Un meurtre à Jerusalem – Arnold Zweig

JERUSALEM 1929

« El Kouds », dit l’Arabe portant la main au front;

Le Grec cherchant le Christ, « Hyerosolyma » ;

« Yerouchalaïm » te nommons nous, fils prodigues de Sem ;

mais les jeunes peuples te saluent, ceinte d tes remparts,

D’un rayonnant « Jerusalem »

Arnold Zweig (1887-1968) en butte à l’antisémitisme du Reich émigra en Palestine dans les années 1930.  Après la  Seconde guerre mondiale il préféra construire le socialisme en RDA où il fut un écrivain reconnu.

Le sort s’est acharné sur son ouvrage Un Meurtre à Jérusalem écrit à Jérusalem, : publié en Allemagne en décembre 1932, il fut saisi dès avril 1933 pour être brûlé et passa donc inaperçu à sa parution. Ce n’est qu’en 1956, en RDA qu’il fut réédité mais défiguré par la censure communiste. Il ne put être publié dans son intégralité qu’en 1994. C’est pourtant un livre remarquable qui mérite de sortir de l’inconnu.

Roman policier comme le suggère le titre?  Certes, il y a une victime, le poète De Vriendt, qui a abandonné le sionisme pour l’orthodoxie. Il y a un policier, Irmin, des services secrets de sa Majesté, qui cherchera le coupable par devoir et aussi par amitié.

Roman historique :  le meurtre a lieu à la veille des émeutes en Palestine 1929 qui ont fait 133 victimes juives et 110 arabes.

Jaffa street during the 1929 disturbances

Roman politique : toutes les composantes de la politique sont ici analysées avec beaucoup de précision.

 Les britanniques  ont Mandat sur la Palestine, et  maintiennent l’ordre avec un minimum de troupes, jouant des rivalités entre juifs et arabes., n’intervenant que fort peu dans les émeutes pour protéger les Juifs.

On assiste à la réunion des cheikhs et des dignitaires arabes, véritable tableau. Les fellahs dépossédés  bien par les propriétaires terriens qui vendent leurs terres, ne sont pas oubliés.

La communauté juive est encore plus hétéroclite,  religieux agoudistes et sionistes s’opposent .Les juifs orthodoxes sont prêts à composer avec les dignitaires arabes pour limiter le pouvoir des sionistes. Même parmi les sionistes on distingue, les socialistes, ouvriers et kibboutznikim, et les nationalistes d’une part.  Russes et Allemands ont des réactions différentes…sans parler des communistes qui prônent l’unité des travailleurs arabes ou juifs. Des discussions sans fin analysent toutes ces nuances et font ressortir les différences.

Roman philosophique le poète,  De Vriendt est un personnage complexe. Pour certains, orthodoxes, c’est un dévot. Sa relation homosexuelle avec le jeune Seoud à qui il prodigue des cours le comble et le fait douter. Ses poème peuvent apparaître comme des blasphèmes

En vérité, c’est Toi le Prince des Ténèbres

Toi qui quand je suis né, m’as condamné à mort,

et lorsque grimaçant, je girai dans ma tombe, 

De quel secours sera que Tu sois éternel

Qui a tué De Vriendt? Est-ce un crime d’honneur de la famille de Seoud, Irmin, le policier britannique l’avait averti de la menace. Est-ce un crime de rôdeur, de voleur, des arabes bien sûr, les voleurs ne pourraient être juifs, « sauf peut être au Kurdistan? ». Est-ce un crime politique, des jeunes nationalistes ne peuvent lui pardonner sa trahison, puisqu’il  s’oppose aux sionistes, prêt à s’allier au Mufti… Un terrorisme juif s’attaquant à des Juifs paraît inconcevable, et pourtant….

C’est en tout cas un roman fort bien écrit. Chaque chapitre est un véritable tableau, décor personnages sont décrits avec soin et précision. le décor n’est jamais oublié, ni le climat, chaleur oppressante de la journée, recherche de la fraîcheur…. ni la nature. Ode magnifique aux paysages, montagnes de Jérusalem, Mer Morte, Carmel….

Le récit des émeutes est saisissant, vues par les juifs religieux comme un pogrom, par l’anglais, avec un certain flegmatisme, occasion de bravoure par les jeunes nationalistes, aussi fraternisations inattendues entre Juifs et arabes qui entretiennent des relations de bon voisinage. Humour et ironie ne sont pas absent même dans les moments tragique, comme ces protestations américaines qui réclament des navires de guerre britanniques dans « la rade de Jérusalem »…

C’est un vrai chef d’oeuvre à redécouvrir!

613 – Tobie Nathan

THRILLER ETHNOLOGIQUE JUIF , DRÔLATIQUE  ET BARRE

« ....Dieu, il parle toujours, C’est un mec, comme ça, il peut pas s’empêcher de jacter. Mais le problème, c’est qu’on ne sait pas à qui. Autrefois, au début, il parlait aux patriarches, ensuite il a parlé à Moïse, puis aux prophètes, puis aux rois, puis aux petits prophètes<; Après, tu crois qu’il l’a fermée. Non! de nos jours, tu sais à qui il parle, Dieu? – Aux fous?  – aux fous ! C’est ça! pas aux rabbins ; pas aux intellos, pas aux hommes d’affaires…Aux fous, rien qu’aux fous! « 

A Zebraville, au Bongo, un putsch renverse le gouvernement. Quels Services secrets ont doublé la DST? Peut être le Mossad? 613 est donc un roman d’espionnage avec tous les poncifs du genre : poursuites en voitures, fusillades, faux-semblants, identités mouvantes. Qui est avec qui? qui est contre qui? Un bongolais est incarcéré à la santé. Abie Abbadie doit fournir aux autorités française une expertise psychiatrique du prisonnier.

Trois personnages se croisent   Abie, le psychiatre, Samuel Katzman le clodo très porté sur le pinard – et Sebbag le flic, ils sont mis en présence de Bongolais juifs????? Il y a beaucoup de juifs dans le roman. D’ailleurs, plus que de politique africaine, il s’agira de pilpoul ou de traditions juives.

L’espion Dufer de la DST, devait sa réussite à « un véritable intérêt pour l’ethnologie. Avant d’accepter une mission, il épluchait tous les documents disponibles sur les habitudes culturelles et religieuses des populations au sein  desquels il devait intervenir »

Tout le roman se déroulera selon cette ethnologie , concernant les habitudes culturelles et religieuses des juifs  séfarades. Le personnage le plus haut en couleur est la mère d’Abie, originaire d’Alexandrie, dont elle a gardé le parler et l’habitude de citer des proverbes rimés en arabe égyptien,

« je comprenais d’où lui venait cette manie de faire des vers en arabe. Elle inventait des proverbes…Mais celui-là ça avait l’air d’être un vrai de vrai…Une phrase comme ça qui lui remontait au fond dues temps des pyramides »

Les voyageurs de l’avion Paris-Nice ont dû me prendre pour une folle à rire à haute voix!

« Oh, je ne me souviens plus…j’ai une maladie d’El Zeimour…  – Alzeimer! On dit Alzeimer! Mais non c’est forcément El Zeimour! »

On découvre des personnages pittoresques, des situations cocasses, des superstitions,  des rabbins à la limite de la sorcellerie. L’invraisemblance est de mise. Peu importe puisque c’est réjouissant! Pour goûter pleinement la saveur de 613, il vaut mieux avoir quelques notions d’arabe ou/et d’hébreu.

Au fait pourquoi 613? à cause des 613 mitsvot de la Torah.

 

 

 

 

 

Suburra – Carlo Bonini & Giancarlo De Cataldo

LIRE POUR L’ITALIE/ROMAN NOIR

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J’avais lu avec grand intérêt Rome Brûle (Suburra2) (2016) . J’avais regretté de lire la série à l’envers, j’ai donc acheté Suburra (2013) pour combler cette lacune. Et m’apercevoir ensuite que la série est beaucoup plus longue avec eux autres romans :  Romanzo criminale (2006) et Je suis le Libanais (2014). Ceci pour remettre de l’ordre au cas où les amateurs de romans policiers voudraient tout lire. Attention, ces livres sont des pavés et très violents! Je frôle l’overdose de règlements de comptes, vengeances, et coups tordus, je vais laisser reposer et je reprendrais ces ouvrages un peu plus tard.

Court prologue 1993, la suite se déroule à la fin de l’ère berlusconienne (2011), il y a même une scène somptueuse de la retransmission de la démission de Berlusconi (12 novembre 2011) traité de « mafieux » et de « bouffon » par la foule, dans une réunion mondaine de politiciens….mais le Premier Ministre n’est pas en cause dans ce roman. En revanche, la corruption dans Rome est le sujet de l’intrigue. Corruption, cocaine, prostitution et affairisme sont les ressorts de l’action qui mêle allègrement la pègre et le personnel politique, ainsi que certains fonctionnaires et même dignitaires ecclésiastiques.

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Plusieurs familles se partagent les affaires, « ceux de la Romanina » les Gitans, « Ceux d’Ostie », des Calabrais, des Napolitains, et même une filière géorgienne. Nous assistons le long des 515 pages à la guerre des clans pour les territoires, le  trafic de la cocaïne, et simplement pour les luttes de pouvoir. Le Samouraï, la personnalité la plus marquante, un bandit très classieux règne. Il faudra donc assister à de fastidieuses et interminables exécutions. Tout aussi répétitives, les préparations des innombrables rails de cocaïne et descriptions des effets de la-dite substance. Vulgarité du sexe tarifé…. J’ai trouvé  des longueurs.

Ce bémol  – violence et sexe sont des composantes obligées de la littérature du genre – ne retire rien à l’intérêt de l’analyse du fonctionnement des mafias. L’un des auteurs est journaliste, l’autre magistrat, leur récit est donc tout à fait crédible (malheureusement). Le contexte politique est aussi essentiel. Evidemment la promenade dans Rome est plaisante. J’avais été très scotchée par cet aspect dans Rome brûle – presque un témoignage. Le thème principal : la spéculation immobilière est aussi très intéressant.

J’avais été un peu perdue dans la foule des personnages de Rome Brûle, ils sont aussi nombreux dans Suburra, heureusement certains se retrouvent dans les deux romans. la psychologie des personnages est très fouillée : certains ne sont que des voyous primaires et brutaux mais d’autres ont des personnalités plus complexes et plus consistants. Le samouraï est particulièrement intéressant, alors que dans l’opus suivant, incarcéré, il tire les ficelles sans vraiment apparaître.

Une série passionnante (mais à consommer avec modération).

Rome brûle – C. Bonini -G.de Cataldo

LIRE POUR L’ITALIE

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Roman noir!

Prologue : Rome brûle comme au temps de Néron?

C’est  un livre d’actualité. Il se déroule du 12 mars 2015 au 23 mai.

Politique fiction? En effet, c’est presque une enquête journalistique  même si le nom du maire de Rome et de certains acteurs ont été modifiés. Ignazio Marino maire de 2013 à 2015, est sorti indemne du scandale de la Mafia Capitale (lire ICI l’article du courrier International) mais tombe quelques mois plus tard dans le scandale du dinergate à deux mois de l’inauguration de l’Année Sainte proclamée par le Pape François (les auteurs l’ont présenté en vedette américaine). La victoire du Mouvement cinq étoiles (20/06/2016) est prévisible, quoique absente du livre puisque il se déroule l’année précédente.

Et même si le roman n’avait rien à voir avec la réalité ce serait un excellent roman dénonçant la corruption et la mafia, montrant comment les chantiers (principalement celui du métro) sont gangrenés par cette corruption. Comment les fascistes infiltrent les syndicats de la ville.

Et même si les auteurs avaient fait une pure fiction, ce serait un excellent roman(bis) avec un humour décapant(twitter pendant la messe à Saint Pierre) ou but religieux du tracé de la Ligne C du métro : du Vatican à saint Jean de Latran pour l’Année sainte (mais nous l’avons expérimenté le métro n’a pas été terminé. Si les religieux ne sont pas épargnés, les communistes non plus! On rappelle la dérive du PCI vers le PD avec toutes les étapes, sur le mode ironique.

Moins drôles mais toujours très noirs, les groupuscules fascistes, dont la bêtise et l’ignorance peut être exploitée  à tout et n’importe quoi…..

Un bémol vient du nombre des personnages que j’ai confondus pendant le quart du livre, difficile pour moi de les différencier, mais c’est un peu ma faute. Rome Brûle fait suite à Suburra que j’aurais dû lire avant. Et les Italiens ont dû retrouver dans ce roman à clé des personnages sans se perdre comme moi.

 

 

 

 

 

 

http://www.courrierinternational.com/revue-de-presse/2014/12/09/mafia-capitale-l-enorme-scandale-qui-secoue-l-italie

Yeruldelgger – Ian Manook

POLAR EXOTIQUE

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Yeruldelgger est un roman policier qui se déroule en Mongolie. 

J’ai dévoré en trois jours ce pavé de 630 pages haletantes et addictives  en moins de trois jours avec appétit mais aussi mauvaise conscience parce que c’est un policier vraiment très violent. Pour  certaines lectures, je consulte mon smartphone, pour voir un tableau, consulter une date ou une carte de géographie, pour Yeruldelgger j’aurais dû prendre un carnet et un crayon et noter le nombre de victimes, de tirs dans les jambes ou les genoux, de viols…. je serais arrivée à un total impressionnant. Je n’aime pas la violence gratuite encore moins les meurtres d’enfants, deux petites filles en sont victimes dans le livre.

Je n’aime pas non plus que l’enquêteur use de rapport de force, de l’intimidation, de la torture, ni des coups superflus.Je préfère généralement qu’il utilise son intelligence avec subtilité. Les machos invincibles ne me font pas rêver, ni les superman, batman et autres tarzan. Voilà pour ma mauvaise conscience!

Ce roman foisonnant est  complexe! Yeruldelgger est un policier d’exception,incorruptible, homme blessé, il poursuit ses enquêtes en cours malgré toutes les intimidations. Ses partenaires, le médecin légiste et sa plus proche collaboratrice, sont des femmes douées et belles, parmi les premières victimes, trois chinois et deux prostituées, presque la parité! Elles sont loin de n’être que des faire-valoir aux machos.

Ce polar exotique nous emmène en Mongolie entre Chine prédatrice des terres rares et des richesses du sous-sol, et Corée capitaliste où les touristes coréens se paient des treks dans les steppes encore sauvage.  Le souvenir de l’Union soviétique est encore très présent. la corruption des politiques et policiers  et les luttes d’influences de ces riches voisins seront la toile de fond de l’intrigue.

Exotisme encore, la vie dans les yourtes avec les traditions des nomades qui perdurent. Gastronomie mongole : les raviolis d’agneau frits, et la marmotte rôtie., sans  parler des tartines de confiture de myrtille et de crème!

Mystères aussi des chamans nomades et des bonzes combattants qui sont dignes des meilleurs films chinois.

Tout ce mélange fait que la lectrice se laisse emporter dans la steppe et les montagnes de l’Altaï….à cheval, en moto, en quad et en voiture.

Polar ethnographique? Pas sûr, l’auteur Ian Manook est un écrivain français :Patrick Manoukian, journaliste et grand voyageur.

Meurtre à Tombouctou- Moussa Konaté

POLAR AFRICAIN

meurtre à tombouctou

pour s’y retrouver , une petite chronologie.

Moussa Konaté est décédé en 2013.  Meurtre à Tombouctou, paru en avril 2014, est donc un livre posthume.

avril 2012, l’armée malienne perd le contrôle de Tombouctou qui sera reprise courant 2013

décembre 2014 : sortie du film d’Abderrhamane Sissoko : Timbuktu

TIMBUKTU AFFICHE

Meurtre à Tombouctou n’est donc pas un livre d’actualité, seulement un polar  se déroulant avant la prise de la ville par les islamistes. D’ailleurs, l’agent français conclut son rapport « pas de terroriste du tout« . Cependant, Moussa Konaté campe l’ intrigue dans le contexte de la ville, il situe l’enquête en tenant compte des traditions des Touaregs, nous raconte leur mode de vie, essaie de décrypter leur mode de pensée. Il démonte aussi les forces en présence, les pesanteurs et les interventions des notables et des imams qui entravent l’enquête, l’influence de la France qui envoie un « spécialiste du terrorisme ».

J’avais beaucoup aimé L’Empreinte du renard qui m’avait fait découvrir les Dogons et leurs traditions.J’ai été très intéressée par ce Meurtre à Tombouctou, que je vous laisse découvrir. (j’ai horreur de ces critiques qui racontent l’action par le menu)

 

 

 

Psychiko – Paul Nirvanas

LIRE POUR LA GRECE

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Les éditions Mirobole éditent ce court texte paru en 1928 sous forme de feuilleton.

Roman policier? Certes, on découvre le corps d’une inconnue, tuée à l’arme blanche dans un ravin et recouverte de pierres. On ne connaîtra qu’à la fin du roman son identité. Son assassin court. Le motif n’est pas le vol. Le journaux s’emparent de ce fait divers. Énigme autour d’un crime, mais pas de policier, ni de détective. Roman policier?

Nikos, jeune désoeuvré, héritier d’une bonne famille a abandonné ses études de médecine pour mener une vie oisive et passablement débauchée. Il imagine tirer gloire de ce crime non élucidé en se faisant passer pour le meurtrier.

« En somme,  notre héros ne vivait plus que das l’univers onirique de son crime imaginaire »

Je n’ai pas accroché tout de suite à cette histoire, qui m’a semblé désuète et mélo. Je me suis laissé prendre au ton ironique et aux références littéraires.

s’agissant de l’arrivée de Nikos en prison, ses compagnons de cellule ne le prennent pas au sérieux : « en somme, Molochanthis ne leur paraissait pas « compétent »  »  pour un criminel l’auteur note. Après l’avoir dépouillé de ses économies et de ses cigarettes, ils veulent entendre l’histoire de son  crime. L’auteur note avec humour :

« sans le savoir, ces détenus appliquaient les lois de l’hospitalité grecque antique : après avoir pris soin de leur hôte, ils l’invitaient tout doucement à leur expliquer les raisons de sa présence parmi eux »

Son arrestation, exploitée par la Presse lui rapporte la gloire escomptée, la prison devient le rendez vous des élégantes qui sont séduites par cet assassin romantique et élégant au nom de fleur Molochanthis désigne la mauve sauvage ou la guimauve. On le gâte, lui propose des livres:

« Vous me ferez un immense plaisir si vous parvenez à me dénicher le Nietzsche de Zarathoustra. J’ai lu beaucoup de titres de Zarathoustra mais son Nietzsche me semble bien supérieur aux autres oeuvre. Auriez vous également l’obligeance de me trouver des livres de Cours, Précis, Manuel et Abrégé? Ce sont mes écrivains préférés. »

Plus loin, des allusions à Oscar Wilde « chacun tue ce qu’il aime«  comble les mondaines qui se sont entichées de lui…. « ton crime, comme dirait Oscar Wilde, est une oeuvre d’art ». 

Dans la Postface, le traducteur note que l’auteur brocarde le sensasionnalisme de la presse de son temps il écrit qu« on retrouve déjà dans Psychiko la critique acerbe des médias grecs qui sera celle de Markaris ». 

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Du Sang sur Venise : Maud Tabachnik

IL VIAGGIO

le sang de Venise

Le train est arrivé un peu en retard à l‘étape vénitienne du voyage organisé par Eimelle. Il faut prendre le train de nuit pour arriver le matin dans la lagune glisser sur l’eau et sortir de la gare en face du Grand Canal. Cela a beaucoup plus d’allure que d’atterrir banalement à l’aéroport….

Suivant le conseil de Claudialucia, je me suis promenée dans le Ghetto en 1575, à la veille d’une peste meurtrière. L’histoire commence à la veille de Pâques : un enfant est repêché, mort,  dans un canal proche du Ghetto. Inutile de chercher l’assassin, les coupables désignés sont les Juifs et le motif : le meurtre rituel. Des notables sont pris en otages. Un moine franciscain attise le ressentiment contre la Communauté juive….

Rachel da Modena, fille du banquier Asher, intelligente, belle, éprise de culture qui a pour amie Sofia Gritti va mener l’enquête qui innocentera les Juifs.

L’enquête se traîne dans la première moitié du livre – forcément puisque personne ne cherche le coupable – elle est rapidement résolue ensuite. Ce n’est donc pas un thriller qui va vous faire tourner les pages.

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L’intérêt est ailleurs : dans la promenade dans Venise du 16ème siècle au temps du Titien.

Je me suis surtout intéressée à l’analyse géopolitique : Venise commerce avec La Sublime Porte. Les Juifs établis à Smyrne, Constantinople ou Salonique sont des intermédiaires obligés. Après la Bataille de Lépante Venise est en rapport de faiblesse avec les nouvelles puissances L’Espagne et l’Autriche qui menacent sa suprématie. Le Pape exige des gages de Venise, le sacrifice du Ghetto en est un, bien que le Saint Père ne croit pas aux meurtres rituels….Entre deux pages je devine la figure du Duc de Naxos, narrateur de La Senora de Catherine Clément.

Les Joyaux du paradis – Donna Leon

LIRE POUR VENISE

Venise sans Brunetti? Pourquoi pas.

Catarina, jeune musicologue mène une enquête savante à la suite de la découverte de deux malles ayant appartenu à un musicien vénitien du 18ème siècle.  Sujet  intéressant. D’autant plus que le musicien a vraiment composé et que j’ai pu accompagner cette lecture de ses œuvres (trouvées sur Deezer).Le musicien était aussi un diplomate et un abbé…La recherche du contexte historique est très instructive.
Mais l’enquête traîne, la documentaliste mange des barres chocolatées dans la vénérable bibliothèque Marciana (sacrilège!) – j’aimais mieux la cuisine élaborée de Paola avec les recettes et ingrédients.

Remplissage: la chercheuse « clique sur Envoyer » à la fin de chaque mail. Le flirt avec le trop bien habillé avocat n’a aucun intérêt. Je m’ennuie. j’ai envie de connaître la fin mais cela traîne.

Enfin! surprise, le dénouement est curieux, mais bien artificiel.

peut être aimerez vous cette Niobe de Steffani ?

La Caverne des Idées – J.C.Somoza

LIRE POUR LA GRECE

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« Parfois les idées et les théories des hommes

Me semblent être des exploits d’Hercule

En un combat éternel contre les créatures

Qui opposent à la noblesse de leur raison. »

 

Difficile de rendre compte de ce thriller philosophique sans en dévoiler l’intrigue au risque d’en faire perdre le suspens !

Tout pour me plaire dans cet ouvrage :

Une promenade dans l’Athènes de la période classique : parcours du Céramique à l’Académie ou professe Platon, un soir dans les quartiers chauds du Pirée à la recherche d’une hétaïre, une séance dans un théâtre clandestin, une cérémonie païenne dans une grotte de la Pnyx…

Une intrigue rondement menée par le Déchiffreur, ainsi nomme-t-on l’homme qui fait profession d’enquêter dans les affaires compliquées ou de comprendre les oracles de la Pythie de Delphes. Son client, Diagoras est un mentor de l’Académie qui fait appel au Déchiffreur à la suite de l’assassinat d’un de Tramaque, un éphèbe fréquentant l’Académie.

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Le titre La Caverne des Idées est un clin d’œil à Platon. L’auteur développe ce thème de la Caverne, de la recherche de la Vérité ainsi que d’autres thèmes du philosophe. Pourtant peu de pédanterie, un peu bien sûr, tempérée par une bonne dose d’humour. Et si l’Académie était un lieu si ennuyeux que les jeunes gens n’avaient de cesse de s’encanailler chez ce dépravé de Menechme , chez les prostituées du Pirée, ou pire ? Et quoi de plus incongru que cette jument carnivore qui mange de la viande pourrie dans les jardins de cette sérieuse école ?

Une construction sophistiquée : 12 chapitres correspondant aux 12 travaux d’Hercule. D’ailleurs, le Déchiffreur ne s’appelle-t-il pas Heraklès ? Encore plus sophistiquée, la présence d’un Traducteur qui écrit un corpus de notes de bas de page qui s’émancipe de l’intrigue initiale pour devenir une histoire en soi, compliquée d’un étrange personnage masqué.

Toujours plus sophistiqué encore la notion d’Eidesis , utilisation de métaphores, d’images récurrentes, de mots répétés dans le corps du texte figurant une histoire indépendante. Un texte eidéitique en contenant un autre secret qu’il faut reconstituer en identifiant les images incongrues ou répétitives dispersées comme des indices pour reconstituer la clé secrète. Il m’a fallu effectuer des recherches pour comprendre que le concept d’Eidesis est une invention de Somoza ! (attention je commence à trop en dire et spoiler !

Ce thriller se lit comme un policier, mais il demande du lecteur de l’attention, de l’imagination, des retours en arrière. Les figures poétiques magnifiques, ne sont pas là uniquement pour le plaisir du texte. Il faut s’y arrêter pour y revenir dans la démarche de l’Eideisis. Lecture riche de plusieurs niveaux.

Dionysien, orphique… mystères d’Eleusis. L’Athènes de Platon n’est pas uniquement gouvernée par la raison !

« Cessez de chercher des idées cachées ! Cessez de lire et vivez !! Sortez du texte que voyez- vous ? Juste des ténèbres » exhorte le poète.

« Je ne crois pas qu’ils m’écouteront : ils continueront, acharnés et petits comme les lettres de l’alphabet…. » en conclusion de l’ouvrage.