Les châteaux du Désert Qsar Kharaneh et Qusair Amra

CARNET JORDANIEN

Qasr- el- Kharaneh

C’est l’aventure !

Nous quittons Amman par la route de l’aéroport selon les conseils du portier de Retaj. Le pictogramme du petit avion nous guide, il y a très peu d’indications en lettres latines. A la sortie de la ville, le GPS prend le relais dans les zones artisanales ou commerciales, d’autant plus que seules Aqaba et la Mer Morte sont indiquées (vers le sud alors que les châteaux sont à l’Est)

On traverse les villes de Sahab et de Al Muqqawar.  Des marchandises sont artistiquement empilées dans la rue. Nous achetons un pack de 6 bouteilles d’eau pour seulement 1 JD , le même prix que la minuscule bouteille de l’hôtel. Je prends le pack, entre dans la boutique, attendant patiemment que la cliente au comptoir emballe tout un caddy de friandises. Le magasin embaume le café moulu sur place. Dans une grande vitrine on a mélangé amandes cacahouètes et pistaches, le mélange est du meilleur effet. Des tiroirs ouverts contiennent des friandises emballées dans du papier brillant. Les pots de khalva ont la taille de pots de peinture. Cette confiserie est tellement appétissante.

La route 40 traverse un désert caillouteux plutôt plat. Rien n’accroche le regard, à part la ligne électrique. Le matin tôt, seuls quelques gros pick up foncent. Plus tard arriveront les gros camions qui vont en Irak et en Arabie Saoudite. Ils transportent surtout du matériel de construction, sacs de ciment ou énormes blocs calcaires.

Qasr -el –Kharaneh

Notre premier château du désert se dresse fièrement non loin de la route. Solide cube de belles pierres claires, renforcé de tours rondes à chaque coin. Daté 711 ap.JC  du règne du calife Omeyyade Al-Walid-ibn-al-Malik. Plusieurs interprétations à propos du rôle de ce château, forteresse ou Khan?il ressemble aux caravansérails vus en Turquie, en Arménie et en Ouzbékistan.

Au rez de chaussée les hautes ouvertures des écuries permettaient aux dromadaires de s’y abriter. Des pièces sont réparties autour d’une cour centrale carrée. Deux escaliers extérieurs en pierre conduisent à l’étage où 4 grandes chambres s’ouvrent sur d’autres plus petites. Un gradé accompagné par un jeune policier s’entête à chercher le hammam. Il m’explique en bon anglais que le calife avait 4 femmes qui devaient avoir tout le confort. Comme j’ai lu que  le château était un caravansérail, je pense qu’il y avait plutôt des marchands que les femmes du calife. J’en ai conclu que le gros policier était un macho. L’étape suivante m’expliquera son obsession du hammam.

Qusayr Amra

Qusayr Amra : les bains

Plus qu’un château, c’est une halte de plaisance avec des bains dont les fresques sont surprenantes. Ce site exceptionnel fut découvert par Alois Musil en 1907 et connu une restaurationpar  une équipe espagnole en 1971 et 20 ans plus tard avec les français. Classé au Patrimoine de l’Humanité,  son Centre des Visiteurs est très intéressant. Des panneaux en arabe- anglais et français donnent des explications très complètes sur le site mais également sur les califes omeyyades

Califes omeyyades :

la capitale fut Damas et qui entreprirent l’arabisation de la région avec le développement de l’écriture coufique et l’émergence d’une littérature arabe. Sus leur règne la tolérance permit l’intégration des cultures locales byzantines et perses. En plus des monuments emblématiques comme la Mosquée de Damas et le Dôme du Rocher à Jérusalem, on leur doit, en Jordanie la citadelle d’Amman et plusieurs châteaux  du désert.

Site de Qusayr Amra :

Dans un climat semi-aride, le Wadi Botoum  permettait avec des barrages, des citernes et des ouvrages hydrauliques d’entretenir une quasi oasis. En outre il était situé le long des pistes caravanières. Les habitations étaient construites en hauteur à l’abri des inondations tandis que les bains se situaient dans la zone basse. Des tamaris marquent le lit de l’oued.

Les fresques

Fresque
Fresques : les artisans et les métiers

Une des fresques représente les rois Caesar”, l’empereur byzantin, “Kisra”, l’empereur sassanide, “Negus”, le roi d’Abyssinie et “Rodéric”, le roi wisigoth d’Espagne.

Le prince est dans une construction d’image montrant l’art de recevoir les baigneurs. L’histoire est racontée sur plusieurs registres ; En haut ce sont des scènes de chasse avec le rabattage des onagres, au milieu on voit le roi dans un jardin, une femme au bain. La présence de personnages et même de personnages féminins fort peu vêtus est tout à fait étonnant dans la peinture islamique.  Sans doute, le caractère tout à fait profane du lieu (un hammam) explique cela. Dans la salle voûtée, sur le plafond sont peintes les constellations.

constellations

Une autre pièce est décorée d’animaux dans des médaillons tandis qu’un plafond montre le travail des artisans de l’époque.

L’habilité  et la finesse des fresques évoque l’art des miniaturistes, Ariane à Naxos aurait servi de modèle à la femme aux bains ce qui dénote une influence byzantine.

aniamux musiciens

Malgré les abondantes explications, à l’entrée dans le bâtiment c’est la surprise totale. Je n’aurais jamais imaginé une telle fraîcheur, une telle variété des couleurs et des thèmes. C’est aussi un miracle que je l’ai trouvé ouvert ; A la fin de ma visite, un bédouin en galabieh brune et caffieh à damier rouge ferme le verrou .

la Galerie des Carrache – Histoire et Restauration – Ed. Faton

CARNET ROMAIN

carraches couverture

Quel beau cadeau les Editions Faton et Babélio, dans le cadre de la Masse Critique m’ont fait! Je tenais tout d’abord à les en remercier!

C’est tout d’abord un très beau livre, illustré de très grandes photographies, que j’ai feuilleté avec plaisir. Grand format, belle qualité photographique et surtout grande variété: détail des fresques, comme je m’y attendais mais aussi gravures anciennes du Palais Farnèse, photos de statues provenant des collections Farnèse de Naples, du British Museum… Les dessins préparatoires  d’Annibale sont tout à fait extraordinaires, ils sont maintenant dispersés dans les Musées de toute l’Europe, au Louvre, à Turin, en Angleterre ou à Vienne. La richesse et la qualité des reproductions m’ont bluffée.

carrache

Ce n’est pas un livre d’images! Il faut prendre son temps pour lire les chapitres rédigés par les meilleurs spécialistes dans des articles passionnants.

Les préfaces, remerciements aux mécènes, sont attendus, exercice obligé. La suite est une magistrale leçon d’histoire : histoire de la famille Farnese, construction du palais…et glorification de la Famille Farnèse, de sa généalogie supposée antique, de sa puissance aussi bien politique que culturelle. Rien n’est laissé au hasard dans la décoration du Palais, écrin pour la collection de statues, allégories des fresques, armoiries..

De l’Histoire on passe à l’Histoire de l’Art : les Carrache ont su tirer profit des inspirations antérieures, des fresques de Raphaël de la Farnésina, de Michel Ange et des ignudis mais aussi des influences lombardes, de Corrège , de Titien aussi … les deux frères Carrache n’ont d’ailleurs pas été les seuls exécutants des fresques de la Galerie, d’autres noms apparaissent Dominiquin, Badalocchio…

 

Des chapitres plus techniques expliquent comment on réalisait une fresque, les dessins préparatoires, les cartons, les enduits, les giornate. J‘apprends beaucoup.

La fin du volume est consacrée à la Restauration qui vient de s’achever en 2015. Inventaire des restaurations antérieures, problèmes techniques, nouveaux outils pour scanner les fresques, mais aussi parti-pris, nettoyages et restauration. C’est très technique pour la lectrice profane que je suis, mais bien intéressant.

Un regret : je reviens de Rome sans avoir vu – en vrai – la Galerie. J’aurais dû réserver ma visite au moins une semaine à l’avance. J’ai maintenant l‘adresse. Il fallait réserver tant de visites, à La Galerie Borghèse, au Vatican…Je n’ai plus qu’une envie : Retourner à Rome!

 

Monastère de Rila (2) fresques et icones

CARNET BULGARE

Jugement dernier

L’église

Les  fresques de l’extérieur sont très colorées, je ne sais plus où donner de la tête. Un conférencier explique le Jugement Dernier en Français. Il montre les Turcs attrapés par un diable dans la boucle d’un lasso et entraînés vers l’Enfer. D’après ce spécialiste, l’Enfer est difficile à soutenir théologiquement, la foule rejoint donc le Paradis (pas de Purgatoire chez les orthodoxes), l’Enfer reste presque vide à l’exception de Judas assis sur les genoux du diable ; Une touriste remarque que les femmes sont plus nombreuses que les hommes en enfer. On ne voit qu’elles !

prise de Constantinople

Scènes de l’Apocalypse, Chute de Constantinople, ces fresques sont amusantes. Plus anecdotiques que touchantes, décidément le 19ème siècle même avec les meilleurs des peintres comme Zahari Zograf , en matière de peinture religieuse ne me plait guère !

Zahari Zograf a peint l’intérieur de l’église. Nous avions déjà remarqué ses fresques à Trojan. La fumée des cierges a obscurci les couleurs. A la suite du groupe francophone, j’écoute les explications sur les deux chapelles celle de Saint Jean de Rila (fondateur du monastère) et en face consacrée à Saint Nicolas. L’iconostase est très massive, très dorée, très haute.

Diableries?

Nous faisons des allers-retours entre église et cour, glanant des explications des conférenciers dans les langues que j’entends. En début d’après midi, les touristes étaient si nombreux qu’il régnait une agitation gênante. Il a plu, la pluie a fait fuir le monde.

Quand le soleil est revenu, les murs blancs ont pris un nouvel éclat, les décors plus de couleurs. On a refait toutes les photos. Le soir est venu, le calme est revenu dans le monastère.

Galerie des icônes

Une seule grande pièce en rez de chaussée ; les icônes sont surmontées par les portraits des moines, noirs et gris, sinistres. Sur un mur, icônes 18ème siècle de l’ancien monastère dont il ne reste que la tour Rhelno. Sur un autre mur, une série d’icônes 19ème, toutes d’un même artiste Nikolaki Dopeski dont j’ai bien aimé les Trois Hiérarques et la Nativité de la Vierge. Une autre Nativité de la Vierge de 1827 m’a plu : le réalisme, l’expression et le costume des servantes habillées comme des paysannes turques ou bulgares, l’une d’elle dresse le couvert avec de la belle vaisselle d’argent, plateau et aiguières comme dans les maisons-musée.

L’accumulation des peintures tue la fraîcheur du regard. Au lieu d’être émerveillée, je suis assommée. La fin de la soirée se passe oisivement, sans but précis, dans l’immense cloître.

Dîner : soupe aux tripes et pain au restaurant qui enjambe le torrent par un petit pont. C’est une erreur de choisir la table au dessus de l’eau. Il faisait froid .

Eglise peinte de Dobarsko et histoire du village

CARNET BULGARE


6h40, le soleil émerge des montagnes de Rila et illumine les sommets du Pirin. La vallée, Bansko et Banya sont noyés sous une brume bleutée. Maïs, haricots et roses sont ragaillardis de la pluie d’hier. Les lignes de crêtes sont nettes. J’ai enfilé pull et chaussettes pour la première fois depuis ce mois de canicule.

8h : hommes et femmes partent au champ une binette sur l’épaule. La campagne est animée. Partout on voit des gens travailler. Une dame cueille des haricots. Un attelage passe. Il doit y avoir un nid de cigogne dans les parages, j’entends les becs claquer.

banitsa

8h30 : Katia a fait une magnifique banitsa très légère avec du filo enroulé en escargot avec de la confiture de figues vertes.  Chacune de nos hôtesses a une recette personnelle pour la banitza, nous n’en avons pas mangé deux identiques.

9h : chacune balaie devant sa porte au village et ramasse le crottin et la bouse avec une pelle et un seau pour le jardin. Ballet des balais des employées municipales. La rue pavée est très en pente, un pauvre cheval glisse dangereusement

La minuscule église peinte de Dobarsko,  est enclose derrière de hauts murs de galets dans un beau jardin. Elle ouvre à 9h30 seulement. Nous entendons le grincement d’une carriole tirée par un âne, ses roues de bois sont cerclées de fer à l’ancienne. L’excellent livre vendu à l’église raconte l’histoire de Dobarsko.

l'églisse ressemble à une simple maison de village

histoire de Dobarsko d’après Boshidar Dimitrov

Lu sur la brochure de commentaire de l’église peinte

Dobarsko(800 à 1000 habitants) abrite l’église peinte Saint Théodore Tiron et Saint Théodore Stralibate, construite et décorée en 1614. Selon la légende locale, le village aurait été fondé en 1014 par les soldats bulgares aveuglés par les Byzantins lors de la bataille de Klyoutch (Petritch). C’ette légende n’a pas de base logique : difficile pour des aveugles de subvenir à leurs besoins dans les conditions  difficiles. Le fait que les saints patrons étaient des saints militaires suggère que le village fondé environ au 9ème siècle avait un statut militaire. En Bulgarie médiévale et en Byzance, les statiotes(paysans soldats) représentaient un tiers de la population/Affranchis d’impôt, ils étaient obligés d’être à la disposition de l’armée pendant els guerres avec leurs propres armes. L’empire ottoman a gardé cette pratique du 15ème au 17ème siècle. Les soldats bulgares stratiotes forment à Sofia deux corps militaires et 30 000 soldats chrétiens. Les soldats de Dobarsko ont probablement gardé leur statut pendant les trois premiers siècles du Joug ottoman. Cela explique pourquoi l’église élevée en 1614 soit dédiée à deux saints militaires.

Sur la façade de l’église, en plus des deux saits patrons se trouvent  les saints cavaliers saint Georges et Saint Dimitar. Selon plusieurs spécialistes, la galerie des Saints militaires est une démonstration de la force et de la puissance militaire des bulgares au sein de l’empire ottoman musulman. Une partie des soldats spahis cavaliers chrétiens étaient de Dobarsko.
Une petite svastika antique iranienne indiquerait les origines Protobulgare des premières familles militaires. Les khans de PLiska avaient l’habitude d’envoyer dans les territoires nouvellemnt conquis des Protobulgares . Dobarsko, à proximité de la nouvelle frontière de Byzance, sur un col important, avait reçu un effectif de soldats Protobulgares. La pierre de la svastika aurait dû se trouver dans un temple païen puis en remploi dans l première église puis dans celle de 1614.

La réalisation des peintures murales au début du 17ème siècle ont été permises parce que les villages militaires  étaient considérablement plus riches que les villages soumis à l’impôt.  Economisant les frais fiscaux en période de paix et partageant le butin pendant les périodes de guerre. En période de paix, ils vendaient les marchandises locales en Europe et en Asie Mineure, leurs convoi étant  moins vulnérables, possédant légalement des armes et sachant s’en servir.

Les habitants de Dobarsko auraient également participé à la bataille de Lépante au côté des Vénitiens.

Selon la règlementation administrative ottomane, l’église ressemble à une construction d’habitation au toit à deux versants. Son plan est cependant à trois nefs.

L’ayant lu et résumé, J’ai bien dans la tête les scènes et visages que je vais chercher : je suis d’abord étonnée par la petitesse des lieux puis me laisse prendre au charme des scènes et par l’inventivité des peintres. Entrée dans Jérusalem : un étrange personnage se cache dans un palmier. Sacrifice d’Abraham : Isaac porte les bûches comme un paysan bulgare ; je en suis pas assez savante pour identifier es saints dont parle la brochure. Avec un peu de patience ce serait possible, c’est écrit dessus, mais en cyrillique !

Une vieille dame descend la route, binette à l’épaule, son fichu grenat laisse deviner de longues tresses grises. Elle nous demande quelque chose avec insistance mais on ne comprend pas quoi. Voulait-elle qu’on l’emmène un peu plus loin sur la route ? Désolée, elle répète « vous ne comprenez pas ! » puis nous fait un sourire et repart.

Nous avons parcouru la route plusieurs fois, nous guettons le berger qui a poussé son troupeau plus loin dans le pré fauché récemment déjà bleui par les chicorées. Nous aimerions une photo de meule pour l’album. La barrière est baissée au passage à niveau : une locomotive rouge tire trois wagons bleus. Le faible écartement des rails ne laissait pas présager des trains de voyageurs. L’éclairage deu matin souligne les cirques glaciaires. Cette érosion permettrait d’expliquer les énormes quantité dde sables et blocs mêlés comme  une moraine.  (A vérifier toutefois).

La route de Sofia est toujours pleine de camions et de bolides qui ne tiennent compte ni des lignes continues ni des limitations de vitesse ni même de la présence de la police pourtant bien signalée par des appels de phares. Une rocade 2×2 voies évite Blagoevgrad et trouvons peu après la route de Rila.

Trojan, monastère de Trojan, col de Trojan

CARNET BULGARE

La route dans la montagne de Glojené à Troyan

débardage à l'ancienne

La route suit la rivière jusqu’à Teteven. Sur un parking : une fontaine et un banc.Que ces fontaines sont réjouissantes ! Teteven est un gros bourg, industriel du temps communiste. De nombreuses usines sont maintenant à l’abandon. Je m’étonne de ne pas voir les HLM de béton gris vus en Roumanie, et dans les pays baltes. Ici, il y a surtout des pavillons carrés. Les HLM  sont en pleine ville, pas à l’entrée. Le torrent se rétrécit devient un ruisseau. De nombreux hôtels, restaurants, chambres à louer font un tourisme vert actif et familial.

 

Ribanitsa : des étangs de pêche et des piscines. Sur la carte, un tronçon  de  5km de chaussée non revêtue m’inquiétait un peu. La chaussée est étroite mais bien asphaltée tout du long. Pas de problème. Du crottin jonche le goudron. Les bûcherons ont abattu des hêtres, une caravane de petits chevaux transporte des bûches d’environ 1m de long et les forestiers construisent de véritables murs de bois. Bois de Chauffage ? On rencontrera par la suite les camions de bois. Les bulgares que nous rencontrons sont plutôt de solides gaillards, mais les bûcherons sont maigrichons, il y a même des adolescents frêles et à peine sortis de l’enfance ceinturés de bandes protégeant leurs reins. Qui sont-ils ? Des Tsiganes ?

Schipkovo, dans une autre vallée, est aussi une station touristique avec de magnifiques piscines.

Monastère de Troyan

le paradis selon Zahari Zograf

Nous traversons Troyan (nommée d’après l’empereur Trajan et la Via Trajana)sans nous arrêter dans cette petite ville avec de nombreuses usines, pour atteindre le monastère de Troyan éloigné d’une dizaine de km dans la campagne. Troisième monastère de Bulgarie, il est sans doute, « incontournable ». De hauts murs de pierre et une belle entrée accueillent les visiteurs. Contrairement au monastère de Glojené, Troyan paraît très prospère avec ses hauts bâtiments de pierre sur trois niveaux, ses coursives et escaliers de bois le long des façades. Cellules de moines ou chambres pour les visiteurs ? Je ne sais pas bien. En y réfléchissant bien, la fonction hôtelière d’un monastère n’a rien de choquant. De tout temps, pèlerins et voyageurs étaient accueillis dans les monastères !

monastère de Trojan

L’église peinte est le joyau du monastère, peinte aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur. Les fresques sont l’œuvre de Zacharie Zograf, peintre du 19ème siècle qui a représenté le Jugement dernier aussi bien sur les portes que sur les coupoles du narthex. Le Paradis est fleuri avec des oiseaux bleus, enfermé dans un enclos carré. La mort avec sa faux chevauche un cheval squelettique, motif que je n’avais encore pas rencontré dans une église orthodoxe jusqu’à présent. L’intérieur de l’église est vraiment très noirci par la fumée des cierges. Le monastère a également un petit musée (2levas) dans une pièce des icones et des objets du culte, l’autre pièce est dédiée à Levski comme à Glojené : une cellule, un lit, une table basse, des photos.

Col de Troyan

Col de Trojan : arc de triomphe moderne!

De Troyan, la route suivant l’antique Via Trajana descend vers le sud vers Karlovo et Plovdiv. Elle s’élève dans une belle hêtraie et dans des forêts de résineux jusqu’à un col. Le revêtement est plein de nids de poules. C’est la première fois que nous circulons sur une chaussée dégradée malgré les avertissements des forumistes. Jusqu’à présent la qualité des routes nous avait surprises agréablement. Au col, la station de ski de Beclemeto a installé un téléski. La vue est splendide avec de nombreuses lignes de crêtes superposées. Sur un monticule, un arc de triomphe c commémore les batailles de la Révolution bulgares de 1878 sur une face et la Libération en 1944 sur l’autre la végétation ressemble étrangement à celle que nous connaissons à SuperDévoluy : même altitude (1500m), même latitude ou presque et probablement même substrat calcaire.

Florence : Duomo

CARNET TOSCAN


Duomo

Une longue queue s’est formée à l’entrée de la Cathédrale. Heureusement on avance vite. C’est gratuit. En attendant, j’ai tout le loisir d’admirer les marbres blancs (de Carrare) le vert (de Prato) et le rouge de Pise? Les colonnes sont torsadées, finement et incrustées. A Palerme, j’avais été étonnée, ravie. J’avais attribué ces incrustations au savoir-faire arabe. Ici, à Florence, tout est décoré d’incrustations de marbre. Cela m’incite à plus de prudence dans mes interprétations. La Sicile m’avait paru plus orientale alors. Maintenant, je la trouve plus italienne. Un autre lien entre Florence et Monréale : le sculpteur Pisano auteur des portes du baptistère à Florence et à Monreale.
la nef

L’intérieur de la nef est censé donner un sentiment de grandeur, d’élévation, que sais-je ? Je m’y sens plutôt perdue, sans aucune extase mystique. Nous remarquons la curieuse horloge à une seule aiguille qui tourne à l’envers et marque l’ »heure italienne », puis les vitraux colorés, beaux mais lointains et trop petits.
Crypte

Sous la Cathédrale Santa Maria del Fiore, se trouve l’ancienne église Santa Reparata. On ne trouve pas l’atmosphère de recueillement intime des cryptes plutôt celle d’un site archéologique avec des mosaïques, des fondations de l’ancienne église. Les mosaïques rappellent celles d’anciennes basiliques romaines visitées à Chypre. On voit la brique des anciennes constructions romaines.

Fresques

Sir John Hawkwood de Paolo Ucello

Devant deux fresques la conférencière, Clémence,  fait des visites en français gratuites. Elle nous explique les effigies équestres des deux condottieri. La plus ancienne représente Sir John Hawkwood par Paolo Uccelo. Les Florentins avaient promis d’élever une statue de bronze. Seuls les empereurs romains avaient l’honneur d’une statue équestre. La fresque apparut comme un bon compromis. Paolo Uccelo a traité le socle en perspective mais pas le cheval qui aurait été énorme. Il a imaginé un cheval presque cubiste Sans la conférencière, nous n’aurions jamais remarqué cela.

Une deuxième effigie équestre représente Niccolo Tolentino par Andréa del Castagno elle est plus conforme au goût du Quattrocento florentin.

La guide analyse pour nous le portrait de Dante. Le tableau le représente en pied au milieu de sa Divine Comédie. An haut : le ciel et les constellations font allusion au début de la Divine Comédie par un rêve. Toute la partie gauche est occupée par une procession des damnés qui descendent vers l’Enfer. Au milieu, on croit reconnaître la tour de Babel. Cet édifice circulaire en degrés figure le Purgatoire : chaque tranche circulaire représente un « étage » de péchés. Au sommet Adam et Eve sont debout sur le dernier petit cercle. Le Paradis : c’est Florence, on reconnaît le dôme de Brunelleschi et les remparts. Dante, exilé de sa ville natale, voyait en Florence le Paradis. Les façades incrustées de couleurs figurent l’idée du Paradis pour les florentins. (Chez les Musulmans c’est un jardin)Encore une fois, merci à la conférencière pour la découverte de ce tableau et un aperçu de l’œuvre de Dante que je n’ai jamais lue.

La coupole

Clémence nous montre les plans de la coupole sur des photocopies. Elle explique l’idée géniale de la double coupole. Elle nous montre les trous par lesquels on pouvait installer des poutres pour des échafaudages flottants.

Enfin elle nous livre des clés pour la lecture de la fresque. Comme nous le savions déjà, il existe toute une symbolique théologique et politique dans la peinture de la fin duXVIème siècle. La coupole a été terminée en 1436 par Brunelleschi mais les peintures sont l’œuvre de Vasari plus d’un siècle plus tard après le Concile de Trente. Ce Concile a fixé les canons de la peinture. On peut faire une lecture horizontale registre par registre du lanternon vers le bas. On voit alors le cercle des vieillards de l’Apocalypse, le cercle des Anges, Archanges, Chérubins, en dessous celui des Saints : évêques rois, puis celui des Vertus et tout en dessous
L’Enfer et le Jugement Dernier
Curieux Jugement dernier : la Mort casse sa faux, un chérubin brise les armes, Chronos brandissant un sablier va mourir, les quatre Saisons sont étendues tout cela symbolise l’abolition du Temps. Des trois vertus Espérance en robe verte, charité en rouge et Foi en blanc (non, ce ne sont pas les couleurs du drapeau italien ! !) seule reste la Charité puisqu’avec la fin des temps l’Espérance n’a plus de sens ni la foi.

Une autre lecture est possible : une lecture politique qui est aussi une lecture verticale : le pape Clément V (un Médicis) couronne Charles Quint. Les Médicis sont bien présents ici aussi.

A l’assaut de la coupole!

460 marches annoncées,à la queue leu leu. Heureusement, seulement des sportifs ont choisi cette attraction. L’ascension s’effectue à un rythme soutenu au début. Malheureusement, quand le couloir se rétrécit, cela bouchonne. De temps en temps une ouverture nous fait découvrir un beau panorama. Quand on domine tous les palais, on devine qu’on a déjà effectué une bonne montée. Le circuit passe au bord de la fresque, à l’intérieur de la coupole. Le Diable mesure au moins 4 mètres de haut. Les couleurs sont vives. Puis la montée reprend, l’escalier utilise l’espace entre la coupole extérieure et la coupole intérieure. On comprend mieux l’astuce de Brunelleschi. Enfin nous arrivons sous le lanternon où un balcon est aménagé.

Toute la ville est à nos pieds. Je distingue très bien les Villas Médicis Le Castello et La Pétraia et leurs jardins. Le Palais Vecchio présente une façade sans échafaudage de ravalement. On a l’impression de toucher le Campanile. La descente est plus rapide.

 

Sienne, Forteresse Médicis, palais, crypte, baptistère….

CARNET TOSCAN

Sienne Piazza del Campo

La  route S2 traverse une campagne agréable de champs qui ondulent avec les tournesols en fleur, les blés moissonnés, la paille en grosses roues. Le long de la route je découvre de nombreuses industries, petites usines modernes, propres et discrètes : cristalleries, composants électrique, agro-alimentaires. Pendant que j’en fais l’énumération D; me conseille plutôt de regarder les hautes tours qui se profilent sur une colline : Monteriggioni, entourée d’une enceinte à si grosses tours que Dante les a comparées dans l’Enfer à des géants  L’ensemble est spectaculaire. La route continue ensuite dans un paysage vallonné assez boisé ? Ici, ni vigne ni oliviers, des acacias, des sureaux, des chênes. Je ne sais pas pourquoi ce paysage m’évoque plutôt la Dordogne que la Méditerranée.
Forteresse Médicis
Hauts murs, bastions, tours de briques. A l’intérieur, une vaste esplanade avec un amphithéâtre. Un écran est installé pour des projections « sous les étoiles ». De magnifiques escaliers baroques sont en cours de restauration. Du haut de la forteresse, nous découvrons les toits de la ville, le campanile à rayures, le Duomo, le beffroi du palais Municipal et des dizaines d’églises .

Aujourd’hui, dimanche, les parcmètres sont gratuits, autant en profiter et rapprocher la voiture. Nous passons devant une église massive de briques S Domenico et Santa Catherine puis montons une rue piétonnière. Nous sommes dépaysées. Habituées aux grands palais sévères de Florence et aux décors Renaissance, nous voici au Moyen âge dans des petites ruelles sombres avec toujours des boutiques de luxe mais moins de mode, plus d’épiceries fines proposant les spécialités locales : Chianti, pâtes de luxe, charcuterie. C’est aussi plus calme. Pas de motos ni de vélos (peut être parce que c’est Dimanche ?)

Je reconnais la place Salimbeni avec le Palais Gothique du Mont de Piété vus à notre visite précédente il y a plus de vingt ans. Au centre de la place la statue d’un ecclésiastique. Une plaque précise qu’il s’agit d’un économiste, un théoricien du Libre Echange et que c’est le Mont de Piété qui a fait ériger la statue. Etrange monument ! Le Palais Gothique Salimbeni a été restauré au XIXème siècle ce qui explique la fraîcheur des décors.

Au coin de la via Bianchi, le Palais Spannochi est très décoré aux couleurs de la Contrade de la chenille : jaune et vert. Nous apercevons la belle place en forme de coquille : la Piazza del Campo sans nous y arrêter et continuons vers le Duomo, le but de notre promenade.

La Cathédrale de Sienne

On parvient à la Cathédrale par un escalier. Sous une arche très blanche, très haute nous découvrons la silhouette fine du Campanile blanc rayé de vert et la façade très très ouvragée du Duomo : dentelle de pierre, pinacles, gargouilles, statues dans des niches, statues de vieillards et apôtres aussi lions, chevaux et bovins qui se détachent sur le ciel.

Duomo

Le Duomo est fermé aux touristes aujourd’hui Dimanche matin. Nous nous asseyons en face pour détailler la façade puis descendons l’escalier qui mène à la Crypte. Le Billet collectif de 10 euros donne droit à 4 visites : la crypte, le Baptistère, le Musée de l’Opera del Duomo et l’Oratoire San Bernardino.

Crypte

La Crypte est une surprise totale. Nos guides ne la mentionnent pas : elle vient d’être ouverte au public. On entre par une porte blindée et on découvre des fresques dans un état de préservation exceptionnel. Située sous le Duomo, elles étaient ignorées, enterrées dans les fondations, préservées de la lumière et de l’oxydation. Les bleus sont exceptionnels : l’azurite n’a pas été oxydée pour donner de la malachite vert turquoise. Il s’agit de l’église d’avant le XIIIème siècle  avant la construction de la cathédrale. Quand nous pénétrons accompagnée d’une guide parlant français, la crypte est vide. Nous avons l’impression de faire nous même une découverte !

Un CD ROM très détaillé et très scientifique explique comment on établie la cartographie des différentes altérations des fresques : calcifications, abrasions, dissolution, action des mousses et des algues, salinisation, apparition de croûtes de sel…

Procession

défilé de la contrade de la Chenille

Des tambours résonnent à l’extérieur. Nous abandonnons l’écran pour nous précipiter à la rencontre du défilé de la contrade de la chenille. Les hommes sont costumés comme au Moyen Age : jambières jaunes et vertes une moitié de jambe de chaque couleur, hauts, de chausses en velours vert, bonnet moyenâgeux. Les tambours sont également jaunes et verts. Des porte-étendards jouent avec les grands drapeaux, ils les font tourner en occupant toute la rue.

Baptistère


Après ce spectacle inattendu, nous visitons le Baptistère. La grande façade gothique de marbre blanc ne laisse rien soupçonner de la structure octogonale du bâtiment. Au sol, le arbre blanc est gravé et incrusté d’une scène de femmes portant leurs enfants au baptême.
A l’intérieur les fonts baptismaux sont de forme octogonale (toujours le huit qui égale les 7 jours de la Genèse plus celui du Baptême). De très beaux panneaux de bronze doré racontent la vie de Saint Jean Baptiste. On retrouve avec bonheur les œuvres de Ghiberti et Donatello (nos vieilles connaissances de Florence !). Nous étudions les fresques ; celle qui représente Saint Antoine de Padoue me plaît parce qu’une ville est représentée avec de nombreux personnages.

Musée de l’Opera del Duomo

Le Musée de l’Opera del Duomo abrite les sculptures de la façade fragilisées par l’érosion. Elles sont très bien présentées au rez de chaussée. Au dessus des peintures de Primitifs siennois. Au sommet, un escalier en colimaçon monte au sommet d’une arche. De là on découvre un panorama fantastique sur les toits de Sienne, la Cathédrale, le Campanile, la piazza del Campo…On lève la tête, au dessus de nos têtes s’élève une arche encore plus haute qui donne le vertige à Dominique. Un nouvel escalier encore plus étroit permet de monter à la seconde arche. On avait imaginé construire une cathédrale gigantesque plus vaste que celle de Florence. Ces arches vertigineuses sont des ébauches du transept jamais achevé. La peste et la domination de Florence ont mis fin à cette construction ambitieuse.

Maesta duccio

En redescendant, nous allons voir les peintures : le retable du Duomo jusqu’en 1505 ; cette peinture absolument merveilleuse se composait de14 petits tableaux ravissants. On voit également une Maesta : Madone entourée des anges sur fond doré.