C’est toujours avec plaisir que je retrouve Boudin familier et encore surprenant. Voyages en Normandie, à Honfleur, Trouville, Le Havre…et pourtant des tableaux inconnus puisqu’il font partie de la collection Guyonvarc’h.
« Trois coups de pinceau d’après nature valent mieux que deux jours de travail au chevalet »
Déclare celui qui est « le père de l’impressionnisme » qui, néanmoins à cause de la météo normande capricieuse et changeante, termine un tableau à l’atelier. Il rencontre Claude Monet âgé de 16 ans, encore lycéen mais déjà caricaturiste, et l’emmène peindre en plein champ
Claude Monet caricaturiste : Anglais à moustache 1857
A la Ferme Saint Siméon se réunit un cercle d’artistes Jongkind, Monet et Boudin
A la Ferme Saint Siméon – De gauche à droite Jongkind, Emile van Marcke, Claude Monet Achard
Boudin: de papetier-encadreur à artiste peintre, autodidacte, il subit les influences de la peinture néerlandaise et de l’Ecole de Barbizon. Il peint des scène maritimes et rurales et rencontre au début peu de succès. La Fête dans le bassin de Honfleur est refusée au Salon
Fête au Bassin de Honfleur
Scènes de plage – Longchamp au bord de mer
Trouville : scènes de plage
En 1858 le Duc de Morny découvre Deauville . Boudin invente la « scène de plage ». 1870, les familles de Claude Monet et de Boudin se retrouvent à Trouville.
Toute une section est consacré à la Bretagne
marché en Bretagne
Autant qu’aux paysages et aux marines, Boudins’intéresse aux gens, aux costumes et coutumes : marché, sortie de messe….
Port de Brest et débarquement des marins
J’ai été bluffée par ce tableau du Port de Brest, ciel dramatique, silhouette des voiliers et à droite le débarquement des marins. En regardant bien on voit dans le coin gauche les goélands…multitude de détails qui captent mon attention. Il peint une mer turquoise très lumineuse au Croisic,
Pendant la guerre de 1870 Boudin se réfugie en Belgique, il peint « de Dordrecht à Bordeaux » , Etaples, Berck, Saint Valéry sur Somme offrant tout un panorama des ports du littoral y compris en Méditerranée. En 1893 il fait un bref séjour à Venise.
Rouen : pont Corneille 1896
Cette exposition élargit le champ des peintures de Boudin qui n’a pas peint que la Normandie, même s’il l’a très bien peinte.
Autoportrait « il faut être dur avec soi, avoir une conscience, se regarder en face »
Maria, modèle à 14 ans, a posé pour les peintres connus de l’époque. Toulouse Lautrec la peint de face, nue, sur un fauteuil , La grosse Marie, qui regarde le spectateur d’un air de défi. C’est lui qui change son prénom en Suzanne, à cause de Suzanne et les vieillards. Ses dessins sont remarqués par Degas qui lui ouvre son atelier, lui enseigne la gravure et l’utilisation du papier calque.
Utrillo pensif
Après une série d’autoportraits l’exposition la situe parmi les tableaux de ses contemporains: Cézanne : Cinq Baigneuses, Puvis de Chavanne, REnoir, Degas, Henner, Matisse.
Gilberte, nue se coiffant (1920)
Le thème de la femme à sa toilette est à la mode. Suzanne Valadon, de modèle est devenue peintre n’hésite pas à représenter des nus, femmes et hommes. Elle s’est peinte, torse nu à 66 ans, sans complaisance. Sans complaisance, encore, elle peint les rides qui sillonnent le visage de sa mère
Portrait de famille : Utrillo et sa grand mère.
En 1909, elle rencontre André Utter 23 ans, un ami de son fils. Elle peint Adam et Eve nus et se lance dans de grande compositions
le lancement des filets
Dans les années 1920, Suzanne est devenue une peintre reconnue à qui on commande des portraits.
Portrait de Lily Wharton
j’aime beaucoup l’attention prêtée aux décors, aux couleurs fauves , aux arabesques des tissus colorés un peu à la manière de Matisse.
Portrait de Mme Levy
A côté des portraits, Suzanne peint aussi des natures mortes, gibier et fruits, et de beaux bouquets de fleurs . Une nature morte aux poissons de Mela Muter est tout à fait remarquable.
Mela Muter ; nature morte
Ma préférence va à ses portraits de femmes, le plus souvent fortes, actives loin des figures conventionnelles et des canons de beauté que les hommes prêtent aux femmes
Une exposition très riche aux œuvres très variées et aux thèmes passionnants. Pas très facile cependant : de nombreux artistes ne sont pas connus du « grand public« , plasticiens, écrivains, musiciens et cinéastes se croisent, font parcours ensemble.
Baldwin par Beaufort Delaney
Pour les écrivains c’est plus facile : deux grandes figures Baldwin et Edouard Glissant. Ce dernier sert d’axe central autour duquel tournent les différentes sections aussi bien, le Retour vers l’Afrique avec Césaire, Senghor et le concept de négritude, nous conduisant à la section Paris-Dakar-Lagos et, toujours en partant de Glissant on parvient à la Caraïbe, à la mémoire de l’esclavage, Antillesfrançaises, Cuba.
Umbral : Wilfredo Lam (Cuba)
On peut aussi choisir un parcours musical : de nombreuses œuvres ont pour sujet la musique et les musiciens. Jazzmen américains mais africains aussi
Cotton club
Entre Cotton Club et Saint Germain des prés, Amstrong, Duke Ellington, mais aussi Auric…j’ai aussi bien aimé les musiciens béninois de Paul Ahyi
Paul Ahyi : Les Musiciens
Une autre piste serait celle des luttes anticoloniales et révolutionnaires
josé Legrand : sans titre 1975
le grand diptyque de José Legrand, un peu dans le style d’Ernest Pignon-Ernest commémore les massacres de mai 1967 en Guadeloupe, évènement peu connu en métropole que j’ai découvert récemment en passant à Pointe-à Pitre .
Georges Corran : Délire de Guerre et paix
Et pourquoi pas, laisser de côté tout concept intellectuel et ne pas se laisser séduire par la beauté picturale de tableaux colorés, de matières variées, de tableaux, tapisseries ou sculptures
Victoire Ravelonanosy Repiquage du Riz à Madagascar
Découvrir des plasticiens originaux, des personnalités marquantes comme Delanney, Sekoto Wilfredo Lam, José Castillo..
Gotène- Congo : Femme perdue au cimetière
Impossible pour moi de donner une version totale de la visite tant elle a été surprenante.
Guo Pei – 5 robes brodées de fil d’or 15 personnes et 5 années de travail
De soie et d’or, costumes d’apparat, de pouvoir, de noces, ou d’Eglise, d’Orient en Occident, fils d’or, brocarts, lamés ont voyagé et l’exposition du Quai Branly emmène le visiteur pour un voyage éblouissant.
maroc
Mais attention, prévoir du temps, l’exposition est très riche, riche de l’or, bien sûr, mais riche en thématiques, le fil d’or et les techniques du travail de l’or, et les brodeuses au travail. Un parcours chronologique au fil du temps, de la Préhistoire à l’invention du lurex qui imite le fil métallique.
Tunisie : Robes de noces
Un voyage d’Ouest en Est, du Maghreb au Pays du Soleil Levant.
Arabie Saoudite
Comme le fil d’or a souvent été mêlé au fil de soie, des digressions à Madagascar où on a essayé de filer la soie des araignées, et au Cambodge avec les petits cocons de soie jaune.
Non, ce n’est pas de l’or, mais des cocons de soie jaune cambodgienne
Et comme s’il fallait encore en rajouter, les mannequins habillées des robes prestigieuses de Guo Pei ponctuent le parcours.
Guo Pei : Manteau traîne de l’Himalaya – 25 personnes y ont travaillé
Les techniques de broderieset tissages sont tellement variées qu’il est impossible de les résumer. Des pépites battues pour obtenir des bractées (feuilles d’or) dès la préhistoire, aux lamelles d’or collées à de la baudruche et découpées en rondelles, au fil tréfilé, puis enroulé … j’ai été fascinée par la vidéo montrant 6 femmes nouant dans leur doigts le fil que la maîtresse aplatissait en un galon précieux.
Broderie chinoise
Combien de points variés dans cette broderie chinoise?
Nanterre : Laurent Kronental « les yeux es Tours »
Banlieues chéries tente de donner une image positive de la « Banlieue«
pour commencer, définissons ce concept de banlieue : historiquement « à une lieue du ban » , un espace mis sous la protection de la ville »
Chronologiquement, Banlieues douces-amères, commence du temps de Zola qui décrit la Banlieue comme une campagne où les Parisiens viennent s’amuser dans les guinguettes, canoter sur la Seine. Ces banlieues douces sont illustrées par deux tableaux de Monet et un de Jongkind à Argenteuil. En vis-à-vis un film Le Croissant de Feu (2021) de Rayane Mcirdi ICIfilmé à Asnières dans le quartier des Mourinoux à l’occasion de la destruction de la barre d’immeuble Les Gentianes.
Atget
Entre la campagne et les rénovations urbaines, un siècle et demi d’histoire : La Zone : bande inconstructible, zone de tir à canon, devant les fortifications, est occupée par des « zoniards » ou des « zoniers » vivant dans la précarité aux portes de Paris. Cette Zone fut immortalisé par les photographies d’Atget (1913 1927), de Chifflot. Puis l’habitat précaire s’est étendu en immenses bidonvillescomme celui de Nanterre dans les années 1960 clichés de Pottier et Monique Hervo
Bidonville de Nanterre
De nombreuses photographies en Noir et Blanc présentent aussi les habitants dans une salle s’intitulant De l’intime à l’Esprit de Quartier
Des familles posent :devant l’objectif de Patrick Zachmann camerounais, russes ou ukrainiens, grecs ou vietnamiens. En face de cette exposition de photos de famille, des intérieurs souvent coquets sont reconstitués avec des meubles vernis, de douillettes chambres à coucher…
Banlieues engagées
les banlieues rouges des les années 20, des pavillons se construisent sans conforts, et les communistes prirent la défense des « mal lotis ». De ces années 1924 -1925 , l’exposition présente les croquis de Le Corbusier, de quartiers de maisons individuelles toutes identiques modulaires .
maquette de Nanterre
Les maquettes m’ont beaucoup intéressée, j’aurais même aimé en voir plus! La Cité de la Soie à Vaulx-en-Velin et surtout les maquettes de Nanterre. Ces tours-nuages ou Tours Aillaud ont également inspiréLaurent Kronental
Jurg Kreienbühl : Cimetière de Nanterre
Au chapitre, Les luttes en héritage une chronologie des luttes sociales est illustrée par des affiches
Police personne ne bouge
1979, grève au foyer Sonacotra de Garges les Gonesse
année 80 : âge d’or du rock
1983 marche contre le racisme
1990 : le rap rythme les émeutes urbaines
2000 émeutes de Clichy Montfermeil (Zyed et Bouna)
Les plasticiens de banlieue colorent leurs images. Ils s’approprient la ville et se représentent . Je retrouve des artistes que j’ai rencontré par ailleurs Mohamed Bourouissa (photos) et les broderies de Cindy Bannani qui ont pour thème la Marche de l’égalité de 1983 également présentées au Palais de Tokyo, ici elle sont installée sur la trame de keffieh .
Cindy Bannani
l’Exposition part aussi dans l’analyse des déplacements (RER B) et de la rénovation urbaine.
Beaucoup de thèmes sont abordés. Beaucoup d’œuvres intéressantes, surtout les photos. Cependant la scénographie est plutôt confuse, je peine dans l’accumulation. J’aurais préféré moins d’informations mais plus d’œuvres marquantes. Peut être la plage de temps aurait dû être réduite, ou peut être aurait-on plutôt du choisir un thème moins vaste?
Artemisia Gentileschi : Autoportrait en joueuse de luth
Artemisia Gentileschi (1593 -1653)
Née à Rome, fille d’un peintre reconnu Orazio Gentileschi, elle apprend la peinture dans l’atelier de son père. Dès l’âge de 16 ans, elle signe sa première œuvre majeure Suzanne et les vieillards présentée dans l’exposition de Jacquemart André, mais interdite à la photo. Victime d’un viol de la part d’un collaborateur de son père, Tassi, elle subit aussi la torture au cours du procès que son père intentera à Tassi. Après son mariage elle s’installe à Florence où elle obtiendra de nombreuses commande. Rome, Florence, Londres…Artemisia, de son temps avait une clientèle internationale. Curieux qu’elle soit tombée dans l’oubli!
Esther, dans un tableau avec Assuérus
Dès qu’on entre dans l’exposition, on est frappé par la taille des tableaux, la vigueur des personnages. Ce n’est pas ce qu’il convient d’appeler un « ouvrage de dame« . Artemisia joue dans la cour des grands. Elle choisit les sujets en vogue à l’époque : Antiquité avec Ulysse,Minerve, Cléopâtre, sujets bibliques : , Assuérus et Esther, David et Goliath, Judith et Holopherne. Et surtout aucune mièvrerie. Ses Judith sont aussi terribles que celles du Caravage
Judith et Holopherne
Artemisiaa sûrement rencontré le Caravage que fréquentait son père. Elle a pu admirer ses tableaux dans les églises de Rome. Sa peinture est dans son sillage. Elle est presque aussi cruelle que lui. La parenté entre son style et celui du Caravage a été déjà évoquée dans une exposition à Jacquemart André ICI où elle était très présente – en tout cas ses tableaux m’avaient bien plu puisque j’avais illustré le post avec . Notons que c’est Le Caravage qui s’auto-portraiture avec un luth . Un tableau présenté ici est inspiré par Caravage, peint par Artemisia puis copié par un anonyme de son atelier….
Judith et sa servante
Têtes coupées, exécution avec un poinçon pour Yaël et Sisera, on pourrait presque écrire que la dame ne fait pas dans la dentelle. Et bien si! elle peint merveilleusement bien les tissus, drapés, et dentelle des pourpoints des hommes dont elle fait le portrait.
Cléopâtre
Une série de femmes de caractère comme Cléopâtre, ou mythique comme Minerve complète cette impression de femme forte!
Très jeune, (1898 -1900)au cours d’un voyage aux USA, elle s’est essayé à la photographie. L’exposition présente une très belle série en Noir et Blanc.
Elle étudia la peinture à Münich (1902) où elle eut pour professeur Kandinsky qui fut son compagnon jusqu’en 1916. ils voyagèrent en Tunisie(1905), à Paris(1906 – 1907)
1905 Rue de la Verdure Bab El Khadra Tunis
De son séjour parisien, on peut voir au MAM des linogravures
1907 Kandinsky à l’harmonium
Elle a représenté un paysage à Sèvres, à Saint Cloud, d’autres linogravures.
Au cours de son séjour parisien elle a visité des galeries et des collections privées où elle a pu voir des œuvres de Gauguin, Bonnard, Cézanne, Picasso et Matisse.
Portraits Munichois 1908
1908 portrait de garçonnet
son style s’affirme dans ces portraits très proche de l’expressionnisme allemand. En 1909 elle rejoint à « Nouvelle Association des Artistes de Münich » puis le Blau Reiter (1911) avec Kandinsky, Franz Marc et August Macke. J’ai un excellent souvenir de l’exposition à l’Orangerie du Cavalier Bleu ICI
1913 Combat du dragon
J’ai reconnu le Combat du dragon qui y était et qui est également présenté ici. Elle peint à Murnau des paysages que j’ai beaucoup appréciés
1911 rue de village bleu
Mon préféré est cette rue de village bleu.
1910 Nuages du soir
On retrouve le motif des meules de foin dans plusieurs tableaux.
1909 A l’écoute
Certains cadrages comme ci-dessus, « A l’écoute » sont étonnants, ou comme cette nature morte croquée dans un tram ou un train avec les paquets sur les genoux d’une dame dont on ne voit pas la tête .
1929 la sténographe Suisse en pyjama
Elle passe la première guerre mondiale en Scandinavie et retourne dans les années 20 en Allemagne. Elle peint les femmes au travail ou actives
1930 La lettre
De retour à Murnau en 1931
1932 Le Lac gris
Après 1933, le reste discrète, réduit ses apparitions en public mais continue de travailler.
J’ai découvert cette artiste et j’ai beaucoup aimé cette exposition.
Rodolphe II(1552 -1612) fils de Maximilien II, fut Roi de Hongrie, roi de Bohème et Empereur du Saint Empire Romain Germaniqueen 1576, le « plus grand mécène du monde »
Hoffman : Lièvre entouré de plantes (1585) d’après Dürer
1ère partie de l’exposition « Décrire le monde » présente une collection d’aquarelles et dessins ainsi que des livres savants
Hoefnagel : Scarabée éléphant
Ces planches sont de toute beauté et sont digne d’une encyclopédie naturaliste. Le chardonneret s’inspirant aussi de Dürer, taille réelle aquarellé vaut le déplacement. Il y a aussi le livre savant Gemmarium et Lapidarium
Compendium astronomique
En face, c’est la mesure de la Terre et de l’Universqui réunit les astronomes aussi fameux que Tycho Brahe qui tente de concilier l’héliocentrisme de Copernic avec les théories de l’Eglise, et Johannes Kepler qui met en évidence le mouvement elliptique des planètes. on peut voir les calculs de ces savants sur de gros livres. Mais surtout les instruments : sextants, compas, sphères armillaires… décorent les rayons, le compendium réunit en une boîte plusieurs instruments de mesure.
Une salle est appelée Allégorie à l’époque on pensait que la Nature s’exprimait par un langage secret et par la Magie Naturelle qui s’intéressait à l’optique au magnétisme et à l’alchimie.
Castrucci : (1615)Château aux environs de Prague
Trois tableautins en pierres dures décrivent les environs de Prague.
On assiste au Renouveau du Paysage
Deux paysagiste Pieter Stevens et Roelandt Savery s’inscrivent dans la tradition flamande de Breughel faisant attention au moindre détail. Ils dessinent et gravent des paysages forestiers . Dans al scène avec trois chasseurs, ces derniers sont minuscules, il faut les chercher comme les bucherons dans un autre tableau
Pieter Stevens Paysage avec bucherons
Rodolphe II collectionnait aussi les très belles coupes de jaspe, de cristal de roche, d’ambre ou de corne de rhinocéros. Il tournait aussi ces coupes lui-même en corne.
A l’occasion de la restauration de la Maestà et de l’acquisition de La Dérision du Christ, le musée du Louvre a organisé dans la salle Rosa, au bout des salles de peinture italienne, une exposition consacré à Cimabueet à la peinture italienne du XIIIème siècle.
J’apprécie beaucoup le principe de ces expositions autour d’un chef d’œuvre en le situant dans son contexte « Revoir le Pierrot de Watteau » ou « Revoir Van-Eyck » m’avaient enthousiasmée. Prendre son temps à étudier un tableau, comprendre comment il a été peint, dans quelles circonstances, quelle histoire, quels précurseurs, quelles influences. Une leçon d’Histoire de l’Art. Peu de touristes viennent perturber la visite. Ce matin, calme sérénité et échanges polis. Une dame est même venue proposer son bic 4- couleurs parce que mon stylobille faisait des caprices et que je râlais toute seule.
Cimabue (1240 à Florence – 1302 à Pise) de son nom Cenni di Pepo
L’exposition s’ouvre sur les lignes de Dante et un manuscrit sur parchemin, puis sur la biographie que Vasarilui a consacré en 1568. La Vierge et l’Enfant de Botticelli entra au Louvre en 1802 sous le nom de Cimabue, pourtant on reconnait le style de Botticelli!
Vierge à l’enfant – vierge Kahn
Au XIIIème siècle, l’Italie était fascinée par l’art byzantin. Les peintres italiens copiaient les icones. Sur une Maesta ancienne, le peintre a ajouté du relief pour imiter les icones byzantines. La Vierge Kahn ci-dessus aurait été peinte à Constantinople pour être exporté et offerte par l’empereur Michel VIII Paléologue.
Sainte Catherine d’Alexandrie – Maitre de Calci – Pise
Sainte Catherine d’Alexandrie, de l’Italien Maître de Calci(1225-1260) est représentée comme les icones.
Une carte montre L’Italie et la Méditerranée avec les échanges de biens et culturels : De Constantinople, provenaient les icones, la soie, les épices, de même d‘Alepet d’Antioche, royaumes croisés latins jusqu’en 1268.
Des pays arabes, Damas, la Tunisie,des céramiques islamiques (façade de l’église de Grado)et l’Andalousie on importait céramiques et soieries, comme la Dalmatique tissée d’or et de soie. On retrouve les motifs d’écriture arabe sur le cadre de la Maesta.
Atelier Nicola de Pisano (1267) Tombeau de St Dominique – Les 3 acolytes (marbre)
Cette écriture arabe décore la bouteille de forme orientale sur la sculpture des trois acolytes. Un échantillon de Lapis-lazuli, en provenance d’Orient est présenté, il donne les bleus de la Maestà.
les Années 1280 période d’effervescence artistique
Cimabue invente une peinture plus vivante, moins figée que celle des icones byzantines mais il n’est pas seul à la fin du XIIIème, le Siennois Duccio di Buoninsegna et les autres peintres de son atelier font aussi preuve d’inventivité. Je remarque les gestes (gesticulations) de l’Enfant qui appuie sa main sur la joue de sa mère, joue à tirer son voile, tend ses bras vers l’autre main
J’ai du mal à distinguer la peinture du Duccio de celle de Cimabue dans les panneaux de bois de la Flagellation et de la Dérision du Christ, dernière acquisition du Louvre
Cimabue : Dérision du Christ
Une vidéo zoome sur la Maesta restaurée dont on peut admirer tous les détails, les picots sur les nimbes, les plumes de anges, et les bizarres crochets des diadèmes
Détail des anges de la Maestà
Pour avoir des dorés plus dorés, il vous faudra aller voir l’exposition.
Et pour finir le merveilleux Giotto qui était le voisin de la Maestà sur le jubé de l’église des Franciscains de Pise
La Société d’Histoire et d’Archéologie de Saint Maur des Fossés organise des visites guidées tous les 2èmes samedi du mois. Je me suis inscrite grâce à Explore Paris. Bravo à notre conférencier qui a fait revivre les vestiges dans le square et le parc de Saint Maur!
En dehors de la Tour Rabelais qui se dresse dans le square de Saint Maur, les vestiges dispersés sont assez peu lisibles pour le promeneur ignorant. Des panneaux avec QR code sont prévus pour une visite individuelle libre. Cependant, rien ne vaut le commentaire pour accrocher l’attention.
L‘Histoire de l’Abbaye de Saint Maur est très ancienne. l’Abbaye bénédictine fut prestigieuse en son temps et le pèlerinage très fréquenté. S’il reste peu de vestiges sur place, les archives à Paris sont très importantes et les manuscrits du scriptorium sont conservés à la BNF. L’histoire est aussi documentée par des miniatures, gravures jusqu’au 18ème siècle qui donnent une image très précise de l’Abbaye et du Château de Saint Maur détruit à la Révolution. La toponymie a gardé le souvenir : La rue Saint Maur à Paris qui reliait l’Abbaye à Saint Denis est l’une des plus longues rues de la capitale.
Chronologie
occupation gauloise du site
639, sous les Mérovingiens, fondation du Monastère des Fossés
Il fut victime des invasions vikings
868 sous les Carolingiens le monastère reçu les reliques de Saint Maur. Reliques miraculeuses guérissant de la goutte, auxquelles un pélerinage important est consacré.
1281 : il prend le nom de Saint Maur des Fossés. Au XIIIème : développement du scriptorium où de précieux manuscrits religieux mais aussi profanes sont copiés.
1350-1360 fortification de l’Abbayepar le dauphin (Charles V) pour préparer la Guerre de Cent Ans.
1530 les chanoines remplacent les moines, les maisons des chanoines remplacent les bâtiments monastiques qui vont se dégrader au fil du temps
1750 : démolition de l’Abbaye.
promenade guidée :
La Tour médiévale ronde (1350-1360) est intacte. Il faut juste imaginer la toiture conique qui la coiffait. Archères et canonnières et mur de fortification. Actuellement elle paraît isolée mais deux maisons des chanoines étaient accolée à la tour, elle-même abritant aussi des chanoines. Rabelais, secrétaire de Jean du Bellay, y séjourna, d’où le nom de Tour Rabelais.
A l’intérieur de la Tour, on découvre des petits bas-reliefs comme cette procession des pèlerins, une scène de chasse au cerf …
bas relief de la procession des pèlerins
La Tour fut aussi utilisée comme prison.
Square (1920-1930) l’aspect hygiéniste de l’époque aménagea un jardin à la française en respectant l' »allée royale » qui menait autrefois au Château de Saint Maur , bâti par Catherine de Médicis qui appartint aux Condé dont il reste des représentations à Chantilly.
par de belles grilles on pénètre dans le Parc ouvert au public en 1982, « parc historique » , évocation végétale de la vaste Abbatiale maintenant disparue dont il ne reste qu’un pilier (XIIIème s.). Cette grande église avait une nef de 86 m. Des archéologues a retrouvé des fondations et des carreaux du pavage. Il faut imaginer les procession des nombreux pèlerins, 2000 personnes, riches marchands du nord (la goutte ne touchait que les riches); les processions tournaient autour des reliques et les guérisons miraculeuses avaient lieu la nuit.
jardin des simples, cloître roman, N.D. des Miracles
Au fond du jardin des simples bien reconstitué et fleuri dès aujourd’hui en avril on voit la Galerie du cloitre qui relie le Cellier roman à la Chapelle Notre Dame des Miracles (XIIème s.) . Ce cloître roman date de 1908, il a été élevé par le propriétaire de l’époque Maujan, (1853-1914) sénateur, homme de théâtre qui en fit un décor de théâtre.
Auparavant, le pharmacien Bourrières fit construire une villa et collectionna les restes de l’abbaye.
Sans l’aide de notre guide, je serais vraiment perdue entre vestiges antiques, décors de fantaisie (une échauguette) des décors sur Notre Dame des Miracles.
Mur du cellier XIIème)
A côté du cellier se trouve l’entrée des galeries souterraines qui servaient de cave à vin. Dans chacune des alvéoles on peut imaginer un gros tonneau de vin. Le vin était essentiel dans la vie monastique. Les moines cultivaient leurs vignobles à proximité sur le coteau de Saint Maur. Le galeries étaient aussi des carrières de calcaire lutécien jusqu’au XVIIIème siècle. La descente dans les carrières très fraiches et humides donnent un caractère aventureux à notre visite.