LITTÉRATURE ISRAÉLIENNE

Relecture. Je l’ai lu autrefois en hébreu, et n’en avais aucun souvenir. Cette lecture était plutôt du déchiffrage. C’est donc une découverte, même si je lis très régulièrement romans et nouvelles de l’auteur.
J’ai eu du mal à m’attacher à la narratrice. Hanna, étudiante en littérature épouse Michaël sans passion ; elle fait de son mari le pivot de leur vie familiale après avoir abandonné la littérature ; il lui donne un fils qu’elle élève sans amour maternel excessif ; elle mène une existence maladive nourrie de rêves et de réminiscences littéraires qui surgissent sans prévenir dans le récit. Capricieuse, frustrée, consommatrice compulsive, elle m’a bien agacée. Michaël, est parfait : attentionné, gentil, modeste, intelligent, universitaire admiré par sa famille et ses pairs, un père parfait, pédagogue, aimant….Hanna donne un portrait exemplaire de « son Michaël ». Yaïr, leur fils est aussi l’enfant rêvé : un enfant raisonnable que passionne tant la roulette du dentiste que le soin d’une carie devient une expérience plaisante. Yaïr s’exprime très bien ; il sait qu’on ne coupe pas la parole aux adultes ; qu’il faut une conclusion à un raisonnement »terminé! » est la fin de chaque intervention.

Un malaise s’installe pourtant. Ces gens sont-ils capables de sentiments? De passions? Simplement de colère? Sont-ils les héros de leur destin ou les jouets d’une vie mécanique?
« – Avec le temps et la persévérance tout ira mieux, Michaël. T’es-tu rendu compte que c’est ton père Yehezquel qui vient de parler par ta bouche?
-Eh bien, dit Michaël, je n’avais pas pensé à cela. Mais c’est possible, c’est naturel. je suis le fils de mon père.
-Bien sûr. C’est possible Michaël. C’est possible. Naturel. tu es son fils. C’est terrible, Michaël. Terrible.
Michaël a remarqué tristement:
-Qu’est-ce qu’il y a de terrible, Hanna?C’est dommage que tu n’apprécies pas mon père. c’est un homme intègre. Tu as tort. Tu n’aurais pas dû dire cela.
-Tu n’as pas compris Michaël. Ce qu’il y a de terrible ce n’est pas que tu sois le fils de ton père. Ce au’il y a de terrible c’est que ton père parle soudain à travers toi. Et ton grand-père Zalmann. Et mon grand-père. Et ma mère,. Et après nous il y aura Yaïr. Nous tous. Comme si un homme après l’autre, nous n’étions que des brouillons ratés. On recopie au propre et de nouveau on recopie, puis on efface et on froisse et on jette au panier et de nouveau on recopie en changeant un petit peu. Quelle bêtise, Michaël! Quel ennui. Quelle plaisanterie vaine. …. »
Les rêves, les romans et le souvenir des deux jumeaux palestiniens Halil et Aziz, illuminent la vie si terne d’Hanna.

Un autre « personnage » m’a vivement intéressée : la ville de Jérusalem dans laquelle les héros se promène fréquemment. La ville ancienne se transforme au cours des dix années que couvre le récit, les arabes qui peuplaient le quartier ont disparu, des maisons de béton remplacent les herbes folles, les populations migrent d’un quartier à un autre.
Une autre lecture est possible : l’évocation historique du pays, l’opposition entre la gauche travailliste des kibboutzim et de la droite exclue du pouvoir mais présente. 1956, Suez…une guerre sans tambour ni trompettes, quelques chants patriotiques à la radio, pas d’héroïsme (Michaël tombe malade et se trouve libéré). Évocation aussi de la vie au kibboutz, une traversée du pays en autobus particulièrement plaisante.



Découverte d’un écrivain israélien pour un premier roman se déroulant dans une implantation religieuse. Né dans une colonie, Yonatan Berg livre un point de vue tout à fait nouveau pour moi . Il appartient à une nouvelle génération d’écrivains, nés après que j’ai quitté pour la dernière fois Israël.



La tribu des Yoffé ne manque pas d’originalité! Il y a aussi un violoniste, un génial bricoleur…..


Comment ai-je trouvé ce livre? D’après les algorithmes d’Amazon ou les propositions de Babélio? Le titre m’a interpellé : Shlomo , prénom juif, suivi de kurde. Les Kurdes (à part mes petites élèves) je ne les connais que d’après la télévision (guerres en Irak ou en Syrie et politique turque). De leur culture, juste un film : 




Noté roman, par l’éditeur. Surprise, j’ouvre le livre et découvre des poèmes en vers libres. ! C’est pourtant un roman, très beau. Poésie israélienne, très prosaïque en même temps très littéraire, biblique. Les références au Cantique des Cantiques à l’Ecclésiaste à Job et à la Genèse sont flagrantes. Les amours pudiques, inachevées. J’ai beaucoup aimé.
Ecrit avant : Une Histoire d’Amour et de Ténèbres, mais que j’ai découvert quelques temps plus tard. Dans la même veine que le précédent. Un enfant, en 1947, dans une famille d’intellectuels polonais, se fait traiter par ses copains de « traître » parce qu’il échange des leçons d’hébreu contre des leçons d’anglais avec un sergent britannique. Jérusalem de la fin du Mandat britannique. Lieux et période familiers… il me semble que cette époque fait déjà partie de mon histoire personnelle même si elle se déroule avant ma naissance. Jérusalem des années d’après guerre m’est moins étrangère que ce qu’elle peut devenir actuellement. L’enfant amoureux des mots, des dictionnaires et des encyclopédies est extrêmement attachant.
Un conte dans un village imaginaire. Les animaux ont disparu. Interdit de les évoquer ou d’imiter leur chant sous peine de réveiller des sentiments mêlés de culpabilité ou de moqueries. Un enfant, un peu simplet, s’enfuie dans la forêt, il revient atteint d’une étrange maladie : il hennit comme un poulain et se coupe de la société des hommes. L’institutrice, vieille fille moquée, tente d’instruire les enfants en leur montrant des images d’animaux. Deux enfants partiront chercher les animaux dans une étrange forêt enchantée.

