Histoire d’un Ruisseau – Elisée Reclus

 

L’histoire d’un ruisseau, même de celui qui naît et se perd dans la mousse, est l’histoire de l’infini. Ces gouttelettes qui scintillent ont traversé le granit, le calcaire et l’argile ; elles ont été neige sur la froide montagne, molécule de vapeur dans la nuée, blanche écume sur la crête des flots ; le soleil, dans sa course journalière, les a fait resplendir des reflets les plus éclatants ; la pâle lumière de la lune les a vaguement irisées ; la foudre en a fait de l’hydrogène et de l’oxygène, puis d’un nouveau choc a fait ruisseler en eau ces éléments primitifs. Tous les agents de l’atmosphère et de l’espace, toutes les forces cosmiques ont travaillé de concert à modifier incessamment l’aspect et la position de la gouttelette imperceptible ;

Le podcast de RadioFrance : Avoir raison avec Elisée Reclus…CLIC

m’a accompagnée, en 5 épisodes de 30 minutes, pendant mes promenades en forêt. Elisée Reclus (1830 -1905)géographe, explorateur, homme de lettres, anarchiste est une personnalité fort intéressante. J’ai eu envie de le lire dans le texte. 

L’Histoire d’un Ruisseau , en 20 courts chapitres, suit le cours d’un ruisseau de la Source au Fleuve, en passant par le Torrent de la montagne, la Grotte, le Gouffre, puis enfin Le Moulin et l’Usine, et L’Eau dans la Cité. 

chaque nouvel élan, le ruisselet prend une autre physionomie ; il se heurte sur une saillie de rocher et
rebondit en paraboles de perles ; il s’égare entre les pierres, puis s’étale dans un petit bassin sablonneux ;
ensuite, il s’élance en cascatelles et baigne les herbes de ses gouttes éparses.

C’est un plaisir de lire ce récit poétique qui s’émerveille avec les yeux de l’enfant qui découvre le monde pendant « les heureux jours de vacances » , se baignent dans les flaques, puisent à pleines mains dans le sable brillant les paillettes de mica, or ou argent…ou franchissent les ponts naturels que forment des arbres déracinés.

Le regard naïf de l’enfant se double de la culture scientifique du géographe et du géologue. les phénomènes d’érosion, de transport et de sédimentation sont expliqués très clairement et agréablement. Elisée Reclus est un géographe reconnu par ses pairs. Ses ouvrages de vulgarisation ont reçu un vaste accueil dans le public. 

les gamins assis sur leurs bancs d’école lèvent souvent les yeux de leurs livres d’étude et regardent avec avidité du côté du sentier qui descend vers le ruisseau>. Puis quand ils sont libres enfin, comme ils s’élancent avec joie…

Le ruisseau est aussi symbole de liberté, d’égalité quand dans Le Bain, les militaires, dépouillés de leurs uniformes et galons s’ébaudissent dans la rivière. Attentif à la liberté des hommes en anarchiste, il est aussi attentif à la dimension sociale.

Si les opprimés n’avaient pu retremper leur énergie et se refaire une âme par la contemplation de la terre,
et de ses grands paysages, depuis longtemps déjà l’initiative et l’audace eussent été complètement
étouffées.

A mesure que s’écoule le ruisseau dans la campagne, les préoccupations économiques de l’auteur sont abordées, dans l’Inondation qui peut également être bénéfique, Le Moulin et l’Usine où la force hydraulique est analysée. Quand il décrit le Train de Bois, l’explorateur nous entraîne dans la montagne mais aussi en Amazonie où il a voyagé.

Ce livre est d’une grande densité  et d’une grande richesse. Etonnante modernité quand il traite de l’assainissement et du retraitement des eaux usées, le comparant à un organisme vivant qui regénère dans les poumons le sang appauvri en oxygène. Modernité quand il évoque la spectrométrie de masse pour analyser la composition chimique de l’eau. Je ne savais pas que le procédé existait déjà.

Certes, nous n’osons point dire que de nos jours la vie est devenue moins pénible pour tous les hommes.
Des multitudes d’entre nous, déshérités encore, vivent dans les égouts sortis des palais de leurs frères
plus heureux ; des milliers et des millions d’individus parmi les civilisés habitent des caves et des réduits
humides, grottes artificielles bien plus insalubres que ne le sont les cavernes naturelles où se réfugiaient
nos ancêtre

Et toujours ce souci de justice sociale récurrent dans le récit!

A lire et à relire, selon l’humeur du jour, poésie, voyage  ou révolution?

 

On m’appelle Demon Copperhead – Barbara Kingsolver

Mon pavé de l’été : 624 p ou 824 selon les éditions!

Ne pas s’effrayer, il se lit très bien.  Vers la moitié, quand on est bien accroché, on ne veut plus le lâcher.

Malheureusement, je n’ai pas lu David Copperfield de Dickens dont Barbara Kingsolver s’est inspirée. C’est un classique que tout lecteur anglophone a lu ou étudié. La lecture est sûrement plus riche quand on le connaît, je viens donc de le télécharger. 

Demon Copperhead est né dans les Appalaches, dans le County de Lee, en Virginie, zone rurale plutôt déshéritée : mines de charbons abandonnées  et culture du tabac. Les habitants ont pour surnom Rednecks , ce qui n’est pas vraiment un compliment, ploucs ou péquenauds, dirait-on. 

Demon n’a pas connu son père. Sa mère, junkie, accro aux opioïdes, n’est pas toujours en état de l’élever. Elle succombe à une overdose quand il a dix ans. Il sera confié à des familles d’accueil par les services sociaux, débordés et incompétents. Encore à l’école primaire, Demon doit travailler, avec les vaches, dans les champs de tabac, réduit en  esclavages comme les autres enfants placés chez  ce fermier. Confié à  une autre famille, c’est encore pire! A douze ans, Demon est capable de travailler comme un adulte et décide de fuir.

Je ne vais quand même pas dévoiler tout le livre!

Le début, très sombre, m’a fait craindre un misérabilisme déprimant. Loin de là! Demon a de la ressource,  il fait de belles rencontres et devient même une vedette de football américain. Un accident le plonge dans les opioïdes, sur ordonnances. Dépendance aux comprimés, drogue, alcoolisme font des ravages dans tout le comté de Lee.

Barbara Kingsolver a su créer tout un monde tout autour du personnage principal. Loin de tout manichéisme. Parmi les personnages secondaires, il y a des méchants, mais aussi de très belles personnes. Il y a surtout une solidarité familiale et villageoise qui ne laisse personne de côté. On s’attache à tous ces gens qu’on a le temps de voir évoluer pendant une vingtaine d’années . On découvre une Amérique méconnue, complexe, aux prises avec le chômage, les addictions et le mépris des élites urbaines. 

Tout ce qui pouvait être pris a disparu. Les montagnes avec leurs sommets explosés, les rivières qui coulent noires. Les miens sont morts d’avoir essayé, ou pas loin, accros que nous sommes à l’idée de rester en vie. Il n’y a plus de sang à donner ici, juste des blessures de guerre. La folie. Un monde de douleur, qui attend qu’on l’achève.

Barbara Kingsolver ne m’a jamais déçue.  Elle sait créer des mondes variés autour de thématiques différentes avec de vrais personnages. Un prix Pulitzer bien mérité!

promenade sur la Butte aux Cailles

TOURISTE DANS MA VILLE

Le Boulevard Blanqui, métro Corvisart, la Rue Barrault à l’ouest, la Rue de Tolbiac au Sud et la Place d’Italie délimitent le  périmètre d’un quartier charmant : La Butte aux Cailles avec des rues pentues, parfois pavées entre des maisons basses, souvent agrémentées de verdure. 

Le Street art décore les façades, décors très variés : quelques grands graffs colorés mais finalement assez peu, beaucoup de petits éléments, mosaïques ou pans de miroirs posés en relief, des pochoirs 

La Rue de la Butte aux Cailles est bordée de terrasses de cafés, restaurants, mais aussi d’une bibliothèque, d’un atelier de poterie et arts plastiques, une librairie…des affiches vantent un Théâtre, proposent des improvisations. Rue vivante, sympathique

Et au bout de la rue : la place Verlaine avec son puits artésien, un petit square tranquille, plein de bancs et de sièges et la très belle piscine. Piscine construite en 1922-1924, alimentée par le puits dans la nappe de l’Albien (-582 m) chauffée par le chauffage urbain et « les ordinateurs ». Belle piscine Art Déco avec un bassin extérieur pour cette journée estivale. Les plages horaires sont larges, les prix minimes et l’accueil chaleureux. Cela fait très envie. 

En redescendant vers Corvisart, nous détaillons le street-art, il y a même une artiste qui peint un grand mur ; on se congratule, merci pour égayer notre promenade, merci pour les compliments….

 

En face de la station de métro, sous un porche rectangulaire très haut dans un bloc d’immeubles récents des escaliers montent à la butte. La photo est à l’honneur puisque le passage est la rue Atget qui conduit aux jardins Brassaï, espace vert bien caché.

Dernier souvenir attaché à la Butte aux Cailles le souvenir de la Commune de Paris qui fut le théâtre de luttes sanglantes le 25 mai 1971. Une place est nommée Place de la Commune de Paris et un restaurant : Le Temps des Cerises, restaurant coopératif et militant

La Fissure – Carlos Spottorno – Guillermo Abril – Gallimard bandes dessinées

Classé BD Doc., je l’ai emprunté à la médiathèque sans l’ouvrir. Format BD bros album de 170 pages. Une claque!

J’attendais une bande dessinée, point de dessins : des photos. Soigneusement encadrées de noir, disposées comme les vignettes d’une bande dessinée. Si le sujet n’était pas aussi grave, on penserait à un roman-photo. Plutôt un photo-reportage. Très belles photos, très travaillées. Noir et blanc ou sépia avec des plages colorisées. Le gris domine ou le marron, avec des personnages colorés, des plages vertes de l’herbe parfois….Et le thème récurrent des hommes en route, des barbelés, des miradors.

Publié en Espagnol en 2016, ce reportage glaçant est prémonitoire. Il annonce les guerres actuelles, les faiblesses de l’Europe, ses fissures.

« Cela fait quelques temps que nous y réfléchissons. En suivant la frontière extérieure, la grande fissure, nous avons trouvé des dizaines d’entailles  dans le rêve européen. C’est l’immense faille des réfugiés, les brèches du nationalisme, la fermeture des frontières et l’ombre du Brexit ; le populisme et l’islamophobie, la crise qui a opposé le Nord et le sud, la f^lère d’un bloc de l’Est qui considère Bruxelles comme la nouvelle Moscou, les cassures de la Syrie, de l’Orak, fr la Lybie. Et puis il y a la Russie, une énorme crevasse sur laquelle nous voulons à présent nous pencher »

Le livre rassemble plusieurs reportages des journalistes espagnols, Carlos Spottorno, photographe et Guillermo Abril, grand reporter pour El Pais Semanal en divers points brûlants des frontières de l’Europe : Mellila et sa haute barrière que les Africains sautent. Passages de Syriens de Turquie en Europe, à Lesbos, en Thrace et en Bulgarie.

Lampedusa : ils rapportent un reportage de l’Opération mare nostrum sauvetage en Méditerranée de bateau de migrants. (2014)

Ils suivent les colonnes de migrants à travers la Hongrie, la Serbie, la Croatie, toujours des barbelés à franchir!

La deuxième partie de l’ouvrage les conduit plus au Nord et plus à l’Est : Pologne, Lituanie, Estonie, Finlande aux frontières de la Russie alors que la première guerre d’Ukraine fait rage au Dombass, avec l’annexion de la Crimée et l’intervention de Poutine en Syrie. La  présence des réfugiés est toujours là mais la menace se fait plus précise : Kaliningrad, Narva et même au delà du cercle polaire.

Les fissures dans la glace de la banquise symboliseraient elles  ces cassures   préfigurant les conflits d’aujourd’hui?

Baignade sur les bords de Marne, j’ai testé la plage de Maisons Alfort

ETE BRÛLANT:

35° à l’ombre en ville, 22;5° C dans l’eau. c’est le jour pour aller se rafraîchir sur les Bords de Marne!

Depuis des mois, pendant mes promenades, j’ai surveillé l’aménagement de la plage de Maisons Alfort attendant l’ouverture.

Il convient d’abord de réserver un créneau par Internet, « A la Plage » Paris Est Marne &Bois CLIC. les créneaux sont de 2 heures, la jauge de 200 personnes. Si vous n’êtes pas domicilié dans l’agglo ParisEstMarne&Bois il€ vous en coûtera 8 €, 3€ pour les locaux.

Muni du QR code, on passe le contrôle des sacs (nourriture interdite). On peut se changer dans de jolies cabines colorées à rayures verticales et on pose sa serviette sur les chaises longues, les marches, sous les arbres ou sur la passerelle de bois le long de l’eau.

Deux bassins vous attendent : un grand bassin peu profond où se concentrent les familles avec enfants, ou les non-nageurs. Un couloir de nage le long de la rivière de 50 mètres pour faire des longueurs tranquillement. L’eau de la Marne a été filtrée. On ne nage pas directement dans la rivière. Pas de courant, ni de perturbations au passage des péniches.

Bien sûr des surveillants de baignade pour chaque bassin.

La Seine et la Marne baignables, héritage des Jeux Olympiques, très appréciable. En revanche, je ne sais pas comment sera l’eau après les orages prévus aujourd’hui.

Un peu plus loin, sur les pontons des plaisanciers vides, des jeunes ont étalé serviettes et nappes de pique-niques improvisés. Ils sont en maillot de bain, malgré la baignade formellement interdite mais je n’ai vu personne à l’eau.

La Basilique Saint Denis : tombeaux des rois et des reines

TOURISTE DANS MA VILLE

Gisants Pépin le bref et Berthe au grand pied

Pourquoi n’ai-je jamais fait cette visite?

Depuis les Jeux Olympiques, j’ai découvert que Saint Denis était tout à fait accessible (RER D, métro ligne 13 et 14).  Aucune excuse. Comme je suis un peu perdue dans les Mérovingiens, Carolingiens, les Capétiens, Valois et Bourbons, j’ai opté pour une visite guidée de Explore Paris. 

La visite commence devant une maquette de la ville, de nombreux édifices ont disparu, la Basilique avait deux tours dont une de 90 m, la Tour nord qui, fissurée, fut démontée en 1846. Elle est cette année en cours de reconstruction dans un chantier-école. Autre édifice disparu : la Rotonde des Valois qui devait abriter le mausolée de Henri II  et Catherine de Medicis. 

Porche gothique et rosace

Notre conférencier insiste sur le caractère complexe de l’édifice, construit par petits bouts sur une église mérovingienne, puis romane, enfin gothique. Ce serait la première manifestation du gothique dans le monde .

Chœur gothique

L’abbé Suger (1081 -1151), abbé de Saint Denis reconstruit de 1140 à 1144 le chevet lumineux avec ses merveilleux vitraux. Aérien, les murs ont presque disparu la lumière inonde l’église.

Constructions, destructions aussi. La Révolution a pris la Basilique pour cible : symbole de la Royauté et de l’Eglise. Au XIX ème siècle, Viollet-le-duc, entreprend la restauration avec le démontage de la tour nord, la restauration de la crypte. Il veut faire de Saint Denis un musée et réarrange les gisants. Ils sont le plus souvent sculptés dans le marbre blanc, idéalisés porteur de la couronne royale et du sceptre, reposant parfois sur une plaque de marbre noir de Tournai. Aucune ressemblance pour ceux qui ont été sculptés des siècles après la disparition. Les gisants de  Pépin le bref (708)et Berthe au Grand Pied (790) ont été commandés par Louis IX (1226-1270) donc 5 siècles plus tard, inutile de chercher des ressemblances! De m^me pour Clovis mort en 511 dont le gisant date de 1230.  Peut être plus réalistes, Charles V et Jeanne de Bourbon à ses côtés, Duguesclin est proche. A Saint Denis on trouve les rois, les reines mais aussi des nobles. Si le marbre blanc est immaculé actuellement, les gisants à l’origine étaient peints, sur le gisant de Philippe Dagobert (1222 -1235), on retrouve quelques couleurs, bleu et fleurs de lys dorées. Plus étonnant le tout petit gisant de Jean 1er le Posthume, fils de Louis X le Hutin ,qui a régné (et vécu) 5 jours. en 1316. 

Je me perds un peu dans tous ces capétiens, leurs reines et enfants…

mausolée de François 1er

Plus spectaculaires, les mausolées Renaissance  de François 1er et de Henri II . les gisants décharnés reposent sur les tombeaux sous l’arche alors qu’ils sont représentés en prière au sommet du monument. 

la bataille de Marignan

A la base : la Bataille de Marignan

Encore plus fastueux : le mausolée de louis XII  et Anne de Bretagne entouré des Vertus cardinales aux quatre coins et des douze apôtres en marbre de Carrare

mausolée Louis XII

Un peu plus loin, les gisants de Henri II (1547-1559) et Catherine de Medicis sont habillés en costume du sacre de tissu prestigieux où figure le monogramme de Henri II qui comporte aussi les initiales de Diane de Poitiers, la maîtresse du roi, honorée jusque dans l’éternité. Son mausolée a été commandé par Catherine de Medicis  d’après les plans de Primatice. Il était destinée à être exposé dans la Rotonde des Valois qui a disparu. 

Crypte romane et pierres tombales en hommage aux Bourbons

On descend dans la Crypte avec un joli chevet roman autour de la relique de Saint Denis. les pierres tombales noires sont aux noms de Louis XVI, Louis XVIII, Charles X. A la Révolution le plomb des tombes  des rois a été fondu et les restes se trouvent dans l’ossuaire. On peut voir le cœur de Louis XVII . 

Nécropole mérovingienne

sous la crypte : la nécropole mérovingienne. Nombreux étaient ceux qui voulaient alors être inhumés à proximité des relique de Saint Denis.

 Denis  premier évêque de Paris, alors Lutèce était venu évangéliser la Gaule. Ayant déplu aux autorités romaines il est arrêté, supplicié, condamné à mort et décapité à Montmartre (mont des Martyrs) . Denis prend alors sa tête dans sa main, la porte contre sa poitrine et s’écroule à Saint Denis. Ce n’est pas le seul saint céphalophore. Cette légende est une manière de créer un pèlerinage dont l’importance économique permet à l’abbaye de se développer. Cette dévotion aux reliques et le potentiel économique des pèlerinages a poussé à partitionner les corps des saints et distribuer les reliques dans différentes église. 

Après deux heures je sors un peu ahurie de cette promenade  dans l’histoire de France, visitée dans le désordre. Il me faut consulter Wikipédia pour les dates et la vérification de mes notes griffonnées.

 

La Violence en embuscade – Dror Mishani

POLAR ISRAELIEN

J’ai retrouvé avec plaisir Avraham au commissariat de Holon. J’avais apprécié Les Doutes d’Avraham non pour l’intrigue trépidante, en fait pas trépidante du tout, mais pour le policier consciencieux et très humain. 

Dans La Violence en embuscade pas de course poursuite ni de découvertes sanglantes ou gore. Tout est caché. Une disparition inquiétante. Une machine infernale (bombe dans une valise) est placée aux abords d’une crèche.  C’est un jouet – pas de risque d’explosion. La violence peut elle survenir dans un jardin d’enfants? 

L’enquête commence la veille de Rosh Hashana, se déroulera pendant Kippour. Les fêtes ralentissent le travail…Réunions de familles, familles dysfonctionnelles.

Avraham a plutôt raté sa dernière affaire. Il a des doutes (encore). Ce drame le poursuit et le pousse à être encore plus rigoureux…

Résumé comme cela, on ne devinerait pas un polar addictif, et pourtant les pages se tournent toutes seules.

Indiana – George Sand

« C’était une créature toute petite, toute mignonne, toute déliée; une beauté de salon que la lueur vive des bougies rendait féerique et qu’un rayon de soleil eût ternie. En dansant, elle était si légère, qu’un souffle eût suffi pour l’enlever; mais elle était légère sans vivacité, sans plaisir. Assise, elle se courbait comme si son corps trop souple n’eût pas eu la force de se soutenir; et, quand elle parlait, elle souriait et avait l’air triste. »

Indiana, jeune créole de l’Île Bourbon a suivi son vieux mari, colonel de l’armée de Napoléon, industriel dans le domaine de Lagny à proximité de Melun.

Elle n’aima pas son mari, par la seule raison peut-être qu’on lui faisait un devoir de l’aimer, et que
résister mentalement à toute espèce de contrainte morale était devenu chez elle une seconde nature, un
principe de conduite, une loi de conscience.

Premier roman publié sous le nom George Sand en 1832 après des publications en collaboration avec Jules Sandeau.  

Indiana, est entourée par sa servante créole, Noun, et son cousin Ralph, personnage falot. Elle tombe amoureuse de Raymon de Ramière, son voisin, jeune homme brillant, qui la séduit facilement mais à qui elle résiste longtemps,. Pieuse et vertueuse, elle a des scrupules à tromper son mari, que par ailleurs elle craint, jaloux et violent. L’amourette traîne jusqu’à ce que la belle cède. Après la conquête, Raymon ne ressent plus l’intérêt de ce qui va devenir un scandale. Il se lasse et la chasse. C’est bien écrit, finement analysé, mais je m’ennuie . Indiana est bien naïve. Le dénouement est prévisible. 

Indiana, oie blanche, ne m’enchante pas . En revanche la charge très spirituelle contre l’ « honnête homme » son contemporain est passionnante. On voit toutes les ruses, les faiblesses des séducteurs.

Savez-vous ce qu’en province on appelle un honnête homme ? C’est celui qui n’empiète pas sur le champ
de son voisin, qui n’exige pas de ses débiteurs un sou de plus qu’ils ne lui doivent, qui ôte son chapeau à
tout individu qui le salue; c’est celui qui ne viole pas les filles sur la voie publique, qui ne met le feu à la
grange de personne, qui ne détrousse pas les passants au coin de son parc. Pourvu qu’il respecte
religieusement la vie et la bourse de ses concitoyens, on ne lui demande pas compte d’autre chose. Il peut
battre sa femme, maltraiter ses gens, ruiner ses enfants, cela regarde personne. La société ne condamne
que les actes qui lui sont nuisibles; la vie privée n’est pas de son ressort.

La fortune tourne, Le Colonel Delmare est ruiné . Il va tenter sa chance à La Réunion (Île Bourbon). Indiana suit son mari mais aime toujours Raymon… 

Cette deuxième partie de livre est plus aventureuse avec des rebondissements inattendus.  J’ai aussi aimé l’évocation de la nature dans ce décor exotique et je me suis laissé emporter par cette lecture avec plaisir. 

Podcast : Et si vous voulez approfondir, ou au contraire découvrir George Sand , un podcast passionnant qui parle d’Indiana https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/george-sand-vie-singuliere-d-une-auteure-majuscule/masculin-feminin-l-invention-de-soi-3698852

Les Naufragés du Cap Vert – Laurence Benveniste

BOOKTRIP EN MER/ CAP VERT

 

Proposé par les algorithmes d’Amazon, ce livre semblait cocher toutes les cases de mes lectures de l’été : le Booktrip en mer, La Révolution française (à la suite des Onze), lhistoire des Juifs . Plaisir de retourner au Cap Vert répondre à cette interrogation lors de notre voyage au Cap Vert : le lieu-dit Synagoga CLICm’avait étonnée, je comptais sur cette lecture pour lever  ce mystère.

A bord de la « Jolie Nanette » voguant vers la toute jeune république américaine se retrouvent David, Esther et son fils Momo,  Juifs du Comtat Venaissin, Marie la fiancée de David, Hemings le cuisinier de Jefferson, esclave mulâtre, Dalayrac un violoniste qui a joué à la cour, Liquier fils d’un armateur bordelais négrier, Camboulas vétéran des guerres d’Indépendance américaine. Bonne compagnie musiciens, lettrés « honnêtes hommes » ayant le goût de la conversation et de la musique. La cuisine de Hemings apporte une touche gastronomique à ce voyage qui s’annonce très agréable.

Tout d’abord, échanges de très haute volée où Voltaire, Olympe de  Gouges, Lessing sont cités. La Fayette, Mirabeau, Robespierre et les révolutionnaires, sujets d’actualité. La présence de Heming, fin cuisinier, violoniste, mais esclave de Jefferson, introduit une réflexion sur l’esclavage. La Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, n’implique-t-elle pas l’Abolition de l’esclavage? La situation des Juifs et des Noirs, également opprimés est sujet de leurs discussions. Bien sûr, la place des femmes n’est pas oubliée. Passionnants ces débats? Un peu longs et scolaires. Laurence Benveniste ne laisse rien de côté, développe les idées, creuse son sujet. Tant d’érudition finit par lasser.

La croisière se gâte, mort suspecte du Capitaine qui est remplacé par un personnage très antipathique, mort du Coq…aménagements suspects en cale. Mutinerie…les passagers deviennent otages, le navire change de destination. L’heure n’est plus aux discussions philosophiques ni aux concerts de violon. Suspens haletant. Ma foi, fort bien mené. Arriveront ils au Cap Vert? (on se doute que oui d’après le titre) et après….ils passeront par Synagoga, bien sûr!

Très bien documenté, mais la lecture de ces 391 pages est  un peu laborieuse. .

Les Onze – Pierre Michon – Verdier

REVOLUTION  FRANCAISE, 1793

Pierre Michon, dans son style époustouflant nous emmène au Louvre découvrir le célèbre tableau Les Onze peint par François-Elie Corentin représentant les onze membres du Comité de Salut Public. Roman historique faisant revivre la Terreur .

«Vous les voyez, Monsieur ? Tous les onze, de gauche à droite : Billaud, Carnot, Prieur, Prieur, Couthon, Robespierre, Collot, Barère, Lindet, Saint-Just, Saint-André. Invariables et droits. Les Commissaires. Le Grand Comité de la Grande Terreur. Quatre mètres virgule trente sur trois, un peu moins de trois. Le tableau de ventôse.» 

Connaissez-vous le grand peintre François-Elie Corentin ? 

Il convient de le présenter  sa généalogie,  ses origines. Né en 1730 à Combleux, où des bataillons de Limousins ont remué la terre boueuse de la Loire pour creuser le canal d’Orléans à Montargis pour l’enrichissement du grand-père du peintre, Corentin-La Marche Ingénieur des turcies et levées de Loire. Enfant, il a rêvé devant les paysages, les hérons de la Loire….

Avant de revenir aux Onze, faisons un détour dans la peinture par l’Italie, Véronèse et Tiepolo qui ont inspiré François-Elie qu’on a surnommé « le Tiepolo de la Terreur ». Pierre Michon nous éblouit dans la description d’un magnifique Tiepolo

C’est toute l’Italie mythologique qui vous regarde de son haut, toutes les trois marches. C’est large
comme un boulevard pour monter à ce ciel que Tiepolo peint mais qu’il n’a pas inventé : le projet, le
canevas mental, deux savants jésuites le lui ont versé dans le creux de l’oreille, deux Germains de Rome.
Le page qui monte quatre à quatre ce boulevard céleste vient de France, le page irrésistible qui deviendra
ce peintre que nous savons.
[…]
Tiepolo là-haut riait en jurant que Dieu est un chien, Dio cane, comme jurent les Vénitiens, ce qui en l’
occurrence était une façon de dire, évidemment ; car que peut-on demander de plus à Dieu que cela, des
contrats et des devis célestes entre peintres de très haute stature et princes nains, les uns toutes couleurs
et mythologie, les autres tout sequins – qui étaient peut-être des thalers dans ce fond de Germanie, ou
des guinées –, mais les peintres dans les formes rendant hommage aux autres, les Monseigneurs, avec de
la révérence : les princes n’ont pas besoin d’être grands, ils n’exercent pas et jouissent. Dio cane. Vous
imaginez cela, Monsieur ?

Pierre Michon nous étourdit avec son style ;  il anéantit notre sens critique. Et si tout était une fiction, le tableau et le peintre?

Ce tableau que je n’ai jamais vu au Louvre est une commande :

« un piège en forme de peinture, un joker politique« 

« Tu vas donc nous représenter. Prends garde à toi Citoyen-Peintre, on ne représente pas à la légère les Représentants »

Et on y croit! On le visualise. On est piégé.