Le Miel des anges – Vanghèlis Hadziyannidis

LIRE POUR LA GRECE

« Quand j’étais petite, mon père me parlait des registres aux secrets. tout ce qu’il y a sur terre, on le trouve dedans. Il suffit que le secret ne puisse pas être percé ici-bas. Alors il est inscrit dans les registres. Donc si mon père ne se souvient pas du petit poème de la recette, il ne sera pas perdu : il ira dans les registres aux secrets…. »

En prélude à notre prochain voyage dans les Cyclades….le miel (et les yaourts au miel, mais ce n’est pas dans le livre), un monastère, creusé dans la colline (c’est plutôt un souvenir de Turquie que ces villes souterraines), une île qui n’est pas nommée, un peu mystérieuse, archétype des îles grecques. 

Une atmosphère un peu étrange, des personnages bizarres,  hors du temps et de la société, pris dans un rêve, celui d’obtenir le meilleur miel qui soit en réunissant des plantes, arbres et herbacées pour que les abeilles y butinent. Et ils y parviennent.  Angelico, le miel des Anges fera la fortune, et le malheur de l’apiculteur.

Encore plus étrange, ce monastère, La Bâtie, que les moines creusent dans la colline, dédale de salles, cryptes, cellules, où Rodakis, l’apiculteur sera enfermé. Personnage ambigu, l’higoumène intraitable.

« Comme l’avait dit l’un des higoumènes, réputé pour la sagesse de ses formules, le résultat du labeur de tous ces hommes, pendant des années, n’était pas seulement un chef d’oeuvre d’adresse et de patience, c’était aussi une carte où l’on voyait immortalisés les paysages mentaux de ceux qui avaient travaillé là, les caractères de chacun dessinés en relief…. »

L’histoire commence doucement, et l’on se laisse prendre par l’intrigue à suspense, de plus en plus invraisemblable, de plus en plus prenante.

« Pourquoi faire la lumière? Laissez l’affaire dans l’ombre! Quand l’heure viendra pour nous de mourir, nous chercherons dans les registres aux secret et alors nous découvrirons comme le baron est mort… »

ainsi se termine le livre. 

Gabriële – Anne et Claire Berest

ARTS MODERNES…..

Francis Picabia 1912 La Procession Séville

« Gabriële est un Roi, Gabriële est une Reine.

Elle aime l’envoûtement.

Même prise dans une toile d’araignée, elle reste claire comme le jour »

Jean Arp

Gabriële est la biographie de Gabriële Buffet-Picabia écrite à quatre mains par deux de ses arrières-petites-filles qui ne l’ont jamais connues.

« Nous nous sommes alors lancées dans la reconstitution de la vie de Gabriële Buffet, théoricienne de l’art visionnaire, femme de Francis Picabia, maîtresse de Marcel Duchamp, amie intime d’Apollinaire… »

écrivent-elles en avant propos. « la vie de Gabriële est un roman »

Romanesque, un roman d’amour passionné pour Picabia pour qui elle a abandonné brusquement sas vie de musicienne, son indépendance de célibataire en une époque ou le célibat des femmes était un véritable combat. Un roman d’amitié pour Marcel Duchamp et pour Apollinaire.

Mais aussi une formidable histoire de l’art en une période passionnante de naissance de l’art abstrait, du cubisme,  du  mouvement dada, dans la période bouillonnante précédant la Grande Guerre, pendant celle-ci et après.

J’ai trouvé ce livre un peu par hasard en revenant de Clamart où nous avions visité la Fondation Arp, en me documentant sur Internet. Je l’ai immédiatement téléchargé parce qu’il fait écho à plusieurs expositions que j’ai vues récemment:

Apollinaire, le Regard du Poète

Dada Africa

et mes dernières visites autour de Céret, cubistes avec Braque et Picasso…

Je me suis donc passionnée pour cette période et pour ces artistes qu’on fréquente dans Gabriële. Avec des surprises, Gabriële Buffet se destinait à la composition musicale, elle a étudié sous la direction de Fauré, de Vin ent d’Indy à la Schola Cantorum, de Busoni à Berlin où elle rencontre Varèse.

« Peindre des sons! Francis, tu dois peindre des sons! »

La musicienne va transposer sa culture musicale dans le domaine de la peinture

« La couleur qui est vibration de même que la musique »

 Cette biographie a pour décor le Paris de la Belle Epoque, Berlin qui était à l’avant-garde, puis New York pendant la Grande Guerre Séville et Barcelone puisque Picabia avait des origines espagnole. Zürich aussi avec le Café Voltaire Tristan Tzara et Arp.  Dépaysement garanti, ambiance de fêtes, et parfois de fêtes décadentes et folles, ivresse et opium.

« joli et sérieux : voilà contre quoi va se battre toute une génération en train de pousser ses premiers cris. Picasso qui naît la même année, Picabia qui a déjà trois ans, Guillaume Apollinaire qui n’a que quelques mois, mais aussi les petits frères, Marcel Duchamp, Arthur Cravan, Tristan Tsara et tous les autres. Ils sont le siècle à venir – et avec eux, le bon goût, c’est bientôt terminé ».

Marcel duchamp – Nu descendant un escalier

J’ai eu grand plaisir à utiliser le smartphone pour trouver les tableaux dont il était question dans le livre.

C’est aussi l‘histoire d’une femme extraordinaire,  magnétique elle attirait tous les talents, savait mettre en valeur les artistes, expliquer en théoricienne. Paradoxale : féministe engagée, elle a sacrifié sa carrière pour soutenir son mari qui était un homme-à-femmes et qui la trompait copieusement.  Si peu mère pour ses 4 enfants qu’elle a souvent confiés à d’autres et si maternelle pour son mari! Personnalité complexe.

Mon seul regret est que les biographes aient laissé cette vie en suspens après la Première Guerre mondiale, et n’aient pas raconté la rencontre avec Stravinsky, ni les développements de la carrière de Duchamp. J’aurais aimé voir Gabriële dans les périodes troublées du 20ème siècle.

 

 

La grande embrouille – Eduardo Mendoza

POLAR BURLESQUE

Mendoza : la Grande embrouille

De Mendoza, j’avais bien aimé Le Mystère de la Crypte ensorceléej’ai continué l’escapade à Barcelone avec La grande embrouille et je n’ai pas été déçue, c’est même mieux! Toujours aussi farfelu et embrouillé. Je me suis laissé conduire dans le récit sans trop chercher à comprendre ou à résoudre l’intrigue comme j’ai l’habitude de la faire dans les polars, deviner qui est le meurtrier, quels sont les motifs. 

Le narrateur est sorti de sa maison de fous, le commissaire Florès est parti à la retraite, le Docteur Sugranes sévit encore, Candida a quitté la prostitution.

Barcelone est toujours plus cosmopolite : un bazar chinois s’est installé de l’autre côté de la rue et rêve de coloniser le salon de coiffure de notre héros pour en faire un restaurant. Mais n’anticipons pas….C’est le seul bémol, les Chinois sont un peu caricaturaux, quoique hilarants. N’allons pas taxer l’auteur de racisme, il fait évoluer une accordéoniste de l’est, un albinos africain, un indien du Pérou (ou de Colombie), tout un peuple de marginaux, statues vivantes, livreurs de pizza….qui vont constituer la troupe d’enquêteurs la plus loufoque possible. Sans parler du gourou indien qui est aussi catalan que possible…

Evidemment, on s’y perd, mais la lectrice rit aux éclats. Et finalement, il y a quand même un dénouement!

Les bois de Meudon et la Fondation Arp à Clamart

BALADES EN ÎLE DE FRANCE

Fondation Arp

J’ai découvert Jean Arp et Sophie Taeuber à l’Exposition Dada Africa à l’Orangerie. Comme nous aimons bien à l’occasion de la visite  des maisons d’artistes ou d’écrivains faire un pique-nique et une balade, nous avons attendu le mois de mai.

Au programme de la journée, une balade (7km) autour des étangs de Meudon au départ de l’étang de Villebon. De nombreux sentiers sont balisés (trop, on s’y perd) les arbres sont magnifiques, certains chênes majestueux. La promenade est ombragée. J’ai l’occasion d’observer le système de petit canal pour conduire l’eau à Versailles (encore) . Meudon est urbanisée mais pas trop, la forêt garde une ambiance sauvage.

La terrasse de l’Observatoire de Meudon

Courses au Monoprix de Meudon tout proche.Je remarque  la, »Fête à l’Observatoire ». C’est une fête foraine installée sur la terrasse de l’Observatoire. De la terrasse, la vue sur Paris est panoramique, la perspective inédite, la Seine proche.

Jules Janssen

La statue de l’astronome Jules Janssen domine la terrasse, cet astronome du 19ème s’est distingué par un envol en ballon pendant le siège de Paris par les Prussiens en 1970 pour aller observer une eclipse à Oran, un bas relief sur le socle de la statue raconte cet exploit. L’Observatoire est fermé, il ne se visite pas mais il est situé dans un élégant château.

Arp

la Fondation ARP se trouve à quelques kilomètre, à Clamart au 21 de la petite rue des Châtaigniers, rue en pente bordée de belles maisons et de jardins fleuris. C’est la maison-atelier où Jean Arp et  SophieTaeuber vivaient et travaillaient. Maison de meulière, comme souvent les pavillons de banlieue, dessinée par Sophie Taeuber, construite en 1929. Sophie Taeuber a également fabriqué les meubles, très simples et sobres, placards et supports. En contrebas, se trouve un joli jardin peuplé de grandes sculptures de Arp, et au fond un double atelier.

Arp -Demeter

Les pièces présentées sont bien postérieures à l’époque dadaïste de l’exposition Dada Africa, elle sont le plus souvent datées des années 50. Formes souples, fluides, arrondies qu’on est tenté de caresser. Difficile pour moi de bâtir quelque interprétation. A défaut je note les titres souvent amusants : Outrance d’une outre mythique (un très beau bronze), Configuration aux mouvements de serpents, un étrange Thalès de Milet, Démeter.

Au pays de Thales

 

« Quand les pierres se grattent des ongles poussent aux racines

Bravo, bravo

les pierres sont des oreilles pour manger l’heure exacte »

Jean Arp 1933

A l’étage, plus de compositions de Sophie Taeuber, une gouache colorée, des dessins préparatoires.

Les statues de Jean Arp sont groupées par deux ou trois sur des supports, qui se répondent.

Évocation d’une forme lunaire spectrale correspond avec un torse. Au pays de Thalès regroupe un bronze, un plâtre et une sculpture sur pierre.

Dans la petite pièce, de très petits dessins à l’encre sont des illustrations de la Bhagavad-Gita, il me font penser à des Picasso.

Le rez de jardin est la salle de séjour au plafond bas.

bronze dans le jardin

On peut flâner dans le jardin de sculptures, entre dans les deux atelier où de nombreux plâtres sont soigneusement rangés sur la table près de la fenêtre dans des casiers. On imagine les maîtres d’oeuvres… Quelques œuvres d’autres artistes voisinent les plâtres d’Arp, je remarque Armen  Agop et d’autres.

En parcourant le site de la fondation Arp, je lis que Max Ernst, Kurt Schwitters, Tristan Tzara, James Joyce, Paul Eluard, Robert et Sonia Delaunay ont fréquenté ce lieu. Cela fait rêver.

Jean Arp

Guernica (sans Guernica) au Musée Picasso

exposition temporaire jusqu’au 29 juillet 2018

Le monumental tableau est resté à Madrid, il fallait un certain culot pour faire une exposition Guernica sans le montrer.

Guernica est sans doute le tableau le plus étudié du 20ème siècle, il me rappelle des sessions de Brevet des collèges en Histoire des Arts, régulièrement présenté. Je me souviens aussi d’une exposition à Ravenne qui y faisait ouvertement référence en montrant des tableaux italiens s’en étant inspiré.

  1. L’exposition actuelle, en six salles, commence par une analyse des symboles représentés dans le tableau : le cheval, le taureau, le soldat, le héros antique découpé à terre, la lampe électrique…. Différents critiques sont cités avec de longues citations, les hypothèses sont diverses. Tantôt on voit dans le cheval, le nationalisme espagnol, tantôt on en fait le symbole du peuple. De même le taureau serait la figuration du peuple selon certains, ou de la brutalité…L’oiseau est-il comme la colombe l’espoir de la paix? La lampe électrique, dans la bombe peut être interprétée comme « une invention bienfaisante qui se transforme en force destructrice »? Cette présentation, même si elle montre des arguments contradictoires a au moins le mérite de faire observer le tableau.
    la guerre civile

  2. Les débuts de la Guerre Civile (17 juillet 1936- printemps 1937) est un rappel historique qui replace Picasso dans le contexte espagnol. De Janvier à Avril 1936, l’exposition Picasso circulait en Espagne pour soutenir le Front Populaire. Picasso fut même nommé par le gouvernement républicain directeur du Musée du Prado. Le 8 et 9 janvier Picasso réalisa une gravure : Songe et Mensonge de Franco

    Songes et mensonges de Franco
  3. les sources de Guernica présentent aussi bien les sources anciennes comme les Désastres de la Guerre de Goya que les œuvres de Picasso comme les tauromachies, minotauromachies et même une crucifixion

    Crucifixion
  4. la commande et les premières esquisses : pour le Pavillon espagnol de  l’Exposition internationale des Arts et Techniques 1937. La peinture devait occuper un mur entier. L’idée initiale était d’exploiter le thème du peintre et de son modèle. Nature morte à la lampe et les études au dessin pour cette peinture montrent des éléments utilisés dans Guernica 
  5. La transformation du projet : à la suite du bombardement de Guernica le 26 avril 1937. Au mur, les unes de l’Humanité du 28 et du 29 avril 37, montrent la désolation, voisinent avec des photographies des ruines. Picasso dès le 1er mai et les jours qui suivent commence les études préparatoires, certaines au crayon, en noir et blanc, d’autres en couleur. Le noir et blanc ne s’est pas imposé encore.

    Le portrait de Dora Maar
  6. Guernica dans l’œil de Dora Maar . je connaissais Dora Maar par le portrait que Picasso a fait d’elle. je ne savais pas qu’elle était une photographe d’origine croate, que Picasso a rencontré par l’intermédiaire d’ Eluard. Dora Maar reçut en commande le travail de photographier Picasso en train de réaliser le tableau. 8 photographies sont projetées sur un grand écran et nous pouvons ainsi suivre l’oeuvre qui se transforme : on voit apparaître le cheval puis disparaître le bras au poing levé serrant un bouquet avec un soleil ; la bombe remplace le soleil avec l’ampoule, le triangle lumineux se matérialise de plus en plus clairement, le cheval semble se lever.Je termine donc la visite de l’exposition comme je l’avis commencée par un examen attentif de chacun des éléments composant le tableau.

Ensuite je me suis promenée dans les étages pour retrouver les Picasso que j’aime et en croiser d’autres qui n’étaient pas là à ma dernière visite.

Et dans une petite pièce j’ai croisé ceci:

 

Garouste : Diane et Actéon / Laurie Karp Seven Lakes Drive

Exposition temporaire au Musée de la Chasse et de la Nature  jusqu’au 1er Juillet 2018 (Garouste) et 2 septembre (Laurie Karp)

Racontée par Ovide dans les Métamorphoses, l’histoire du chasseur Actéon qui, par hasard, assista au bain de Diane. La déesse, furieuse d’avoir été surprise nue le métamorphosa en cerf. Ses chiens n’ont pas reconnu leur maître et l’ont dévoré.

Etude pour actéon

L’exposition occupe les deux salles du rez de chaussée du Musée et comporte une douzaine de grandes huiles sur toile ainsi que des études au dessin que j’ai trouvées intéressantes

Garouste étude au dessin 

Il présente surtout la scène de la dévoration, assez peu celle de la rencontre avec Diane. D’ailleurs il a prêté peu d’attention à la déesse qu’il a dessiné avec un visage lunaire correspondant peu à l’image que je me fais de la chasseresse.

Garouste

Belle exposition, mais un peu restreinte, j’aurais aimé en apprendre plus sur Garouste

Les œuvres de Laurie Karp sont tout d’abord disséminées dans les collections permanentes. Il faut les chercher, ce qui n’est pas évident parce que ce sont des céramiques de petite tailles plutôt discrètes parmi les animaux empaillés, les armes, les tableaux et autres présentations. Si je n’avais pas visité récemment, à l’occasion de l’exposition Sophie Calle, j’aurais sans doute consacré plus d’attention et de temps pour me laisser surprendre, j’ai utilisé le plan et trouvé les petites figurines : femmelettes dans une coupelle, ours miniature et femme dans une position suggestive (sur le moment je ne savais pas que l’artiste était une femme).

Au deuxième étage deux salles sont offerte pour ses parcours sur le thème de la forêt et de l’eau : coupelles bizarres remplies d’une matière imitant l’eau, personnages qui grimpent. Je n’ai pas été convaincue.

Le mystère de la crypte ensorcelée – Eduardo Mendoza

POLAR ESPAGNOL

18

Espagnol ou Catalan? Par les temps qui courent….Il se déroule à Barcelone.

Roman policier? Burlesque, barré, invraisemblable. Il y a bien un commissaire Florès qui n’enquête pas beaucoup, préférant libérer un de ses indics qui se coltinera toute l’enquête. Il y a bien quelques cadavres, morts ou pas tout à fait.

Mendoza ne fait pas dans la dentelle mais quel humour! C’est un livre qui se déguste ligne par ligne, mot par mot, le sourire aux lèvres, parfois franchement en riant à haute voix.

Nymphéas – L’abstraction américaine et le dernier Monet

Exposition temporaire à l’Orangerie jusqu’au 20 Août 2018 

Monet : pont japonais

Monet est-il un peintre abstrait?

Monet : Saule pleureur (1920-1922)

Cette exposition célèbre le centenaire de la décision de Monet d’offrir les nymphéas à l’Etat français, elle met en évidence la postérité de Monet dans l’art américain. En 1955 le MoMA acquiert un Monet et les tableaux de l’exposition sont souvent introduits par le Critique Greenberg qui publia en 1955 un grand essai sur la peinture américaine faisant de Clyfford Still, Barnett Newman, Pollock ou Tobey des héritiers de Monet.

Pollock : Untitled 1949

Intéressante confrontation de peintres de continents et d’époques éloignées.

Si la couleur « devient autonome » et primordiale, on saisit mieux la parenté entre les nymphéas et les toiles de Monet qui sont un feu d’artifice de couleurs.

Rothko et Clifford Still peignent selon le Colour field painting avec de grands champs de peinture

 

Clifford Still 1965

Les grandes taches ont des contours déchiquetés, la peinture au couteau donne un certain relief aux taches, on regarde le très grand tableau un peu comme un paysage

 

Pollock : the deep (1953)

Dans les tableaux de Rothko, rien pour raccrocher l’oeil à du figuratif : de grande taches colorés

Rothko

De Kooning dans sa Villa Borghèse, après avoir peint des paysages urbains retrace à New York des souvenirs, recollections de Rome

De Kooning villa Borghese

On peut aussi citer Morris Louis avec ses acryliques délavés qui font comme des bandes verticales (j’aime moins, donc pas de photo) ou Helen Frankenthaler également des acryliques

Helen Frankenthaler (non! ce n’est pas la photo qui est floue mais le tableau!)

j’ai beaucoup aimé le tableau de Guston « impressionisme abstrait » 

 

Guston détail du rouge au centre du tableau

 Riopelle, peintre canadien, établi en France expérimente une technique originale de « mosaïques »

Détail d’un tableau de Riopelle (bord du tableau)

Et je termine par un de mes préférés Round the world de Sam Francis (1958-1959)

Around the world

Bien sûr, on n’a qu’une envie : monter au rez de chausser dans les deux salles des Nymphéas. On aimerait les avoir pour soi et méditer devant mais gare aux groupes de Chinois ou Japonais!

 

Musée Camille Claudel et Balade à Nogent sur Seine

BALADE ET MUSÉE

Rodin : La France , portrait de Camille Claudel

L’an dernier a commémoré Rodin et le Musée Camille Claudel a ouvert à Nogent-sur- Seine. J’attendais les beaux jours pour aller le visiter.

La Seine à Nogent : le bateau-lavoir et au fond, la Centrale

Nogent-sur-Seine est dans l’Aube, en Champagne-Ardennes, à 130 km de Créteil. C’est un peu loin, mais il faisait si beau. Plusieurs itinéraires sont possibles, par l’A4 et Provins, par l’A5 et Bray-sur-Seine, ou par la Nationale 19, Brie-Comte-Robert- Nangis-Provins. A l’aller nous avons emprunté l’A5 bien roulante, sortie 18 et route) travers la Brie, colza en fin de floraison, blé déjà haut, pas un coquelicot, pas un bleuet, pas de moutarde sur les bords, pas étonnant que les insectes et les oiseaux désertent la campagne! Pas de haie, même pas un bosquet. La monotonie est rompue par des tapis roulants qui convoient le sable ou les graviers de carrières. On traverse peu de villages, la route évite Bray-sur Seine que nous voulions voir. Un arrêt devant le château de La Motte-Tilly précédé d’une majestueuse allée de marronniers et de pelouses.

Le château de la Motte-Tilly

Nogent-sur-Seine se devine de loin avec les grosses cheminées de la centrale nucléaire d’où sort un panache. Samedi c’est le marché autour d’une belle halle, joyeuse animation dans la rue principale, queue chez les boulangers. L‘église Saint Laurent est spectaculaire avec ses grandes statues surmontant le clocher carré. A l’intérieur, les tableaux sont bien mis en valeur, explication et lumière. Il va y avoir un mariage, les bouquets fleurissent le chœur, un homme (le prêtre ou le fleuriste?) met la main au plus grand bouquet de lys blanc en chantant en portugais.

Le moulin Sassot qui enjambe la Seine

Dans les rues je remarque de belles maisons à pans de bois. D’autres sont en brique ou brique et meulières. Les bords de Seine sont agréables; je remarque un bateau-lavoir vert, qui est une véritable blanchisserie. Un grand moulin enjambe la Seine : c’est le moulin Sassot construit au 19ème siècle détruit puis reconstruit en 1908, maintenant le Siège de l’entreprise Soufflet qui est justement une très grosse entreprise en minoterie et de malterie. Cette construction de brique ressemble un peu à la chocolaterie Menier de Noisiel. Nous aurions dû arriver plus tôt pour prendre notre temps de nous promener dans cette ville charmante, chercher peut être la Maison de Camille Claudel et celle où Flaubert est venu en villégiature.

Le Musée Camille Claudel

Inauguré en 2017,  c’est un musée tout neuf, très bien conçu, clair. L’audioguide est compris dans le billet. Il faut le prendre, il est passionnant ; quoique je n’ai pas tout écouté parce que j’aurais pu rester toute la journée, tant les explications sont riches.

Alfred Boucher : Jeune fille lisant

Si on honore Camille Claudel en donnant son nom au Musée, il faut savoir que les sculpteurs fameux ont été nombreux à Nogent-sur-Seine. Le musée fait tout un panorama de la sculpture de la fin 19ème siècle, début 20ème, notamment aux artistes locaux :Alfred Boucher(1850-1934) qui fut le maître de Camille Claudel, Ramus (1805-1888) Paul Dubois (1829-1905). Ces trois sculpteurs jouissaient d’une certaine notoriété qui leur permis d’obtenir de nombreuses commandes officielles.

Alfred Boucher : Faune et Bacchante

La Salle 2 : être sculpteur au 19ème siècle donne une bonne introduction à la technique de la sculpture, on voit les étapes de la fabrication d’une statue, du modèle en plâtre ou en terre à la réalisation du bronze avec le moulage à la cire perdue, ou en pierre  grâce à la « mise au point », pointage tout à fait visible avec des sortes de clous ou aiguilles régulièrement réparties sur le corps du plâtre.

Paul Dubois : l’Alsace et la Lorraine

Salle 3 : Lla sculpture et l’espace public : A la fin du 19ème siècle, on construisit beaucoup et entre la défaite de Sedan et la Première Guerre mondiale les représentations patriotiques matérialisaient le souvenir de l’Alsace-Lorraine perdues, et la « héroïsation » de Jeanne d’Arc (nous ne somme pas loin de Domrémi) .

Paul Dubois : statue équestre de Jeanne d’Arc

Autre sujet : les représentations de scientifiques et médecins,(Pasteur, bien sûr) destinées à figurer sur les places publiques.

La mythologie était aussi sujet d’inspiration, comme les vertus chrétiennes (mais ce n’est pas uniquement à cette période).

Salle 4 : Paul Dubois chef de file des Néo-Florentins présente des bronzes délicats

idéal féminin

Salle 5 : Les métamorphoses de l’idéal féminin est un « cours de sculpture » un petit groupe Tres in Una de Richer  illustre la beauté antique, la beauté de la Renaissance et la beauté moderne; De nombreux marbres accompagnent ces cours et les deux bas-reliefs de Bourdelle ont un style bien différent des recommandations académiques.

Salle 6 : Allégorie et Mythologie 

Gustave Doré : Nymphe dénichant des faunes

Gustave Doré : Nymphe dénichant des faunes est tout à fait remarquable.

Salle 7 : Représentation du Travail. L’oeuvre la plus spectaculaire est un ouvrier pelleteur représenté à l’ouvrage mais nu, sorte d’Hercule par Alfred Boucher

ouvriers à l’ouvrage

Après avoir traversé la salle 8 : La sculpture de la Sphère privée montre des collections variées.

Bourdelle inspiré par Loi Fuller

Enfin on arrive à l’étage pour Le corps en mouvement où je découvre des danseuses, danseuses classiques ou antiques mais aussi inspirées de Loie Fuller et sa danse du voile ainsi qu’Isadora Duncan : un groupe de Bourdelle. Les sportifs sont aussi montrés en mouvement.

A Boucher : tous au but

On entre enfin, dans l’atelier de Rodin avant d’aborder les salles dédiées à Camille Claudel. Camille Claudel a passé, adolescente,  les années 1876 à 1879 à Nogent. A 14 ans elle sculptait déjà et se fit remarquer par Alfred Boucher. En 1881, elle étudie à Paris, Alfred Boucher venait corriger les travaux puis fut remplacé en 1882-1883 par Rodin pour qui elle deviendra praticienne et modèle dès 1884.

Camille Claudel : buste de Rodin
Camille Claudel : buste de Rodin

On peut voir côte à côte des oeuvres de Rodin et de Camille Claudel sur des sujets identiques, le portriat de Rodin par Camille Claudel.

Autour de la Valse

Apothéose du musée : la salle Autour de la Valse : une série de 4 couples de valseurs , bronze, grès, plâtre. le médiateur du Musée raconte que Debussy, très ami de Camille Claudel possédait un tel groupe.

Une autre salle est dédiée à une oeuvre spectaculaire : Autour de l’âge mur  et al dernière à Persée et Gorgone en marbre réalisé par Pompon, la maladie de Camille lse faisant déjà sentir.

 

Peinture des Lointains – Quai Branly

EXPOSITION TEMPORAIRE au Musée du Quai Branly jusqu’au 06/01/19

Frise de personnage pour le pavillon d’Asie de Marie Antoinette Ballard-Devé

La peinture des lointains ne pouvait qu’attirer la voyageuse, les tableaux exotiques colorés, orientalistes, de marines, de déserts…..Quoique….les collections proviennent du Musée de La Porte Dorée, autrefois Musée des Colonies et nombreuses œuvres sont des commandes à l’occasion de l‘Exposition Coloniale de 1931.  Ces images sont restées méconnues justement à cause de l’héritage colonial et du spectacle colonialiste et parfois raciste qui fut donné à l’Exposition. Exposition sulfureuse?

Les peintures exposées concernent des horizons plus lointains que cette exposition coloniale, éloignés par la distance et dans le temps.

Pèlerins de Djeddah
Pèlerins de Djeddah

Le choix des sections, « Séduction des lointains », « bourlinguer », fait appel au thème du voyage comme « promesse heureuse de dépaysement« . On s’embarque avec les peintures de marines de Charles Fouqueray dans le port de Saïgon ou avec les Pélerins de Djeddah, 

Port de Saigon

Les orientalistes du 19ème siècle sont bien représentés avec le Café maure à Alger

Café maure à Alger (1860) Germain Fabius Brest

la Mosquée de Basse-Egypte de Perilhat

Mosquée en Basse Egypte – Perihat

Au début du 20ème siècle l’Afrique du Nord a séduit les peintres

Djerba (1926) André Suréda
Djerba (1926) André Suréda

Les laques de Jean Dunand (1877-1942) de Style Art Déco m’on beaucoup plu

Eléphant laque de Jean Durand
Eléphant laque de Jean Durand

Une autre section est intitulée : « L’appel du Désert – le rêve nomade »

Théodore Frère : La halte sous les palmiers

Fuir l’Occident est illustré par Emile Bernard et Paul Gauguin (très belles gravures de ce dernier). J’ai aussi bien aimé le tableau Ambohimanga (Madagascar) de Willi Worms

Toute une salle est consacrée à Paul et Virginie : gravures, tableaux assiettes et éditions illustrées. Le thème de l’odalisque est aussi présent

Odalisque : Ange Tissier
Odalisque : Ange Tissier

Visiteurs lointains, introduit toute une série de portraits, pittoresques, anthropologiques (ou pas), les portraits d’indiens d’Amérique de Catlin,

Emile Bernard : Abyssine à la robe de soie
Abyssine

Duco Sangharé, Peule

sont mes préférés, mais j’aurais pu en présenter d’autres….

La suite de l’exposition fait plus explicitement référence à la colonisation : grands portraits de Savorgnan de Brazza et de différents militaires et politiques (Jules Ferry), les opérations militaires ne m’ont pas spécialement intéressée et encore moins les grandes fresques colorées légendées avec les différents produits minéraux ou agricoles des colonies. je suis passée sans m’arrêter.

En revanche le jardin indochinois d’un peintre vietnamien a su me séduire

jardin indochinois Khanh
jardin indochinois