Les Aventures Extraordinaires d’un Juif Révolutionnaire – Alexandre Thabor – TempsPrésent

MASSE CRITIQUE

Excellente Pioche à la Masse Critique!

J’ai dévoré ce livre, une fois commencé je ne l’ai plus laissé. Merci à Babélio et  l’éditeur du TempsPrésent

« Et bien, votre fils Sioma…en deux mots c’est un Don Quichotte tragique… un héros antique, en quelque sorte » […]…mais inspiré par un vieux philosophe, un hassid, sans doute, qui lui apprit que « sans l’espérance, nous ne trouverons jamais l’inespéré » « .

Lecture passionnante : un demi-siècle de révolutions, 1904-1946 , d’Odessa à la Guerre Civile espagnole, aux camps du Vernet de Djelfa, en Palestine. Sioma, le père d’Alexandre Thabor, raconte sa vie à son fils après une longue séparation. Ce livre qui se lit comme un roman d’aventures, est le témoignage d’un combattant révolutionnaire. C’est aussi une merveilleuse histoire d’amour de deux enfants juifs d’Odessa 15 ans et 13 ans qui se sont aimés jusqu’à ce Tsipora ne soit réduite en cendres quelques jours avant la libération d’Auschwitz.

Révolutionnaire depuis sa plus tendre enfance :

« C’est à six ans que mon père m’a ouvert les yeux sur le monde dans lequel nous vivions, nous les Juifs : un monde de pogroms, d’incendie, de pillage, de viols, de dévastations, de massacres perpétués par les Cent-Noirs »

….

C’est juste après l’assassinat de Stolypine, l’organisateur des Cent-Noirs un jour de Septembre 1911, que mon père a jugé bon de commencer mon éducation politique. […]Il m’a raconté le dimanche sanglant de 1905 à Saint Pétersbourg, les grandes grèves d’Odessa, la mutinerie des marins du Cuirassé Potemkine…

Révolutionnaire et juif,  révolutionnaire parce que juif?

Son père tenait une école où l’on enseignait le Russe avec Gogol et Pouchkine, l’Hébreu avec la Torah, …et les prophètes  : Amos, le premier révolutionnaire ouvrier, Isaïe très présent tout au cours du récit. Malgré les violences, les récits de guerre,  les références aux textes juifs sont présentes.

Chagall : la Guerre

Sioma, adolescent à Odessa, vit dans une ambiance de violence extrême. Le récit d’un pogrom est insoutenable. Après la Révolution de 1917, Odessa est le théâtre d’affrontements entre l’armée Rouge, les armées blanches et les nationalistes ukrainiens. La communauté juive est, elle-même, partagées, certains juifs soutiennent l’Ukrainien Petlioura, pourtant antisémite. Sioma choisit les komsomols où il acquiert une éducation politique et militaire.

Chaghall : le salut

Ce n’est qu’après le pogrom de Jitomir (1919)  que son ami Gedeon l’entraine à une réunion du Poalé-Zion sioniste. Il entend parler Kalvarisky , un proche de Martin Buber partisans d’une entente entre les Arabes et les Juifs en Palestine. L’idée de quitter Odessa pour Eretz Israel ne le tente d’abord pas du tout. Pendant de longues années, se succèdent affrontements et massacres.  Ce n’est qu’en 1924, avec Gedeon et Tsipora qu’ils iront s’installer à Nahalal dans la ferme de leurs amis Olga et Youri.

Jamais, Sioma et Tsipora n’ont adhéré au slogan « Une terre sans peuple, un peuple sans terre » . Déjà, à Odessa, ils connaissaient la situation : deux peuples condamnés à vivre ensemble sinon , selon Martin Buber, il s’en suivrait une Guerre de Cent Ans.

« partisans de la création d’un Etat commun binational, nous étions certains que cet espoir serait comblé un jour ou l’autre. De ce point de vue, nous nous sentions pleinement révolutionnaires »

L’installation à Nahalal au printemps 1924 se fait dans l’enthousiasme jusqu’à ce qu’une famille palestinienne ne vienne cultiver les terres qu’on leur avait volées et qu’un membre du moshav ne tue le père. 

« Sioma ressent sa vie en Eretz Israel entachée par ce crime. Il éprouve désormais l’obligation d’empêcher pareilles injustices »

Après avoir protesté, devenus indésirables, ils sont chassés du moshav et déménagent à Haïfa où ils militent pour l’entente avec les Arabes avec qui avait fondé avec Martin Buber, Brit Shalom qui lui fait connaître le maire de Haïfa et les grandes familles arabes. Sioma rencontre aussi Yitzhak Sadeh qui l’a accueilli au Bataillon du travail tandis que Tsipora travaille avec Sarite la sœur d’un communiste arabe Nadjati Sidki dans une école bilingue accueillant enfants juifs et arabes. Ils soutiennent les revendications et les grèves des travailleurs arabes

« Ils deviennent des traîtres, des vendus à la cause arabe »

Tandis que les émeutes, les violences intercommunautaires et antibritanniques s’intensifient. En 1936, à la suite d’une décision de la Histadrout de bannir les travailleurs arabes, la grève se transforme en lutte armée.  Sioma est arrêté par les Anglais et emprisonné à Saint Jean d’Acre. Il est expulsé de Palestine et rejoint les Républicains espagnol dans leur lutte contre le fascisme. 

Il ne part pas seul, 25 militants antifascistes juifs et 2 arabes forment

« mon unité, mes Palestiniens » 

Jose Garcia de Ortega

dans les brigades internationales. Il retrouve d’anciennes connaissances d’autrefois quand il était dans les komsomols et furent

« accueillis par André Marty, le héros de la mutinerie de la marine de guerre française dans la rade d’Odessa »

Le récit de la Guerre d’Espagne est détaillé sur 75 pages, de bravoures, de tueries, d’occasions ratées, de défaites sanglantes et aussi de coups tordus. Bataille de Madrid, de Saragosse, de Teruel pour finir par la Retraite, la Retirada. Impression de gâchis. Les ordres de Moscou sont contradictoires. Chaque clan livre bataille de son côté, quand ce n’est pas les uns contre les autres. Exécutions sommaires de déserteurs. Déserteurs ou opposants politiques? Les communistes semblent plus occupés à décimer les anarchistes et les trotskistes qu’à gagner la guerre civile. Exécutions aussi de militants communistes chevronnés, hauts gradés qui ont déplu à Moscou. Jeanne, une journaliste qui a publié un article sur la commune des femmes libres de Calanda (anarchistes), Lucia Cordoba, une chirurgienne dont le seul tort est d’avoir soigné un officier franquiste, périssent dans d’étranges accidents, enlèvement, guet-apens. Et pourtant, malgré tout cela, Sioma continue persuadé de la justesse de leur lutte anti-fasciste.

1939, Sioma est interné dans des conditions très dures au camp du Vernet d’où il s’évade pour retrouver  Tsipora à Paris. Il est repris sous les yeux de son fils et de sa femme renvoyé au Vernet puis en Algérie à Djelfa jusqu’en 1942. Après le débarquement des Alliés en Afrique du Nord les anciens des Brigades furent libérés et un émissaire soviétique vient chercher Sioma pour l’envoyer en Palestine.

Chagall : à la Russie, aux ânes et aux autres

Détour par Moscou, où chaque clan autour de Staline avance ses pions. Béria pense l’utiliser dans un comité juif, le CAJ, cherchant à lever des fonds d’aide à l’Armée Rouge. En contrepartie, l’URSS soutiendrait la création de l’Etat d’Israel. Protégé par sa mission soviétique, il peut retourner en Israël d’où il était banni. Occasion de retrouver Haïfa, sa mère et ses camarades de combat.

1946, la guerre est finie mais la libération des camps a changé la donne. Ben Gourion, la Haganah préparent les forces du futur Etat d’Israël. Où se trouve Sioma le jour de l’Indépendance?  Ce n’est plus le sujet. A Paris il apprend la mort de Tsipora.

Témoignage sur la Révolution Russe à Odessa, sur la vie du Yichouv de 1924 à 1936, récit de la Guerre d’Espagne. C’est aussi un récit très poétique entrecoupé des versets d’Isaïe ou de Jérémie, de poèmes écrits par ces poètes yiddisch qui vont disparaître en 1952 lors de la purge de Staline.

Un récit, parfois touffu, où je me suis un peu perdue, mais passionnant.

En bonus : la préface d‘Edgar Morin. Une postface très intéressante : Ils rêvaient de binationalisme signée Dominique Vidal

Budapest – Quartier juif, et thermalisme

MITTELEUROPA : UN MOIS A TRAVERS L’AUTRICHE, LA HONGRIE ET LA CROATIE

Halles de Budapest

Halles centrales
Tram 17, jusqu’au Pont Marguerite, le tram 4 jusqu’à Moskva ter, puis le métro, ligne rouge puis ligne bleue jusqu’aux Halles Centrales.

La structure métallique du marché est élégante, les échoppes colorés, les guirlandes de paprika séché alternent avec celles d’ail. les charcuteries proposent des saucisses, encore des saucisses, et du foie gras. Aux légumes des piles de poivrons de toutes les teintes allant du vert acide jusqu’au jaune oranger en passant par toute la gamme du jaune. Choux, choux-fleurs, choux raves, radis, radis noirs, carottes en bottes et navets. A l’étage des broderies fines très chères. C’est un marché de luxe où nous nous promenons avec plaisir.

Synagogue

Le saule du souvenir devant la Synagogue

A la Synagogue, une mauvaise surprise nous attend : une queue serpente sur toute la place, c’est le premier jour de l’Exposition Chagall. La queue n’avance pas, je me renseigne, on doit passer sous un portique de sécurité et on fouille tous les sacs. Dans la file, une majorité d’Israéliens qui sont habitués à cette situation, parlent fort, s’interpellent, s’organisent, vidant leurs poches à l’avance des pièces et des clés. Cela dure bien trois quarts d’heure mais personne ne s’impatiente.

style mauresque

Dans la Synagogue, je profite du commentaire en hébreu de la conférencière. Elle date d’environ 1850 et est de style « mauresque », aucun rapport avec une communauté séfarade, c’était simplement le style à la mode.  La Guide souligne les éléments copiant une cathédrale chrétienne : même chaire, même tribunes dans l chœur. Différence quand même les galeries en bois sur deux étages pour les femmes et les lustres impressionnants. Pendant la guerre, les nazis ont utilisé la synagogue comme centre de communication, sachant que les Américains ne la bombarderaient pas. C’est aussi le lieu où ont été rassemblés les Juifs partant pour les camps. Estée Lauder  a financé la restauration.

Budapest Synagogue

Musée Juif

Au musée juif, les vitrines sont intelligemment présentées sur le thème des fêtes. Celle de Kippour montre de beaux shofars, la table du Séder est dressée avec des plats à Matzot magnifiques, les Haggadot et toute l’argenterie. Au fond une salle tapissée de photos sur l’extermination de la communauté hongroise. L’émotion très forte se dégage, on a beau connaître ces images cela fait quand même quelque chose.

Chagall
L’exposition Chagall est organisée par l’Institut français, beaucoup de tableaux proviennent du Midi de la France, j’ai plaisir à montrer à Dominique ces tableaux qui sont bien dans leur contexte ici.

Le saule du Souvenir

Dans un petit jardin ombragé, des plaques debout comme des tombes, portent toute la même année 1945, accumulées sous les grands arbres, cimetière vide. Le saule pleureur du souvenir,au milieu d’une cour pavée, porte sur chaque feuille métallique le nom d’un disparu au milieu d’une cour pavée. Arbre métallique isolé, image poignante . Les touristes qui se font tirer le portrait agacent Dominique, moi, je les comprends, ils rapportent à la famille, aux amis une preuve de leur passage, en pèlerinage.

Le Guide VISA nous invite à faire une promenade dans l’ancien quartier juif : nous voyons des façades noircies délabrées d’immeubles qui ont été décorées de guirlandes de statues, d’angelots ou de chevaliers du Moyen Age, gloire ancienne d’une communauté qui a été très prospère.

Visite des Bains Kiraly

Bains kiraly

Quels bains choisirons nous ?

Le tram 17 passe devant les bains Lukacs(1 étoile)près du pont Marguerite se trouvent les bains Kiraly (3*)Nous optons pour Kiraly et marchons le long du Danube. Au détour d’une rue calme nous voyons les coupoles de l’établissement de bains. Des petites coupoles turques vertes surmontent des murs antiques, adossés à une maison de deux étages verte coiffée d’une toiture qui fait un auvent.

Kyraly intérieur

L’accueil est le même qu’à Balf, liste de prix en Hongrois, l’hôtesse en blouse blanche ressemblant  à une infirmière ;  les couloirs ripolinés il y a bien longtemps ont de vilaines couleurs terne hôpital. Je mime les gestes du nageur, une employée qui parle anglais se rapproche, ici, il n’y a pas de piscine, mais elle propose un ticket de visite pour 220 forints. On ouvre une cabine à clair-voie pour ôter les chaussures, on aurait aussi pu enlever nos vêtements puisque nous avons pris la précaution de mettre les maillots en dessous. Notre hôtesse, pantalon blanc, blouse blanche, nous précède sur des sortes de caillebotis en plastique et nous montre le Hammam, nous passons très vite dans la pièce chaude et arrivons dans la pénombre sous la coupole éclairée seulement par les trous (qui nous permettaient de reconnaître les hammams en Turquie). Sous la coupole, une piscine d’eau chaude, des femmes à moitié nues, ou complètement, prennent leur bain, sur les côtés quatre piscines rectangulaires plus petits sont remplis d’eau fraîche. Nous sommes ridicules, habillées dans la moiteur . Je regrette en voyant les piscines d’avoir seulement le ticket de visite. Dominique est horrifiée par les corps vieillis offerts au regard des autres. Ambiance calme, personne ne parle, très différente de la joyeuse activité des marocaines. Pas de savon ni d’argile, ici, ce sont des thermes médicaux, pas le décrassoir.

Bains Lukas

Bains Lukacs

Nous allons à pied aux bains Lukas. L’entrée est monumentale, des colonnes de marbre encadrent une fontaine, comptoir ancien où l’on vend l’eau au verre. bâtiments du siècle dernier sont peints en jaune ornés de statues, guirlandes, chapiteaux surmontés de balustre. Dans la cour il y a des grands arbres et des bancs. Cet établissement thermal a plus d’allure que l’hôpital de Balf .Au mur, des plaques de marbre ressemblent à des ex voto,  remerciements de riches curistes. L’une est en allemand, une autre en arabe(en lettres latines) au nom d’un prince égyptien.
Accueil habituel, on prend des entrées-piscines avec cabine, le garçon de bain, heureusement n’est pas déguisé en infirmier, il est joyeux, il nous pilote, ouvre nos cabines, nous dit d’y laisser nos affaires. Pour les photos, c’est interdit, mais il ferme les yeux nous recommandant de faire discrètement.
Les piscines ne datent pas du siècle dernier ! elles sont carrelées et pimpantes. Il y en a trois, une froide, une à 25°C et une chaude. Au premier abord je rentre dans la piscine classique à 25° et fais des longueurs. Dominique m’appelle et nous descendons dans la piscine chaude. Sa forme est bizarre, il y a une partie rectangulaire et une autre ronde où un couloir fait le tour du bassin, dans ce couloir les baigneurs se suivent à la queue leu leu, nous y allons, un courant très fort nous entraîne, on attrape  le rebord et on se laisse dériver à toute allure. C’est rigolo, on peut marcher, nager ou simplement s’asseoir en se tenant par les bras. Parfois on se cogne en riant. Pour quitter le tourbillon il faut bien calculer sa sortie sinon on repart pour un tour. L’autre partie de la piscine comporte des attractions : une douche puissante, cinq ou six personnes sont debout sous le jet qui cingle le dos ou les épaules. Difficile d’y rester longtemps. Une sorte de plage avec des arceaux permet de se coucher et de se laisser masser par des bouillonnements. Après .un certain temps, nouvel amusement : des sources bouillonnantes surgissent au milieu de la piscine, le courant giratoire et la plage bouillonnante s’arrêtent alors . Nous nous amusons bien et restons jusqu’à six heures.

Le Pilote du Danube – Voyages Extraordinaires de Jules Verne

POLAR FLUVIAL ET DANUBIEN

….. »Ilia Brusch comprit le danger. Faisant pivoter la barge d’un énergique coup d’aviron, il s’efforça de se
rapprocher de la rive droite. Si cette manœuvre n’eut pas tout le résultat qu’il en attendait, c’est pourtant à elle
que le pêcheur et son passager durent finalement leur salut. Rattrapée par le météore continuant sa course
furieuse, la barge évita du moins la montagne d’eau qu’il soulevait sur son passage. C’est pourquoi elle ne fut
pas submergée, ce qui eût été fatal sans la manœuvre d’Ilia Brusch. Saisie par les spires les plus extérieures du
tourbillon, elle fut simplement lancée avec violence selon une courbe de grand rayon. À peine effleurée par la
pieuvre aérienne, dont la tentacule avait, cette fois, manqué le but, l’embarcation fut presque aussitôt lâchée
qu’aspirée. En quelques secondes, la trombe était passée et la vague s’enfuyait en rugissant vers l’aval, tandis
que la résistance de l’eau neutralisait peu à peu la vitesse acquise de la barge. »

Quel plaisir de s’évader au fil de l’eau à bord de la  grosse barque du pêcheur Ilia Brusch, champion  de la Ligue Danubienne des Pêcheurs au concours 1876 de Sigmarigen à Routchouk. Ilia a imaginé ce périple comme une véritable opération de communication : annonçant ses étapes par voie de presse, vendant aux enchères le produit de sa pêche.

Depuis plusieurs mois, en effet, les rives du Danube étaient désolées par un perpétuel brigandage.

Les voleurs, très mobiles, sont insaisissables et la police fluviale délègue un fin limier Karl Dragoch pour les arrêter. L’enquêteur, incognito, s’invite à bord de la barge d’Ilia Brusch. Jusqu’à Vienne c’est une véritable partie de pêche et de plaisir. Tout se complique quand le pêcheur fait escale dans la Capitale et que de nouveaux personnages s’immiscent dans la navigation. Véritable imbroglio d’identités, Ilia Brusch est-il le paysan Hongrois qu’il prétend?

A l’escale suivante, en Hongrie, une villa est dévalisée, une tempête chahute la barque et Karl Dragoch tombe dans le Danube…C’est un roman d’aventures!

L’action se déroule en 1876 avec les guerres d’indépendances des patriotes bulgares contre la Turquie, trafics d’armes, pirates du Danube.

Il y a aussi un une romance.

Tous les ingrédients pour un polar aventureux très réussi.

 

 

Budapest : arrivée et installation

MITTELEUROPA : UN MOIS A TRAVERS L’AUTRICHE, LA HONGRIE ET LA CROATIE

Le Danube et la colline de Buda

De Szombathély à Budapest, trois heures sur une bonne route, vide au début puis un peu encombrée de camions, passant par des champs de blé, puis par des herbages dans une région plus vallonnée.  Près du lac Balaton, la silhouette des volcans. Des fleurs des bas côtés, coquelicots et bleuets ;  un chevreuil  traverse un champ puis hésite devant la route, nous l’avons bien vu avec ses jolis bois pointus.

arrivée à la Capitale

La grande synagogue

Arrivée à Budapest : la circulation est infernale,  nous sommes portées par le flot des voitures jusqu’au centre en essayant de suivre les panneaux « i « . Je tente de suivre sur le plan et de nous repérer. Heureusement que nous l’avons étudié avec soin hier ! Se garer est toute une histoire, le parking  payant, ce n’est pas ne surprise, mais il est surtout impossible sur les grandes artères. Si on fait le tour du pâté de maison, on se retrouve 500 m plus loin. Nous déposons la voiture dans la rue de la Grande Synagogue et cherchons le bureau de tourisme autour de l’hôtel Astoria.

J’entre dans un magasin de gants, chapeaux et sacs à mains, puis dans une banque, puis chez McDo. Tout le monde comprend à peu près l’Anglais mais personne ne peut me renseigner. Dernier recours :  l’hôtel Astoria, je traverse le passage souterrain, retrouve le panneau « i » marche encore 500m et trouve le bureau d’Ibusz dans un très bel immeuble, très noir.

Trouver une chambre : Ibusz

La dame est souriante – Budapest n’est donc pas complet !

Quand je précise que nous avons une voiture, sa figure s’altère. Puis elle se souvient.  Elle a ce qu’il nous faut! Pour 8000 forint la voiture sera dans le jardin.
Je suis ravie et cours annoncer la nouvelle à Dominique que j’ai plantée devant l’hôtel Astoria. Mais il faut remettre de l’argent dans le parcmètre! Dominique part en direction d’Ibusz et moi vers la voiture,  sans les clés de la 205, je fais donc demi tour. Il me semble faire une course de relais sur Rakoszi utca et Kossuth utca en plein midi, j’ai dû parcourir au final 5 km.

13h : nous avons notre logement et la Budapest Card qui nous assure les transports en commun gratuits ainsi que les musées. Nous trouvons assez facilement Becsi ut 9, notre adresse et le propriétaire nous accueille chaleureusement, sa fille parle bien anglais.

notre appartement près de l’île Marguerite

Notre appartement à Buda  se trouve près de l’île Marguerite dans une maison de deux étages au crépi orange sale avec un petit balcon arrondi garni de fleurs. Il a une belle entrée carrelée avec une cabine de douche, la cuisine a une cuisinière et tout ce qu’il faut pour les repas mais pas l’eau qui se trouve dans les W-C. La chambre est vaste, toute blanche, soulignée par une baguette brune, l’ameublement est un peu désuet en bois clair verni. Tout est propre et clair .Le prix est correct 240 F, beaucoup moins que ce que nous comptions mettre dans une pension ou dans un hôtel.
Notre quartier,  malgré la circulation bruyante,  a l’air tranquille, presque campagnard avec des maisons basses et des rues pavées, une petite église et beaucoup de verdure . Les façades de maisons basses cachent un centre commercial ultra moderne où je trouve des plats préparés, schnitzel et salades. Le tram 17 passe dans notre rue et conduit au pont Margit..

Tour de Budapest en Tramway

tram de Budapest

Tour de Budapest en tramway d’après le guide VISA Hachette.

Les trams de Budapest sont sur le même modèle que ceux de Vienne mais jaunes et plus branlants. . A Vienne, le machiniste annonçait les stations et les correspondances. Ici, pas d’annonce, ce qui, de toutes façons, ne servirait à rien puisque nous ne comprenons pas le Hongrois. En montrant notre plan aux voyageurs nous obtenons toute l’aide que nous souhaitons. Nous sommes quand même parties deux fois dans la mauvaise direction !
Au cours de ce premier tour de Budapest nous trouvons nos repères : les correspondances, les places principales et essayons de regarder le paysage : quelques beaux immeubles parmi d’autres grisâtres. Budapest n’est pas Vienne, tout le patrimoine architectural n’est pas entretenu, les façades sont noircies, les stucs partent en lambeaux laissant affleurer la brique.

Promenade à pied le long du Danube

Du Mont Gellert, le long du Danube.  Sur la carte, on imaginait un parc.  La réalité est toute autre :  d’un côté, la falaise, de l’autre, une double voie rapide nous assourdit ; le trottoir ne permet pas la flânerie. Nous passons devant les Bains Rudas, la coupole est en cuivre oxydé :  on reconnaît bien un hammam turc.

L’hôtel Gellert est gardé par un employé qui barre le passage, il est 6h1/4, l’accueil des bains s’arrête à 6h, il me laisse consulter les tarifs, 2200forint,c’est encore abordable pour un endroit mythique.

Pest

Nous passons le Danube et nous retrouvons sur les Petits Boulevards de Pest. Arrêt à DeakTer, correspondance importante du métro, j’aimerais boire quelque chose. C’est un de mes rêves que de paresser à la terrasse d’un café, malheureusement, il est sept heures et tous les magasins ont fermé leur porte, il ne reste plus que Pizza Hut et cela ne correspond pas à mon rêve !

Métro

Métro de Budapest : escalator vertigineux

Nous retournons à la Synagogue, à Astoria, de là on reprend le métro pour Moskva Ter .le métro nous surprend : l’escalier roulant est impressionnant : il dévale à pic au moins cinq étages. Les rames sont confortables, sièges en velours propre, un affichage électronique annonce la station suivante et les correspondances. .De MoskvaTer un microbus le Varbusz qui nous conduit au Château de Buda, de là on voit les rues anciennes pittoresques mais il déjà tard. Nous installons au meilleur endroit de la ville : au café du bastion des Pêcheurs pour voir Budapest au coucher du soleil. Le Danube est pastel, le Parlement prend une elle teinte orangé. J’attends la serveuse avec impatience , j’ai toujours envie d’un coca ! mais la serveuse ne viendra pas.

 

Bonne année 2021

la lune et le jasmin – photo de Dominique!

Bonne année à tous – toutes!

Une bonne santé à tous-toutes!

Et comme on ne peut pas encore souhaiter cinéma, concerts ou théâtre!

Comme l’horizon est encore bouché pour les voyages!

Belles lectures!

2020 nous a au moins enseigné que la lecture était essentielle

La Vieille Fille – Honoré de Balzac

LECTURE COMMUNE

« Ces esprits forts, qui sont généralement des hommes faibles, ont un catéchisme à l’usage des femmes. Pour eux,
toutes, depuis la reine de France jusqu’à la modiste, sont essentiellement libertines, coquines, assassines, voire
même un peu friponnes, foncièrement menteuses, et incapables de penser à autre chose qu’à des bagatelles. Pour
eux, les femmes sont des bayadères malfaisantes qu’il faut laisser danser, chanter et rire ; ils ne voient en elles
rien de saint, ni de grand ; pour eux ce n’est pas la poésie des sens, mais la sensualité grossière. Ils ressemblent à
des gourmands qui prendraient la cuisine pour la salle à manger. Dans cette jurisprudence, si la femme n’est pas constamment tyrannisée, elle réduit l’homme à la condition
d’esclave. »

Je craignais le pire avec ce titre! La misogynie du 19ème siècle, la plume acérée de Balzac me laissaient penser que la pauvre Vieille Fille ne serait pas épargnée. 

Pendant un bon premier quart de cet opus, ce sont plutôt deux vieux garçons qui font les frais de portraits peu complaisants : le chevalier de Valois, aristocrate, très XVIIIème siècle, d’une noblesse surannée, mais charmeur et charmant, et du Bousquier, riche parvenu, fournisseur des Armées de la République qui a fait le mauvais choix au Directoire en ne pariant pas sur Bonaparte. Evincé pendant l’Empire, du Bousquier hésite entre la royauté et la République et cherche à se faire une place dans la bonne société d’Alençon à la Restauration.

Tous deux prétendent à la main de La Vieille Fille : la demoiselle Cormon.

Un troisième soupirant, dans l’ombre, Athanase Granson, jeune employé de mairie, lettré mais timide, est amoureux de La Vieille Fille.

La demoiselle Cormon n’est plus très jeune mais c’est un très bon parti. Elle possède une très belle maison en ville, une ferme à la campagne. La bonne société se bouscule à ses dîners en ville. Excellente table, bonne compagnie, son oncle prêtre, l’abbé de Sponde,  vit avec elle, garant de moralité. Mais pourquoi donc, à la quarantaine ne s’est-elle pas mariée? D’un physique agréable, riche c’est une originale :

Depuis longtemps elle était soupçonnée d’être au fond, malgré les apparences, une fille originale . En province
il n’est pas permis d’être original…

Et de plus, c’est une dévote :

 La dévotion cause une ophthalmie morale. Par une grâce providentielle elle ôte aux âmes en route pour l’éternité la vue de beaucoup de petites choses terrestres quoique le voltairien monsieur de Valois prétendît qu’il est extrêmement difficile de décider si ce sont les personnes stupides qui deviennent dévotes, ou si la dévotion a pour effet de rendre stupides les filles d’esprit.

Dévote, elle ignore tout de la séduction, du sexe même s’il s’agit de la reproduction des chevaux. Célibat et virginité sont pour elles des valeurs catholiques qui lui font redouter le mariage. Et ce n’est pas l’Abbé de Sponde qui lui donnera de fructueux conseils! Elle reporte toute son énergie à la tenue de sa maison et au soin de sa jument Penelope :

Frappé de la propreté minutieuse qui distinguait cette cour et ses dépendances, un étranger aurait pu deviner la
vieille fille. L’œil qui présidait là devait être un œil inoccupé, fureteur, conservateur moins par caractère que par
besoin d’action.

Une vieille demoiselle, chargée d’employer sa journée toujours vide, pouvait seule faire arracher l’herbe entre
les pavés, nettoyer les crêtes des murs, exiger un balayage continuel, ne jamais laisser les rideaux de cuir de la
remise sans être fermés. Elle seule était capable d’introduire par désœuvrement une sorte de propreté hollandaise
dans une petite province située entre le Perche, la Bretagne et la Normandie,

Cliché? Caricature de la Vieille Fille qui avait encore cours bien tard dans le XXème siècle. Pour donner du piquant, Balzac imagine qu’elle préside une certaine Société de Charité et de Maternité aidant les filles-mères. 

Lequel de ces trois prétendants enlèvera la Vieille Fille? L’arrivée de Monsieur de Troisville va précipiter les évènements. Aristocrate, diplomate, bel homme, il séduit Mademoiselle Cormon qui se voit enfin bien mariée et se donne en spectacle à toute la ville d’Alençon

Je crois rêver, dit Josette en voyant sa maîtresse volant par les escaliers comme un éléphant auquel Dieu aurait
donné des ailes.

dans ces sortes de circonstances, les vieilles filles deviennent comme Richard III, spirituelles, féroces, hardies,
prometteuses, et, comme des clercs grisés, ne respectent plus rien

Pour éviter le déshonneur, La Demoiselle de Cormon acceptera le premier mariage qui se présentera. Et la condition de femme mariée ne sera peut être pas si enviable qu’elle ne l’imaginait.

Ce conte cruel, dans les scènes de la Vie de Province, démonte aussi les mécanismes des équilibres politiques dans la petite ville d’Alençon, aux confins de la Normandie, du Perche et de la Bretagne, entre Royalistes Ultras, Libéraux et Républicains. Le chevalier de Valois représente d’Ancien régime.  Du Bousquier louvoie plus à gauche, il apportera le « progrès » et l’industrialisation dans cette province. Les transformations sont rapportées de 1816 où commence le roman jusqu’à l’installation de la Monarchie de Juillet.

J’ai pris grand plaisir à lire les descriptions de la maison de la Vieille Fille et j’ai souri aux mots d’esprits des convives des dîners :

« Au dessert, il était encore question de du Bousquier qui avait donné lieu à mille gentillesses que le vin rendit fulminantes. Chacun, entraîné par le Conservateur des hypothèques, répondait à un calembour par un autre. Ainsi du Bousquier était un père sévère , – un père manant ,- un père sifflé ,- un
père vert ,- un père rond ,- un père foré , – un père dû , – un père sicaire . – Il n’était ni père , ni maire ; ni un révérend père : il jouait à pair ou non…. »

Balzac 0001 par Arroyo

Lire aussi les billets de Claudialucia

de Maggie :

Kőszeg et musée de Plein air de Szombathely

MITTELEUROPA : UN MOIS A TRAVERS L’AUTRICHE, LA HONGRIE ET LA CROATIE

Arrivée 9h à Kőszeg, sur la frontière autrichienne, sous un beau ciel bleu . Nous n’avons pas voulu utiliser la vaisselle de notre location pour le petit déjeuner, nous prenons donc un café en terrasse et des gâteaux dans une pâtisserie.

Petite ville ancienne

Koszeg

Promenade dans les rues médiévales aux maisons colorées. Les caves à vin ont de belles enseignes ; on peut déguster le vin sur des tables dans le jardin ou sous les porches où il doit faire bon, les jours de grosse chaleur, dans le courant d’air. Kőszeg ressemble à Sopron, construites selon le même plan : deux rues circulaires entourent la ville ancienne, on parvient à la place en passant sous une arche.

Deux églises jumelles

Koszeg :

Ici, curieusement deux églises se touchent, Saint Emeric et Saint Jacques, l’une hongroise, l’autre autrichienne. Un petit musée est aménagé dans une maison : les ateliers des différents corps de métiers sont reconstitués avec beaucoup de soin l’échoppe du coiffeur, du relieur, l’horlogerie, le laboratoire du photographe, Le nom et la photographie des artisans figurent, certains étaient encore vivants en 1980.

Ancienne synagogue fermée

Nous découvrons l’ancienne synagogue en brique avec des tours qui encadrent les tables de la loi. La grille est fermée. Le jardin est une jungle, le bâtiment à l’abandon. Mon cœur se serre à la pensée des milliers de juifs hongrois déportés, ici on n’a même pas mis une plaque comme à Sopron ou à Szombathely, je photographie.

Le château fort où Soliman fut repoussé

Visite au château fort qui a résisté à l’assaut de 20 000 (ou 60 000, selon les guides) turcs en 1532, arrêtant l’avance de Soliman sur Vienne, je fais le tour des remparts et monte au donjon.
Pour compléter la visite de la ville, je monte à pied par un chemin de croix à une chapelle baroque d’où on découvre un beau panorama. Je suis ravie de cette promenade sur le chemin très raide mais ombragé, il fait déjà très chaud. La chapelle est fermée, elle trône sur un piédestal avec un escalier très élégant orné de statues, des tilleuls sont plantés sur la placette, dans les vignes.


pique nique
Un étang est aménagé pour le canotage à la sortie de la ville, c’est un leu de pique-nique idéal, nous déjeunons en compagnie de quelques canards. Les nuages arrivent rapidement, à notre retour à Szombathély, le ciel est très menaçant.

village musée de Szombathely

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Le village-musée rassemble des chaumières de toute la région, certaines sont slovènes, d’autres croates ou allemandes mais il n’est pas précisé s’il s’agit de territoires avant ou après le traité de Trianon, la brochure explique que ces maisons ont été démontées pour une Exposition Universelle sans précision de date.
Les chaumières sont toutes des bâtiments en longueur perpendiculaires à la route. Toutes sont chaulées de blanc, seules différent les toitures : le chaume est retenu par une sorte de tréteau de bois à l’envers, bâtons en X, dans d’autres une grosse ficelle de chaume relie les bottes et s’enroule sur des pignons pointus aux extrémités.

A l’intérieur la pièce la plus proche de la rue est la pièce d’habitation avec un gros poêle de faïence, des lits très hauts couverts de tissu bleu de Pappa, les tables et les chaises sont sculptées, un curieux accessoire, le tire-bottes.. Les jardins sont enclos dans des barrières tressées. Les treilles de vignes, les géraniums aux fenêtres seraient très photogéniques s’il y avait du soleil, Des gouttes énormes tombent, l’orage gronde, nous avons juste le temps de nous réfugier dans la voiture avant le déluge.

Nous nous garons dans un parking sous la grêle, nous rentrons « à la maison » pour préparer notre visite à Budapest. Nous étudions soigneusement plans, guides et prospectus, oublions le cadre sordide de l’appartement. Finalement l’orage est tombé au bon moment.

Sur la route du Danube – Emmanuel Ruben – Rivages

DANUBE

Je me suis laissé entraîner dans cette équipée à vélo, chevauchée effrénée de ces deux Haïdouks, cyclistes et nomades qui remontent la route du Danube de l’Orient vers sa source sur les pas des envahisseurs Huns, Avars, Magyars, Péchenègues, Turcs….et ceux des migrants Syriens ou Afghans. 

« Vous allez rouler à contresens de Napoléon, d’Hitler et de l’expansion Européenne, mon pauvre ami! Et vous avez bien raison quand on pense comment ces aventures ont terminé! »

Aventure cycliste, sportive, mais aussi littéraire. Emmanuel Ruben écrit comme il roule :  à perdre haleine dans les pistes et les chardons, paresseusement, prenant le temps d’un coucher de soleil ou de l’envol d’un héron. Il connait :

l’extase géographique, le bonheur de sortir de soi, de s’ouvrir de tous ses pores,  de se sentir traversé de lumière. 

Ambitieux, devant la copie de la Colonne Trajane de Bucarest :

il faudrait écrire un livre qui s’enroule comme la colonne Trajane, l’hélice de l’Histoire s’enroule en bas-relief où sont gravées les aventures de l’empereur Trajan et du roi Decebale sur les bords du fleuve – oui je voudrais une sorte de rouleau original du Danube, un rouleau sans ponctuation, sana alinéa; sans paragraphe, un rouleau sans début ni fin, un rouleau cyclique, évidemment car c’est cela aussi le Danube.

Partis d‘Odessa, les deux compères veulent goûter à la steppe comme les envahisseurs d’autrefois. Ils traversent la steppe,  le delta ukrainien sur des routes dangereuses ou sur des pistes poussiéreuses, traversent la Moldavie

« cinq minutes en Moldavie, une demi-heure à ses frontières »

En Roumanie à  Sulina  (=Europolis)

Sulina

« Au kilomètre zéro du Danube, à la terrasse du Jean Bart, le dernier café sur le fleuve, le capitaine Hugo Pratt buvait une bière. Cela se passait en juillet de l’année 2*** »

imagine-t-il comme incipit de son futur livre.

A Galati et Braila il évoque Panaït Istrati et ses romans Nerrantsoula et Tsatsa Minnka ainsi que Mihail Sebastian , « trop juif pour les Roumains, trop roumain pour les Juifs » et son roman prémonitoire L’accident. Dans le Baragan, le vent les freine, projetant les fameux Chardons du Baragan (mon livre préféré de Panaït Istrati). En Bulgarie, à Roussé, ils visitent la maison d’Elias Canetti transformée en studio ou répètent des groupes de rock local. 

les chardons de la steppe

Géographie et histoire :

En Bulgarie, il évoque aussi le Tsar de Bulgarie Samuel 1er (1014). Leur passage à Nicopolis est l’occasion de raconter la « grande déconfiture » selon Froissart, défaite des Croisés en 1396.  Souvenirs d’un voyageur Evliya Celebi(1611 – 1682). Visite en Hongrie du cimetière de la bataille de Mohacs (1687)…. 

La bataille de Nicopolis : la Grande déconfiture des Croisés

Leur voyage est aussi fait de rencontres :  Raïssa, lipovène parle Russe avec eux. Vlad, le compagnon de l’auteur est Ukrainien, Samuel (le héros) se débrouille en Russe, en Serbe, en Turc et en Italien. Tant qu’ils sont en Roumanie, en Bulgarie et en Serbie, ils se débrouillent bien et ont de véritables échanges avec les piliers de bistro, les passants de hasard qui les aident pour réparer les vélos. Ils passent des soirées mémorables à boire des bières  de la tuica ou rakija, ou à regarder le coucher de soleil avec l’accompagnement d’une trompette de jazz tzigane. Rêve d’une île turque disparue Ada Kaleh, Atlantide qu’ils ne devineront pas, même en grimpant sur les sommets. 

la scène la plus kusturiciene de ce voyage : trois tsiganes dans une charrette tractée par deux ânes remorquent une Trabant

 

Les routes sont parfois mauvaises. Ils se font des frayeurs avec les chiens errants

Ces chiens sauvages sont les âmes errantes de toutes les petites nations bientôt disparues d’Europe. Le nationalisme est une maladie contagieuse qui se transmet de siècle en siècle et les clébards qui survivront à l’homme porteront le souvenir de cette rage à travers les âges. 

Comme Claudio Magris, ils s’arrêtent longuement à Novi Sad en Voïvodine ou ils ont des amis de longue date, du temps de la Yougoslavie.  mais contrairement à Magris qui part à la recherche des Allemands venus en colons peupler les contrées danubiennes, Ruben reste à l’écoute du Serbe, du Croate, des Tsiganes à la recherche des Juifs disparus dans les synagogues en ruine ou dans le cimetière khazar de Celarevo. Au passage je note dans les livres références Le Dictionnaire khazar de Milorad Pavic, La treizième tribu d’Arthur Koestler (que je télécharge). Je note aussi Le Sablier de Danilo Kis. Inventaire des massacres récents ou moins récents, victimes du nazisme en 1942, ou bombardements de l’OTAN (1999) 

 « délires nationalistes de la Grande Serbie, Grand Croatie, Grande Bulgarie, Grande Albanie….etc d’où découlèrent les guerres balkaniques, La Première guerre mondiale et les guerres civiles yougoslaves. La balkanisation est un fléau qui touche chaque peuple et son voisin, une maladie contagieuse qui se transmet de siècle en siècle et de pays en pays : la maladie de la meilleure frontière »

L’arrivée en Hongrie coïncide avec les pluies du début septembre qui les contraignent à traverser la puzsta en train. difficulté de communication, les Hongrois parlent Hongrois (et pas nos deux compères) les rencontres se font plus rares. De même en Slovaquie, en Autriche, en Allemagne, les deux cyclistes n’ont que peu de contacts avec la population germanophone. En revanche, ils ont le don de trouver  des guinguettes, bars ou restos où officient Croates, Kosovars ou Serbes avec qui ils sympathisent immédiatement.

Altedorfer

Les pistes cyclables (communautaires) sont plus confortables quand ils traversent l’Autriche mais elle n’ont plus la saveur de l’aventure. Ils croisent même un grand-père de 78 ans et son petit fils de 9ans. Un couple de retraités maintiennent la même moyenne que nos deux champions, grâce à l’assistance électrique. Leurs visites de musées et châteaux se font plus touristiques. Près de Vienne  musée Egon Schiele (mort de la grippe asiatique). Visite du Musée d’Ulm : musée de la colonisation des souabes. Toujours consciencieux ils ne zappent pas le musée de Sigmaringen, ni les autres curiosités touristiques mais l’élan d’empathie n’y est plus. Legoland à Audiville, Europa-park! 

Egon Schiele : Durch Europa bei Nacht

Le périple se termine devant les drapeaux du Parlement Européen à Strasbourg. En route ils ont découpé les étoiles du drapeau européen

un voyage d’automne dans le crépuscule d’une Europe qui a perdu ses étoiles en traquant ses migrants

Il s’agissait bien de parler d’Europe, de faire surgir une autre Europe de cette traversée d’Est en Ouest. En route, en Slovaquie, un monument de ferraille représente le cœur de l’Europe. mais pour l’auteur :

Le cœur de mon Europe bat au sud-est entre Istanbul et Yalta, Novi  Sad et Corfou dans l’ancien empire du Tsar Samuel…

 

Szombathely et la campagne environnante

MITTELEUROPA: UN MOIS A TRAVERS L’AUTRICHE, LA HONGRIE ET LA CROATIE

Szombathely : musée de plein air

Dans un champ nouvellement retourné,  des cigognes, qui sont un peu nos compagnes, oiselles nomades.

Une ville de derrière le rideau de fer

La ville, « bouillonnante » selon le prospectus officiel, est construite d’immeubles gris – tous sur le même modèle – en barres et tours, peu avenantes. L’Office Ibusz  propose un appartement qu’il faut payer sans avoir visité. Bureaucratie : reçu en main, on nous donne des clés. Il est situé en  centre-ville dans un quartier sinistre, tours et barres. Nous arrivons chez une vieille barricadée derrière une grille d’épais barreaux. L’adresse exacte est Szent Marton (Saint Martin, celui du manteau, légionnaire romain et originaire de Szombathély). Donc : Szent Marton 35 I 2-5. C’est  une cité, pas d’ascenseur. La clé ouvre la porte.  Le désastre! Le grand appartement est dans un état de délabrement avancé, meublé années 50. La literie est propre, le tapis également. Tout le reste est plus que douteux. Cela pue la pisse et le chou.. Nous le tenons : notre souvenir des démocraties populaires, notre hébergement « chez l’habitant »- sans l’habitant- pour nous accueillir chaleureusement. Je suis démoralisée.  Curieusement, Dominique prend les choses avec philosophie et bonne humeur.

Un petit lac comme à Créteil

Szombathely : Musée de plein air

Le Musée de Plein Air est situé dans une base de loisir. Lundi, il est fermé, mais il y a un petit lac urbain, plus petit que celui de Créteil avec des pêcheurs, des joggers, nous ne sommes pas vraiment dépaysées, nous retiendrons cet endroit pour venir dîner. je refuse de manger dans notre HLM.

Dans la campagne : 

Jak : église romane

Jak possède une chapelle romane. L’occupation turque a fait disparaître la plupart des églises romanes. Les Hongrois sont très attachés à celles qui restent. Le porche est joli, le tympan rappelle celui de Vézelay. Curieusement, 4 lions gardent le porche, deux assis deux autres perchés dans des niches. En faisant le tour de l’église, nous découvrons d’autres statues protégées dans des niches.

Les frontières

Nous pique-niquons sur un banc, le ciel est gris et menaçant.

Nous continuons le circuit du Guide Nelles vers le Sud Ouest dans une région de collines, presque des montagnes. Des militaires nous arrêtent. Panique! Sommes-nous en excès de vitesse? Ils demandent simplement nos passeports. Nous verrons, plus tard, d’autres patrouilles. La frontière autrichienne est à quelques kilomètres.  Très près : la Slovénie. Curieux endroit où trois pays se touchent. Depuis les accords de Schengen nous avons oublié ce qu’est une frontière. Ici, elles sont bien gardées par l’armée.

Szentgothardt, village alpestre

Auberge campagnarde

D’après Nelles, Szentgothardt « vaut le déplacement ».Il n’a rien d’exceptionnel. C’estun petit village alpestre à la frontière autrichienne avec des massifs fleuris, une église baroque, des pâtisseries…

Nous rentrons par le chemin des écoliers par le massif de l’Örseg vanté par Nelles. Il faut se méfier de Nelles qui a t tendance à monter en épingle des curiosités très quelconques pour peu qu’un  brin d’herbe pousse de travers . Région de collines boisées et de pâturages. De longue date, une frontière gardée par des maisons de guet en hauteur formant des hameaux perchés : les szer.
La carte touristique nous indique le village de Szalafö où se trouverait un écomusée de plein air. Nous suivons de toutes petites routes de montagne traversant de belles forêts de feuillus et de résineux. Szalafö n’est jamais indiqué sur les panneaux, et même il est inconnu des passants que nous arrêtons.  Nous nous perdons.  Demandons notre chemin à une patrouille. les soldats sont ravis de la distraction. Ils nous renseignent comme ils peuvent A Szalafö on trouve de jolis hameaux souvent aménagés en gîtes ruraux mais pas de musée de plein air!  Personne n’est au courant. En revanche, il y a plein de vacanciers.

La route du retour traverse une campagne plate, plutôt ordinaire. Des grands champs de blé mûr, des maisons aux toits de tuile. Rien de dépaysant, on pourrait aussi bien être dans le Berry ou en Seine et Marne. Seule différence, les moissons sont en avance.

Nous terminons la journée avec  un pique-nique au lac.

 

Daande Mayo – En descendant le Sénégal – Yves Barou – Djibril Sy – TohuBohu

BEAU LIVRE

Pour Noël, Babélio et les éditions TohuBohu m’ont fait un splendide cadeau : un grand (31×22.5cm) beau livre cartonné ; 240 pages de magnifiques photos en grand format. J’ai d’abord feuilleté et admiré les illustrations. J’ai retrouvé Saint Louis, les pélicans du Djoud, les couleurs chatoyantes des vêtements africains, les rires des enfants. Images de l’Afrique d e l’Ouest où j’aimerais tant retourner. 

Une lecture plus attentive m’a fait découvrir le cours du fleuve qui s’écoule du Fouta Djalon en Guinée, à travers le Mali, et entre Maurétanie et Sénégal. Des commentaires  passionnants sont rédigés par des spécialistes.

Occasion de rencontres avec des personnalités marquantes : les gardiens des sources sacrées, gardées par des génies, les frères Camara, agriculteurs et releveurs du niveau du fleuve selon les saisons. Des conteurs, des pêcheurs.. Fleuve gardé par des génies et des diables, un hippopotame ami d’une belle jeune fille. Merveilleuse population des peules répartis de part et d’autre des frontières.

Constructions anciennes ou récentes, comme une magnifique case à palabre, un fort ancien du temps de la colonisation, ou un barrage.

Les auteurs lancent aussi l’alerte sur les conséquences du changement climatique, de la sécheresse qui sévit depuis 1968, de la déforestation qui menace les sources et les sols, de la salinisation des sols.

Des barrages peuvent favoriser l’irrigation, produire l’électricité nécessaire au développement du pays, permettre la navigation en régulant le niveau du fleuve. Toutefois les bienfaits des aménagements sont pondérés. On n’agit pas impunément sur les équilibres naturels. Le livre ouvre le débat. 

C’est beaucoup plus qu’un beau livre!