les voyages en Orient du Baron D’Eaubonne – JBTavernier : Arménie

LIRE POUR L’ARMÉNIE

Gayané, le monastère qui se trouve à une portée de mousquet…

J’ai suivi Tavernier jusqu’en Indes. J’ai repris ce livre de retour d’Arménie. Dans le chapitre  De l’étendue de la Perse, 
Tavernier résume la géographie de la Perse du temps du Cha-Abbas, il distingue « la Grande Arménie, en particulier la partie située entre les rivières d’Araxes et de Cyrus, aujourd’hui l’Aras et le Kur;est appelé Iran dans le pays et plus souvent Cara-Bag, qui est un des plus beaux et des plus riches endroits de toute la Perse. Les villes principales sont Erivan, Kars, Nacsivan, Zulfa et Van sur un lac de même nom et les plus grand de toute l’Asie. »

Il cite les abricots, les melons et les vignobles.

« En Perse on ne se sert point de tonneaux pour mettre le vin mais bien de grands pots de terre cuits au four, dont les uns sont vernis par -dedans, et les autres enduits de graisse de queue de mouton; car sans ce vernis ou cette grains, la terre boirait le vin »

Cette coutume d’enterrer les grandes jarres était déjà de mise du temps des Ourartiens.

Dans le chapitre Arménie chrétienne Tavernier décrit Edchmiadzine

« Le premier lieu digne d’âtre remarqué en entrant en Perse par l’Arménie est celui qu’on appelle Les Trois Eglises à trois lieues d’Erivan, et ce sont trois monastères à quelque distance les uns des autres. Le plus grand et le plus beau est la résidence du grand patriarche des Arméniens ; il y en a un autre au midi qui n’est éloigné du premier que d’une portée de mousquet ; et un troisième à un quart de lieu de là vers le Levant qui est un monastère de filles. Les Arméniens appellent ce lieu-là Egmiasin, c’est-à-dire, fils unique, qui est le nom de la principale église. On trouve ans leurs chroniques, qu’environ trois cent ans après la venue de Jésus-Christ, on commença à la bâtir et que les murailles étant déjà à hauteur d’appui, le diable venait défaire la nuit ce qu’on avait fait le jour ; que cela dura deux ans ; mais qu’une nuit, Jésus-Christ apparut, et que dès ce moment-là le diable ne put empêcher que l’on achevât l’église. Elle est dédiée à Saint Grégoire pour lequel les Arméniens ont une grande vénération, et on y voit une table de pierre qui est, selon les mêmes chroniques, la pierre où Jésus-Christ se posait quand il apparaissait à Saint Grégoire. Ceux qui entrent dans l’église vont baiser cette table en grande dévotion.

Le second monastère a été bâti à l’honneur d’une princesse qui vint d’Ittalie avec quarante filles de qualité pour voir Saint Grégoire. Un roi d’Arménie l’avait fait jeter dans un puits avec des serpents dont il ne reçut aucun dommage. Il y vécut quatorze ans par grand miracle; et depuis de temps-là, les serpents de deux ou trois lieues à la ronde ne font aucun mal. Ce roi idolâtre ayant voulu jouir de cette princesse qui était très belle et de ses compagnes surmontèrent par leur vertu la violence qu’il leur voulait faire, et de rage de ne pouvoir venir à bout de son dessein, il les fit toutes mourir. Voilà ce que les Arméniens racontent au sujet de la fondation de ce monastère…« 

caravansérail

J’aimerais aussi citer Tavernier quand il raconte la vie des caravanes et des caravansérails….

méir shalev : Ma grand-mère russe et son aspirateur américain

LITTÉRATURE ISRAÉLIENNE

Nahalal le moshav de méir shalev

 

De Méir Shalev, j’ai lu (2fois) Que la Terre se souvienne. Ma Grand mère russe et son aspirateur américain se déroule dans le même moshav de Nahalal.
Roman autobiographique, saga familiale, commençant en 1890 à Makarov, Ukraine, se poursuivant jusqu’à la fin du 20ème siècle.
Je me suis surtout attachée aux personnages des pionniers, de la deuxième ou de la troisième Alyiah, venant de la Russie, avec leur accent, leur idéal rayonnant,  leur énergie pour assécher les marais, bêcher, greffer les arbres, et combattre la boue l’hiver et la poussière l’été.

« Mais la manucure incarnait un symbole négatif, le pire de tous, car elle s’appliquait aux doigts, aux mains industrieuses vouées à labourer, bêcher,semer et construire. Les mains des pionniers que la révolution devait arracher à la plume, au commerce, à la casuistique talmudique pour les renvoyer aux outils et aux travaux des champs… »
C’est là qu’intervient le fameux aspirateur, cadeau d’un double traître qui a préféré faire des affaires en Californie.

« L’Amérique ignorait sans doute que, dans mon jeune âge,en sus de l’Union soviétique, de l’Allemagne de l’Est et la  Corée,  elle avait un autre ennemi. Oh pas très puissant ni spécialement dangereux, à vrai dire, mais virulent acharné et moralisateur : une poignée de moshavim et kibboutzim – le courant pionnier en Terre d’Israël. »
J’ai beaucoup souri en lisant ce  livre.
Livre de la nostalgie. Livre de tendresse pour cette famille chaleureuse.
Livre de l’innocence aussi. Celle de mon  adolescence quand je croyais que la terre d’Israel n’avait été gagnée qu’en asséchant des marais. Pas de bruit de bottes, un seul coup de fusil ! pour abattre un chat sauvage, voleur de poules….Pas un arabe à l’horizon, si, une ligne, vu du train le long de la frontière, en Jordanie d’alors…. les antagonismes se résumant aux divers courants du mouvement travailliste? et des révisionistes de droite.

Méir Shalev par le son livre:

L’Attentat film de Ziad Doueiri

TOILES NOMADES

Naplouse

Parlons d’abord cinéma : L’Attentat est un excellent  thriller, le spectateur ne s’ennuie pas un instant. Même si on a lu le résumé , si on sait déjà que le Docteur Jafaari, célèbre médecin arabe israélien, apprend que sa femme s’est faite exploser dans un attentat, on ne s’ennuie pas un instant. L’action se déroule au rythme haletant d’un film policier.

Amine Jefaari mène l’enquête de Tel Aviv à Naplouse. Les indices sont minces et distillés petit à petit. Les acteurs excellents, le décor plus que réel (parti pris que le réalisateur libanais a imposé malgré le handicap d’avoir tourné en Israël, et qui lui vaut la censure dans son pays).

Comment Amine n’a-t-il rien vu, rien deviné? Comment Siham a-telle mené une vie parallèle à l’insu de son mari? Comment une femme qui vit dans la bourgeoisie israélienne, moderne, éduquée, chrétienne, belle, aimée  peut elle se transformer en martyre?

Un indice, une lettre : « A quoi sert le bonheur quand il n’est pas partagé ? »

Naplouse

La quête d’Amine le mènera à Naplouse où le point de vue sera radicalement décalé. Quels sont ces radicaux, ces terroristes qui ont « lavé le cerveau » de Siham? La réponse se trouve sans doute chez ce Cheikh exalté qui prêche à la radio?

 

Changement de décor : nouvelles perspectives, nouvel indice:

  » Le bâtard n’est pas celui qui ne connaît pas son père, c’est celui qui ne connaît pas ses racines. »

Retour à Tel Aviv, Amine pourra-t-il reprendre sa vie à l’hôpital? quels seront ses rapports avec ses collègues et amis juifs? Plus grave, que fera-t-il de son enquête personnelle? Sa collègue qui l’a soutenu, lui rappelle: il y a eu 17 victimes dans l’attentat, des enfants qu’il a lui-même soignés! Il n’est pas question d’occulter cela non plus.

Tout est dans la nuance, l’ambiguïté, le refus du manichéisme…dans l’impasse aussi!

lire la critique de Rue89:

Inch’ Allah – film d’Anaïs Barbeau-Lavalette

Une claque,! Même prévenu , le spectateur sort anéanti de cette séance.

Prologue: un enfant dans Jérusalem, des pigeons, symboles de paix, une déflagration, – noir – un attentat. De l’autre côté, en Palestine, l’occupation dans sa brutalité ordinaire commence au checkpoint. Une femme passe, Chloé, canadienne, humanitaire, obstétricienne dans un dispensaire de Ramallah. La soldate qui vérifie ses papiers est justement sa voisine, une amie. Le long du mur qui sépare Israël des Territoires palestinien, un dépotoir. Rand, enceinte, et les enfants récupèrent des objets encore utilisables, chiffonniers d’une société de consommation qui jette des jouets, des bidons. Rand est une patiente de Chloé qui a noué des liens d’amitié avec sa famille qui est reçue dans leur maison  ainsi que dans la boutique de Faysal, le frère où l’on imprime les affiches des  martyrs. Le mari de Rand attend son jugement dans une prison israélienne.

Deux enfants, ou plus, mourront, sans que la nouvelle ne soit publiée à la radio  et ce n’est pas faute d’écouter les nouvelles! Chloé change de poste, écoute en hébreu, en arabe, en français, rien sur l’enfant qui a été écrasé sous ses yeux! Il faut voir la rage de ces enfants qui ont perdu depuis longtemps le regard innocent et le sourire de tous les enfants du monde. L »un d’entre eux, rêveur, en déguisement de superman m’a inquiété pendant tout le film, j’avais peur qu’il ne se croie capable de s’envoler dans les collines.

Selon les points de vue deux questions se posent?

Comment peut-on être médecin  humanitaire, sans prendre parti? Comment naviguer entre les deux mondes. Chloé habite à Jérusalem, sa voisine Ava, la jeune soldate est la copine qui l’emmène se détendre en boîte, danser, faire la fête, oublier la tension de la journée. Quotidiennement Chloé passe le checkpoint et se trouve dans une réalité différente. Réalité de son cabinet où elle exerce en professionnelle sous la direction d’un médecin qui lui fait la leçon, lui rappelle son devoir de neutralité. Réalité de la famille de Rand, du dépotoir, de l’occupation militaire, brutale, arbitraire, des frustrations quotidiennes. Chloé navigue dans l’ambiguïté. « ce n’est pas ta guerre!« lui assène Rand. On a l’impression que Chloé dérive, qu’elle perd tout repère, son visage se marque.

Si c’est Rand, l’héroïne, une toute autre question se pose. Comment devient-on terroriste, kamikaze? Devant le blocage de la situation, tellement bien suggéré par l’embouteillage monstrueux où Rand accouchant se trouvera coincée, y a-t-il une autre issue? Mourir pour exister, alors qu’elle se sent devenir un « rat ».

Très grande performance des actrices: Chloé joué par la québecoise Evelyne Brochu;  visage connu de Sabrina Ouazani (l’Esquive, puis la Graine et le Mulet) et charmante Sivan Levy, Ava la soldate.

Lire le dossier du film ICI

 

 

 

 

Les voisins de Dieu – film de Meni Yaech

TOILES NOMADES

 

Je ne serais pas allée de moi-même voir ce film après avoir lu les critiques. On m’y a poussé. Plaisir d’écouter de l’hébreu et de le comprendre encore. Par ailleurs, je savais que je me sentirais agressée par ce film violent.

Même filmé très près avec beaucoup (trop?) d’empathie et de tendresse (on pense à Rengaine) les héros sont insupportables. film de petits mecs, de petits fachos qui font terrorisant  le quartier à coup de battes de base-ball ou pire. Ordre religieux en punissant celui qui a gardé sa boutique ouverte quelques minutes après le début du Chabat. Ordre moral en chassant le vendeur de DVD-X. Ordre des mecs en décidant de la longueur des shorts des filles. Ordre raciste quand il s’agit de faire une ratonnade contre les Arabes de Yaffo, et éventuellement contre les Russes qui ne sont pas de leur bande.

Ils sont étonnants ces trois copains, Avi, Kobi et Yaniv – s’ils ne portaient pas la kippa voyante blanche crochetée, ils ressembleraient comme des frères à ces Arabes qu’ils pourchassent et à nos racailles de banlieue. Même dégaine, joints et musique hip hop un peu orientale à plein tube, foot et Thora. Enfin, pour ce qui est de l’exégèse, ils laissent cela à leur rabbin charismatique qui les entraîne dans la danse. Plutôt la transe que l’étude!

Nous ne sommes pas à Jérusalem dans une yeshiva traditionnelle mais à Bat Yam, banlieue de Tel Aviv. Ce ne sont pas des érudits blafards mais un vendeur de légume d’origine turque, un copain marocain, et leur spécialité est plutôt le chechè-bech (jeu de tric trac oriental.

Pourtant le film fonctionne bien, il y a une jolie histoire d’amour avec une fille qui n’est pas religieuse mais qui a assez de personnalité pour s’opposer à la violence des trois héros.  Avi fera sont introspection – plutôt une prière gueulée au bord de la mer. Mais Miri, elle aussi fera des concessions, vestimentaires, et même religieuses. Complaisance?

 

Le garçon qui voulait dormir – Aharon Appelfeld

LITTÉRATURE ISRAÉLIENNE

Erwinn, l’enfant du sommeil a été porté par les réfugiés qui ont veillé sur lui endormi, de train en train, de camion en camion de carriole en carriole, jusqu’à Naples où commence le récit, attendant l’embarquement pour la Palestine.

Efraïm est venu entraîner les adolescents, entraînement physique, mais aussi apprentissage de l’hébreu. Les jeunes apprennent sans livre ni cahier, répétant en courant les poèmes de Rahel, de Lea Goldberg, de Nathan Alterman ‘« judaïsme des muscles » censé les régénérer et les  distinguer des réfugiés les séparer de ce qu’ils avaient vécu, le ghetto, les cachettes…. Il semble que le rêve récurrent du XXème siècle a été de forger un homme nouveau. Faire des Juifs hébraïsants, musclés, bronzés, combattants capable de défendre le Yichouv qui n’est pas encore l’État d’Israël. L’entraînement continuera dans une colonie agricole où les jeunes gens construisent des terrasses, y apportent la terre, plantent des arbres et perfectionnent leur hébreu dans la lecture de la Bible. La métamorphose ne se fait pas sans résistance. La pierre d’achoppement est le nom hébreu qui doit remplacer le nom donné par les parents.

« on ne change pas de nom, tout comme on ne change pas de langue maternelle. le nom c’est l’âme. En changer c’est ridicule. » Ce mot ridicule désignant chez mon père non seulement une dys-harmonie mais aussi une forme de bêtise »

Le héros du livre résout cette contradiction, et la douleur de la perte de ses parents par le sommeil. Le garçon qui voulait dormir retrouve sa mère, son père et les amis de celui-ci, sa maison, à Czernowitz (Bucovine). Il dialogue avec eux dans sa langue maternelle – l’Allemand, rarement nommé. Il leur raconte sa nouvelle vie, ses progrès, ses projets de devenir écrivain comme son père. Dans la maison de son enfance, la vie tournait autour des livres, des livres écrits par le père, refusés par les éditeurs, de la littérature allemande, de Zweig, Schnitzler et surtout de l’admiration pour Kafka.

L’action se déroule juste avant la Déclaration d’Indépendance d’Israël et après pendant la guerre qui l’a suivie. Pourtant ce n’est pas un récit héroïque. Le narrateur est touché gravement aux jambes dès sa première escarmouche. La suite du récit se déroule donc à l’hôpital puis dans une maison de convalescence. Plusieurs de ses camarades y sont également blessés. Pendant deux ans il lutte pour retrouver l’usage de ses jambes. Relier ses jambes à son corps. Il copie la Bible pour relier les lettres hébraïques à ses doigts. Car c’est en hébreu qu’il écrira ses livres. Apprentissage physique de la langue. Rapport très étroit au texte.

Ambiguïté aussi de son lien au sacré, à la prière. Le monde de son enfants, intellectuels éclairé était loin de la religion. La venue en Palestine était aussi une démarche laïque « nous sommes venus dans ce pays pour vivre la réalité et dans la réalité tu dois chasser le verbe « prier » de ta tête. Les Juifs ont bien assez prié comme ça même trop » déclare un des convalescents qui le voit copier la Genèse.

Relier la langue au corps est le fil conducteur de ce livre complexe se déroulant dans deux lieux intimes: rêves  de l’enfance en Bucovine et dans la réalité d’Israël qui se construit .

 

ATHINA – Alexandre Najjar

LIRE POUR LA GRECE

 

 

Athina est née en Crète. Des Crétois elle tient cette résistance. Élevée comme un garçon, elle est instruite par un pope qui lui enseigne le Français, l’anglais et la révolte. Elle se fait accepter des jeunes kapitans.

 

 

 

 

 « …..- La révolte, c’est le sentiment le plus grand qui existe. La révolte, c’est comme quand le vent souffle et que rien ne l’arrête ; c’est comme les vagues lorsqu’elles se déchaînent et qu’elles fouettent les rochers…
     –  Qu’est-ce qui la provoque, papas ?
     –  Elle naît de l’injustice. L’injustice est pareille à l’eau qu’on chauffe dans une marmite. Quand elle bout trop longtemps, elle déborde : c’est cela la révolte.
     –  Ce que je n’arrive pas à m’imaginer, c’est ce qu’on ressent vraiment à ce moment-là… Est-ce quelque chose de physique, un peu comme la faim ou la soif ?
     –  Oui, répondit-il. On éprouve une sorte d’illumination, d’extase. On ressent le besoin de renverser l’ordre établi. On a la conviction de pouvoir changer les choses et, aussi, l’impression de ne pas avoir tort parce qu’on est dans le camp de Dieu.
     –  Vous voulez dire que Dieu est toujours dans le camp des révoltés ?
     –  Oui, affirma le pope en hochant la tête. Dieu prend toujours le parti de la Liberté. »

« Le pope, se servant de son encensoir comme un fléau d’arme« , tue un Turc. Athina entre en résistance pour le libérer et doit fuir à Chios,  où elle est témoin des massacres (l’enfant grec de Victor Hugo).

J’ai plaisir à retrouver des lieux que j’aime, Ierapetra, Chios ou Rhodes.

Ce roman historique  fait réviser toute l’histoire des luttes pour l’Indépendance de la Grèce. Roman historique pédagogique : Athina rencontre les chefs de guerre. Kanaris devant Chios, l’envoie à Athènes puis elle se bat avec Botsaris. A Missonlonghi elle assiste à la mort de Lord Byron, combat avec les Souliotes, et tombe amoureuse d’un Français, officier de Napoléon qui a préféré épouser la cause hellène plutôt que de faire allégeance à Louis XVIII. Siège de l’Acropole.  Retour à Chios. l’auteur en profite pour détailler les alliances (et les félonies). Chios ne sera pas libérée. Escale à Rhodes – visite guidée de la vieille ville – pour Lamartine!Enfin, la Crète et pour finir le sacrifice du monastère d’Arkadi.

En 300pages, une histoire amoureuse avec un français philhellène s’est terminée. Les Crétois étaient vêtus de braies et de bottes avec leur foulard noir à pompons. On a cueilli les olives, dégusté des mezzés…. visité l’Acropole…. le must du tourisme et l’essentiel de l’histoire. Les combattants on dit souvent « la Liberté ou la Mort« ! Rien d’original!

Évidemment, rien de comparables aux écrits  de Kazantzaki  ou de Byron, Châteaubriant, et Lamartine. Mais un digest bien écrit et bien fait. Tout le monde n’a pas le temps de lire des centaines de pages!

Les arts de l’Islam au Louvre

VOYAGE EN ORIENT

Céramique turque

Ce département  ouvert récemment est d’une grande richesse( digne de tous les autres départements de notre célébrissime musée) . Collection permanente, il suffit d’avoir le billet du Musée (ou le Pass Education pour les privilégiés). Pas de queue ce vendredi matin, une affluence tout à fait raisonnable pour profiter des installations: vitrines, vidéos.

calligraphie

L’exposition est partagée en deux étages entresol haut pour la première partie de 622 à l’an mil, entresol bas pour les siècles ultérieurs. La première partie est abritée par une sorte de tente bédouine dans une cour du Palais du Louvre, avec de grandes verrières qui confèrent au lieu un très bon éclairage tandis qu’en dessous règne une douce pénombre, les vitrines sont, elles éclairées.

calligraphie?

Nous sommes restées très longtemps dans la première salle et avons découvert les grands relevés des mosaïques de Damas ainsi que des calligraphies sous toutes les formes, calligraphies sur bois, sur des stèles de pierre, émaillées, ornant des plats, des bassines…..J’ai pris deux résolutions : apprendre à écrire l’arabe avec plus de sérieux qu’à notre dernier voyage égyptiens, visiter la Syrie dès que la guerre aura cessé!

Qu’est-il écrit?

Les salles du bas ont un parti pris plus  historique: mais nous avons si bien visité au début que nous ne sommes plus aussi attentives. Les objets sont aussi différents: plus de vaisselle, d’aiguières, de carrelages et de tapis. Beaucoup proviennent d’Iran. Il faudra qu’on revienne!

ivoire égyptien : scène de chasse et musicien

 

Dans l’Ombre de Byzance – William Dalrymple

VOYAGE EN ORIENT

Récit d’un voyage sur les traces de deux moines byzantins Jean Moschos et Sophronius au temps de Justinien, au fil des pages du Pré spirituel. Parti du Mont Athos fin juin 1994, il rejoindra l’Europe vers Noël de l’oasis de Kharga en Haute Égypte. En route il prendra ses lettres de crédit au Patriarcat Orthodoxe du Phanar à Istanbul, cherchera les vestiges byzantins des monastères de Turquie, de Syrie, de Palestine ou des déserts Égyptiens.

 

 

C’est aussi un reportage d’un journaliste chevronné sur les communautés chrétiennes d’Orient et leurs problèmes actuels. La diversité des églises m’a étonnée : Arméniens restés en Turquie ou dispersés après le génocide de 1915 dans toute la région. Souriens s’exprimant en  turoyo, proche de l’araméen que parlait Jésus, Grecs Orthodoxes directs héritiers de Byzance, Maronites du Liban, Coptes, pour les chrétiens actuels, sans compter les hérétiques du temps des moines byzantins : monophysites, nestoriens, zoroastriens,messaliens, marcionites; mêmes adorateurs du démon!

Kharga : bagawat nestoriens

Compte-rendu érudit de l’exploration des textes anciens et des vestiges antiques. Érudit ne veut pas dire ennuyeux, au contraire! Rien n’est plus réjouissant, même drolatique que les luttes contre les démons -surtout ceux qu’on chasse des feuilles de laitue à grands renforts de signes de croix- les imprécations contre le pape de Rome et les francs-maçons. Une foule de détails raconte la vie des ermites, des stylites, perchés sur leur colonne, adulés comme des champions de football ou des vedettes de cinéma.

Sainte Catherine : autrefois il n’y avait aps de pporte d’entrée le visiteur était hissé

Roman d’aventure. Dalrymple traverse  des zones de guerre larvée ou ouverte. Les affrontements entre les forces armées turques et le PKK font rage au sud de Dyarbakir. Si la Syrie d’Assad est un havre de calme, Beyrouth porte encore les stigmates de la guerre et  certaines régions sont sous le contrôle des factions maronites, du Hezbollah ou de l’armée syrienne. Sans parler de l’occupation de la Cisjordanie. Le livre se termine sur des carnages en Haute Égypte par les islamistes contre des Coptes. Journaliste, Dalrymple sait trouver les moyens de est souvent suivi parcelle des  services de sécurité. On sent la peur.

Loin   des « croisades bushiennes » :

…. »au début de mon voyage je m’étais attendu que le fondamentalisme soit partout leur principal ennemi. Or les choses n’étaient pas si simples.

dans le sud-est de la Turquie , les chrétiens syriaques étaient pris  dans une guerre civile entre deux nationalismes, l’un kurde, l’autre turc[….]. Au Liban les maronites récoltaient ce qu’ils avaient semé, et les vendanges étaient amères, leur inaptitude à forgé un compromis avec les musulmans avait entraîné une guerre civile[….] quand au dilemme des palestiniens, il était encore d’une autre nature. [….] seule l’Égypte voyait sa population chrétienne menacée par la résurgence déclarée du fondamentalisme…. »

écrit-il en conclusion.

Cette attitude nuancée est encore plus intéressante quand il cherche les points de convergence entre le christianisme oriental avec l’Islam plutôt que les divergences. Et ces convergences sont nombreuses.  Les lieux de cultes communs existent et un certain syncrétisme: l’intercession de Saint Georges à Beit Jala près de Bethléem où les chrétiens situaient le lieu de naissance du Saint, les Juifs, la tombe du Prophète Elie et les musulmans la ville natal d’un saint de la fertilité appelé El Khidr. Moschos et Sophronius parcourent la région quelques années avant la conquête arabe.

Les Perses ont pris Jérusalem en 614 et l’ont gardée quinze ans, jusqu’en 629. Les musulmans prennent donc une ville affaiblie en 638. (Wikipedia)

la nouvelle religion s’est imposée graduellement semble-t-il dans la mosaïque des hérésie et parfois l’hostilité locale aux byzantins.

A chaque étape, un va et vient incessant s’opère entre le texte de Moschos, l’histoire antique ou byzantine et la réalité actuelle. Certaines analogies sont frappantes. Dans certains monastère, il semble que le temps se soit arrêté. En Égypte, à propos des exactions des islamistes un moine répond :

« côté de ce que nous avons subi par le passé, nos ennuis actuels ne sont rien/

– de quoi voulez vous parler au juste?

– Eh bien, des massacres de Dioclétien, par exemple/. c’était de la persécution! »

 

 

Les Désorientés – Amin Maalouf

J’ai dévoré ce gros bouquin de 500pages, le temps d’un week-end.

C’est le retour de l’exilé au pays natal – le Liban – jamais nommé. Après plusieurs décennies, Adam répond à l’appel d’un « ancien ami » mourant. Retrouvailles, mais aussi décalage entre celui qui a fuit et a gardé les mains propres, et ceux qui sont restés dans les conflits inextricables et qui ont dû se compromettre.

C’est aussi le roman de l’amitié indéfectible entre une bande d’étudiants qui refaisaient le monde, dans le début des années 70, quand il était de l' »air du temps » d’être « de gauche » et détaché de son appartenance communautaire. Le roman commence par une interrogation sur le concept d' »ancien ami », différent de l’ami de longue date, « l’ancien ami », c’est celui qui ne serait plus un ami aujourd’hui. Est-cer possible de rejeter ses amis? Comment se retrouver 25ans après une séparation, après que la bande se soit dispersée aussi loin qu’en France, au Brésil ou aux Etats Unis? Comment se retrouver au moment de la maturité quand les idéaux de jeunesses ont été oubliés si ce n’est bafoués?

C’est aussi l’analyse de l’historien – Adam est professeur d’histoire – du basculement de l' »air du temps »qu’il situe en 1 979 quand les révolutionnaires sont passés de la gauche communiste à l’islamisme avec l’arrivée de Khomeiny en Iran et à l’ultra-libéralisme avec Thatcher et Reagan. Analyse du communautarisme.

Les amis d’autrefois pourront-ils se réunir autour du souvenir de l’un d’eux décédé?