J’ai d’abord cru lire un témoignage. Ce n’est que dans la post-face située habilement à la fin du récit, que j’ai découvert qu’il s’agissait d’un roman. Roman poignant.
Saga d’une famille palestinienne originaire de Galilée, contrainte à un premier exil en 1948, à Jenine, puis dispersée quand les hommes prennent les armes en 1967 et poursuivent au Liban.La narratrice s’installe aux Etats Unis.
Famille décimée.
Naqba, Septembre noir, Sabra et Chatila, occupation ordinaire, chaque catastrophe prend son lot de victimes.
Le manichéisme primaire est évité par l’irruption dans l’histoire d’Israéliens proches et mêmes parents. Si l’amitié du jeune palestinien et du juif de Jérusalem dans les années 40 est tout à fait crédible, l’enlèvement du bébé donné à une femme rescapée de la Shoah l’est moins. Les retrouvailles improbables.
Les temps, ce sont les moments de la journée, rythmés par les appels à la prière. C’est aussi le passage des saisons, l’arrivée de l’automne et de l’hiver. C’est le temps d’autrefois, le temps de la ruralité dans ce village perdu de la mer Egée.
C’est aussi le temps de l’enfance, le temps de l’école, le temps qui passe…
Les vents sont ceux de la mer Egée, Borée ou Meltem…
J’avais été fascinée par ce film à sa sortie en 2008 et j’ai retrouvé après l’avoir longtemps cherché, le DVD.
Film tragique, rythmé par la musique d’Arvo Paart. Film où la mort rôde. Les enfants allongés, parfois ensevelis dans les feuilles ou des buissons, ne miment-ils pas la mort? Étrange désir de la mort du père de la part de l’adolescent.
Reproduction des brutes.
La grand-mère ne dit-elle pas que les enfants sont mignons quand ils sont petits mais qu’ils deviendront des abrutis en grandissant. Le père qui humilie son fils adulte, confiant l’étrange punition de construire un mur. Celui qui bat le petit berger pour une poignée de pistaches. Le grand frère qui repousse le petit à coup de pierres. Il ne dure pas le temps de l’innocence.
Le temps de l’école, espoir d’une vie meilleure. L’institutrice est aimée de tous. La jeune Yildiz est bonne élève mais sa mère la charge de corvées l’empêchant d’étudier et de lire.
J’ai été enthousiasmée par Mon nom est Rouge que j’ai lu il y a quelques années alors qu’une exposition à L’Institut du Monde Arabe présentait des miniatures. Thème de la peinture, opposition etre la technique de la miniature et la peinture italienne avec portraits et perspective au débbut du 19ème siècle quand Bellini a portraituré le Sultan.
Dans le Château blanc on trouvé également la confrontation entre l’Occident et le monde Ottoman. Mais le thème est différent : il s’agit de sciences. Un jeune italien cultivé, est capturé par des pirates turcs et réduit en esclavage. Peu désireux de devenir forçat, il se présente comme médecin, exerce la médecine et se fait remarquer par un Pacha désireux de faire un feu d’artifice éblouissant. Autre thème de ce livre, une sorte de gémellité, l’Italien est présenté à son double, le Maître qui est pratiquement son sosie, un peu plus âgé. Le pacha cède l’Italien comme esclave au Maître, à charge de lui enseigner les sciences, l’Astronomie mais aussi la physique. Les deux hommes vivront face à face dans le projet d’instruire le Sultan-enfant. Ensemble, ils élaboreront des théories sophistiquées, écriront pour le Sultan des traités ou des contes qui devraient l’édifier et lui donner le goût de l’étude. Le Sultan a une ménagerie et adore les animaux. Les deux compères inventeront un bestiaire fantaisiste pour le plaisir du souverain. Il veut connaître l’avenir : astronomie et astrologie sont voisines !
Une épidémie de Peste se déclare à Istanbul, deux écoles s’affrontent : celle des conservateurs qui voient dans le fléau la main d’Allah qu’il est interdit et inutile de contrarier, celle des scientifiques qui pressentent la contagions et qui préconisent au Sultan des mesures de prophylaxie élémentaires. L’épidémie est vaincue, c’est le triomphe du Maître qui remplace l’Astrologue du Sultan.
Le Sultan part en campagne, en Hongrie, en Pologne. Les deux associés inventent une machine infernale destinée à terroriser l’ennemi, sorte de tank avant l’heure (il faudrait que je revoie les machines inventées par Léonard de Vinci).
Ce qui m’a charmé, c’est la rencontre avec Evleya Celebi dont j’ai lu les relations de voyage récemment. On retrouve les scènes fantastiques mêlées avec la relation quasi scientifique des contrées visitées. Evleya n’a pas vu l’Italie, il demande à l’Italien de la lui raconter. J’aime quand mes lectures dialoguent .
Cependant, le Château blanc n’a pas l’envergure de l’œuvre d’Evleya qui est absolument géniale. Il n’atteint pas non plus la densité de Mon nom est rouge que je lui ai nettement préféré. Toutefois, je vais continuer à explorer l’œuvre de Pamuk qui est tout à fait passionnante
J’ai découvert Ronit Matalondans le livre de Benny Ziffer.
C’est l’histoire d’une famille de juifs égyptiens, près de Petah Tikva : la mère, Lucette (Levana), Sami, serrurier, le fils, Corinne la grande sœur mariée à Memel, la grand-mère, la Nonna Esther, et l’enfant, la narratrice dont on ne donne pas le prénom. Ils habitent une baraque à géométrie variable, dont la mère réorganise la distribution des pièces.
« pas un instant, elle ne cessait d’être la sentinelle de la baraque, de la vie qu’était la baraque »
Avec acharnement, la mère fait vivre la famille, essaie de fleurir le jardin de rosiers, cumule les emplois de femme de ménage, avec une énergie elle mène la famille presque avec violence, cassant de la vaisselle, » avec ses mains d’ouvrier, pas d’ouvrière ». Le père Maurice est absent, il fait des apparitions, puis disparait. C’est un personnage assez énigmatique. Leur parler mélange l’hébreu, l’arabe et le français. Famille atypique peu intégrée dans le moule israélien « bengourionniste ».
« Quelque chose d’énorme, dont la perte terrible, avait été perdu selon elle sur l’itinéraire de l’émigration »
La construction du roman en courts chapitres autour d’un sujet plus général est assez éclatée. Livre puzzle, livre kaléidoscope. Pas de chronologie. On a du mal à se repérer dans le temps comme dans l’espace. Quel âge a l’»Enfant », petite fille ou adolescente. Et le bébé de Corinne, on ne le voit pas grandir ? Peut être finalement le récit se déroule-t-il dans une période de temps réduite ? Un peu avant la Guerre des Six jours, un peu après. Et ce voyage en Egypte, s’est-il déroulé plus tard après le voyage de Sadate ? On n’en parle pas. Les absences de Maurice, le père, ont-elles duré des semaines ou des mois ?
Je suis perdue. J’ai eu du mal à entrer dans l’histoire. Je me suis carrément forcée pendant la moitié du livre. Puis on s’attache aux personnages. Celui de la Nonna aurait dû être plus développé. Celui du père – intellectuel -révolté – révolutionnaire – est intéressant. Il livre une critique
« il apportait les autres idées et disait : »on doit toujours écouter les autres idées, ne pas les accepter, mais écouter » et en disant « on doit » il regardait la mère… »
La critique de l’idéologie « bengourioniste » , du socialisme israélien ashkénaze est originale.
« Cette doctrine que j’appelle le bengourionisme n’est ni du capitalisme bourgeois, ni du socialisme ouvrier, elle n’est ni de droite ni de gauche, ni au centre ni extrémiste, elle est conformiste et fidèle aux idées d’un seul homme. Cet homme a été défini par le Pr Yeshayahou Leibovitz : « David Ben Gourion est la catastrophe qui s’est abattue sur le peuple juif dès le jour de sa fondation » Nous savons que cette doctrine est ouvertement anti-séfarade dans les faits et dans les actes. Et, en tant que telle, néo-raciste, néo-antisémiste dans son esprit et ses objectifs »
La critique de Maurice est aussi très forte en ce qui concerne la politique vis-à-vis des Arabes :
« Ils montrent les soldats égyptiens en déroute qui s’enfuient pied nus sans leurs chaussures ; ils le montrent sans cesse et humilient le vaincu, ils ne pensent pas au lendemain, au jour où il faudra perler avec ceux qu’on a humiliés. Les dirigeants aussi. «
Et là, il se fait rabrouer par Corinne et chasser de la baraque.
J’aurais tant voulu m’enthousiasmer par ce regard différent, être ravie d’avoir découvert une écrivaine israélienne. Je me suis intéressée. J’ai aimé suivre ces personnages mais j’ai peiné dans la lecture.
« Pour moi, en tout cas, la poursuite des origines apparaît comme une reconquête sur la mort et l’oubli »
Amin Maalouf, mène une enquête minutieuse, plus historien que romancier, à la recherche de son grand-père Botros.
« Puisqu’il ne servait plus à grand-chose d’interroger les vivants, j’allais interroger les morts. [….]N’y avait-il pas, dans l’armoire de ma mère, une malle ancienne qui bruissait de leurs voix ? »
Nous le suivons dans cette enquête, dans la Montagne libanaise, jusqu’à Cuba. Ses recherches le font remonter au milieu du 19ème siècle, époque du Rocher de Tanios – livre que j’ai beaucoup aimé. Elles rappellent un passé très ancien du temps des Omayyades où les princes brigands de la Montagne avaient imposé un tribut au calife de Damas.
Dans sa famille, on a beaucoup écrit et conservé les écrits. D’ailleurs Maalouf écrit ::
« Hommage à la tradition orale, entend-on souvenir ! Pour ma part, je laisse ces pieux ébahissements aux coloniaux repentis. Moi je ne vénère que l’écrit. »
Parole d’écrivain, mais aussi, en droite ligne de ces personnages qu’il évoque : maîtres d’école, journalistes, pourfendant l’ignorance et voulant étendre l’esprit des Lumières sur le Moyen Orient encore englué dans les traditions et les querelles religieuses. Ecole catholique ou protestante ? Botros est fier de son œuvre : l‘Ecole Universelle où l’on accueille toutes les confessions et où on enseigne aussi bien l’Arabe que le Turc, l’Anglais que le Français.
« Des milliers de lettrés jeunes ou moins jeunes « complotaient » de la sorte dans ce même espoir de « dissiper les ténèbres »
Au détour du 20ème siècle s’ouvrent des perspectives, des rêves, des possibles « bâtir chez nous au Levant, nos propres Etats-Unis, une fédération des différentes provinces ottomanes »
C’est une grande leçon d’histoire : la fin de l’empire Ottoman, la révolution des Jeunes-Turcs de Salonique où prévalait aussi cet esprit des Lumières, jusqu’aux péripéties du Mandat français.
Origines complexes qui ne se limitent pas au village de la Montagne. On voyageait beaucoup. On s’exilait pour chercher fortune, en Egypte et aux Amérique. L’enquête se déroule aussi à La Havane où l’auteur cherche les maisons « familiales » de Gebrayel, le frère de Botros.
« Nous les âmes nomades, avons le culte des vestiges. Nous ne bâtissons rien de durable, mais nous laissons des traces ».
Benny Ziffer est un journaliste israélien. Il se revendique aussi comme « levantin » – d’un Levant qui s’étendait d’Athènes au Caire, Istanbul pour métropole, le Français pour lingua franca, la littérature, le cinéma et la peinture pour valeurs.
Ses carnets de voyage nous emmènent successivement au Caire, à Amman et ses environs, à Jérusalem, sur les pas de Mark Twain en Galilée, à Istanbul, à Athènes et même à Paris.
Peu d’attractions touristiques, les touristes sont plutôt considérés avec commisération. Au lieu de visiter les sites et les musées, Ziffer flâne dans les marchés avec une prédilection particulière pour les bouquinistes qui vendent à même le trottoir les livres en français à l’Ezbeqieh ou les suspendent avec des pinces à linge près de Beyazit. Il traîne dans les cafés et les lieux nocturnes du Caire en compagnie de son acolyte Niemand – personne – un Ulysse poète juif qui reviendrait à Ithaque/le Caire- improbable personnage, double imaginaire de l’auteur. Il passe une soirée avec Mahfouz. Nous emmène au cinéma….
A Alexandrie il rencontre le sosie de Cavafy, mais il faut se méfier des histoires qu’on colporte sur Alexandrie. J’en ai fait l’expérience personnelle!
C’est sur la piste d’une phrase de Flaubert qu’il traverse la Jordanie et nous en apprendrons plus sur le verre peint d’Hébron vendu par un arménien que sur le musée d’Amman.
J’ai été étonnée de la porosité des frontières. Ziffer ne se cache nullement d’être israélien. Au contraire, sa carte de presse lui ouvre certaines portes fermées.
Chaque fois, il souligne les parentés, les ressemblances entre les Levantins. Quant aux religions, elles offrent de surprenantes découvertes, Ziffer va à la synagogue au Caire et dans un monastère à Jérusalem. C’est en Israël, qu’il assiste à une cérémonie mystique soufie de derviches tourneurs.
Son récit à Istanbul est plus personnel, il touche de près ses origines familiales, la maison de ses parents, leurs amis. Plus politique aussi, le rapport au sionisme, politique turque aussi.
Et si le Moyen Orient oubliait ses différences pour ne vivre que ce qui rassemble?
Pour le plaisir de l’hébreu, je n’aurais pas raté ce film qui a de bonnes critiques.
J’en sors perplexe.
Est-ce un bon film?
Un bon film raconte une histoire. Certes, l’histoire est originale, le rythme de la narration accroche et je ne m’y suis pas ennuyée malgré la durée(c’est la mode en ce moment les films de 2h!). Un bon film offre de belles images, des points de vue inattendus, presque : la pluie « à hauteur de chat », les arbres du quartier de la balançoire, rien d’exceptionnel. Un bon film défend une idée, ici, c’est la poésie. De la poésie dans un monde de soldats, c’est une bonne idée, encore faut-il de la bonne poésie…
Et là, je suis moins convaincue. Craquant avec son zozotement enfantin. Mozart de la poésie comme le présente Nira,? Sûrement pas. Comment a-t-il eu l’idée de la corrida, et ses transports amoureux? J’aurais aimé y croire, le lion orange, pourquoi pas? Mais le reste….
Ambigu, malsain, le rapport de l’institutrice à l’enfant. Que cherche-t-elle? A faire s’épanouir le don? En le malmenant pendant la sieste, alors qu’il ne songe qu’à dormir, en l’effrayant avec une fourmi. Cherche-t-elle à s’approprier ses poèmes en les lisant à son club de poésie comme si elle en était l’auteur? Manipulatrice. Jalouse, quand elle évince la belle nurse qui utilise, elle aussi les créations de Yoav.
Ce n’est pourtant pas une femme en mal d’enfant, elle est mère d’un brillant officier et d’une lycéenne sympathique. Ses rapports avec les hommes sont aussi empreints de séduction. Dans la première scène, on voit le pied de son mari, regardant une émission vulgaire, on l’imaginerait méprisé, non pas, leurs rapports sont tendres et érotiques. Que cherche-t-elle avec l’oncle de Yoav, le journaliste poète, avec le père, restaurateur pour VIP, le professeur de poésie., dans la boîte de nuit?
Cliquez sur la bande-annonce pour entendre la musique de Schubert!
Quelle est belle la Cappadoce en hiver filmée par Nuri Bilge Ceylan! Larges horizons d‘Il était une fois en Anatolie et clair obscurs parfaits.
Dans un hôtel rupestre déserté par les touristes en hiver, le propriétaire M. Aydin, Nihal, sa femme et sa sœur se jouent une pièce tchékovienne : intimité, amours, désamours, amertume, désillusion rendent les soirées tendues.
Les paysans n’ont pas les mêmes soucis que les bobos de l’hôtel. Leur situation précaire les empêche de payer le loyer. Les meubles ont été saisis. La violence se déchaîne. L’imam essaie d’amadouer M. Aydin et ne parvient qu’à l’irriter plus. Deux mondes s’affrontent.
Les notables du village, instituteur ou fermier aisé, se réunissent entre hommes, pour boire ou chasser. Ici aussi rancœurs et non-dit ressortent quand l’alcool a délié les langues.
Dans le village assoupi dans la neige, plusieurs histoires couvent. Intériorité de la mise en scène.
Un très beau film. 3h15, pas toujours de « bonheur » comme je l’ai lu, plutôt de tension parfois à la limite du supportable. Les belles vues de l’extérieur, comme un bol d’air pour sortir de l’atmosphère étouffante.
le titre Ana Arabia, « je suis arabe » me laissait imaginer autre chose. Ana Arabia est tirée d’une histoire vraie, une rescapée d’Auschwitz se convertit à l’Islam pour se marier avec un arabe. Après son décès, Yaël, jeune journaliste, veut raconter son histoire. Nous suivons ses pas dans un labyrinthe de cours, ruelles et jardins, le domaine de la famille de Youssouf, le mari et de ses amis.
Film tout en douceur, l’hôte est sacré, tous font bon accueil à la jeune femme, hésitante d’abord. On lui présente Miriam, la fille, Sara, la belle-fille, un fils pêcheur reconverti dans la vente des légumes, les voisins, les animaux, le cheval, les poules….
Chacun est attaché à ce lieu bien délabré qu’il considère comme un paradis. leur paradis, depuis combien de temps? peut être 300 ans. Ici, ont vécu ensemble juifs et arabes. En 1948, une famille arabe a laissé à une femme juive un bébé qu’elle a élevé….Ici, on se préoccupe de la mer polluée, des plantes. Miriam préfère laisser les mauvaises herbes, ses grenades et citronniers poussent mieux avec
Chacun a une histoire émouvante, simple.
Les femmes parlent entre elles d’amour, de cet amour extraordinaire d’Hanna/Siam qui a duré malgré tout. De l’amour triste de Sara …qui plie le linge, trie les lentilles…
Ce gros volume de près de 800 pages est une trilogie : Le Cercle, Ariane, La chauve-souris, trois romans écrits en 1960, 1962 et 1965. Gros pavé riche en personnages et en intrigues, personnages historiques ou personnages fictifs, que l’on retrouve dans les trois épisodes. Une liste des protagonistes est donnée en annexe, p 763 et il convient de s’y référer souvent pour éviter de se perdre, entre les noms, les prénoms, les surnoms et les pseudos pris pour la clandestinité…
Un café à Alexandrie
Stratis Tsirkas donne une version hellénique du Moyen Orient. L’essentiel de l’action se déroule dans la communauté grecque, celle de la Diaspora grecque en Egypte et en Palestine mais aussi au sein de l’armée grecque qui a combattu Rommel et les fascistes aux côtés des britanniques ainsi que les électrons libres qui ont quitté la Grèce alors occupée par les Allemands pour prendre part à la lutte. Evidemment les Services de Sa Majesté sont très présents.
Cimetière britannique El Alamein
J’ai emprunté ce livre (désiré depuis de nombreuses années) à la suite de la lecture de L’Automobile Club d’Egypte d’Alaa El Aswanny et du Colonel et de l’enfant-roide Sinoué,une autre oeuvre comparable serait le Quatuor d’Alexandrie deDurrell qui se déroule dans le même décor mais qui est un peu antérieur. El Aswannya un regard égyptien, tandis quele point de vue de Durrell est britannique.
« Jérusalem, cité à la dérive, Jérusalem cité des réfugiés » Juillet 1942
Deux vers du poète Seféris donnent le titre de cet ouvrage.
Jérusalem, printemps 1941, Tobrouk a été prise par Rommel qui menace le Caire où les autorités brûlent les archives, Juifs et britanniques s’enfuient. La pension tenue par Frau Feldmann réunit cette population cosmopolite : un couple autrichien, une princesse roumaine, un couple de Juifs yéménites, une famille de Juifs polonais, une Tchèque, un commandant de la R.A.F, un Grec cohabitent dans cette maison à la salle de bain unique et sans téléphone.
Que fuit Caloyannis? Il a caché son uniforme et ne sort que la nuit. Déserteur? Espion? Qui sont ces « têtes coupées » ?
Jérusalem est un nid d’espions. Le ministre autrichien qui rêve de la monarchie des Habsbourg, doit rencontrer Von Papen à Ankara est surveillé par l’Intelligence service ainsi que par les Américains, envoyé par les Anglais ou agent double? Tous ces diplomates et militaires sont cultivés, ils citent Hoelderlin, Eliot, Cavafy ou Flaubert. Confidences sur l’oreiller, jeux de séductions ou même simples paris mondains, on boit, on couche beaucoup. Les couples se font et se défont.
Les « têtes coupées » sont les communistes grecs, à leur tête, Le Minus, dogmatique stalinien. Entrés en clandestinité, ils souhaitent noyauter l’armée grecque dont les officiers ont une position ambiguë, des sympathies fascistes ou une allégeance aux Anglais. Le rôle de Manos Caloyannis est de rédiger une gazette Le Combattant imprimant une ligne politique claire. l’urgence est de combattre Rommel.
Décembre 1942; Rommel a été repoussé à El-Alamein. Manos Simonidis, en uniforme, rejoint la brigade grecque dans le désert lybique. Blessé lors d’un bombardement aérien, il est hébergé dans une famille grecque du Caire chez Ariane dans le quartier du « Labyrinthe » où il renoue avec ses activités journalistiques. Le Minus n’est pas le seul dirigeant, d’autres permanents, Fanis, Foteros, Garélas forment un noyau très actif. Curieusement, ils restent presque uniquement dans la communauté grecque et ont peu/pas de relations avec les communistes égyptiens. Cloisonnement du mouvement internationaliste? Un chef du PCF venu de Moscou via Téhéran refuse d’entrer en relation avec les militants locaux et ne se réfère qu’au Minus. Clandestinité, autocritiques, discipline. C’est un véritable document quant au fonctionnement révolutionnaire à cette époque. L’objectif est bien sûr la lutte antifasciste aux côtés des anglais mais aussi le maintien d’une armée grecque révolutionnaire prête à conquérir le pouvoir en Grèce après la libération du pays. Il convient donc de soutenir le moral des troupes tandis que les Anglais préféreraient leur laisser un rôle secondaire et mettre au pouvoir le roi et un gouvernement libéral à sa solde.
Le but des Anglais n’est-il pas de dissoudre l’armée de libération?Une étrange Anabase entraîne une brigade grecque dans une Marche pour l’Euphrate à travers le désert syrien, Alep, Racca..
Alexandrie, automne 1944, Simonidis doit relancer la gazette des marins. la flotte grecque est basée devant le port. L’action clandestine s’organise encore au sien de la communauté grecque. On a l’occasion de rencontrer des personnalités pittoresques, famille originaire de Chios réfugiés après le séisme de 1882. Alexandrie, grecque depuis l’Antiquité, avec ses Bains Cléopâtre, ce poète farfelu qui s’appelle lui-même Alexandre le jeune, où le marchand de légume arabe crie sa marchandise en grec!
Les antagonismes se précisent avec la fin de la guerre. Une ligne politique claire est nécessaire. Les communistes doivent-ils soutenir un gouvernement d’union nationale . la confrontation entre l’armée, la flotte grecque et les forces britanniques devient inévitable. Doit-on encourager les protestations contre les humiliations anglaises ou préserver à tout pris les armées pour la prise de pouvoir en Grèce. la guerre civile s’annonce déjà. La flotte subit l’attaque anglaise.
L’action clandestine devient de plus en plus risquée. les rivalités s’exacerbent : face à face intéressant entre le permanent et l’intellectuel. Des agents anglais réactivent les provocations jusqu’au meurtre. Dans ce contexte difficile Simonidis retrouve une lady écossaise Nancy qui prendra part à l’action….
J’ai été happée dans le tourbillon de ce roman foisonnant, excitant. Difficile pour moi cependant de faire la part du réel, de l’histoire et du romanesque. Et une terrible envie de relire le Quatuor D’Alexandrie de Durrell!