Gianrico Carofiglio – Les raisons du doute

LIRE POUR L’ITALIE

Les raisons du doute par Carofiglio

Un polar qui se lit très bien. Style incisif, chapitres courts, une enquête bien menée. Pour changer, le héros, Guido Guerrieri,  est avocat.

Pourtant, l’affaire était très mal partie. Le client n’était pas un inconnu de Guerrieri, au contraire. Ce dernier reconnait en lui un des fascistes qui l’avaient roué de coups, adolescent. Guido n’a pas du tout envie de le défendre. Le prévenu clame son innocence dans une affaire de trafic de drogue où tout est contre lui. Pourtant le trafiquant insiste :

« On raconte que vous ne vous dérobez pas quand la cause est juste.On raconte que vous êtes un type bien »

Si Guido accepte de se charger du cas de Paolicelli, ce n’est pas pour la juste cause. Ce sont même pour de très mauvaises raisons.

Je ne veux pas spoiler, lisez-le plutôt!

Une Enfance sicilienne – Fulco di Verdura – Edmonde Charles-Roux

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fulco di verdura

Ces souvenirs d’enfance rédigés des décennies plus tard par Fulco Di Verdura – célèbre joaillier qui a travailla pour Chanel raconte les souvenir d’un enfant dans une famille d’aristocrates palermitains de 1904 à 1913. Strict contemporain de Giuseppe Tomasi di Lampedusa, l’auteur du Guépard dont je viens de lire le récit autobiographique Les lieux de ma première enfance dans le Professeur et la Sirène, je pourrais reprendre en copié/collé sa phrase introductive :

« que le lecteur s’attende donc à une promenade dans un Paradis terrestre et perdu »

Lire ces deux ouvrages traitant de sujets si similaires pourrait paraître redondant. Et pourtant je ne me suis pas ennuyée du tout! Même s’ils se déroulent dans des décors analogues, même si le cérémonial de la sonnette était le même….

Lampedusa a écrit un bref récit tandis que Fulco s’applique à faire revivre les moindres détails de son existence et de celle de ses proches. Le goût du pittoresque se manifeste dès la description des essences du jardin. Quelle saveur que ce dangereux « pampaleone » – lion du désert – acide à grincer les dents, qui s’avère être un simple pamplemousse! Quelle attention pour décrire les animaux familiers, chiens, chevaux babouins, et même un bélier vindicatif et un âne tirant un charreton!

L’enfant a grandi sous les fresques, les portraits des rois de Sicile, normands, angevins aragon, ou espagnols bourbons ou Savoie. Ses décors étaient ceux des chevaliers normands de l’Opera dei Puppi, ou des charrettes siciliennes:

« depuis que les chevaliers normands avaient conquis la Sicile et initié ses habitants aux beautés de la chanson de geste, cela faisait près de neuf siècles qu’ils refusaient toute autre forme de poésie. 

Si son éducation était plus que fantaisiste et erratique, il a acquis le goût du beau à l’opéra où la représentation d‘Aïda à 7 ans lui a fait complètement perdre la tête. A l’occasion, Fulco démonte toutes les conventions sociales régissant les places du téatro Massimo .

Attentif aussi à tous ceux qui l’entouraient : domestiques, cuisiniers ou gouvernantes il les décrit avec bonheur. Attentif aux coutumes, aux fêtes et aux cérémonies religieuses ce livre est un véritable document sur la vie de cette époque. Le chapitre Fêtes et Morts témoigne de coutumes purement siciliennes.

On apprend beaucoup à la lecture sur l’histoire de la Sicile, sa famille a fréquenté Garibaldi et tout est prétexte pour donner une leçon d’histoire, médiévale ou moderne.

C’est une Sicile un peu étrange qu’il nous dévoile avec ses personnage mythiques, la vieille fille à marier, le prêtre ietatore , la vieille dame morte d’avoir ingéré la pasta con le sarde introduite clandestinement….

N’imaginez pas cependant que ces nobles vivaient hors du tmps, ils avaient le téléphone, les enfants des gouvernantes anglaises, étaient abonnés au meilleures revues de Paris et chaque année faisaient un tour d’Europe…A la fin, la grand-mère fait l’acquisition d’une automobile, que nous ne verrons pas rouler!

Dans la postface Edmonde Charles-Roux fait une biographie rapide de Fulco di Verdura et de sa carrière. Elle montre aussi les correspondances entre les usages à Palerme au début du 20ème siècle et ceux à la cour des Bourbons à Caserte au 19ème siècle.

Seul bémol : la présentation de la couverture par Grasset qui introduit une confusion dans le rôle d’Edmonde Charles-Roux. D’ailleurs, Babélio s’est trompé attribuant à cette dernière le nom d’auteure;

 

Le Radeau de la Gorgone -Dominique Fernandez

CARNET SICILIEN

le radeau de la gorgone

Un grand merci d’abord à Mireille qui m’a fait la surprise de l’envoyer! L’ambiance de la page Facebook « Il Viaggio »  d‘Eimelle est plus que chaleureuse, il y règne gentillesse, solidarité, et émulation!

C’est une relecture,(la troisième) Le Radeau de la Gorgone a accompagné  chacun de mes voyages en Sicile, comme le Piéton de Rome m’a permis de préparer mon dernier voyage à Rome et la Rhapsodie Roumaine notre tour de la Roumanie…

Dominique Fernandez est un merveilleux passeur. Sa grande culture, son style, les photographie de Ferrante Ferrandi, font de cet ouvrage un compagnon de voyage parfait. Sa sympathie qui n’exclue pas la critique envers les Siciliens d’aujourd’hui comme d’hier, est presque de la tendresse. Richesse aussi des informations, à la troisième lecture je fais des découvertes.

J’ai eu l’insigne plaisir de visiter Agrigente dans des circonstances ressemblant à son récit : douceurs du couvent et homme de peine avec son balai qui nous a ouvert l’église et commenté en sicilien et en bégayant – » trop baroque, certains aiment…. » Ses lignes m’ont accompagnées dans la découverte des stucs de Serpotta (j’ai même découvert par moi-même à Castelbuono une chapelle décorée par Serpotta dont il ne parle pas)…..

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Sans parler de la Villa Palagonia « LA VILLA DES MONSTRES » à laquelle il consacre un chapitre entier très érudit.

Merci Monsieur Fernandez d’avoir enchanté

 

 

Le Professeur et la Sirène – Giuseppe Tomasi di Lampedusa

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Le Professeur et la Sirène est un recueil de trois nouvelles, et un texte autobiographique : Les Lieux de ma première enfance. Bassani présente ce livre dans une longue introduction.

L’auteur du Guépard raconte ses souvenirs d’enfant,  le plus ancien de 1900 associé à l’assassinat du roi Humbert, puis 1908 avec le tremblement de terre de Messine, le passage de l’ex-impératrice Eugénie à Palerme, c’est un témoignage de la vie en Sicile au début du 20ème siècle dans l’aristocratie sicilienne.

« que le lecteur s’attende donc à une promenade dans un Paradis terrestre et perdu »

Il passe en revue les lieux de son enfance La Casa Lampedusa disparue dans les bombardements de 1943, palais immense dans une rue du vieux Palerme qui s’appelait Via Lampedusa. Le départ par le train à Santa Margherita – une des maisons de campagne dans la vallée du Belice – est décrit comme une véritable aventure en train, en voiture à cheval! La vie à la campagne, la demeure, mais aussi les parties de campagne, les traditions villageoises sont racontées avec brio. la famille possédait aussi un château où ils n’allaient jamais, et une villa à Bagheria.

La Matinée d’un métayer raconte l’ascension sociale de Baldassare Ibba,  roturier qui devient propriétaire terrien en grignotant les domaines des aristocrates qui les vendent pour soutenir leur mode de vie princier. La fin de l’Ancien Régime bourbonien..

 Le bonheur et la Loi se déroule dans un milieu social beaucoup plus modeste. Il raconte le Noël d’un employé qui se fait une fête de rapporter à la maison un panettone.

J’ai beaucoup aimé  Le Professeur et la Sirène, une longue nouvelle mettant en scène deux Siciliens à Turin, en 1938, un jeune journaliste et un helléniste de grande renommée. Deux personnages que tout sépare et que la nostalgie de la Sicile réunit. Un jeune viveur, de bonne famille Corbera di Salina « le seul exemplaire survivant de la famille. tous les faites et péchés, toutes les redevances inexactes, les dettes impayées, toutes les Guéparderies, en somme étaient concentrées en moi seul » et un vieil érudit, intraitable sénateur, arrogant, misogyne. Une amitié se nouera cependant nourrie d’oursinades et de vin de Sicile. Grand style!

 

 

La Vie errante – Maupassant

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maupassant Sicile

 « J’ai quitté Paris et même la France, parce que la tour Eiffel finissait par m’ennuyer »

Ainsi commence ce récit de voyages qui conduiront Maupassant en Italie, en Sicile et en Afrique du nord (1890). Dans mes lectures siciliennes, je n’ai lu que le début du livre concernant plus la Sicile. Il existe aussi un livre dans les Editions GEO, En Sicile, qui reprend ce texte.

L’Exposition universelle « qui a montré au monde, juste au moment où il fallait le faire, la forde, la vitalité, l’activité et la richesse inépuisable de ce pays surprenant : la France »  l’ennuie, la foule le fatigue.

« Cela prouve d’une façon définitive, le triomphe complet de la démocratie. Il n’y a plus de caste, de races, d’épidermes aristocrates. » . 

Réactionnaire et snob, Maupassant? Il préfère l’Italie et les arts au triomphe de la science et du commerce.

A bord d’un yacht il longe les côtes italiennes.  Son périple le conduit à Gênes, à Florence où il tombe amoureux d’une femme peinte par Titien.

Passons, pour arriver à Palerme.

« La Sicile a eu le bonheur d’être possédée, tour à tour, par des peuples féconds, venus tantôt du Nord, tantôt du Sud qui ont couvert son territoire d’oeuvres infiniment diverses où se mêlent d’une façon inattendue et charmante, les influences les plus contraires. De là est né un art spécial, inconnu où domine l’influence arabe, au milieu de souvenirs grecs et même égyptiens, où les sévérité du style gothique, apporté par les Normands, sont tempérés par la science admirable de l’ornementation et de la décoration byzantines. » 

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Monreale

Ébloui par la Chapelle Palatine, il en livre une description précise ainsi que plus loin de Monreale. Ses observations ne se limitent pas aux monuments anciens. Un souvenir curieux est celui du passage de Wagner qui a laissé un parfum de roses indélébile dans l’armoire de sa chambre d’hôtel. Récit halluciné du cimetière des Capucins qui n’était pas encore une attraction pour touriste mais où on venait encore visiter un parent ou un ami récemment décédé.

Il est question de brigands, ou plutôt de l’absence de ces derniers, tant redoutés des voyageurs. Une anecdote réjouissante concerne la disparition de cinquante Polyphylla inquiétant fort les autorités. Jusqu’à ce qu’on constate qu’il ne s’agissait que de coléoptères endémiques.

Evidemment, Maupassant visite les sites antiques, Ségeste, Selinonte, les temples d’Agrigente (Girgenti)et Taormine.  Il en donne une description enthousiaste

« Quand on visite un pays que les grecs ont habité ou colonisé il suffit de chercher leurs théâtres pour trouver les plus beaux points de vue. »

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Mais il remarque qu’ « au bout de la colline des temples de Girgenti commence une surprenante contrée qui semble le royaume de Satan, car si on le croyait jadis le diable habite dans un vaste pays souterrain, plein de soufre en fusion, où il fait bouillir les damnés, c’est en Sicile qu’il a établi son mystérieux domicile. »

Le soufre sera le sujet de nombreuses pages où il décrit l’exploitation des mines de soufre, le travail pénible des mineurs et surtout des enfants. L’esthète un peu snob que j’avais cru rencontrer dans les premières lignes, a un regard aigu, compatissant pour cet enfer.

Soufre et enfer aussi dans ses excursions volcaniques : il gravit l’Etna et visite les îles Lipari. A Volcanello, il retrouve l’exploitation du soufre. J’ai préféré ces récits aux descriptions des sites antiques.

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« Des gens traversent des continents pour aller en pèlerinage à quelques statue miraculeuse – moi j’ai porté mes dévotions à la Vénus de Syracuse! »

Cependant une réflexion, quelques lignes plus loin m’agace :

« Elle n’a point de tête, un bras lui manque ; jamais la forme humaine ne m’est apparu plus admirable et plus troublante. Ce n’est point la femme poétisée, la femme idéalisée, la femme divine et majestueuse comme la Venus de Milo, c’est la femme telle qu’elle est, telle qu’on la désire, telle qu’on veut l’étreindre. « 

Comme on préfère une femme sans tête!

Un court récit à lire avant, pendant ou après le voyage.

Pinocchio – Collodi

LIRE POUR L’ITALIE

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Qui ne connait pas Pinocchio?

Tout enfant a entendu parler de la marionnette dont le nez s’allonge à chaque mensonge.

Mais ce n’est pas tout!

Les personnages sont nombreux dans ce conte.  Féérie avec le Grillon-qui-parle qui le met en garde « les méchants garçons qui ne supportent pas d’être contrariés par qui en sait plus qu’eux ». On rencontre Arlequin et  Mangiafoco un marionnettiste , un Chat et un Renard qui sont des fieffées crapules, une fillette-aux-cheveux-bleu-nuit qui est une fée….un paysan, un requin grand comme un immeuble…..

Métamorphoses des enfant s désobéissants en ânes, animaux qui parlent… un monde enfantin mais aussi un discours moralisateur. Les enfants qui ne vont pas à l’école et qui n’écoutent pas leurs parents sont en grand danger. Discours pessimiste aussi : malgré les avertissements, malgré la bonne volonté, l’amour qu’il porte au bon Geppetto et à la fée, Pinocchio succombe aux tentations quand elles sont plus séduisantes que les devoirs d’écolier.

Je n’ai plus l’âge des contes pour enfants mais je me suis amusée!

P.S. pour illustrer j’avais fait une photo de marionnette à Cefalù mais je l’ai efacée, sans crainte, me disant que je trouverai bien sur Internet. Horreur! difficile d’échapper à Walt Disney!

Todo modo – Leonardo Sciascia

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Lire Sciascia est un plaisir rare. A la veille de notre départ pour Palerme, encore plus précieux!

Je me délecte de l’ironie et de l’érudition de l’auteur. Surtout ne pas s’arrêter à la longue citation de DENYS L’AEROPAGITE qui laisserait penser qu’il s’agit d’un livre savant ou ennuyeux, au contraire, c’est un livre léger (159p) qui se lit avec le sourire.

Le narrateur, un peintre connu, arrive par hasard à l’ermitage de Zafer, ermitage ou hôtel? Un peu des deux : le gratin, ministres, ecclésiastiques, avocats ou hommes d’affaires s’y rencontrent chaque année pour des exercices spirituels sous la direction de Don Gaetano, un prêtre de caractère et de grande culture qui peut citer aussi bien Boccace que Mallarmé ou La Rochefoucault que les pères de l’Eglise.

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Guttuso : crucifixion

Ces citations ne sont jamais fortuites, elles lancent de pistes que je me suis fait un plaisir de suivre (merci Wikipedia sur le smartphone!). Lecture lente donc, que j’ai savourée avec des interruptions pour retrouver un auteur, ou un peintre. Le narrateur étant peintre, il est question de peinture. J’ai eu la surprise de retrouver Guttuso (que j’avais rencontré à Ravenne) – j’ai bien l’intention de visiter son musée à Bagheria!

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Christ de Redon

Rencontré un dessinateur steinberg animauxSteinberg que je ne connaissais pas… Je pourrais aussi citer les Christ de Rouault ou de Redon.

 

 

Les rencontres littéraires sont encore plus nombreuses : Pirandello, bien sûr… mais aussi Pascal…Voltaire qui recommande aux artistes de peindre les « pieds chauds ». Un ministre très imbus de sa personne confond un  aphorisme de La Rochefoucault avec les écritures à l’envers des emballages des crottes de chocolat. Confusion qui me fait rire aux éclats….

Au mitan du livre, au cours de la récitation du Rosaire, une célébrité est tuée d’un coup de revolver. Le livre prend une autre tournure et nous voici en pleine énigme policière. L’enquête occupe la seconde moitié du livre, toujours ironique mais très pessimiste. L’auteur dénonce la corruption au sein de la Démocratie Chrétienne qui aboutira vingt ans plus tard à l’opération Mani pulite.

 

La Couleur du soleil – Andrea Camilleri

CARNET ROMAIN

Saint Mathieu à San Luigi dei Francesi
Saint Mathieu à San Luigi dei Francesi

Itinéraire Caravage

Comme souvent, en Italie, j’ai pris Dominique Fernandez pour guide avec le Piéton de Rome qui avait tracé un  itinéraire Caravage de S Luigi dei Francesi à la Galleria Borghèse et au Musée du Capitole et enfin au Palais Corsini le temps nous a manqué pour voir tous les le chef d’œuvres du maître, au Vatican ou au Palais Barberini. Cependant ma curiosité a été aiguisée. Je voulais en savoir plus sur le Caravage. Je serais bien inspirée de relire la biographie romancée de Fernandez la course à l’abime.

Caravage autoportrait à la Galerie Brghèse
Caravage autoportrait à la Galerie Brghèse

Camilleri

Je viens de terminer la Révolution de la Lune , roman historique relatant un épisode de l’histoire sicilienne, où la veuve du vice-roi règne pendant 28 jours. Roman historique sur le mode burlesque qui m’a fait beaucoup rire. Je suis aussi fan de Montalbano. Camilleri, c’est beaucoup plus que l’auteur de Montalbano. Ce court roman, presque une nouvelle, est une commande à l’occasion d’une exposition Caravage en 2006 à Düsseldorf.

 

la couleur du soleil

Saint Jérôme (galerie Borghèse)
Saint Jérôme (galerie Borghèse)

Par des circonstances aussi rocambolesques que mafieuses (on est en Sicile) Camilleri entre en possession de fragments du journal du Caravage et nous  livre  ceux qui concernent son séjour à Malte, son évasion et son passage en Sicile où il est recueilli par des amateurs de sa peinture qui le protègent pour qu’il peigne à Messine et à Palerme.

Le soleil est noir pour le peintre. Son goût du clair-obscur et les atmosphères sombres dans lesquels évoluent ses personnages ne seraient pas exactement un choix artistique mais plutôt une altération de la vision.

Les scènes violentes qu’il a peint correspondraient aussi à cette vie violente. Le Caravage, protégé des puissants comme Scipion Borghèse, qui admirent sa peinture est plutôt mauvais garçon, il a la lame facile et rapide et ses fréquentations sont peu recommandables….cela, je le savais déjà. Plus étonnantes sont ces hallucinations, ces rêves sanglants, ces draperies qu’ils voulaient blanches qui virent au rouge-sang….

Hallucinatoire ou réaliste, ce roman est original. Cependant, je préfère la tragi-comédie de ses autres romans historiques que j’ai lus, à ce roman très noir.

 

 

 

la Galerie des Carrache – Histoire et Restauration – Ed. Faton

CARNET ROMAIN

carraches couverture

Quel beau cadeau les Editions Faton et Babélio, dans le cadre de la Masse Critique m’ont fait! Je tenais tout d’abord à les en remercier!

C’est tout d’abord un très beau livre, illustré de très grandes photographies, que j’ai feuilleté avec plaisir. Grand format, belle qualité photographique et surtout grande variété: détail des fresques, comme je m’y attendais mais aussi gravures anciennes du Palais Farnèse, photos de statues provenant des collections Farnèse de Naples, du British Museum… Les dessins préparatoires  d’Annibale sont tout à fait extraordinaires, ils sont maintenant dispersés dans les Musées de toute l’Europe, au Louvre, à Turin, en Angleterre ou à Vienne. La richesse et la qualité des reproductions m’ont bluffée.

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Ce n’est pas un livre d’images! Il faut prendre son temps pour lire les chapitres rédigés par les meilleurs spécialistes dans des articles passionnants.

Les préfaces, remerciements aux mécènes, sont attendus, exercice obligé. La suite est une magistrale leçon d’histoire : histoire de la famille Farnese, construction du palais…et glorification de la Famille Farnèse, de sa généalogie supposée antique, de sa puissance aussi bien politique que culturelle. Rien n’est laissé au hasard dans la décoration du Palais, écrin pour la collection de statues, allégories des fresques, armoiries..

De l’Histoire on passe à l’Histoire de l’Art : les Carrache ont su tirer profit des inspirations antérieures, des fresques de Raphaël de la Farnésina, de Michel Ange et des ignudis mais aussi des influences lombardes, de Corrège , de Titien aussi … les deux frères Carrache n’ont d’ailleurs pas été les seuls exécutants des fresques de la Galerie, d’autres noms apparaissent Dominiquin, Badalocchio…

 

Des chapitres plus techniques expliquent comment on réalisait une fresque, les dessins préparatoires, les cartons, les enduits, les giornate. J‘apprends beaucoup.

La fin du volume est consacrée à la Restauration qui vient de s’achever en 2015. Inventaire des restaurations antérieures, problèmes techniques, nouveaux outils pour scanner les fresques, mais aussi parti-pris, nettoyages et restauration. C’est très technique pour la lectrice profane que je suis, mais bien intéressant.

Un regret : je reviens de Rome sans avoir vu – en vrai – la Galerie. J’aurais dû réserver ma visite au moins une semaine à l’avance. J’ai maintenant l‘adresse. Il fallait réserver tant de visites, à La Galerie Borghèse, au Vatican…Je n’ai plus qu’une envie : Retourner à Rome!

 

Les doutes de Salaï – Monaldi & Sorti

CARNET ROMAIN

doutes de Salaï

Salaï est le protégé de Léonard de Vinci qu’il appelle son parrain. Page chapardeur, menteur, séducteur, dégourdi. Espion de Léonard, il adresse une correspondance à un mystérieux Monseigneur florentin où il raconte tous les faits et gestes de son  père dans une langue amusante truffée de fautes d’orthographes et de barbarismes.

Lionardo et Salaï arrivent à Rome en 1500 sous le prétexte d’études de sculptures et d’architecture antique. Le pape est alors Alexandre VI Borgia. Léonard ne se préoccupe guère d’Antiquités et se met au service de César Borgia – le Valentinois – qui mène campagne non loin de Rome. Léonard espère tirer profit de ses talents d’ingénieur, de ses dessins de machines de guerre. Tout d’abord il est chargé d’enquêter sur les rumeurs malveillantes courant sur le Pape Borgia. Léonard, par ailleurs voudrait aussi vendre au sultan Bayazid un pont sur le Bosphore….Cette histoire m’intéresse beaucoup au retour de Rome et je me suis lancée confiante dans la lecture de ce gros livre de 500 pages.

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Roman historique ou  plaisanteries grivoises?

Les lettres de Salaï me plongent dans le doute. Dans un indescriptible fatras de cochonneries, gloutonneries et beuveries Salaï fait des rencontres intéressantes : Copernic et un autre polonais, Burkhardt, le biographe du Pape Alexandre VI, et nombreux Antiquistes (humanistes ou antéchrists?) . Il raconte les faits et gestes de son maître Lionardo avec nombreuses allusions intéressantes à ses œuvres qui  sont parvenues jusqu’à nous. La vie à Rome, dans les boutiques et auberges autour du Campo de’Fiori est reconstituée de façon vivante.

Quel crédit dois-je accorder du point de vue de la vérité historique?

Souvent, trop souvent, interviennent des diableries invraisemblables. Le nom-même de Salaï évoque le malin, et que dire ce ce Töfel, et de Diebold? Quand on raconte qu’une des bouches de l’Enfer serait sous la Cathédrale de Strasbourg, on est encore en pleine diablerie fantastique.

Agent double, agent triple, Salaï met au jour une sorte de conjuration contre le Pape Borgia, mettant en cause Tudesques, Alamans et Alsaziens  qui sont nombreux à Rome. Seraient-ils les coupables dans les rumeurs qui courraient sur le Pape, le prétendant père du Valentinois et de Lucrèce. Népotisme, simonie, inceste, mœurs dissolues. Burkhardt en serait il le propagateur? Il est beaucoup question de la Germanie de Tacite, de Boccace aussi … on devine poindre la Réforme en Allemagne.

Tout cela serait passionnant si Salaï ne passait pas tant de temps à raconter ses fredaines, les tétons comme des melons des Romaines, et le charme de son oiseau dont il se van . Un peu ce serait amusant, mais trop c’est trop. Bien sûr, ce sont ces rencontres sur l’oreiller et les indiscrétions des servantes qui met Salaï sur les pistes  et qui font avancer l’enquête… je m’ennuie un peu et j’ai du mal à prendre son histoire au sérieux.

Et j’ai bien tort!

Le dossier très fouillé dans les 100 dernières pages du livre me montre que la vérité dépasse la fiction. Faux, usage de faux, médisances ont persisté pendant des siècles faisant du pape Borgia un personnage décrié. J’ai eu tort de me méfier. Oui, Salaï a bien existé, on a bien fait circuler des rumeurs sur le pape pas seulement pendant le règne des Borgia, jusqu’à nos jours. Les auteurs ont fait oeuvre d’historiens et livrent une abondante et sérieuse bibliographie!