Cézanne et les maîtres – Le rêve italien -Musée Marmottan

Exposition temporaire jusqu’au 5 juillet 2020

 

Cézanne n’est jamais allé en Italie, pourtant cette exposition  le décrit comme  Italien par la lumière qui inonde ses tableaux, lumière de Provence. Italien parce qu’il connait les peintres italiens et s’en est inspiré! L’exposition 2020 au Musée Marmottan fait suite à une exposition de 2014 que j’ai trouvée racontée sur un blog que j’aime beaucoup ICI

1) Cézanne l’Italien.

L’exposition du Musée Marmottan  présente les tableaux par paires : La Descente de Croix du Tintoret qui a inspiré un petit tableau La Femme étranglée où la composition se trouve inversée (explication et schéma sur les cartel : passionnant!). Aucun rapport pour le sujet profane mais l’analogie est remarquable.

 2)Cézanne regarde Venise et Naples

occasion d’apparier les tableaux La déploration du Christ du Tintoret  et Le Meurtre  de Cézanne. 

le meurtre Cézanne

Occasion de découvrir un aspect de la peinture de Cézanne que j’ignorais complètement : ces peintures sombres  que je n’imaginais pas du tout, loin des paysages lumineux de la Sainte Victoire ou des tranquilles natures mortes.

La toilette funéraire ou l’Autopsie Cézanne

Cette toilette funéraire est appariée à la Déposition du Christ de Ribera, même si les personnage ont été réduits de six à trois et que le sujet est bien profane.

Ce jeu des paires marche aussi pour une tête de vieillard de Cézanne inspiré du Portrait d’Antonio da Ponte de Bassano, ou de deux jeunes filles l’une du Gréco (magnifique mais interdit de photographier). La parenté entre la Préparation du banquet et la Cène du Tintoret n’est pas aussi évidente.

En tout cas : Cézanne connaissait la peinture vénitienne et napolitaine!

3) Cézanne regarde Rome

Pastorale

Plusieurs paysages dans cette section: surtout des Poussins – archétype du paysage classique – qui invente un paysage idéal tandis que Cézanne peint sur le motif. Cette Pastorale est accrochée à côté d’un Poussin Paysazge avec Bacchus et Cérès.

Cezanne : le château noir

Le Château  noir correspond plus à ma vision de  la peinture de Cézanne. C’est d’ailleurs un des tableaux que j’ai préféré dans l’exposition.

4)Cézanne regarde la nature morte en Italie

nature morte ou vanité? Je découvre la Vanité avec Crane de Salvator Rosa que je ne connaissais pas du tout.

Cristoforo Munari

 

Cristoforo Munari (encore une découverte pour moi) a peut être inspiré Cézanne

5) Cézanne vu par les Italiens

Si les maîtres italiens ont inspiré Cézanne, la réciproque est aussi vraie: Soffici, Carrà, Morandi, Sironi et Pirandello sont présent dans le jeu des paires.

Sironi : Portrait du frère Ettore/ Cézanne
Cézanne : la bouteille de liqueur
morandi

baigneuses de Cézanne et baigneuses de Pirandello

Baigneuses de Pirandello

Cette exposition m’a beaucoup plu, non seulement les tableaux sont magnifiques et certains inconnus mais encore la démarche de faire dialoguer les œuvres, de mettre en évidence les analogies, les compositions, les parentés est très formatrice pour l’oeil.

Un rêve d’Italie – Collection Campana – Louvre

Exposition temporaire jusqu’au 18 février 2019

Une collection comme geste politique!

Giampetro Campana – directeur du Mont de Piété à Rome –  a rassemblé une vaste collection archéologique et de peinture italienne avec la volonté d’offrir un tableau complet des richesses de l’Italie, s’inscrivant dans le courant du Risorgimento et  de l’unité italienne. Arrêté en 1857 pour des malversations financières, il a dû disperser sa collection. En 1861, le Louvre en a acquis une bonne partie.

L’exposition suit le Catalogue établi par Campana dans son projet de musée. Campana ne s’est pas contenté d’acheter, il a aussi entrepris des fouilles en particulier dans la région de Rome et dans les sites étrusques de Cerveteri et de Veies : sa collection est riche en vases et terres cuites étrusques.

Sarcophage des époux

 

Ce sarcophage des époux ressemble à celui de la Villa Giulia à Rome (musée étrusque ). Une tombe étrusque est reconstituée avec des plaques peintes.

A Pérouse une urne funéraire (400-375 av JC )en bronze :

urne funéraire Pérouse Jeune homme banquetant

Une autre urne

duel fratricide d’Etéocle et de Polynice.

L’urne ci-dessus est peut être moins fin mais c’est le combat d’Etéocle et de Polynice qui a retenu mon attention (je suis fan absolue d’Antigone).

La collection de vases trouvés en Etrurie est remarquable. Souvent les artistes étaient grecs et produisaient pour le public étrusque qui les importait. Une série provient d’un atelier répertorié : l’atelier de Nikosthénès. Les sujets représentés étaient souvent mythologiques : travaux d’Hercules ou sportifs .

Vase romain

A côté de ces oeuvres d’art très recherchées sont exposés aussi des objets plus frustes comme des antéfixes, des briques estampillées ou des moules ainsi que des lampes à huile.

En face des vases des bronzes racontent les armes, les monnaies, j’ai remarqué les balles de frondes qui ne sont pas rondes comme je l’imaginais mais fuselées, décorées revêures d’inscriptions désignant le corps d’armes, logique, mais plus amusant des insultes invectivant l’ennemi.

Plaques campana avec des scènes variées.

Campana avait aussi le goût des plaques de terra-cotta décoratives, des peintures antiques de couleurs fraîches et vives ou délicates comme cette procession trouvée Porta Latina représentant une famille grecque (identifiée avec les noms)

L’objet le plus spectaculaire est la main de Constantin (Musée du Capitole) dont un doigt appartenait à la collection Campana acquise par Napoléon III. Les restaurations furent très poussées, parfois trop aux dires des archéologues, conférant une réputation douteuse à certaines œuvres.

Brutus,Antinoüs et César

Venus d’Anzio

Les marbres étaient exposés dans les jardins.

A côté des collections antiques Campana a réuni une collection « moderne » – entre guillemets parce que la modernité commence par une icône byzantine et des primitifs du  14ème siècle –

Nativité de Saint Jean Baptiste  (1340) école d’Arezzo

une très belle Annonciation

Annonciation

A côt »é des sujets religieux, il a aussi réuni de très beaux coffres de mariage et des décors de chambre à coucher, sur des sujets exaltant la fidélité des épouses Histoire de Tarquin et de Lucrèce ainsi que le départ d’Ulysse où l’on voit Pénélope tisser.

panneaux de coffres de marrage Lucrèce et Tarquin en haut départ d’Ulysse en dessous
Ariane et le Minotaure (1510 – 1515)
Ariane et le Minotaure
Ariane à Naxos

Le studiolo d’Urbino  de Fédérico de Montefeltro(1422-1482) contient une série de 14 grands portraits très colorés et vivants de penseurs antiques et modernes : Platon, Aristote et Ptolémée voisinent avec Dante et Sixte IV ainsi que Saint Augustin et Sénèque. L’ensemble témoignait de l’ambition humaniste du condottiere pendant la Renaissance.

Studiolo d’Urbino
Studiolo d’Urbino

la Bataille de San Romano (1438) actuellement aux Office de Florence est grès impressionnant

Bataille de San Romano

j’ai aussi beaucoup aimé le Noli me tangere de Botticelli

Botticelli : Noli me tangere

Le 16ème et le 17ème siècles ne sont pas oubliés :  la mort de Cléopâtre de Girolamo Marchesi da Cotignola est originale. 

Mort de Cléopatre

Les majoliques représentant des sujets variés, surtout Belle donne e istoriati sont merveilleuses

Belle donne e istoriati
Un banquet donné au peuple romain

Toute une salle est consacrée aux nombre Della Robbia très reconnaissables et toujours charmants.

Della Robbia

La fin de l’exposition concerne la dispersion de la collection, ce qui intéresse les spécialistes plutôt que moi.

J’ai pris beaucoup de plaisir à voir tous ces chefs d’oeuvres!

Villa Borghèse

CARNET ROMAIN

la Galerie Borghèse
la Galerie Borghèse

Itinéraire

Nous commençons à nous repérer : Piazza Trilussa et Piazza Gioacchino Belli ont chacune une statue de poète, le dernier est coiffé du haut de forme de Verdi. Le tram 8 nous emmène piazza Venezia où on nous indique le bus 80 jusqu’à Barberini, là un autre autobus nous conduit à la villa Borghèse . Il reste une promenade de 500m dans le parc jusqu’à la Galerie.

La villa dans la brume

Aparition villa Borghèse dans la brume
Aparition villa Borghèse dans la brume

9h, Dans le brouillard, les pins se détachent. Byron, assis sur son socle (vers de Childe Harold). Un cavalier émerge de la brume, c’est Umberto V. Au loin, des clameurs proviennent de l’hippodrome.

La Galerie

La Galerie est perchée sur une colline, des fontaines occupent des creux. La Galerie est précédée par une balustrade portant des statues antiques. C’est une bâtisse de deux hauts étages avec un double escalier portant des cornes d’abondance. La loggia, à l’étage est très ornée.

Pinacothèque

Redéposition du Christ
Raphaël : Redéposition du Christ

 

Nous sommes arrivées sans réservation. On nous laisse entrer, à 9h15, il n’y a encore personne. Sur le conseil du Guide Bleu, nous commençons à l’étage par la Pinacothèque.

 

 

Les tableaux sont accrochés partout. Nous cherchons les plus fameux : La Déposition du Christ par Raphaël, une prédelle d’Andréa del Sarto, le Saint Sébastien du Pérugin  .

la Cène de Bassano qui est surprenante, loin des tableaux figés et solennels ; les convives sont débraillés et semblent même avinés, Jean s’est endormi, les apôtres font de grands gestes, dans un  plat il reste une tête de moutons (je pense aux oignons et poireaux de Cènes bulgares)  sous la table les chiens attendent les restes.

Bassano: LaCène
Bassano: LaCène

Dans la salle des maniéristes je retrouve Bronzino (visite récente des portraits florentins à Jacquemart-André) . Nous nous attardons devant certains tableaux. Autour de 10h nous sommes très tranquilles. La foule n’arrivera qu’à onze.

Le classement est en fonction de la provenance : salle de Ferrare, de Venise : des merveilles. Une surprise : Canaletto a aussi peint le Colisée !

Sculpture

La Zingarella
La Zingarella – Nicola Cordier

Des sculptures sont présentées au milieu des peintures qui les accompagnent.

La bohémienne, la Zingarella  de Nicola Cordier en marbre noir, marbre blanc bronze et bronze doré, occupe le centre de la salle X. Une femme portant un chien et un enfant, de Battista della Porta est aussi une autre statue de matériaux composites.

 

 

 

 

J’ai aussi beaucoup aimé l’enfant et le petit faune jouant avec la chèvre Amalthée du Bernin.

Bernnin : chèvre Amalthéa faune et enfant
Bernnin : chèvre Amalthéa faune et enfant

Le rez de chaussée est plutôt consacré à la sculpture. Les chefs d’œuvre du Bernin sont mis en valeur dans de véritables écrins sur mesure. Le Rapt de Proserpine (1621-1622) occupe la grande salle des empereurs au plafond clair où des bandes dorées délimitent des secteurs clairs. Les bustes des empereurs aux têtes de porphyre et aux toges ou cuirasses de marbre jaune sont-ils antiques ou récents ? Proserpine est très gracieuse, la musculature de Pluton est celle d’un Michel-Ange, à leurs pieds Cerbère n’a que deux têtes. Ce groupe est confronté aux marbres antiques de toute beauté.

Rapt de Proserpine
Bernin : Rapt de Proserpine

Scipion Borghèse avait bon goût. Il pouvait obtenir les plus beaux spécimens antiques et tableaux, même au prix des plus odieux chantages. L’Hermaphrodite est un marbre ancien avec une t^te plus récente. Dans la salle dédiée à la Rome antique et aux anciens romains un autre groupe du Bernin tient la vedette : Enée portant Anchise et Ascagne. Une Vérité du même Bernin ne m’a pas convaincue : étrange représentation de la Vérité regardant le ciel en extase et levant un  masque. J’imagine la Vérité plus sévère et regardant bien en face.

Bernin Enée portant Anchise avec Astiannax
Bernin Enée portant Anchise avec Astiannax

La Salle Egyptienne est décorée de hiéroglyphes. Sa vedette est une prêtresse d’Isis portant un sistre.

Caravage

Caravage - autoportrait
Caravage – autoportrait

La salle 8 est dédiée au Caravage, autre célébrité baroque de la villa Borghèse. Le jeune Homme aux Fruits est le tableau le plus connu, il voisine avec Saint Jean Baptiste encore adolescent et Saint Jérôme à son bureau où est posé un crâne. Jérôme n’écrit pas, son geste traduit l’abandon ou la fatigue.

Caravage Saiint Jérôme
Caravage Saint Jérôme

En face est accroché un autoportrait du Caravage, étonnamment jeune et un grand tableau de David saisissant la tête géante de Goliath. Caravage est mis en scène dans un décor de satyres. Un grand satyre sculpté joue des crotales. Le plafond est en trompe-l’œil figurant des bacchantes : allusion à la débauche du peintre ?

Le Hall d’entrée s’ouvre sur le jardin. Le sol est couvert d’une série de mosaïques antiques sur le thème des jeux du Cirque : gladiateurs ou chasse aux fauves. Les combattants figurent avec leurs noms. Les mosaïques proviennent d’une villa fouillée au 19ème siècle. Un buste de la Muse de Pétrone, m’amuse puisque Pétrone est un des personnages de Quo Vadis que je lis en ce moment.

Canova -Pauline Borghèse Bonaparte
Canova -Pauline Borghèse 

Dans la salle de Leda, Pauline Borghèse (Bonaparte) sculptée par Canova, alanguie sur un sofa de marbre blanc dans un décor empire  est entourée de bas reliefs antiques avec  procession de musiciennes.

David, au front soucieux et aux sourcils froncés, est concentré en bandant sa fronde. Derrière lui, sur un fond très sombre, contrastant avec le marbre blanc, le David de Caracciolo.

DSCN7495 - Copie
Bernin -David

Apollon, poursuit Daphné qui se métamorphose sous nos yeux. Des feuilles poussent à ses cheveux, des racines à ses orteils. Marbre lisse ou mat, presque translucide aux feuilles, grain bulleux. Le marbre est éblouissant.

Apollon et Daphnée
Apollon et Daphné

Un dernier groupe attire notre attention : un groupe de pêcheurs sur un rocher avec trois petites chèvres, deux barques qui accostent.

Nous sortons à midi. la brume s’est levée. Le ciel est bleu très vif, hivernal, le soleil cogne. Nous nous installons sur un banc de pierre face à la Galerie après avoir acheté un pique-nique à la cafétéria qui vend des sandwiches et salades à un prix très raisonnable.

Villa Borghèse: Ucceleria
Villa Borghèse: Uccellaria

Une très belle allée va dans la direction de la Villa Giulia – musée étrusque – passe devant le Zoo. Sur notre gauche, dans un vallon herbu, les Romains promènent leurs chiens. Les arbres de la Villa Borghèse sont magnifiques. La silhouette de très beaux pins dominent la porte Pinciana. Au dessus de nos têtes de très hauts chênes perdent leurs glands et nous bombardent avec fracas. L’allée vers la Galerie d’Art Moderne est bordée de platanes immenses et vénérables. Je passe devant un théâtre du Globe, réplique du théâtre londonien shakespearien. La Galerie d’art moderne m’attirerait, il faudrait rester un an à Rome pour épuiser les ressources de ce parc, visiter les grandes et petites casinas. Nous sommes passées le long de l’Uccellaria avec son très beau jardin  et de la Casina Meridiana  et son orangerie.

 

Casina meridiana
Casina meridiana

15h, nous n’avons pas encore trouvé la Villa Giulia. Après la merveilleuse visite de ce matin et sous le franc soleil, je n’ai as envie de m’enfermer pour une nouvelle visite de musée.

Comment rentrer ?

Les tram 3 et 19 desservent le Musée d’Art Moderne. Le chauffeur du 3 nous conseille de rendre le 19 jusqu’au terminus Piazza Risorgimento et ensuite le 23 qui suit les quais du Tibre. Traverser Rome en tramway, c’est aussi faire du tourisme ! Nous découvrons la grande Via Flaminia, passons le Tibre, le tram passe à côté de casernes et finalement, atteint le Vatican. Etonnamment, aujourd’hui dimanche, même autour du Vatican tous els commerces sont ouverts. Les Romains font leurs courses de Noël, trams et bus sont bondés de gens portant des paquets. Le 23  passe devant le Château Saint Ange au coucher du soleil. Après les murs de la Farnesina nous reconnaissons le pont Sisto et la Place Trilussa.

Dominique FERNANDEZ : La Course à l’abîme

Biographie du Caravage.

1600. Milan, Rome, Naples, La Valette, la Sicile …Rivalités entre les clans français et espagnols dans les États du Pape. Leçon d’histoire et de géographie, mais pas seulement.

Surtout une leçon magistrale d’histoire de l’art et de lecture d’un tableau. Le Caravage est un peintre que je ne connaissais que de nom. C’est donc une découverte. Découverte d’autant plus importante que la peinture du 17ème siècle me laissait indifférente.Description des tableaux:  importance des symboles dans la peinture religieuse. Genèse d’un tableau, le peintre y place son imaginaire, ses amours, sa vision des personnages qui l’entourent. Les prêtres y lisent tout autre chose. Exégèse biblique des détails. Symbolique des fruits, ceux qui indiquent le péché m’ont surprise : les cerises analogues des couilles, des fraises au contraire image positive de la vigne raisins noirs et raisins blancs. Analogie du Christ et de Dionysos …

Explication sur l’éclairage, le clair obscur : typique du Caravage mais aussi commande en fonction de l’emplacement prévu du tableau dans l’église. L’auteur montre comment dès cette époque l’artiste sert de faire valoir à ses mécènes et joue un rôle politique de premier plan.

C’est aussi un roman d’amour, amours homosexuelles curieusement tolérées dans la société des cardinaux et des princes d’Eglise et en même temps flétries par l’Inquisition. Le peintre marqué d’un chardon tatoué dans sa peau par l’Inquisition est poursuivi pour meurtre à Rome. Il  provoque la vindicte du Grand Maître de l’Ordre de Malte en lui ravissant son favori. Malgré une certaine tolérance, le peintre provoque la tragédie et la met en scène. Analogie avec son personnage de Pasolini dans son roman que j’ai beaucoup aimé.

 

Naples : Capodimonte

CARNET NAPOLITAIN/ 8 JOURS EN JUILLET 2005

du parc on a une vue merveilleuse sur Naples

Le réseau des autobus n’a plus de secret pour nous : munies d’un ticket giornaliere on peut sauter d’un métro dans un bus, faire quelques centaines de mètres et descendre. Il suffit de consulter la liste des arrêts principaux et de suivre les panneaux lumineux à l’intérieur du véhicule qui indiquent  l’arrêt suivant. Ce matin le 178 nous conduit directement à Capodimonte.
Nous suivons les indications du Guide bleu, négligeant les œuvres les moins connues. C’est une sorte de jeu que de retrouver les tableaux : les étiquettes italiennes ne correspondent pas toujours à leur équivalent français. Quel est le véritable nom du Titien ? Tiziano Vecellio et celui de Raphaël ou du Pérugin ? Le cadre a parfois changé de salle comme la  Madeleine de Titien.Titien est ma première découverte. Nous avions bien dû en voir au Palais Pitti mais je n’en avais plus le souvenir. Ses portraits de PaulIII sont frappants.

Titien portrait de Paul III

En revanche, Botticelli, Martini, Masaccio sont d’anciennes connaissances que je suis heureuse de retrouver. La Vierge à l’enfant avec des Anges de Botticelli était à l’exposition de Florence. Masaccio et Maselino étaient les auteurs des fresques de la Chapelle Brancacci. Martini est un souvenir de Sienne.
J’ai aussi plaisir à reconnaître Signorelli (de Cortone), Vasari, Sodoma et Andrea de Sarto (Volterra). Même si ce ne sont pas des peintres aussi fameux que les premiers.

Deux salles sont consacrées au maniérisme, mouvement pictural que j’ai du mal à cerner. Je lis que le Greco était la quintessence du maniérisme avec le Corrège et le Parmesan.

Breughel : parabole des Aveugles

Complètement différent mais extraordinaire, la Parabole des Aveugles et le Misanthrope de Breughel. Ces tableaux sont saisissants. Pas besoin d’étoiles dans un guide pour marquer le chef d’œuvre !
En réaction avec le maniérisme : les Carrache (Caraccio), une découverte, mais je suis moins convaincue !

Caravage Flagellation

J’avais rendez vous à Naples  avec le Caravage. J’avais lu sa biographie romancée par D Fernandez avant notre voyage en Toscane. Hormis un bébé mort, grisâtre et peu avenant au Palais Pitti, je n’avais rien vu de lui. Ce rendez vous est à la hauteur de mon attente. Je goûte peu la peinture du 17ème siècle, le plus souvent sombre et bigote, les yeux révulsés vers le  ciel. Le Caravage a beaucoup trop de personnalité pour être confondu avec des peintres de moindre importance. Son éclairage caractéristique anime le tableau.
Découverte aussi, Ribera, le Napolitain espagnol.
Comme à mon habitude, je fais ensuite une révision de mes tableaux préférés.

Florence « L’Inquietudine e la Grazia » expo temporaire Boticelli et Lippi

CARNET TOSCA N

L’exposition temporaire est consacrée à Botticelli mais aussi à Filippino Lippi et à d’autres peintres florentins du Quattrocento. Elle a pour titre L’Inquietudine e la Grazia.

J’ai renoncé à visiter les Offices pour cause de queue

Ne pas voir Botticelli me chagrinait. Je suis comblée. Les expositions thématiques sont plus abordables que les grands musées. Dans chaque salle, je choisis mes tableaux préférés, je retourne les voir plusieurs fois et je m’imprègne de l’atmosphère de l’expo. Je choisis donc l’Annonciation ou plutôt la moitié, côté ange, les madones et surtout le visage des anges. Le visage de la femme au centaure (ce n’est pas le nom du tableau).
L’adoration des Bergers


Un tableau m’a ravie : l’adoration des bergers de Ghirlandaio (retable de l’église Santa Trinita). Ce tableau est d’une richesse incroyable. Au début l’œil est attiré par la crèche, Marie, Joseph, l’âne et le bœuf (le bébé » trop potelé ne me plaît pas). Les visages des bergers sont étonnants de réalisme. Puis je me suis attachée à regarder le paysage ravissant, et enfin la foule qui descend la route. Finalement,  tout en bas du tableau sous le berceau, je découvre un petit oiseau. Je crois que je pourrais regarder des heures ce tableau sans m’ennuyer.

Florence : Oltrarno – Palais Pitti

CARNET TOSCAN

Au réveil, temps  gris.

A la grille,  j’ai dessiné l’allée des lavandes avec la petite entrée arrondie, ses bancs de pierre tachés de lichens, les poteries de géraniums rouges. Au dessus de la piscine, paysage de campagne toscane avec de beaux bâtiments massifs, des haies de cyprès, un chataigner splendide et au premier plan l’oliveraie. Les petites bornes arrondies de pietra serena, gravées d’un côté de motifs enroulés, de l’autre en arêtes de poisson, m’apparaissent comme très distinguées.
Petit déjeuner très chic: jolie vaisselle de porcelaine blanche, des sets verts sur la toile cirée aux lierres.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Oltrarno
l’Oltrarno, quartiers sud de Florence;

parking gardé à l’intérieur de la muraille près de la Via Ariosto près de la Piazza Tasso.

L’église Santa Maria del Carmine est ouverte pour la Messe mais la chapelle Brancacci où se trouvent les fresques est inaccessible. (Le musée n’ouvre qu’à 10h).
Nous nous dirigeons vers le Palais Pitti par une rue commerçante très agréable. Ce quartier est moins touristique que ceux situés de l’autre côté de l’Arno. Il y a des boutiques d’alimentation, des quincailleries, un petit marché de fringues pas chères, des Italiens dans la rue, beaucoup de vélos et de vespas. . Les voitures sont tolérées seulement pour les livraisons.

Palais Pitti

Ce palais est monstrueux, ses dimensions imposantes et sa façade austère. Peu de décor en dehors du bossage des blocs qui la composent. On ne peut pas appeler cela des moellons ou des pierres. Ce sont des blocs de grès brun. Devant la façade, une étrange esplanade nue en pente, très inhospitalière et déserte. Pourquoi cette pente ? Les portes sont très hautes.

Pour parvenir à la Galerie Palatine, je compte les marches de l’escalier théâtral, 20 marches par volée, et il y a 4 volées. J’ai grimpé l’équivalent de cinq étages d’un immeuble moderne pour arriver au premier de ce palais !

Les murs sont couverts de cadres. Quelquefois trois, sont accrochés les uns au dessus des autres autour de toiles énormes. Des fresques 19ème décorent le plafond. Les salles ont des noms antiques : les Muses, Apollon, Mars ou Jupiter. Le Guide Vert est d’une précieuse aide. Nous serions perdues devant  des tableaux si nombreux. Dans chaque salle nous cherchons la sélection du Guide Vert grâce aux descriptions. Nous cherchons donc les Rubens, les Titien et les Raphaël. Peintres tellement connus qu’on a l’impression de les avoir déjà vus. La découverte est totale. Les étiquettes ne sont pas toujours d’un bon secours .Avant le départ à Florence, deux rendez vous pris dans mes lectures de Dominique Fernandez : Caravage et Andréa del Sarto.

Un seul Caravage ici, et le pire : l’Amour Endormi, plutôt le Bébé Mort ! Il est sinistre à souhait comme l’avait suggéré Fernandez. Andréa del Sarto, admiré par Gian-Gastone, le dernier des Médicis, et sans doute par Fernandez, est beaucoup moins discret : de nombreuses toiles grand format très colorées.
Dans la même salle, deux Assomptions se font face : la Vierge trône avec les angelots sur un épais nuage gris. Les personnages en dessous diffèrent dans les deux tableaux. Dans l’un, ils sont âgés dans l’autre, jeunes. Je trouve une troisième Assomption un peu plus loin Sur l’étiquette à la place d’Andréa del Sarto : Agnolo.
Sans l’aide du Guide Vert je reconnais Botticelli et Lippi.
Les tables aux incrustations de pierres dures sont magnifiques. En revanche, les décors des appartements royaux (Victor Emmanuele comme à la Pétraia) sont pompeux, toujours de style empire sans surprise.

Le ciel s’est obscurci. Il tombe quelques gouttes. Nous renonçons aux Jardins Boboli