Bons baisers de Tanger – Melvina Mestre

LIRE POUR LE MAROC

Après Marrakech et Casablanca, c’est Tanger des années 50 que Melvina Mestre nous fait découvrir avec une enquête rondement menée par sa détective favorite Gabrielle Kaplan et son fidèle adjoint Brahim.

Tanger est cosmopolite, espagnole, française et bien sûr marocaine. C’est aussi un nid d’espions. Services secrets français et américains qui se sont implantés depuis l’opération Torche en 1942. Grand port se  prêtant à tous les trafics où le Milieu corse et marseillais prospère. Ville très animée avec ses bars, ses boites de nuit, ses fêtes somptueuses qui mêlent la jet-set à toute une population interlope.

Kaplan enquête sur la disparition d’un assureur. Elle se déguise en épouse éplorée et nunuche qui cherche son mari. 

Ne comptez pas sur moi pour vous raconter l’intrigue. Lisez-la!

Vous allez voyager.

 

Les Doutes d’Avraham – Dror Mishani – Points Policier

LITTERATURE ISRAELIENNE

« J’aime les gens qui doutent, les gens qui trop écoutent leur cœur se balancer » Anne Sylvestre

Avraham est le policier de la série israélienne de Dror Mishani. Le cancer a contraint sa supérieure à s’arrêter et Avraham se voit confier pour la première fois la responsabilité d’une enquête délicate : un féminicide. Il doute de ses capacités à mobiliser son équipe, il veut agir avec délicatesse. Faire du chiffre, résoudre l’énigme à la va-vite, ne l’intéresse pas. Et cela me convient bien. 

Pas, peu de rebondissement, dans l’intrigue. Mystère cousu de fil blanc : le lecteur connaît dès le début la victime et peut deviner rapidement l’assassin. Reste, le mobile. Surtout les preuves. Avraham prend son temps, il ne veut surtout pas arrêter un innocent. Il laisse l’initiative à ses équipiers. Et c’est bien sympathique.

Cela fait du bien, un policier consciencieux et humain. Je vais le retrouver dans les autres tomes de la série

Moscou X – Thriller – David McCloskey – Verso

MASSE CRITIQUE DE BABELIO

 

Ouf! Enfin je suis venue à bout des 589 pages, en 10 jours…

Et pourtant je lis vite et j’aime les thrillers, l’espionnage m’intéresse, surtout quand c’est Le Carré. Ce qui se passe en Russie et en Ukraine excite ma curiosité. D’Ukraine, il n’en est pas question. Normal, puisqu’il n’y a pas de guerre, c’est une opération spéciale… pas de reproche de ce côté là.

Pour la Russie,on saute de Saint Pétersbourg à Moscou et dans un domaine, un haras finalement en Carélie. Dépaysement? On boit beaucoup, ce n’est pas un scoop ; cela occupe des dizaines de pages. Les espions américains ont même droit à un stage pour apprendre à supporter les toasts forcément très alcoolisés. Gueule de bois de la lectrice. Les protagonistes sont des oligarques proches du pouvoir. Ils ont des goûts de luxe, s’habillent en Prada, conduisent des voitures occidentales. A-t-on besoin de connaître les marques ? Prada, Louboutin, Gucci….Clichés! 

Violence et informatique. On coupe des bras, des orteils, on s’entretue.

L’informatique est très présente. J’aimais  mieux le temps de la psychologie, des coups tordus et des boites à lettres secrètes.

En bonus, les chevaux. Bonne idée de blanchir des fortunes avec des étalons. Les chevaux  voyagent au mépris des sanctions occidentales, du Mexique en Arabie Saoudite, en Russie. Bonne idée, les chevaux! enfin autre chose que les clichés connus. Les balades au Mexique comme dans la forêt russe me font rêver. L’attachement de l’espionne froide et retorse pour la jument m’a émue.

Les espionnes ont remplacé les James Bond, cela ne rend pas le roman féministe pour autant. Elles tiennent le devant de la scène mais se comportent comme des machos.

Peut être ce monde brutal est celui de l’Amérique d’aujourd’hui?

Encore une fois, je préfère les espions britanniques.

 

 

Le Piège de l’Ours – Frédéric Somon

MASSE CRITIQUE DE BABELIO (MAUVAIS GENRE)

Merci à Babélio et à l’éditeur La collection noire pour l’envoi de ce livre. 

Je suis toujours à l’affut de polars et de nouveaux détectives, même si la compétition avec mes préférés Montalbano, Brunetti et Erlendur met la barre très haute.

Le Piège de l’ours se déroule dans les environs de Lyon, dans un village du Beaujolais où les gendarmes Dominique Deschamps et Stéphanie sont appelés pour un crime particulièrement sanglant : une ukrainienne et son bébé sont retrouvés sauvagement poignardés. Ce double meurtre est suivi de cambriolage, deux hommes sont carbonisés à bord de leur voiture dans les environs immédiats. Sans parler des autopsies….Bien Gore. 

L’enquête enchaîne les clichés. Le légiste est bizarre (il faut être bizarre pour aimer les autopsies), le jeune juge d’instruction veut se faire mousser, la hiérarchie ne veut pas de vague. Stéphanie est une geek, et même une hackeuse…l’informatique fera des miracles.

Rien de bien original, ni de bien passionnant. On se croirait dans une série de France3 « meurtre à…« .

Pourtant cela fonctionne bien. Lecture facile et distrayante.

Parfaite pour un Créteil Université/Balard (1h08 de métro) et aller/retour (2h16) Terminé à la maison pour avoir le fin mot de l’histoire.

 

Crépuscule à Casablanca – une enquête de Gabrielle Kaplan – Melvina Mestre

LIRE POUR LE MAROC

Enchantée par Sang d’encre à Marrakech, j’ai enchaîné avec Crépuscule à Casablanca qui est le premier opus de la série. A paraître Bons baisers de Tanger ( Avril 2025).

J’ai vraiment aimé Gabrielle Kaplan, détective privée, qui se livre davantage dans ce roman. A vrai dire, elle se présente. Juive de Salonique, elle est arrivée en 1941, échappant au destin des juifs de Salonique, déportés presque tous. Francophone, fille d’une parfumeuse, on comprend mieux ses allusions aux parfums qui m’avaient étonnée dans le premier livre. 

Bizarre polar, où l’enquêtrice ne cherche pas à dénouer une énigme mais plutôt à fuit ses persécuteurs. Je n’en dirai pas plus….

Casablanca 1951 est parcourue par de troubles courants, des rivalités, des luttes d’influence. La Résidence avec le général Juin, le sinistre Boniface qui règne sur des policiers corrompus, leitmotiv : pas de vagues. Les Américains arrivés en 1942 avec l’opération Torch en 1942, tête de pont du débarquement et de la reconquête du sud de l’Europe, ils souhaitent étendre leur influence chasser les français quitte à s’allier avec le Sultan et l’es indépendantistes. Les ultras, des colons ne font aucune concession .  Sinistres personnages et mercenaires. Cagoulards, malfrat corses ou marseillais, agents du SDECE ou de la CIA. L’Istiqlal et le sultan luttent pour l’Indépendance du Maroc.

Et puis le reste de la population défini selon une hiérarchie précise:

Delmas faisait donc partie des grands propriétaires terriens et des industriels, ceux qui se situaient au sommet de la pyramide de la société coloniale, la « crème de la crème ». Venaient ensuite les ingénieurs et les cadres de l’administration, puis les « petits Français », fonctionnaires ou militaires. Les juifs, les Espagnols et les Italiens, artisans ou commerçants, complétaient l’édifice. À la base se trouvaient les Marocains, les plus nombreux et généralement les plus précaires, que l’on nommait « les indigènes ».

Les souvenirs de la guerre sont encore très prégnants. On se souvient, ou pas de ceux qui furent vichyistes, qui se sont compromis avec les Allemands. On se souvient aussi de l’héroïsme de la campagne d’Italie.

Gabrielle Kaplan et son lieutenant Brahim se trouvent pris dans ces rivalités. Roman d’action et d’aventure, leçon d’histoire aussi. 

Lu en à peine une journée, un polar très réussi!

Sang d’encre à Marrakech – Melvina Mestre – Points

LIRE POUR LE MAROC (POLAR)

Gabrielle Kaplan, native de Salonique, exerce son métier de détective privé à Casablanca. L’enquête se déroule en 1952 dans le Maroc sous Protectorat.

promenade architecturale :

Casablanca est une ville dynamique, européenne. L’autrice Melvina Mestre a grandi à Casablanca : elle connaît bien la ville qu’elle nous fait visiter telle qu’elle était alors, avec les noms des rues et places du Protectorat. Elle décrit avec soin les bâtiments, s’intéresse à l’architecture pour mon plus grand plaisir. 

Marrakech est encore un gros bourg tranquille, mais promis au développement touristique avec la construction du quartier de l’Hivernage, d’un casino. La Mamounia est déjà un hôtel luxueux et on assiste à une soirée organisée par le Glaoui.

L’autrice resitue l’intrigue dans le contexte historique et politique :

Je veille à ce que mes romans d’atmosphère s’inspirent de la grande Histoire, et qu’en me lisant mes lecteurs soient immergés dans le contexte historique, urbanistique et socio-culturel des années 1950.

En 1952, le souvenir de la guerre est encore très vif. Casablanca était un centre très important qui a vu le Général de Gaulle et les Forces Françaises libres, les Américains. On se souvient encore très bien de Joséphine Baker, de Saint-Exupéry. Les Marocains ont pris part à la Libération, lutté en Italie etc. La présence de nombreux militaires a pour conséquence le développement de la prostitution : à Casablanca se trouve le plus grand Quartier Réservé : le Bousbir.

C’est d’ailleurs ainsi que commence l’intrigue policière : une prostituée est retrouvée assassinée, dénudée et tatouée, puis une seconde….(mais je n’en dévoilerai pas plus). Les autorités locales ne veulent pas ébruiter la macabre découverte qui risque d’être exploitée politiquement. Le commissaire préfère faire appel à la détective privée, pour sa discrétion et parce qu’une femme pourra peut-être glaner des informations auprès des prostituées.

L’intrigue semble partir en tout sens, rebondissements, puis tout s’éclaire. Encore une fois, je ne spoile pas! J’ai été happée et je n’ai pas lâché cette lecture.

Un autre aspect intéressant est l’émergence des mouvements indépendantistes. La décolonisation s’amorce malgré l’aveuglement des autorités qui préfèrent diviser pour régner et s’appuyer sur le Glaoui de Marrakech. J’ai visité le palais du Pacha, et sa kasbah mais sans vraiment comprendre qui était ce personnage. Le roman répare cette lacune. 

Et comme j’en redemande, j’ai déjà commencé une nouvelle enquête de Gabrielle Kaplan : Crépuscule à Casablanca

Le Pavillon Rouge – Robert Van Gulik 10/18

EN REVENANT DE L’EXPO LA CHINE DES TANG

La série policière des Juge Ti  occupe une belle place sur une étagère depuis de longues années. Distrayante, exotiques. En rentrant de l’Exposition du Musée Guimet :  La Chine des Tang, j’ai eu envie de m’y replonger. Avec les images des objets et sculptures. 

Belle dame avec une fleur

Le Juge Ti  débarque dans l‘île des Fleurs – île dédiée aux plaisirs, restaurants, maisons de jeux, commerce d’antiquités, et surtout prostitution haut de gamme. Les hôtels étant complets on le loge dans le Pavillon Rouge où deux drames ont eu lieu. A vingt ans d’écart, deux jeunes hommes s’y sont suicidés. Désespoir d’amour après le refus de la Reine des Fleurs. Coïncidence qui aiguise la curiosité du magistrat, d’autant plus que les circonstances semblent identiques. 

Et si c’était un meurtre?

Il s’ajoute à cela la mort suspecte de la Reine des Fleurs du moment.

Le Juge Ti mène l’enquête. Enquête bien embrouillée avec des rebondissements et des personnages tout à fait inattendus. Il faut être bien attentif aux noms chinois que j’ai un peu confondus au départ.

Lecture fluide, facile, très agréable, sans prétention.

les Enquêtes d’ANATOLE LE BRAZ – L’Ouvrier de la Mort – Gérard Lefondeur – Palémon

POLAR BRETON

L’Ankou – parc des statues Perros Guirec

Anatole Le Braz est un écrivain breton qui s’est intéressé aux légendes celtiques et a compilé traditions et contes à la fin du XIXème siècle. Un de ses ouvrages est justement La Légende de la Mort.

Gérard Lefondeur imagine une série de romans policiers ayant pour  enquêteurs le Commissaire Le Dantec et Anatole Le Braz. Le commissaire fait appel à l’écrivain comme expert de la culture bretonne. C’est le premier livre de la série Les enquêtes d’ANATOLE LE BRAZ que Babélio m’avait fait connaître avec Le sang de Douarnenez (CLIC)que j’avais beaucoup apprécié.

L’Ouvrier de la Mort qu’on appelle aussi l’Ankou est représenté brandissant une faux conduisant une charrette grinçante. 

« Je vous chante qu’il me semble les avoir croisés ce matin, en revenant de la Croix du Chaos du Moulin, sur
une drôle de charrette tirée par un postier breton ; une sacrée belle bête, soit dit en passant. Dans leur
équipage, ils avaient rien des deux moitiés de vagabonds qui ont disparu il y a belle lurette. Et puisqu’on en parle, maintenant que j’y pense, j’ai eu l’impression qu’ils revenaient par le chemin vicinal qui conduit à la demeure de Goadec, justement. »

 

Deux décès suspects dans les alentours de Braspart, petit bourg des monts d’Arrée, n’ont pas alerté la gendarmerie : une vieille femme malade décède d’arrêt cardiaque, le garde champêtre et son chien écrasé sous la roche branlante de la forêt de Huelgoat. Le Commissaire Dantec, inspecteur de police d’origine bretonne mais venant de Paris,  est intrigué par un détail : une petite faux sculptée en bois, retrouvée chez les deux victimes. C’est à ce propos qu’il fait appel  à Anatole Le Braz. 

La scène avait quelque chose d’un peu ridicule : un homme bien charpenté et vêtu comme un Anglo-
Saxon, suivant à moins de deux mètres un pilote automobile aux lunettes de conduite remontées sur le casque, totalement inutiles car couvertes de condensation ; quel couple étrange…

Le folkloriste habitué à aborder les paysans recueille plus de témoignages que le policier à bord de sa Dion Bouton. Il sait aussi désamorcer les susceptibilités des gendarmes à l’égard du policier supposé Parisien. Le duo va nous faire vivre des aventures étonnantes et sanglantes que je ne révèlerai pas ici. L’humour tempère la teinte sombre du thème de l’Ankou

Vous n’aurez qu’à suivre les pommes et quand leur piste s’arrêtera, sur votre droite, vous verrez l’Arbre
aux Pendus. Dans le champ. C’est là, juste au bord, qu’on l’a retrouvé.[…]les premières pommes sur la chaussée. Cela avait quelque chose d’un roman de Lewis Carroll, mâtiné de Charles Perrault ou des Frères Grimm, le tout illustré par Gustave Doré

Le roman décrit les coutumes et croyances de la Bretagne à l’aube du XXème siècle. Coutumes rurales mais aussi irruption de la modernité. Répression de l’usage de la  langue bretonne, opposition entre les laïcards et les calotins. Modernité de l’automobile, et du téléphone. Comment Monsieur le Comte n’a pas le téléphone dans son manoir? Arrivée du tourisme comme cet hôtelier belge à Port Blanc…

Cependant, Le sang sur Douarnenez que j’ai lu précédemment m’avait paru plus riche avec les luttes sociales dans les conserveries. J’y avais croisé Conan Doyle avec grand plaisir. 

Nous devions passer les deux semaines des JO en Bretagne, j’avais téléchargé ce roman que j’ai lu avec grand plaisir après l’annulation du séjour.

 

Le Mur Grec – Nicolas Verdan

 POLAR GREC

 

Je ne rate jamais l’occasion d’un petit voyage en Grèce, même s’il s’agit d’un roman policier. A travers la résolution d’une énigme, nous pénétrons dans les arcanes du pouvoir, politique ou financier. L’auteur va démonter les rouages cachés de la société.

Nicolas Verdan est un écrivain et journaliste suisse francophone (vaudois) qui connaît bien la Grèce. Le Mur Grec, paru d’abord en 2015 a été réédité en 2022.

L’action se déroule pendant la Crise dans les années 2010. L‘Agent Evangelos , proche de la retraite, est nostalgique des années anciennes où l’on fumait dans les bars,  est assez désabusé. La Troika et l’Union européenne qui met en tutelle la Grèce sont assez mal ressentis

« première mesure d’austérité imposée aux Grecs par Bruxelles : l’interdiction générale de fumer dans les
établissements publics. Dans le Batman enfumé, l’air de liberté se respire à noirs poumons. »

On l’appelle pour une affaire étrange : on a trouvé une tête coupée sur les bords de l’Evros – fleuve frontière entre la Turquie et la Grèce, qu’on appelle Maritsa en Bulgarie.  Cette frontière est très sensible : lieu de passage terrestre des migrants surveillé par Frontex.

« une plaisanterie ou quoi ? Depuis quand nous allons repêcher les cadavres aux frontières ? Les clandestins
qui meurent en tentant le passage du fleuve, il y en a bientôt un par semaine. »

La tête ne correspond pas à celle d’un migrant, plutôt à quelqu’un qui aurait les moyens de payer un très bon dentiste. L’Agent Evangelos prend l’avion pour Alexandroupoli. Je suis ravie de le suivre en Thrace ou nous avons passé des vacances en 2013, région oubliée des touristes très authentique et originale. Au fil des pages je retrouve Xanthi, les Rhodopes, les Pomaks et la via Egnatia. Souvenirs aussi de lectures de Lisières de Kapka Kassabova. Une tête coupée, cela fait penser à Orphée, Thrace, lui aussi,

« Des scènes dansantes pour représenter le déchirement du roi Penthée par les ménades, des scènes
dansantes pour raconter la mort d’Orphée, des femmes aux cheveux dénoués, portant une couronne de
lierre, elles dansent, portant la nébride, brandissant le thyrse, sous l’œil amusé du dieu, le voici trônant au
centre de l’image, Dionysos qui leur tend une coupe, elles ne supportent pas le vin, il leur monte à la tête,
elles tournent, elles tournent, leur couronne tombe sur leur visage en feu, elles mâchent une feuille, puis
une autre, elles font gicler le jus dans leur bouche douce-amère, six, sept, onze ménades,
[…]

Penthée déchiré, Orphée décapité, sa tête inconsolable pleurant encore et encore cette femme dont le seul
nom irrite les compagnes de Bacchus, ménades devenues bacchantes mais c’est Virgile qui récite, Orphée chantant à jamais, décapitation, une tête tombe, elle roule dans le fleuve Evros et la voici qui nomme encore son Eurydice »

 

Image d’autant plus relevante que la tête coupée a été trouvée près d’un bordel fréquenté par les soldats de Frontex où se déroulaient d’étranges bacchanales.

Ne nous attardons pas trop dans la poésie lyrique. Cette enquête est  plutôt classique avec des politiques opportunistes décidés à exploiter l’affaire pour mettre l’Union européenne dans l’embarras, des appels d’offre truqués pour la construction d’un mur (des barbelés) destiné à contenir les migrants. Le voilà le fameux Mur Grec qui donne le titre du livre….Mais ne spoilons pas!

L’Agent Evangelos a peu d’états d’âme. Il sait qu’il ne trouvera pas la justice, juste un peu de la vérité alors qu’on lui conseille de laisser tomber.

Laisse tomber, Evangelos ! Ils sont contents à Athènes, tu m’as bien compris ? Tout ce qui les intéresse, la
seule chose qui compte pour eux, c’est le mur, crois-moi, et cette histoire de tête, ils disent que c’est pour
nous, parce qu’ils savent qu’on n’a pas le temps d’enquêter plus loin,

C’est un bon polar qui se lit vite, lecture facile,  addictive. Vous n’y trouverez pas de folklore grec. Ce n’est pas la Grèce pour touristes (sauf l’hôtel dans l’Imaret de Kavala, magnifique!).

 

Les Enquêtes d’Anatole Le Braz -Le sang de Douarnenez – Gérard Lefondeur – Ed Palémon mystère

MASSE CRITIQUE DE BABELIO

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Excellente pioche de la Masse Critique qui tombe à pic puisque nous retournerons en Bretagne au mois de Juillet et que nous aurons sûrement l’occasion de visiter les lieux du roman. 

Ce roman policier  se déroule à Douarnenez en mars 1902 L’auteur, Gérard Lefondeur, recourt au procédé littéraire bien connu :  dans une vielle boîte à gâteaux, il retrouve les manuscrits de Carnets secrets d‘Anatole Le Braz . L’écrivain, historien, folkloriste, aurait assisté le commissaire Dantec à résoudre une affaire difficile.L

Les équipages de  deux barques de pêcheurs ont été retrouvés morts dans une macabre mise en scène près du rivage… Cette découverte funèbre suggère un rituel qui justifie l’assistance de Le Braz, expert en culture bretonne. Le Braz est ami de Conan Doyle. Par l’intermédiaire de ce dernier il rencontre Bram Stoker, l’auteur irlandais de Dracula. Nous nageons en plein surnaturel, dans une ambiance celte! Le Sang de Douarnenez est un polar très littéraire où un marin pêcheur cite Shakespeare. Le Braz cite aussi Renan, grand homme de Tréguier alors que Le Braz est de Port Blanc.

C’est aussi un polar très bretonnant avec la légende de la ville d’Ys, les Sirènes qui causent les naufrages, les malédictions…

Polar sociologique, sur un arrière-plan de crise sardinière. Douarnenez est le pays des sardinières, les Penn-Sardin. En 1901, les bancs de sardines qui faisaient la richesse de la ville vont à manquer. Pour approvisionner les conserveries, il faut appâter avec des œufs de poisson venant de Norvège. Les pêcheurs deviennent tributaires des conserveurs qui leur vendent l’appât et fixent les prix. La grand grève des sardinières n’aura lieu qu’en 1905, après le dénouement de l’intrigue mais l’auteur dénonce les conditions de travail des ouvrières. Evoque aussi leurs chansons (à propos plusieurs podcasts de Radio-France, passionnants!).

Polar historique. Déjà, les Romains, travaillaient la sardine pour faire du garum. Un épisode des Guerres de Religion avec un nobliau rebelle.

Ce gros livre de  se dévore d’un seul trait. Instructif, addictif. Très réussi!

Merci à Babélio et à l’éditeur!