Omar est boulanger. Il escalade le mur à l’aide d’une corde pour rendre visite à Nadia dont il est amoureux. Il court aussi très vite. Avec ses deux copains d’enfance, Tarek et Ajmad, il s’entraîne à la résistance armée. Trois copains inséparables.
Une opération tourne mal, un soldat israélien est tué, Omar, après une course-poursuite à vous couper le souffle est fait prisonnier.
Sous la torture, n’importe qui peut parler. Rami, l’israélien, tente de manipuler Omar, lui propose la liberté en échange de Tarek. Omar, pense s’en sortir en jouant double-jeu.
S’insinue le doute. Dans la petite bande, y a-t-il un traitre? Omar a-t-il donné ses camarades? En plus de la suspicion, s’insinue la jalousie, la rivalité amoureuse.
Thriller très bien mené où les poursuites donnent un rythme très rapide dans les ruelles, la tension ne se relâche pas même dans les rencontres entre Omar et Nadia.
Parlons d’abord cinéma : L’Attentatest un excellent thriller, le spectateur ne s’ennuie pas un instant. Même si on a lu le résumé , si on sait déjà que le Docteur Jafaari, célèbre médecin arabe israélien, apprend que sa femme s’est faite exploser dans un attentat, on ne s’ennuie pas un instant. L’action se déroule au rythme haletant d’un film policier.
Amine Jefaari mène l’enquête de Tel Aviv à Naplouse. Les indices sont minces et distillés petit à petit. Les acteurs excellents, le décor plus que réel (parti pris que le réalisateur libanais a imposé malgré le handicap d’avoir tourné en Israël, et qui lui vaut la censure dans son pays).
Comment Amine n’a-t-il rien vu, rien deviné? Comment Siham a-telle mené une vie parallèle à l’insu de son mari? Comment une femme qui vit dans la bourgeoisie israélienne, moderne, éduquée, chrétienne, belle, aimée peut elle se transformer en martyre?
Un indice, une lettre : « A quoi sert le bonheur quand il n’est pas partagé ? »
Naplouse
La quête d’Amine le mènera à Naplouse où le point de vue sera radicalement décalé. Quels sont ces radicaux, ces terroristes qui ont « lavé le cerveau » de Siham? La réponse se trouve sans doute chez ce Cheikh exalté qui prêche à la radio?
Changement de décor : nouvelles perspectives, nouvel indice:
» Le bâtard n’est pas celui qui ne connaît pas son père, c’est celui qui ne connaît pas ses racines. »
Retour à Tel Aviv, Amine pourra-t-il reprendre sa vie à l’hôpital? quels seront ses rapports avec ses collègues et amis juifs? Plus grave, que fera-t-il de son enquête personnelle? Sa collègue qui l’a soutenu, lui rappelle: il y a eu 17 victimes dans l’attentat, des enfants qu’il a lui-même soignés! Il n’est pas question d’occulter cela non plus.
Tout est dans la nuance, l’ambiguïté, le refus du manichéisme…dans l’impasse aussi!
Une claque,! Même prévenu , le spectateur sort anéanti de cette séance.
Prologue: un enfant dans Jérusalem, des pigeons, symboles de paix, une déflagration, – noir – un attentat. De l’autre côté, en Palestine, l’occupation dans sa brutalité ordinaire commence au checkpoint. Une femme passe, Chloé, canadienne, humanitaire, obstétricienne dans un dispensaire de Ramallah. La soldate qui vérifie ses papiers est justement sa voisine, une amie. Le long du mur qui sépare Israël des Territoires palestinien, un dépotoir. Rand, enceinte, et les enfants récupèrent des objets encore utilisables, chiffonniers d’une société de consommation qui jette des jouets, des bidons. Rand est une patiente de Chloé qui a noué des liens d’amitié avec sa famille qui est reçue dans leur maison ainsi que dans la boutique de Faysal, le frère où l’on imprime les affiches des martyrs. Le mari de Rand attend son jugement dans une prison israélienne.
Deux enfants, ou plus, mourront, sans que la nouvelle ne soit publiée à la radio et ce n’est pas faute d’écouter les nouvelles! Chloé change de poste, écoute en hébreu, en arabe, en français, rien sur l’enfant qui a été écrasé sous ses yeux! Il faut voir la rage de ces enfants qui ont perdu depuis longtemps le regard innocent et le sourire de tous les enfants du monde. L »un d’entre eux, rêveur, en déguisement de superman m’a inquiété pendant tout le film, j’avais peur qu’il ne se croie capable de s’envoler dans les collines.
Selon les points de vue deux questions se posent?
Comment peut-on être médecin humanitaire, sans prendre parti? Comment naviguer entre les deux mondes. Chloé habite à Jérusalem, sa voisine Ava, la jeune soldate est la copine qui l’emmène se détendre en boîte, danser, faire la fête, oublier la tension de la journée. Quotidiennement Chloé passe le checkpoint et se trouve dans une réalité différente. Réalité de son cabinet où elle exerce en professionnelle sous la direction d’un médecin qui lui fait la leçon, lui rappelle son devoir de neutralité. Réalité de la famille de Rand, du dépotoir, de l’occupation militaire, brutale, arbitraire, des frustrations quotidiennes. Chloé navigue dans l’ambiguïté. « ce n’est pas ta guerre!« lui assène Rand. On a l’impression que Chloé dérive, qu’elle perd tout repère, son visage se marque.
Si c’est Rand, l’héroïne, une toute autre question se pose. Comment devient-on terroriste, kamikaze? Devant le blocage de la situation, tellement bien suggéré par l’embouteillage monstrueux où Rand accouchant se trouvera coincée, y a-t-il une autre issue? Mourir pour exister, alors qu’elle se sent devenir un « rat ».
Très grande performance des actrices: Chloé joué par la québecoise Evelyne Brochu; visage connu de Sabrina Ouazani (l’Esquive, puis la Graine et le Mulet) et charmante Sivan Levy, Ava la soldate.
Survol de la Galilée, vue aérienne. Magnifique image? Le ciel est dangereux, des escadrilles le traversent dans une guerre frontalière. Sous la menace des bombes, la vie continue. Au village derrière les oliviers, un mariage se prépare. Ce n’est pas une opération militaire qui l’empêchera a décidé Samira (Hiam Abbas, la mère de la mariée). Le mariage réunira toute la famille au village: le patriarche, son fils ainé qui veut se faire élire à la mairie avec le soutien d’un parti israélien, un autre, homme d’affaires ruiné et le troisième médecin, ses filles l’ainée la soumise, et la plus jeune, Hafsia Herzi, artiste moderne étudiante amoureuse de son professeur de peinture anglais.
« L’histoire d’Héritage, c’est plutôt l’histoire des conflits à l’intérieur d’une famille palestinienne qui vit dans un village palestinien, en Israël, sur la frontière avec le Liban, et cela concerne plutôt les conflits intérieurs dans une enveloppe de guerre générale. C’est presqu’une guerre virtuelle, qui existe toujours au-dessus de nos têtes, nous les Palestiniens d’Israël, parce qu’il y a cette menace d’une guerre entre les pays arabes et Israël. »
Ce mariage m’a rappelé les Noces en Galilée de Michel Khleifi (1987) dont j’ai gardé un souvenir très vif. Le propos en est très différent mais il se passe dans le même décor.
Après la photo de famille, la noce sera interrompue : une alerte, un bombardement disperse l’assistance, le grand père est victime d’une crise cardiaque. La famille s’acharne la jeune Hajar qui ne pourra pas vivre ses amours avec l’Anglais – Hafsia Herzi dans une interview parle d’un Roméo et Juliette palestinien. La campagne du candidat aux élections est interrompue par le cousin de sa femme qui le traite de collabo. Le médecin apprend qu’il est stérile. Toujours, les femmes paient le prix fort à la tradition même si elles sont modernes, polyglottes, avec un caractère bien trempé.
Au risque de me répéter, je suis retournée à Ivry faire découvrir cette œuvre à une amie helléniste. J’ai revu cette interprétation avec un plaisir renouvelé, écouté (et surtout lu le sur-titrage) avec une attention particulière.
Que m’apporterait de nouveau cette seconde vision?
Un poème de Mahmoud Darwich :
« Il y a sur cette terre » Mahmoud Darwich
Il y a sur cette terre ce qui mérite de vivre :
les hésitations d’avril,
l’odeur du pain à l’aube,
les opinions d’une femme sur les hommes,
les écrits d’Eschyle,
les débuts d’un amour, de l’herbe sur des pierres,
des mères se tenant debout sur la ligne d’une flûte
et la peur qu’éprouvent les conquérants du souvenir.
Il y a sur cette terre ce qui mérite de vivre :
la fin de septembre,
Mahmoud Darwich, le poète palestinien, qui dit aussi:
« j’ai choisi d’être un poète troyen. je suis résolument du camp des perdants. les perdants qui ont été privés du droit de laisser quelque trace que ce soit de leur défaite, privés du droit de la proclamer. j’incline à dire cette défaite; mais il n’est pas question de reddition »…
(citation trouvée dans la plaquette du théâtre d’Ivry)
Et je pense à Polynice, le frère du camp des perdants, interdit même de sépulture
Au risque de radoter : la beauté de la musique du trio Joubran, cérémonie hypnotique qui s’accorde si bien avec Antigone. Je ne comprends pas l’arabe, j’espère que rien d’inacceptable n’est prononcé. Le minimum que je puisse faire, c’est écouter l’autre.
Une curiosité qui s’accorde bien à cette soirée : l’hommage du trio Joubran en Grec:
Incendies, le film m’avais éblouie dans sa fulgurance. J’ai vu la pièce après et ,j’ai été aussi scotchée que si je la découvrais.
« – Dites -moi, vous n’auriez pas vu passer un homme blessé à la figure?[….]
– C’est un meurtrier.
– Nous sommes tous des meurtriers, tu ne le savais pas?
– Non […..]Nous sommes tous des meurtriers mais certains choisissent de l’être. C’est tout. Un homme en tue un autre. Et alors? Est-ce qu’un homme n’est pas un animal?…. »dit FELIS SYLVESTRIS CATUS, le chat.
Felis sylvestris catus
Le roman, Anima, s’ouvre sur un crime atroce. Cela aurait pu être un roman policier. Qui peut être capable d’une telle sauvagerie? On découvre dans les premières pages l’identité du meurtrier. Cela aurait pu être le roman noir de la traque du mari, traque dans les forêts canadiennes, les grands espace de l’Ouest américain, Illinois, Missouri, Nouveau Mexique….road movie…
« Donc . Réfléchis. si un homme est un animal et que, suivant les croyances des Indiens, chaque humain a un animal comme symbole de cette part invisible de son être magique, sa poésie, son totem, pourquoi l’homme en tant qu’animal, ne pourrait être cela pour son semblable en tant qu’humain? Et si cela est possible, il existe une probabilité qu’un homme tuant un homme tue aussi son propre totem. Ou l’inverse : le totem tuant sa part humaine…. »
C’est un roman choral. Les voix des témoins, les animaux, nommés par leur nom latin, animaux sauvages, moufette ou corbeau, animaux domestiques, chien, chats mais aussi, abeille araignée ou luciole, s’entremêlent et racontent la traque. L’intervention des animaux m’a interpellée. J’ai d’abord vu un regard diffracté, un peu comme l’œil à facettes des insectes, une manière de faire intervenir des odeurs, l’odeur de la peur colorée pour le chien, les signaux de détresse perceptibles par les animaux, auxquels nous sommes insensibles.
grus canadensis
Puis, j’ai pensé que ces animaux répondaient à la forêt canadienne, à la culture des Mohawks.
« La grue. comme celle que tu nous as apportée : Grus canadensis. Teha’no htetsihs en langue Wendat. Tu ne peux pas savoir, toi, la vision que tu as été pour nous. on t’a vu au bout de la route et je me suis dit que c’était le grand esprit en personne qui débarquait chez nous avec le miroir de nos Nations dans les bras : meurtries mais vivantes. [….] Tu nous offres la chance de guérir un oiseau sacré. Pour Jackson , pour Shelly, pour moi, c’est l’oiseau de nos parents, même si nos enfants ne savent même plus la distinguer d’un héron ou d’un canard. Je n’ai jamais vu Sabra et Chatila, mais tu as eu raison de dire que nous sommes comme des frères puisqu’on se rencontre aujourd’hui à travers le même oiseau et un frère, on a envie de lui offrir quelque chose qui soit aussi fort que ce qu’on a offert. »
Cette explication ne tient pas longtemps, la plupart des animaux qui interviennent sont des animaux domestiques (si une araignée ou une abeille peut être considérée comme domestique….)
« les abeilles portent l’âme des morts »
Enfin, cherchant une explication au titre Anima, l‘âme, en contrepoint, j’y ai trouvé la présence des animaux, dont nous nions la possession d’une âme (sauf les Indiens justement). Le corbeau qui dévore les entrailles et les embryons d’un rongeur écrasé sur la route, la mouffette qui protège l’homme en projetant ses sécrétions puantes, sont-ils moins doués d’une âmes que les humains qu’on rencontre dans le roman? Le loup, qui choisit de deviner chien de l’homme qu’il a sauvé, est-il l’âme d’autres « loups pour l’homme » bien bipèdes et capable de parole?
Anima est un roman borderline, entre humanité et animalité, entre crimes monstrueux et solidarité, traversant les frontières géographiques comme celles des civilisations ou des religions, des exils indicibles. Fraternité inattendue des nations autochtones et des Palestiniens de Sabra et Chatila. Il traverse aussi les langages, passant du français canadien, qu’on a envie de lire avec l’accent québécois, à l’anglais et à l’arabe libanais.
« .…je suis né d’un massacre il y a longtemps, ma famille a été » saignée contre le mur de notre jardin, et aujourd’hui, des années plus tard, à des milliers de kilomètres de là, la mécanique du sang semble remise en marche. [……] C’est ccomme un macabre jeu de piste qui se joue sur la Terre d’Amérique ou d’autres que moi, Indiens, colons, nordiste ou sudistes, ont traversé les mêmes carnages et je commence seulement à le pressentir….. »
Le meurtre a réveillé le souvenir d’autres meurtres, d’autres massacres, et par delà la poursuite s’ensuit une quête de la mémoire de l’exilé. Il n’est pas possible de résumer en quelques lignes ce roman complexe : il faut le lire.
Que résonne une voix raisonnable, laïque, politique et même drôle dans le charivari des fanatismes religieux qui brouillent toute raison au Moyen Orient! Que les « Croisades contre le Mal » bushiennes ne laissent pas de trace dans la campagne américaine.
A la place de la lutte du Bien contre le Mal, with God on our side, Amos Oz met en scène une tragédie du Droit contre le Droit, et espère une fin « Tchékovienne » plutôt que « Shakespearienne » à la tragédie israélo-palestinienne.
Désolée, c’est en Anglais, mais pour ceux qu’un discours en Anglais intimide, l’accent israélien facilite la compréhension et ce n’est pas très difficile à suivre
Intemporalité de la tragédie grecque – Antigone, la rebelle, transgressera l’autorité de Créon et accomplira les rites funéraires dûs à Polynice, son frère., au prix de sa vie. Créon – jaloux de son pouvoir royal – ne saura entendre ni la modération du coryphée, ni les supplications d’Hémon, mais se rendra à l’avis de Tyrésias, trop tard. La fin tragique est écrite!
Il est question de l’autorité de l’État, autorité de Créon – ou des Dieux qu’invoque Antigone. Il est question de la malédiction des Labdacides, d’OEdipe. C’est aussi une histoire d’amour, de l’amour de Hémon qui lui fait contester la décision de son père.
Qui mieux que les Palestiniens peuvent jouer une Antigone actuelle?
Le spectacle est en arabe surtitré, ceci peut effrayer quelques-uns, surtout ne pas hésiter, cette mise en scène est extraordinaire.
Extraordinaire de simplicité. Une estrade carrée, quelques chaises, un mur percé de fenêtre, Thèbes ou Ramallah? Mur sur-lequel se projettent des images en noir et blanc et surtout le texte grec qui apparait pour rappeler Sophocle. Les personnages sont actuels. Le chœur antique est vêtu de gris, neutre, sobre. Créon ressemble à ces politiciens que l’on voit à la télévision, testant le micro avant son discours, tantôt matois, tantôt autoritaire. Sobriété aussi d’Antigone et d’Ismène. jeunes femmes d’aujourd’hui, pas de voiles ni de chevelure dénouée, des jeunes filles modernes en robe noire et bottes à talon. Le garde est un vigile, qui bégaie de crainte devant Créon, humain, trop humain quand il jubile d’avoir sauvé sa peau en tirant Antigone enchaînée. Tragédie n’exclue pas humour. On sourit aux mimiques de cet homme simple.
Un grand souffle de Méditerranée soulève la pièce. La parenté entre les cultures paraît évidente. Comme est évidente l’actualité de Sophocle, à qui, la mise en scène est entièrement fidèle. La musique, très belle rythme l’expression des corps. Tout est déjà dit dans le prologue quand les femmes se balancent et secouent leur chevelure.
Qui mieux que les Palestiniens, sait pleurer ses morts? Mes pensées vont aussi jusqu’en Syrie toute proche où l’absurde a dépassé de loin le théâtre.
Première raison : Hiam Abbass, je suis fan! je vais voir tous ses films et jamais elle ne m’a déçue. Elle incarne la dignité, la volonté, le courage.
Deuxième raison : toutes les initiatives visant à établir un dialogue entre Gaza et Israël, même les plus naïves, sont les bienvenues. Chanter ensemble comme D’une seule voix, rire comme dans le Cochon de Gaza sont à encourager.
Troisième raison : Tal, l’héroïne du film, est née à Créteil, ma ville, elle aurait pu être une de mes élèves, ma voisine…
Fleur bleue? Eau de rose? le dialogue par Internet de Tal, 17 ans, de Jérusalem qui a fait lancer par son frère une bouteille à la mer et de Naïm, le beau Gazaoui aux yeux bleus, qui a ramassé avec des copains la bouteille, comme Jaafar, le pêcheur ramassait des tongs dépareillées. Les scènes de bombardements pendant l’Opération plomb durci compensent largement la bluette. On reçoit en pleine figure les bombes, on tremble avec la famille de Naïm réfugiée dans l’appartement quand on voit les chars foncer vers leur maison. On ressent aussi la peur de Tal dans l’autobus à la vue d’un homme suspect qui serre un trop gros sac sur ses genoux.
Le film sonne juste. A Gaza, je ne peux pas bien me rendre compte. Mais à Jérusalem le ton est parfait. Parfaite cette souccah: « pourquoi est -on ici? » demande le père qui attend une explication religieuse « parce que tu n’as pas pu construire de cabane en France! » lui répond du tac au tac sa fille. Juste aussi, l’enthousiasme forcé du nouvel émigrant, l’accent français de Tal, le père qui chante la mélodie orientale…..Touchante, la réflexion du frère revenant de Gaza, qui détecte la tristesse et la colère de sa sœur.
Je me suis demandée comment ou avait pu tourner les images de Gaza: le dossier pédagogique indique que le tournage à Gaza est impossible mais que les images de Gaza vue de loin sont bien authentiques. Authentiques aussi, les images d’archives du meeting de l’anniversaire de la mort de Rabin, les images du journal télévisé de France 2 pendant l’opération Plomb durci. Le cochon de Gaza avait été tourné à Malte. Tournées sur place, les images du checkpoint d’Erez. Séquence presque au ralenti du départ de Naïm, départ pour l’exil. Ces images auraient pu être joyeuses, le départ vers une nouvelle vie, la rencontre furtive avec Tal. Elles sont plutôt nostalgiques.
Le Monde est plus sévère : les bons sentiments ne feraient pas les bons films, d’après la critique.
Ces deux recettes font des comédies réjouissantes et efficaces Et maintenant où on va? et le Cochon de Gaza entre rigolade et tendresse, tentent de jouer leur partition dans le gâchis du Moyen Orient.
Sylvain Estibal, journaliste français établi à Montevideo, écrivain, a tourné à Malte mais en VO, arabe et hébreu.
Jafaar, pêcheur gazaoui, malchanceux, pour une fois, n’a pas trouvé dans son filet les tongs et les ordures habituelles, mais un beau cochon vietnamien noir, très sympathique. Que faire de cet animal doublement impur? Jafaar est tout d’abord terrifié. Les fonctionnaires internationaux, eux, mangent du porc, mais celui à qui s’adresse Jafaar est au bord de la crise de nerf. Dans la colonie juive, toute proche, on élève des cochons sur des planches pour qu’ils ne souillent pas la Terre Sacrée….peut être pourra-t-il faire du business?
Sasson Gabay, campe un Jafaar formidable. Israélien, d’origine irakienne, il a déjà joué en arabe, dans la Visite de la Fanfare .Le personnage est un homme simple, accablé par le sort. Israël interdit la pêche au large, les prises sont rares, sa maison est occupée par des soldats israéliens qui campent sur son toit, un trou dans le mur est à peine masqué par une commode, l’épicier le poursuit pour dettes…
La farce devient de plus en plus énorme à mesure qu’on avance dans l’histoire. Intolérance et bêtise sont renvoyées face à face : des islamistes tentent de faire de Jafaar un martyr, une improbable patrouille palestinienne et israélienne chasse l’animal impur…Communion de la femme de Jafaar et du soldat occupant devant une télé-novela brésilienne…
La fin est étrange, mais je ne vais pas la raconter.