De Bièvres au Potager du Roi, en montant sur le Plateau de Saclay avec le Voyage Métropolitain

BALADES EN ÎLE DE FRANCE

Le plateau de Saclay : grandes cultures céréalières sous la surveillancedu CEA et du Centre d’Expérimentation de l’Armement

Le Voyage commence à la Gare de Bièvres (RER C). Quelques mètres plus loin coule la rivière, à l’ombre mais enserrée entre les propriétés, on passe un pont puis deux avant de grimper à flanc de coteau  bordée belles maisons. A un coin un magnifique pavillon de meulière dans un jardin : c’est la Poste.

La Bièvre à Bièvres

Un peu plus loin, les étals de la Foire de la Photographie : marchands et collectionneurs proposent sur leurs étals des appareils anciens ou simplement d’occasion, simple appareil-photo, caméras ou projecteurs, certains en bois vernis, d’autres vendent des photos anciennes, et des cartes postales. Nous n’avons pas le temps de nous attarder. Bièvres possède un Musée de la photographie, occasion d’y retourner ?

La 56ème Foire de la Photographie de Bièvres

Après avoir retraversé la rivière en empruntant le GR11, nous montons une côte raide sur une route jusqu’au Val d’Alban où nous faisons la  pause à l’ombre d’un petit bois(il fait déjà très chaud par cette journée radieuse de Juin). Jens nous fait la lecture d’un ouvrage A TRAVERS CHAMPS ET VILLES, REGARDS SUR LES NATURES CULTIVEES D’ÎLE DE France (INRA) et nous parle de la Fraise, culture qui faisait la réputation de la vallée de la Bièvre dès le 17ème siècle. Verrière la Buisson, non loin d’ici était une pépinière pour les plants de fraisiers qui étaient également cultivés dans les vallées de l’Yvette et de l’Orge. Alors, de nombreuses communes de la Région Parisiennes étaient réputées pour les cultures maraîchères et fruitières. Le RER C qui passe à Bièvres et Jouy-en-Josas faisait partie de la Grande Ceinture ferroviaire de Paris construite de 1877 à 1885 utilisée pour le transport des voyageurs, du fret et également à vocation militaire. Ce chemin de fer pouvait acheminer les fraises à Paris. Notons que l’extension du rail a entraîné ultérieurement une spécialisation au niveau national des cultures et une raréfaction variétale. Ces variétés d’Île de France tombent en désuétude maintenant.

D’Agriculture, il sera question pendant ce Voyage Métropolitain pendant la traversée du Plateau de Saclay recouvert d’un limon éolien très fertile et actuellement cultivé principalement en grandes cultures de céréales. Il n’en a pas toujours été ainsi : une couche d’argile sous le limon, imperméable, retenait l’eau stagnante et un marécage occupait jusqu’au 17ème siècle le plateau. C’est le drainage en rigoles aboutissant à l’aqueduc de Buc qui a fait disparaître le marécage et transformé le paysage en un paysage de cultures. Encore une fois, le Voyage Métropolitain a invité un spécialiste : Roland Vidal, professeur à l’Ecole du Paysage de Versailles qui nous fait une petite conférence illustrée d’une carte du relief, et d’une coupe géologique. On comprend que le Bassin Parisien a relief plat est creusé par les cours d’eau de profondeur variable.

Le drainage au temps de Louis XIV répondait à un double but : pour la Cour, il contribuait à l’alimentation des bassins et jeux d’eau glorifiant le prestige du Roi-Soleil, il était aussi utile pour le Peuple en créant des terres à blé très productives. Jusqu’à aujourd’hui, on n’a pas besoin d’irriguer les champs de Saclay même le maïs. Le roi a confié la culture à de très grands fermes de plusieurs centaines d’hectares. Le drainage mettait en œuvre des « rigoles », tuyauterie en poterie souterraine dont on a perdu la cartographie du réseau. Il arrive, quand on construit une route qu’on abime un de ces conduit souterrain et les champs, privés de drainage se retrouvent inondés.

Les étangs de Saclay - Photo prise de la digue

Les eaux sont retenues dans deux étangs artificiels jumeaux séparés par une digue. L’un d’eux est une réserve ornithologique où nous avons admiré deux beaux hérons et de nombreuses bernaches. L’autre rassemble des eaux utilisées par les Centres d’Essai de l’Armement et le CEA ne sont peut-être pas de même qualité. Dans l’un d’eux, nous avons observé un curieux phénomène de poissons énormes tournant sur eux-mêmes en remuant la vase, leurs nageoires émergeant en un ballet infernal. Ce sont peut-être des carpes, certaines très grosses nageaient tranquillement près de la digue.

Pique-nique dans la paille

Un hangar rempli de bottes de paille nous a offert une confortable salle à manger odorante et fraîche pour notre pique-nique. Une animatrice de l’Association Terre&Cité est intervenue sur le thème de la préservation des terres agricoles sur le Plateau de Saclay menacé par l’urbanisation et la bétonisation des terres.  Alors que la construction de lotissements mite toute l’Île de France, le Plateau de Saclay conserve encore 15 exploitations agricoles menacées. La préservation de cet espace agricole est une sorte de « cadeau » du CEA installé sur le Plateau au temps de De Gaulle du Centre d’Expérimentation de l’Armement (terrain militaire). Ces deux organismes ont fait peur aux riverains, effrayés par le Nucléaire (CEA) et par les nuisances sonores de l’Expérimentation des Armes. Personne n’avait envie de les avoir pour voisins….Cependant, l’installation de Grandes Ecoles dont HEC tout proche à Jouy-en-Josas, Polytechnique à Palaiseau, et du campus universitaire Paris-Sud à Orsay valorise la région. La pression foncière est donc redoutable ! Dès les années 2000, les agriculteurs se sont posé la question de leur existence en tant qu’agriculteurs et se sont regroupés pour demander un audit Patrimonial. A la suite de la concertation avec les différents acteurs locaux il a été créé une Zone de Protection Naturelle Agricole et Forestière avec la sanctuarisation de 2400 ha agricoles. Depuis 2015, l’Association Terre et Cités est aussi partie prenante d’un projet européen dans le Programme LEADER(Liaison Entre les Actions de Développement de l’Economie Rurale). Comme sur le Plateau de Saclay, de nombreux chercheurs (INRA, Université Paris-Sud, Polytechnique) sont partie prenante de recherche appliquée, de nombreux partenariat ont pu se mettre en place.  De la part des agriculteurs, depuis les années 80 de nombreux efforts de diversification, de circuits courts, de vente directe, de passage à l’agriculture biologique, méthanisation…ont été entrepris. Le Plateau de Saclay se trouve comme une sorte de laboratoire d’une agriculture innovante, seule garante du maintien rural de ce territoire convoité. Des contacts ont été pris avec la Silicon Valley en Californie où la problématique est analogue.

Cette intervention est complémentaire de celle de ce matin. Mais le problème demeure entier tant que le rêve des habitants est de posséder un pavillon avec un jardin ! L’urbanisation sort même du cadre de l’Île de France.

Pause dans la Cueillette de la Ferme de Viltain où la diversification s’est étendue à l’élevage, à l’arboriculture(pour la cueillette) et l’horticulture (idem). Ce week-end de l’Ascension, se tient une sorte de marché fermier où des producteurs des régions de France vienne proposer vin, charcuterie, miel….à des acheteurs très nombreux.

Les arcades de l’aqueduc de Buc

Nous descendons dans la vallée de la Bièvre par un sentier ombragé. La descente nous paraît interminable. Renseignement pris, il y a 100 m de dénivelée entre le plateau culminant à 168 m et la vallée autour de 60 m. Et il faudra remonter pour rejoindre Versailles ! Le sentier suit le tracé du GR dans une belle forêt entre Jouy-en-Josas et Buc où nous passons sous les arcades de l’aqueduc de Buc (encore fonctionnel). Encore une petite montée dans la forêt et nous arrivons à la ligne de Chemin de fer et Versailles Chantiers.

Versailles : une place tranquille

Comme il y a quinze jours, on nous fait le meilleur accueil au Potager du Roi. Le debriefing se fait assis sur des bottes de paille. Décidément la paille est le dénominateur commun de la journée ! Nous concluons la rencontre sur une citation de Maspéro dans les Passagers du Roissy Express que je me promets de lire dès notre retour.

Potager du Roi

 

 

Autour de Nocé : deux manoirs et deux églises remarquables

BALADES PERCHERONNES

Manoir de Courboyer

A 2km  du village de  Nocé, le Manoir de Courboyer héberge la Maison du Parc Régional du Perche où on peut trouver une documentation abondante (Guide du Routard et diverses brochures sur les animations et boutiques des environs) ainsi que les tickets d’entrée pour la visite du Manoir, très élégant et charmant. Un joli jardin des simples, un étang et des jeux pour enfants élégants d’osier tressé. Amusante « chapelle » verte en charmilles (c’est peut être du hêtre) taillé à l’emplacement de la chapelle ancienne. 

Le manoir se visite, j’y ai vu de belles expositions comme celle de photos de trognes (saules taillés). Mais aujourd’hui nous n’avons pas le temps.

De Nocé, part le Circuit de la route des Manoirs du Perche (87 km )

Eglise de Nocé

L’église est composite avec une nef sous un magnifique plafond de bois comme la coque d’un navire, des bancs d’églises anciens et une nef gothique un peu ennuyeuse. Le clocher est une tour carrée (16ème siècle)de beau calcaire blanc sculptée au dessus d’une porte Renaissance.

A côté de l’église l’Atelier de Nocé estoccupé par une des nombreuses installations contemporaines du Chemin  des Impossibles. Le Chemin des Impossibles se définit comme un Parcours Art et Patrimoine en Perche du 27.04 au 02/06/2019. C’est précisément cette manifestation qui a été le déclencheur de notre sortie à Nocé. Dix lieux autour de Nocé sont investis par des plasticiens pour des installations contemporaines. Comme j’ l’écris souvent, je fais beaucoup d’efforts pour apprécier l’Art Contemporain. Le plaisir est parfois au rendez-vous. A l’atelier Samuel Lebon expose une sorte de roman-photo de style Bukowski, photos et textes poétiques. Il faudrait prendre le temps de lire les textes dans l’ordre et apprécier les photos.

L’Ormarin

Toujours sur le parcours du Chemin des Impossibles : le Manoir de L’Ormarinouvert en fin de semaine, joli château du 16ème siècle qui est aussi un magasin d’antiquités et qui accueille les touristes dans des Chambres d’Hôtes. Téo Bétin expose des objets un peu étranges sur le thème de l’Afrique (où il a vécu) et de la récup. Curieuses « chaises » en bois brut tellement hautes et fragiles que personne n’aurait l’idée de s’y percher, objets détournés, parfaitement inadéquats, au milieu de la pièce une sorte d’armoire sur brancard faisant penser à une chaise à porteurs ou à un confessionnal… pour l’art contemporain je fais des efforts (refrain). 

Téo Bétin

Tout proches, les église de Colonard-Corubert de Courthioust et de Saint Aubin des Grois sont aussi sur le parcours du Chemin des Impossibles mais nous les avons trouvées fermées pendant notre repérage en semaine. 

Saint Cyr la Rosière

Nous rentrons par le village très tranquille de Saint-Cyr-la-Rosière où nous faisons halte pour admirer la curieuse église avec son clocher pointu couvert d’ardoises très original, son porche roman simple et charmant, son rosier grimpant qui fleurit le côté. Une  église-jumelle se trouve à La Chapelle-du-Bois, même clocher d’ardoises, porche roman. Si on contourne l’église on a belle vue sur les collines du Perche avec la silhouette du Prieuré de Sainte Gauburge. Dans l’ancienne école Après l’Ecole est un bar-restaurant-épicerie où l’on peut prendre un verre à l’intérieur ou à l’extérieur manger tartines ou soupes. On peut même trouver des pépites : livres d’occasion, acheter confitures et vins originaux. 

Deux églises, deux manoirs ont suffi pour l’après midi. Nous reviendrons, ce n’est pas loin!

Athénée Palace – Rosie Waldeck

LIRE POUR LA ROUMANIE

Lu à la suite dEugénia de Lionel Duroy , ce livre répond à la critique de Keisha qui « n’aime pas les trucs romancés« : Athénée Palace est un reportage paru en 1942 à la suite du séjour de Rosie Waldeck correspondante pour Newsweek. C’est le témoignage direct d’une journaliste américaine qui a séjourné à Bucarest du 14 juin 1940 à la fin janvier 1941 et qui a rencontré  la plupart des protagonistes.  Les événements  relatés chronologiquement, mais aussi classé par thèmes dans des chapitres courts. La lecture est ainsi facilitée bien que cette histoire soit disséquée avec un luxe de détails. 

Rosie Waldeck est le témoin idéal –  de nationalité américaine alors que les Etats Unis sont encore neutres, les Français et les Britanniques seront contraints à quitter la Roumanie qui passe progressivement sous contrôle. allemand. Née en Allemagne en 1898, de langue Allemande elle maîtrise la langue et tous les codes germaniques.  En tant que Juive allemande, elle est très lucide sur la montée des Nazis. Esprit libre, elle n’hésite pas à choquer les intellectuels libéraux qui ne prennent pas Hitler au sérieux.

« Au cours de l’été 1940[….]A l’Athénée Palace et uniquement là, dans le décor élégant des grands hôtels européens, les personnages de l’Europe d’après guerre et ceux du Nouvel Ordre se partageaient l’affiche, avec dans les deux cas, une distribution de premier ordre, et la pièce elle-même était pleine de suspense.

Voici l’intrigue. Une Roumanie neutre, petit pays, mais riche en céréales, et le cinquième producteur de pétrole mondial, s’efforce de conserver son indépendance.

L’Athenée Palace  offre à la journaliste  un  poste d’observation privilégié : au coeur de la capitale roumaine. Tout ce qui compte à Bucarest s’y rencontre. Intellectuels, princes, les Excellences, diplomates  ou politiques se retrouvent dans ses salons, viennent y dîner. Demi-mondaines et espionnes promènent leurs visons ou leurs toilettes parisiennes. A son arrivée, Rosie Waldeck découvre une Roumanie francophile catastrophée par l’entrée des Allemands dans Paris le jour-même. Au fil de l’été, les Allemands tissent leur toile. Tout d’abord séducteurs, ils cherchent à rassurer l’intelligentsia et le Roi par une ouverture intellectuelle assez étrange. Puis ils envoient des hommes d’affaires pour s’assurer du pétrole roumain et des céréales.

Depuis longtemps,  la Garde de fer, nationaliste et antisémite,  cherche à imposer par la terreur un régime fasciste. Leur conquête du pouvoir est contrée par d’autres forces politiques, le Roi Carol,sa maîtresse juive Lupescu et  sa camarilla, les différents chefs de gouvernements et l’armée avec le Général Antonescu jouent leur partition. Les rivalités sont sanglantes et compliquées avec des retournements d’alliances. Les Gardes de fer singent les nazis mais ne sont pas nécessairement les alliés des nazis qui préfèrent un régime stable qui leur garantirait pétrole et céréales.

C’est l’entrée en Bessarabie de la Russie (malgré le pacte Ribbentrop- Molotov) et la perte de la Transylvanie revendiquée par la Hongrie qui précipite l’occupation allemande. La Grande Roumanie se trouve dépecée. Certains Roumains voient dans les Allemands des protecteurs contre leurs rivaux proche Russes-Hongrois et Bulgares. La royauté vacille, jusqu’à l’abdication de Carol le 3 septembre. Antonescu, ne sera pas le De Gaulle roumain, qu contraire, il ira se jeter dans les bras d’Hitler qui lui fait plus confiance qu’à la Garde de fer.

Le 13 octobre 1940, la mission allemande tant attendue débarque à Bucarest. La Roumanie est occupée sans aucune résistance. Rosie Waldeck, comme Malaparte dans le roman Eugenia de Lionel Duroi, n’hésite pas à fréquenter les plus grands dignitaires, un général allemand,  comme le Hohe Tier pour les besoins de son reportage. Elle ne cache d’ailleurs pas ses origines juives, dans la haute hierarchie nazie, on est au dessus de ces contingences.

L’automne à Bucarest sera violent avec des luttes intestines, des nuits-des-long-couteaux, des funérailles spectaculaires,

Avant la fin novembre, les Roumains pouvaient dire : « les sept plaies se sont abattues sur nous : les Hongrois, les Russes, les Bulgares, Lupescu, le régime gardiste, la mission militaire allemande, et le tremblement de terre. »

L’Ordre Germanique tarde à s’installer sur l’Europe de l’Est et sur la Roumanie en particulier. L’auteur analyse avec lucidité la raison des atermoiements allemands et l’égoïsme nationaliste roumain des Gardistes. Elle définit avec clarté ce qu’est le totalitarisme. Le traitement des réfugiés allemands de Bessarabie montre le caractère racial de cet Ordre germanique.

Atroce conclusion à son séjour : le pogrom de Bucarest et la terreur sanguinaire que font règner les Gardistes au cours de janvier 1941.

Grâce à cet ouvrage très détaillé et très clair  je commence à mieux me repérer  dans cette période troublée. La lucidité de Rosie Waldeck est prémonitoire : alors que le livre est sorti en 1942, on croit deviner la résistance des Anglais et Stalingrad. L’Ordre Germanique ne s’est pas installé parce que tout simplement la guerre n’est pas gagnée par Hitler.

 

Rendez-vous à Positano – Goliarda Sapienza

LIRE POUR L’ITALIE

 

 

De Goliarda Sapienza, j’ai lu il y a quelques temps L’Art de la Joiegros pavé génial,mais parfois indigeste (835 pages), roman-fleuve retraçant la vie d’une femme très libre, très belle, féministe, se déroulant en Sicile pendant un bon demi-siècle.

Le Rendez-vous à Positano est de moindre envergure(220 pages). Des chapitres courts, de nombreux dialogues, il se lit vite et facilement.

Unité de lieu ou presque, l’action se déroule au début des années 50, quand le petit village de Positano vivait à l’écart du tourisme de masse, paradis préservé.

Amitié entre deux femmes, Goliarda qui a gardé son nom dans le récit et fait allusion à son compagnon Francesco Maselli, le cinéaste et une princesse, Erica,dont le prénom est-il imaginaire, cette princesse a-t-elle existé? Les villageois de Positano jouent le rôle de personnages secondaires, bien présents, pittoresques et bien campés dans le récit.

L’intrigue démarre doucement, Goliarda est fascinée par Erica et par sa maison merveilleuse. Nous vivons à leur rythme, de baignades dans des criques désertes qu’on n’atteint qu’en barque aux siestes dans la maison fraîche et ravissante, et aux repas exquis que confectionne Nunziatina. pause à la pâtisserie de Giacomino….Le piano de Kempff.

« Le matin suivant, obéissant à son commandement attrayant comme on obéit à une déesse, essayant de sourire de mon côté enfant toujours affamé de fables, je tire d’abord les lourds rideaux sombres, puis les seconds de mousseline légère à peine dorés par le soleil naissant. La porte-fenêtre aux vitres transparentes s’ouvre toute grande sur une terrasse recouverte de fleurs rouges tombées d’un bougainvillier. Mes pieds nus glissent sur le pavement de terre cuite, heureux. Moi non plus je ne porterai plus de chaussures, me dis-je avec conviction, au prix d’avoir l’air d’une snob positanienne comme elle.

pourquoi ai-je tant attendu pour prendre cette décision? La faute au réalisme socialiste, insiste mon esprit qui, malgré la joie qui m’envahit tout entière devant cette carte postale patinée de ciel et de mer, continue à mortifier mes sens ankylosés par l’idéologie. Des brodequins de fer compriment mon imagination, ou seraient-ce les bandes de toile dure dont on se servait pour les pieds des Chinoises. Je les déchirerai en mille morceaux; au prix d’être banale, comme cet hymne à la vie qui vole de la hauteur de Praiaono, la première à recevoir le baiser du soleil, à ma gauche , à Punta Campanella…. »

 

Amitié passionnelle, Amitié ou amour? Goliarda est fascinée par la Princesse, si belle, si libre, si noble, si riche…aussi. Cela commence comme un roman à l’eau de rose, ou un roman-photo sur papier glacé, jet-set au soleil.

Soudain, l’histoire prend une autre tournure. Longue confession. Promesse de confiance totale, de fidélité. La belle princesse cache de lourds secrets dont Goliarda devient la seule détentrice. La Princesse n’a pas toujours été solitaire, elles étaient trois soeurs, elle a été mariée….Une tragédie se dessine.

3L’amitié entre les deux femmes s’égrène sur de longues années au fil d’autres rendez-vous à Positano. Fidèle, Goliarda y rejoint sa princesse. Positano se modernise, les touristes arrivent. Le divin équilibre vacille. Combien de temps Positano restera-t-il préservé? D’autres personnages s’immiscent dans le tête-à-tête : Olivia, la soeur d’Erica, Ricardo, l’ancien amoureux retrouvé……

Même si Erica est un peu « trop », trop belle, trop riche, trop intelligente. Même si Goliarda fascinée ma laisse sur ma curiosité. J’aurais aimé la voir vivre à Rome et sur les plateaux de cinéma, rencontrer Maselli et Visconti. Sentir sa personnalité se déployer.

Malgré tout ce roman est un coup de cœur.

Le Christ s’est arrêté à Eboli – Carlo Levi

LIRE POUR L’ITALIE

Carlo Levi  fut confiné pour antifascisme de 1935  à 1936, en résidence surveillée à Gagliano petit village de Lucanie , non loin de Matera. Le Christ s’est arrêté à Eboli est la chronique de cette année de relégation.

Carlo Levi, originaire de Turin, est médecin mais n’exerce pas, il  peint.

Il est accueilli avec beaucoup d’intérêt par les habitants du village perdu, tellement abandonnés qu’ils disent que le Christ s’est arrêté à Eboli et qu’ils ne sont pas même chrétiens. Les seigneurs galantuomini ou plutôt les notables, médecins, pharmaciens, instituteurs le considèrent  un homme fréquentable, un sujet de distraction à leurs ragots et leurs mesquineries. Le podestat se réjouit d’exercer sur lui son autorité et faire régner l’ordre fasciste. Les paysans font d’abord appel au médecin qui les soulagera peut être de leurs maux et de la malaria qui sévit. Il gagnera leur sympathie ainsi que celle des enfants.

Au fil des saison, Carlo Levi dresse une galerie de portraits avec un regard bienveillant même pour les personnages les plus noirs. Le livre réunit une mosaïque d’anecdotes pittoresques(l’œil du peintre) décrivant avec acuité les détails de la vie quotidienne. Dans ce pays délaissé par le Christ la superstition et la sorcellerie enchantent le récit. Giulia, sa servante l’introduit dans sa connaissance des  philtres d’amour, lycanthropes, interventions de la Vierge au visage noir, gnomes monachicchii….

Comme j’ai aimé la scène des ouvriers agricoles torturés par un monachcchio dans une grotte où ils tentaient de faire la sieste au frais et contraints de dormir en plein soleil.

Quelle nuit de Noël burlesque avec le prêtre déchu honni par les notables, ignoré des paysans, on en rirait de bon cœur si les conséquences pour le curé, dénoncé à l’évêque et aux  autorités fascistes de Matéra, n’avaient été tragiques.

Carlo Levi ne se contente pas de narrer des épisodes amusants. Il analyse aussi les rapports sociaux, cherche des remèdes à la grande pauvreté et à la malaria. Il les situe aussi dans la perspective historique. Le temps des brigands  n’est pas loin. La méfiance vis à vis de l’Etat transcende tout ce que les politiques de droite comme de gauche peuvent imaginer comme intervention étatique. Rome est plus éloignée de Gagliano que New York où nombreux paysans sont allés tenter leur chance. La résignation et le fatalisme ne contiennent pas toujours la colère des cafoni.

Ce livre est un véritable coup de cœur. J’ai cherché un paragraphe de citation. Difficile choix : j’aurais tout recopié. C’était déjà une relecture, je sais que je le relirai! Cette fois-ci je le mets en perspective avec ma lecture récente de Tous sauf moi de Melandri qui met en scène cette période et la guerre africaine en Ethiopie. La première fois je n’avais pas saisi les allusions à cette expédition. C’est aussi, une préparation pour notre voyage dans le Basilicate d’ici quelques jours. J’espère trouver une petite place dans la valise pour ce mince livre de poche (302p)

 

de Louveciennes au Potager du Roi avec le Voyage Métropolitain

BALADES EN ÎLE DE FRANCE

Les Chevaux de Marly

Suivre le Voyage Métropolitain est très enrichissant. La compagnie de nombreux architectes, paysagistes, urbanistes apporte le regard très aigu des spécialistes, qui manque à la touriste lambda que je suis. Depuis que je suis leurs « voyages dans le Territoire du Grand Paris » je prête attention à de nombreux éléments du Paysage que je ne soupçonnais même pas autrefois. Le regard s’aiguise. Lire un paysage s’apprend aussi!

 

Le  travail en amont des organisateurs est essentiel : ils apportent textes et références bibliographiques et pour ce voyage, un livret-résumé très bien fait.

machine de Marly 1827

Des intervenants passionnants ont animé la visite. Merci à monsieur Bentz, l’archéologue de la machine de Marly,  à l' »homme des bois » animateur de l’ONF qui nous a accompagné dans son domaine ainsi qu’au Directeur de l’Ecole Nationale supérieure du paysage qui nous a ouvert le Potager du Roi!

Ce n’est pas le premier voyage dans ce territoire et pourtant les découvertes étaient au rendrez-vous!

Le thème du voyage : Frôler les Machines nous a conduit naturellement à la Machine de Marly, pompe géante destinée à élever l’eau de la Seine jusqu’aux réservoirs alimentant le Parc du Château de Versailles. Il est très impressionnant de considérer l’emprise du Château de Versailles sur le paysage de l’Ouest parisien sur un territoire beaucoup plus vaste que le Parc ou même le Grand Parc. En plus du caractère gigantesque du bâtis, de la statuaire, des jardins… il faut considérer l’ampleur de l’approvisionnement en eau de Versailles. La collecte s’étendait jusqu’à Saclay et même Trappes avec un système de drainage des  eaux de ruissellement avec rigoles, étangs et réservoirs .  Des aqueducs enterrés conduisaient l’eau ainsi que les aqueducs de Buc ou les Arches de Louveciennes. Le Paysage de la Région conservent encore de nombreuses traces de cette collecte destinée à alimenter les Grandes Eaux de Louis XIV . La Machine de Marly complétait le dispositif. Elle était actionnée par la force mécanique de Roues géantes dans le lit de la Seine à Bougival, puis par un système de pistons et de gros tubes de fonte dont certains sont encore visible. Notre conférencier, archéologue, envisage d’ici peu des plongées dans la Seine pour retrouver des vestiges éventuels immergés. Nous avons été captivés par ses explications.

En remontant, nous avons essayé de deviner le Château du Barry qui faut à l’origine construit par De Cotte pour De Ville, l’administrateur de la machine de Marly, puis offert par Louis XV à madame du Barry qui fit appel à Gabriel pour l’agrandir. Un pavillon de Musique est l’oeuvre de Ledoux.

Nombreuses propriétés sont cachée derrière les grands murs de pierre de Louveciennes, les randonneurs sont cantonnés à de méchants trottoirs étroits sur des rues en pente sans pouvoir les admirer.

Nous arrivons aux grilles du Parc de Marly et passons devant un Musée-Promenade très prometteur mais fermé actuellement pour restauration ( ré-ouverture prévue à l’automne 2019).

Au creux d’un vallon, se trouve le château disparu, à la croisée d’une perspective de deux axes. Vers le nord , on descendait aux bassins et aux grilles.  Là,  se trouvent les fameux Chevaux de Marly : originaux au Louvre dont on a fait 3 séries de copies (Concorde, Marly et pour M. Bouygues le mécène). Vers le sud,  la Cascade et dans le bassin rond jaillissait le Grand jet haut de 40 m alimenté par la Machine de Marly. Louis XIV recevait ses intimes à Marly. Le grand Château de Versailles hébergeait une foule de courtisans qui interdisait toute intimité. Au contraire, Marly était réservé aux privilégiés. Le petit château au plan carré a été pillé à la Révolution, il était délaissé du temps de Louis XV et déjà dégradé. Après avoir tenté de le vendre à Napoléon le propriétaire a vendu les pierres.

Les archéologues ont fouillé le site du château disparu et retracé son plan. Monsieur Bentz nous fait entrer tous (80 voyageurs) dans la salle centrale. Nous tenons à l’aise. Cette expérience nous fait imaginer le volume. Il nous décrit les autres pièces, les pavillons disparus qui s’alignaient sur l’axe. Quelques gravures d’époques suffisent à nous fait surgir les fastes du Roi-Soleil.

Du parc de Marly, nous gagnons un site interdit au public :  Le Trou d’Enfer où nous pouvons exceptionnellement accéder. Chasses Royales, puis Chasses impériales, depuis MacMahon, chasses Présidentielles (jusqu’en 1995) le site est clos. Un si vaste espace quasi désert est exceptionnel si près de Paris. En compagnie du Guide, Animateur de l’ONF, nous découvrons une forêt de magnifiques chênes. Des haies rapprochées, écartées de quelques mètres seulement, taillées à environ un mètre de haut, nous intriguent. Elles sont encore entretenues, témoins patrimoniaux d’une technique de chasse que je n’ai pas bien comprise. Bien que leur entretien soit une charge pour l’ONF on les taille encore pour conserver ce souvenir et aussi pour favoriser la biodiversité.

Trou d’Enfer : le Pont Tournant

Au milieu d’un fossé actuellement inondé mais autrefois gazonné, se trouve le pont tournant. Il a perdu son tablier, il ne reste qu’un pilier unique. Quand le Roi chassait, on faisait pivoter les planches pour son attelage. Après son passage les planches étaient parallèles au fossé; importuns et animaux ne pouvaient plus passer.

 

 

 

Une Ecole à la Campagne permet d’organiser des classes vertes et autres visites pour les enfants autour des thèmes de l’agriculture, de la biodiversité. Les animateurs de cette Ecole à la campagne encadrent diverses visites pour les adultes, ornithologie, ou naturalistes.

Une très belle ferme cultive en agriculture biologique de grandes cultures.

En passant, nous voyons des distributeurs à grains pour les faisans qu’on n’utilise plus depuis que les chasses présidentielles ont été abandonnées.

Tour de Chappe

La tour de Chappe a été restaurée, les panneaux de bois sont fonctionnels. C’est l’occasion d’une révision avec l’alphabet correspondant dans le livret. Cette invention en 1793 a été utilisée jusqu’en 1850, détrônée par les signaux électriques. Justement je viens de terminer Une ténébreuse Affaire de Balzac qui y fait allusion. Impressionnant, ce réseau de tours presque tous les 10/12 km sur les axes principaux de communication, ici de Paris à Brest. on pouvait aussi installer le dispositif sur un clocher d’église ou sur la tour d’un château.

Non loin de là, le Fort du Trou d’Enfer est beaucoup plus récent (1878), il fait partie de la deuxième  ligne de défense de Paris.  De nombreuses chmabrées (800 hommes) des réserves de munitions. En bon état, il est à vendre; Qui voudrait d’un fort?

Pique-nique au triangle de Roquencourt : une curiosité que cet échangeur (le premier) conçu dans les années 30, avec un monument (jamais construit) des arches de meulière, un escalier,  une plateforme accessible aux piétons curieux de visiter une autoroute, comme 30 ans plus tard on irait voir décoller les avions à Orly. Étonnant, de faire raconter une histoire à une installation aussi banale aujourd’hui, de s’interroger sur un futur où peut être l’existence des autoroutes n’ira plus de soi. Questionnement passionnant!

Je passe sur la visite de Parly 2, son centre commercial et sa copropriété aux noms évocateurs, d’Auteuil, Jasmin, Rivoli ou Orsay, oeuvre de Robert de Balkany.

La pluie tombe dru, nous sous abritons un instant au Temple Mormon du Chesnay, le plus grand de la Région Parisienne, monumental et luxueux avec un jardin des annexes. Il est déjà tard et nous ne pouvons pas nous attarder pour voir la maquette comme on nous le propose très gentiment.

Nous traversons le Parc de Versailles en entrant du côté de Trianon. A la pause Jens nous fait la lecture d’un ouvrage étonnant de Grégory Quenet : Versailles une histoire naturelle (ed. La Découverte) où l’on prend conscience de l’importance du gibier dans le Parc de Versailles et de l’étendue du massacre d’animaux (200.000 têtes pour Louis XIV uniquement) . Le grand Parc de Versailles qui n’existe plus maintenant était voué aux chasses et à la régénération du gibier. Les paysans cultivaient pour ces animaux sauvages qui se repaissaient des récoltes de blé alors qu’à paris le pain venait à manquer.

Une surprise nous attendait aux abords du Château : une sonnerie de cors de chasse et juste après le jaillissement des Grandes Eaux, en musique s’il vous plait! Après la visite de la machine de Marly cet intermède prend une valeur exceptionnelle.

Nous arrivons enfin au Potager du Roi, le directeur en personne nous accueille, présentant la Biennale du Paysage avec une exposition d’Alexandre Chemetoff : Le Goût du paysage, et différentes animations et ateliers tout au cours du mois à venir. J’ai déjà vu tant de choses pendant cette journée, nous avons tant marché que ma curiosité est émoussée. Je pense plus à m’asseoir sur les bottes de pailles et déguster le délicieux jus de pommes locales plutôt qu’à une exposition.

Après la pause nous flânons dans ce délicieux jardin abrité de grands murs, où des arbres vénérables taillés en espalier ou de façon savante font un premier plan à l’église toute proche et aux quartiers historiques de Versailles.

Une journée très bien remplie, et conviviale, comme d’habitude!

 

 

Retour à Vaux le Vicomte

PROMENADES EN ÎLE-DE-FRANCE

 

Par une belle matinée de mai!

Le temps est splendide, pourquoi ne pas retourner à Vaux-le-Vicomte nous

entraîner à faire des photos avec le nouvel appareil photo?

entouré d'eau

J’ai surtout regardé les meubles

 

 

 

pièce dédiée à LaFontaine
Table d’apparat

Au 17ème siècle, on apportait le repas sur des brancards dans la pièce où se tenaient les convives. A Vaux le Vicomte, une pièce faisait office de salle à manger d’apparat.

Très belle promenade ensoleillée, mais les broderies des buis ont disparu et des pelouses vertes remplacent les motifs. On a beau installer des panneaux d’aluminium pour faire un ruban de lumière, je préfère mes photos de 2013 même par soleil voilé.

voyez vous l’écureuil de Fouquet ?

 

 

Une ténébreuse Affaire – Honoré de Balzac

Une Ténébreuse Affaire est publié avec Melmoth réconcilié qui était le sujet de la dernière Lecture Commune Balzac. J’ai découvert ce roman par hasard puisque la lecture commune portait sur le deuxième titre. J’aime bien lire (ou découvrir un film) sans aucune idée préconçue, ni conseils, ni critique, ni 4ème de couverture. Cela m’arrive souvent quand je télécharge un ouvrage faisant confiance au nom de l’auteur (avec Balzac, je ne prends pas de risques).

Les débuts, cependant, ont été laborieux ; Balzac présente de nombreux personnages, décrivant avec un luxe de détails leur physionomie et leurs vêtements, j’ai commencé par m’y perdre entre Michu, Malin, Marion…Puis il replace les événements dans leur perspective historique. L’action se déroule en 1803, la Terreur est encore dans les esprits, Bonaparte n’est pas encore empereur, les biens des nobles et des émigrés changent de main, complots et attentats peuvent peut être encore le déstabiliser? Même si ce n’est pas le premier ouvrage de Balzac pendant cette période, une sérieuse révision s’impose pour moi. Cet aspect historique est tout à fait passionnant.

En avançant dans la lecture, je me passionne pour cette Ténébreuse Affaire, ténébreuse et sérieusement embrouillée. Des espions rôdent, pour qui espionnent-ils : Bonaparte ou Fouché et Talleyrand? A moins qu’il ne s’agisse que d’accaparer des terres laissées vacantes par les nobles, émigrés ou décapités par la terreur. Les allégeances sont troublées : Michu est-il fidèle aux idéaux révolutionnaires ou à ses anciens maîtres royalistes? Le lecteur se fait embarquer dans un véritable roman policier, ou d’espionnage, thriller avant la lettre.

Il y a enlèvement, procès. Qui est coupable? Qui est innocent? Balzac raconte les rebondissements du procès, nous tient en haleine, sans que l’accusation ou la défense ne puisse faire entière lumière. Balzac excelle dans ses analyses du système judiciaire!

Il a fallu attendre 30 ans pour que le mystère soit éclairci, presque par inadvertance. Cette chute inattendue procure un nouvel éclairage.

Balzac s’est inspiré de faits historiques avérés comme la conjuration de Cadoudal (1804)  ou l’enlèvement de Clément de Ris (1800) et le procès qui s’en suivit. C’est d’autant plus passionnant!

Le dernier mystère est celui de l’édition, qu’est-ce qui réunit Une Ténébreuse Affaire et Melmoth réconcilié dans un même volume?

Melmoth réconcilié – Honoré de Balzac

LECTURE COMMUNE : BALZAC

En compagnie de Maggie et de Cléanthe, et peut être d’autres blogueuses, je poursuis l’exploration des nouvelles de Balzac après l’Auberge Rouge, l’Elixir de Vie, le Bal de Sceaux, le Colonel Chabert et la Vendetta. les écrits de Balzac sont si vastes que la lecture commune est un bon moyen de se lancer. 

Melmoth pourrait trouver sa place dans mon classement mental auprès de l’Elixir de Vie, de l’Auberge Rouge, El Verdugo et la Vendetta, dans un registre fantastique, presque romantique, avec des apparitions surnaturelles alors qu’avant de me lancer dans cette aventure, j’avais plutôt l’idée préconçue d’un auteur décrivant avec réalisme les rouages de la société du début du 19ème siècle

Ces apparitions sont d’autant plus surprenante que le récit se place d’abord sur un terrain très prosaïque.  Le héros Castanier est caissier dans la banque Nucingen ; décoré de la Légion d’Honneur, ancien chef d’escadron sous l’Empereur ; on imagine le caissier à longueur de journée enfermé dans sa loge grillagée.

Si le caissier a de l’imagination, si le caissier a des passions, ou si le caissier le plus parfait aime sa femme, et que cette femme s’ennuie, ait de l’ambition ou simplement de la vanité, le caissier se dissout. Fouillez l’histoire de la caisse? Vous ne citerez pas un seul exemple du caissier parvenant à ce qu’on nomme une position….

Mais qui manipule tant d’argent peut avoir des tentations

…notre civilisation qui, depuis 1815, a remplacé le principe Honneur par le principe Argent

L’action commence justement au moment où Castanier s’apprête à céder l la tentation de commettre un faux, puiser dans la caisse et  s’enfuir. Surgit alors John Melmoth, un Anglais mystérieux. Ce curieux personnage semble suivre ou précéder Castanier, deviner ses pensées, l’accompagner. Melmoth représente-t-il le Diable ou la Conscience de Castanier? Va-t-il faciliter sa fuite à l’étranger ou au contraire le forcer à réparer la faute? Pendant un bon moment la lectrice hésite entre ces deux idées (je ne vous donne pas la solution, ce serait gâcher le plaisir de lire!

Schütte

Pendant plusieurs pages, l’auteur laisse le lecteur dans l’expectative et en profite pour présenter d’autres aspects de la vie parisienne, les femmes entretenues, le théâtre…certains détails nous font basculer dans le fantastique, désorientent un peu le lecteur, mais pas trop.

Tout s’emballe vers la fin, Castanier se métamorphose. L’étrange colonise le roman comme

Les sciences furent pour Castanier ce qu’est un logogriphe pour celui qui en sait le mot

Qu’est ce que ce « logogriphe« ?

Brusquement on quitte l’univers de la Comédie Humaine pour Faust. Mais Faust chez les banquiers, à la Bourse. Je vous laisse découvrir la fin délirante ironique et drôle.

Evidemment un indice est donné par le choix du titre Melmoth est  sans doute inspiré de Melmoth ou l’Homme Errant de Charles Robert Maturin, roman gothique anglais paru en 1820. Quand j’ai lu la nouvelle de Balzac, je l’ignorais; peut être une certaine naïveté (ignorance) augment l’effet de surprise?

 

 

Ellis Island – Georges Perec

Ouvert en 1892, le centre d’accueil d’Ellis Island marque la fin d’une émigration quasi sauvage et l’avènement d’une émigration officialisée, institutionnalisée et, pour dire, industrielle. De 1892 à 1924, près de seize millions de personnes passeront par Ellis Island, à raison de cinq ou dix mille par jour. La plupart n’y séjourneront  que quelques heures ; deux à trois pour cent seulement seront refoulés. En somme, Ellis Island ne sera rine d’autre qu’une usine à fabriquer des émigrants en immigrants, une usine à l’américaine, aussi efficace qu’une charcuterie à Chicago : à un  bout de la chaîne, on met un Irlandais, un Juif d’Ukraine ou un  Italien des Pouilles, à l’autre bout – après inspection des yeux, inspection des poches, vaccination, désinfection – il en sort un Américain.

Quelle est donc la blogueuse qui a commis un billet sur ce livre?

Dès que j’ai terminé de le lire, j’ai commenté : IL ME LE FAUT! et je l’ai téléchargé immédiatement.

D’où est venu cette urgence?

A cause du sujet, je suis sensible aux migrations, c’est encore un sujet d’actualité. A cause de Pérec que j’ai lu autrefois et beaucoup aimé, et de Bober. Ils me semblent très proches.

J’ai lu ce court texte (74 pages) d’un souffle, une soirée, sans une pause.

Émotion pure.