Une journée dans la Rome Antique. Sur les pas d’un Romain – Alberto Angela

1LIRE POUR ROME

Comment on lave le linge au temps des Romains ? C’est simple, on l’apporte à la fullonica : la foulerie,
l’équivalent de notre blanchisserie. Les vêtements vont y subir divers traitements qui nous obligeraient à nous
pincer le nez. Les tuniques, les toges, les draps et le reste finissent en effet dans des bassins emplis d’eau
additionnée d’une substance alcaline comme la soude, l’argile smectique (encore appelée « terre à foulon ») ou,
tenez-vous bien, l’urine humaine ! Aux coins des rues, en particulier près des fouleries,

Après le foulage, on procède au rinçage puis au battage, et l’on traite le linge avec des apprêts pour lui redonner
du lustre et de la tenue. Ensuite, on l’essore et on l’étend dans la cour, voire dans la rue, et pour finir on le
défroisse sous de grandes presses à vis.

A emporter pour un prochain voyage à Rome ou même pour n’importe quel site antique romain! 

A notre dernier passage à Rome, j’avais pris pour guide Dominique Fernandez et le Piéton de Rome et j’avais suivi ses pas  sur le forum, la Via Appia, au Château Saint Ange, puis sur les traces de Michel-Ange, du Caravage et du Bernin dans , les églises, les fontaines et les rues. Dix jours n’avaient pas suffi. 

Alberto Angela propose une démarche différente :

 Un jour, un mardi de l’an 115 après J.C. sous le règne de Trajan. Rome est à l’apogée de sa puissance et peut-être de sa beauté

C’est donc au rythme de la clepsydre que vous serez initiés au quotidien de la Rome antique.

Heure par heure, dès le lever du jour, le lecteur voit la ville s’éveiller . Il  rencontre des Romains: un dominus dans sa villa cossue se lève, s’habille, fait sa toilette aidé de ses esclaves. Puis nous pénétrons dans les insulae – immeubles collectifs – visitons des appartements. Nous nous laissons porter par la foule  des rues, atmosphère d’une ville indienne. L’école se fait en plein air. Nos pas nous porteront aux forums, nous assisterons à un procès dans la basilique Julia, à une exécution au Colisée, puis des combats de gladiateurs. Déjeuner dans une popina, un restaurant de rue. Bien sûr nous irons aux thermes! Banquet dans une villa avec un menu fastueux….

Avec de courts chapitres, d’une écriture agréable, d’un style vivant presque cinématographique, l’auteur aborde des sujets variés : habillement, menus et recettes élaborées inspirées par le plus grand des chefs Apicius. Il resitue les activités commerciales dans le cadre de l’Empire Romain.  Il n’oublie pas la sexualité. Aucune invention, les descriptions sont documentées à partir textes anciens, graffitis, mosaïques. Alberto Angela cite ses sources avec précision.

j’ai passé un très agréable moment de lecture et me promets de relire ce livre à de prochaines visites archéologiques

 

 

Un rêve d’Italie – Collection Campana – Louvre

Exposition temporaire jusqu’au 18 février 2019

Une collection comme geste politique!

Giampetro Campana – directeur du Mont de Piété à Rome –  a rassemblé une vaste collection archéologique et de peinture italienne avec la volonté d’offrir un tableau complet des richesses de l’Italie, s’inscrivant dans le courant du Risorgimento et  de l’unité italienne. Arrêté en 1857 pour des malversations financières, il a dû disperser sa collection. En 1861, le Louvre en a acquis une bonne partie.

L’exposition suit le Catalogue établi par Campana dans son projet de musée. Campana ne s’est pas contenté d’acheter, il a aussi entrepris des fouilles en particulier dans la région de Rome et dans les sites étrusques de Cerveteri et de Veies : sa collection est riche en vases et terres cuites étrusques.

Sarcophage des époux

 

Ce sarcophage des époux ressemble à celui de la Villa Giulia à Rome (musée étrusque ). Une tombe étrusque est reconstituée avec des plaques peintes.

A Pérouse une urne funéraire (400-375 av JC )en bronze :

urne funéraire Pérouse Jeune homme banquetant

Une autre urne

duel fratricide d’Etéocle et de Polynice.

L’urne ci-dessus est peut être moins fin mais c’est le combat d’Etéocle et de Polynice qui a retenu mon attention (je suis fan absolue d’Antigone).

La collection de vases trouvés en Etrurie est remarquable. Souvent les artistes étaient grecs et produisaient pour le public étrusque qui les importait. Une série provient d’un atelier répertorié : l’atelier de Nikosthénès. Les sujets représentés étaient souvent mythologiques : travaux d’Hercules ou sportifs .

Vase romain

A côté de ces oeuvres d’art très recherchées sont exposés aussi des objets plus frustes comme des antéfixes, des briques estampillées ou des moules ainsi que des lampes à huile.

En face des vases des bronzes racontent les armes, les monnaies, j’ai remarqué les balles de frondes qui ne sont pas rondes comme je l’imaginais mais fuselées, décorées revêures d’inscriptions désignant le corps d’armes, logique, mais plus amusant des insultes invectivant l’ennemi.

Plaques campana avec des scènes variées.

Campana avait aussi le goût des plaques de terra-cotta décoratives, des peintures antiques de couleurs fraîches et vives ou délicates comme cette procession trouvée Porta Latina représentant une famille grecque (identifiée avec les noms)

L’objet le plus spectaculaire est la main de Constantin (Musée du Capitole) dont un doigt appartenait à la collection Campana acquise par Napoléon III. Les restaurations furent très poussées, parfois trop aux dires des archéologues, conférant une réputation douteuse à certaines œuvres.

Brutus,Antinoüs et César

Venus d’Anzio

Les marbres étaient exposés dans les jardins.

A côté des collections antiques Campana a réuni une collection « moderne » – entre guillemets parce que la modernité commence par une icône byzantine et des primitifs du  14ème siècle –

Nativité de Saint Jean Baptiste  (1340) école d’Arezzo

une très belle Annonciation

Annonciation

A côt »é des sujets religieux, il a aussi réuni de très beaux coffres de mariage et des décors de chambre à coucher, sur des sujets exaltant la fidélité des épouses Histoire de Tarquin et de Lucrèce ainsi que le départ d’Ulysse où l’on voit Pénélope tisser.

panneaux de coffres de marrage Lucrèce et Tarquin en haut départ d’Ulysse en dessous
Ariane et le Minotaure (1510 – 1515)
Ariane et le Minotaure
Ariane à Naxos

Le studiolo d’Urbino  de Fédérico de Montefeltro(1422-1482) contient une série de 14 grands portraits très colorés et vivants de penseurs antiques et modernes : Platon, Aristote et Ptolémée voisinent avec Dante et Sixte IV ainsi que Saint Augustin et Sénèque. L’ensemble témoignait de l’ambition humaniste du condottiere pendant la Renaissance.

Studiolo d’Urbino
Studiolo d’Urbino

la Bataille de San Romano (1438) actuellement aux Office de Florence est grès impressionnant

Bataille de San Romano

j’ai aussi beaucoup aimé le Noli me tangere de Botticelli

Botticelli : Noli me tangere

Le 16ème et le 17ème siècles ne sont pas oubliés :  la mort de Cléopâtre de Girolamo Marchesi da Cotignola est originale. 

Mort de Cléopatre

Les majoliques représentant des sujets variés, surtout Belle donne e istoriati sont merveilleuses

Belle donne e istoriati
Un banquet donné au peuple romain

Toute une salle est consacrée aux nombre Della Robbia très reconnaissables et toujours charmants.

Della Robbia

La fin de l’exposition concerne la dispersion de la collection, ce qui intéresse les spécialistes plutôt que moi.

J’ai pris beaucoup de plaisir à voir tous ces chefs d’oeuvres!

Le Royaume – Emmanuel Carrère

PAUL ET LUC

Au cours de nos voyages, Ulysse, Alexandre et Paul sont des personnages que nous rencontrons à nombreuses reprises. 

Philippi, nous logions au village de Liddia, qui rappelle Lydie, l’hôtesse de paul

Nous avons trouvé les traces du  passage de Paul à Ephèse (Turquie), Paphos (Chypre), nous avons même vu la colonne où il a été attaché pour être fouetté, Corinthe, Philippi   montre la prison où il a été emprisonné et Thessalonique( Macédoine),  Malte où il a fait naufrage et  la grotte où il a séjourné et bien sûr Rome et Jérusalem.

Malte :Rabat catacombes des premiers chrétiens

J’ai lu naguère L’avorton de Dieu d’Alain Decaux, biographie agréable et facile à lire.

Le Royaume de Carrère est un pavé de 605 pages qu’on lit sans s’ennuyer. Carrère est un très bon conteur. Son érudition n’est pas pesante parce  très ironique. Il n’hésite pas à transposer des situations dans le monde contemporain; métaphores cocasses quand il compare l’église des premiers chrétiens, de Jacques et de Pierre au Parti communiste, la doctrine à la ligne du Parti. Il n’hésite pas à montrer Paul dans un album de Lucky Luke quitter une ville enduit de goudron et de plumes…Les exemples d’anachronie réjouissantes sont nombreux, à vous de les découvrir avec le sourire.

« j’aime, quand on me raconte une histoire, savoir qui me la raconte. C’est pour cela que j’aime les récits à la première personne, c’est pour cela que j’en écris…

L’auteur se met en scène, en croyant et même en bigot un peu ridicule : « A un moment de ma vie, j’ai été chrétien. Cela a duré trois ans. C’est passé. » affirme-t-il. Il endosse la posture du sceptique agnostique pour affirmer que chaque phrase du Credo est « une insulte au bon sens ». Cependant, faisant appel à Renan et à Lacan, entre autres, il mène une longue enquête sur le développement du christianisme au temps des Premiers Chrétiens. 

Banquet romain

Cette enquête commencera avec les Actes des Apôtres et nous suivons Luc et Paul du port de Troas jusqu’à Rome en passant par Philippi, Corinthe, Athènes puis Jérusalem…biographie de Paul mais aussi de Luc. En chemin, nous rencontrerons Pierre, Jacques et Jean en faisant un détour à Ephèse et à Patmos. Flavius Joseph, Vespasien,  le triomphe de Titus -et aussi Bérénice – On en apprendra beaucoup sur le mode de vie des Juifs, des Grecs et des Romains.

Mattias Preti naufrage de Saint Paul Mdina Malte

Un regret : Carrère  est peu inspiré par les récits de navigations et de naufrages : pas de halte à Malte, alors que j’attendais cette escale.

La conclusion est un peu déroutante avec une retraite pieuse et une histoire de lavements de pieds contemporaine. Carrère a-t-il retrouvé la foi?

« Je ne sais pas » est le mot de la fin

Dougga

CARNET TUNISIEN DU NORD AU SUD

 

On roule plein est, le soleil dans les yeux. Au rond-point du Kef, un épi de blé symbolise la culture céréalière. Les champs s’étendent à perte de vue jusqu’à l’horizon balisé de crêtes. De grandes ondulations caractérisent le relief. Quelques haies ou des eucalyptus signalent les rares habitations .

Bahra (30 km du Kef)

Vergers, oliviers sur les collines, reliefs couverts de forêt, nous offrent une distraction après la route monotone ; Des lauriers roses et des tamaris suivent le cours d’un ruisseau. L’oued Tessa est à sec , un beau pont de pierre s’est écroulé.

Les villages sont de plus en plus rapprochés ; On retrouve les cultures maraîchères. A la sortie d’El Krib, on voit un arc de triomphe.

Mausolée libyco-punique

Non loin le site de Dougga est perché sur une colline dans les oliveraies. Le site est immense, il y a très peu d’indications pour les visiteurs. Une visite guidée s’impose. A la billetterie, l’employé propose de téléphoner à la guide locale. Je la trouve au théâtre.  Elle est occupée par un touriste italien qui ne souhaite pas partager.  Il a commandé sa visite particulière de Tunis. La guide était prête à faire la visite pour deux. Une visite en Italien m’allait très bien. Il est intraitable.

Je me contenterai donc des panneaux dispersés sur le site que je recopie consciencieusement  et de l’aide du Guide Bleu et de Gallimard.

Historique de Thugga

Arc de triomphe de Sévère Alexandre

Dougga est aussi appelé Thugga, nom d’origine libyque TBGG. Avant Rome, elle fut décrite par Diodore de Sicile . D’après une inscription en Libyque et punique on pense qu’elle était gouvernée par des notables (Sénat). Seuls monuments avant Rome : une nécropole dolménique et le mausolée lybico punique.  En 46 av. JC les soldats de César reçoivent en récompense des terres dans la nouvelle province d’Africa Nova. Thugga devient donc une « commune double » peuplée de colons romains et d’une communauté locale civitas thugensis. Ces deux communautés n’étaient pas séparées, en installant une population masculine les mariages mixtes rendirent la fusion inévitable. Septime Sévère (205-256) les réunit. La décadence vers le 3ème siècle. Il faut attendre Justinien pour retrouver une activité constructive : forteresse byzantine.

Dugga : théâtre

Le Théâtre est adossé à la colline, inauguré en 168-169ap. JC pouvait contenir 3500spectateurs. « L’inauguration aurait été célébrée par Publius Marcius Quadranus, flamine d’Auguste divinisé, pontife de la colonne julienne de Carthage, admis dans les décuries par l’empereur Antonin le pieux »

Ces détails, parfaitement anecdotiques et inutiles me ravissent, « flamine d’Auguste divinisé… » me fait rêver !

Temple de Saturne

Derrière le théâtre un chemin mène au Temple de Saturne sur le rebord du plateau : 4 colonnes. En contrebas : une crypte (hypogée) avec des tombes : un cimetière chrétien.

Du petit temple de la Concorde il ne reste plus que 2 colonnes .

Le Marché achevé entre 180 et 192 possède une série de 10 boutiques, au centre sur un espace carré, une table des poids et des mesures, et, dans une niche, se trouvait la statue de Mercure.

La Place de la Rose des Vents relie le Temple de Mercure au Marché. Elle symbolise le rôle du dieu-voyageur de l’univers et dieu du commerce comme le marché s’approvisionne aux 4 coins du monde. La rose des vents est gravée sur la place, avec les 4 points cardinaux : Septentrion (N) Auster (S) Faonius et Volturnus autour du cercle on a inscrit le nom des vents

Capitole

Le Capitole(166-168) pendant le règne de Marc Aurèle et Lucius Verus. On y honorait Jupiter, Junon et minerve. L’apothéose d’Antonin le pieux enlevé par un aigle se trouve sur le tympan. Cette apothéose symbolise la divination de l’empereur.

Le Forum se trouve au pied du Capitole sur la place de l’agora numide qui était de terre battue. Peu avant 48 un incendie ravagea les boiseries et les statues, l’ensemble fut rénové . Sous le péristyle se trouvaient des mosaïques.

Les Thermes d’Antonin

Thermes d’Antonin (vus de l’extérieur)

« Comme son nom l’indique, les thermes ont été construits sous le règne de Caracalla (Marcus Aurelius Severus Antoninus)211-217 »

J’aime bien l’humour involontaire de l’écriteau !

Le bâtiment, vu de loin, est impressionnant avec ses murs arrondis. On y pénètre par des coursives non éclairées, de très petites entrées dans des salles ornées de mosaïques. Je ne reconnais ni vestiaires, ni salles froides ou chaudes. Rien n’est indiqué ; Si la guide avait été là….

Thermes d’Antonin (intérieur)

La guide, justement je la retrouve devant le théâtre à 13h15, elle vient de terminer la visite et me propose ses services. Trop tard ! j’ai déjà passé trois heures dans le site ! Nous grignotons des chips, l’œuf du petit déjeuner et des mandarines. La guide bavarde aimablement et m’indique le chemin pour arriver au mausolée libyco-punique. « il faut tourner après les latrines » dit-elle.

Le mausolée libyco-punique dans les oliviers

Je descend une rue antique un peu courbe et trouve les latrines près des Thermes du Cyclope(du nom d’une mosaïque du Bardo) . Ces latrines sont bien conservées avec le lavabo, la mosaïque et la rigole d’évacuation.

Le mausolée libyco-punique est une haute tour carrée coiffée d’un pyramidion. Dans les oliviers il a belle allure. Ses trois étages sont très différents.

De près je distingue les bas-reliefs avec des chevaux. Des inscriptions libyco-puniques lui ont valu cette appellation : elles se trouvent au British Museum, inscriptions bilinugues, elles ont permis de déchiffrer l’écriture libyque. Une hypothèse voudrait que ce monument fut un cénotaphe dédié à un prince peut être Massinissa.

Le chênes de Kroumirie et les villas souterraines de Bulla Regia

CARNET TUNISIEN DU NORD AU SUD

les chênes-liège de Kroumirie

La route de Ain Draham et passe devant l’usine de la Société du Liège à la sortie de Tabarka. Elle monte dans les collines de la Kroumirie plantées d’essences variées : eucalyptus très hauts, lauriers roses, mimosas, chênes, résineux avec, au sol une broussaille de pistachiers et bruyère arbustive. Dans un creux, un lac de barrage a noyé un village. L’oued passé sur un pont métallique est bien en eau. Les chênes liège poussent sur les hauteurs, certains sont vraiment magnifiques ;

la petite route de Beni Mtir dans la chesnaie

Après Ain Draham, bourgade en pente, nous quittons la route principale pour la petite route de Beni Mtir qui serpente dans une très belle chênaie. Dominique a lu dans Gallimard (p223) que « sous un chêne millénaire de la ville de Fernana, les chefs kroumirs se réunissaient pour décider s’ils paieraient l’impôt au bey. Si les feuilles frémissaient la réponse était négative…. » séduites par l’anecdotes, nous cherchons le « chêne millénaire » qui figurera sur l’album-photo. Ce casting nous ravit !

Beni Mtir

Béni Mtir est un charmant village avec des restaurants et cafés avenants et surtout une église avec un clocher pointu et des maisons aux toits de tuile à double pente, on se croirait en France ! Il y a quand même une grande mosquée pour faire bonne mesure ! La route de Fernana rejoint la route principale et passe par un par un paysage raviné et plus pelé. L’oued Ghezala passe à Fernana. C’est la pause du thé dans le ramassage des pommes de terre.

Bulla Regia

Bulla Regia : via Augustina

Le site de Bulla Regia se trouve à quelque distance de la grande route.

A l’entrée du site une femme me propose une visite guidée pour moi seule. Elle me prévient la visite durera au moins une heure (elle en a duré deux). J’accepte avec joie.

Le site immense (80 ha) se trouve sous la montagne ocre où se trouvaient les carrières de la pierre à bâtir de la ville antique (Jebel Rebia 649m).  Seule ¼ de sa surface a été fouillé. En 1853, seule la haute fenêtre et le sommet du théâtre, étaient visibles.

L’occupation de la cité est ancienne : 129 dolmens sont datés d’un millénaire av. JC

Bulla Regia : thermes de Julia Memma

Cité royale numide : la population d’origine libyque fut sous influence punique : les Carthaginois utilisaient le bois des forêts proches pour la construction navale, le blé et l’orge.  En 156 av JC Bulla Regia fut une des capitales du royaume de Massinissa (238-148 av. JC). Les Numides étaient des tribus nomades sédentarisées. Massinissa s’allia à Rome contre Carthage, plus tard les alliances avec Rome furent fluctuantes (guerre avec Jugurtha). En 46 av.JC Juba 1er s’allia à Pompée contre César et ce fut la fin du royaume numide.

Bulla Regia était donc une ville neutre, oppidum liberum. Par choix, insiste la guide, les Numides se sont romanisés et la ville a été remodelée avec une architecture romaine. Ville libre sous César, municipe sous les Flaviens (56-96 après JC)  colonie romaine sous Hadrien (117-118). Les numides sont devenus sénateurs, consuls, procurateurs. Au sénat de Rome ils étaient très nombreux. Le Romains exportaient le blé, l’huile, le bois et le marbre de Chemtou. Bulla Regia était aussi une source de bêtes sauvages pour les jeux des arènes, jusqu’au 20ème siècle on a vu des lions et des panthères en Tunisie. L’apogée de la ville fut sous Septime Sévère (146-211) empereur africain né à Leptis magna. Le passage des Vandales n’a pas trop endommagé la ville qui fut florissante à l’époque byzantine ; Les Arabes s’installèrent à l’intérieur des thermes et du théâtre mais à la période arabe, la population se « décala » vers des villes nouvelles ; Les Ottomans favorisèrent Le Kef.

Mosaïque basilique chrétienne

Après l’exposé historique, la promenade dans la ville commence sur l’artère principale : La Route Impériale allant de Carthage à Hippone appelée aussi Via Augustina ou « sur les pas de Saint Augustin » itinéraire de randonnée. C’est à Bulla Regia que Saint Augustin – évêque d’Hippone prononça le fameux sermon reprochant aux habitants de Bulla Regia de fréquenter les thermes.

Les Thermes de Julia Memmia (220-240 ap. JC) s’ouvrent justement à proximité.  On entre par des vestiaires très hauts, puis dans le frigidarium qui servait aussi de lieu de réunion des associations, il reste des placages de marbre de Carrare et des mosaïques au sol. La guide me montre les symboles des pourvoyeurs de bêtes pour les jeux.

voûte avec des tubes de céramique

Les voûtes de Bulla Regia font appel à une technique originale : des tubes de céramique emboités font coffrage perdu et procurent une bonne isolation.

Les villas souterraines

Villa souterraine

L’originalité de Bulla Regia réside dans les villas souterraines romaines cette construction originale correspond au climat très contraste de La ville située dans une cuvette abritée par le Jebel très  : froid l’hiver avec le Mistral, la neige peut tomber, tandis que l’été est caniculaire surtout quand souffle le sirocco la température peut attendre 50°. Les riches romains ont investi dans des maisons doubles. La vie se déroulait en hiver à l’étage avec une salle à manger d’été, l’impluvium, les latrines et la cuisine tandis que sur le même plan, en hypogée on trouvait la salle à manger d’été souterraine fraîche pour l’été, les pièces se répartissent autour d’un patio ouvert.  Les trois mois de grosses chaleur la famille descendait dans l’appartement du bas et menait une vie luxueuse tandis que les serviteurs restaient à l’étage.

On peut visiter plusieurs de ces villas : la Villa du Trésor : une cruche avec 70 pièces d’or byzantines.

Villa de la  Chasse

La Villa de la Chasse (nommée d’après une mosaïque) est une villa luxueuse (2000m2) double puisqu’il y avait deux familles, le long de la rue où se trouvaient les égouts, se trouvent les latrines, puis une baignoire et enfin une piscine polygonale avec une fontaine en forme de coquille recouverte de mosaïque.

La maison d’Amphitrite a conservé de belles mosaïques. Pour la voir, il faut faire une petite escalade – le goût de l’aventure !

Mosaïque villa d’amphitrite

Les monuments de la ville

Autour du Forum on trouve le Temple d’Apollon, le Tribunal et le Capitole. Dans le marché, on voit 6 boutiques, deux bassins et une abside pour la statue de Mercure. A l’entrée du théâtre se trouvait une statue de l’empereur à tête amovible. lI se déroulait des spectacles mais aussi des conférences de philosophes. C’est là que Saint Augustin fit son discours en 398.

En passant la guide m’a montré une inscription en grec « En toi-même, mets tes espoirs »

Nous terminons la visite par le Jardin public entouré de bassins qui étaient des aquariums avec des poissons. La terre grise était celle des plates-bandes. Près de la route s’élève encore le Temple de Septime Sévère.

La guide montre le livre Bulla Regia de Moheddine Chaouadi, très bien illustré.

Je remercie la guide pour cette visite passionnante et prends ses coordonnées : AYADI Amel  téléphone mobile 96 014 141.

Nous achetons à Jendouba un pique-nique sommaire : bananes oranges et dattes ainsi que des yaourts.

La route passe par des champs cultivés de céréales, l’horizon est barré par des crêtes, montagnes à la frontière de l’Algérie toute proche.

Les ruines d’Utique

CARNET TUNISIEN DU NORD AU SUD

Tunis : Médina -Place du château

Une dernière fois, nous traversons la médina. Je remarque les gouttières vernissées vertes. Nous quittons Tunis sous les gouttes. Sous les arcades, un panneau m’amuse : « coopérative des fouleurs de chéchia ».  Le gardien du parking nous invite à faire des photos à l’intérieur du Palais Dar Hussein dans le beau patio carrelé décoré de colonnes blanches et de stucs. A l’arrière, il y a une cour plantée d’arbres. Dans la médina, le bâti est serré, on n’imagine pas comment la végétation peut s’inviter, au pied des gouttières, dans les patios bien cachés.

Tunis – dar Hussein

Le GPS a accepté Utique comme destination. Nous sortons donc de Tunis sans encombre, traversons des quartiers modernes passons dans Ariana qui semble être un satellite de Tunis, plus rien de charmant de ce que Flaubert a vu dans son Voyage à Carthage :

« Retourné à l’Ariana, charmante, délicieuse, enivrante chose. Les terrasses blanches des maisons à volets verts saillissent au milieu de la verdure, le tout est dominé, en échappée par les montagnes bleues : champs d’oliviers, caroubiers énormes, haies de nopals où les feuilles en vieillissant sont devenues des branches »

Quartiers neufs pimpants, immeubles déjà défraîchis, centres commerciaux, Carrefour, urbanisation 21ème siècle !

Enfin l’autoroute traverse une campagne hivernale où le blé d’hiver forme un tapis vert (quoique un peu clairsemé) ; les figuiers sont défeuillés. Sur les pentes des collines des oliviers ne paraissent pas irrigués, certains assoiffés. Les champs d’artichauts touffus s’étendent sur de larges surfaces, Roscoff est battu à plates coutures !

Utique : la maison des Cascades

A la sortie d’autoroute « Utique » rien n’indique le site archéologique. Nous demandons aux gens au bord de la route qui ne comprennent pas ce que l’on cherche. A l’entrée d’Utique dans une zone industrielle, le tenancier d’une gargote nous renvoie vers l’autoroute. Après un long trajet nous traversons un village, je demande à la pharmacienne – voilée yeux très charbonneux – qui, bien sûr connaît les ruines.

Les ruines d’Utique

Selon le Guide Bleu p.202 :

 « on peut admettre avec Pline l’ancien qu’Utique fut fondée par des Tyriens en 1101 av JC soit 287 abs avant Carthage[…]Alliée plutôt que vassale de Carthage elle participe aux luttes de Carthage contre les tyrans de Grande Grèce puis contre Rome puis fait une tentative de se rapprocher des romains. Assiégée par Hamilcar, elle capitule sans conditions. A nouveau aux côté de Carthage pendant la seconde guerre punique, elle se livre à Rome pendant la 3ème . elle en sera récompensée proclamée ville libre en 144 au rang de capitale de la Provincia Africa.

Utique est intimement liée aux évènements de l’histoire romaine : Marius y débarque pour réprimer la révolte de Jugurtha, elle devient le théâtre de lutte entre les partisans de Pompée et César. Après la défaite des Pompéiens Caton d’Utique s’y suicide.

Sous Auguste, elle perd le statut de capitale au profit de Carthage… »

Utique : nécropole punique

 

Le ciel s’est dégagé, nous visitons les ruines sous le soleil. » Depuis la Révolution de 2011, plus personne ne vient », se plaint le gardien, » depuis dimanche dernier, aucun visiteur. « Il me montre en vitesse un bassin de la Maison des Cascades, ouvre une porte cadenasser pour me faire voir le squelette d’une jeune phénicienne. Juste à ce moment survient un groupe francophone d’expatriés accompagnés d’une conférencière. Je lui demande si cela la dérange que je me joigne à eux .

« Comme vous le demandez, cela ne me dérange pas ! mais si vous ne l’aviez pas fait cela m’aurait dérangée ! »

Bassin de la Maison des Cascades

J’ai donc le plaisir de découvrir la Maison des Cascades : somptueuse résidence s’étendant sur toute la largeur de l’insula, correspondant à 5 maisons ordinaires. L’entrée monumentale garde les encoches des poutres du toit. L’eau s’écoulait en cascade d’un bassin orné d’une merveilleuse mosaïque à fond vert où nagent des poissons, bar, murène, oursins, seiche, l’eau cascadait jusqu’à une fontaine soutenue par des colonnes de marbre. A côté, le jardin avait un autre bassin avec un cadran solaire. Le triclinium était pavé de marbre en opus sextile, marbre jaune tunisien de Chemtou, blanc de Carrare, vert de Grèce. Une salle à manger d’hiver couverte était de plus petite taille. Près de l’entrée, la chambre du gardien. On reconnait les pièces des domestiques à leur plus faibles dimensions. Les écuries ont gardé leurs auges de pierre, abreuvoirs avec les trous pour attacher les chevaux. Le seuil de la maison est revêtu d’une sorte de tapis de mosaïque imitant un tissage en couleur, plus simple que le marbre ou la mosaïque mais très décoratif.

Chapiteau historié : apollon citarède

Une autre luxueuse villa a perdu la plupart de ses ornements sauf les chapiteaux historiés du péristyle : le gardien avec une longue badine montre la silhouette d’Hercule sans tête mais reconnaissable à sa massue, Minerve casquée et Apollon citharède avec sa cithare.

Plus bas, on a dégagé les tombes monolithes de grès de la nécropole punique.

La conférencière nous conduit au vaste forum, grande étendue rectangulaire. Elle nous montre la Résidence du Proconsul. Les fouilles ont dégagé un mur en opus reticulatum – petits pavés cubiques qui s’insèrent coins vers le bas-technique courante à Rome et en Italie mais rare en Tunisie où est utilisé l’opus africanus avec des blocs rectangulaires jointifs que les Carthaginois utilisaient déjà. Une rangée de palmiers sur une petite crête matérialise le rivage du temps des Romains. A la place de la plaine alluviale de la Medjerda. On peut imaginer l’eau tant la plaine est plate et monotone.

Mandragore

La promenade archéologique vire à la botanique : tout d’abord des boutons d’or frais éclos, avec de nombreux pétales. La grosse corolle bleue fermée comme un très gros crocus, est la fleur de la mandragore, la plante magique aux racines de forme humaine qui crie quand on tente de l’arracher. J’avis entendu parler de la mandragore mais je ne l’avais jamais vue. De l’ordre du mythe, je doutais de son existence. La voilà avec ses feuilles vertes, brillantes et coriaces.

Urginée

De belles feuilles lancéolées sont celles des urginées. Connaissance de fraîche date, je l’ai vue pour la première fois en septembre dernier à Malte, haute hampe portant des fleurettes blanches. Elle fleurit en octobre en Tunisie, elle est maintenant à graine. Feuilles et fruits surgissent d’un énorme bulbe qui se vendrait en Egypte contre les rats. Nommée également Scille maritime elle serait aussi surnommée mort-aux-rats. On la vend aussi au souk pour faire des cataplasmes contre les rhumatismes.

A quelque distance, se trouve le Musée d’Utique qu’on  nous ouvre . hélas le célèbre « scarabée » gravé d’un archer (Pégase ?) n’est plus la vedette du musée. A sa place une photographie et une autre d’une pièce en or. Par crainte des pillages à la suite de la Révolution de 2011, on a mis à l’abri les pièces les plus valeureuses. Ce « scarabée » a été présenté à l’IMA à Paris lors de l’Exposition sur les Phéniciens. Les autres vitrines contiennent des terres-cuites, vaisselle et pettis objets ainsi que des vases grecs importés.

Ariane endormie

J’ai bien aimé un beau marbre de Carrare : Ariane endormie reposant sur son coude gauche sur un tuyau d’où coulait l’eau à la Maison des Cascades.

Un bel autel à Cybèle porte des inscriptions latines. Autre inscription funéraire à Julius Polius soldat de la légion d’Afrique mort à 22 ans. Inscription à l’empereur Claude divinisé.

un article très intéressant et détaillé ICI

 

Les nuages très menaçants ne tardent pas à crever en une pluie désagréable.

Où déjeuner ? Au bord de la mer ? Nous guettons les gargotes. On mangerait bien des brochettes. Les maraichers ont dressé des pyramides de fenouils blanc nacré, ventrus vendus avec les fanes et des tours de carottes appétissantes habilement construites. Dans des seaux blancs en plastiques, des oranges et des mandarines.

Carthage

CARNET TUNISIEN DU NORD AU SUD

 

Pour sortir de Tunis et trouver Carthage, il va falloir se débrouiller sans GPS ! Les Tunisiens sont d’une grande gentillesse, à chaque coin de rue nous demandons notre route et on nousrenseigne. Le meilleur conseil est de « suivre La Marsa » qui est bien fléchée. Nous traversons des quartiers-jardins avec des villas chics avant d’arriver à Carthage.

Les parcs archéologiques s’étendent un peu partout, nous n’épuiserons pas le site. Un billet de 10 dt + 1 dt pour les photos donne l’entrée à tous les monuments sauf la Cathédrale Saint Louis.

la cathédrale Saint Louis

La colline de Byrsa est coiffée par la Cathédrale à coupole byzantine ; 19ème blanche, aux tours crénelées. Les églises 19ème ne m’inspirent pas vraiment. Non loin de là, le bâtiment des Pères Blancs héberge le Musée de Carthage . Nous commençons par les extérieurs. La vue est splendide sur la mer, les lacs et collines par cette matinée ensoleillée. Une montagne – le Cap Bon – est nimbée de brume à contre-jour vers l’Est. Un gardien me montre le disque parfait des ports puniques qui brillent au soleil.

Les Romains ont arrasé l’acropole punique portant le temple d’Échmoun pour installer la ville en remblayant les habitations carthaginoises. Le temps a eu raison des constructions romaines. On a restauré, cimenté, laissé quelques chapiteaux ou bases de colonnes…la ville romaine est difficilement lisible. Heureusement des panneaux orientent le visiteur et détaillent les vestiges, le départ du Cardo maximus qui descend vers la mer.

Le quartier Hannibal

Un peu plus loin, le quartier Hannibal est composé de maisons puniques adossées à la pente/ Des maisons mitoyennes ont été dégagées par les archéologues. Bâties serrées, aux petites pièces rectangulaires. Il y avait également des ateliers de forgerons travaillant le cuivre et le fer. Difficile de se faire une idée des maisons entières. En revanche, il est aisé d’imaginer les combats.  Les Romains avaient mis des poutres pour conquérir maison après maison. Puis l’incendie s’est propagé quand ils ont mis le feu aux poutres. Le Guide Bleu donne beaucoup de descriptions mais la promenade est interdite.

la statue de Saint Louis

Derrière un buisson, la statue de Saint Louis rappelle qu’il est mort à Tunis en 1270. Statue 19ème siècle sans intérêt autre qu’anecdotique. Daniel Rondeau dans son livre Carthage en parle bien. Les végétaux accompagnent les colonnes brisées, les chapiteaux dispersés. Les grenadiers ont des feuilles jaunes automnales, les figuiers sont chauves, en revanche l’herbe et les oxalis sont vert vif. La promenade tient plus du pèlerinage littéraire que de la visite archéologique. Je profite du soleil hivernal, de la vue.

l’aurige et sa femme

Après la visite du Bardo, le Musée de Carthage parait un peu vide. Deux Romains de marbre blancs s’adossent à l’escalier : l‘aurige et sa femme. Une grande mosaïque occupe le sol mais elle est poussiéreuse et pâtit de la comparaison avec celles du Bardo que nous avons vues hier. Une grande tête féminine laisse imaginer des statues géantes comme le Constantin du Capitole de Rome.

 

 

A l’étage des vitrines racontent la vie quotidienne aux temps des Carthaginois : céramiques d’usage, bijoux, reconstitution du régime alimentaire, on consommait les bovins âgés quand ils n’étaient plus en état de travailler, les carthaginois mangeaient du porc (pas évident pour une population d’origine sémite). On voit aussi des articles d’importation : vaisselle grecque, amulettes égyptiennes. La religion punique est racontée aussi les emprunts étrangers : Déméter et Bes s’ajoutent au panthéon carthaginois. Deux gisants, prêtres et prêtresses. Ils me rappellent les sarcophages en terre cuite du Musée Archéologique de la Valette.

Décidément les Romains ont détruit bien des souvenirs.

Thermes d’Antonin

Les Thermes d’Antonin sont faciles à trouver. Un tunisien interrogé les a appelés Hammamet Andalouz, » Hammam » parfait pour les thermes, mais pourquoi andalouz ? Ils se trouvent dans un parc de 4 ha planté de mimosas, d’eucalyptus, de poivriers, grenadiers, fleuri d’aloès et de géraniums. Ils devaient être encore plus impressionnants quand la coupole de 15 m couvrait le caldarium. Moins bien conservés que ceux de Caracalla à Rome, de dimensions moindres, ils sont quand même gigantesques. La mer est juste derrière. La colline est plantée du jardin du Palais Présidentiel construit juste à l’aplomb des thermes.

Au hasard de mes flâneries je découvre une grande basilique chrétienne à trois nefs ayant gardé de nombreuses colonnes, et un bâtiment qui semble avoir été une école. Le panneau descriptif malheureusement s’est effacé. Un peu plus loin, une chapelle souterraine est ornée d’une mosaïque, au bout du jardin, un four à de potier punique. Non loin des thermes les latrines publiques en demi-cercle de 35 m de diamètre.

La rue Septime Sévère, parallèle à la côte, nous conduit aux ports puniques entre de jolies villas blanches dans des jardins fleuris dans le quartier de Salambô. Le port militaire de forme circulaire avait en son centre une île ronde portant les hangars à bateaux. Le port de commerce au bassin rectangulaire était accessible par un chenal. Je fais le tour du petit lac rond à l’eau tranquille où se reflètent la coupole blanche d’un petit mausolée que Flaubert appelle joliment santon et les arbres très verts. Des barques de pêche ont remplacé les galères carthaginoises. Un vieux pêcheur, pieds nus, remmaille son filet.

port punique

Un peu plus loin, le Tophet, le sanctuaire.  De nombreuses stèles sont dressées sous un palmier et des grenadiers formant un ensemble plutôt riant. C’est seulement lorsqu’on pénètre dans la caverne qu’on imagine les sacrifices d’enfants à Baal Hamon que décrit Flaubert.

Le Tophet

Nous n’avons pas vu le théâtre ni l’édifice à colonnes pressées par le temps. Nous avons prévu de déjeuner à Sidi Bou Saïd.

Tophet : la caverne

Tunis : une visite au musée du Bardo

CARNET TUNISIEN – DU NORD AU SUD

 

A midi, nous partons au Musée du Bardo.

Les taxis sont très nombreux et bon marché, jaunes ils sont facilement repérables ; le problème est d’en trouver un libre.  Le chauffeur ne parle pas français mais il me montre le compteur : 0.450 dinars de prise en charge.

Le trafic est embouteillé. De nombreuse forces de police sont sur pied. La rue est parcourue par des manifestations pro-Palestine après la déclaration de Trump sur Jérusalem. La première manifestation rassemble des étudiants ou des lycéens avec de nombreuses filles voilées, une seconde est composée d’adultes, beaucoup d’hommes d’âge mûr, en costume de ville, promenant un drapeau palestinien en  silence. La radio du taxi ne parle que de la dernière initiative américaine : déménager l’ambassade de Tel Aviv à Jérusalem. Alors que la télévision française est saturée de nécrologies : Jean d’Ormesson et Johny Halliday, le monde s’agite. Cette bourde américaine a pour conséquence d’unir tout le Moyen Orient auparavant si divisé avec la Guerre en Syrie, au Yémen, la vrai-fausse démission du Premier Ministre libanais. Aujourd’hui, tout le monde défile à l’unisson « filestin ! ». La radio tunisienne fait entendre aussi bien Macron (en français) le pape François (en italien), le prince saoudien et le roi de Jordanie (je reconnais leur arabe différent du tunisien). Je suis tellement occupé à écouter la radio dont je devine la teneur sans comprendre le contenu, que je ne suis pas l’itinéraire.  Le taxi passe devant la faculté des Lettres, de Médecine, des hôpitaux, puis s’éloigne du centre dans des quartiers mal définis. Le Bardo est à 4 km du Centre de Tunis. Arrivées sur place, encore de nombreuses forces de police et du fil de fer barbelé en gros rouleaux. Le souvenir de l’attentat est encore dans les têtes.

Le Musée existe depuis la fin du 19ème siècle, installé dans l’ancien palais beylical. L’entrée des visiteurs se fait   par une façade moderne dans un hall haut de plafond très clair. Un plan est fourni à la billetterie.  Nous nous laissons guider par le hasard, en dépit de toute chronologie, passons d’une collection d’objets d’époque islamique, céramiques de toute beauté à des cippes puniques puis à des mosaïques romaines, sans aucune transition. Après quelques temps, je comprends que les objets sont regroupés par site. Comme nous ne connaissons pas la géographie de la Tunisie, ce classement ne facilite pas le compte rendu !

Nous avons été éblouies par les mosaïques qui nous parlent, nous racontent la vie, les légendes et mythes. L’an passé à Madaba, en Jordanie, nous avions pris connaissance de l’histoire et e la géographie des premiers chrétiens en Palestine et en Egypte…J’avais beaucoup aimé le musée d’El Jem  (Tunisie) et je n’ai pas oublié les premières mosaïques que j’ai découvertes en Sicile à Piazza Armerina avec les jeunes filles jouant au ballon ni celles de Constantinople…

Celles du Bardo sont probablement les plus impressionnantes par leur dimension et leur variété de thèmes. Elles racontent les mythes des Dieux de l’Antiquité mais aussi la vie des paysans et des pêcheurs, parfois les deux thèmes sont intimement mêlés. La grande mosaïque marine est la plus spectaculaire elle est présentée verticalement sur deux étages. Sur un fond vert parcouru de vaguelette on y voit une divinité, une néréide peut-être, et de nombreuses créatures marines. L’Education d’Achille par le Centaure Chiron est aussi d’inspiration maritime, Achille, enfant chevauche un dauphin, elle me rappelle qu’Achille était fils de Thétis, une néréide. Les thèmes chrétiens ne sont pas oubliés, dans une scène de pêche on voit Jonas avalé par un gros poisson, tandis que quatre pêcheurs dans une barque ramènent leurs filets.

J’ai pris des notes, scrupuleusement dans chaque salle. Les recopier dans le désordre n’a guère de sens…le Guide Bleu le fait beaucoup mieux que moi d’autant plus que j’ai raté les plus célèbres celle de Virgile et celle d’Ulysse. Je me suis restée plus longtemps à contempler une belle à sa toilette avec ses servantes qui lui portent ses atours et son miroir…. Je fuis des classes d’enfants suivant les explications de leurs maîtres, avec les hauts plafonds cela résonne désagréablement. Pourtant ils sont sages. Le Musée du Bardo est très vaste. Impossible de tout voir. Une visite en conclusion du voyage aurait été plus enrichissante sans doute si notre circuit nous avait reconduites à Tunis.

Il faut aussi raconter le décor du Palais beylical qui abrite le musée : les belles portes, les stucs des plafonds à stalactites du salon octogonal, les colonnes antiques formant un péristyle dans la grande salle ornée de statues de marbre qui malheureusement ont presque toutes perdu la tête, sauf Faustine et Isis qui se font face.

 

Les salles puniques : Demeter, Koré et Pluton nous accueillent dans une salle sombre de forme ovale. Des stèles puniques et cippes sont alignées, certaines au signe de Tanit. Au fond la déesse-lionne (Sekhmet ou Tanit ) fait face à Demeter. Je passe, ignorante, devant les terres cuites et les stèles de pierre. J’aurai plaisir à retrouver la civilisation carthaginoise demain au Musée de Carthage.

« Circulation des œuvres d’art » est le titre d’une exposition permanente des objets provenant d’une épave retrouvée en 1907 au large de Mahdia. Les cales étaient surchargées d’œuvres d’art grec datées entre le 4ème av. JC et le 1er ; le navire faisait route vers Rome. J’ai surtout aimé de merveilleux bronzes : deux Hermès.

Retour en taxi jusqu’à la Place du Gouvernement. Il reste encore le temps d’une promenade dans la médina, d’un thé à la menthe et aux pignons à la Terrasse au coucher du soleil.

Jerash, la ville romaine de Gerasa

CARNET DE JORDANIE

Gerasa : Arc d’Hadrien

Départ à 7h30, l’heure où les Jordaniens vont travailler. Les rues sont très encombrées. L’une d’elle est bouchée par une foule de piétons : une manifestation ? non simplement des gens qui attendent l’autobus. La circulation est anarchique, trois voies deviennent 4 voire 5 avec le trottoir, un goulet d’étranglement se forme quand le trottoir disparaît. Il faudra plus d’une heure pour sortir d’Amman.

jardineries le long de la route 35

Les nuages noirs menaçants donnent de la pluie qui cesse dès qu’on aborde la campagne. La route 35 est une belle route à chaussées séparées presque une autoroute. D’Amman jusqu’à Jerash, elle est bordée de pépinières et de jardineries très colorées. Sur les bas côtés, géraniums, œillets d’inde, pétunias et bougainvillées font une bordure multicolore et très gaie ;. Vers la campagne les plants se diversifient, on vend aussi des oliviers et des arbres fruitiers. La campagne est très urbanisée. Les maisons de ciment sont souvent « inachevées » sans crépi avec les armatures métalliques qui dépassent du béton. Cette pratique de la maison jamais terminée s’étend sur tout le pourtour méditerranéen de la Sicile à la Grèce. Des serres en plastique alternent avec les oliveraies. Les maraîchers vendent leur production sur le bord de la route : amandes vertes et fraises, salades romaines, concombres, aubergines et courgettes. Je retrouve avec grand plaisir la végétation méditerranéenne : oliviers, pins, eucalyptus, mimosas fleuris et faux poivriers…

Le relief est très marqué. Avec la pluie et la poussière des nombreux chantiers, la route est glissante.

Arrivée à Jerash, l’Arc de triomphe d’Hadrien se voit de loin avec les arcades de l’hippodrome.

Gerasa : Hippodrome

Le site est très étendu, la ville romaine de Gerasa était déjà immense et elle fut agrandie sur la route d’Amman, alors Philadelphia – autre ville de la Décapole – par l’adjonction de l’hippodrome (220-749 ap JC) et la construction du magnifique Arc d’Hadrien commémorant sa visite, il a passé l’hiver129-130 à Gerasa .Sur une partie du fronton gravé en grec, posé au sol, la dédicace « sacrée, asile et autonome » fut effacée après les révoltes juives de 132 à 135.

De l’autre côté de la route L’église de Marianos (570-749) fut édifiée pour les artisans potiers, teinturiers venus occuper par leurs ateliers l’hippodrome.

Hippodrome (220-749) dimensions 265mx50m, bordé au sud par de belles arcades, quelques gradins sont visibles, les murs extérieurs avec un appareillage bosselé.

Gerasa : boutiques près de la Porte Sud

La Porte sud moins spectaculaire que l’arc d’Hadrien, pourrait avoir été construite en l’honneur de ce dernier, intégrée aux remparts après que des pillards eurent pillé la ville au 4ème siècle. Près de cette porte se trouve le souk avec une quinzaine de boutiques une poterie, un charpentier, un bronzier et une huilerie creusée dans la roche dont il reste la meule.

Gerasa : Place Ovale

La Place ovale est l’élément architectural le plus original et le plus étonnant de Gerasa. Elle assure la connexion entre le Cardo maximus, le sanctuaire de Zeus, et des axes divergents. En  plus des portiques de colonnes qui subsistent actuellement, deux monuments  ornaient alors la place : un groupe de prêtresses et un dais porté par colonnes abritant la statue d’Hadrien. Le pavage est tout à fait spectaculaire surtout vu d’en haut en montant au sanctuaire de Zeus. Les Romains m’ont habituée aux routes ou rues tracées au cordeau se coupant d’équerre avec un forum carré, à la limite triangulaire. Le guide bleu qualifie de pré-baroque l’urbanisme de Gerasa.

Gerasa : sanctuaire de Zeus

Sanctuaire de Zeus (62-163)s’étage sur deux terrasses au sommet de la colline/. Il fut transformé en monastère au 5ème siècle puis réoccupé par des Croisés au 12ème . Une grotte était occupée par un oracle. Les autels étaient consacré à la « déesse Vierge Vérité », à » Zeus Ange », à Apollonius, philosophe platonicien qui avait offert à Hadrien un recueil d’oracles.

Le Théâtre Sud (90 à 749)

La date 749 récurrente est celle du séisme destructeur de la ville.

Quand j’entre dans le théâtre, il résonne de cornemuses non pas écossaises mais bédouines. Souvenir des britanniques, si les airs sont british,  le tambour est arabe. Le mur de scène est particulièrement bien conservé : les frontons triangulaires sont d’une grande finesse avec des frontons triangulaires soutenus par des colonnettes au dessus de petites niches

Il est extraordinairement bien conservé bien qu’il eut servi de carrière à la construction des églises.

S’éloignant du centre, le site devient plus sauvage. Je suis un peu déçue par l’absence des fleurs qui ornaient en cette saison les sites grecs ou siciliens. A Jerash, les buissons sont ras, les coquelicots minuscules, à la place des anthémis jaunes, des pissenlits ou de maigrelettes floraisons de moutarde. Une anémone rouge m’émeut.

Gerasa : Eglise St Cosme St damien

Près des  églises Pierre et Paul et la « mortary church » (7ème siècle) je vois un long et fin serpent se couler entre deux pierres et renonce aux mosaïques. Un peu plus loin, j’aperçois une autre église avec une belle mosaïque. Un groupe d’Italiens, conduits par un curé – sans doute un pèlerinage en Terre Sainte – s’y attarde. Mais ils ne sont pas accueillants. J’apprends que c’est l’église Saint Cosme et Saint Damien qui sont représenté près de l’autel tandis que dans la nef, des médaillons représentent des animaux exotiques.

Gerasa : Temple d’Artémis

Le temple d’Artémis (135-749) est un édifice imposant, périptère et hexastyle. Très grand, il est resté inachevé, couvert seulement d’une toiture provisoire au dessus de la cella. Il faut également fortifié par les Croisés.

Dans l’église de l’évêque Isaïe (558) les mosaïques ont souffert de la crise iconoclastique.

Au dessus du ravin, un Poste de Garde ottoman rappelle l’époque ou Tchétchènes et Tcherkesses furent transplantes (1875) .

 

Gerasa a un plan double, le Temple d’Artémis correspond au sanctuaire de Zeus, le Théâtre nord fait pendant au Théâtre sud, ses gradins sont plus pentus qu’au sud. Des bas-reliefs représentant des musiciennes font penser qu’il était peut être dédié à des spectacles musicaux.

Gerasa : Cardo maximus

Après la visite du théâtre, je  néglige les thermes et l’agora. , je rejoins le cardo, entre deux rangées de colonnes. A la croisée du Cardo et du Décumanus nord, est érigé le Tetrapyle nord. Les Propyléees du Temple d’Artémis sont un escalier monumental montant du wadi au temple, invisible. Un guide prétend que l’effet de surprise quand on montait au temple augmentait la théâtralité du lieu sacré. Le long du cCardo je passe devant un magnifique nymphée puis par le Tétrapyle sud  symétrique du tétrapyle nord.

Nymphée

A l’entrée du parking du site, un restaurant a installé des tables dehors, très agréables. Le menu-buffet  (10DJ) propose un choix de salades et des plats chauds : ratatouille, boulettes, poulet dans une sauce, courgettes et chou-fleur sauté  avec des crêpes fourrées. Nous nous réjouissons de l’abondance de légumes. La cuisine manque de raffinement  ; elle a une saveur de cantine. Peu importe ! l’endroit est agréable et nous l’avons trouvé sans peine.

Le Musée du Satyre dansant – Mazara del Vallo

CARNET SICILIEN 2016

Le satyre dansant de Mazara del Vallo
Le satyre dansant de Mazara del Vallo

Installé dans l’Eglise S Egidio (15ème s) surmontée de coupoles rondes rouge foncé évoquant plus une mosquée qu’une église avec sa façade très sobre et ses murs nus. J’ai gardé un souvenir très vif de ma première rencontre avec la satyre de bronze, éphèbe de toute beauté, sorti de la mer on loin de là. Mazara del vallo lui a offert un écrin, un musée à lui-seul. Aujourd’hui, je n’aurais pas de rencontre intime. Les élèves du lycée de Mazara, en costume de cérémonie, jouent les guides touristiques. Je suis escortée de deux garçons et de deux filles qui prennent très au sérieux leur nouveau métier. Ils me racontent l’histoire de la ville qui fut successivement phénicienne, grecque, romaine, arabe, normande, espagnole (et j’en passe). Nomme d’après le nom du fleuve Mazaro qui offre dans son estuaire, un havre, aussi bien aux pêcheurs qu’aux commerçants et aux bateaux de guerre. Le satyre est donc accompagné d’amphores antiques recouvertes parfois de coquillages et d’huitres et d’objets plus récents comme cette gourde de pèlerin aplatie ou deux braseros de terre cuite. Un étrange cylindre est présenté comme une « patte d’éléphant » punique. Il y a aussi une inscription phénicienne.

Le satyre fut découvert en deux temps : en 1997, une jambe et en 1998 le reste du corps. Sa datation reste mystérieuse : peut être 4ème ou 3ème siècle av. JC. On ne sait pas s’il s’agit d’une statue grecque ou d’une copie romaine.

On l’a nommé le satyre à cause de son regard perdu, les yeux un peu révulsés et la bouche ouverte. On a aussi pensé au dieu Eole avec sa coiffure emportée par le vent.

Appartenait-il à un groupe de statues ou était-ce la figure de proue d’un navire ? On pensait qu’il tenait un bâton d’une main et de l’autre une coupe de vin.

Dans la salle attenante, un audiovisuel raconte la découverte et la restauration du satyre. L’archéologue fait remarquer que le corps lisse aux muscles peu marqué est plus féminin que masculin. Pline aurait décrit un groupe sculpté par Praxitèle, représentant l’ivresse – Periboetos – très répandu dans le monde grec à opposer à une autre représentation de satyre assis .  L’archéologue cite aussi Platon qui aurait décrit une sorte d’orgasme quand on a crié très fort ceci expliquerait le relâchement de la musculature, la bouche ouverte et le regard perdu.

Place du Plebiscite et église S Ignazio le musée du Satyre
Place du Plebiscite et église S Ignazio le musée du Satyre