Les romantiques et le voyage en Orient(1) : Byron

CHALLENGE ROMANTIQUE

Byron en tenue albanaise (wiki)

Je me suis inscrite au challenge de Claudialucia pour le Voyage en Orient. N’étant guère romantique,  mais voyageuse, j’ai saisi cette opportunité pour un voyage dans le temps.

J’ai commencé avec Byron et Childe Harold, et j’avoue que l’embarquement a été laborieux. D’abord, j’ai téléchargé le poème sur mon ordinateur et cette lecture  électronique n’était pas une bonne idée : un court poème qui tient entier sur l’écran, accompagné ou non d’un tableau, comme sur le blog de Claudialucia, c’est un enchantement. Des centaines de vers défilent, sans le repère de la page, c’est très fatigant et peu satisfaisant. Je cherchais le combattant de  l’indépendance grecque et les envolées lyriques d’une Grèce antique imaginaire m’ont un peu déçue.

 

J’avais découvert Byron dans l’anthologie de Duchêne : LE VOYAGE EN GRECE (coll. BOUQUINS) que j’emporte régulièrement. Son  journal de Céphalonie, ses lettres d’Athènes et de Missolonghi – où il est mort – m’avaient enchantée. Sa rencontre avec Ali Pacha à Tépelen – le Bonaparte mahométan – les costumes pittoresques des Albanais – les paysages de montagne:

Ali pacha de Ioannina (via blog de Thierry Jamard)Ali pacha (blog de Thierry Jamard)

… »Je n’oublierai jamais l’étrange spectacle de Tépelen à notre arrivée ; il était cinq heures du soir, le soleil déclinait ; cela m’a fiat penser (avec néanmoins quelque modification de costume) à la description que fait Scott du château de Branksome dans son lai et au système féodal/ Les albanais dans leur costume( le plus magnifique du monde : long kilt blanc, manteau brodé d’or, veste et gilet en velours cramoisi à brandebourgs dorés, pistolets et poignards incrustés d’argent), les Tartares en bonnets pointus, les turcs vêtus de pelisses et enturbannés…. »

Dans une lettre de Patras, malade, il ironise sur son sort. En vers, c’est léger et drôle

le siège de tripolizza par Zografos Makriyannis (via Wiki)

Byron raconte aussi les guerres d’indépendances auxquelles il s’est associé, fait ses comptes quand il engage ses Souliotes.  Le personnage est fascinant. Dans  le même ouvrage par Edward John Trelawny, cite les intrigues entre les factions, Hydriotes, Maniotes, Klephtes…des luttes de la toute jeune Grèce.

 

 

Byron en Grèce – Childe Harold

CHALLENGE ROMANTISME

ULYSSE ET CALYPSO

Ulysse et Calypso - Arnold Böklin - Wiki trouvé dans http://art-magique.blogspot.fr/2011/05/lodyssee-la-nymphe-calypso.html

Des îles Calypso saluons les délices:

 Au sein de l ‘Océan, le groupe fraternel

Au voyageur encore offre des bois propices;

 Mais là n’est plus la nymphe à pleurer un mortel;

 Ces rochers ne sont plus témoins de son attente,

Quand ,pour une autre épouse  ,il put la délaisser;

 Ici ,le fils d’Ulysse échappe à cette amante,

C’est de là que Mentor à fuir vint le presser:

 L a nymphe-reine ,aux pleurs dut encor s’abaisser

Odessa Transfer – Chroniques de la mer Noire – Collectif ed. Noir sur Blanc

BALKANS/

Le soir de notre retour de Crète, sur Arte nous avons visionné le documentaire :Seuthès, le roi Thrace, et c’est ainsi que notre voyage en Bulgarie s’est décidé! Depuis je n’ai pas quitté les Balkans (tout en restant dans ma chambre). Premier voyage cinématographique, onirique et envoûtant Le Regard D’Ulysse d’Angelopoulos qui m’a emporté par taxi, train et même péniche à travers la Grèce,  l’Albanie, la Macédoine, la Bulgarie et la  Roumanie pour arriver à Sarajevo en pleine guerre. Second voyage sur les mêmes itinéraires avec Maspéro dans Balkans-Transit illustré par Klavdij Sluban.

Odessa transfer m’offre un périple autour de la Mer Noire dans le même registre. Cet ouvrage rassemble 14 textes écrits par 14 auteurs différents, rangés dans l’ordre des aiguilles d’une montre.

Le voyage commence en Géorgie à Batoumi « BATOUMI: UNE VILLE A L’ODEUR DE FUITE » d‘Aka Morchildazé. Reportage? texte poétique?Pas plus que les autres textes, j’arrive à le définir.

EAU AMERE (Istanbul et la rive turque de la mer Noire) d’Eminé Sevgi Özdamar est une sorte de méditation à la suite de l’assassinat de Hirant Dink à Istanbul. » Mer Noire, Mer Noire, Ta mer est devenue Noire«  Ece Ayhan. Méditation poétique, souvenirs anciens d’une mer hospitalière, dispensatrice de bonheur alors qu’Arméniens, Grecs, Turcs se parlaient : « Dans le fond de mon sein , tout au fond de moi, entre les algues il y a une vieille femme morte qui s’appelle Kiriaki Sergianadou. Écoutez vous trois cette vieille Grecque du Pont chanter une chanson populaire en turc. … » Elle m’appelle (dit la Mer Noire) Efksinos Pontos . Efksinos signifie qui donne le bonheur…..Eminé, la Turque, retrouve le langage de la Mer Noire à Thessalonique, la Grecque et pleure l’Arménien assassiné.

SUR LA ROUTE D’ISTANBUL  est une sorte de carnet de route d’un journaliste polonais, Andrzej Staziuk, qui se souvient qu’autrefois Pologne et Lituanie s’étendaient jusqu’à la Mer Noire combattant les Ottomans. Toujours à cheval, dans les steppes... »pas des chevaux de mer : des chevaux cosaques, tatars, turcs, sarmates, scythes ou mongols »..…,mélangeant le Baroque et le byzantin…

L’ÎlE DES BIENHEUREUX racontée par Sybille Lewitscharoff, au large de la Bulgarie entre Burgas et Varna existe-t-elle vraiment? « elle a surgi de la mer une nuit, alors que les mortels ordinaires ignoraient tout du malheur et de la haine que les Bulgares attireraient bientôt sur leurs têtes ». Qui est donc Haralampi Oroschakoff? le texte se termine avec de déroutants Macédoniens…..

Takis Theodoropoulos raconte LA CONQUÊTE DU PONT EUXIN, je me retrouve en pays de connaissance : Jason, les Argonautes, Médée sont des personnages familiers. 

« Pour quelle espèce de raison la poésie grecque, et ce depuis ses tout  premiers pas, a-t-elle à ce point surestimé la figure d’Ulysse, et n’a-t-elle fini par s’intéresser à celle de Jason que des siècles plus tard? »

Euxeinos (hospitalier) ou Axeinos la Mer Noire?La mer familière aux Grecs est la Méditerranée, l’Égée avec toutes ses îles.

Theodoropoulos raconte aussi l’Anabase (le seul texte que j’aie déchiffré en VO) ….

PONTOS AXEINOS est le titre du texte de Mircea Catarescu, écrivain roumain qui, de Constanta  évoque la figure d’Ovide exilé là. Ovidiu, prénom si répandu en Roumanie, ….devant une Mer Noire prise dans les glaces. Écrivain des métamorphoses.

Justement, MÉTAMORPHOSES est le titre de la nouvelle suivante d’Attila Bartis, Roumain d’expression hongroise, ou Hongrois(?) (Le canal du Danube et la péninsule Balkanique) en est le sous-titre, évoquant Kafka dès les premières lignes. Kafkaïenne est l’entreprise de travail forcé comparée à la tectonique des plaques censée engloutir la péninsule balkanique. Griffonnages sur la relégation d’Ovide, griffonnages sur l’empire ottoman, griffonnages sur divers centres d’intérêt, griffonnages qualifie-t-il ses écrits qui auront pour titre Métamorphoses et non pas La Métamorphose, clins d’œil à Ovide et à Kafka.

L’ÉTÉ DES SCARABÉES DE 2 MAI (le littoral roumain de la Mer Noire) de Katja lange-Müller est une nouvelle plutôt pessimiste.

Nicoleta Esinencu est Moldave et écrit en vers 7km(de Chisinau au septième kilomètre) raconte les mécomptes des Moldaves qui ont vu leur vie se compliquer, les tracasseries administratives les empêchant de rejoindre la Mer, les divers trafics…

Karl-Markus Gauss, écrivain autrichien, évoque Odessa dans L’INCESSANTE MIGRATION

« Décision fut prise en 1794de faire jaillir de terre une ville où l’on attirerait des représentants de nombreuses nationalités grâce à de multiples privilèges – liberté religieuse… »

Habitée par des Russes, des Juifs, des Arméniens, des Grecs, des Ukrainiens, des Bulgares, des Allemands, classique pour la Mer Noire, mais aussi des Levantins, des cubains, des Africains, Coréens et Malais…. cosmopolite ,berceau des génies de la musique son marché aux légumes est tout aussi coloré!

LE PASSEPORT DE MARIN (la côte de la Crimée) de Serhiy Zhadan est une nouvelle mettant en scène des jeunes perdus entre trafics et  beuveries, des ouvriers moldaves abandonnés dans un chantier arrêté. Assez désespéré ce futur post-soviétique!

Soviétique ou Post-soviétique, LES ENFANTS D’ORLIONOK  de Katia Petrovskaïa? Un camp de jeunes pionniers dans la grande tradition pédagogique de Nadejda Kroupskaïa avec ses spoutniks, ses enfants-garde-frontière les « Guetteurs« , le « camp des Komsomols » et pourtant les éducateurs sont des soutiens de Poutine et le texte est contemporain.

Enfin, un dernier reportage sur l’Abkhazie referme le tour de la Mer Noire. UNE CHANCE DE REJOINDRE LE MONDE  de Neal Ascherson analyse la situation de ce micro-pays entre Géorgie et Russie. J’aurais été bien incapable de situer l’Abkhazie avant de lire ce livre.

Dans mon résumé j’ai oublié de signaler les très belles photos en Noir et Blanc – c’est aussi le nom des éditions – panoramiques pris sur les plages de la Mer Noire. Elles ne correspondent  pas toujours au pays des textes où elles sont intercalées. Qu’importe si les parasols et les baigneurs bulgares se trouvent entre la Crimée et la Moldavie?

C’est un livre que je rendrai à regrets à la bibliothèque. Un livre que j’aurais aimé garder, relire au retour de  notre visite à la Mer Noire. Extraordinaire diversité et en même temps parfaite cohérence dans la construction. Chaque texte est à sa place et la lecture n’est jamais décousue. Poésie et reportage, reportage et roman, imaginaire et réalité.

 

 

 

 

 

 

 

 

Du sang sur la soie – Ann Perry – Polar Byzantin

POLAR BYZANTIN

prise de Constantinople -fresque roumaine

…. »Je suis byzantine. Cela veut dire que je suis à la fois sophistiquée et barbare. »

déclare Zoé, figure principale de l’intrigue.

« C’est Byzance! »Synonyme de richesse et d’abondance. En ce sens ce roman de 975 pages est sur-abondant. Gros pavé. Riche de reconstitutions historiques de décors exotiques. Les héros nous promènent à Constantinople où se déroule la majeure partie de l’action, mais aussi à Rome, à Venise, Palerme, Jérusalem et même à Sainte Catherine du Sinaï.

Byzantine,  l’intrigue compliquée que devra dénouer la narratrice, médecin.   Constantinople  encore dévastée par la IVème Croisade de  1204, se remet à peine de ses ruines 70 ans plus tard. Les familles impériales, Comnène, Lascaris, Cantacuzène, contestent l’autorité de Michel Paléologue. Les complots et les vengeances se succèdent : poisons et poignards utilisés avec cynisme et cruauté.

prise de Constantinople - fresque roumaine

Byzantines encore les implications religieuses, querelle du Filioque, adoration de l’icône de la Vierge miraculeuse protégeant la ville. Michel Paléologue craignant une nouvelle croisade avec des exactions des Latins, choisit de faire alliance avec le Pape pour se protéger des ambitions de Charles d’Anjou, Roi de Sicile. L’orthodoxie se sent menacée.

Byzantines encore la sophistication des amours, l’intervention des eunuques, la confusion des sexes et des genres.

Constantinople est à la frontière des puissances orientales , la Horde d’Or, les Seldjoukides, les Arabes …Rempart de la chrétienté? ou Carrefour des influences orientales?

C’est donc un roman historique très dépaysant qui raconte une période passionnante pendant que six papes se succèdent à Rome, faisant et défaisant les alliances,  trois doges à Venise, s’achevant avec les Vêpres siciliennes qui remettent en question les rapports de force.

Cependant, dans cette abondance de reconstitutions historiques, le propos se dilue un peu. Roman choral où tantôt la narratrice-médecin byzantine, laisse la parole, aux légats du pape, ou à l’envoyé du doge de Venise. On perd de vue l’intrigue qui doit être élucidée : le bannissement de Justinien Lascaris.

J’ai été toujours intéressée par l’histoire, mais pas tout à fait séduite. Il manque la pointe d’épice, le « je-ne-sais-quoi » qui fait qu’on y croit vraiment, et qui fait la différence entre un Roman Historique et un grand roman.

 

22 ans pour construire le Taj Mahal – J-B Tavernier

VOYAGE EN ORIENT

Taj-Mahal

Avec Jean Baptiste Tavernier (1676) pour guide,

« Agra est à 27°31minutes de latitude dans un terroir sablonneux ce qui y cause en été d’extrêmes chaleurs. C’est la plus grande ville des Indes, et ci-devant la résidence des Rois. Les maisons des Grands sont belles et bien bâties ; mais celles des particuliers n’ont rien de beau, non plus que dans toutes les autres villes des Indes. Elles ont écartées les unes des autres et cachées par la hauteur des murailles de peur qu’on ne voie les femmes ; et ainsi il est aisé de s’imaginer que toutes ces villes n’ont rien de riant comme nos villes d’Europe. Il faut ajouter à cela qu’Agra étant environnée de sables, les chaleurs en été y sont excessives ; et c’est en partie ce qui obligea Cha-Gehan de n’y faire plus sa résidence ordinaire et de tenir sa cour à Gehanabad.[….]

par une alvéole des claustras de marbre

De toutes les sépultures qu’ont voit à Agra, celle de la femme de Cha-Gehan est la plus superbe. il la fit faire exprès proche du Tamisacan où aborde tous les étrangers, afin que tout le monde la vît et admirât sa magnificence. le Tamisacan est un grand bazar [….]La sépulture de cette Bégum ou Sultane Reine est au Levant de la ville, le long de la rivière, dans une grande place fermée de murailles, sur lesquelles règne une petite galerie comme sur les murailles de plusieurs villes d’Europe. Cette place est une manière de jardin faite par compartiments comme nos parterres ; mais au lieu que  nous y mettons du sable, ce n’est là que du marbre blanc et noir. On entre dans cette place par un grand portail, et d’abord on voit à main gauche une belle galerie qui regarde la Mecque, ou il y a trois ou quatre niches où le Mufti se vient rendre aux heures accoutumées pour faire la prière.

maison d'hôtes près de la rivière

Un peu plus avant que le milieu de la place du côté de l’eau, on voit élevées l’une sur l’autre trois grande plate-formes, avec quatre tours aux quatre cois de chacune, et l’escalier du dedans pour crier à l’heure de la prière. Il y a au-dessus un dôme qui n’est guère moins superbe que celui du Val-de-Grâce à Paris. Il est revêtu dedans et dehors de marbre blanc, le milieu étant de brique. Sous ce dôme il y a un tombeau vide, car la Bégum est enterrée sous une voûte qui est au-dessous de la première plate-forme. Les mêmes changement qui se font au bas dans ce lieu souterrain se font en haut autour du tombeau ; car de temps en temps on change de tapis, de chandeliers et d’autres ornements de cette nature et il y a toujours quelques Mollahs pour prier. J’ai vu commencer et achever ce grand ouvrage auquel on a employé vingt-deux ans et vingt mille hommes qui travaillaient incessamment, ce qui peut faire juger que la dépense en a été excessive. On tient que les seuls échafaudages ont plus coûté que l’ouvrage entier, parce que manquant de bois, on a été contraint de les faire de brique, de même que les cintres des voûtes, ce qui a demandé un grand travail et de grand frais. Cha-Gehan avait commencé de fa&ire sa sépulture de l’autre côté de la rivière ; mais la guerre qu’il eut avec ses fils rompit ce dessin, et Aureng-zeb qui règne présentement ne s’est pas soucié de l’achever. Un  eunuque qui commande deux mille hommes est commis par la garde, tant de la sépulture de la Bégum que du Tamisacan dont elle est proche….. »

Nous n’avons pas vu le Tamisacan, non plus les tapis et les chandeliers…

Delhi Avec Tavernier (1676) pour guide

LE VOYAGE EN ORIENT

Diwan i am

« Gehanabad de même que Delhy est une grande villace, et une simple muraille en fait séparation. Toutes les maisons des particuliers sont de grands enclos au milieu desquels est le logis, afin qu’on ne puisse approcher du lieu où les femmes sont renfermées. La plupart des seigneurs ne demeurent pas dans la ville, mais ils ont leur maison dehors pour cause de la commodité des eaux. [….]

Le Palais du Roi a une bonne demi-lieu de circuit. les murailles sont de belle pierre de taille avec des créneaux, et de dix en dix créneaux il y a une tour. les fossés sont pl;eins d’eau et revêtus de pierre de taille. En entrant dans la troisième cour, on a en face le Divan où le Roi donne audience. C’est une grande salle élevée de quatre pieds au dessus du rez de chaussée et ouverte de trois côtés. Trente deux colonnes de marbre soutiennent autant de voûtes et ces colonnes sont d’environ quatre pieds en carré avec leur pied d’estail et quelques moulures.

C’est au milieu de cette salle et près du bord qui regarde la cour comme une manière de théâtre, qu’on dresse le trône où le Roi vient donner audience et rendre justice. C’est un petit lit de la grandeur de nos lits de camp; avec quatre colonnes, le ciel, le dossier, un traversin et la courte pointe, tout cela est couvert de diamants. Il est vrai que lorsque le Roi vient s’y asseoir, on étend sur le lit une couverture de brocart d’or ou quleque autre riche étoffe piquée; et il y monte par trois petites marches de deux pieds de long. A côté du lit, il y a un parasol élevé sur un bâtons de la longueur d’une demi-pique, et à chaque colonne du lit est attachée une arme du Roi, à l’une sa rondache, à l’autre son sabre puis son arc, son carquois et ses flèches et autres choses de cette nature.

Il y a dans la cour au-dessous du trône une place de vingt pieds carrés entourée de balustres, qui en certain temps sont couverts de lame d’argent et en d’autres de lames d’or. C’est au quatre coins de ce parquet où sont assis les quatre secrétaires d’État qui, tant pour le civil que pour le criminel font aussi la fonction d’avocats. Plusieurs seigneurs se tiennent sur la balustrade, et c’est aussi où se place la musique qui se fait entendre pendant que le Roi est au Divan. Cette musique est douce et agréable, et fait si peu de bruit qu’elle ne peut distraire les esprits des sérieuses occupations qu’ils ont alors […]

Vers le milieu de cette même cour, on trouve un petit canal de 6 pouces de large ou environ, où pendant que le Roi est dans son lit de Justice tous ceux du dehors qui viennent à l’audience doivent s’arrêter. Il ne leur est pas permis de passer outre sans être appelé, et les ambassadeurs ne sont pas exempts de cette règle. Quand un ambassadeur est venu au canal, celui qui fait la  charge d’introduction crie vers le Divan où le Roi est assis, que tel Ambassadeur demande à parler à Sa Majesté. Alors un secrétaire d’État  le redit au Roi, qui bien souvent ne fait pas semblant de l’entendre, mais quelque temps après il lève les yeux, et les jetant sur l’ambassadeur, il lui fait signe par le même secrétaire qu’il peut s’approcher. »

Les Voyages en Orient du Baron d’Aubonne 1605-1689 Jean Baptiste Tavernier

VOYAGE EN ORIENT

En 1676, Jean Baptiste Tavernier publia une relation de ses 6 voyages en Turquie en Perse et aux Indes. L’ouvrage que présente Favre en est un abrégé.

Dès l’âge de 15ans Tavernier parcourt l’Europe, page au service des Princes. Il se fait marchand de pierres précieuses et d’objets susceptibles de plaire aux souverains orientaux. Il partage ainsi les caravanes des marchands, racontant la vie des caravaniers. Il traverse ainsi la Turquie, l’Arménie, la Perse et finalement l’Inde.

Ses récits sont synthétiques, il ne s’attache pas à un voyage particulier. En textes courts et précis, il   donne une description très vivante des curiosités qu’il a observées.

Certains détails sont pratiques : la gomme à mâcher (mastic) de Chios, la recette du caviar d’Ephèse. Quand il raconte la vie de caravane ou de caravansérail, ses indications sont précises, utiles aux voyageurs et aux marchands.

Dans son négoce, il a l’occasion de fréquenter les Grands de Perse ou des Indes. Nous le suivons dans l’intimité des rois et ministres et découvrons une Perse administrée d’une main de fer, le Shah n’hésitant pas à se promener incognito sur les marché pour vérifier l’exactitude des balances, rendant la justice. De nombreuses anecdotes égaient la lecture.

A l’occasion Tavernier décrit les mœurs et les religions : Sunnites et Chiites, mais aussi Gaurs (parsis) en Perse, Hindous qu’il appelle idolâtres. A l’occasion, il fait une visite à l’Inquisiteur de Goa où sa Bible protestante n’est pas la bienvenue.

En Inde, il assiste à la construction du Taj Mahal, rencontre Aurengzeb et assiste à sa pesée, visite les mines de diamant, raconte le martyre des Satis qui sont brûlées avec leurs maris…

Ce qui est un peu étrange c’est la fréquence avec laquelle l’auteur traite de boissons alcoolisées, surtout en Perse ou chez le Moghol.

Lecture jubilatoire et facile. Un vrai plaisir!

Voyage de Ludovico di Varthema en Arabie & aux Indes orientales(1503-1508)

VOYAGE EN ORIENT

Plaisir de la Découverte!

Découverte de l’Arabie, Arabie pierreuse et Arabie Heureuse, voyage en Perse, Indes et jusque aux Moluques (?) pour cet Italien aventureux.

itinéraire de Varthema

Pour moi, découverte de carnets de voyages, vieux de cinq siècles, roué ou naïf? en tous cas toujours curieux et émerveillé.

Découverte aussi : la COLLECTION MAGELLANE (Chandeigne).

Bel objet! une couverture cartonnée solide, du joli papier et une impression soignée et même des illustrations d’époques (gravures allemandes). Le plus important : avant propos et préface , indispensable pour ce genre d’ouvrage, et un corpus impressionnant de notes et une riche bibliographie d’une centaine de titres. C’est du sérieux!

Plaisir de la lecture!

 

Le style est vif, la lecture aisée. Cet ouvrage fut, à sa parution en 1510, un bestseller, traduit dans toutes les langues européennes réédité plusieurs fois. On ne s’ennuie jamais. On peut aussi imaginer un jeu d’allers-retours vers les notes (il faut alors un autre marque-pages), je cherche à deviner ce qui se cache sous un mot  exotique, une barque, un fruit, un souverain…

Un  autre jeu s’impose: Varthema est-il simple observateur ou vantard? Dès la préface, les historiens font état de doutes quand à la véracité de ses dires. Est-il vraiment allé en Perse ou rapporte-t-il les dires de son compagnon? Le périple jusqu’aux Moluques semble impossible dans les temps que l’auteur évoque. Quels seront les détails qui invalideront ce récit?

Le personnage est un peu mystérieux, il ne dévoile que très peu ses origines, voyageant sans cesse travesti. Pour explorer l’Arabie, il est engagé comme mamelouk dans un corps protégeant la caravane de pèlerins allant à Medine et à la Mecque. S’est-il vraiment converti à l’Islam? A Aden, il est fait prisonnier pour avoir été incapable de réciter au sultan la profession de foi musulmane, la femme du sultan s’éprend de lui et lui fait obtenir sa liberté. Vérité ou vantardise? Il décrit en détail l’Arabie Heureuse, s’associe à un marchand persan, sa description de la Perse est très floue.

En revanche il est très prolixe en ce qui concerne l’Inde et surtout Calicut (à ne pas confondre avec Calcutta). Je me régale à ses récits des coutumes, son rapport sur les éléphants est très amusant et réaliste (beaucoup plus que les licornes de la Mecque) .Bon observateur, il décrit les fruits exotiques, mangues et durions. parfois il invente aussi…

poivre

.

En compagnie du marchand il donne de nombreux détails sur le commerce des pierres précieuses, des soieries, et surtout des épices et des parfums. Il n’est peut être pas allé en Extrême Orient aussi loin qu’il le prétend, en revanche, ses rapports sur le santal, le benjoint et les différentes variétés de poivre, de cannelle m’ont passionnée.

Le retour en Europe est aussi une aventure. Le Portugais ont entrepris une véritable entreprise de colonisation s’alliant avec certains souverains indiens, guerroyant contre d’autres. Varthéma, appelé Yunus, est sous l’identité d’un marchand musulman. Rejoindre les vaisseaux Portugais sans être inquiété en pleine guerre  a nécessité toute une stratégie. Le récit de bataille navale est aussi amusant.

J’ai déjà sur le haut de ma pile  Les voyages en Orient du Baron d’Aubonne 1605-1689,  de Jean-Baptiste Tavernier,j’espère en  tirer autant de plaisir à la lecture et comparer à un siècle et demi d’écart!

Théophile Gautier dans son cadre à Sceaux

CHALLENGE ROMANTISME

Affiche de l'exposition

1811-1872, bicentenaire oblige, le Conseil Général des Hauts de Seine lui consacre une exposition presque « chez lui »( il résidait à Neuilly/Seine).

Sa famille, ses intimes

Occasion d’entrer dans son univers familial, de voir les photos de famille. Certaines Delacroix qui lui a peint une aquarelle singulière, Ingres: Les Tragiques Grecs, Hugo et la bataille d’Hernani, merveilleuse affiche où le portrait de Gautier est entouré de caricatures relatant les épisodes du Romantisme. Une tapisserie (reproduction) montre Théophile Gautier entouré de Dumas, Lamennais, George Sand, Hugo…

Théophile Gautier s’est essayé au dessin, on peut feuilleter (virtuellement) ses croquis. Journaliste, il était critique d’art ; les peintres, en toute amitié, (ou en remerciement) lui ont offert des œuvres de premier plan.

Une belle collection d’autographes, les poèmes Emaux et Camées écrits de sa main, des éditions anciennes complètent la bibliothèque…

affiche du film

A l’étage deux Le Roman de La Momie et le Capitaine Fracasse font l’objet d’une présentation illustrée.

 

 

 

 

 

 

Affiche des films tirés du Capitaine Fracasse.

Le Roman de la Momie a été illustré à nombreuses reprises, j’ai beaucoup aimé l’édition Art Déco  de Barbier (1929), les gravures du voyage en Égypte à l’occasion de l’ouverture du canal de Suez, effectué bien après la parution du livre et finalement un film muet de Capellani (1911), étonnant, colorisé au pastel (d’époque?).

 

 

C’est donc une exposition sympathique dans un cadre très agréable : sous le beau soleil d’hiver les jets d’eau du Parc de Sceaux se déployaient.

(jusqu’au 9 janvier 2012)

Le Voyage d’Orient – espion en Turquie – Bertrandon de La Broquère

VOYAGE EN ORIENT

1432, Bertrandon de la Broquère, au service du Duc de Bourgogne, Philippe le Bon, partit avec des pèlerins à Jérusalem pour un voyage de renseignement à travers la Turquie. Hélène Busso a mis en français moderne sa relation, rendant accessible et même de lecture facile ce texte authentique. Un vrai roman d’aventure!

Le Pèlerinage à Jérusalem est une sorte  de voyage organisé avec des étapes convenues, les moucres, vrais professionnels du tourisme,  louent et conduisent des montures, des caravansérails, hôtelleries du désert. Les pèlerins les plus aventureux poussent l’aventure dans le Sinaï jusqu’à sainte Catherine…passant par Gaza.

Le retour des pèlerins se fait par mer, par Chypre .

C’est alors que la mission secrète de Bertrandon de la Broquère commence : il rentre par terre incognito, suivant une caravane revenant de la Mecque. Pour y être accepté, il doit se déguiser, acheter l’équipage des sarrasins et des turcs. De Damas à Brousse, il partage le quotidien de la caravane accompagné par un mamelouk,  par les contrées des Turcomans, des grecs, Tarse, Adana, Konya…

Constantinople est encore byzantine, mais  Latins et Grecs ne s’apprécient guère. il semble même que notre héros fasse plus confiance aux Turcs. Péra  est génoise Génois, Vénitiens et napolitains y font commerce.

C’est à Andrinople que se trouvait la capitale ottomane en ce temps. Bertrandon de la Broquère raconte les usages de La Porte. il détaille aussi les conquêtes turques en Serbie, Bulgarie, ses récits prennent surtout en compte les fortifications, les défenses militaires (après tout c’est pour cela qu’il est payé!)

Ses pérégrinations se déroulent dans toute l’Europe par la Hongrie, Vienne où enfin il reprendra l’habit occidental et se dévoilera.