L’inspecteur Chen profite d’une aubaine : on lui a offert des vacances dans un Centre pour dirigeants sur le bord du lac Tai dans la charmante station touristique ce Wuxi. Une semaine de rêve et de luxe…. L’inspecteur rencontre la charmante Shanshan, ingénieur environnementaliste, passionnée de son travail, qui lui montre la pollution qui asphyxie le lac. Une romance se noue, mais discrète.
M. Liu, le patron de Shanshan, est assassiné. L’inspecteur Chen, pour aider la jeune femme, et parce que c’est la seconde nature, se lance dans l’enquête.
L’inspecteur Chen, est aussi un poète. Quand on lui demande de rédiger un rapport, c’est un poème qui s’inscrit sur l’écran de son ordinateur. Les citations de poèmes chinois anciens comme modernes émaillent le roman. Roman original.
On apprend aussi beaucoup de choses. Dans cette période de croissance économique forcenée, on voit comment l’introduction en bourse d’une société d’Etat se déroule. Comment la croissance du PIB prime sur tout, y compris sur le respect des normes de sécurité.
Bien tourné, poétique, intéressant.. je vais suivre M. Chen !
Au tout début des années 2000, le village olympique en chantier, tout est déjà en place pour annoncer la crise grecque qui éclatera 10 ans plus tard.Le genre littéraire le plus à même de faire ressentir les failles dans la société est encore le roman policier.
Corruption à grande échelle dans les chantiers des jeux olympiques? Opacité du de la spéculation immobilière? Intervention de l’extrême droite – pas encore Aube Dorée mais cela y ressemble – magouilles télévisuelles, harcèlement journalistique?
Qu’est-ce qui a poussé au suicide trois personnalités en vue à Athènes? Quel scandale? quel chantage?
Le commissaire Charitos en arrêt maladie, va mener une enquête officieuse et discrète.
Rien ne nous sera épargné des embouteillages d’Athènes ni de la canicule qui s’installe au début de l’été, nous apprendrons les meilleurs itinéraires et les rues qu’il vaut mieux éviter…un peu longuet quand on n’a pas le cerveau d’un chauffeur de taxi (je n’ai jamais conduit dans Athènes préférant le taxi ou le métro). mais cela fait couleur locale. Couleur locale, ou plutôt gouts, les recettes d’Adriani la femme du commissaire qui est une fine cuisinière.
Machos, les Grecs? Sûrement! La place traditionnelle de la femme est à la cuisine et même les jeunes futées savent qu’il vaut mieux la jouer « courge » si elles veulent arriver à se marier. Si on va plus avant dans la lecture, on voit qu’elles tirent les ficelles, et sont de hardies femmes d’affaires et d’anciennes résistantes.
Parce que le souvenir de la résistance à la Junte est encore très vif, les communistes ne sont pas encore tous désabusés. Les liens dans les cachots « Bouboulina » sont très forts….
Les polars font voyager la lectrice dans des contrées inaccessibles au tourisme ou dans la face sombre de pays dont il ne montre que l’aspect présentable.
Repéré sur Babelio, j’ai cliqué sur le bouton d’Amazon qui me l’a envoyé illico sur mon Kindle. J’ai commencé à pester que le téléchargement ne s’était pas fait en ne trouvant pas le titre dans ma bibliothèque. J’ai vite compris que The Saladin Murders était le titre anglais. Conseil pratique aux blogueurs (euses), vérifier soigneusement avant de cliquer la langue, ce n’est pas la première mésaventure de ce genre, j’ai déjà téléchargé de l’Espagnol sans m’en rendre compte.
Cette expérience a été tout à fait positive. Je refuse de visionner un film en VF. Pour les livres, je privilégie les éditions bilingues (quand elles existent) mais la lecture de polars ou thrillers en Anglais s’avère parfois plus ardue que prévu. J’ai traîné mon Harraps sur les genoux pour venir à bout du Tailleur de Panama, n’ayant pas prévu l’extension du champ lexical de Le Carré. Quand un mot me manque de temps en temps, je le devine, mais quand il y en a trop, il faut la traduction. Magie de la liseuse : d’un doigt, je sélectionne le vocable inconnu, et voilà que s’ouvre une fenêtre me proposant deux dictionnaires, l’un anglais, l’autre américain, avec explication étymologie, tout le tintouin, de quoi enrichir mon vocabulaire! Plus de dictionnaire pesant (le Harraps, même en version allégée, pèse une tonne), plus d’impasses! en revanche l’option Traducteur est à fuir, contresens assurés!
D’emblée, dès le premier chapitre, le passage du poste frontière d’Israël à Gaza, est glauque, putride, puant l’urine, sinistre à souhait. Ambiance! Et cela ne s’arrangera pas, un khamsin rendra l’air irrespirable, étouffant, le vent de sable durera tout le temps du séjour de Omar Yussef, proviseur du lycée de Bethléem, chargé par l’UNWRA de visiter en compagnie de Magnus Wallender – fonctionnaire suédois – de visiter les établissements scolaires sous le contrôle des Nations Unies. Un des enseignants est incarcéré après avoir soulevé auprès de ses étudiants un problème de corruption. De cette arrestation arbitraire découleront des conséquences inattendues toutes sanglantes, meurtrières. De l’enquête en milieu scolaire, on débouche sur une guerre de factions d’une violence extrême.
Scènes de violence, fusillades, meurtres, tortures, autopsies…. rien ne sera caché . Âmes sensibles, fermez la liseuse! La corruption et la violence sévissent à tous les niveaux. J’ai même eu des doutes sur les intentions de l’auteur qui fait passer si peu d’empathie pour ses personnages. Est-ce vraiment aussi terrible dans la réalité? Ou plutôt était-ce, parce que le roman se déroule dans une guerre des factions de l’OLP avant que le Hamas n’ait remporté le pouvoir. Plus de débauche de whisky que de bigoterie.
Et pourtant je me suis prise à cette lecture, pour connaître de dénouement d’une intrigue bien ficelée et par sympathie pour ce professeur d’histoire palestinien qui cherche à libérer ses collègues, à découvrir le pot au roses. Peu d’occasions de découvrir la couleur locale, le paysage ou la cuisine gazaouie. Omar Yussef est entraîné dans des actions sanglantes sans avoir le temps de souffler. Quand il se réveille d’un cauchemar c’est pour entendre une fusillade réelle alors qu’il croyait rêver.
Et je me prépare à lire les autres livres de la série dans d’autres aventures palestiniennes puisque Omar Yussef est un héros récurrent.
Est-ce ainsi que les vrais policiers travaillent ? Sont ils aussi consciencieux ?
L’inspectrice Elinborg ne dispose que de maigres indices : un châle qui sent le curry et la présence de la drogue du viol. Personne n’a rien vu, ni rien entendu, sauf une vieille folle obsédée par les ondes élecro-magnétiques. Et pourtant, patiemment Elinborg dénouera l’intrigue après mains tâtonnements et interrogatoires dans un village de taiseux – les Islandais ne semblent pas très bavards. Traques aléatoires et minutieuses.
L’auteur ne nous épargne aucune piste même très éloignée, même les culs de sacs. Je perds patience et m’accroche pour la suivre. Dans un polar, il faut de l’action, sinon quoi ? Cela traîne deux cent pages… et puis, cent pages avant la fin, sans crier gare, enfin ! Quelque chose se dénoue, et je me laisse entraîner.
Finalement, je comprends pourquoi les bloggeuses de ma connaissance ont recommandé cet auteur. Regard sur une Islande que je ne connais pas, mais surtout un roman autour du thème du viol, le fait que le policier soit une femme n’est pas indifférent.
Tout d’abord, il n’est question ni de poésie, ni de Gaza. L’action se déroule pour part à Tel Aviv, et pour part dans les sous-sols de la Sécurité à Jérusalem, avec deux excursions, l’une sur les bords de la Mer Morte, l’autre à Limassol, Chypre.
Thriller très noir. Un officier des renseignements israélien, chargé d’interroger des Palestiniens pour éviter des attentats-suicides peut-il agir selon les procédures légales ? Peut-il rester humain et non pas une brute ? La réponse est claire : les procédures légales ne donnent rien. Le narrateur, officier, recruté pour sa culture, son ouverture d’esprit, pour avoir des résultats, va déraper jusqu’à la bavure – il étrangle un témoin, pas même suspect. Son supérieur, figure paternelle, bienveillant, d’un calme étrange, trouve dans la religion la sérénité. Comment être serein ? Il protège le héros, tente de lui faire garder l’équilibre, alors que, même après le drame, ce dernier revient aux interrogatoires, comme un drogué à sa came.
Une autre mission se déroule en marge. Le policier doit se faire passer pour un écrivain débutant pour approcher une romancière, Dafna amie d’un poète gazaoui dont le fils est un chef de réseau terroriste. Le poète atteint d’un cancer en phase terminale doit être soigné en Israël et s’installe chez Dafna. Une curieuse intimité s’établit entre le poète et l’officier, presque de l’amitié. Jusqu’où le conduira cette mission ? …Bien sûr, pas question de dévoiler la fin.
Enquête policière dans les milieux financiers, : un banquier est trouvé décapité, puis un autre, puis un analyste financier…..
Circulation dans les rues d’Athènes paralysées par les manifestations des retraités, des fonctionnaires, des mécontents de toutes sortes. Témoignage sur les effets de la crise.
Leçon d’économie : on apprend comment fonctionnent les hedgefunds, la notation des agences, la mainmise de la troika sur l’économie grecque, les rancœurs qui en découlent.
Bizarrement l’enquête dévie dans les milieux du sport professionnel. Analogie entre le dopage sportif et le dopage de l’économie grecque qui a vécu longtemps au dessus de ses moyens….
L’humour et l’ironie que j’avais appréciés dans l‘Empoisonneuse d’Istanbul sont moins présents. On a moins envie de sourire dans le contexte de crise.
Le titre LE SULTAN DE BYZANCE est tout un programme. Turc ou Byzantin?
Istanbul visité par un Grec dans l’Empoisonneuse d’Istanbul de Petros Markaris trouve ici son contrepoint : Byzance revisitée par un turc. Et étudiée sous la loupe des publications érudites!
« Autrefois Byzance était synonyme d’intrigue. mais cette image s’est heureusement améliorée au fil du temps. Selon moi, Byzance, qui associait l’Orient et l’Occident constituait la civilisation la plus importante de son temps, et elle fut du reste à l’origine de la Renaissance ».
Affirme le héros du livre, qui se retrouve pris dans un jeu de piste planétaire et érudit, visitant bibliothèques universitaires et savantes à la recherche des empereurs Byzantins dans un premier temps, puis dans la poursuite de petits carrés magnétiques dispersés dans les sites byzantins.
Il ira donc d’Antioche à Athènes et Mistra, de Trabzon (sur la Mer Noire) en Cappadoce, à Iznik mais aussi à Venise et à Ravenne, nous faisant visiter ces hauts lieux byzantins pour notre plus grand plaisir.
Synthèse de l’Orient et de l’Occident, incroyable métissage : le héros est turc par sa mère mais américain par son père. Nous découvrons ensuite que cela se complique , il a également des origines géorgiennes et grecques. Sa famille vient de Trabzon, mais il habite Galata, quartier cosmopolite d’Istanbul, souvenir des Génois, des Grecs….
Notre héros est expert en poésie : sur le 4ème de couverture figurent 5 vers de Séféris, le livre se clôture par un distique d’un poète turc. Les allusions à la poésie fourmillent – parfois de manière assez incongrue – Asil récite En Attendant les Barbares de Cavafis à l’envers en se promenant dans New York…
Étrange cette connaissance intime des poètes grecs? D’ailleurs le roman est construit en 24 chapitres de l’alphabet grec de l’alpha à l’oméga. Parenté des cultures de chaque côté de la mer Egée :
« j’ai l’impression d’être à Athènes non pas depuis dix heures mais depuis dix ans. Dans cette ville rien ne m’est étranger, y compris les odeurs exhalées par les poubelles. On dirait qu’Athènes tout entière s’est détachée du golfe d’Izmir pour venir se coller au continent européen »….
Tout pour me plaire!
Et pourtant, la mayonnaise n’a pas pris. Dans le rallye mondial qui conduit le héros autour sur les traces de Byzance jusqu’à la Californie, le Brésil ou Stockholm (étrangement turque ou balkanique), j’ai l’impression de me trouver dans un remake du Da Vinci code. Intrigue Byzantine? Trop artificielle à mon goût. L’auteur – Selçuk Altun – se met en scène à plusieurs reprises, ironie ou narcissisme . La prétention à la poésie est gâchée par un style bien trivial. J’ai terminé la lecture avec un intérêt teinté d’agacement.
Le commissaire Charitos est en vacances. En voyage organisé, il visite les lieux touristiques d’Istanbul. Vassiliadis, un écrivain, contacte le policier : il s’inquiète de la disparition d’une vieille dame qui devrait se trouver dans la ville.
Charitos mène l’enquête en parallèle avec les visites touristiqueset les sorties au restaurant.
Ce n’est pas l’enquête policière qui a retenu mon attention, plutôt la visite d’Istanbul. Istanbul présentée aux touristes grecs, mais aussi Constantinople racontée par les Grecs natifs de la ville (comme l’auteur du livre), ceux qui ont émigré en Grèce à la suite des vagues d’émigrations, en 1922 d’abord avec les transferts de population, mais aussi plus tard, à la suite de persécutions, de la crise chypriote… Maria, l’empoisonneuse nonagénaire, est originaire du Pont Euxin, sonhistoire est aussi une page de l’histoire grecque.
Rentrant de Macédoine et de Thrace, je suis particulièrement sensible à cette histoire d’émigration.
Charitos est associé à un policierturc,Murat. C’est l’occasion de montrer les relations entre Grecs et Turcs. Relations pleines de suspicion d’abord. Mais aussi comparaison entreces voisins si proches, qui partagent tant de leur histoire et de leur culture, qui apprécient la même cuisine. Comparaison entre la « petite Grèce » face à la puissance ottomane, mais aussi entre la Grèce moderne faisant partie de l’Union Européenne, alors que la Turquie attend son intégration. Comparaison entre Athènes, un peu provinciale face à Constantinople, la grande Ville, riche cosmopolite et raffinée..
La surprise ne vient pas tant de la suite d’empoisonnements que des relations entre Murat et Charitos. Ne pas spoiler….je n’en écrirai pas plus !
– « Clorinde parais un peu voir! Tu sais la Burlière….« , commérage de village!
Ne comptez pas sur ce billet pour découvrir les mystères de La Maison Assassinée! Ce livre, publié dans la collection folio-policier est un roman très noir mais assez peu policier. Les gendarmes n’interviennent qu’après 200 pages et leur intervention est maladroite et leur enquête bâclée.
J’ai été happée par les suspens, surprise, déroutée, étonnée par ces mystères, mais je ne les dévoilerai pas!
Si le Qui? et le quoi? méritent de rester cachés au lecteur. Le Où? et le Quand? situeront mieux l’action.
Quand?
Le premier chapitre se déroule à la fin du 19ème siècle, lors de la construction de la voie ferrée, dans un relais des chevaux de remonte du courrier de Gap. La suite du roman, 25 ans plus tard, en 1920 à la fin de la Première Guerre mondiale dont l’ombre plane sur les populations exsangues. Gueules cassées, jeunes veuves de guerres, souvenirs atroces des champs de bataille, triste compétition des jeunes femmes pour les rares jeunes gens au village.
le château et son bassin
Où?
Dans les Alpes de Hautes Provence,(qu’on appelait alors les Basses Alpes) entre Sisteron et Forcalquier, dans la vallée de la Durance, rivière encore sauvage, très présente dans le roman. Les villages de Peyruis et de Lurs existent bien. Lurs a été le théâtre d’un crime fameux, bien plus tard en 1952 (affaire Dominici). Le monastère de Ganagobie domine le paysage, au dessus de la ferme de la Burlière – la maison assassiné.
.« Et le seul réconfort qu’il tirait de ce clin d’oeil, c’était l’enclume de Ganagobie qui cinglait sous la lune comme un navire de pierre. on ne savit s’il fallait attendre d’elle maléfice ou bénéfice. Ce tribunal de falaise entassées qui camouflait sa menaçante nature sous une benoite forêt de chênes verts, réservait son verdict de toute éternité. »
Les mots de Magnan
Rarement, dans un roman policier j’ai autant buté sur des mots rares. Locutions vieillies, patois provençal, ou mots des métiers disparus. J’ai deviné la plupart, dans leur contexte, mais pas tous. Qui était donc ce dévoirant avec son air de novi? un compagnon du Devoir, m’apprend le dictionnaire . Le caquois est un bébé, un lardon….La hie du cantonnier est-elle une houe?non c’est un outil pour enfoncer les pavés selon wikipédia? la chavanne, orage ou grêle? Je ralentis mon rythme de lecture pour goûter cette langue riche et étrange. Chez Magnan on ne se blottit pas, on se musse. Le safre.. ».oxyde de cobalt de couleur bleue; verre coloré avec cet oxyde, qui imite le saphir. » dit wikipédia correspond-il au safre provençal?
Richesse aussi des détails de la vie quotidienne de ces villages : les cantonniers, le travail du boulanger, celui du moulinier:
« Le moulin de Saint-Sépulcre est incrusté sous la roche oblongue d’un saut du Lauzon, dans le pertuis d’une brêve clue qui s’ouvre en calice sur les rondeurs des monts de Lure…. »
Moulin pour presser les olives qu’on cueillera à la Sainte Catherine avec le chevalet à olivade
« Car l’olivier est l’arbre de la douleur. Il n’apporte la paix qu’à ceux qui le contemple à travers Dieu. Rien qu’à le voir, d’ailleurs, on devrait s’en douter. Tordu, noueux, arqué de toute sa stature voûtée de vieillard rompu à toutes les roueries du temps; on devrait se douter à le voir stoïque sous les frimas, encore chargé de ses fruits… »
Etranges Infers que j’ai identifié un instant à l’enfer alors qu’il s’agit de galettes de pulpe d’olives abandonnées par les paysans au mouliniers.
Provence aussi des herbes, des simples et des tisanes:
« – J’y ai fait tout boire! gémissait Clorinde. L’hysope et la jusquiame – un seul grain – la consude et la salsepareille et le pie-de-poule et la reine-des-mères et le rampochou, tout je te dis! »
Quand l’intrigue est bien troussée, le suspens haletant, les rebondissements imprévisibles, on n’est pas toujours regardant sur le style d’un thriller. La Maison assassinée a du style, des personnages, un décor, soignés. Il faut le lire et savoir ralentir la lecture pour en profiter!
Lire aussi dans le blog de JEA l’article à propos de l’œuvre de Magnan
…. »Je suis byzantine. Cela veut dire que je suis à la fois sophistiquée et barbare. »
déclare Zoé, figure principale de l’intrigue.
« C’est Byzance! »Synonyme de richesse et d’abondance. En ce sens ce roman de 975 pages est sur-abondant. Gros pavé. Riche de reconstitutions historiques de décors exotiques. Les héros nous promènent à Constantinople où se déroule la majeure partie de l’action, mais aussi à Rome, à Venise, Palerme, Jérusalem et même à Sainte Catherine du Sinaï.
Byzantine, l’intrigue compliquée que devra dénouer la narratrice, médecin. Constantinople encore dévastée par la IVème Croisade de 1204, se remet à peine de ses ruines 70 ans plus tard. Les familles impériales, Comnène, Lascaris, Cantacuzène, contestent l’autorité de Michel Paléologue. Les complots et les vengeances se succèdent : poisons et poignards utilisés avec cynisme et cruauté.
prise de Constantinople - fresque roumaine
Byzantines encore les implications religieuses, querelle du Filioque, adoration de l’icône de la Vierge miraculeuse protégeant la ville. Michel Paléologue craignant une nouvelle croisade avec des exactions des Latins, choisit de faire alliance avec le Pape pour se protéger des ambitions de Charles d’Anjou, Roi de Sicile. L’orthodoxie se sent menacée.
Byzantines encore la sophistication des amours, l’intervention des eunuques, la confusion des sexes et des genres.
Constantinople est à la frontière des puissances orientales , la Horde d’Or, les Seldjoukides, les Arabes …Rempart de la chrétienté? ou Carrefour des influences orientales?
C’est donc un roman historique très dépaysant qui raconte une période passionnante pendant que six papes se succèdent à Rome, faisant et défaisant les alliances, trois doges à Venise, s’achevant avec les Vêpres siciliennes qui remettent en question les rapports de force.
Cependant, dans cette abondance de reconstitutions historiques, le propos se dilue un peu. Roman choral où tantôt la narratrice-médecin byzantine, laisse la parole, aux légats du pape, ou à l’envoyé du doge de Venise. On perd de vue l’intrigue qui doit être élucidée : le bannissement de Justinien Lascaris.
J’ai été toujours intéressée par l’histoire, mais pas tout à fait séduite. Il manque la pointe d’épice, le « je-ne-sais-quoi » qui fait qu’on y croit vraiment, et qui fait la différence entre un Roman Historique et un grand roman.