Libération, elle revient pour trouver la villa Seurat saccagée, ses sculptures blessées. Puis elle se remet au travail et sculpte un homme dans la glaise. Elle l’appellera le Retour.

Il me reste maintenant à découvrir la Villa Seurat mais il faut s’inscrire longtemps à l’avance.

Ce livre va résonner encore longtemps, la première page s’est ouverte au Kibboutz Be’eri, en 2016. Cela me fait frémir.

Albert Londres – vie et mort d’un grand reporter 1884-1932 – Pierre Assouline – Gallimard

« Son nom recouvre un mythe, celui du journalisme au long cours »

Albert Londres (1884-1932)

La biographie du Grand Reporter, très complète, très détaillée (632 pages)  qui se lit comme un roman d’aventure, de voyages ou comme un livre historique. Une compilation, une synthèse de ses articles souvent regroupés édités en livres. Une contextualisation dans le milieu journalistique et politique de l’époque. Passionnant!

La vie personnelle d’Albert Londres se confond avec son métier de journaliste.  Il devient journaliste, quand il publie l’incendie de la Cathédrale de Reims en septembre 1914. Reporter de guerre il visite le front dévasté en Flandres et ailleurs multiplie les rencontres, les points de vue pour obtenir des articles variés. En 1915, il devine que quelque chose d’important se joue en Orient et couvre l’expédition des Dardanelles. J’ai lu cette « épopée » comme un roman d’aventures en passant par Athènes, Chios, Gallipoli, Salonique mais aussi à travers la Serbie, l’Albanie ou la Macédoine

« mars 1916. Allons voir à Corfou si la Serbie n’y est pas »

Entre Venizelos et le Roi Constantin, Albert Londres a ses préférences, il sort même de son rôle de journaliste pour comploter et ourdir l’assassinat d’un général britannique.

Toutes ces aventures balkaniques m’amusent beaucoup. Le point de vue décalé est intéressant.

Anasthasie, la censure rend ses articles méconnaissables. Après le règne des fausses nouvelles au début de la guerre vient l’absence de mauvaises nouvelles :

« il est formellement interdit de porter préjudice aux intérêts de l’Armée »

Le grand reportage à Moscou l’obsède. Pour parvenir en Russie, il est prêt à tous les subterfuges, y compris l’espionnage. Il finira par entrer dans le Pays des Soviets mais ce fut un voyage éprouvant…

1920, il ne se passe rien dans la vieille Europe, mais cela bouge dans les Balkans…En passant par l’Italie, il fait la connaissance de Gabriele d’Annunzio.

Dépaysement total au Japon, et en Chine où la situation est encore plus complexe « la Chine en folie » est le titre du chapitre . Difficile de se retrouver dans ce chaos. De Chine, il passe en Indochine où il découvre la vie aux colonies. Il y est déçu, pas d’aventure. Même la chasse au tigre l’ennuie !

En 1922, en Inde, Trois hommes incarnent l’Inde à venir : Nehru, Gandhi et Tagore. Leçon d’histoire du XXème siècle!

Après 1923, « le flâneur salarié devient redresseur de torts ». 

Après des reportages dictés par les points chauds de la politique internationale, des reportages en Allemagne sur le thème des réparations,  Albert Londres se penche sur des sujets moins compromettants politiquement.

Il part enquêter au Bagne , à Cayenne, dans les îles du Salut. Ce qu’il découvre est effroyable. Il met en scène des personnages, s’attache au « traître », Benjamin Ullmo qui a su se repentir et s’amender et surtout à l’anarchiste Eugène Dieudonné, ouvrier ébéniste qui l’a touché au cœur et qu’il suivra le reste de sa vie. Pire que le bagne de Cayenne, Biribi, les bagnes militaires. L’enquête n’y sera pas facile! 

Plus léger :  Le Tour de France et les forçats de la route. la joyeuse caravane qui suit le Tour, Londres la tient pour un convoi de pompes funèbres. Il célèbres trois champions, trois frères, les Pélissier qui sans prévenir disparaissent du peloton et qu’il retrouve au bistro!

Pour faire son reportage Chez les fous, Londres rencontrera presque autant de blocages que pour visiter le Pays des Soviets. Ni le Préfet de la Seine, ni les médecins aliénistes ne sont prêts à subir ses critiques. Il va devoir contourner les obstacles, feindre la folie, se lier avec des familles. Et il découvrira, et fera découvrir des horreurs. 

Au Djebel Druze, avec les Comitadjis macédoniens en Bulgarie le  reportage est  plus classique. 

Il poursuit l’étude des sujets de société avec La traite des Blanches qui le conduit en Argentine.  La Traite des Noirs qui aurait dû être son pendant symétrique, rend compte de la colonisation et du « chemin de fer qui tue » . sans manifester une opposition politique à la colonisation il dénonce ses manifestations les plus abominables : le drame du Congo-Océan, chemin de fer libérateur?

Ce chantier avait une particularité : le nègre y remplaçait tout à l’exception des explosifs. On lui demandait de tout faire avec ses mainq: la grue, le camion…Bilan6 à 8000 morts selon l’administration 17000 selon Albert Londres

Le Juif errant est arrivé le mène de Londres à Varsovie, de Roumanie en Palestine. Il aimerait découvrir le monde musulman et les lieux saints de la Mecque. Impossible, il va remplacer le voyage en Arabie par une enquête sur les Pêcheurs de Perle à Bahreïn et dans le Golfe Persique….

La mort d’Albert Londres est romanesque, dans un incendie sur le bateau qui le ramenait de Chine avec un reportage « explosif ».

Les 620 pages se sont tournées avec frénésie. Une belle leçon d’histoire. Une personnalité hors du commun.

Histoire de la Colonne infâme – Manzoni –

LIRE POUR L’ITALIE

Pour l’écriture de son chef d’œuvre, Les  Fiancés, Manzoni s’est livré à une préparation documentaire . L’Histoire de la Colonne Infâme devait figurer dans ce très gros bouquin, l’auteur a décidé d’en faire une œuvre à part entière. 

Claudialucia avait organisé une lecture commune des Fiancés de Manzoni ici

Milan, 1630. une épidémie de peste s’abat sur la ville. On cherche des coupables. Deux hommes ont été vus en train de recouvrir les murs de leur quartier d’un liquide jaunâtre qui aurait pour but de répandre le mal. On les arrête. Ils sont soumis à la torture et mis à mort en place publique; Sur l’emplacement de la maison détruite de l’un d’eux, afin que tous se souviennent, on érige une « colonne infâme »

C’est donc l’histoire du procès des « semeurs de peste ». C’est aussi un pamphlet condamnant la torture. C’est aussi un réquisitoire contre une justice qui ne cherche pas la vérité mais qui cherche à punir des coupables, à tout prix. Dans la préface, Eric Vuillard écrit :

« La Colonne infâme c’est J’accuse écrit par un Italien dans la première moitié du XIXème siècle »

Je pense à Zola,  à Voltaire… Mazoni n’est pas le premier à avoir étudié ce procès. Avant lui, Pietro Verri (1728-1797), économiste et philosophe avait dénoncé l’usage de la torture.

Pietro Verri s’était proposé, comme l’indique le titre même de son opuscule, de tirer de cette affaire un
argument contre la torture, en mettant en évidence que celle-ci avait pu extorquer l’aveu d’un crime
physiquement et moralement impossible. L’argument était probant, comme était noble et humaine la
thèse défendue.

Récemment, Sciascia a apporté un  regard contemporain dans l’Apostille qui est passionnante et surtout ne pas négliger. C’est la partie la plus percutante du livre parce qu’il nous renvoie à des préoccupations plus proches de nous. 

nous pouvons vérifier la justesse de la vision manzonienne en établissant une analogie entre les camps d’extermination nazis et les procès contre les propagateurs de la peste, leur supplice, leur mort. Lorsque l’historien Fausto Nicolini (que nous aurons plusieurs fois l’occasion de citer pour son livre La Peste et les Propagateurs de la peste [Peste e untori, 1937]) 

Ce livre assez court(185 pages) est dense. Le texte revient avec insistance sur toutes les étapes du Procès, les tortures mais aussi les espoirs des promesses d’impunité données aux accusés pour qu’ils dénoncent des « complices », toutes les failles juridiques (mais je ne suis pas juristes, j’ai donc eu du mal avec celles-ci).

Mais cela n’est pas nécessaire : car, même si toutes avaient été scrupuleusement remplies, il y avait dans ce
cas précis une circonstance qui rendait l’accusation radicalement et irrémédiablement nulle : le fait qu’elle
eût été conçue à la suite d’une promesse d’impunité. “À celui qui révèle des noms dans l’espoir de
l’impunité, que celle-ci soit accordée par la loi ou promise par le juge,

Il faut parfois s’accrocher pour saisir les nuances et les circonstances historiques : à Milan, le pouvoir était encore espagnol.

Une lecture un peu ardue mais tellement passionnante!

 

Les Rebelles Magnifiques – Les Premiers Romantiques et l’Invention du Moi – Andrea Wulf

MASSE CRITIQUE DE BABELIO

.

 

Andrea Wulf est l’auteure de L’Invention de la Nature qui m’avait enthousiasmée il y a quelques années : brillante histoire des sciences dans le sillage de Alexander von Humboldt, suivi de Darwin, Haeckel et bien d’autres. J’ai donc coché la case sur la liste de la Masse Critique et me suis réjouie à la réception du livre. Je n’ai pas été déçue. C’est un livre magistral. Seul regret : qu’il soit arrivé en juin alors que le Challenge des Feuilles Allemandes est en novembre. Il y aurait tout à fait trouvé sa place.

Littérature, Philosophie et Histoire, il y a de tout dans ce volume, même des histoires d’amour, des drames, des jalousies entre ces personnages hors du commun.

Qui sont-ils, ces Rebelles Magnifiques?

Tout d’abord les plus anciens, les personnages tutélaires : Goethe et Schiller, écrivains reconnus, piliers du Cercle de Iéna. Fichte, le professeur charismatique de l’Université de Iéna, qui a élaboré la Philosophie du Moi, le « Bonaparte de la Philosophie » qui attire dans cette petite ville des étudiants enthousiastes même de l’étranger. Les deux frères von Humboldt, le professeur Wilhem et l’explorateur Alexander, dans le sillage de Goethe qui s’intéresse à la science expérimentale. Les deux frères Schlegel, August Wilhlem  et sa femme Caroline, qui publient les traductions de Shakespeare en vers, Friedrich au mauvais caractère. Amis des Schlegel, Schelling philosophe professeur à l’Université de Iéna.  Novalis, poète emblématique du Romantisme Allemand, Tieck, autre poètes. 

Il faut ajouter à ces hommes célèbres des femmes, moins connues parce qu’elles n’ont pas publié sous leur nom propre alors qu’elles étaient plus que de simples collaboratrices de leurs maris ou des muses de salons littéraires. Figure centrale de ce Cercle de Iéna : Caroline Böhmer-Schlegel-Schelling,  admiratrice de la Révolution Française, fuyant Mayence où sympathisante de la Révolution elle fut emprisonnée enceinte avec sa fille Auguste, mariée à August Wilhelm Schlegel, puis amoureuse de Schelling… Dorothea Veit-Schlegel, (née Brendel Mendelssohn) également écrivaine et traductrice. Et bien sûr Madame de Staël « comme un feu d’artifice au dessus de Weimar » qui proposa à August Wilhelm Schlegel de la suivre comme précepteur de ses enfants.

Le Cercle de Weimar où l’on « symphilosophait » dans les jardins, en promenade ou dans les maisons des uns et des autres, se constitua en 1794 avec l’arrivée de Fichte, puis s’enrichit en 1796 de Novalis et des Schlegel . Théorie et pratique: Goethe et Humboldt se livraient à des expériences scientifiques. Schiller publiait dans sa revue littéraire essais théoriques, poésies et traductions. Théories de la Science, théorie du Moi, de Fichte, ou poésie et romans, fragments. Le Romantisme s’élabore avec le goût de la Nature 

p.265 Schelling, en cours dans un amphithéâtre, devant des étudiants enthousiastes :

« il rassemblait ce que la révolution scientifique avait désuni: la nature et les hommes »[…]Quelle que soit la nature est capable d’apaiser, de guérir ou simplement de remplir de joie.

Et, ce faisant, sa philosophie de l’unité devint le cœur battant du Romantisme »

Romantisme comme roman, on ne se contente pas de philosopher mais on écrit de la littérature, des romans où les expériences amoureuses sont publiées: p.300

Novalis, Friedrich, Caroline et Dorothea étaient convaincus que leurs expériences personnelles étaient le reflet d’un monde plus vaste[…]Tel un faisceau de lumière réfracté par un prisme ou un spectre de couleurs, l’accent mis sur le Moi reflété par leurs écrits ouvrait sur des perspectives plus larges….

Mais la belle entente, dans un groupe si intimement lié, ne pouvait pas durer. Les personnalités si affirmées de Schiller, Fichte ou des Schlegel, Schelling ont fini par se heurter. Il a fallu la diplomatie et la forte personnalité de Goethe pour adoucir certains conflits. Pamphlets et affrontements divers opposèrent ceux qui étaient les meilleurs amis du monde. en 1801-1802,  p. 384

« N’était-ce pas distrayant, demanda un autre, quand les philosophes se mettent à se dévorer les uns les autres comme des rats affamés »

Intrigues amoureuses, jalousies, divorces et aussi maladies ont raison du Cercle de Iéna. C’est l’arrivée des armées de Napoléon, la victoire de Iéna, qui sonneront le glas de cette période enchantée. Mais les idées essaimeront à Berlin, en Angleterre avec Coleridge et même jusqu’en Amérique avec Thoreau

Cet ouvrage est admirablement construit. Pour qui n’est pas familier de la philosophie ou de la littérature allemande, de courts chapitres autour d’une idée principale, d’une anecdote ou d’une personnalité rendent la lecture facile. Au début, je confondais les personnages, j’avais besoin de souffler. Ces chapitres donnent une respiration au lecteur. J’en lisais un, deux, avant de poursuivre. Ensuite, quand j’ai bien identifié les personnages, je me suis laissé entrainer dans leur roman personnel et dans le récit très vivant riches en détails de la vie quotidienne d’alors.

Pondichéry ou le Rivage des ombres – Anne Vantal – Buchet Chastel

MASSE CRITIQUE DE BABELIO

.

Merci à Babélio et à l’éditeur Buchet Chastel pour ce beau voyage aux Indes.

Histoire et Géographie : trois destins se mêlent, à trois époques différentes :

1930 Alice rejoint son mari Jules qui dirige une léproserie. Jeune mariée, pianiste, après une longue traversée au cours de laquelle elle fait connaissance avec une riche anglaise, elle  s’installe à Pondichéry. Gandhi mène sa marche du sel dans les Indes britanniques. La Crise ravage les Etats Unis et l’Europe ses effets arrivent amortis sur la Côte de Coromandel. 

1950, Oriane, vient retrouver ses racines. Elle est née à Pondichéry  quitté à 6 ans. Bénévole dans une institution humanitaire, elle  retrouve ensuite des amis de ses parents et travaille dans une indigoterie. C’est la fin de la présence française en Inde, et Bien Dien Phu en Indochine.

2012, Céline sage-femme,  après un évènement tragique, qu’elle tâche d’oublier, fait un stage dans une maternité. Avec son amoureux, Anton, elle fait un peu de tourisme. Intriguée par des photos anciennes, elle mène une  enquête qui la conduira dans les années 30.

Trois femmes sympathiques, trois destins tragiques, beaucoup de beaux sentiments, un peu trop peut-être…

J’ai été intéressée par le contexte historique. Je ne savais pas que  Pondichéry était restée française jusqu’en 1963,  bien après l’indépendance de l’Inde. le rattachement à l’Inde  n’est que rapidement abordé. A Pondichéry se trouve aussi Auroville et l’Ashram de Sri Aurobindo. J’aurais aimé en apprendre plus là-dessus. 

Les trois histoires alternent, en chapitres courts qui donnent un rythme rapide à l’action. Les pages se tournent seules. 592 pages, presque le pavé de l’été.

Les Arts en France sous Charles VII – (1422-1461) au Musée de Cluny

Exposition temporaire jusqu’au 16 juin 2024

Les emblèmes de Charles VII  : 2 cerfs ailés, bannière de Saint Michel et soleil levant, fleurs : iris, roses

Le règne de Charles VII commence pendant la Guerre de Cent Ans. Jeanne d’Arc conduisit le roi à Reims pour le Sacre en 1429.

1435, le Traité d’Arras signe la réconciliation du Rois de France avec Philippe le Boon duc de Bourgogne

En 1453, fin de la Guerre de Cent ans  après la Victoire de Castillon 

Dans ce contexte politique et économique chaotique, les Arts se développent plutôt dans les Pays Bas bourguignons où les Flamands innovent avec la peinture à l’huile, et en Italie avec la Renaissance (perspective, retour à l’Antique).

Cette exposition suit celle du Louvre autour de la Vierge du Chancelier Rolin (1435) que j’ai vraiment beaucoup aimée.

Couple sous un dais (laine et soie) Tournai 1455-1460

Les tapisseries sont spectaculaires. ma préférée est celle des emblèmes de Guillaume de Jouvenel des Ursins, avec l’ours, sans surprise, et les acanthes qu’on appelle aussi des ursines.

De nombreux manuscrits enluminés sont présentés : Livres d’Heures, missels, mais aussi de Grandes Chroniques de France (1429) et les merveilleuses enluminures du Maître de Rohan

Le mort devant son juge Le Maître de Rohan

On peut « feuilleter » le manuscrit qui a été scanné : » tourner », les pages sur un écran. 3 gros parchemins reliés proviennent d’Italie, Plutarque, Vie des Hommes Illustre, Cosmographie de Ptolémée et une géographie de Strabon.

Jean Fouquet obtient le titre de « peintre du Roi » sous Louis XI mais il est déjà actif sous Charles VII dont il a peint le portrait. Il a aussi illustré le très gros ouvrage des Chroniques de France avec 31 miniatures. 

Retable de l’Annonciation de Barthélémy d’Eyck

Le merveilleux Retable de l’Annonciation peint par Barthélémy d’Eyck originaire de Liège mais Peintre du Roi René, a longuement retenu mon attention. la présentation de l’exposition avec des explications des détails permet une lecture symbolique passionnante. Chaque détail même infime a son importance, la chauve souris sous les chapiteaux comme le singe juste touché par les rayons de la lumière céleste. 

Pleurants du monument funéraire du duc de Berry

N’oublions pas la sculpture. Coup de cœur pour les pleurants!

 

Musée de la Toile de Jouy – l’Histoire de la Manufacture d’Oberkampf

BALADES EN ÎLE DE FRANCE

Chinoiseries à la mode du 18ème siècle;

Nous avons déjà visité le Musée de la Toile de Jouy il y a quelques années et j’avais tant apprécié cette visite que nous avons emmené une amie pour son anniversaire. Je me me souvenais de l’aspect historique et de l’illustration de l’Histoire de France sur les motifs dessinés. Ces dernier ne se bornent pas à être de fades pastorales pour chambres d’enfant roses ou bleus mais sont beaucoup plus élaborés, colorés et variés que cette version populaire.

Oberkampf par Boilly

Depuis cette dernière visite les collections ont été réorganisées en privilégiant l’Histoire de la Manufacture CLIC(1760 -1843) par Christophe Philippe Oberkampf. héritier de teinturiers germanique, il a appris à travailler en Suisse et trouve à Jouy le lieu idéal avec les eaux de la Bièvre, du foncier disponible et la proximité de Versailles. En 1686 un édit interdit l’importation des indiennes, toiles colorées  venant d’Orient par les caravanes d’abord, puis par voie maritime. la prohibition n’empêche pas la mode et les indiennes arrivent en contrebande d’Allemagne et d’Angleterre. 

En 1759 la liberté d’imprimer les tissus est rétablie.

Manufacture de Jouy peinte par la fille d’Oberkampf

Les tissus furent imprimés d’abord à l’aide de plaques de cuivres gravées puis dès 1793 avec des cylindres.

En 1793 , on enlève l’adjectif « royale » à la manufacture

Fête de la Fédération

En 1803 la Manufacture de Jouy était la 3ème entreprise française après les Charbons d’Anzin et Saint Gobain.

En 1805, 1318 employés y travaillaient, 3 dessinateurs, 5 graveurs sur cuivre, 2740 graveurs sur bois. 47% du personnel étaient des femmes. 72 gamins épingleurs étaient embauchés à 8 ans.

Empire : décor des monuments d’Egypte

En 1806, Oberkampf reçu la Légion d’Honneur des mains de Napoléon 1er.

Pastorale : offrande à l’amour

Les dessins de Jean-Baptiste Hueétaient très sophistiquées. On parlait de meubles à personnages 

Oberkampf meut en 1815, lègue l’entreprise à son fils mais la manufacture ferme en 1843 et elle démantelée. En 1870, l’Ecole des Beaux Arts organise une véritable Renaissance, Oberkampf est panthéonisé par la III République symbolisant les valeurs du Travail.

Les étapes de la Fabrication sont détaillées dans le couloir :

1 Blanchissage : La toile brute est d’abord blanchie au chlore

2. Battage : les toiles sont trempées dans la Bièvre puis frappées avec des fléaux.

3. Le séchage : les bandes de tissus séchaient étalées dans les prés, ou sont accrochées au rebord des toitures

4. Grillageafin de brûler le duvet et d’obtenir un tissu lisse

5. Lavage

6. Engallage : bain de noix de galles

7. Sèchage à l’étuve et rinçage

8. Calandrage les bandes de tissu passaient entre des rouleaux pour être bien lisses

8; Mordançage : impression des traits de contour

9. Garançage ou Gaudage : la toile est passée dans un bain de garance ou de gaude qui agissent comme révélateur sur les mordants pour faire apparaître les couleurs

10 bousage : la toile est passé dans un bain de bouses de vache pour éliminer l’excès d’épaississants. puis dans un second bain de bouse pour aviver les couleurs

11 pinceautage: les retouches sont ajoutées à la main par les pinceauteuses qui fabriquent leur pinceau avec des mèches de leurs cheveux..

Ces termes techniques précis me ravissent.

L’appartement Oberkampf

On peut visiter l’appartement des Oberkampf utilisant bien sûr les tissus imprimés!

La Toile de Jouy fut utilisée au XXème siècle. Christian Dior en fit la promotion dans la décoration de son magasin de New York . La toile de Jouy symbolisant la France pour les Américains, donnant une touche exotique remarquable. 

timorous Beasties : Toile des Alpes

Enfin, l’Exposition Toiles Tales de Timourous Beasties  (Exposition temporaire du 9 février jusqu’au 19 mai 2024) donne un regard très contemporain dans l’impression de papiers peints ou de tissus, rideaux, tentures, objets dérivés. Timourous Beasties est un studio de design écossais fondé à Glasgow en 1990 par Paul Simmons et Alistair Mc Auley.

Timourous Beasties Toile de New York

 

la toile de New York est subversive avec le mur vertical qui sépare (avec le symbole du Dollar le deux populations avec la poubelle des repus.

j’ai aussi aimé la Toiles de Londres, curieuse celle de Nike, motifs de golf, motifs fantastiques. De la Toile de Jouy bien loin des pastorales roses!

En plus de visite du Musée de la Toile de Jouy on peut visiter la Maison de Léon Blum. Un sentier de randonnée d’environ 2 km relie les deux musées dans la forêt (mais c’est très escarpé) . On peut aussi longer la Bièvres.

Et pour déjeuner, je vous recommande Le Robin des Bois juste en face de la Gare, service très sympathique, cuisine simple mais bien servie. 

 

Le Juif Errant est arrivé – Albert Londres – 1930

.

Albert Londres est peut être le plus célèbre des journalistes. Journaliste d’investigation, il entreprend des reportages au long court. Le Juif errant est arrivé est composé de 27 chapitres correspondant à un long voyage à travers l’Europe, de Londres jusqu’en Palestine. Courts chapitres très vivants, amusants, au plus proche du sujet traité. 95 ans, reste-t-il d’actualité?

« pour le tour des Juifs, et j’allais d’abord tirer mon chapeau à Whitechapel. Je verrais Prague, Mukacevo, Oradea Mare, Kichinev, Cernauti, Lemberg, Cracovie, Varsovie, Vilno, Lodz, l’Égypte et la Palestine, le passé et
l’avenir, allant des Carpathes au mont des Oliviers, de la Vistule au lac de Tibériade, des rabbins sorciers au
maire de Tel-Aviv

La première étape : Londres où arrivent les Juifs de l’Est, émigrants ou « rabbi se rendant à LOndres recueillir des haloukah(aumônes)

pourquoi commencer le reportage à Londres? Parce que, voici 11 ans l’Angleterre s’est engagée par la Déclaration Balfour :

: « Juifs, l’Angleterre, touchée par votre détresse,
soucieuse de ne pas laisser une autre grande nation s’établir sur l’un des côtés du canal de Suez, a décidé de vous envoyer en Palestine, en une terre qui, grâce à vous, lui reviendra. »

A Londres, le journaliste rencontre toutes sortes de Juifs, dans l’East End, les Juifs fuyant les persécutions d’Europe Orientale, des rabbins, des sionistes, des Juifs qui ont réussi, se sont enrichis, ont déménagé dans l’Ouest.. Londres remarque le portrait de Théodore Herzl en bonne place. Sont-ils sionistes?

Théodore Herzl, journaliste à Paris, écrivain à succès. quand éclata en 1894 l’Affaire Dreyfus

 Le cri de « Mort aux Juifs ! » fut un éclair sur son âme. Il bloqua son train. « Moi aussi, se dit-il, je suis Juif. »

Il fit un livre « L’Etat Juif » puis partit en croisade, se précipita chez les banquiers juifs, puis lança l’appel d’un Congrès Universel mais fut dénoncé par les rabbins comme faux Messie. Il gagna Constantinople pour obtenir la cession de la Palestine par le sultan, puis il s’adressa à Guillaume II à Berlin, puis en Russie tandis que Chamberlain lui fit une proposition africaine. 

Cependant :

 » Était-ce bien le pays d’Abraham ? Je pose cette question parce qu’elle est de la
plus brillante actualité. Depuis la conférence de San-Remo, en 1920 (après Jésus-Christ), où le conseil suprême des alliés donna mandat à l’Angleterre de créer un « foyer national juif » en Palestine, les Arabes ne cessent de crier à l’imposture. Ils nient que la Palestine soit le berceau des Juifs. »

Londres n’oublie pas les Arabes.

Après ces préambules, le voyage continue à l’Est : Prague, 

« Prague, sous la neige, est une si jolie dame ! J’y venais saluer le cimetière juif et la synagogue. Ils représentent,
en Europe, les plus vieux témoins de la vie d’Israël. À l’entrée des pays de ghettos, ils sont les deux grandes
bornes de la voie messianique d’Occident. Ce n’est pas un cimetière, mais une levée en masse de dalles
funéraires, une bousculade de pierres et de tombeaux. On y voit les Juifs – je veux dire qu’on les devine –
s’écrasant les pieds, s’étouffant, pour se faire, non plus une place au soleil, mais un trou sous terre. »

[…]
« a le Christ du pont Charles-IV aussi. C’est le troisième témoin de l’ancienne vie juive de Prague. C’était en
1692. Un Juif qui traversait la Voltava cracha sur Jésus en croix. »

presque du tourisme?

pas vraiment parce que dans les Carpathes, il va rencontrer la misère noire, la peur des pogromes, la faim

« Abraham, sont-ce là tes enfants ? Et ce n’est que Mukacevo ! Que cachent les ravins et les crêtes des Carpathes ?
Qui leur a indiqué le chemin de ce pays ? Quel ange de la nuit les a conduits ici ? La détresse ou la peur ? Les
deux. Ils fuyaient de Moravie, de la Petite Pologne, de la Russie. Les uns dans l’ancien temps, les autres dans les nouveaux, chassés par la loi, la faim, le massacre. Quand on n’a pas de patrie et qu’un pays vous repousse, où va- t-on ? »

A partir de Prague, la lectrice du XXIème siècle va peiner avec la géographie, les frontières ont beaucoup dérivé depuis le Traité de Versailles. La Tchécoslovaquie, de Masaryk a donné des droits aux Juifs mais certaines communautés sont tellement pauvres et arriérées que seuls certains s’occidentalisent. La Pologne a institutionalisé l’antisémitisme.

Les trois millions et demi de Juifs paient quarante pour cent des impôts et pour un budget de plus de trois
milliards de zloty, un os de cent mille zloty seulement est jeté à Israël. Un Juif ne peut faire partie ni de
l’administration, ni de l’armée, ni de l’université. Comme le peuple est chassé des emplois, l’ouvrier de l’usine, l’intellectuel est éloigné des grades. Pourquoi cela ? Parce que le gouvernement polonais n’a plus de force dès qu’il s’agit de résoudre les questions juives, la haine héréditaire de la nation emportant tout. Les Juifs de Pologne sont revenus aux plus mauvaises heures de leur captivité. †

Les bolcheviks « protègent » leurs juifs après les pogromes effrayants de Petlioura en Ukraine. 

Albert Londres visite partout, les taudis, les cours des rabbins miraculeux. Il se fait un ami colporteur qui l’introduira dans l’intimité des maisons où un journaliste ne serait pas admis. Dans le froid glacial leur périple est une véritable aventure. Les conditions dans lesquelles vivent les plus pauvres sont insoutenables. Seule solution : l’émigration . En Bucovine, (actuellement Ukraine) loin de toute mer, les agences de voyages maritimes prospèrent :

La misère a créé ici, ces Birou di Voïag. Les terres qui ne payent pas remplissent les bateaux.

Le clou, c’était que les Birou di Voïag ne chômaient pas. La foule, sous le froid, attendait à leurs portes comme les passionnés de Manon sur le trottoir de l’Opéra-Comique.

Et après toute cette misère, il rencontre un pionnier de Palestine, sioniste, décidé, revenu convaincre ses coreligionnaires

Qu’êtes-vous venu faire ici, monsieur Fisher ? — Je suis venu montrer ces choses aux jeunes. Israël a fait un
miracle, un miracle qui se voit, qui se touche. Je suis une des voix du miracle. Il faudrait des Palestiniens dans
tous les coins du monde où geignent les Juifs. Alter Fisher, le pionnier, n’était pas né en Bessarabie, mais en Ukraine. L’année 1919 il avait dix-huit ans.

cette époque j’étais un juif-volaille. Les poulets, les canards, on les laisse vivre autour des fermes. Puis, un beau jour, on les attrape, et, sans se cacher, on les saigne. Le sang répandu ne retombe sur personne. L’opération est légale. En Palestine on m’a d’abord appris à me tenir droit. Tiens-toi droit, Ben ! »

La solution? Pas pour les juifs orthodoxes. Avant de partir pour la Palestine, Londres fait un long détour par Varsovie où il visitera « l’usine à rabbins » et la cour d’un rabbin miraculeux d’où il rapporte des récits pittoresques d’un monde qui va disparaître (mais Albert Londres ne le sait pas). Pittoresques, dépaysants, très noires descriptions mais les écrivains comme Isaac Bashevis Singer en donnent une vision plus humaine.

Le voyage de Londres continue en Palestine où il découvre la ville moderne Tel Aviv, l’enthousiasme des pionniers

On vit une magnifique chose : l’idéal prenant le pas sur l’intérêt. les Juifs, les Jeunes Juifs de Palestine faisaient au milieu des peuples, honneur à l’humanité.

Ils arrivaient le feu à l’âme. Dix mille, vingt mille, cinquante mille. Ils étaient la dernière illustration des grands mouvements d’idées à travers l’histoire….

Ce serait un conte de fées si le pays n’était pas peuplé d’Arabes réclamant aussi la construction d’un foyer

Admettons. Nous sommes sept cent mille ici, n’est-ce pas ? On peut dire, je crois, que nous formons un foyer
national. Comme récompense, lord Balfour nous envoie les Juifs pour y former également un foyer national. Un
foyer national dans un autre foyer national, c’est la guerre !

!… De nous traiter en indigènes !… Voyons ! le monde ignore-t-il qu’il y a sept cent mille Arabes ici ?… Si
vous voulez faire ce que vous avez fait en Amérique, ne vous gênez pas, tuez-nous comme vous avez tué les
Indiens et installez-vous !… Nous accusons l’Angleterre ! Nous accusons la France !…

Albert Londres pointe ici les guerres à venir. D’ailleurs les émeutes sanglantes ne tardent pas. En été 1929, les massacres se déroulent et préludent à toute une série qui n’est toujours pas close. 

Et le Juif Errant?

 

Plaçons donc la question juive où elle est : en Pologne, en Russie, en Roumanie, en Tchécoslovaquie, en
Hongrie. Là, erre le Juif errant.

Une nouvelle Terre Promise, non plus la vieille, toute grise, de Moïse, mais une Terre Promise moderne, en
couleur, couleur de l’Union Jack ! Le Juif errant est tombé en arrêt. Qu’il était beau,

 

C’est donc une lecture vivante, agréable, presque amusante qui, dès 1929 anticipe la suite de l’histoire.

 

 

#J’Accuse…! Jean Dytar – Delcourt

AFFAI

RE DREYFUS

..

C’est un gros  et lourd coffret contenant une grosse BD, comme un dossier. Noir et Blanc, graphisme hachuré pour les cases de BD où sont dessinés les personnages. Dossier de Presse également. 308 pages qui ne se tournent pas si vite qu’on pourrait l’imaginer tant l’information est riche et dense.

Dans la Fronde Séverine rend compte du procès

L’auteur a imaginé le retentissement médiatique de l‘Affaire Dreyfus selon les médias 2.0, d’où le titre sous forme de mot-dièse. Chaque document est présenté comme sur l’écran d’un ordinateur, boutons, fenêtres, ascenseurs mais aussi parfois, likes, commentaires et icones de réseaux sociaux….Et comme l’illusion n’était pas complète, une appli Delcourt Soleil est permet d' »augmenter la réalité » du livre en scannant certaines pages et en accédant aux éditions de la Presse de l’époque. Présentation originale, peut-être anachronique, quoique. En tout cas très vivante. On ne s’ennuie pas en lisant tous ces articles. Et ma lecture fut très longue parce que j’ai utilisé le smartphone avec l’appli Delcourt, mais aussi Wikipédia et même Encyclopédia Universalis.

J’ai donc rencontré de nombreux personnages, les protagonistes de l’Affaire, Le Capitaine Alfred Dreyfus qui n’apparait qu’à la fin, son frère Mathieu dont on reprend les souvenirs (l’Affaire telle que je l’ai vécue), ses soutiens de la première heure Bernard Lazare, Scheurer-Kestner, puis le camp Dreyfusard s’étoffe avec l’intervention de Zola, Clémenceau, Jean Jaurès le soutien de plusieurs journaux, Le Figaro et l’Aurore, La Fronde avec Séverine..je ne peux pas les citer tous. Et bien sûr la Ligue des Droits de l’Homme

Caran d’Ache
…surtout ne parlez pas de l’Affaire Dreyfus…ils en ont parlé

Le camp des Antidreyfusards est très fourni, très organisé. L’auteur leur donne la parole pour qu’on puisse imaginer la violence de l’Antisémitisme, les coups tordus, la mauvaise foi, la puissance de l’Armée, relents de Boulangisme, coup d’état raté mais tenté par Déroulède qui veut convaincre un général de rentrer à l’Elysée (on pense à Trump) . Fake news, la Presse ne recule devant aucune allégation fallacieuse. Attentat contre Labori. Faux et usages de faux jusqu’au bout. Et la morgue des militaires. Sans oublier les caricatures de Caran d’Ache

Pas question ici de revenir sur les épisodes d’une affaire qui a couru sur 5 ans , du 1er Procès de 1894 au procès de Rennes en 1899, mais dont la conclusion devra attendre 1906 (douze ans!) pour la réhabilitation de Dreyfus, et la réintégration de Picquart.

Moi qui croyais les BD réductrices, je me suis bien trompée! C’est un  ouvrage de fond. A lire, relire, faire lire et conserver

 

 

 

 

 

 

 

 

Les Enquêtes d’Anatole Le Braz -Le sang de Douarnenez – Gérard Lefondeur – Ed Palémon mystère

MASSE CRITIQUE DE BABELIO

.

Excellente pioche de la Masse Critique qui tombe à pic puisque nous retournerons en Bretagne au mois de Juillet et que nous aurons sûrement l’occasion de visiter les lieux du roman. 

Ce roman policier  se déroule à Douarnenez en mars 1902 L’auteur, Gérard Lefondeur, recourt au procédé littéraire bien connu :  dans une vielle boîte à gâteaux, il retrouve les manuscrits de Carnets secrets d‘Anatole Le Braz . L’écrivain, historien, folkloriste, aurait assisté le commissaire Dantec à résoudre une affaire difficile.L

Les équipages de  deux barques de pêcheurs ont été retrouvés morts dans une macabre mise en scène près du rivage… Cette découverte funèbre suggère un rituel qui justifie l’assistance de Le Braz, expert en culture bretonne. Le Braz est ami de Conan Doyle. Par l’intermédiaire de ce dernier il rencontre Bram Stoker, l’auteur irlandais de Dracula. Nous nageons en plein surnaturel, dans une ambiance celte! Le Sang de Douarnenez est un polar très littéraire où un marin pêcheur cite Shakespeare. Le Braz cite aussi Renan, grand homme de Tréguier alors que Le Braz est de Port Blanc.

C’est aussi un polar très bretonnant avec la légende de la ville d’Ys, les Sirènes qui causent les naufrages, les malédictions…

Polar sociologique, sur un arrière-plan de crise sardinière. Douarnenez est le pays des sardinières, les Penn-Sardin. En 1901, les bancs de sardines qui faisaient la richesse de la ville vont à manquer. Pour approvisionner les conserveries, il faut appâter avec des œufs de poisson venant de Norvège. Les pêcheurs deviennent tributaires des conserveurs qui leur vendent l’appât et fixent les prix. La grand grève des sardinières n’aura lieu qu’en 1905, après le dénouement de l’intrigue mais l’auteur dénonce les conditions de travail des ouvrières. Evoque aussi leurs chansons (à propos plusieurs podcasts de Radio-France, passionnants!).

Polar historique. Déjà, les Romains, travaillaient la sardine pour faire du garum. Un épisode des Guerres de Religion avec un nobliau rebelle.

Ce gros livre de  se dévore d’un seul trait. Instructif, addictif. Très réussi!

Merci à Babélio et à l’éditeur!