50 ans à la MAC – Jubilée -Jubilons

MAISON DES ARTS DE CRETEIL

Jubilée affiche

Le 3 janvier 1975 : Inauguration de la Maison des Arts et de la Culture. La silhouette originale est l’œuvre de l’architecte Jean Faugeron

Polychromie d’Yvaral

Depuis plus de 40 ans, j’ai fréquenté régulièrement la MAC avec mes élèves et pour le plaisir. Théâtre, danse, musique et rencontres. Plaisir de  retrouver anciens collègues, anciens élèves. Surprises de troupes en tournées. Rendez-vous annuels avec Mourad Merzouki, Angelin Prejlocaj, Montalvo,  Blanca Li…

En mars, Festival de Films de Femmes, cette année, la 48ème édition a disparu en catimini. Privé de subventions de la Région, il a été « différé »(?) supprimé(?) sans aucune explication. C’était pourtant un rendez-vous important où j’étais sûre de retrouver des copines de longue date…

Bonne surprise que ce Jubilée .

La séance de 20 heures a commencé avec une heure de retard, occasion d’évoquer les spectacles qu’on a aimés, se souvenir des plus marquants, des plus anciens.

Théâtre de carton : lac des cygnes

Olivier Martin-Salvan et son complice Clément Deboeur ont joué les maitres de cérémonie avec des intermèdes hilarants et leur théâtre de carton. Pirouettes, musique, chansons à grand renforts de panneaux de carton  ondulé. 

Un grand écran en guise de rideau pour projeter BOLERO.S de Mehdi Kerkouche tourné sur l’esplanade entre la MAC et la Mairie. 

Eric Reinhardt a fait une lecture de« L’Imparfait » paru dans la collection de La Nuit au Musée, nuit dans la Galerie Borghèse.

Puis un extrait du spectacle Requiem(s) du Ballet Prejlocaj

Un extrait aussi du spectacle de José Montalvo en avant-première. Versailles et Créteil, savamment mixé avec une grenouille géante…. pour le plaisir un  extrait de son spectacle Gloria qui est passé à la Mac il y a quelques temps

Et après encore des pitreries et plein de cartons le long de la Ligne8 du métro tous les artistes, le personnel de la Mac est appelé sur la scène pour un final endiablé

Un bal a suivi le spectacle, mais pour nous il était temps de rentrer. Ravies

Dans les pas de NADAR le Républicain – Jean- Claude RAGARU

MASSE CRITIQUE DE BABELIO

Bonne pioche de la Masse Critique merci à Babélio et aux éditions du Petit Pavé. 

En 2019, la BNF avait offert une belle exposition aux trois Nadar, Félix le plus célèbre, Adrien son frère et Paul le fils. CLIC par ailleurs, j’ai souvent rencontré Nadar dans les expositions, soit les photographies de ses contemporains, soit ses caricatures. Ils ont portraituré presque un siècle de célébrités. 

Panthéon Nadar

La courte biographie de J-C Ragaru (165 p. ) illustrée de nombreuses photographies, caricatures, lettres et documents s’attache à donner une approche complète de Félix Nadar. L’auteur a pris en compte les différentes étapes de sa carrière : journaliste, caricaturiste tout d’abord, photographe à partir de 1854, puis passionné d’aéronautique, de photographies aériennes, entre autres activités. 

R1garu raconte tout d’abord une vie de bohème sous le patronage de l’éditeur Hetzel et du directeur de journaux satiriques Philipon. On pense aux Illusions perdues, on est dans Balzac! On croise de nombreux hommes célèbres, Balzac, Gerard de Nerval, Victor Hugon George Sand…Nadar a souvent recours à des expédients pour faire fortune : son idée de génie est le fameux Panthéon Nadar où chacun veut figurer

Chacun veut son portrait, en caricature ou en photo. Avec son frère Adrien, il ouvre un atelier, puis un autre. La photographie atteint un développement presque industriel, opération rentable.

Une nouvelle passion le tient, ruineuse, l’aérostat, après un envol en ballon captif. Il met au point un très gros ballon Le Géant qui finira sa course en se trainant lamentablement. Le gros ballon devait financer un autre essai de vol préfigurant l’hélicoptère. Nadar devient un personnage de Jules Verne qui s’en inspirera pour Robur le Conquérant. Ce pionnier de l’aéronautique photographe saura combiner ses deux techniques avec la photographie aérienne appliquée au cadastre en temps de paix, puis à la surveillance des opérations militaire pendant le siège de Paris  pendant la guerre franco-prussienne de 1870. Enfin, il participera à l’aéropostale, par ballons puis par pigeons quand Paris se trouvera isolé. Ragaru a beaucoup développé cet aspect de la vie de Nadar, et m’a un peu perdue dans la description en détail des différents ballons. 

C’est aussi une biographie sensible qui montre Nadar toujours fantaisiste, bohème même sur les périodes de sa maturité . Toujours républicain, de la monarchie de Juillet qu’il caricature dans sa jeunesse, sous le Second Empire où il renoncera à certaines entreprise pour ne pas se soumettre à Napoléon III; Toujours attaché à ses amis républicains. . Il nommera aussi  es ballons  « Louis Blanc »; « Armand Barbès » « George Sand. Vers la fin de sa vie il sera dreyfusard  et étrillera Gambetta dans un pamphlet rabelaisien.

Promenade agréable sur terre comme dans les airs!

Mickalene Thomas – All about Love – Grand Palais

Exposition temporaire au Grand palais jusqu’au 5 avril 2026

Clarivel Face Forward Gazing (2024)

Mickalene Thomas est une artiste afro-américaine, née en 1971 dans le New Jersey.  Photographe, peintre, vidéaste…elle magnifie le mouvement des années 1960 -1980 Black is beautiful

RESISTE

Je définis mon travail comme un acte féministe et politique…Je suis noire, queer et femme

Photographe, elle réalise des portraits dans la lignée des photographes maliens Seydou Keita et Malick Sidibé, mise en scène en studio avec des textiles africains. Ses modèles portent des tenues choisies par l’artiste

Elle détourne les images comme le Déjeuner sur l’herbe, Olympia ou La Grand Odalisque.

Déjeuner sur l’herbe

Peintre, elle va agrandir les photographies, les repeindre, les recouvrir de strass, de paillettes, de miroirs pour faire briller ces déesses afro.

African Goddess looking forwards

Elles sont belles, puissantes, sensuelles et regardent bien en face

Renversement des Odalisques orientaliste des harems de l’imagerie occidentales. Ces tableaux colorés gais sont présentés dans des installations : des salons un peu vintage avec fauteuils, coussins, plantes vertes. « Espaces-refuges » où les femmes noires se réunissaient entre elles

Salon vintage et odalisque

les visiteurs peuvent même s’asseoir dans un des salons pour regarder et écouter des vidéos de Angelos negros, 3 chanteuses  jouent le rôle de Eartha Kitt

La visite se fait en musique.

Dans une autre salle, les couleurs sont vert-bleu et l’atmosphère tropicale avec beaucoup de plantes vertes. Un mur vidéo avec 12 petits écrans déploie des images tantôt aux couleurs de wax, tantôt suggestive d’une femme nue qui se livre morceaux par morceaux, ou des images déformées comme vues sous l’eau.

Collage

A l’étage, une mezzanine présente des collages sous le mot d’ordre de Baldwin :

On ne peut changer tout ce qu’on affronte mais rien ne peut changer tant qu’on ne l’affronte pas

Les images sont moins glamour, plus grises faites de collages en référence à Picasso, Matisse, Faith Rainggold et Claude CahunCertains collages utilisent des photos de nus exotiques d’un photographe italien réalisées pour les plaisir de l’homme blanc. Les collages sont sous le regard d’une femme noire lesbienne. 

Comme souvent j’ai trouvé un podcast des Midis de Culture « une exposition séduisante mais un peu frustrante » CLIC 

A moment’s pleasure

Critique un peu sévère jugeant le travail de Mickalene Thomas comme peu subvertif reprenant les poncifs qu’elle veut dénoncer. A vous de voir…

Gabrielle Hébert – Amour fou à la Villa Médicis – Orsay

Exposition temporaire jusqu’au 15 février 2026

Annonciation dans les lys de la villa Medicis

Gabrielle Hébert (1853 Dresde- 1934 La Tronche)

En 1880, Gabrielle vient à Paris étudier la peinture dans l’atelier d’Ernest Hébert. Le 6 novembre ils se marient, elle a 28 ans, lui 63. En 1884, Ernest Hébert prend la direction de la Villa Médicis où ils resteront jusqu’en 1893. 

Ernest Hébert – Villa Médicis

Ernest Hébert collectionne les photographies. Il en possède des centaines d’images. 

Le 21 juillet 1888, Gabrielle « sort acheter les choses nécessaires pour la photographie »[…]prend des leçons auprès de Cesare Vasari et installe en compagnie du pensionnaire Alexis Axilette, une chambre noire pour développer ses négatifs, tirer et retoucher ses épreuves.

Bosco

Gabrielle tient la chronique de la Villa Médicis, de son architecture, de ses jardins avec une grande attention pour les fleurs, surtout les lys qu’elle inclut dans ses mises en scène comme l’Annonciation (plus haut), elle photographie les visiteurs : Sarah Bernhardt

Sarah Bernhardt

Elle photographie les pensionnaires au travail : le sculpteur Denys Puech, l’architecte Hector d’Espouy. Sans oublier le jardinier, leurs petits chiens. Amusante scène de jeu de saute-mouton des pensionnaires

La muse d’André Chénier – Denys Puech

Ces épreuves sont de très petits formats figurant parfois des véritables tableaux vivants comme l’Annonciation qui rappelle la Renaissance mais dans l’esprit des Préraphaélites. Autre mise en scène: sa soeur jumelle pose pour les Vestales sur l’escalier du Bosco 

Vestales sur l’escalier du Bosco

 

Elle fait aussi de nombreux portraits de son mari à qui elle voue une admiration sans borne. Dans ses écrits elle l’appelle « Alles » (tout)

ERnest Hébert et les enfants des rues, ses modèles

Après avoir quitté la villa Médicis, ils font de longs périple en Italie et en Sicile, en Espagne. Avec bien sûr de très belles photographies. Sa production s’interrompt à la mort d’Ernest en 1908 à la Tronche en Isère où elle se consacrera à un musée à sa gloire. Son œuvre photographique ne sera redécouverte qu’au XXI -ème siècle, par hasard.

Ernst Hébert : la Mal’Aria

Céline Laguarde (1873-1961), photographe au Musée d’Orsay

Exposition temporaire jusqu’au 12 janvier 

Une divine surprise, cette exposition juste à la sortie de la foule de Caillebotte. Calme et sérénité ! Dans la pénombre tous ces clichés de la photographes pictorialiste

Des figures symbolistes, une sorcière inquiétante

Sorcière kabyle

mais aussi des paysages, du Pays Basque d’où Céline Laguarde est originaire, d’Espagne, Tolède, Salamanque…

Et toute une galerie de portraits de musiciens : Darius Milhaud, poètes Francis Jammes, Frédéric Mistral, l’entomologiste Fabre…. et même des microphotographies de pièces buccales d’insectes.

Vraiment une belle surprise!

 

MuMa -Le Havre : Photographier en Normandie (1840-1890) – Boudin

NORMANDIE IMPRESSIONNISTE 2024

Emile Colliau le remorqueur

Le Musée du Havre, MuMa est un musée d’Art Moderne initié par Malraux.

Il est précédé par une grande tour : Le Havre Porte de l’Europe est peint verticalement sur sa base. C’est la Tour de contrôle de la Capitainerie. Non loin, la Catène des containers confirme la double vocation, portuaire et artistique.

Dans le cadre de la saison Normandie Impressionnistes 2024, le Musée présente l’Exposition Photographier en Normandie 1840-1890.

Gustave Le Gray – voiliers quittant le port du Havre

Photographes et peintres impressionnistes ont beaucoup dialogué. La première exposition impressionniste de 1874, célébrée cette année au Musée d’Orsay eut lieu chez Nadar boulevard des Capucines.

Le  Port du Havre des années 1850 est à l’entrée de l’exposition :   La photographie de Le Gray1856 montre d’élégants voiliers et la Tour François 1er, dans le daguerréotype de Macaire  , des silhouettes occupent le premier plan. La tour François 1er édifiée en 1517 fut démolie en 1861 pour permettre le passage des navires à vapeur. Non seulement ces images sont d’une beauté étonnante mais ce sont les témoignages d’un monde disparu. La technique photographique de l’époque exigeait un temps de pause important, ces arrivées de voiliers sont un véritable exploit. La technique imposait aussi une composition parfaite : la lumière est dorée dans les œuvres sépia. Une merveille dans le coucher de soleil de Le Gray.

Monet – plage d’Etretat

La confrontation entre les photographies et les peintures impressionniste est détonante. La Cathédrale de Rouen de Monet est accrochée au milieu de plusieurs photographies dont une de John Ruskin. Dès le milieu du XIXème siècle, sous l’impulsion de Prosper Mérimée qui a initié l’Inventaire des Monuments Historiques dès 1831, les photographes ont pris pour sujet les monuments. Il est possible que des peintres se soient inspirés de ces photographies. Jongkind a peint un tableau correspondant parfaitement à la photographie exposée à côté. Parmi les nombreuses photos sont exposés les tableaux de Boudin, Monet et Courbet qui répondent aux images des mêmes sites. Cette confrontation est passionnante.

Jules Camus – Lison

Surprise ! Je découvre la Lison, la locomotive de Lantier, un personnage à part entière dans la Bête Humaine. Une véritable émotion me submerge.

Beaucoup plus récente cette photographie du quartier Perret en construction

Les collections permanentes du MuMa sont présentées à l’étage.

Boudin – Trouville le chenal

Un mur entier est couvert de petits tableaux de Boudin. Un enchantement.

boudin lever de lune

Le coucher de soleil, on croirait un Turner, le Lever de lune sur un bassin (1885), presque abstrait. Je connaissais les ciels, les nuages sur la côte normande….La série de vaches normandes m’a fait sourire. Il y a aussi des personnages, des lavandières.

Boudin étude de vaches normandes

Ces collections sont variées : peinture espagnole, italienne. Ma capacité d’émerveillement est épuisée après tout ce que je viens de voir. Je préfère passer à autre chose.

 

Enfin le cinéma ! Arts, images et spectacles en France 1833-1907 – Musée d’Orsay

Exposition temporaire du 28 septembre jusqu’au 16 janvier 2022

1826 : premières photos de Niepce

1895 : première séance de cinéma des Frères Lumière.

Depuis le milieu du XIXème siècle, les représentations de la réalité évoluent, les images s’animent.

 

Pygmalion et Galatée Rodin

En introduction à l’Exposition, la sculpture de Rodin s’anime sur l’écran comme une blague : la statue quitte son piédestal et devient femme vivante – illustration de cette arrivée du mouvement. Mouvement, transformations et bouleversements dans Paris documentés par la photographie qui témoigne de la construction des Boulevards haussmanniens, de la construction de la Tour Eiffel, de l’enterrement de Victor Hugo ou tout simplement de la circulation Rue Royale.

Caillebotte : Pont de l’Europe

La peinture aussi préfigure le cinéma comme ce passant sur la gauche du tableau qui s’éloigne à grandes enjambées tandis que le train Gare Saint Lazare s’annonce avec son panache blanc.

Pissaro : La Place du Théâtre français

Cadrage cinématographique pour ce carrefour peint par Pissaro vu de dessus. L’idée de mouvement, d’images animées s’impose dans ces séries de photographies, dans les jeux d’animations de disques qui tournent, de photographies stéréoscopiques, même dans la peinture où les personnages virevoltent comme dans la Valse de Valotton

la Valse : Valotton

Valotton illustre cette vie moderne trépidante

Valotton : le Bon Marché

Evidemment, le sujet de l’exposition est illustré par de nombreuses projections qu’il est plus difficile de photographier et de commenter.

Corps en mouvement des gymnastes et athlètes, corps musclés, à saute-mouton, aux agrès à la course. Différentes des images sportives d’aujourd’hui qui font plus de place au record, à la performance qu’aux exercices . Sport masculin et danse. Loïe Fuller est une muse inspirant de nombreuses réalisations, photographies, films mais aussi sculptures ou lampes.

Loïe Fuller

Photographies, et films montrent aussi le corps féminin dans un but érotique et même un esprit voyeur. toute une salle montre films et photos coquines.

Vers la fin de l’exposition on arrive à représentation historique : panorama comme cette bataille de Champigny/Marne(2 décembre 1870) peinture géante de 120 m de long sur 9m de haut (seul un extrait est ici présenté), peinture et films historiques et bibliques.

Après la surprise de la vie quotidienne qui a ravi les premiers spectateurs, les réalisateurs doivent présentent des sujets plus élaborés : au début du XXème siècles les différents genres de cinéma sont développés : comique, érotique, historique, le cinéma est bien là!