209 rue Saint-Maur – Paris Xè – autobiographie d’un immeuble – Ruth Zylberman

LECTURES COMMUNES AUTOUR DE L’HOLOCAUSTE

C’est l’histoire d’un immeuble parisien.

C’est l’histoire d’une enquête menée par Ruth Zylberman, écrivaine et cinéaste.

……s’agirait juste de choisir. Un immeuble. Un seul. Un immeuble avec lequel je n’aurais aucun lien et dont,
pourtant, je saurais tout. Je le filmerais, je l’écrirais aussi peut-être….

carte qui venait d’être éditée par l’historien Serge Klarsfeld et un géographe lyonnais : la carte des enfants déportés de Paris entre 1942 et 1944. Une carte de Paris comme je n’en avais jamais vu :

De retour chez moi, j’ai vérifié les noms associés à cette adresse sur la carte aux points rouges. Il y avait les noms de neuf enfants.

Neuf enfants déportés depuis un même immeuble, c’est beaucoup, mais ce nombre ne me surprend pas
vraiment : le 209 est grand, même si je ne sais pas encore combien de locataires y vivaient exactement. Surtout,
la rue Saint-Maur était au cœur du Yiddishland – Belleville,

Son enquête commence dans deux directions : histoire de la rue Saint-Maur et de l’immeuble, lui-même et recherche des enfants arrêtés, enfin  des habitants du 209 jusqu’à aujourd’hui.

le chemin de Saint-Denis, pas encore devenu rue Saint-Maur, (qui) menait, au Moyen Âge, de l’abbaye de Saint-Denis à celle de Saint-Maur-des-Fossés.

En 1840, l’emplacement du 209 n’était qu’un jardin. Avec les grands travaux du baron Haussmann on construisit un immeuble de rapport. Autour d’une cour, quatre bâtiments de six étages où s’installent des locataires modestes, des artisans avec leurs ateliers. Ce quartier ouvrier fut déjà en 1848 un « foyer d’agitation et un fief d’opposition au Second Empire« . Elle retrouve une photographie de la barricade de la rue Saint Maur le 25 juin 48, la tradition insurrectionnelle  s’est transmise pendant la Commune de Paris. Au XXème siècle, l’immeuble se peuple de juifs polonais, tailleurs, coupeurs, tricoteurs, presseurs….Souvent communistes.

Comme tant de juifs exilés de sa génération, il avait laissé derrière lui la tradition et la religion de ses parents
pour adopter la nouvelle foi en un monde meilleur.

Mais tous ceux-là avaient quitté la Pologne parce que c’était un État fasciste. Et puis la France, c’était le paysdes droits de l’homme, de la Révolution… dans leur esprit… comme ça devrait être dans l’esprit de tous les Français. »

Après la guerre, les anciens occupants déportés retrouvent (ou  non) le 209. Plus tard, d’autres locataires, portugais, algériens, marocains prennent le relais. l’immeuble se dégrade,  victime de squatteurs avant d’être mis en vente par appartements et rénové par une nouvelle population plus aisée qui regroupe les logements, transforme les chambres en lofts et vastes appartements.  Gentrification.  L’écrivaine fait un véritable travail d’archéologue, retrouvant au niveau des parquets les vestiges des anciennes cloisons.

L’essentiel de la recherche de Ruth Zylberman s’oriente autour des rafles du Vel d’Hiv. Elle retrouve des témoins et reconstitue la population d’alors

reconstitutions

Avec des meubles d’une maison de poupées, elle stimule la mémoire des survivants, maintenant des vieillards, mais enfants à l’époque. Tous ne désirent pas se souvenir et ont effacé toute trace de leur enfance au 209 quand ils ont perdu leurs parents, trouvé une famille d’adoption, parfois loin aux Etats Unis, en Australie.

Cette quête me fait penser à celle de Mendelsohn dans les Disparus. Comme lui, elle le conduit en Israël, en Amérique, en Australie..

Elle fait rencontrer les anciens voisins après des décennies, rencontre très émouvante. Une communauté de voisins se dessine. Solidarités : au quotidien comme dans les circonstances exceptionnelles des arrestations. Une famille cache les voisins juifs alors que le fils combat sous l’uniforme de la Wehrmacht. La concierge a convenu d’un code indiquant l’arrivée de la police en balayant la cour d’une certaine façon. Des rumeurs et commérages…Des accents resurgissent. Enormément d’émotions!

lire aussi le billet de Keisha ICI

Pag

MITTELEUROPA – un mois à travers l’AUTRICHE, la HONGRIE et la CROATIE

lapiez

Pag est une très longue île parallèle au continent. On y accède par un pont bombé en ciment.
Les vieilles, habillées en noir en jupe froncée et en grand fichu noir qui leur cache le visage à la mode turque, vont à pied à la messe. Nous avons déjà vu les mêmes vieilles à Harkany aux bains, peut être étaient elles Croates ?

Lapiez
L’île est désertique : le calcaire est nu ; de loin les falaises sont blanches, de près la patine est grise comme à Superdévoluy .Des figures d’érosion en lapiez font des arêtes pointues.

La saline

pag : marais salants

Une petite dépression occupe le centre de l’île, remplie de roseaux géants. Sur la carte un lac est indiqué : c’est une saline en activité avec des bacs rectangulaires. Une usine immense l’exploite, mais curieusement, en cette saison tous les rectangles sont remplis d’eau et on ne voit pas de tas de sel ni même ne croûte de sel à la surface.

la petite ville de Pag

Au milieu de l’île, la petite ville de Pag est ancienne. Comme Zadar ou Nin, elle est enclose dans ses murs de pierre et gardés par de jolies portes. A l’intérieur, les ruelles sont si étroites que le soleil ne pénètre pas. Certaines maisons portent de jolies sculptures, des balcons de pierre. Les dalles sont glissantes comme
à Zadar.

Dimanche : la messe

Sur la place de l’église nous prenons un pot. C’est l’heure de la messe, il y a affluence, l’église est peine, le portail ouvert, certains assistent debout .Impossible de visiter l’intérieur. pas de photos de l’extérieur de l’église romane : des échafaudages cachent la façade. De jolis anges se détachent sur le ciel bleu. Nous achetons Le Monde –encore un luxe appréciable- et des beureks comme en Turquie -et un feuilleté à la cerise.

Trouver une plage!

Il est temps de trouver une plage. Ce n’est pas facile sur cette île rocheuse. La route domine la mer à 100 m d’altitude, nous roulons dans une colline pierreuse où seuls dépassent des murets de pierres sèches délimitant d’improbables parcelles désertes. Nous descendons dans un village. Surprise ! Les chênes verts bordent la côte. Miracle ! L’eau est accessible. Une famille vient tout juste de libérer un emplacement bien plat à l’ombre d’un magnifique chêne vert. Je suis enchantée ! Des naturistes se baladent à poil, bon augure ! Les plages naturistes sont toujours moins fréquentées que les autres !
Dominique voit tout cela d’un autre œil : les naturistes lui gâchent la baignade. Elle se retranche sous notre chêne et y restera toute l’après midi sans bouger en observant les aller et venues des hommes et des femmes à poil.
Pourtant on aurait pu passer une très belle journée : l’eau est délicieuse. Je passe des heures avec mon masque à observer dans les rochers une faune très intéressante .Dominique a une idée géniale : elle découvre dans nos prospectus une liaison maritime entre Zadar et une île près de Rijeka qui shunterait toute la route à camions en corniche. Au lieu de s’énerver en conduisant nous allons faire une croisière!

Barrage de police

Le retour est retardé par une péripétie : au pont, les policiers ont monté un barrage et vérifient les identités et ouvrent les coffres des voitures. Nous n’avons pas nos papiers. Que va-t-il arriver ? Rien, quand vient notre tour, on dit au policier « Papir, Zimmer,Rovanijska » de l’air le plus bête possible et il nous laisse passer.
Le soir sur la digue, nous envisageons avec enthousiasme notre nouveau projet. Dominique souhaite tellement  le réaliser qu’elle est prête à allumer un cierge à notre petite chapelle de la plage. Malheureusement, il y a du monde

L’invention de la Nature – les Aventures d’Alexander von Humboldt – Andrea Wulf (2)

LES HERITIERS

Il me faudrait beaucoup plus de deux billets pour rendre compte de ce livre passionnant. Le premier présente Alexander von Humboldt ce deuxième, le cortège des savants, naturalistes, poètes, politiques qui se sont inspirés des travaux de Humboldt. 

Darwin (1809-1882)

Darwin est certainement le plus célèbre de tous. Sa Théorie de l’Evolution développée à partir de du voyage du Beagle(1839) et l‘Origine des Espèces (1859) est un apport majeur à l’histoire des sciences. Darwin découvrit la Relation Historique  de Humboldt étudiant à Cambridge en 1931. 

Il était comme « obsédé » par Humboldt et à la suite de ce dernier projetait un voyage au Canaries sur les pas de son ainé. Quelques mois plus tard, Darwin a l’opportunité d’embarquer sur le Beagle en tant que « gentleman naturaliste ». L‘expédition avait pour objectif une circumnavigation autour du globe afin d’effectuer le calcul des longitudes. Pas d’escale à Tenerife mais à Santiago , la plus grande île du Cap Vert où il découvre la végétation tropicale et le roches volcaniques comme son illustre prédécesseur. Pendant son voyage en Amérique du Sud il lit Humboldt et se fait envoyer lses derniers livres parus. 

Humboldt et Darwin avaient tous les deux la rare faculté de se concentrer sur les plus petits détails – une
parcelle de lichen, un petit coléoptère –, puis de prendre de la distance pour les considérer dans leur contexte et
établir des comparaisons. Cette flexibilité d’échelle et de point de vue leur donna une approche tout à fait
nouvelle du monde.

en 1839, Le Voyage du Beagle rendit Darwin célèbre. Il y parlait de plantes, d’animaux et de géologie, mais aussi de la couleur du ciel, de la lumière, de la tranquillité de l’air et de la brume dans les lointains – à grands coups de pinceau, comme un peintre. À la manière de Humboldt, Darwin notait ses émotions au contact de la nature, tout en fournissant des données scientifiques et des informations sur les peuples
rencontrés. »

LYELL (1797 -1875)

Lyell 1840

Peut être moins fameux que le précédent, sauf pour les étudiants en géologie qui connaissent le Principe de l’Uniformitarisme (ou Actualisme) Contemporain de Humboldt, il se sont rencontrés à Paris où ils ont échangé à propos de l’invention de Humboldt des Isothermes. Charles Lyell a également voyagé pour étudier les volcans. Ses travaux furent publiés dans les Principes de Géologie. 

l‘idée centrale des Principes de Géologie était que la Terre s’était façonnée très lentement par de minuscules changements ; selon lui elle ne s’était pas formée par de soudaines catastrophes comme les tremblements de terre ou inondations comme on le pensait en général 

Darwin s’est aussi appuyé pour Lyell dans ses études lors du voyage du Beagle. 

THOREAU (1817 – 1862)

Philosophe et naturaliste, ce n’est pas un scientifique, plutôt un poète. Selon Wulf, Walden n’aurait pas été le livre qu’il est sans Humboldt. 

Viennent ensuite les biographies de deux Américains que je ne connaissais pas

George Perkins MARSH (1801 -1882)

John Perkins Marsh fut un économiste américain, linguiste et diplomate  qui a envisagé l’influence de l’homme sur la nature encore sauvage américaine :

Des lacs, des étangs et des rivières autrefois très poissonneux avaient vu disparaître toute vie dans leurs eaux,Marsh fut le premier à en donner la raison. La surpêche était en partie responsable, mais surtout la pollution industrielle.

Comme Humboldt, Marsh tenait en partie pour responsable la pratique de l’agriculture de rapport, comme le
tabac et le coton . […]Marsh en concluait qu’un régime végétarien était plus écologiquement responsable qu’un régime carné.

Il écrivait le plus vite possible, dans l’urgence, parce qu’il sentait que les hommes devaient changer très vite leur
manière de faire si on voulait espérer sauver la Terre des ravages de la charrue et de la hache. « Je me dépêche,
écrivit Marsh au rédacteur en chef Si rien ne changeait, la planète serait réduite à « une surface dénaturée, en proie aux excès climatiques 

Dans Man and Nature, Marsh passait les exemples en revue, donnant de multiples illustrations de l’influence de
l’homme sur les rythmes de la nature : quand, par exemple, un chapelier de Paris avait mis à la mode les chapeaux en soie, ceux  en fourrure ne s’étaient plus vendus – ce qui, par ricochet, avait eu un effet bénéfique sur les populations de castors très fragilisées du Canada,

Ce qui fait écrire qu’il fut le « premier écologiste »

 

John MUIR (1838 -1914) 

C’est un pionnier de l’écologie cherchant à protéger la nature encore préservée de la Vallée de Yosemite en Californie, sous le statut de Parc National.

En 1860 il rédigea L’Homme et la Nature en s’inspirant des idées de Humboldt et de Thoreau

Le réel impact de Man and Nature ne se fit pas sentir avant plusieurs dizaines d’années mais le livre influença
beaucoup d’Américains qui devaient devenir des figures importantes des mouvements de préservation et de
défense de la nature. John Muir, le « père des parcs nationaux »,

Ernst HAECKEL(1834-1917) 

radiolaires

 

« Parfois, Haeckel rentrait de ses longues promenades chargé de lierre dont il tressait des couronnes pour orner le
portrait de Humboldt accroché au mur de sa chambre »

Haeckel est encore un naturaliste allemand de la tradition de Humboldt, né à Postdam, mort à Iéna. Comme Humboldt, Darwin, Lyell ou Marsh, il est parti des laboratoires pour aller vers la nature sur le terrain. Moins loin que les premiers, il fera ses découvertes en Italie. Parti étudier poissons et mollusque à Naples, c’est en Sicile qu’il va faire ses découvertes.  Dans un seau d’eau de mer, sous le microscope il observe des merveilles de symétrie, de délicatesse et de fantaisie : les radiolaires qu’il dessine, un œil rivé à l’oculaire, l’autre au papier à dessin. Radiolaires et méduses offrent des géométries fascinantes qui vont inspirer les créateurs, architectes ou décorateurs de l’Art Nouveau. La maison de Haeckel est elle-même Villa Medusa.

Haeckel illustra ce travail zoologique de ses propres mains, livrant des dessins d’une exactitude scientifique
parfaite, mais aussi d’une remarquable beauté.

Le dessin était pour Haeckel la seule vraie méthode pour comprendre la nature.

 

Comme ses prédécesseurs, Haeckel allie la science la plus sérieuse et la plus pointue (comme la classification de  Protozoaires) à l’émotion artistique. 

Pendant que Haeckel travaillait à Die Radiolarien, il lut un livre qui devait de nouveau bouleverser sa vie :
L’Origine des espèces. Haeckel fut extrêmement frappé par la théorie de l’Evolution.

Haeckel est aussi l’inventeur du nom « écologie »

l’Oecologie, ou « écologie » . Le terme était tiré du mot grec « maison » – oikos – appliqué au milieu naturel.
Tous les organismes terrestres vivaient ensemble dans un même lieu comme une famille occupe le même foyer.
Et comme les membres d’une famille, il arrivait qu’ils entrent en conflit ou qu’ils s’entraident.

[…]
L’écologie, disait Haeckel, était « la science des relations d’un organisme avec son environnement »

Comme Humboldt, Haeckel fit le voyage de Tenerife et rencontra Darwin en route. Il mis ses pas dans ceux de Humboldt, au sommet du Teide puis visita Lanzarote. Après ce voyage il repartit souvent en Egypte, en Inde, au Sri Lanka en Indonésie collecter des spécimens et surtout dessinant…

 

Je me suis surtout attachée à tout ce cortège de savants, j’ai négligé les politiques comme Jefferson, Madison, Simon Bolivar. J’ai oublié de parler de la grande leçon d’histoire qui s’est déroulée pendant la longue existence de Humboldt, de 1769, qui est aussi l’année de naissance de Napoléon, à l’Unité Allemande sous la direction des rois de Prusse… j’aurais aussi pu développer l’indépendance des colonies espagnoles, les sentiments anti-esclavagiste et anticolonialistes….mais cela devrait faire l’objet d’un autre billet.

L’Invention de la nature: Les aventures d’Alexander von Humboldt (1) – Andrea Wulf – ed Noir sur Blanc

 -HISTOIRE DES SCIENCES

« Humboldt, lui, nous a apporté le concept même de nature. Ironie du sort, ses réflexions sont devenues si évidentes que nous avons pratiquement oublié l’homme qui en est à l’origine. »

« Sans doute est-il temps pour nous, et pour le mouvement écologiste, de redécouvrir ce grand précurseur qu’était
Alexander von Humboldt. »

Je connaissais Humboldt de nom, sans que rien de précis ne se dégage vraiment (sauf le courant de Humboldt). Je l’ai découvert dans l’excellent livre de Daniel Kehlmann Les Arpenteurs du monde . 

Plusieurs blogueuses m’ont pressée de lire L’Invention de la Nature et je les remercie chaleureusement.  Le titre m’a fait croire qu’il s’agissait d’une biographie d’Alexander Humboldt, ce livre est  beaucoup plus qu’une biographie. A la suite de Humboldt, tout un cortège de savants et de savants-voyageurs ont suivi ses traces et ont posé les fondements d’une écologie scientifique mais aussi politique. 

Humboldt (1769-1859)

Né dans une famille de l’aristocratie prussienne, il a joui d’une bonne éducation complète, littéraire et scientifique et même économique à l’Ecole de Commerce de Hambourg, puis à l’Ecole des Mines de Freiberg la première dans son genre qui enseignait la géologie et ses applications dans les mines. Dès qu’il disposait de temps libre, il s’échappait, herborisait et collectionnait des milliers de spécimens botaniques. Il fut nommé conseiller des mines à 22 ans.  Il s’intéressa  aux conditions de travail des mineurs et fonda même une Ecole de la Mine. Il se livrait aussi à des expérimentations sur « l‘électricité animale ou galvanisme« . En 1794, à Iena et Weimar, il rencontre Schiller et surtout Goethe qui se passionnait alors pour les sujets scientifiques. Leur rencontre fut très fructueuse : « Ils parlaient de l’art, de la nature et de la pensée ». L‘auteure note aussi qu’ » On ne pouvait pas échapper à Kant à Iena ». 

« A l’évidence, il y avait un peu de Humboldt dans le Faust de Goethe – ou un peu de Faust dans Humboldt »

Au décès de sa mère, Alexander se sent libre de « partir pour un long voyage », partit pour Paris, escalada les Alpes, examina les plantes exotiques dans les serres de Vienne, fit provision d’instruments de mesure. Mais l’Europe était bloquée par les guerres de la Révolution française. Il pensa se joindre à une expédition vers le pôle sud, ou rejoindre les savants de Bonaparte en Egypte…A Paris, il rencontre le compagnon idéal : Aimé Bonpland qui partageait la même passion pour les plantes et les grands voyages. 

1799, avec un passeport espagnol, ils obtiennent l’autorisation de se rendre dans les colonies espagnoles d’Amérique du Sud. Escale à Teneriffe, Humboldt est émerveillé par la cime du Teide qu’ils gravissent. En Juillet ils accostent à Cumana au Venezuela, enchantés par le paysage tropical, les fleurs éclatantes, les oiseaux colorés…Les botanistes cherchent des corrélations avec la flore européenne. 

« Tout dans le monde naturel lui semblait relié d’une matière ou une autre, une idée qui caractérisa sa pensée jusqu’à la fin de sa vie »

Le bonheur de Humboldt n’était pas sans partage : le marché aux esclaves qui se tenait devant ses fenêtres sur la place principale de Cumana le scandalisait.

Quelques semaines après son arrivée ils assistent à un tremblement de terre violent.

« Humboldt descendit de son hamac et installa ses instruments ? Rien, pas même un tremblement de terre ne pouvait l’empêcher de mesurer les phénomènes naturels »

L’expédition devient aventure quand ils s’embarquent pour rechercher un mystérieux cours d’eau reliant l’Orénoque à l’Amazone après avoir traversé la grande plaine des LLanos. C’est mieux que du Jules Verne (qui plus tard s’est inspiré de Humboldt), mieux qu’Indiana Jones! un vrai roman d’aventures entre serpents, anguilles électriques, chevaux,  moustiques, rencontre avec les Indiens.

Il s’intéressait à leurs langues, leur culture et dénonçait plutôt la « barbarie de l’homme civilisé qu’il dénonçait »

Il faut le lire! D’ailleurs, de retour, le récit de leurs aventures fut un véritable best-seller, traduit dans toutes les langues, avec des réimpressions constantes.

Mais il faut aussi s’attacher au contenu scientifique pour comprendre l’Invention de la Nature . Etudiant le lac de Valencia, il met en évidence les causes humaines de l’assèchement du lac. 

Le lac de Valencia jouissait d’un écosystème unique : dans ce système fermé sans communication avec l’océan et seulement alimenté par de petits ruisseaux, le niveau des eaux était uniquement soumis à l’influence de l’évaporation. les habitants pensaient qu’une faille souterraine devait vider le lac. […]les résultats de ses mesures lui firent conclure que c’était la déforestation des terres environnantes ainsi que l’utilisation des affluents pour l’irrigation des cultures qui faisaient baisser le niveau du lac? « 

la déforestation était déjà une préoccupation de Humboldt quand il surveillait les mines

« Le bois était le pétrole du XVIIè et du XVIIIème siècles, la crainte de la pénurie provoquait les mêmes inquiétudes dans les domaines du chauffage, de l’industrie et des transports que les crises pétrolières aujourd’hui »

Observant les jaguars prédateurs, les oiseaux, les insectes et les chaînes alimentaires ainsi que la compétition des plantes pour la lumière, les plantes grimpantes étranglant les arbres, il écrivait :

« L’âge d’or a cessé »

« Il dessinait ainsi le portrait d’un monde régi par une sanglante lutte pour l’existence, une idée de la nature bien différente de celle qui prévalait alors, celle d’une machine bien  huilée dans laquelle tous les animaux et les plantes occupaient une place attribuée par Dieu »

Ils traversent ensuite les Andes, marchent jusqu’ à Bogota  et Quito et s’intéressent aux volcans. Il cherchent à savoir si ce sont des phénomènes locaux ou s’ils sont reliés entre eux et pensaient qu’ils les renseigneraient sur la formation de la Terre. 

L‘ascension du Chimborazo est un monument de bravoure : haut de 6400 m c’est la plus haute montagne que l’homme a gravie. Les deux explorateurs établissent un record sportif. Du sommet, Humboldt fait une découverte majeure : l’étagement des zones de végétation

En regardant à ses pieds les pentes du Chimborazo et les montagnes au loin, Humboldt eut une révélation. Tout
ce qu’il avait vu au cours des dernières années se rassembla pour former un tout cohérent. Son frère Wilhelm
pensait depuis longtemps que l’esprit d’Alexander était fait pour « relier les idées, trouver des chaînes de
correspondances » . Ce jour-là, en haut du Chimborazo, tout en se pénétrant de ce qu’il voyait, il pensa aux
mesures qu’il avait prises, aux plantes, aux formations rocheuses vues dans les Alpes, les Pyrénées, et à
Tenerife. La somme de ces observations formait une évidence. La nature, se dit-il, était mue par une force
globale et ressemblait à un tissu, le grand tissu du vivant.

Le trajet depuis Quito et l’ascension du Chimborazo avaient été comme une expédition botanique se déplaçant
de l’équateur vers les pôles. Sur les flancs de la montagne, toute la flore du monde se succédait selon des zones
de végétation bien distinctes, superposées par étages . En bas, dans la vallée, les plantes appartenaient aux
espèces tropicales, puis elles étaient remplacées par les lichens qu’il avait observés à la limite des neiges
éternelles. À la fin de sa vie, Humboldt a fait de fréquentes allusions au besoin de « contempler la nature de
haut »  afin de mieux comprendre les relations entre les choses,

Passons le périple du retour qui a conduit les deux explorateurs aux Etats Unis où ils furent les hôtes de Jefferson. Humboldt , républicain était un admirateur  de la Révolution américaine.  Selon lui la politique et la nature étaient indissociables

C’était l’image de l’Amérique idéale de Jefferson, son rêve économique et politique pour l’ensemble des États-
Unis, dont il voulait faire une nation d’agriculteurs indépendants vivant dans de petites fermes autosuffisantes.

Jefferson était un jardinier, il s’intéressait aux sciences. La Maison Blanche était devenue un centre d’échange scientifique. De plus la question de la frontière entre les Etats Unis et le Mexique espagnol était urgente. Humboldt, pourtant envoyé par le Roi d’Espagne détestait la colonisation :

« l’idée même de colonisation est immorale » écrivait-il

« Humboldt fut le premier à établir un lien entre le colonialisme et la destruction de l’environnement »

Pour Humboldt, le colonialisme et l’esclavage étaient une seule et même chose indissociable de la relation de l’homme avec la nature et l’exploitation des ressources naturelles. 

De retour en Europe en 1804,  Humboldt s’installe à Paris où règne une vie intellectuelle intense. Napoléon a installé une contrôle autoritaire sur tous les aspects de la vie nationale. De plus, l’Europe est en guerre, Humboldt est prussien mais il a tissé des liens avec les scientifiques : Gay-Lussac qui mène des expériences en ballon, à 1000 m plus haut que la cime du Chimborazo, Arago qui est un ami intime, Lamarck et Cuvier….Il fréquente aussi des Sud Américains; Simon Bolivar lui rend visite

« Humboldt était d’avis que les même si les colonies étaient mûres pour la révolution, il leur manquait un chef pour les mener »

Cependant il se méfiait du racisme qui gangrenait la société sud-américaine et de l’esclavage..

Un voyage en Italie, à Rome et à Naples lui réserve une belle surprise  : le Vésuve entra en éruption sous leurs yeux.

Cependant, il lui faut retourner à Berlin Il est appointé par le Roi de Prusse. Il va s’atteler à sa grande oeuvre : la rédaction de L’Essai sur la Géographie des Plantes qui montre la relation entre les plantes, le climat et la géographie et qui fut publié en 1807

Depuis des milliers d’années, les cultures, les céréales, les légumes et les fruits suivaient l’humanité dans ses
déplacements. En traversant les continents et les océans, les hommes avaient emporté des plantes, et ainsi
changé la physionomie du globe. L’agriculture reliait les plantes à la politique et à l’économie. Des guerres
avaient été livrées pour des plantes, des empires s’étaient construits sur le thé, le sucre et le tabac ….

Bien avant la Dérive des Continents et la Tectonique des plaques, il imagine une liaison entre l’Afrique et l’Amérique du Sud du fait des ressemblances entre les plantes. Dans les Tableaux de la Nature il devient lyrique et parle des émotions que procure la nature. 

C’est aussi l’époque où La Description de l’Egypte est publiée (1809). Le Voyage aux régions équinoxiales du Nouveau Continent de Humboldt suscite la jalousie de l’Empereur.

« Pour presque tous les autres savants, c’était une bonne période pour vivre en France car Napoléon était un grand promoteur des sciences »

Après Waterloo Prussiens et Cosaques se déversent sur Paris, Humboldt sauve de justesse le Jardin des Plantes/

Humboldt rêve de repartir en expédition. Il prépare un voyage en Himalaya, séjourne à Londres mais n’obtiendra jamais la permission de la Compagnie des Indes après la parution de son Essai politique sur le Royaume de la Nouvelle-Espagne et sa critique de la férocité des Européens. A Londres il rencontre Herschel, l’astronome, va faire des observation à l’Observatoire de Greenwich. 

Finalement il est rappelé à la cour de Berlin pour remplir son office de Chambellan. Malgré des différends avec le roi autocrate, Humboldt professe le républicanisme et les idées des Lumières, il partage son temps entre la rédaction de ses livres, des conférences ouvertes à tous, des rencontres de savants et ses obligations à la cour. Il rédige une somme monumentale Kosmos en compilant les découvertes de ses recherches ainsi que les avancées des différents savants de l’époque aussi bien concernant la Terre, les organismes vivants, l’Univers, le magnétisme. De nombreuses traductions dans toutes les langues européennes sont distribuées dans le monde entier. Humboldt entretient également une correspondance très active avec des milliers de lecteurs. 

Cancrin, après avoir obtenu l’autorisation du tsar Nicolas Ier, avait invité Humboldt à venir en Russie, tous frais payés,  lui écrivait pour lui demander des informations sur le platine, s’interrogeant sur l’opportunité d’en faire
l’étalon de la monnaie russe . On avait trouvé ce métal précieux dans les montagnes de l’Oural cinq ans plus
tôt

Humboldt allait enfin voir l’Asie.

A la soixantaine il pourra repartir en expédition lointaine : invité par le Tsar de Russie. En tant que géologue spécialiste des mines il va jusqu’en  en Sibérie à la recherche de minéraux précieux, or diamants. Ce voyage officiel est très encadré,

Comprenant parfaitement ce que l’on attendait de lui, Humboldt avait promis à Cancrin de ne s’occuper que de
la nature. Il ne toucherait à aucun sujet lié au gouvernement et à « la condition des classes inférieures » ,
promettait-il, et ne critiquerait pas publiquement le système féodal russe – quelle que soit la cruauté avec
laquelle était traitée la population. 

il pourra enfin s’échapper découvrir les montagnes de l’Altaï à la frontière de la Chine. La guerre Russo-ottomane le privera du Mont Ararat  qu’il avait prévu de gravir.

Humboldt était un personnage considérable à Berlin, on venait de loin pour le voir et son adresse était connue de tous les cochers de la capitale.

Quand il s’est éteint en 1859 son enterrement fut quasiment des funérailles nationales. Dix ans plus tard, on célébrait le centenaire de sa naissance en grande pompe, des feux d’artifices furent tirés aussi loin qu’au Caire. (c’était aussi l’année de l’inauguration du canal de Suez)?

 

L’Invention de la Nature d’Andréa Wulf est beaucoup plus qu’une simple biographie de Humboldt, un bon tiers du livre est consacré aux savants et politiques s’inspirant de ses œuvres. J’ai pris 24 pages de notes et un seul billet serait beaucoup trop long pour résumer le livre.

Lire aussi les avis de Dominique ICI, de Claudialucia ICI de Keisha ICI

Nin et Vir

MITTELEUROPA – un mois à travers l’AUTRICHE, la HONGRIE et la CROATIE

Eglise de Nin

Presqu’île de Zadar vers le nord. Des troupeaux traversent la route. Les villages ne sont pas plus pittoresques que ceux de la côte ; les maisons de pierre sont écroulées, les maisons de brique et de ciment quelconques dominent. Il y a deux modèles : un premier à toit de tuiles en pente, généralement un étage, raffinement : des arcades en ciment, pas de crépi. L’autre modèle à terrasse qu’on rehausse pour construire un deuxième étage avec un escalier extérieur sans rampe débouchant parfois sur rien du tout. Pas de crépi mais des tonnelles de vigne.

Nin

Nin marais salants et graminées

A l’entrée de Nin, des marais salants. Un vieux pont de pierre relie l’îlot à la terre. La ville est entourée de ses murailles. La porte qui fait face au pont est élégante. Il est neuf heures et il fait déjà chaud. La petite basilique blanche toute ramassée en croix autour de sa coupole chaulée est isolée par un champ de fouilles. Les objets provenant  des tombes sont visibles dans un petit musée archéologique qui abrite aussi deux barques trouvées dans la mer dans un état de conservation extraordinaire.
Nin est assez fréquentée par les touristes, j’achète l’unique Monde sur le présentoir. Nous faisons le tour de la ville, découvrons de plages de sable formant une langue émergeant de la lagune. Des baigneurs y accèdent en traversant à pied la lagune.

Au café
C’est un plaisir méditerranéen que de boire un expresso bien tassé en regardant l’animation de la rue. En Grèce et en Turquie, ce plaisir est presque défendu aux femmes seules, pas ici, des familles entières consomment. Certains boivent des cafés surmontés de crème fouettée bien appétissante.

Musée archéologique

Je regrette que nous soyons parties sans guide. J’aime bien connaître l’histoire et ne pas passer étourdiment à côté d’une merveille trop discrète . Le musée archéologique  présente des panneaux bien documentés. J’y découvre que les Croates étaient allié aux Francs contre Byzance. Cette toute petite ville était alliée à Charlemagne par la paix d’Aix la Chapelle en 812 tandis que Zadar toute proche était byzantine.

Ile de Vir

Pont deVir

Nous quittons Nin pour aborder l’île de Vir reliée au continent par un pont moderne bombé.
Près du pont l’île est très construite, et se construit présentement, chantier de grandes maisons destinées aux touristes. A mesure que nous nous enfonçons dans l’intérieur, les constructions se raréfient .Il y a un bois de pin et de chênes, des vignes. Des panneaux proposent du vin et de la rakija à la ferme. Nous poursuivons la route pour trouver une plage. Quelques voitures stationnent sur un parking. La côte est rocheuse/ Le calcaire raviné est fendillé et coupant. Difficile d’atteindre l’eau transparente sans risquer de se blesser. Il n’y a pas d’ombre non plus et se promener avec le parasol est hasardeux. Nous quittons à regret cet endroit magnifique, sauvage et désert où pousse seulement un maquis ras. Le sentier côtier est tracé mais impraticable en sandales.

Calcaire blanc

Nous retournons vers les dernières habitations (encore en construction mais déjà habitées). Tandis que je vais dans un petit supermarché acheter de l’eau fraîche, Dominique repère une « plage » ; des petites terrasses cimentées en escalier avec un accès facile à l’eau et un trou pour piquer le parasol que nous adossons à un muret. Comble de luxe, le rocher lisse est incliné pour faire un dossier.


Nous resterons toute l’après midi sur notre terrasse. Le supermarché vend des masques de plongée. J’en achète  un bon marché (pas très étanche) et j’ai le plaisir d’observer des tas de poissons. Certains sont minuscules, transparents et nagent en groupe en surface. D’autres plus gros broutent les algues. Je crois même reconnaître des rascasses. Heureusement que nous nous baignons chaussées. Notre parasol fournit une belle ombre, le vent souffle de la mer, il fait une température délicieuse. Dominique surveille les évolutions d’un groupe de jeunes : 3 jeunes filles jolies et agréables, 3 petites filles adorables en deux pièces. Puis arrive une allumeuse qui attire tous les garçons. Avec mon masque je ne me lasse pas de retourner à l’eau. Nous levons le camp à 17h30. Nous faisons un crochet par Zadar pour nous approvisionner à Billa.
Après le dîner promenade rituelle. La digue est vide, tous les jeunes doivent être à Zadar .Nous regardons les lueurs du village qui se reflètent en guirlandes roses, vertes rouges.

Plaklenica

MITTELEUROPA – un mois à travers l’AUTRICHE

12 km plus loin vers le nord, à Starigrad, se trouve l’entrée du Parc National de Paklenica.
Entrée payante, 30 Kunas, parking 2 km plus loin dans une vallée très profonde entaillant la montagne.

un canyon entre de hautes falaises

Nous marchons ensuite dans un canyon entre de très hautes falaises. Des voies d’escalades sont aménagées et les grimpeurs sont nombreux.
A 8h il fait encore frais, le sentier est bien aménagé mais il commence très raide par des marches glissantes (Il faudra marcher avec précaution au retour). Cette rampe s’élève dans une vallée sèche. Bientôt la végétation devient dense d’Elat mastic(pistachiers lentisque), de charmes, noisetiers, hêtres et figuiers. Cette forêt est inattendue. Quand on regarde de la mer, les montagnes sont pelées couvertes d’un maquis ras. Les crêtes déchiquetées en calcaire nu.
Le sentier devient plus large, bien entretenu en petits cailloux avec des fontaines. Nous suivons un petit torrent.

La grotte

Un écriteau indique la grotte à 40 minutes.
Dominique reste. Je grimpe le sentier en lacets large d’une soixantaines de cm, en pente pas trop raide, dans une forêt clairsemée,  ombragée à cette heure matinale. Je fonce pour respecter le minutage. La grotte est aménagée pour la visite. Nous descendons l’équivalent de cinq étages dans une salle immense avec de très belles draperies.
Dominique qui a attendu 1h45 et vu passer des dizaines de randonneurs commence à s’impatienter.

Le ruisseau
La promenade continue le loin du ruisseau à l’ombre. Nous déjeunons les pieds dans l’eau près d’une maison forestière puis rentrons dans la chaleur de l’après midi.
Après-midi à la plage de Rovaniska
Plage  chez nous, très calme nous sommes seules. Des vieilles arrivent vers 17h30.

courses à Starigrad

Nous retournons à Starigrad changer de l’argent à la banque et visitons les supermarchés. Il y a pourtant plusieurs campings, mais nous ne trouvons rien à notre goût. Il faut croire que les campeurs ne mangent que des saucisses et du saucisson. Rien de bien appétissant ! On se contentera de spaghettis.
Nous terminons la soirée par la traditionnelle passeggiatta sur le remblais. Comme c’est le week end, c’est très animé et le vendeur de glaces ne chôme pas.

 

Zadar

MITTELEUROPA – un mois à travers l’Autriche, la Hongrie et la Croatie

Zadar est  la ville la plus proche  à une vingtaine de km de l’autre côté d’une péninsule plate et assez sèche.

La ville moderne est assez étendue, mais la ville ancienne enclose dans ses remparts est petite. Rues étroites pavées de calcaire gris clair poli très glissant, occupées par de nombreuses terrasses de cafés. Les commerces sont luxueux, surtout des boutiques de fringues de marques. Il y a beaucoup de monde. Nous cherchons comme à l’accoutumée, l’Office de Tourisme, qu’on  finit par trouver après de grands efforts, caché à l’étage dans un bâtiment à l’écart. De toute façon il ne nous est pas d’un grand secours.
Forum
Un forum romain avec une unique colonne corinthienne fait une jolie place.
Eglise Saint Donat

Zadar : Saint Donat

Juste derrière, l’église Saint Donat a une curieuse forme cylindrique très haute avec son campanile un peu plus loin. L’intérieur est très sobre : un plafond de bois une galerie d’arcades romanes, en dessous une belle colonnade entoure la nef – sans doute des colonnes antiques réutilisées –l’autel est abrité par une sorte de baldaquin très simple Renaissance. Les stalles du chœur sont en beau bois sculpté.


Eglise baroque
De l’autre côté du forum nous visitons également une église baroque toute peinte de blanc et relativement sobre pour du baroque, ce qui est très curieux, ce sont les grillages ondulants en ferronneries, formant une sorte de galerie fermée.
Musée archéologique
Je visite à la hâte le musée archéologique, regrettant de ne pas pouvoir y consacrer plus de temps, parcmètre oblige.
Courses au supermarché
A l’entrée de la ville, au grand supermarché Billa, on achète de la viande. Depuis  un mois, on n’a pas mangé de steak avec des pâtes. Nous remontons vers le nord pour découvrir les plages des environs, nous avons l’embarras du choix. La côte est rocheuse mais les plages accessibles. Très peu de monde. Nous trouvons un coin délicieux derrière un camping. Nous sommes seules sur le cailloutis, des pins nous donnent de l’ombre.
Nous regardons la nuit tomber en nous promenant comme tout le monde ici sur la digue. Puis on se pose pour voir les étoiles et les lumières se refléter dans la mer.

Une piscine dans le désert – Diane Mazloum

LIBAN

 

Maeve a initié ce mois libanais et je m’y suis jointe très volontiers. Occasion de découvrir de nouveaux auteurs, en l’occurrence une écrivaine dont j’ai téléchargé également l’Age d’or. 

Court roman (200 pages). Une intrigue très simple : Fausta a construit une piscine ) proximité de la maison de famille dans la Montagne Libanaise sur un terrain qui ne lui appartient pas ; le légitime propriétaire, vivant au Canada délègue Léo, son fils, pour vendre le terrain. Léo s’est donné trois jours pour conclure cette affaire qui lui paraît sans problème.

Unité de lieu : la maison des Kyriakos. Trois personnages Léo Bendos, venu du Canada, Fausta et son oncle Rodolphe. Pas trop d’intrigue : Rodolphe Kyriakos, confus de la violation de propriété offre une généreuse hospitalité à Léo le temps d’établir le dossier de la vente. Fausta est venue en vacances dans la maison familiale pour se reposer et ainsi optimiser les chances de son traitement hormonal précédent une fécondation in-vitro. Elle fera découvrir le village et la région à Léo. Les chaudes journées se déroulent paresseusement.  Le soir, illuminations et canonnades rappellent que la guerre n’est pas loin dans ce village proche de trois frontières : Liban, Syrie et Israël (c’est moi qui détaille, les belligérants ne sont jamais nommés, ni le village d’ailleurs). Le village serait dans l’œil du cyclone. 

J’ai aimé l’évocation du village, l’ambiance traditionnelle, les saveurs et les parfums. L’ambivalence de l’exilé qui se découvre lié à cette terre qu’il n’a jamais vue mais dont il a entendu raconter sa grand mère.

Il s’agit de deux villages, l’un qui s’appelle De désespoir mon âme a fui, et l’autre Son esprit s’est abîmé, fit
Rodolphe en exhalant la fumée avec un petit effet théâtral. Une dizaine de kilomètres à peine les séparent mais
les habitants se considèrent comme des étrangers et ne se fréquentent pas. En même temps, dans chacun de ces
villages vous trouverez des familles ayant émigré sur tous les continents. C’est là, peut-être, que réside notre
plus grand paradoxe. Du repli sur soi le plus total tout en étant profondément tournés vers le monde.

En revanche, les personnages  ne m’ont pas attirée. Léo, le canadien falot. Fausta est très agaçante avec ses grosses lunettes de soleil qui lui masquent le visage. L’oncle Rodolphe est assez inexistant. Ce « désert » , à quoi ressemble-t-il? rouleaux de collines, sable(?). Et puis quelle idée que de creuser une piscine chez les autres alors qu’il est si difficile de la remplir quand l’eau arrive par camion et qu’il faut choisir entre la piscine et l’eau courante dans la maison!

Une lecture agréable, facile, mais que j’oublierai rapidement.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Du Rififi à Bucarest – Sylvain Audet-Gainar – Coll. Rouge

19POLAR

Un polar réussi pour nous dépayser et nous faire voyager. Citybreak impossible? Partons pour Bucarest!

Tous les ingrédients pour le genre : de la baston, une enquête bien compliquée, des jeunes femmes sexy, du sexe, un chauffeur de taxi bien graveleux, un maître-chanteur….Pour la couleur locale : au centre-ville, un immeuble logeant des privilégiés de l’ancien régime (toujours en place 40 ans plus tard), des rues grises et défoncées dans des quartiers moins huppés.

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Arthur, gallo-dace,  est venu de France liquider la succession de son oncle qu’il n’a jamais rencontré . A peine installé dans l’appartement dont il a hérité, il est défiguré à coup de poêle à frire par un agresseur invisible.  Après une seconde effraction, Arthur décide d’enquêter sur la vie de son oncle. Une archiviste, un historien l’aideront à dépouiller les Archives de la Securitate : son oncle était un médecin proche des Ceausescu, gynécologue.

Ce joyeux mélange entre Retour vers le futur, Good Bye, Lenin ! et le Petit Nicolas m’a aussitôt fait regretter qu’un appareil aussi fantastique n’existe pas dans la réalité.

Il obtient le concours d’alliés un peu baroques : un grand-père amateur de Frédéric Dard et son petit-fils de 5 ou 6 ans aux déguisements fantaisistes particulièrement mal embouché mais très sagace, un Don Juan chargé de nombreuse et encombrante famille, une vieille voisine fouineuse et tenace et même une étoile du cinéma roumain.

Mais suis-je tant à plaindre ? Après tout, je profite de l’aide précieuse d’une sacrée escouade ! Un pote aux petits
oignons, une urgentiste aussi compétente qu’affriolante, son fripon de fils champion du monde du déguisement
et toujours flanqué de son sémillant grand-père philosophe, deux historiens caractériels aux connaissances titanesques, un commissaire mordu d’espionnage, un homo expert en confession sur l’oreiller et maintenant, l’une des actrices les plus renommées de Roumanie !

 

Je ne vous dévoilerai pas l’intrigue ni les épisodes qu’on pourrait qualifier de baroques, de surréalistes et même parfois de grotesques. Je vous laisse découvrir et profiter de cette lecture distrayante.

Vous n’avez pas connu ces temps-là, jeune homme. Quand on recevait un ordre émanant de si haut, on s’y
soumettait sans rechigner. Aussi absurde qu’il fût ! Ne faites pas cette tête-là, mon garçon ! J’ai travaillé toute ma vie comme journaliste pour le journal Scânteia.

Par delà la rigolade, l’intérêt historique :  la période Ceausescu et ses suites.

L’épilogue en 2017 et le mouvement #REZIST :

« Assisterait-on enfin au réveil d’une conscience civique en Roumanie bientôt trente ans après la chute de la dictature?

Rien n’est moins certain

Cet espoir me procure cependant une ivresse incroyable »

Arrivée en Croatie : la mer à Rovanjska

MITTELEUROPA : UN MOIS A TRAVERS L’AUTRICHE, LA HONGRIE ET LA CROATIE2j’espère la mer, invisible.

Enfin la mer!

Rovanjska : église

Enfin, nous la découvrons insérée entre les côtes d’une presqu’île formant un étroit canal, il faudra encore aller loin pour découvrir la mer ouverte, après cette presqu’île il y en a  une autre puis des îles…
Dominique est fatiguée de conduire, depuis 9 h ce matin seulement avec des pauses très courtes. Il reste encore 40 km pour Zadar.

Chez l’habitant à Rovanjska

Au premier village venu au bord de mer nous cherchons une chambre. Premier essai : 40DM pour une chambre toute simple mais avec douche et balcon, frigo, cuisine à partager avec les voisins, à moins de 20m de la plage. La maison fleurie avec une balustrade ornée de géraniums d’un bougainvillier mauve, a belle allure.
Le propriétaire, jeans, torse nu, cheveux grisonnants, ressemble un peu à un grec. Il parle très mal Allemand, mais on se débrouille avec l’aide des autres locataires, Polonais ou Tchèques, qui semblent parler le Croate ou tout au moins se faire comprendre dans une langue slave.

Baignade

A cinq heures, nous sommes dans l’eau. Quel bonheur ! Après ces journées pluvieuses, nous retrouvons l’été ; il fait 30°. Même si je n’ai pas été privée de baignades en Hongrie, retrouver la mer est incomparable ! Notre plage est une bande étroite de cailloutis.  Heureusement, il y a peu de monde, les enfants se baignent plus loin et plongent d’un ponton cimenté. Deux bateaux sont amarrés.

Nous partons explorer le village, quelques maisons de vacances entourées de jardins sur des rues poussiéreuses, sur la grande route deux restaurants et une boutique, des étals de légumes aussi et un kiosque. Au bout de la digue une très jolie église minuscule.

la panne
Après le dîner, curieuse panne d’électricité, nous n’avons plus de lumière dans la chambre, mais le frigo fonctionne, je descends pour demander qu’on change l’ampoule, on me montre la moitié du village plongé dans le noir. L’électricité n’est pas suffisante, les gens ont l’air habitués, la fille du propriétaire est un peu inquiète, allons nous quand même rester ?
Nous descendons donc sur la digue et passons une soirée très agréable sous les étoiles. L’électricité revient, nous remontons.