Arrivée à Bilbao : musée Guggenheim

ESPAGNE/ATLANTIQUE 2003

Bilbao : Centre-ville

De la salle du petit déjeuner, nous observons les allers et venues des tracteurs qui nettoient le sable de la plage de Saint-Jean-de-Luz. Est ce routine ou suite de la marée noire ? On monte les toiles des cabines de plage, à rayures rouges, bleues, vertes.
Nous quittons la France  par la nationale 10 jusqu’à Irun sous un fin crachin. Tout est vert ici, pas de mystère : il pleut souvent.

Entrée en Espagne

Dès l’entrée en Espagne les changements dans les constructions sont notables. Plus de villages fleuris et de grandes maisons basques, des immeubles de briques très hauts serrés les uns contre les autres. Le fond de la vallée est occupé par la voie ferrée et les usines. Les montagnes escarpées sont recouvertes de forêts. Nous ne trouvons pas la route touristique qui suit la côte et suivons une nationale encombrée de camions traversant des villes hideuses.

San Sébastian

San Sébastian qui ressemble à Nice ou à Cannes : beaux immeubles 1900, grandes avenues, des banques et des hôtels. Sans nous attarder, nous cherchons la route en corniche et trouvons une piste cimentée très étroite surplombant l’océan de très haut sur des montagnes sauvages. Des chevaux paissent sur une pente couverte de fougères. Les prés sont tellement escarpés qu’ils sont fauchés à la main. Les meules coniques construites sur une perche centrale ressemblent à celles que nous avons vues en Croatie ou en Slovénie.

Sur notre carte au 1/1 000 000° cette petite route ne figure pas. Nous rejoignons l’autoroute au premier village. Elle traverse des montagnes par de longs tunnels courbes et tourne tout le temps. Dominique doit s’accrocher au volant.

 Bilbao : Hôtel Ariaga

Midi : Bilbao. Après avoir traversé des quartiers modernes nous descendons vers la rivière Navion dans les quartiers historiques. La circulation automobile est infernale. Les nombreux autobus très longs ne facilitent pas le trafic.  Pour trouver un hôtel nous  suivons les quais bordés d’une jolie promenade . Les immeubles sont agrémentés de bow-windows en bois et de décors de colonnettes et de boiseries. L’Hôtel Ariaga possède un garage souterrain. Il est situé en plein centre, près du théâtre et de la Gare (très belle façade Art Nouveau en céramique). Le prix est raisonnable (65 € + 10€ pour le parking). Il est tenu par une famille qui règne sur les portes et le parking où l’on se rend accompagnées. Pas questions d’allers et venues en voiture ! Elle restera sagement enfermée jusqu’à notre départ ! Notre chambre est propre avec un parquet vernis des meubles en bois foncé, pas de décoration mais une belle salle de bains.

Musée Guggenheim

Bilbao : la Ria et le musée Guggenheim

Le tramway – une jolie rame double verte futuriste – nous y conduit directement. Le Musée Guggenheim est un temple de l’Art Contemporain. Le bâtiment est tout à fait impressionnant. Recouvert de titane, il brille sur une esplanade claire près de la ria. Son architecture compliquée toute en courbes évoque tantôt une fleur aux pétales entrouverts, tantôt un navire aux multiples coques emboîtées, parfois un oiseau, selon la perspective. Des colonnes rondes, des statues bizarres – une araignée métallique, un chien d’une dizaine de mètre de haut couvert d’un pelage de fleurs formant des taches colorées.

Un pont routier, haut de 60 m, enjambe la rivière. Un escalier monumental en calcaire blond nous mène à l’entrée du Musée. Tout cela forme un ensemble complexe.

Bilbao Musée Guggenheim vue d’ensemble

A l’intérieur, le verre donne une impression de légèreté et de lumière. Cathédrale de l’esthétique, on admire la prouesse du design plus que ce qui est exposé. Une salle toute en longueur à éclairage tamisé, sorte de crypte, contient trois sculptures monumentales : l’une d’elles  est un cercle pavé de dalles d’ardoises irrégulières, une autre est un serpent  formé de quatre tôles ondulant, la dernière, trois igloos de verre, fagots et toile plastique.

Très belle salle mais où sont les œuvres?


Où je me questionne sur l’Art Contemporain

Chien de Koons

Impression de vacuité, vide de sens, recherche de l’esthétique pure ou bluff ?

Cette énorme installation résume la création contemporaine : une bulle vide, abstraite, pourtant impressionnante. La beauté devient acte de foi. Il faut croire que c’est beau, plutôt que de chercher à comprendre. Et si notre crédulité  était seulement exploitée par les marchands de l’Art qui vendent hors de prix le kitsch ou pire, le rien ? Le contenant, l’emballage, plus important que le contenu ?

Deux expositions temporaires :  Calder parfaitement adapté à ce lieu, et la Collection Broad présentant des plasticiens très connus : Liechtenstein, Andy Warhol, Basquiat, Baldessari Schnabel.  Beaucoup de « déchets » : « grabouillages » me laissent complètement indifférente. Les Marylin répétitives de Warhol m’ennuient. Certains Liechtensteinpop art- me séduisent.

Toute une section du Musée est consacrée à l’interrogation  « qu’est ce que le bon goût ? ». Provocation gratuite : un chaton en plastique sort d’une chaussette en plastique encadré par deux marguerites en plastique, tout cela dans des couleurs primaires des jouets de bébés. Ce deuxième degré du kitsch me paraît facile, complaisant. La matière, volontairement vulgaire, est laide. En revanche, les séries de Baldessari, sortes de collages, montages de photos découpées et repeintes, sont plus intéressantes. La salle des années 80 montre des œuvres plus abouties : immenses toiles agglomérant des assiettes de Schnabel. Il me semble que le stade de la provocation toute pure est dépassé et que les plasticiens recherchent à nouveau à donner du sens et des images dans leurs œuvres (?). Plus d’intérêt de ma part, mais pas vraiment de jubilation. Où est le plaisir ? J’en éprouve, sans me poser de question, devant un Matisse ou un Picasso. Cette visite nous rappelle Vienne et le musée où nous avions découvert Hundertwasser. le bâtiment était moins impressionnant mais nous avions fait une rencontre . L’importance de l’artiste apparaissait comme une évidence.  On pense au Futuroscope : belle technologie au service de quoi ? De Maunoury ? Enveloppe creuse ? Toutes proportions gardées cependant. Le Futuroscope n’a pas l’ampleur du Guggenheim.

Retour à pied le long de la rivière : agréable promenade ensoleillée. Nous terminons dans les petites rues de la Vieille ville : magasins de fringues (ce sont les soldes), foule et musique de rue.

 

En route vers le sud, halte au pays basque : nuit à Ciboure

ESPAGNE/ ATLANTIQUE 2003

En cet été de canicule, nous sommes parties sans préparatifs, à l’improviste, avec l’idée qu’il ferait moins chaud sur les bords de l’océan. C’est aussi l’année de la marée noire du Prestige.

Halte sur la plage de Cap-Breton

Les vacances ont véritablement commencé sur la plage de Cap-Breton : j’ai ôté mes sandales et marché sur le sable mouillé là où la vaguelette vient me lécher les pieds. Il fait trop frais pour se baigner et il y a de très grosses vagues. Le contact avec le sable humide suffit à mon bonheur. La plage est jonchée de bunkers affaissés, basculés, retournés ; des taggers ont essayé de les peindre mais la peinture s’écaille, mangée par les embruns. Je suis attentive à la propreté du sable après le désastre du Prestige : des traces de gros pneus attestent des efforts de nettoyage. Le sable sec, ratissé et criblé, paraît impeccable. La mer a apporté une écume douteuse, son lot de packs et de bouteilles, quelques boulettes de mazout, pas plus qu’à l’ordinaire.

Dominique s’est allongée à l’abri du vent dans la dune pour soulager son dos. Nous ne pouvons pas nous attarder : il nous faut trouver un hôtel.

En quête d’un gîte pour la nuit

Ciboure vue de Saint Jean de Luz

Autoroute jusqu’à Biarritz.  Les Pyrénées se profilent, collines pointues dans les nuages. La côte est très découpée. Les maisons basques, très fleuries, sont originales.
Nous négligeons des chambres d’hôtes dans la campagne et les hôtels en bord de Nationale pour entrer dans Saint Jean de Luz. Les hôtels sont bien chers, la saison n’a pas encore commencé, beaucoup sont fermés.

De l’autre côté de la Nivelle : Ciboure. Sur le quai Ravel, d’imposantes maisons basques à large pignon triangulaire et balcons rouges s’adossent à une colline escarpée où les villas se cachent dans la végétation.

Cibour et Saint Jean de Luz vue de l’Hôtel

Après un long circuit au flanc de cette colline, découvrant de beaux points de vue sur le fort et la baie, nous débouchons sur un cul de sac à mi-pente et nous arrêtons à l’hôtel Agur Deneri (ici, les noms sont en basque, seul le symbole de lit nous indique que c’est un hôtel). C’est une belle bâtisse blanche au milieu des jardins. De l’entrée vitrée nous découvrons un panorama extraordinaire sur la baie et Saint Jean de Luz. Les chambres sont personnalisées, on me propose de choisir celle qui nous plaît. Pour 60€, ce ne sont pas les « chambres avec vue » (70 ), il n’y a pas de WC non plus. J’élis une belle chambre toute blanche ornée d’un filet de pêche portant un petit cadre et d’une jolie aquarelle.

Promenade dans Saint Jean de Luz

Belles maisons sur la digue de Saint Jean de Luz

19h, Le soleil est encore chaud mais il joue à cache-cache avec de gros nuages gris.

J’avais gardé un excellent souvenir de cette ville visitée il y a cinq ou six ans à Pâques. Nous avions fait  des photos un peu tristounettes dans la grisaille d’une brume d’avril. Je suis ravie de revoir, ensoleillée et estivale, la petite place avec ses terrasses de café sous les platanes, le kiosque à musique et les maisons anciennes, la promenade le long de la plage charmante. les maisons reliées à la digue par des petits ponts construites dans un style hybride de maisons basques et de « Deauville 1900 », art Nouveau, balcons rouges, pignons tarabiscotés décorés de céramique colorée.  Les rues étroites sont plus anciennes, plusieurs édifices commémorent le mariage de Louis XIV  avec l’infante Marie Thérèse. L’église ne manque pas d’allure non plus : très haute nef et clocheton arrondi. Ses escaliers aux ferronneries compliquées n’auraient pas déparé dans un château baroque hongrois !
Pique-nique sur la plage. La saison n’a pas vraiment démarré : les carcasses destinées à soutenir les cabines de toile sont alignées perpendiculairement à la digue. Peu de touristes, des jeunes se rassemblent en petits groupes.

A la tombée de la nuit nous suivons la côte du côté de Ciboure et parvenons à  Socoa, un petit port fermé par un fort magnifique. La baie forme un cercle presque parfait bordé par la plage de Saint Jean de Luz pour un tiers, puis Ciboure, enfin une digue ferme presque le cercle. Nous rentrons à la nuit à l’hôtel.

 

Les Carnets de Salonique – Ivan Nilsen – ed. Marie Barbier

LIRE POUR LA GRECE

« Salonique ou Thessalonique ? Bien qu’antiquisant, j’opte résolument pour le premier : c’est plus court et plus
joli ; ce sont les Grecs (byzantins) eux-mêmes qui ont abrégé le nom, il y a près de mille ans ; c’est le nom
qu’employaient les Juifs de la ville et ce n’est pas mal de s’en souvenir ; quoique philhellène, je n’ai aucune
raison d’épouser le nationalisme grec le plus obtus qui prétend effacer tout corps étranger de l’histoire de la ville
et jusqu’au nom utilisé par les Juifs comme par les Turcs. Voilà donc une affaire tranchée. »

Je saute sur toute occasion de faire un tour en Grèce, Matatoune  a chroniqué cet ouvrage et derechef, je l’ai téléchargé et lu! Salonique est une ville chère à mon cœur, départ d’une exploration en Macédoine et en Thrace. Jérusalem des Balkans, ville brillante jusqu’en 1917, où les quartiers juifs furent incendiés, la communauté juive fut déportée en 1943 et pratiquement exterminée.

Cette lecture fait suite à d’autres, mémorables: Vidal et les siens d’Edgar Morin que j’ai lu et relu. Gioconda de Nikos Kokantzakis, délicieux roman d’amours adolescentes et histoire vraie, témoignage de la déportation.   Le Cahier volé à Vinkovici de Dragan Velikic et le Sarcophage et la douleur du Vendredi Saint de Yorgos Ioannou mettent en scène la ville.

Les Carnets de Salonique commencent comme une intrigue policière : une femme, Judith, est assassinée à Thessalonique en 1975, victime d’un attentat organisé par l’extrême-droite grecque à la chute du régime des colonels. L’enquête a conclu qu’elle avait été abattue par erreur, victime d’une balle perdue. Vassili Korassov, son compagnon est persuadé que Judith n’est pas morte par hasard, qu’elle était visée par les tueurs. Vassili tente de dénouer le mystère avec l’aide de Gabriel, un archéologue, fils d’un archéologue qui a collaboré avec les policiers en qualité de traducteur. 

Il sera donc question d’archéologie, le père de Gabriel spécialiste du siècle de Périclès a aussi fouillé à Pella, ville de Philippe, le père d‘Alexandre le Grand. Les méthodes de l’archéologue sont analogues à celles du  détective:

« Que vaut l’archéologie si elle ne parvient pas à extraire d’une couche de débris informes, d’un vulgaire
amoncellement minéral, d’un terrain montueux mâtiné de pierrailles, ce qui bientôt donnera une figure, un
visage à un édifice oublié, suscitera la curiosité du visiteur et fera revivre une civilisation entière dans l’esprit
des hommes ? »

Vassili évoque l’histoire de Judith et de sa famille originaire de Smyrne . Son père Costas est un commerçant grec, sa mère Déborah – juive d’origine livournaise. A la suite de la Grande Idée,  « megali idea« , le rêve grec de reconquête de territoires en Anatolie qui aboutit à La Grande Catastrophe, exode des Grecs d’Asie Mineure et incendie de Smyrne, le couple émigre à Salonique, où leurs affaires prospèrent, leurs enfants ont la meilleure éducation en Français et en Italien. A la suite de la Crise de 1929, la montée des fascismes et de l’antisémitisme incitent Costas et Déborah à l’exil à nouveau à Marseille. Rattrapé par la Guerre et l’occupation Allemande, ils poursuivent leur errance jusqu’aux Etats Unis

 » Je suis le non-juif errant » disait-il (Costas) avec ironie. A peine établi à ses aises, il lui fallait s’arracher à ce qu’il avait tenu pour un asile et qui se révélait, une fois encore, une fausse promesse, un cul de basse-fosse…. »

Cette lecture est une leçon d’Histoire, histoire  grecque, à travers le XXème siècle, Résistance des andartes de l‘ELAS contre les Allemands en Epire, et exil de ces derniers, chute du régime des Colonels et opposition des militaires avec parfois complicité de l’Eglise Orthodoxe…

Judith, bercée dès l’enfance à cette histoire, devient historienne et part à la recherche des biens juifs spoliés. Encore un thème passionnant!

Par ces thèmes multiples, les Carnets de Salonique sont intéressants. Cependant ce livre de moins de 90 pages, les survole. J’aurais aimé plus de profondeur. J’aurais aimé m’attarder à Smyrne, me promener plus longuement rue Egnatia ou dans les ruelles qui grimpent à la citadelle de Thessalonique. J’aurais aimé humer l’air de la mer Egée sur le port de Salonique et voir les personnages s’installer à Marseille. J’aurais aimé plus d’archéologie, en  savoir plus sur les fouilles de Pella, sur Philippe et Alexandre le Grand.

Cette lecture agréable et  facile me laisse un peu sur ma faim. Les personnages secondaires sont esquissés plutôt que présents. 

 

A l’ombre du brasier – Hervé Le Corre – Rivages/Noir

LA COMMUNE DE PARIS

 » Un monde nouveau s’imprimait chaque jour, les rêves se lisaient enfin noir sur blanc, en plein jour, enfin évadés des nuits, de leurs brouillards et de leurs terreurs. C’était le
printemps de la vie, tout cela, et les rosiers qui escaladaient les murs et débordaient sur les trottoirs, versant
parfois leurs parfums sur eux, ne disaient pas autre chose. »

Les dix derniers jours de la  Commune de Paris du 18 Mai 1971 au 28 Mai 1971 qu’on nomme aussi la Semaine Sanglante. 

Dans ce roman touffu, nous suivons Nicolas et ses deux frères d’arme Adrien et Le Rouge, soldats fédérés du 105ème, qui courent de barricade en barricade pour ralentir l’avance des Versaillais qui sont aux portes de Paris, Caroline, la bonne amie de Nicolas, ambulancière qui soigne les blessés. Des personnages louches profitent du désordre : Monsieur Charles, le photographe d’un genre « un peu spécial », Pujols qui lui procure de jeunes modèles pour ses photos érotiques, Clovis, le cocher complice de Pujols dans l’enlèvement des jeunes filles. Antoine Roques, ouvrier relieur a été élu commissaire de police du Xème s’attache à résoudre cette affaire d’enlèvements, il doit traverser Paris dans les combats pour délivrer une prisonnière.  On s’attache aux personnages : Communards idéalistes, courageux ouvriers dévoués aux rêves d’un avenir meilleur. Au cours de l’action, les caractères s’affirment, se complexifient. La solidarité du peuple de Paris, des inconnus soutiendra les fédérés jusqu’au bout. Avec l’avance des Versaillais les massacres sont effroyables…

Roman noir, roman historique? Histoire des anonymes, du peuple des ouvriers, des artisans , l’auteur évoque en filigrane quelques figures connues au fil des conversations, le Général Dombrowski ou Louise Michel.

Roman de guerre, sur les flaques de sang, l’odeur de la poudre, des cendres des incendies. Interminables traversées de Paris du fort d’Issy par le Bois de Boulogne et les quartiers de l’ouest de Paris abandonnés par les bourgeois, aux barricades de la Rive Gauche, du XVème au Quartier Latin, finalement les derniers jours tous se replient vers la Bastille, Château d’Eau, et l’Est de Paris. L’errance de Nicolas et Caroline se terminera vers Bagnolet ou Montreuil où les Prussiens campent encore. Beaucoup de combats, de faits d’armes, d’héroïsme qui finissent par lasser le lecteur qui sait que les Versaillais seront impitoyables.

Histoire des femmes aussi, des ouvrières qui se réunissent pour faire valoir leurs droits, féministes activistes.

Et bientôt, les filles n’auront plus besoin de demander la permission pour tout, pas vrai ? C’est toi qui me l’as
dit, une fois. Qu’la Commune et tout ça, ça changerait la vie des femmes.

 

Accessoirement, histoire de la photographie, Charles Gantier rêve d’être un des premiers reporters de guerre avec un procédé de sa façon.

La guerre sera bientôt dans la rue, sous nos fenêtres, et j’en veux enregistrer toutes les convulsions ! Mes confrères
photographient ces imbéciles posant sur leurs barricades, devant leurs canons, bravaches, triomphants ! Mais
moi, je les prendrai sous le feu, face à de vrais soldats, dans la fureur du combat, et l’on verra qui alors est le
plus brave, de cette mégarde nationale, de ces bonimenteurs à képis, ou des régiments de ligne menés par nos
meilleurs officiers. Alors la vérité sautera aux yeux de l’Histoire.

Roman policier avec l’enquête des enlèvements….

J’ai suivi avec beaucoup de sympathie l’Odyssée de Nicolas du Bois de Boulogne aux Grands Boulevards . J’ai un peu décroché pendant les faits d’armes qui traînent  en longueur. Sans doute était-ce nécessaire de maintenir le lecteur dans les bombardements et le sang. Mais je me suis accrochée et ne l’ai pas regretté.

Espelette sous la pluie

CARNET BASQUE 2021

Pluie et ciel bas.

Nous retournons à Espelette pour acheter nos souvenirs et cadeaux. En coupant par Laressore qui est juste en face de Halsou c’est tout près. Espelette est un bourg formé de deux quartiers, l’un haut avec de nombreuses belles boutiques, un autre plus bas autour de la belle église moins touristique, plus authentique, sans boutiques ni galeries pour touristes. La grande route fait une courbe à la périphérie. De grosses boutiques modernes, showrooms, avec parking attendent les touristes.

Nous pensons offrir à nos familles et amis, du piment d’Espelette, bien sûr, du chocolat (une autre spécialité) et j’aimerais acheter du linge, nappes et torchons basques. Il y a aussi les plats cuisinés, le jambon, le fromage de brebis, les gâteaux basques.

Les barons d’Ezpeleta édifièrent un château vers l’an mil. Il fut remplacé au 15ème siècle par une forteresse avec 5 tours et une enceinte qui enserrait le quartier. A la fin du 17ème la baronne fit don du château à la paroisse. Il ne reste plus qu’une tour d’angle ronde et un corps de logis de trois étages rectangulaire. La Mairie y est installée, les services municipaux au niveau le plus bas, l’Office du tourisme au premier étage et en haut deux expositions, la première célèbre une reine de beauté des années 30 et un abbé naturaliste qui « découvrit » les pandas  et des plantes exotiques, un jardin botanique en son souvenir se trouve au pied du château. L’exposition sur le piment est plus intéressante. Belles photos, le piment est photogénique avec son rouge éclatant. Panneaux explicatifs : le piment est originaire d’Amérique. Maintenant il est cultivé majoritairement en Chine, mais aussi au Mexique, en Turquie, en Espagne. Le climat, presque subtropical, du Pays Basque lui convient parfaitement et Espelette et les communes voisines ont obtenu une AOC.

L’église du 17ème entourée du cimetière est dans un creux, des stèles anciennes discoïdes ou  carrée très décorées sont plantées dans le gazon sous un bel arbre. La tour-porche est massive, la nef grande entourée par trois rangs de galeries de bois sombre. Le retable baroque doré, avec des colonnes torses portant des grappes de raisin est impressionnant.

En cette saison on ne peut pas observer la culture du piment en extérieur (on sème sous serre et on ne repique les plants qu’en mai. Il y a une vidéo au Centre d’Interprétation (fermé sur la place) et dans un autre Centre que nous n’avons pas trouvé.

Nous revenons presque bredouilles.  Les nappes, torchons, les tissus pour les transats ou pliants sont de toute beauté, rayures de toutes couleurs, rouge et blanc, vert et blancs traditionnels mais aussi des bleus, orange fuchsia qui flashent, même le second choix est hors de prix. Je me contente d’une petite pochette.

 

 

 

 

 

 

 

CARMONTELLE ou Le Temps de la douceur de Vivre – LES CARNETS DE CHANTILLY

Mozart enfant

Mille mercis aux éditions Faton et à Babélio pour ce joli cadeau à l’occasion de la Masse Critique Graphique. Cette collection des Carnets de Chantilly est vraiment délicieuse, à ranger en bonne place à côté du Miroir des Dames de Clouet. Tous les deux sont les catalogues d’expositions au Château de Chantilly et mon grand regret est de les avoir loupées. Jolis carnets, format carré, cartonné, beau papier, présentation très soignée. 

C’est d’abord une rencontre avec Carmontelle (1717 -1806)que je ne connaissais pas. Aquarelliste, portraitiste, mais aussi auteur de pièces : les Proverbes, organisateur de fêtes, paysagiste créateur du Parc Monceau. Honnête homme, convive aimable, roturier apprécié des salons et des grandes familles du temps de Louis XV et Louis XVI qui a traversé sans trop d’encombres la Révolution et l’Empire. 

La société du Palais Royal, le Duc et la Duchesse d’Orléans

Au service des Orleans – « Des portraits mauvais mais ressemblants  » Grimm

C’est aussi la présentation de la bonne société du XVIIIème siècle. Lecteur (précepteur) du jeune Duc de Chartres, futur Philippe Egalité, fils du Gros Duc d’Orléans, Carmontelle est donc au service de la Maison d’Orléans qu’il portraiture abondamment. Ces portraits sont donc tout à fait à leur place à Chantilly ou le Duc d’Aumale les a réunis en 1886. 

Bathilde la soeur du Duc de Chartres

Carmontelle peint la douceur de vivre dans les salons, musique et comédie, jeu,  chasse aussi. La famille de Mozart faisant de la musique est le plus célèbre. Il fréquente aussi les Encyclopédistes grâce à son ami le baron Grimm : portrait de Rameau, Madame d’Epinay, et de Buffon.  Astronomie, expériences scientifique, cabinets scientifiques….La famille Calas fait penser à Voltaire. 

A côté des portraits à l’aquarelle Carmontelle a aussi fabriqué des transparents rouleaux de papiers peints de paysages (jusqu’à 42 m) qui se déroulaient dans une sorte de lanterne magique, cinéma avant l’heure.

Une belle leçon d’histoire

Vallée des Aldudes

CARNET BASQUE 2021

 

Vallée des Aldudes, au dessus d’Urepèle

Nous remontons la vallée de la Nive sur la D 918 jusqu’à Osses.

D 948 en direction de Saint Etienne-de Baïgorry sous le soleil dans un paysage très gai avec les pêchers en fleurs, petites feuilles vert tendre.

Erreur! nous nous retrouvons sur la D15 dans le village viticole de Irouléguy, maisons blanches où le grès rose aux encoignures et autour des portes en forme de bouteille sont très harmonieux. Les vignes sont perchées au flanc de la colline en gradins le long des courbes de niveau ou selon la ligne de pente.  Sauf que nous ne sommes pas sur la bonne route !

Retour à Saint Etienne-de-Baïgorry où nous trouvons un panneau Pampelune-Banca. (D.948).

Banca : Haut Fourneaux

A l’entrée de Banca contre la falaise noirâtre, un canal, et les ruines d’un établissement industriel. Le Centre d’Interprétation du Patrimoine minier se trouve au milieu de village 300 m plus haut, fermé. Dommage, je me passionne pour ces sites industriels et ces musées racontant ces techniques anciennes et les conditions de vie des ouvriers. Un circuit libre dans le village avec des panneaux explicatif me permet de découvrir le site. Les mines de cuivres furent exploitées depuis le temps des Romains. Les filons affleurent sur le versant en face. Les pierriers sont  les déblais des stériles évacués par les mineurs de l’Antiquité. Une fonderie de cuivre fut créée en 1746 par un Suisse exploitant les filons cuprifères. Cette exploitation avait une renommée nationale en France qui manquait de cuivre. Cette fonderie fut anéantie en 1793. De 1825 à 1860 un haut fourneau était alimenté par du minerai venant du nord de la vallée, le combustible était le bois des forêts. Les marteaux étaient actionnés par l’eau du canal. La bâtisse était longue de 80 m de haut. On peut encore observer le haut-fourneau.

Le village fut construit au 18ème siècle autour des mines de cuivre et de la fonderie.

Banca : pisciculture

Au 17ème siècle un moulin à grain fut installé sur le ruisseau, la Nive des Aldudes. A sa place, en 1960, une pisciculture fut implantée. Elle est alimentée par l’eau de la source Arpa à 3 km de débit et de température constants toute l’année très oxygénée de qualité. La pisciculture se visite, une vidéo présente l’élevage des truites et la transformation  en produits vendus dans la boutique. Un parcours extérieur équipé de panneaux explicatifs détaille cette exploitation. La  reproduction, les alevins sont transférés  en amont là où l’eau est la plus pure où ils restent 5 à 6 mois. Les truitelles de 70 à 90 g et 15/18 cm, restent jusqu’au 18 mois sont extrêmement méfiantes et remontent le courant en tentant d’échapper aux plus grosses. Les plus grosses font jusqu’à 5 kg et ont 5 ans. Elles sont saumonées grâce à la présence de gammares et musclées parce qu’elles remontent le courant.

caviar de truite (pique-nique du lendemain à Hendaye)

Nous avons acheté des tranches de grosse truite fumée, des œufs de truites (à conserver au frigo et consommer rapidement), des rillettes de truite et un bocal de truite à la basquaise avec tomates et poivron à déguster avec des pâtes fraîches. Des bocaux variés sont proposés à la vente. On peut préférer des poissons frais : truites-portions, darnes ou filets…

Continuant la route vers le village d’Aldudes nous dépassons une grosse fromagerie avec de grosses cuves brillantes. Les fromageries sont nombreuses, le passant est invité dans les fermes sur le bord de la route à déguster et acheter du fromage.

cochons basques

Oteiza – boucher et éleveur de porc basque – a une grosse boutique rouge sur le bord de la route. En face un panneau détaille le circuit du porc basque. Si nous avions pris le temps de le lire nous aurions su qu’à un certains point nous avions un point de vue sur Ronceveaux mais  nous nous sommes contentées de suivre les flèches portant un petit cochon, d’abord en voiture (le circuit est presque entièrement goudronné) puis à pied pour observer les animaux. Les cochons sont installés sur tout le versant boisé de la montagne dans des enclos très vastes. Ils sont en semi-liberté. La plupart sont roses avec des taches noires, têtes et culs noirs. Mais plus loin dans la montagne nous en avons rencontré des tout noirs. Comme ils sont à l’extérieur ils sont très propres et ne sentent pas mauvais.

Château d’Etchauz6

C’est l’heure du pique-nique. Chercher un coin est un des plaisirs de la journée. Il faut un emplacement pour la voiture et de préférence une belle vue.

Nous dépassons Urepel et arrivons vers le Pays Quint territoire reconnu à l’Espagne mais donné en bail aux habitants des Aldudes qui ont le statut de ressortissants français à l’étranger. Attention à ne pas entrer en Espagne, nous n’avons pas de test PCR ! A un panneau Sorogain une petite route s‘élève dans la montagne. Des fils barbelés sont retenus par des piquets de bois. Là aussi il y a des porcs sous les arbres ! La route conduit à une ferme et on peut faire demi-tour et trouver l’endroit rêvé avec le plus beau des panoramas. Après le déjeuner, je descends la petite route sans rencontrer personne. Agréable balade.

A Urepel nous avions prévu d’acheter du fromage, mais le fermier est au téléphone me fait signe d’attendre et continue sans se presser. Tant pis !

Dernière étape à Saint Etienne de Baïgorry, visite de l’église Saint Etienne, on entre en passant sous un arc de triomphe accolé au porche, trois étages de galeries de bois, un grand retable et le chœur peint avec des décoration florales, un retable baroque(pour changer) et un orgue tout récemment installé.

Le château d’Etchauz est perché sur une éminence un peu à l’écart du village. Nous faisons le détour pour nous en approcher (privé il ne se visite pas). Mais la route est un cul de sac, elle mène à la cour d’une ferme gardée par des chiens très remontés. On s’éloigne en marche arrière.

De l’autre côté des Croisades – L’Islam entre Croisés et Mongols – Gabriel Martinez-Gros

MASSE CRITIQUE DE BABELIO

L’Islam entre Croisés et Mongols XIème – XIIIème siècle

Attention! Livre d’Histoire savante destiné à des initiés qui maîtrisent histoire et géographie sur le monde d’Islam, de l’Atlantique (Maroc et Espagne) jusqu’à la Chine d’où viennent les Mongols, en passant par les steppes d’Asie Centrale, Afghanistan et Transoxiane, Perse et Mésopotamie. J’ai interrompu ma lecture à nombreuses reprises  pour saisir mon ami smartphone et GoogleMaps pour situer les villes Merv, Tus, Nichapour… Coquetteries de l’auteur qui utilise les vocables d’Ifrikiya (Tunisie) ou Jéziré (Mésopotamie) que je connaissais déjà.  De même quand il assimile les envahisseurs nomades aux Bédouins. Bédouins les Almoravides ou Almohades qui conquièrent l’Andalousie, cela me paraît naturel, comme les Berbères au Maghreb… Bédouins, les hordes des Turcs et Mongols, c’est déjà plus étonnant, encore plus quand les Chevaliers Francs entrent dans cette catégorie. 

L’auteur nous rend accessible les textes de trois historiens arabes médiévaux : Ibn Khaldoun (1332 -1406), Ibn Al-Athir (1160 – 1233) et Maqrizi (1364- 1442) qu’il fait dialoguer avec Machiavel (1469 -1527). Chacun de ces chroniqueurs va raconter à sa manière l’histoire de la région. 

shawbak

Même si ma lecture fut laborieuse et lente ce fut un réel plaisir d’entrer dans ces chroniques pratiquement sans filtre ni anachronisme. L’universitaire contemporain s’efface pour nous présenter les textes, intervenant fort peu pour nous laisser la saveur orientale et l’authenticité médiévale. Il cite les textes racontant les massacres mongols, les dialogues entre les différents chefs de guerre hésitant entre telle ou telle alliance (Ibn Al-Athir) .

Comme les historiens médiévaux, il enregistre toutes les dynasties, les changements d’alliances, de capitales. Là, je me perds un peu. Un ouvrage de vulgarisation aurait simplifié, mis l’accent sur tel ou tel chef de guerre en laissant de côté les intrigues secondaires. Mais De l’autre Côté des croisades n’est pas une vulgarisation, c’est un ouvrage universitaire suivi d’un corpus de notes (70 pages) avec index, bibliographie, repères chronologiques etc… Rien que pour cette somme de notes, il est à ranger à côté des encyclopédies et des dictionnaires. Pour qui voudrait une histoire plus accessible Les Croisades vues par les Arabes d’Amin Maalouf donnent un récit vivant que j’avais beaucoup apprécié .  Le récit de la conquête du pouvoir par Baybars (1277 -1223) dans Hakawati de Alameddine sur le mode d’un conte oriental m’a aussi beaucoup appris. 

le Caire Bab zoueila (1090)

Chronique de la succession des dynasties, des migrations des capitales, c’est aussi une réflexion plus générale sur la conquête du pouvoir, de la succession dynastique, et du renversement par un conquérant plus agressif. Ibn Khaldoun oppose le centre sédentaire qui perçoit l’impôt, s’enrichit, s’amollit tandis que les bédouins en périphérie, guerriers, s’enrichissant de razzias et prédations vont à la conquête du centre, s’associant à un chef charismatique ‘asabiya, puis se sédentarisant, s’amollissent. D’après Ibn Khaldoun, la durée moyenne d’une dynastie serait d’une « vie »(120 ans). J’ai eu du mal à cerner cette notion d‘asabiyaUn autre concept est resté flou malgré mes efforts : le « dépotoir d’empire » situé en marge des capitales Bagdad, Mossoul, Damas ou Le Caire. 

p.73 : « L’ironie de l’histoire a voulu que l’Anatolie soit aujourd’hui devenu la « Turquie », expression politique majeure du monde turc et surtout que Constantinople ait remplacé Bagdad et Le Caire… »

Ibn Al-Athir va moins généraliser et montre les choix et les stratégies individuelles : alliances ou appel au Jihad

p157 : « s’éloigner de plus puissant que soi et ne céder aux instances et aux raisons de la religion sont de véritables structures de l’Histoire selon Ibn Al-Athir. Il en existe d’autre comme le balancement d’Orient en Occident »

Une autre stratégie serait le maintient d’un glacis favorisant un voisin peu dangereux pour se protéger des incursions bédouines. 

Ajloun : château de Saladin pont levis et barbacane

Et les Croisades? Evènements majeurs de la géopolitique de l’époque et de la région, mais moins redoutées que l’intervention des Mongols. L’auteur les présente comme la reconquête de l’empire romain, les resituant dans le cadre plus vaste des expéditions des Normands en Sicile et  Afrikiya, et la Reconquista en Espagne et de la maîtrise des mers par les républiques Italiennes dans le Bassin Méditerranéen.

Maqrizi a un point de vue égyptien. L’Egypte occupe une position privilégiée. Le rôle des mamelouks est bien mis en évidence. 

Quant à Machiavel, théoricien de la prise du pouvoir, il introduit une nouvelle notion : le peuple dont le prince doit tenir compte s’il veut se maintenir au pouvoir. 

Malgré mes difficultés, malgré certaines longueurs, j’ai été contente d’aborder de si près les auteurs de l’époque.

 

 

La Côte des Basques

CARNET BASQUE 2021

Beau temps, malgré des prévisions météo détestables.

Allons à la mer !

Délaissons le GPS pour la carte! Dominique découvre la Côte des Basques, une route en corniche de Ciboure à Hendaye, et une petite route d’Ascain à Ciboure. Une petite route va d’Ustaritz à Saint Pée-sur-Nivelle en traversant la très belle forêt d’Ustaritz plantée d’ arbres magnifiques : hêtres géants, chênes séculaires sur une colline d’où les vues sont très étendues.

Forêt d’Ustaritz

Mauvaise surprise : la route Ascain-Ciboure est barrée. Il faut faire un crochet plus au sud par Olhette.

La route en corniche de Socoa à Hendaye est proche de la côte. Il n’y a ni parkings ni miradors, on passe sans s’arrêter et les échappées sont brèves. Nous retrouvons avec grand plaisir Hendaye et sa plage immense. La marée est basse, la plage très dégagée. Il y a beaucoup moins de monde que samedi dernier. Je me déchausse et marche pieds nus dans la frange d’écume. 14° dans l’air, ciel sans nuage, l’eau n’est pas froide. J’atteins la falaise vers le nord, et la digue qui sépare la plage de la marina. 4 km de long, 7 km de marche !

Le pique-nique est luxueux, caviar de truite acheté hier à la pisciculture de Banka. Vrai caviar, gros grains oranges, fondants, délicieux sur de la baguette fraîche et croustade feuilletés aux pommes.

Retour à Socoa par le sentier littoral sur la corniche (8.5 km). Malheureusement le sentier a presque disparu pour cause de risque d’éboulement de la falaise. Une déviation est organisée sur le bord de la chaussée, une barrière de bois sécurise le cheminement piéton et cycliste. Sécurisé, mais avec la circulation intense et le bruit, la promenade n’est pas franchement agréable. De petits tronçons subsistent encore derrière une haie d’épineux. J’emprunte aussi un petit parcours interdit par une barrière qui me rapproche pendant quelques centaines de mètres du bord de l’eau.

Retour par le même chemin, à la limite du couvre-feu. Nous au gîte à 17h55.

L’Anomalie – Hervé Le Tellier – Gallimard

GONCOURT

Miro. Pourquoi Miro? Parce que!

 

…. « Autrement dit, le « Je pense donc je suis » du Discours de la Méthode de Descartes est obsolète. C’est plutôt : « Je pense donc je suis presque sûrement un programme. » Descartes 2.0 pour reprendre une formule d’une topologiste du groupe. Vous me suivez, Président? »…p.167

Que peut-on ajouter aux critiques suite au Prix Goncourt, au 688 avis sur Babélio? 

Forcément tout a été écrit. Je ne l’aurais peut-être pas acheté ni emprunté à la médiathèque, on me l’a prêté. Je l’ai laissé traîner un bon mois et, quand je suis entrée dedans, je ne l’ai pas lâché. Parfois agacée, parfois hilare, curieuse de savoir comment l’auteur allait s’en sortir de ce scénario improbable.

La citation ci-dessus, Descartes2.0, est pour moi, le paroxysme de l’humour. Il faut dire que le mathématicien s’adresse au Président Trump. J’en pisse de rire!

La première moitié du roman est une galerie de personnages dont le seul point commun est d’être les passagers du Vol Air France pris dans des turbulences extraordinaires. Personnages ordinaires, encore que… Un tueur à gages sous le couvert d’un tranquille père de famille, un architecte vieillissant qui part en week-end d’amoureux avec une jeune femme qui le quittera, une avocate américaine survoltée, une famille d’Américains s’offrant un petit voyage en Europe, un musicien nigérian, un écrivain raté qui est peut-être l’auteur (puisqu’il écrit un roman au titre de L’Anomalie)… J’ai bien aimé ces courts chapitres, presque des nouvelles qui racontent des vies disparates. Le Tellier écrit bien, il sait soulever l’incongru dans le quotidien et faire sourire le lecteur.

L’incident, l’orage, les turbulences semblent tous vraisemblables. On craint de vivre une pareille expérience. Et on n’a encore rien vu.

Quatre mois plus tard,  un avion en tout point identique, contenant les mêmes passagers, demande en urgence l’atterrissage à New York. Urgence puisqu’un orage l’a endommagé. Escorté par des chasseurs de l’Us Air Force, il est conduit sur une base militaire et ses passagers y seront retenus. Là, on bascule dans « l’Anomalie » dans l’invraisemblable, la dystopie si on veut, la plaisanterie oulipienne.

Si on cherche la vraisemblance, la logique, le pourquoi du comment, on est perdu dans un salmigondis mathématique et philosophique qui risque de lasser le lecteur rationnel.

Une autre lecture est possible, ligne par ligne, on peut débusquer l’ironie, la caricature, la référence philosophique pertinente ou incongrue. Tel lecteur calé en mathématique relèvera (ou pas) telle théorie, tel lecteur cultivé en philosophie reconnaîtra tel mythe, le béotien se régalera de la satire de Trump, des piques à Macron ou aux dirigeants chinois.

Troisième partie : farce du dédoublement! Les mêmes personnages ont vécu pendant l’intervalle de temps séparant les deux atterrissage. Il y en a un qui est mort, un autre à l’agonie. Comment se regarde-t-on dans le miroir quand on est confronté à son double? On peut prendre cela au sérieux. J’ai choisi le parti d’ne rire. Tour n’est pas aussi drôle, parfois je me suis même un peu ennuyée. Mais j’ai continué par curiosité. Et je n’ai pas été déçue.

Le chef d’œuvre de l’année?

Probablement pas.

Un bon moment de lecture en attendant la réouverture des musées, théâtres et cinémas.