Chrétiens d’Orient à l’IMA – 2000 ans d’histoire

EXPOSITION TEMPORAIRE A L’INSTITUT DU MONDE ARABE

jusqu’au 14 janvier 

Plaques d’ivoire 6ème et 7ème siècle

Exposition importante couvrant 2000 ans d’histoire et tout le Moyen Orient, de l’Egypte à l’Anatolie, du Liban à l’Arménie……réunissant des pièces d’une valeur inestimables, certaines prêtée par des communautés et couvents. Grande variété aussi des objets, mosaïques et chapiteaux, icônes, manuscrits et textiles sans oublier les photographies et même des films…Chacun y trouvera ce qu’il cherche.

Bible arménienne enluminée

Pièces antiques des premiers chrétiens et objets liturgiques. Une étude très exhaustive présente  les courants du christianisme avec les influences, les conciles, les théories qui les différencient: christianisme alexandrin, nestorien, arménien, melkite, maronite…. La naissance du monachisme, des stylites aux monastères du désert égyptien occupe une salle entière.

icône

Après la Conquête Musulmane au 7ème siècle, les Croisades au 11ème, et la Constitution de l’empire Ottoman, les influences se mêlent, les cultures s’hybrident, se répondent. Les objets s’échangent : objets de la vie quotidienne fabriqués par les artisans chrétiens pour les dignitaires musulmans,  ou gravure des commerçants turcs à la Foire de Beaucaire.

maquette des lieux saints à destination des pélerins

Une Bible polyglotte en sept langues, imprimée à Paris par l’orientaliste Savay de Brèves, ambassadeur à Constantinople 1591-1614 – publiée de 1620 à 1645 permettait aux érudits de comparer la version hébraïque du texte sacré à sa traduction grecque, syriaque, copte, araméenne….J’ai été aussi très impressionnée par la lettre de Soliman à François 1er accordant les capitulations.

Détail du rideau d’autel en coton de madras

Un rideau d’autel de la chapelle arménienne de Jérusalem est en coton de Madras, venant d’Inde, illustrant le rôle des chrétiens dans le négoce des textiles dans la région et surtout à Alep…

Difficile de ne pas évoquer dans l’histoire récente, les persécutions :  le Génocide Arménien ainsi que les massacres des Syro-Chaldéens au début du 20ème siècle. Une exposition photo des Pénélopes, femmes attendant un  mari, un fils disparus, un film libanais…

 

 

 

 

CETTE CHOSE ETRANGE EN MOI – Orhan Pamuk

BABELIO : MASSE CRITIQUE

Merci à Babélio et aux éditions Gallimard pour ce livre que j’ai lu d’un trait, tant que c’est possible pour un pavé de 685 pages !

 

 

 

 

Orhan Pamuk est un auteur que je lis volontiers.

Toutefois, le titre, un peu bizarre, ne m ‘aurait peut être pas attirée. Le sous-titre est beaucoup plus explicite :

 La vie, les aventures du marchand de boza

et

l’histoire de ses amis et tableau de la vie à Istanbul entre 1969 et 2012 vue par les yeux de nombreux personnages

Présenté ainsi, le livre correspond à toutes mes attentes, et ne m’a pas déçue.

Ce livre choral met en scène une famille : deux frères arrivent d’un village d’Anatolie dans le début des années soixante, à Istanbul pour chercher fortune en vendant du yaourt et de la boza.  Leurs fils,  trois cousins, tombent amoureux des trois filles d’un marchand de yaourt revenu dans leur village….années d’apprentissage , service militaire, mariages….Amours agitées, enlèvements ou fugues. Les mariages arrangés sont-ils plus heureux que les mariages d’amour? La jeune fille qui porte foulard est elle plus sage? Pendant une quarantaine d’année la famille s’agrandit, des enfants naissent en ville, s’éloignent du village, mais la communauté reste soudée. La solidarité des anciens villageois reste très forte.

Pamuk raconte  la vie du peuple des marchands des rues venus de leur village d’Anatolie chercher fortune en vendant du yaourt le jour et de la boza le soir. De bonne jambes, une perche et des plateaux pour livrer jusque dans les cuisines des client,  la marchandise fraîche. De la psychologie aussi, un bon vendeur doit savoir bavarder, se mettre en valeur.

Au fil de la saga la vie quotidienne se transforme, les marchands des rues subissent la concurrence des produits transformés par l’industrie agroalimentaire. Les yaourts sont conditionnés dans des pots, les glaces se vendent partout dans des congélateurs et Mevlut doit renoncer à fabriquer et vendre ses glaces artisanales..Les autorités font aussi la chasse aux vendeurs de rue. La charrette où il vendait du pilaf aux pois chiches est saisie et détruite….

Certains villageois ont quitté le commerce des rues pour celui, beaucoup plus lucratif, de la construction immobilière, de la spéculation des titres de propriété, devenant des personnages considérables qui s’entouraient d’associés, cherchant des appuis politiques ou religieux.

C’est aussi le récit de la construction des quartiers périphériques d’Istanbul, les villageois s’installaient sur des terrains inoccupés, sans titre de propriété, construisaient une cabane, puis une maison de parpaing qui, au fil du temps s’élevait sur plusieurs étages….en 2012, sur ces collines on construit des tours de 20 étages.

Mevlut et son père, arpentaient tous les quartiers de la ville. Le lecteur les suit dans leur course quotidienne. Au fil des années le centre de la ville se modifie. Les immeubles où vivaient les Grecs chassés en 1964 puis avec la guerre à Chypre, se dégradent, une nouvelle population remplace Grecs, Arméniens et Syriaques. En 1999, le séisme met dehors les habitants. Ce sont 40 ans d’histoire turque qui défilent.

« Mevlut se rappela que cette vue sur la ville était exactement celle qu’il avait observée du sommet de la colline lorsqu’il était arrivéà Kültepe. D’ici, il y a quarante cinq ans on apercevait les usines, les autres collines qui se couvraient rapidement de bidonvilles du bas vers le haut. A présent Mevlut ne voyait plus qu’un mer d’immeubles de hauteurs diverses?-…. »

La richesse de ce livre tient  dans les détails : on assiste à la fabrication de la boza, du pilaf. On imagine les odeurs, les saveurs, les cris des marchands de rue. On entre dans les intérieurs des héros du livre mais aussi des clients. Pamuk fait vivre tout un monde au quotidien.

 

L’Orient derrière soi – André Tubeuf – Actes sud

Un très beau titre m’a attiré ainsi que la couverture vieux rose, comme un sépia encore défraîchi, Istanbul et la Corne d’Or?

 

André Tubeuf, musicologue que j’avais entendu sur France Musique, (clic vers le podcast ICI) raconte son enfance en Orient. Né à Smyrne en 1930, il a suivi son père ingénieur dans ses affectations en Orient, sur les bords de la Mer Noire, à Alep et à Beyrouth avant de partir eétudier Paris à la fin de la Seconde Guerre Mondiale. C’est une évocation de cette Méditerranée orientale, et un roman d’apprentissage de cet enfant français d’Orient qui se cherche et « s’incorpore » dans son école des Jésuites de Beyrouth…

 

La première partie « TROIE »raconte Smyrne. Lecture délicieuse. Evocation merveilleuse de la lumière dorée, des senteurs d’abricots et de raisins, de la douceur des baignades de la première enfance. Smyrne-Troie a brûlé lors de la Catastrophe en 1922, Smyrne-Troie-Atlanta d‘Autant en emporte le vent, incendie terrible et spectaculaire que l’enfant n’a pas vécu mais dont le souvenir plane, souvenir homérique, Pergame proche.

LA COTE PERDUE : Sur les bords de la mer Noire, l’enfant grandit libre entre son jardin sauvage et les baignades, ses chats, ses frères et quelques camarades. Il n’y a pas d’école pour enfermer les petits. Une religieuse lui apprend à chanter en latin, puis est expulsée par les autorités d’Atatürk. Un frère des écoles chrétiennes improvise un semblant de classe avant que, en 1939, le déménagement ne soit inévitable pour les expatriés français.

Ce n’est pas en  France où ils n’ont pas d’attaches – que les Tubeuf se réfugient, mais dans dans la Ville, Stamboul comme ils l’appellent, Istanbul. C’est là qu’ils se retrouvent en famille.  A peine 9 ans, André est scolarisé en 6ème, chez les séminaristes.  Le plus petit, et pourtant bon élève. Evocation poétique non pas des monuments ou des sites de la Ville. Plutôt des goûters dans les salons des dames stambouliotes…J’ai adoré ce récit  de la vie levantine, cosmopolite, hospitalière.

Alep 1941, étrangement l’enfant se découvre français. La Syrie est sous mandat. Dans les années 40, règne une étrange guerre franco-française entre les loyalistes pétinistes et la France libre, gaullistes ou simples résidents d’Outre-mer qui ne dépendent pas de Vichy. J’ai découvert cet épisode que je ne connaissais pas. Nouvelle installation, nouvelle maison, nouvelle école et découverte  du théâtre, de Corneille et Molière.

A Beyrouth  la famille passe l’essentiel de la guerre. La scolarité de l’enfant se stabilise chez les Jésuites de USJ. Il a enfin des camarades, presque de son âge. Il « s’incorpore » dans les camps  (presque des préparations militaires) que les Jésuites organisent pendant les vacances. L’enfant déraciné se cherche des semblables dans les enfants français d’expatriés.

Enfin le récit se termine par un pèlerinage « ITINERAIRE DE JERUSALEM A PARIS » . Les références cathos et claudéliennes n’ont pas trouvé d’écho  chez moi comme  les récits levantins .  Pluriel, mosaïque de religions, ouvert et hospitalier, le Liban n’en est pas moins très confessionnel. L’enfant , qui parle turc dans la rue, et grec avec sa mère, me séduisait plus que l’apprenti-combattant des camps d’été. Mais il faut bien grandir….

 

Ömer SEYFETTIN – Lâlé la blanche – Nouvelles – ed. TURQUOISE

Mise en page 1 (Page 1)Je remercie Babélio et les éditions TURQUOISE de m’avoir adressé ce livre. C’est un très bel objet : couverture grège ave une gravure en relief, beau papier, édition soignée et les dessins  de Renaud Allirand. J’y suis très sensible même si je lis beaucoup en numérique.

 

Je ne connaissais pas du tout Ömer Seyfettin, officier de l’armée ottomane, qui écrivit entre 1913 et 1920 des nouvelles témoignant de l’effondrement de l’empire ottoman dans les Balkans et en Anatolie. Ne lisant ni le turc moderne, ni l’ottoman, je laisse aux spécialistes le soin de préciser les questions de style et de syntaxe. En revanche cette période, précisément dans les Balkans, à Istanbul et en Anatolie m’intéresse énormément. J’ai donc lu avec beaucoup d’attention ces nouvelles.

omer-seyfettin

Ce recueil est composé de 18 nouvelles, toutes différentes, de longueur et de thèmes variés. J’ai beaucoup aimé la première, Arc-en-ciel, qui raconte la découverte de la féminité et de ses conséquences par Ayse, fille pleine d’énergie, qu’on surnomme « Aysé le lutteur » et qui rêve de se transformer en garçon. A cette histoire sensible et légère, succède La Bombe mettant en scène les komitadjis macédoniens. Cruauté et barbarie, la fin est insoutenable. J’avais déjà entendu parler de ces terribles combattants macédoniens et bulgares, mais la nouvelle va au-delà de l’imaginable. Tout comme Lâlé la Blanche, longue nouvelle qui a donné son titre à l’ouvrage. Même si l’époque, la région, la politique m’intéressent, lire le récit d’un viol est pour moi difficilement supportable.

J’ai donc lu très lentement le livre, avec de longues pauses entre les nouvelles.

Même si je suis très motivée, j’ai peine à poursuivre. Et pourtant c’est un grand livre.  Le style est sobre, incisif, percutant et très élégant. J’ai été aussi sensible à l’ironie, à la critique de la société de l’époque. Heureusement la variété des sujets, les nouvelles plus légères  comme Pot-de-vin ou Harem donnent une respiration dans la lecture.

Ce recueil peut aussi être lu comme un témoignage de l’effondrement de l’empire ottoman, comme critique du colonialisme européen Le Bâtard et Primo, l’enfant turc. Ce dernier,  à Salonique, se déroule en 1912 quand l’empire ottoman perd la Libye, envahie par l’Italie. Une chronologie précise des événements est fournie en fin de livre. Le point de vue le plus souvent soutenu est celui du nationalisme turc vis à vie de l’empire multinational. On comprend mieux ainsi la suite : la guerre entre Grecs et Turcs à la fin de la Première guerre mondiale, l’avènement de Mustafa Kémal (justement natif de Salonique), le dépècement du Moyen Orient et son partage entre les Alliés. Ömer Seyfettin s’éteignit en 1920 et n’eut donc pas l’occasion de raconter l’histoire tragique qui s’en est suivie.

La petite iXe : une collection féministe PINAR SELEK – ROSA BONHEUR

CADEAU FÉMINISTE

Si telle la Mère Noëlle vous voulez glisser un cadeau dans la ballerine de quelqu’une sous le sapin ou lui faire la surprise en le glissant subrepticement dans son sac, voici une jolie idée! Encore mieux pour le 8 mars, mais c’est dans longtemps!

Format presque carré 12,9cm x 10 cm , une couverture souple blanche aux motifs abstraits, moins d’une centaines de pages. Collection militante pour des textes originaux que j’ai envie de faire connaître autour de moi.

PINAR SELEK – Loin de chez moi..mais jusqu’où?

loindechezmoi

Préfacé par son collectif de solidarité.

Je connaissais Pinar Selek romancière de La Maison sur le Bosphore que j’avais beaucoup aimé. Au détour du blog Entre les lignes, j’avais lu une analyse de son texte Service Militaire en Turquie construction de la classe de sexe dominante et entendu parler de ses poursuites par la justice turque qui l’ont contrainte à l’exil. J’ai apprécié la romancière, la sociologue et la militante féministe et pacifiste. J’avais envie de mieux la connaître. Quand les éditions iXe m’ont proposé de lire un livre de leur collection, c’est mon premier choix. Je les remercie de me l’avoir envoyé!

Le collectif de soutien à Pinar Selek présente son histoire, ses engagements féministes, pacifiste et antimilitaristes dans une première partie. Loin de chez moi…mais jusqu’où? est un texte assez court(20pages) mais très dense. Annoncé par deux vers de Novalis:

« La philosophie est le mal du pays

C’est le souhait de se sentir chez soi partout »

C’est donc un texte philosophique sur le sentiment d’appartenance à une maison et sur l’exil. Virginia Woolf écrivait :

« En tant que femme je n’ai pas de pays. En tant que femme je ne désire aucun pays. Mon pays à moi, femme, c’est le monde entier. »

Philosophe féministe elle « expérimente l’état de déterritorialisation » repoussant toute frontière.

L’exil comme nostalgie de la maison, ou l’exil comme chance?

ROSA BONHEUR : « Ceci est mon testament… »

ceci est mon testamentSuzette Robichon dans l’avant-propos Le domaine de la parfaite amitié présente Rosa Bonheur, célèbre peintre animalier(e?) , sa vie libre dans la nature, son amour des animaux, ses succès internationaux et ses compagnes, Nathalie Micas, son amie de toujours depuis ses 14 ans et Anna Klumpke « sœur de palette » qu’elle désigne comme légataire universelle lui laissant le « Domaine de Parfaite Amitié« . 

Le testament et la lettre-testament n’ont aucune prétention littéraire. C’est cependant un texte scandaleux pour l’époque (1898). Il était alors, (et maintenant?) inconcevable de déshériter les proches de sang (frère ou sieur)  au profit d’une étrangère même si cette dernière avait partagé le domaine du vivant de Rosa Bonheur. Dans la lettre-testament, elle croit nécessaire de justifier sa conduite envers sa famille « m’ayant mal jugée en mon droit de libre librement » . C’est donc le testament d’une femme libre.

Enfin un article de la Fronde raconte l’enterrement de l’artiste à Thomery puis au Père Lachaise. 

En annexe, une chronologie complète l’ouvrage.

 

L’architecte du sultan – Elif Shafak

MILLE ET UNES NUITS

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Merci à Babelio et à Flammarion d’ avoir enchanté un week end gris et pluvieux!

Une très belle couverture noire, ornée d’une mosquée et de palais aux sept fins minarets turcs effilés comme des crayons aux nombreuses coupoles,   un éléphant blanc et son cornac coloré, sont la promesse d’un conte des mille et une nuits.

Elif Shafak a distillé tous les ingrédients des contes : le sultan et ses palais merveilleux, la jolie princesse, la ménagerie et ses fauves, la naissance miraculeuse de l’éléphant blanc, le méchant pirate, les gitans magiciens, même la sorcière et ses sortilèges, ses herbes qu’on croit maléfiques, son chat empaillé…..

le bébé-éléphant
le bébé-éléphant

L’enfant cornac Jahan, venu d’Hindoustan, enchante la petite princesse curieuse de l’éléphant blanc, du récit de la naissance de l’éléphant, son frère de lait – Vérité ou invention? Dans le cours de l’histoire nombreuses sont les interrogations, vérité ou invention? Jahan est il Indien? est-il seulement un petit voleur?

On peut aussi lire dans l’architecte et le sultan comme un roman historique : l’architecte est Sinan, le sultan Soliman, puis Sélim et enfin Mourad  . L’auteur raconte le demi siècle le plus glorieux de l’empire ottoman, les conquêtes de Soliman, en Hongrie, les batailles glorieuses. Elle raconte aussi les travaux de construction des mosquées d’Istanbul et d’Edirne, mais aussi, la réfection de l’adduction d’eau. Nous imaginons les plans merveilleux, les prouesses architecturales.

Jahan, apprenti de  Sinan, part à Rome rencontrer Michel-Ange. Cette rencontre fait penser beaucoup à Parle-leur  de Batailles de rois  et d’Eléphants dont le thème est proche mais le traitement littéraire très différent. 

On peut aussi lire un thriller, les échafaudages tombent, tuent des ouvriers, des cordes sont sectionnées. Qui en veut à Sinan? L’énigme court le long du récit….

L'histoire se termine au Taj Mahal
L’histoire se termine au Taj Mahal

 

Sous une lecture facile d’un livre dont on tourne vite les pages (je l’ai dévoré) se cache de nombreuses richesses. Cependant, ce n’est pas le livre d’Elif Shafak que j’ai préféré. j’ai été plus touchée par le crime d’Honneur.  

Istanbul était un conte

LEVANTINS

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« crédit photo Nathalie Ritzmann »

Certains livres me touchent et entraînent dans leur sillage d’autres lectures. Il en est ainsi du livre de Benny Ziffer : Entre nous levantins. Les références littéraires ne manquent pas et j’ai lu Le Bruit de nos pas de Ronit Matalon. Comme Benny Ziffer, Mario Levi est turc. Il écrit en turc même si de nombreuses langues se mêlent dans cet ouvrage.

Istanbul était un conte est un très gros volume de 700 pages, en petits caractères, sans paragraphes, des chapitres qui ne prennent même pas le temps de s’arrêter sur une page blanche. Il enchaîne histoires sur histoires à perdre haleine.

Un conte?
On songe tout de suite aux  Mille et une nuits? Peut- être? Mais il n’y aura pas de Shéhérazade ni de Palais. Il se déroule dans les quartiers commerçants  d’Istanbul,  sans Topkapi, ni Mosquée bleue ni Bazar pour touristes.
Les contes s’emboîtent les uns dans les autres, se mêlent, se tressent. Les personnages se croisent, sous différents éclairages, vieilles photographies, souvenirs de uns et des autres, repas de famille, de fête ou de deuil…
Personnages d’une famille juive stambouliote de  leurs voisins, leurs associés en affaires…les conjoints, les parents des conjoints.
Ville cosmopolite et polyglotte. On parle turc (le livre est traduit du turc) et grec mais aussi espagnol aussi yiddish et français, et anglais….
On voyage aussi, de Riga à Alexandrie, de Londres à Mexico.

On se perd, on se retrouve. On se ruine, on joue, on cuisine.
Qui est qui?

Des Temps et des Vents – fil turc de Reha Erdem (DVD)

TOILES NOMADES

Les temps, ce sont les moments de la journée, rythmés par les appels à la prière. C’est aussi le passage des saisons, l’arrivée de l’automne et de l’hiver. C’est le temps d’autrefois, le temps de la ruralité dans ce village perdu de la mer Egée.

des temps et des vents enfants

C’est aussi le temps de l’enfance, le temps de l’école, le temps qui passe…

Les vents sont ceux de la mer Egée, Borée ou Meltem…

J’avais été fascinée par ce film à sa sortie en 2008 et j’ai retrouvé après l’avoir longtemps cherché, le DVD.

des temps et des vents minaret

Film tragique, rythmé par la musique d’Arvo Paart. Film où la mort rôde. Les enfants allongés, parfois ensevelis dans les feuilles ou des buissons, ne miment-ils pas la mort? Étrange désir de la mort du père de la part de l’adolescent.

 

Reproduction des brutes.

La grand-mère ne dit-elle pas que les enfants sont mignons quand ils sont petits mais qu’ils deviendront des abrutis en grandissant. Le père qui humilie son fils adulte, confiant l’étrange punition de construire un mur. Celui qui bat le petit berger pour une poignée de pistaches. Le grand frère qui repousse le petit à coup de pierres. Il ne dure pas le temps de l’innocence.

Le temps de l’école, espoir d’une vie meilleure. L’institutrice est aimée de tous. La jeune Yildiz est bonne élève mais sa mère la charge de corvées l’empêchant d’étudier et de lire.

des temps et des vents

 

 

 

Orhan PAMUK : Le Château blanc

LIRE POUR LA TURQUIE

pahmuk le chatea blanc

J’ai été enthousiasmée par Mon nom est Rouge que j’ai lu il y a quelques années alors qu’une exposition à L’Institut du Monde Arabe présentait des miniatures. Thème de la peinture, opposition etre la technique de la miniature et la peinture italienne avec portraits et perspective au débbut du 19ème siècle quand Bellini a portraituré le Sultan.

Dans le Château blanc on trouvé également la confrontation entre l’Occident et le monde Ottoman. Mais le thème est différent : il s’agit de sciences. Un jeune italien cultivé, est capturé par des pirates turcs et réduit en esclavage. Peu désireux de devenir forçat, il se présente comme médecin, exerce la médecine et se fait remarquer par un Pacha désireux de faire un feu d’artifice éblouissant. Autre thème de ce livre, une sorte de gémellité, l’Italien est présenté à son double, le Maître qui est pratiquement son sosie, un peu plus âgé. Le pacha cède l’Italien comme esclave au Maître, à charge de lui enseigner les sciences, l’Astronomie mais aussi la physique. Les deux hommes vivront face à face dans le projet d’instruire le Sultan-enfant. Ensemble, ils élaboreront des théories sophistiquées, écriront pour le Sultan des traités ou des contes qui devraient l’édifier et lui donner le goût de l’étude. Le Sultan a une ménagerie et adore les animaux. Les deux compères inventeront un bestiaire fantaisiste pour le plaisir du souverain. Il veut connaître l’avenir : astronomie et astrologie sont voisines !

Une épidémie de Peste se déclare à Istanbul, deux écoles s’affrontent : celle des conservateurs qui voient dans le fléau la main d’Allah qu’il est interdit et inutile de contrarier, celle des scientifiques qui pressentent la contagions et qui préconisent au Sultan des mesures de prophylaxie élémentaires. L’épidémie est vaincue, c’est le triomphe du Maître qui remplace l’Astrologue du Sultan.

Le Sultan part en campagne, en Hongrie, en Pologne. Les deux associés inventent une machine infernale destinée à terroriser l’ennemi, sorte de tank avant l’heure (il faudrait que je revoie les machines inventées par Léonard de Vinci).

Ce qui m’a charmé, c’est la rencontre avec Evleya Celebi dont j’ai lu les relations de voyage récemment. On retrouve les scènes fantastiques mêlées avec la relation quasi scientifique des contrées visitées. Evleya n’a pas vu l’Italie, il demande à l’Italien de la lui raconter. J’aime quand mes lectures dialoguent .

Cependant, le Château blanc n’a pas l’envergure de l’œuvre d’Evleya qui est absolument géniale. Il n’atteint pas non plus la densité de Mon nom est rouge que je lui ai nettement préféré. Toutefois, je vais continuer à explorer l’œuvre de Pamuk qui est tout à fait passionnante

Benny Ziffer – nous autres levantins

VOYAGE EN ORIENT 

benny ziffer

Benny Ziffer est un journaliste israélien. Il se revendique aussi comme « levantin » – d’un Levant qui s’étendait d’Athènes au Caire, Istanbul pour métropole, le Français pour lingua franca, la littérature, le cinéma et la peinture pour valeurs.

Ses carnets de voyage nous emmènent successivement au Caire, à Amman et ses environs, à Jérusalem, sur les pas de Mark Twain en Galilée, à Istanbul, à Athènes et même à Paris.

Peu d’attractions touristiques, les touristes sont plutôt considérés avec commisération. Au lieu de visiter les sites et les musées, Ziffer flâne dans les marchés avec une prédilection particulière pour les bouquinistes qui vendent à même le trottoir les livres en français  à l’Ezbeqieh  ou les suspendent avec des pinces à linge près de Beyazit. Il traîne dans les cafés et les lieux nocturnes du Caire en compagnie de son acolyte Niemand – personne – un Ulysse poète juif qui reviendrait à Ithaque/le Caire- improbable personnage, double imaginaire de l’auteur. Il passe une soirée avec Mahfouz. Nous emmène au cinéma….

A Alexandrie il rencontre le sosie de Cavafy, mais il faut se méfier des histoires qu’on colporte sur Alexandrie. J’en ai fait l’expérience personnelle!

C’est sur la piste d’une phrase de Flaubert qu’il traverse la Jordanie et nous en apprendrons plus sur le verre peint d’Hébron vendu par un arménien que sur le musée d’Amman.

J’ai été étonnée de la porosité des frontières. Ziffer ne se cache nullement d’être israélien. Au contraire, sa carte de presse lui ouvre certaines portes fermées.

Chaque fois, il souligne les parentés, les ressemblances entre les Levantins. Quant aux religions, elles offrent de surprenantes découvertes, Ziffer va à la synagogue au Caire et dans un monastère à Jérusalem. C’est en Israël, qu’il assiste à une cérémonie mystique soufie de derviches tourneurs.

Son récit à Istanbul est plus personnel, il touche de près ses origines familiales, la maison de ses parents, leurs amis. Plus politique aussi, le rapport au sionisme, politique turque aussi.

Et si le Moyen Orient oubliait ses différences pour ne vivre que ce qui rassemble?

http://www.turquieeuropeenne.eu/5627-Voulez-vous-des-nouvelles-du-chat-d-Erol-Guney.html

lire aussi cet interview de Benny Ziffer

Podcast de France Inter