Destins croisés – Israéliens Palestiniens, l’histoire en partage – Michel Warschawski

ISRAEL/PALESTINE

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A travers les sagas familiales de deux familles, l’une palestinienne, l’autre juive polonaise, l’auteur raconte le 20ème siècle.

Roman historique? L‘auteur s’en défend. Ce n’est pas un  roman c’est un livre d’Histoire ou plutôt un livre d’histoires destiné aux élèves et aux enseignants presque un manuel scolaire comme le préface Avraham Burg – Ancien Président de la Knesset. Je ne suis pas sûre que le meilleur moyen d’enseigner l’Histoire soit de raconter des anecdotes. Travailler sur de réels documents est tout aussi vivant. J’ai souvent besoin, d’un bibliographie et d’un corpus de notes pour me sentir en confiance.

Même si j’ai des réserves sur le « roman » dont les personnages trop nombreux et peu étoffés, que j’ai eu du mal à identifier au cours de la lecture, ou pour le style parfois un peu négligé, j’ai été passionnée par la somme d’informations bien amenées.

Les pionniers de Degania et du mouvement ouvrier ont toujours été glorifiés (et chantés) de la tour d’Ezra aux chansons de l‘Hashomer, je n’aurais jamais imaginé les actions de destruction des produits maraîchers arabes sur les marchés. L’auteur qualifie d’apartheid la politique de la Histadrout vis à vis de l’embauche prioritaire juive. De même, j’ignorais tout des mouvements politiques palestiniens pendant le Mandat britannique. Cet éclairage est nouveau pour moi.

Trois pages après la liste des victimes de la Shoah dans la famille Friedman Waraschawski raconte la Catastrophe , la Nakba qui a dispersé la famille palestinienne, terrorisme juif du groupe Stern, opérations militaires et finalement exode…

J’avais oublié Karameh et Septembre noir.

Beaufort et la guerre au Liban sont racontés du point de vue des deux protagonistes.

L’espoir des accords d’Oslo, bouffée d’enthousiasme.

Et pour terminer Rachel, écrasée par un bulldozer pour avoir tenté de protéger des oliviers.

 

Jérusalem 1900 – Vincent Lemire

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Il est banal d’affirmer que la question de Jérusalem est un des obstacles majeurs aux négociations de paix,  que nul n’est prêt à renoncer à la ville sainte pour capitale, et que le partage de la ville, retour à la situation d’avant 1967 serait impossible .

Pourtant, l’auteur l’affirme, Jérusalem n’a pas toujours été le champ de bataille où s’affrontent Juifs et Palestiniens. Une autre histoire, oubliée, s’est déroulée à l’orée du XXème siècle:« Jérusalem 1900 – la ville sainte à l’âge des possibles ». Au tournant du siècle, une municipalité réunissait musulmans, chrétiens et juifs  sous l’empire ottoman la cité, pour gérer les adductions d’eau, la voirie, la santé publique, pour moderniser l’urbanisme d’une ville en expansion qui voyait sa population quitter les murailles de Soliman et s’étendre dans les quartiers de la ville nouvelle. La population, toutes confessions confondues, se massait à l’inauguration de la gare, ou d’une fontaine publique, ou de la Tour de l’Horloge. Il y eut même une révolution en 1908 avec le rétablissement de la constitution ottomane, « on s’appelle frère, on s’embrasse, on jure fidélité à la devise jeune-turque « Liberté, égalité, justice, fraternité ».

jérusalemJérusalem n’était donc nullement « une province reculée sans loi ni administration. La vie s’y déroulait, dans le carcan de la tradition et au rythme du chameau » comme l’a écrit Tom Segev,  distingué historien israélien.

Pourquoi cette histoire a-t-elle été occultée? C’est le propos de l’ouvrage de Vincent Lemire qui administre une magistrale leçon d’histoire.

Il commence par commenter les cartes de Jérusalem communément présentées avec une ville divisée en quatre quartiers correspondant chacun à une communauté: Musulmans, Chrétiens, Arméniens et Juifs. Dans le premier chapitre « Le dessous des cartes » il démontre que ces cartes ne correspondent aucunement au peuplement réel de la ville. Elles seraient plutôt des « cartes touristiques » destinées au pèlerins cherchant les lieux saints dans la vieille ville. Les autochtones utilisaient une toponymie tout à fait différente de celle que présente ces cartes aux 4 quartiers. L’analyse des recensements montre au contraire une grande mixité dans chacun de ces quartiers. Il compare cette utilisation des cartes à celle des plans que les offices de tourisme distribuent aux touristes Chinois ou Japonais à Paris. Le manque de sérieux correspond-il à un présupposé idéologique privilégiant la séparation des communautés?

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Le 2ème chapitre montre comment s’est construite la ville-musée  à destination des pèlerins au cours du19ème siècle. Étrange invention d’une tombe du jardin – Saint Sépulcre-bis par les Protestants, privés de garde dans le vrai. Archéologie approximative : dans les fouilles du prétoire ou de la via Dolorosa, des monnaies du 2ème siècle après JC trouvées sous les dalles ne troublant pas la foi des croyants.

Ce chapitre reprend les écrits des écrivains-voyageurs. Il s’ouvre sur une citation de Pierre Loti qui « tourne le dos à la ville moderne » qu’il a découverte du chemin de fer. le réflexe folklorisant chez les pèlerins, les touristes et les écrivains n’a rien d’étonnant. Ils viennent chercher les Lieux saints qu’ils connaissent ou croient connaître. Déjà Chateaubriand en 1811 a ce regard empreint de préjugés, vision morbide quand il décrit ce boucher arabe :«  à l’air hagard et féroce de cet homme, à ses bras ensanglantés, vous croiriez qu’il vient plutôt de tuer son semblable que d’immoler un agneau », cette scène renvoie à l’idée d’une cité-déicide.

Reconstruire l’histoire de Jérusalem à la lecture des écrivains romantiques est certes plus facile que de consulter les archives écrites en ottoman – graphie et même langue qui a disparu depuis Kémal Atatürk. La perception de l’histoire de Jérusalem doit beaucoup à ces préjugés. L’historien qui s’attache aux sources fiables fait des découvertes très différentes. Même quand il s’agit des lieux saints d’hybridation entre les différentes confessions est courante. L’enchevêtrement entre les traditions religieuses culmine quand il s’agit de la Tombe de David au sommet du Mont Sion, où les Franciscains sont expulsés en 1624 ; leur église est remplacée pour une mosquée entretenant le souvenir de Nebi Daoud, le « prophète juif ». Étrange homophonie entre le nom du Roi Salomon et de Suleyman l’ottoman qui conquit la ville!

Il est aussi important de situer l’histoire de la ville dans le contexte de l’empire ottoman, qui n’était peut être pas aussi décadent qu’on a bien voulu l’affirmer « l’homme malade » . La Palestine était loin d’être « une terre sans peuple » et sans administration. « Orientalisme occidental, sionisme et nationalisme arabe se sont paradoxalement donné la main pour enterrer l’histoire de la Palestine et de la Jérusalem ottomane sous une « légende noire » qu’il est aujourd’hui urgent de revisiter.

L’auteur livre une galerie de portraits d’administrateurs compétents, polyglottes, modernes qui contraste avec les préjugés. Il détaille l’action municipale. Quoi de plus symbolique que cette horloge de 25m construite hors les murs en face de la Mairie neuve qui devait donner l’heure universelle alors qu’autrefois le muezzin, les cloches ou le chofar réglaient les prières des fidèles des confessions diverses!

Un livre passionnant, peut être un pas vers une histoire partagée, et une autre vision politique?

 

Une tombe à Gaza – The Saladin Murders – Matt Rees

SUR MA LISEUSE EN VO

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Les polars font voyager la lectrice dans des contrées inaccessibles au tourisme ou dans la face sombre de pays dont il ne montre que l’aspect présentable.

Repéré sur Babelio, j’ai cliqué sur le bouton d’Amazon qui me l’a envoyé illico sur mon Kindle. J’ai commencé à pester que le téléchargement ne s’était pas fait en ne trouvant pas le titre dans ma bibliothèque. J’ai vite compris que The Saladin Murders était le titre anglais. Conseil pratique aux blogueurs (euses), vérifier soigneusement avant de cliquer la langue, ce n’est pas la première mésaventure de ce genre, j’ai déjà téléchargé de l’Espagnol sans m’en rendre compte.

Cette expérience a été tout à fait positive. Je refuse de visionner un film en VF. Pour les livres, je privilégie les éditions bilingues (quand elles existent) mais la lecture de polars ou thrillers en Anglais s’avère parfois plus ardue que prévu. J’ai traîné mon Harraps sur les genoux pour venir à bout du Tailleur de Panama, n’ayant pas prévu l’extension du champ lexical de Le Carré. Quand un mot me manque de temps en temps, je le devine, mais quand il y en a trop, il faut la traduction. Magie de la liseuse : d’un doigt, je sélectionne le vocable inconnu, et voilà que s’ouvre une fenêtre me proposant deux dictionnaires, l’un anglais, l’autre américain, avec explication  étymologie, tout le tintouin, de quoi enrichir mon vocabulaire! Plus de dictionnaire pesant (le Harraps, même en version allégée, pèse une tonne), plus d’impasses! en revanche l’option Traducteur est à fuir, contresens assurés!

GazaD’emblée, dès le premier chapitre, le passage du poste frontière d’Israël à Gaza,  est glauque, putride, puant l’urine, sinistre à souhait. Ambiance! Et cela ne s’arrangera pas, un khamsin rendra l’air irrespirable, étouffant, le vent de sable durera tout le temps du séjour de Omar Yussef, proviseur du lycée de Bethléem, chargé par l’UNWRA de visiter en compagnie de Magnus Wallender – fonctionnaire suédois  – de visiter les établissements scolaires sous le contrôle des Nations Unies. Un des enseignants est incarcéré après avoir soulevé auprès de ses étudiants un problème  de corruption. De cette arrestation arbitraire découleront des conséquences inattendues toutes sanglantes, meurtrières. De l’enquête en milieu scolaire, on débouche sur une guerre de factions d’une violence extrême.

Scènes de violence, fusillades, meurtres, tortures, autopsies…. rien ne sera caché . Âmes sensibles, fermez la liseuse! La corruption et la violence sévissent à tous les niveaux. J’ai même eu des doutes sur les intentions de l’auteur qui fait passer si peu d’empathie pour ses personnages. Est-ce vraiment aussi terrible dans la réalité? Ou plutôt était-ce, parce que le roman se déroule dans une guerre des factions de l’OLP avant que le Hamas n’ait remporté le pouvoir. Plus de débauche de whisky que de bigoterie.

Et pourtant je me suis prise à cette lecture, pour connaître de dénouement d’une intrigue bien ficelée et par sympathie pour ce professeur d’histoire palestinien qui cherche à libérer ses collègues, à découvrir le pot au roses. Peu d’occasions de découvrir la couleur locale, le paysage ou la cuisine gazaouie. Omar Yussef est entraîné dans des actions sanglantes sans avoir le temps de souffler. Quand il se réveille d’un cauchemar c’est pour entendre une fusillade réelle alors qu’il croyait rêver.

Et je me prépare à lire les autres livres de la série dans d’autres aventures palestiniennes puisque Omar Yussef est un héros récurrent.

 

Leon l’Africain – Amin Maalouf

Grenade : Alhambrah
Grenade : Alhambrah

Lu autrefois, je l’ai emporté sur ma liseuse en voyage à Marrakech.

Quel merveilleux compagnon!

….« nul ne sait que je m’appelle aujourd’hui Léon ou Jean-Léon l’Africain, là-bas, j’étais Hassan, fils de Mohamed-al-Wazzan et dans les actes officiels, on ajoutait « al-Zayyati » du nom de ma tribu d’origine, « al-Gharnati », le Grenadin… »

J’ai rêvé de Grenade, et assisté à sa chute de Boabdil

« Aussi quand il me contait la chute de Grenade, son récit débutait-il dans les salles tapissées de l’Alhambra »  .

souk de Marrakech
souk de Marrakech

J’ai marché dans la médina de Fès, par l’imagination, alors que je me trouvais au cœur des souks de Marrakech, je suis entrée dans les fondouks et dans les hammams. roman d’aventure, j’ai tremblé pour sa sœur Mariam emmenée de force chez les lépreux.

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« j’avais besoin de partir à l’instant, de m’accrocher bien haut à la bosse d’un chameau, de m’engloutir dans l’immensité désertique où les hommes, les bêtes, l’eau, le sable et l’or ont tous la même couleur, la même valeur, la même irremplaçable futilité…« 

Je suis partie avec lui en caravane à Tombouctou (en vrai je me suis arrêté en route à « 52 jours de Tombouctou« ) j’ai imaginé la tempête de sable

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« Nous accumulons ainsi, au fil des caravanes, richesse et savoir, à l’abri de ces montagnes inaccessibles que nous partageons avec les aigles, les corneilles et les lions, nos compagnons de dignité »

Richesses et palais, intrigues et luttes de pouvoir. Hassan le Fassi perd ses richesses et suit des caravanes le long du Niger, De Tombouctou vers le Caire.

le Caire
le Caire

Je me suis promenée dans le vieux Caire et au Khan el-khalili, lu les luttes entre le Grand Turc et les Mamelouks…..peste et massacres….rencontré Sélim à Constantinople et Barberousse, le pirate.

Des pirates siciliens l’ont capturé en chemin vers Tunis:

« Ainsi j’étais esclave, mon fils, et mon sang avait honte. Moi dont les ancêtres avaient foulé en conquérants le sol de l’Europe, je serai vendu à quelques prince de Palerme, de Naples, de Raguse…. »

C’est en cadeau au pape Léon, qu’il est arrivé à Rome, au château saint Ange. Il se converti pour l’amitié des Médicis et devient ambassadeur du Pape auprès de François 1er et de Soliman pour bâtir un pont entre Rome et Constantinople

« d’un côté Soliman, sultan et calife de l’islam, jeune ambitieux au pouvoir illimité  mais soucieux de faire oublier les crimes de son père et d’apparaître comme un homme de bien. De l’autre, Charles, roi d’Espagne, encore plus jeune et non moins ambitieux qui s’est fait élire à prix d’or au trône du saint Empire. Face à ces deux hommes, les plus puissants du monde, il y a l’état pontifical, croix géante et sabre nain… »

« …tu n’aimes pas les princes et encore moins les sultans. Quand l’un d’eux remporte une victoire, tu te retrouve d’emblée dans le camps de ses ennemis, et quand quelque sot les vénère, c’est déjà une raison pour les abhorrer » lui dit son ami d’enfance Haroun, envoyé de Soliman
J’ai aimé l’humanisme du personnage qui a beaucoup voyagé,

« Et la vérité en tout cela? – c’est une question que je me pose plus : entre la vérité et la vie, j’ai déjà fait mon choix… »

« Lorsque l’esprit des hommes te paraîtra étroit, dis-toi que la terre de Dieu est vaste, et vastes Ses mains et Son cœur.N’hésite jamais à t’éloigner, au delà de toutes les mers, au de-là de toutes les frontières de toutes les patries, de toutes les croyances….

Je suis souvent déçue par les romans historiques, mais pas par celui-ci qui est très riche!

Le dernier Berlinois – Yoram Kaniuk

LITTÉRATURE ISRAÉLIENNE

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Incipit :

« Mon premier voyage en Allemagne n’a pas été un voyage à proprement parler, mais plutôt une traversée de l’Allemagne. En  hiver 1984, après une semaine passée à Copenhague, à la veille de mon retour en Israël, je fis un rêve […]une violente envie de partir à la rencontre des fameux livres de mon père m’assaillait  ou, pour reprendre les arguments publicitaires pour les produits allégés : manger sans grossir. Aller en Allemagne sans y être »

Le Dernier Berlinois, commence comme un journal de voyages d’un Israélien à travers l’Allemagne sur les traces de son père et de la culture allemande.

Le premier voyage n’en est pas un, c’est une traversée de nuit en train, de Copenhague en Hollande dans un compartiment bloqué…traversée tellement symbolique.

Pour le second, en 1986 il est l’invité officiel du cabinet du président allemand. D’autres suivront, conférences ou rencontres d’écrivains. …
Point de tourisme!
Yoram Kaniuk connaît sans doute mieux l’Allemagne que les personnages qu’il croise. Son père lui a lu Goethe, Heine ou Thomas Mann, Son Allemagne est littéraire et juive.
Au début, il va à la rencontre des Allemands avec beaucoup de préjugés et de provocation. Il croit rencontrer des anciens nazis qui n’en sont pas et raconte ses erreurs avec humour.
Par la suite la relation de voyage fait place à une galerie de personnages, certains sympathiques d’autres pas. Je pense à » La Fin de L’Homme Rouge »  pour  les récits de parcours individuels d’Allemands ou de Juifs allemands et même d’Israéliens vivant en Allemagne.
Il est venu régler ses comptes avec l’Allemagne, avec les Allemands indissociables des Juifs. Il veut rendre compte de l’absence.
Solder les comptes de la Shoah est impensable. Réfléchir aux procès de Nuremberg et d’Eichmann est envisageable.
Rencontre avec des écrivains, ses pairs, avec Heirich Böll et Gunther Grass et d’autres. Avec eux il va pouvoir discuter, du moins le croit-il parce que la guerre d’Irak place une partie des intellectuels allemands en opposition à Israël. La réflexion des rapports entre les Allemands et Israel rend Le Dernier Berlinois plus actuel.

La maison du Bosphore – Pinar Selek

LIRE POUR ISTANBUL

pinar selek la maison du Bosphore

J’ai beaucoup aimé suivre les personnages de La maison du Bosphore pendant vingt ans de 1980 à 2001. Les deux couples d’amoureux, Elif, l’étudiante, la révolutionnaire et Hasan le musicien, Sema qui cherche sa voie et et Salih, l’apprenti menuisier. Mais le » personnage » principal est le quartier de Yedikule, quartier d’Istanbul chargé d’histoire qui se transforme au cours de l’histoire et sait garder une véritable solidarité de quartier. Tous les personnages secondaires qui gravitent autour des 4 héros principaux sont aussi intéressants, sympathiques, et je ne saurais les qualifier de secondaires, tant l’auteur s’est attachée à leur donner une existence tangible, on connaît leur origine, leur histoire, leur métier et ils sont tous inscrits dans la vie du quartier.
C’est un livre militant qui commence avec la dénonciation du coup d’état de 1980 et qui décrit des personnages épris de liberté et de justice sociale, tentation du terrorisme ou exil?
Livre féministe où les femmes prennent toutes l’initiative de leur destin, rarement passives, toujours affirmées, il fait voler en éclat nos préjugés.
Cosmopolite Istanbul où les minorités kurdes, arméniennes et grecques sont bien visibles. La résistance kurde est active. La culture arménienne est aussi très présente. Les pogroms contre les Grecs en 1955 et pendant la crise de Chypre sont évoqués.
Utopiste peut être dans ces lieux de partages où les gens du quartier d’origine diverses se réunissent et s’entraident? Rêve ou réalité?

Un regret: j’aurais aimé un plan d’Istanbul pour me repérer dans les quartiers cités dans le roman, de même que des notes explicatives sur l’histoire contemporaine de la Turquie que j’ignore. J’aurais aimé également en savoir plus sur le coup d’état de 1980.

Pinar Selek
Pinar Selek

L’auteure , Pinar Selek sociologue,  exilée en France depuis 2011, a aussi écrit une étude féministe sur le service militaire turc : Devenir Homme en rampant

qui fait l’objet d’un article très intéressant dans le blog Entre les Lignes

Caravansérail – Charif Majdalani

 

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Incipit :

« C’est une histoire pleine de chevauchées sous de grande bannières jetées dans le vent, d’errances et de sanglantes anabases…. »

caravansérailAinsi commencent les aventures de Samuel Ayyad qui se mit au service des Britanniques à Khartoum en 1909 et partit guerroyer contre Bellal, un rebelle successeur du Mahdi, au Kordofan, Darfour et plus loin encore dans l’Afrique de l’Est. Samuel Ayyad doit gagner l’alliance des sultans grâce aux fusils offerts par l’empire Britannique et à des sacs d’or…Batailles de cavaliers avec étendards, bannières, sabres et turbans.

Un autre libanais est parti pour une aventure différente :

« parmi les nombreuses histoires sur ces hommes qui se sentirent à ‘étroit entre la mer et la montagne et quittèrent le Liban au début du XXème siècle, celle de Chafic Chebab est sans doute une des plus singulières »

Chafic Chebab est un commerçant, un antiquaire qui vend de belles pièces de menuiserie en Alexandrie. A Tripoli il découvre un petit palais qu’il achète en entier fait démonter et s’imagine pouvoir vendre à un des sultans des cheikhs au sud du Sahara, Tchad ou Soudan. Il affrète donc une caravane pour transporter pierre à pierres le palais

« En découvrant les pierres de taille, le bassin décoré et les plafonds sculptés portés par les équidés aux allures de pimbêche, il part d’un fabuleux éclat de rire en déclarant qu’il vient de comprendre l’étymologie du mot « caravansérail »…. »

Car on rit aussi beaucoup en suivant cette épopée de mille et une nuits et même beaucoup plus qui suivra la traversée caravanière, du palais dans les savanes soudanaises, sur des barges sur le Nil jusqu’au Caire, abordé en 1914, alors que la guerre vient d’éclater.

Lawrence d'Arabie (K)Le seul moyen de retourner au Liban est de faire un prodigieux détour par l’Arabie où les tribus alliées de Fayçal se sont alliées aux britanniques contre l’empire ottoman. rencontre avec T E Lawrence…nouvelles alliances avec les Bédouins mais aussi avec des notables de Médine faits prisonniers.Chevaleresque, Samuel Ayyab rachète leur liberté et les raccompagne
« durant ces interminables journées, il arrive à Samuel de songer qu’il s’apprêtait  lieu à rentrer chez lui et que, au lieu de ça, il se trouve en train d’aider les autres à le faire, sorte de Moïse involontaire ramenant ses Hébreux vers leur ville promise…. »

Roman d’aventures, récit de voyage, de caravanes exotiques, de batailles et de marchandages, récit historique aussi, aventures cocasses, rebondissements…Samuel et son palais arriveront-ils à destination?

Le dernier seigneur de Marsad – Charif Madjali

LIRE POUR LE LIBAN

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La guerre en Syrie, la situation politique volatile – depuis longtemps – n’incitent pas au voyage touristique.

Reste la lecture!

Dernièrement j’ai été comblée:  Anima de Wajdi Mouawad et les Désorientés de Maalouf parus l’an passé, mais aussi le Voyage en Orient de Nerval et celui de Lamartine m’ont transportée sur cette rive de la Méditerranée.

Le Dernier seigneur de Marsad raconte la chronique familiale des Khattar, clan grec-orthodoxe originaire de Marsad, faubourg de Beyrouth, des années 1870 aux années 1980. Ascension  sociale de  cette famille de menuisiers qui sut profiter de la Première Guerre mondiale pour spéculer, des alliances avec des notables chrétiens, de l’acquisition de terres et d’un domaine dans la montagne. Chakib, le dernier seigneur, règne sur son quartier, son usine de marbre, le village de Kfar Issa avec une autorité quasi-féodale. Il distribue ses largesses à ses vassaux campagnards, est entouré d’une véritable cours en ville, fait et défait des élections et veille à maintenir son influence jusque dans les soubresauts de la guerre civile, quand Marsad se vide des chrétiens qui rejoignent Beyrouth-Est et que les musulmans réfugiés investissent les demeures restées vides.

C’est en seigneur que Chakib règne. Son souci est la transmission de son patrimoine, son usine, son domaine, son prestige. Son fils aîné, dépensier, volage et superficiel n’est pas capable de lui succéder. Il a bien des gendres, mais ils ne valent pas mieux. Le plus jeune fils Elias, serait brillant. Intellectuel, il épouse la cause des Palestiniens et des communistes et ne saurait prendre la direction de l’usine…

En lisant cette saga, on assiste aux mutations du Liban pendant un siècle, on découvre les rivalités,  les subtilités des équilibres de pouvoir entre les clans, les communautés, les alliances parfois contre nature. La guerre  s’installe à Marsad, respectant d’abord l’autorité du notable puis s’enfonçant dans  la destruction, le chaos, et la spéculation foncière.

lire aussi ICI

 

Raphaël Jerusalmy : la Confrérie des Chasseurs de livres

ROMANS HISTORIQUES & co

Je n’aurais pour rien au monde laissé passer un livre avec un titre pareil! D’autant plus qu’il était chaudement recommandé par Dominique lire ICI

1463, la condamnation de François Villon est cassée par Louis XI, le poète disparait sans laisser de traces. Cette disparition est source d’inspiration pour le romancier qui peut imaginer une suite sans le trahir.

1463, dix ans après la prise de Constantinople.  Louis XI veut unifier la France, il entre en rivalité avec l’autorité papale, surtout en Avignon. Le pape Pie II est mort, avec lui, s’évanouit la dernière Croisade. A Florence, au vieux Cosme va succéder Laurent le Magnifique. C’est également le début de  l’imprimerie. Et le début de la Renaissance.

François Villon se trouve au centre d’une trame de machinations, au service du roi de France mais aussi des Médicis qui utilisent ses talents pour persuader l’imprimeur Fust de s’installer à Paris

« La copie de la République que Villon vient de tenir entre ses mains, Platon expose comment la cité doit être gouvernée. Ce texte confirme Louis XI dans son dessin politique […..]Le roi de France cherche à affaiblir le pouvoir du Vatican afin de consolider le sien propre. Or, une industrie naissante mine soudain la suprématie papale. A la différence des moines copistes[… ]les colporteurs de Fust assurent à leur tour en toute candeur, la distribution d’œuvres clandestines astucieusement maquillées en psautiers ou rituels très catholiques »


L’établissement de l’imprimerie de Fust n’est que la première étape de l’intrigue, il faut imprimer des œuvres  de premier plan. Et c’est là qu’intervient la Confrérie des Chasseurs de Livres. Personnellement, je n’aime ni les confréries ni les sectes, encore moins l’ésotérisme.  Pour les chasseurs  de livres, je ferais une exception.

« le lien invisible d’une passion partagée, une passion vive et intense[…] la passion pour tout ce qui touche les livres»  m’est sympathique »sous les auspices de Lorenzo le Magnifique, avec l’argent des facultés dont l’Académie platonicienne… », ils vont chercher «  les collections de la confrérie de Jérusalem, qui datent d’avant Rome même […] des historiens latins et des chroniqueurs juifs dont Flavius Josèphe… », les restes de la Bibliothèque d’Alexandrie après l’incendie.

Les aventures de Villon prennent une autre tournure, il s’embarque pour la Terre Sainte, non pas sur les chemins balisés des pèlerins mais para les sentiers détournés de la Galilée, du Lac de Tibériade. Guidé par un gitan et Aïcha la belle Berbère, il rencontre des moines, des rabbins, même un Essénien et se trouve encore au centre d’un autre marchandage, Gamliel le rabbin veut sauver les juiveries dispersées. Contre un  manuscrit portant les paroles de Jésus il veut acheter la paix et la promesse qu’il n’y aura plus de Croisades apportant la désolation dans les communautés juives européennes.

La dernière partie racontant les avatars du manuscrit précieux m’a moins captivée que le début du livre. Les textes bien réels des Anciens qui ont marqué l’Humanisme et la Renaissance, m’auraient suffi.

 

Omar – film palestinien de Hany Abu-Assad

TOILES NOMADES

 

Omar est boulanger. Il escalade le mur à l’aide d’une corde pour rendre visite à Nadia dont il est amoureux. Il court aussi très vite. Avec ses deux copains d’enfance, Tarek et Ajmad, il s’entraîne à la résistance armée. Trois copains inséparables.

Une opération tourne mal, un soldat israélien est tué, Omar, après une course-poursuite à vous couper le souffle est fait prisonnier.

Sous la torture, n’importe qui peut parler. Rami, l’israélien, tente de manipuler Omar, lui propose la liberté en échange de Tarek. Omar, pense s’en sortir en jouant double-jeu.

S’insinue le doute. Dans la petite bande, y a-t-il un traitre? Omar a-t-il donné ses camarades? En plus de la suspicion, s’insinue la jalousie, la rivalité amoureuse.

Thriller très bien mené où les poursuites donnent un rythme très rapide dans les ruelles, la tension ne se relâche pas même dans les rencontres entre Omar et Nadia.