Route de Mirleft à Taroudant

8 JOURS AU SOLEIL DU SUD MAROCAIN

les murailles de Taroudant

Aglou, Avant de quitter la côte, dernière balade pieds nus sur le sable mouillé sur la plage immense, déserte. On ne devine pas les extrémités dans la brume et les embruns. La station balnéaire est très moche. Les bâtiments, grosses villas de ciment pas terminées, alignées, tassées les unes près des autres. Pas de crépi. Pas un jardin. Vue sur la rangée suivante.

La grande route, Nationale1 évite Tiznit. Je serais bien retournée au souk des bijoutiers. J’ai préféré la plage. Nous roulons très bien jusqu’à Massa. Nous traversons ensuite des agglomérations. Il faut être attentives aux limites de vitesse. A l’entrée de chaque village, au barrage des gendarmes, au moins une voiture est arrêtée. Hangars à camions, serres poussiéreuses, villes champignons le long de la route. Les étages supérieurs des maisons sont presque toujours vides, souvent inachevés.

La route de Taroudant est celle de l’aéroport d’Agadir entre serres et vergers, agrumes et oliviers. La plaine du Souss est irriguée. Tout pousse.

Arrivée à Taroudant vers 15 heures.

Petit tour des remparts . L’office de tourisme est ouvert. J’y achète une belle plaquette qui propose des excursions dans la région. Celle au Rucher d’Inzerki m’excite beaucoup. C’est là que se déroule l’histoire de Souviens-toi des abeilles de Zineb Mekouar. Brahim, le responsable, joint par téléphone m’envoie un lien sur Googlemaps. 1h50 par l’autoroute Agadir/Marrakech, 102 km. Nous demandons à Abdou d’avancer l’heure du petit déjeuner. Je retrouve le roman dans ma liseuse. Demain j’imaginerai Anir, son Grand-père, sa mère …Sauf qu’en janvier les abeilles seront peut-être endormies ! Inch Allah, je m’endors en lisant le livre.

Les trois paons qui ont donné leur nom au Ryad viennent nous voir sur la terrasse

 

 

 

le Tort du Soldat – Erri de Luca

LECTURES COMMUNES AUTOUR DE L’HOLOCAUSTE

Je suis un soldat vaincu. Tel est mon crime, pure vérité. » Il fit le geste de chasser les pellicules de ses
épaules. « Le tort du soldat est la défaite. La victoire justifie tout. Les Alliés ont commis contre l’ Allemagne des crimes de guerre absous par le triomphe. »

Un livre très court (96 pages), très dense, qui se lit d’un souffle que je n’ai pas lâché.

Je l’ai d’abord écouté en podcast Lu par François Martouret et Marianne Denicourt. Je l’ai téléchargé pour le lire en entier (je n’étais pas sûre que les 58 minutes de l’émission n’aient pas imposé des coupes)

Deux volets, deux voix.

La première : celle de l’écrivain, alpiniste qui dîne après une journée d’escalade en montagne dans une auberge des Dolomites et y rencontre un curieux couple – père et fille – autrichiens. Après une journée de montagne, il traduit des nouvelles de Israël Joshua Singer du yiddisch à l’Italien. L’écrivain nous parle de son métier d’écrivain, de traducteur, de son apprentissage du yiddisch. Il parle du ghetto de Varsovie, des poètes et écrivains. Katznelson, Singer, Babel aussi

Les insurgés du ghetto tentaient de sauver les poètes, les écrivains. C’est ce que font les arbres encerclés
par les flammes : ils projettent très loin leurs graines. Les poètes, les écrivains étaient les graines de leur
plante et ils élèveraient leur témoignage en chant.

Deuxième partie : le récit de la femme qui a découvert sur le tard que celui qu’elle prenait pour son grand-père est son père et que cet homme est un criminel nazi recherché en fuite. Sans assumer les crimes de son père, elle l’accompagne en silence. Position d’une grande ambiguïté. Grande dignité aussi.

 

 

Sidi Ifni, la ville blanche et bleue – plages

8 JOURS AU SOLEIL DU SUD MAROCAIN

Sidi Ifni : maison paquebot qui semble prête à naviguer

Port de pêche

Ce matin encore, les bateaux de pêche sont très nombreux. Le port de pêche de Sidi Ifni est au sud de la ville sur l’emplacement de l’ancienne base espagnole. Les Espagnols avaient installé un port, un aérodrome et construit un téléphérique. Aucune trace de l’aéroport, le port de pêche a été rénové, il reste les pylônes de béton du téléphérique. Impossible de visiter le port gardé par des grilles et des vigiles. Il faudra faire les photos de loin à un virage de la route à mi-côte. Très peu de bateau à quai, ils sont tous en mer.

Sidi Ifni : le port

Le long de la route, un institut de formation pour les marins-pêcheurs est logé dans un beau bâtiment bleu et blanc. Sa paroi bleue en forme d’étrave est percée de hublots ronds.

Souk

Sidi Ifni – souk quincaillerie

Le souk est installé sur un très vaste terrain vague. De très grandes tentes en bâches noires donnent de l’ombre aux légumes et diverses marchandises. Plus loin on a déballé au soleil des produits moins périssables : quincaillerie, couscoussiers neufs et brillants, filets de pêches, sangles et bâts pour les ânes, vieilles mobylettes et vélos. Au fond ce sont les fripes, quelques unes neuves et traditionnelles, chemises de nuit en finette ou seconde main venant des poubelles européennes tous articles mélangés. Les étals les plus attirants sont ceux des épices, dattes et fruits secs.

Ville espagnole bleue et blanche,

Sidi Ifni maison coloniale

Nous parvenons à la très jolie Place Hassan II bordée de bâtiments officiels datant de la période coloniale. En son centre un très beau jardin. Très hauts palmiers. Une petite rue rejoint la Corniche. Dominique m’y attend tandis que je fais une belle promenade dans les villas Art Déco et le long de la corniche bordée par une balustrade. Façades blanches, volets et tours des portes et fenêtres bleu vif. Des volées de marches mènent à la plage entre de massifs. Des barques bleues sont installées au centre des placettes. Restaurants aux noms espagnols. La ville est très tranquille.

Sidi ifni maisons bleues et blanches

Même la ville moderne a adopté le code de couleur, blanc et bleu. Les petits taxis aussi.

Des hommes sont assis aux terrasses des beaux cafés. Des vieux en burnous surveillent la mer, accolés à la balustrade.

Sidi Ifni l’homme au burnous

Ce serait amusant de revenir le soir et de voir le paseo s’animer.

Côté plage, c’est le domaine des camping-cars qui bouchent la vue. Dans l’eau c’est celui des surfeurs. Quatre rouleaux mais des petites vagues. La plupart des surfeurs attendent allongés sur leur planche, peu se lèvent dans le rouleau.

Nous piqueniquons à Sidi Mohamed ben Abdallah. Je dessine le mausolée puis l’arche.

Dernière promenade pieds dans l’eau sur la plage à la sortie de Mirfelt : plage Tamhrouche. Le petit café sur la plateforme est ouvert. De nombreux adolescents sont venus c’est samedi !

A Aftas Trip le coucher de soleil est somptueux< ;

 

 

L’invisible Madame Orwell – Anna Funder

Depuis l’élection de Trump et les gesticulations d’Elon Musk j‘ai l’impression de vivre en pleine dystopie. Sans parler de  l’IA, ChatGPt, et de reconnaissance faciale : Big Brother is watching me!

Retour à Orwell et à 1984!

Justement sur le blog de Kathel et   celui de Patrice deux articles élogieux m’ont donné envie de m’intéresser à L’Invisible Madame Orwell. 

Il est toujours intéressant de compléter les biographies en contextualisant l’œuvre d’un auteur dans son entourage immédiat. Les « Femmes de. » jouent souvent un grand rôle dans l’élaboration des écrits. Madame Zola m’a beaucoup intéressée, Céleste Albaret (qui n’était pas la femme mais la domestique, la gouvernante, la secrétaire...de Proust) aussi!

Eileen O’Shaughnessy épouse en 1936 Eric Blair (George Orwell est son nom de plume). Anna Funder sort de l’oubli cette femme qu’Orwell a si peu citée dans son œuvre et effacée par les biographes de l’écrivain. 

« j’avais l’impression d’être Orphée descendant aux Enfers chercher Eurydice, surtout lorsque dans l’ obscurité je tombais sur l’incarnation de mes ennemis : un féroce chien à trois têtes. Le Cerbère qui m’ empêchait de passer s’appelait Omission-Insignifiance-Consentement.

 Après avoir fait sortir Eileen de la boîte, j’avais entre les mains les éléments d’une vie, une femme en pièces détachées. J’ai envisagé d’écrire un roman »

Cette héroïne, oubliée, négligée, est pourtant un personnage remarquable : boursière d’Oxford, diplômée de psychologie, elle a publié en 1934 un poème dystopique « End of the Century, 1984« . Prémonitoire?

« comment le pouvoir s’exerce sur les femmes : comment une épouse se fait d’abord enterrer sous les corvées domestiques, puis par l’Histoire »

Dès son mariage, elle se dévoue entièrement à son mari, laisse tomber ses recherches en psychologie, le confort d’une vie bourgeoise très aisée pour le suivre à la campagne dans une maison particulièrement inconfortable où elle assume toutes les corvées domestiques, y compris les soins aux animaux et le travail dans la petite épicerie de campagne. Et comme si le travail de maîtresse de maison ne suffisait pas, elle assure aussi le secrétariat, dactylographie, corrige, inspire les articles de son écrivain de mari. Tuberculeux, il doit aussi être soigné….et comme si cela ne suffisait pas, il entretient des liaisons avec de nombreuses femmes et sollicite l’approbation d’Eileen!

Drôle de bonhomme! Comment une femme aussi douée, vaillante tolère-t-elle cela?

Anna Funder mène une enquête très fouillée avec nombreuses notes et références. Enquête à charge. Et pourtant elle admire l’œuvre d‘Orwell. Enquête féministe. Anna Funder nous abreuve de ses analyses (fondées mais répétitives) du patriarcat. 

« Le patriarcat, c’est le doublepenser qui permet à un homme « décent » de mal se comporter avec les
femmes, de la même manière que le colonialisme et le racisme sont des systèmes qui autorisent des gens
en apparence « décents » à commettre des actes innommables contre les autres. « 

Ironiquement Anna Funder utilise les concepts orwelliens de « doublepenser » et de « Common Decency » qui se retournent contre leur créateur. Analyse féministe d’une spécialiste d’Orwell.

L’idée de départ m’a plu et même si la lecture du livre de Funder a été  une lecture laborieuse. Funder  s’est mise en scène coupant la fluidité de l’histoire. Beaucoup de répétitions, de théorie. L’ouvrage aurait gagné à être nettement allégé. 

Ce n’est qu’avec le départ d’Orwell d’abord, puis d’Eileen pour Barcelone que je me suis sentie entraînée dans l’action. J’ai noté Hommage à la Catalogne dans ma PAL par la même occasion. Le récit historique de la guerre en Angleterre, du blitz sur Londres m’a aussi intéressée.

Le livre ne s’achève pas avec la mort dramatique d’Eileen. Dans le dernier quart du livre,

Orwell reproduit le même schéma de recrutement d’une nouvelle compagne qui assurerait le ménage, la collaboration littéraire et même les soins de nounou pour le petit Richard qu’Eileen et lui avaient adopté. Toujours dans des conditions très précaires : une ferme dans l’île écossaise de Jura éloignée de tout. Et le plus étrange c’est que malgré sa santé vraiment très dégradée, son incapacité à assumer le quotidien, cela marche!

Séparer l’oeuvre de l’écrivain?

La fille aux yeux d’or – Balzac

UN COURT ROMAN OU UNE LONGUE NOUVELLE?

Toute passion à Paris se résout par deux termes : or et plaisir.

Balzac fournit une mine inépuisables quand je suis en panne d’inspiration de lecture. Le titre m’a été suggéré par Proust.

Trois chapitres qui s’emboîtent :I.  Physionomies parisiennes, II. singulière bonne fortune, III. la force du sang. 

Paris, aucun sentiment ne résiste au jet des choses, et leur courant oblige à une lutte qui détend les passions : l’amour y est un désir, et la haine une velléité : il n’y a là de vrai parent que le billet de mille francs, d’autre ami que le Mont-de-Piété. Ce laissez-aller général porte ses fruits ;

La première introduit le personnage principal, Henri de Marsay le jeune homme qui a tout pour séduire et réussir. Il le replace dans la société parisienne analysée avec un humour acerbe. Je me suis beaucoup amusée dans ce chapitre.

De Marsay, aux Tuileries, se fait aborder par une charmante jeune fille

, ce qui m’a le plus frappé, ce dont je suis encore épris, ce sont deux yeux jaunes comme ceux des tigres ; un jaune d’or qui brille, de l’or vivant, de l’or qui pense, de l’or qui aime et veut absolument venir dans votre gousset ! 

Ces yeux de félins sont ceux de La Fille aux Yeux d’Or . Une fascinante jeune fille mais accompagnée d’une redoutable duègne espagnole. La Fille aux yeux d’or loge dans l’hôtel appartenant à Don Hijos, un Grand d’Espagne qui tient Paquita  enfermée sous la surveillance de sa duègne. Toute romance ne pourra être que clandestine. Il s’en suit une aventure rocambolesque et brûlante dans des décors exotiques et raffinés. 

Henri de Marsay sera-t-il digne de l’intérêt que Paquita lui porte, des risques insensés qu’elle encoure? Ce n’est pas sûr. peut-on le qualifier de fat?

Un fat qui s’occupe de sa personne s’occupe d’une niaiserie, de petites choses. Et qu’est-ce que la femme? Une petite chose, un ensemble de niaiserie

Le séducteur satisfait de sa personne mérite-t-il la passion que lui offre Paquita? passion ou désir? Travestissements, enlèvements, masques, tout y est!

A vous de lire la nouvelle si vous voulez connaître la réponse!

 

Les plages de Mirleft

8 JOURS AU SOLEIL DU SUD MAROCAIN

la corniche en face de l’hôtel Aftas

L’an passé, de notre balcon nous avions vu des piétons sur le bord de la falaise mais avions négligé cette promenade. Nous allons réparer cette omission. Les gendarmes ont installé leur barrage au pied de l’hôtel. Un jeune gendarme nous montre l’entrée de la piste et même nous conseille d’aller en voiture, « mais doucement » jusqu’à un parking. Les nids de poule sont creusés mais la Lodgy est très haute.

Christo on the rocks

Le sentier longeant la falaise est borné par de curieuses balises remplaçant les cairns habituels : des motos sous des housses ou des mobylettes sous des couvertures que je nomme « Christo on the rocks ». Je ne m’interroge pas longtemps sur cette curieuse coutume : les pêcheurs sont en bas, sur les rochers, pêcheurs sportifs ou locaux, vieux et jeunes…Le Maroc est vraiment surprenant, même dans les endroits désertiques ou inaccessibles, il y a toujours du monde. Le sentier prend fin devant une gorge, entaille infranchissable pour moi.

Corniche de Mirleft

Tout le long de la côte, les petits bateaux de pêche sont innombrables.

Plage Sidi Mohamed  ben Abdallah

L’arche de la plage Sidi mohamed ben Abdallah

C’est une très jolie plage à Mirleft avec un parking et un restaurant en terrasse face à la mer. Une mosquée et un petit mausolée blanc avec un bâtiment bleu. Un rocher pointu avec une arche sépare la plage en deux parties. Pour passer sous l’arche il faut sauter de rocher en rocher ou entrer dans de grosses flaques. Des Italiens qui ont garé leur camping-car me montrent le chemin. Juché sur un piton : un cormoran.

Legzira  

l’arche de Legzira

Legzira est la plus belle plage de la côte entre Mirleft et Sidi Ifni avec ses arches de grès rouge, ses falaises et la très longue plage.

Le gardien voyant le macaron « handicapé » propose à Dominique des descendre sur la plage avec la voiture. La rampe a une inclinaison impressionnante on arrive dans l’étal du bijoutier et il faut manœuvre dans les tables . La Lodgy est vraiment grosse et peu maniable ; on remonte au parking à l’aplomb de la plage.

Des restaurants ont installé leurs tables sur le sable. Les prix sont modiques : repas complet entrée salades + poisson, frites et orange à la cannelle pour 80 Dirhams (8€)  Par chance, c’est marée basse et des rochers sont découverts. Des hommes s’y affairent avec des seaux. Ils ne pêchent pas mais préparent les poissons qui seront servis dans les restaurants.

Passée la grande arche la plage semble s’étendre à l’infini. Il n’y a plus personne. Je rebrousse chemin assez vite, si la marée monte je serai acculée à la falaise et ne pourrai plus revenir sous l’arche.

Nous n’avons pas emporté de pique-nique et pensions acheter des bricoles en route. C’est vendredi et l’heure de la prière. Tout est fermé. On se contentera d’une orange et des vache-qui-rit subtilisés au petit déjeuner.

plage Ftaïssa

Le parking est vide. On descend un escalier pour arriver à une très belle plage sauvage. Seules occupants : les pêcheurs qui ont planté de très longues cannes sur des supports de parasols. Je reconnais le 4×4 de l’Hôtel Aftas Trip. le pêcheur est le patron de l’hôtel. 

Emplettes à Mirleft

Oranges, bananes, un avocat pour le midi et un  pack d’eau minérale.

Le fort de Mirleft

Nous faisons une virée dans la campagne pour photographier le fort et la ville vue d’en haut. Cette tour et son arche n’ont rien de médiéval. C’est un fort construit par les Français pour surveiller la frontière avec le Sahara espagnol. Cette frontière se trouvait à l’emplacement de la plage de Sidi Ben Abdallah. Nous partons dans la campagne mais la meilleure photo sera prise de la piste qui mène à l’hôtel des 3 chameaux à mi-pente.

Vendredi soir c’est couscous !

Les légumes, courgettes, carottes, aubergines décorent le cône de semoule. Sa viande est cachée sous la sauce d’oignons confits, raisins secs et pois chiches. Les carottes sont très sucrées, c’est leur variété qui est sucrée, le chou est fondant. Pour terminer, la coupe de salade de fruit est décoré d’une fraise fraîche.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Crépuscule à Casablanca – une enquête de Gabrielle Kaplan – Melvina Mestre

LIRE POUR LE MAROC

Enchantée par Sang d’encre à Marrakech, j’ai enchaîné avec Crépuscule à Casablanca qui est le premier opus de la série. A paraître Bons baisers de Tanger ( Avril 2025).

J’ai vraiment aimé Gabrielle Kaplan, détective privée, qui se livre davantage dans ce roman. A vrai dire, elle se présente. Juive de Salonique, elle est arrivée en 1941, échappant au destin des juifs de Salonique, déportés presque tous. Francophone, fille d’une parfumeuse, on comprend mieux ses allusions aux parfums qui m’avaient étonnée dans le premier livre. 

Bizarre polar, où l’enquêtrice ne cherche pas à dénouer une énigme mais plutôt à fuit ses persécuteurs. Je n’en dirai pas plus….

Casablanca 1951 est parcourue par de troubles courants, des rivalités, des luttes d’influence. La Résidence avec le général Juin, le sinistre Boniface qui règne sur des policiers corrompus, leitmotiv : pas de vagues. Les Américains arrivés en 1942 avec l’opération Torch en 1942, tête de pont du débarquement et de la reconquête du sud de l’Europe, ils souhaitent étendre leur influence chasser les français quitte à s’allier avec le Sultan et l’es indépendantistes. Les ultras, des colons ne font aucune concession .  Sinistres personnages et mercenaires. Cagoulards, malfrat corses ou marseillais, agents du SDECE ou de la CIA. L’Istiqlal et le sultan luttent pour l’Indépendance du Maroc.

Et puis le reste de la population défini selon une hiérarchie précise:

Delmas faisait donc partie des grands propriétaires terriens et des industriels, ceux qui se situaient au sommet de la pyramide de la société coloniale, la « crème de la crème ». Venaient ensuite les ingénieurs et les cadres de l’administration, puis les « petits Français », fonctionnaires ou militaires. Les juifs, les Espagnols et les Italiens, artisans ou commerçants, complétaient l’édifice. À la base se trouvaient les Marocains, les plus nombreux et généralement les plus précaires, que l’on nommait « les indigènes ».

Les souvenirs de la guerre sont encore très prégnants. On se souvient, ou pas de ceux qui furent vichyistes, qui se sont compromis avec les Allemands. On se souvient aussi de l’héroïsme de la campagne d’Italie.

Gabrielle Kaplan et son lieutenant Brahim se trouvent pris dans ces rivalités. Roman d’action et d’aventure, leçon d’histoire aussi. 

Lu en à peine une journée, un polar très réussi!

Vol Transavia Orly/Agadir et Arrivée à Mirleft

8 JOURS AU SOLEIL DU SUD MAROCAIN

Mirleft Aftas trip : Océan chambre avec vue

Vol calamiteux. Deux horribles pies jacassent pendant les  3h 40 de vol. Des jeunes juifs religieux habillés de noir occupent le couloir allant d’un rang à l’autre. Nous apprendrons par Internet qu’ils se rendent à une sorte de pèlerinage à la hiloula du rabbin ben David près de Taroudant.  Impossible de se déplacer pour se dégourdir les jambes. Pour couronner le tout, l’équipage est très désagréable.

A l’arrivée à Agadir, grand soleil. Après des semaines, même des mois pluvieux c’est un émerveillement.

A l’aéroport, c’est la course. Acheter des  cartes SIM marocaines. Les hôtesses de la compagnie INWI sont de véritables prestidigitatrices. A la banque, c’est la catastrophe. J’ai les deux cartes VISA mais seulement mon passeport. Je donne une carte au hasard et mon passeport. Code ! je tape le mien, une fois, refusé. Deux fois, refusé encore ! Et sans vérifier la carte puisque c’est le caissier qui l’a. La carte de Dominique sera bloquée pendant tout le voyage !

Le loueur de voiture recommandé par l’hôtel Aftas Trip nous attend avec un panneau. Il a garé la voiture au dépose-minute. Pour établir le contrat, il nous conduit sur le parking de la station-service. Deux gendarmes l’arrêtent alors qu’il a en main le permis de Dominique et son passeport. Nous attendons de longues minutes angoissantes. Pour quel motif l’arrêtent-ils ? Est-ce un véritable loueur ?  Après un long moment, il revient et gare la voiture sur le très grand parking. Confirmation : la carte bleue est bien bloquée. Photo au smartphone du permis et du passeport. Notre voiture est une Dacia Lodgy, grosse voiture très haute. Sur piste, ce sera un avantage. Nous découvrirons que tous les « grands taxis » sont du même modèle.

L’aéroport se trouve au sud-ouest d’Agadir. Nous ne le visiterons donc pas. La très fréquentée N1  longe la côte Atlantique jusqu’à Dakhla et Layoun. Empruntée par les camions. Traversée du Souss :  serres poussiéreuses, usines à tomates. Hangars à camions. D’énormes panneaux vantent les pesticides, fongicides et les produits spécifiques contre les maladies des tomates. Loin du bio !

Réserve Naturelle Souss-Massa

Après avoir acheté oranges et bananes, nous fixons l’objectif à Googlemaps : la Réserve naturelle du Souss-Massa. J’ai prévu les jumelles exprès pour cette étape. L’an passé, le guide m’avait montré l’aigle pêcheur, des ibis et des spatules. Seule, je reconnais un héron, une aigrette, un courlis et des goélands.

Nous étions passées par une petite route parallèle à la côte évitant Tiznit et aboutissant à Aglou. Dans un village, nous nous égarons et nous retrouvons sur la route nationale avant Tiznit. Nous avons rallongé la route d’au moins 40 km. Dominique a peur d’arriver à la nuit. Le soleil se couche à 18h45 dans le sud marocain, pas de problème. Nous aurions mieux fait de penser au carburant. Selon le loueur, nous disposions de 230 km d’autonomie. Il aurait fallu faire le plein sur la grande route. Dans la montagne, après Tiznit, pas une station-service. Un bip prévient. A un col, le voyant s’allume. Il reste 26 km et nous sommes au bord de la panne sèche. Enfin arrivons à Aftas Trip. Nous avons la chambre Océan que nous convoitions avec le balcon vue sur mer pour le coucher du soleil.

Il y a une station-service dans le centre de Mirleft.

Plage Imin Turga

La plage, au soleil : eau tiède !

Menu du dîner:

Salades marocaines variées (tomates, poivrons, betterave, pommes de terre) en entrée. On nous sert les filets sans arêtes (service grand classe) d’un magnifique mérou-badèche cuit avec des tomates, des oignons et des citrons en rondelles, farci avec des vermicelles, calmars et crevettes. La chair du poisson est fondante, un peu fade mais relevée par les accompagnements. La Badèche Epinephelus costae est un poisson carnivore présent dans l’Atlantique jusqu’au Cap Vert.

Mérou Badèche

Pour finir : mousse au chocolat maison délicieuse.

 

 

Chiharu Shiota – The Soul Trembles au Grand Palais

Exposition temporaire jusqu’au 19 mars 2025

Barques et fil rouge –  Voyage incertain

Chiharu Shiota est une plasticienne japonaise née en 1972 à Osaka. Elle  travaille également à Berlin. Son matériau de prédilection est le fil qu’elle tisse de ses mains fil de laine ou de coton, rouge le plus souvent mais également noir ou blanc. 

Where are we going? barques et fil blanc

Le visiteur est accueilli en haut de l’escalier d’honneur par cette gigantesque suspension blanche  qui prennent des allures d’ailes blanches. 

Il traverse les arches rouges qui jaillissent des barques, déstabilisé.

j’ai déjà rencontré son fil rouge au Musée Guimet juste après le confinement, les objets enfermés dans la toile d’araignée correspondaient bien à l’humeur du moment, quand nous étions enfermés, liés. *Elle avait empaqueté de très petits objets, des meubles et et jouets de maisons de poupée. Au Grand Palais, changement d’échelle. Elle joue avec des chaises, lie un piano après sa combustion de fil noir

Piano carbonisé et fil noir

Avec ces fils, ces nœuds, j’avais rapidement classé Chiharu Shiota comme « artiste textile » c’est réducteur! En plus de ces installations, elle a aussi expérimenté avec son corps, l’enfouissant dans la terre, ou se baignant dans la boue. Les vidéos où on la voit couverte de boue me mettent mal à l’aise.

Untitled Islande

Elle met en scène son corps. Dans une vidéo on la voit nue sous un enchevêtrement de fins tuyaux où circule le sang. Elle est parcourue de spasmes . je pense un peu à Sophie Calle. Elle trempe aussi de boue des très longues robes suspendues qui gouttent

Memory of skin

ou elle joue avec la peinture, devenant elle-même peinture

Becoming painting

Toujours ce rouge sang!

l’exposition du Grand Palais montre des dessins préparatoire, des esquisses, des photos, des vidéos. L’une d’elle de 23′ est particulièrement éclairante. Si on prend le temps d’écouter on comprend ce qui échappe à la seule vision. 

peintre, artiste textile, vidéaste, photographe. 

Crépuscule des Dieux

Elle est aussi scénographe de nombreux opéras : Siegfried, le Crépuscule des Dieux, Oedipe de Sophocle par Stravinsky et bien d’autres oeuvres sont jouées dans les décors de Chiharu Shiota. le problème est que l’exposition a voulu trop en montrer. On voit les captation des différents opéras, les danseurs, les chanteurs mais la musique d’un seul domine. C’est perturbant

Fenêtres de Berlin

Chiharu Shiota a aussi été témoin de la Chute du Mur de Berlin qu’on voit en vidéo; la ruée vers l’Ouest a entrainé l’abandon de quartiers de Berlin Est. La plasticienne a récupéré les châssis des fenêtres et portes des maisons désertées et les a assemblées. L’huisserie garde quelque chose de ces maisons abandonnées, leur âme? 

Et que dire des valises en lévitation? 

Rien n’est gratuit dans ces installations; A Venise, elle a suspendu des clés aux fils rouges. On peut aussi imaginer que les souvenirs sont prisonniers de la toile d’araignée, ou que les barques et les valises sont celles des migrants. 

 

 

 

Sang d’encre à Marrakech – Melvina Mestre – Points

LIRE POUR LE MAROC (POLAR)

Gabrielle Kaplan, native de Salonique, exerce son métier de détective privé à Casablanca. L’enquête se déroule en 1952 dans le Maroc sous Protectorat.

promenade architecturale :

Casablanca est une ville dynamique, européenne. L’autrice Melvina Mestre a grandi à Casablanca : elle connaît bien la ville qu’elle nous fait visiter telle qu’elle était alors, avec les noms des rues et places du Protectorat. Elle décrit avec soin les bâtiments, s’intéresse à l’architecture pour mon plus grand plaisir. 

Marrakech est encore un gros bourg tranquille, mais promis au développement touristique avec la construction du quartier de l’Hivernage, d’un casino. La Mamounia est déjà un hôtel luxueux et on assiste à une soirée organisée par le Glaoui.

L’autrice resitue l’intrigue dans le contexte historique et politique :

Je veille à ce que mes romans d’atmosphère s’inspirent de la grande Histoire, et qu’en me lisant mes lecteurs soient immergés dans le contexte historique, urbanistique et socio-culturel des années 1950.

En 1952, le souvenir de la guerre est encore très vif. Casablanca était un centre très important qui a vu le Général de Gaulle et les Forces Françaises libres, les Américains. On se souvient encore très bien de Joséphine Baker, de Saint-Exupéry. Les Marocains ont pris part à la Libération, lutté en Italie etc. La présence de nombreux militaires a pour conséquence le développement de la prostitution : à Casablanca se trouve le plus grand Quartier Réservé : le Bousbir.

C’est d’ailleurs ainsi que commence l’intrigue policière : une prostituée est retrouvée assassinée, dénudée et tatouée, puis une seconde….(mais je n’en dévoilerai pas plus). Les autorités locales ne veulent pas ébruiter la macabre découverte qui risque d’être exploitée politiquement. Le commissaire préfère faire appel à la détective privée, pour sa discrétion et parce qu’une femme pourra peut-être glaner des informations auprès des prostituées.

L’intrigue semble partir en tout sens, rebondissements, puis tout s’éclaire. Encore une fois, je ne spoile pas! J’ai été happée et je n’ai pas lâché cette lecture.

Un autre aspect intéressant est l’émergence des mouvements indépendantistes. La décolonisation s’amorce malgré l’aveuglement des autorités qui préfèrent diviser pour régner et s’appuyer sur le Glaoui de Marrakech. J’ai visité le palais du Pacha, et sa kasbah mais sans vraiment comprendre qui était ce personnage. Le roman répare cette lacune. 

Et comme j’en redemande, j’ai déjà commencé une nouvelle enquête de Gabrielle Kaplan : Crépuscule à Casablanca