Quitter Palerme
Quitter Palerme a l’air facile sur le plan : au bout de la Via Maqueda ,Tüköry jusqu’à l’autoroute. Cela ne s’est pas passé comme cela : Tûköry devient en sens interdit, nous ratons le panneau « autostrada » et nous retrouvons sur Vittore Emmanuele derrière le camion poubelle à l’allure de l’escargot. La circonvalazione n’est pas une autoroute, il y a des feux et on n’avance pas. Pourquoi ? Les Palermitains partent ils en week end ? La réponse arrive : travaux ! Sept files convergent dans un étranglement de deux, bouchon monstrueux. Heureusement, les mendiants nous « distraient » nous sommes assaillies par les laveurs de pare-brises, des hommes proposent des gilets fluorescents oranges comme ceux des travailleurs des chantiers se la route, des jeunes promènent des pancartes « Papa est mort, Maman est malade » « mon père et ma mère sont partis, je suis seule »… Nous avons mis plus d’une heure à sortir de Palerme. Pique nique sur la plage
A deux heures nous pique-niquons sur le bord de la première plage à Isola della Femmine. Il fait beau, le vent souffle, la mer est calme. En face l’Ile de la Femmine avec une tour carrée. Nous goûtons à une spécialité locale les arancine : gros beignet rond. Sous la couche frite une couche de riz au safran protège un hachis de viande mélangé à des pois dans une sauce tomate. C’est bon cela cale. Camilleri en donne la recette dans La démission de Montalbano. Nous suivons la route côtière fléchée Trapani. Arrêt dans un supermarché.
Trappeto, notre gîte
notre gîte à Trappeto
L’adresse du gîte est minimaliste « Lido de Trappeto » avant le passage à niveau, suivre l’écriteau Spiaggia. Je suis sceptique, j’ai tort. La petite route juste en face de la voie ferrée descend très raide et aboutit à un petit parking. Là, deux maisons derrière une haute grille (les Siciliens sont très portés sur les grillages). Nous sommes arrivées.
On ne peut pas imaginer meilleure situation : la maison est entourée d’une terrasse dallée à 4 ou 5 m au dessus de la plage : quelques marches dans des plantes grasses fleuries jaunes (au Portugal il y avait les mêmes en roses) . Pas de voisins, la maison comporte 5 appartements , nous sommes les pionnières de la saison. Le couple responsable des clés (les propriétaires ?) s’affaire aux nettoyages de printemps, un jeune repeint les bancs de la terrasse. Le portail vient être vernis.
la terrasse et la vue sur la mer
Nous posons en hâte les valises pour profiter de la plage. Dominique est pressée de se déchausser et moi de me tremper les pieds. Le sable fin borde la falaise. Des digues de blocs ont été construites parallèlement. Pour protéger le sable ? Pour briser les vagues ? Le Golfe de Castellamare est bordé de collines, la vue est très belle
.
Ciel voilé au petit matin. Au café du coin, je prends un capuccino et un croissant fourré à la confiture. Ces petits déjeuners au café me plaisent beaucoup. Le café est bon. Je regarde la ville s’éveiller.
Quattro Canti
les 4 saisons
Pour aller au Palais des Rois Normands, nous prenons la Via Maquedatoute endormie jusqu’au Quattro Canti, carrefour théâtralisé par quatre façades concaves ornées de quatre fontaines surmontées des statues des quatre saisons facilement reconnaissables, Printemps avec un bouquet de fleur, Eté des gerbes de blé, Automne et les fruits, l’Hiver est une vieille femme. Au dessus quatre rois d’Espagne. A un troisième niveau, les quatre saintes de la ville avec leurs attributs (l’une d’elle a une meule ).
Corso V Emmanuele
Palazzo Ninfa
Nous tournons dans le Corso Vittore Emmanuele, rue passante mais étroite bordée de boutiques de Palais et d’églises. La cour du palazzo Ninfaest particulièrement belle, un grand palmier occupe tout le patio, au fond, une très jolie fontaine est surmontée par un bas relief représentant Persée et Andromède.
Le soleil dissipe les nuages quand nous passons devant l’énorme cathédrale. Nous traversons à pas pressés le jardin exotique, presque une palmeraie marocaine.
Le Palais des Rois Normands
Tour pisane
Le Palais des Rois Normands est une grande bâtisse composite assez sobre. J’essaie de retrouver la forteresse arabe sous le château normand aux fenêtres gothiques. Des ailes néogothiques ont été rajoutées ainsi qu’une tour carrée, la Tour Pisane, coiffée d’un observatoire astronomique au toit pointu de tuiles vernissées au dessus d’une charmante galerie. Une vaste esplanade précède les bâtiments. Nous y rencontrons les premiers touristes qui, comme nous, cherchent l’entrée. Côté esplanade, ce sont les entrées officielles du Parlement de Sicile et des forces armées ( ?). Il nous faut contourner le palais.
les Atlantes de la Porta Nuova
Première surprise : la jolie tourelle surmonte la Porta Nuova qui enjambe le Corso Vittore Emmanuele. Sur l’autre face sont sculptés es personnages géants, atlantes maures baroquisants.
plafond à caissons et mosaîques à la chapelle Palatine
Deuxième surprise : la queue pour visiter la Chapelle Palatine, s’enroule autour d’une pelouse. Des cars,
chapelle palatine
descendent des touristes de toutes origines. On ne laisse entrer que de petits groupes. Cette queue nous décourage.
la cathédrale ressemble à un château avec créneaux et tour
A la Cathédrale, nous emboîtons le pas à un groupe de lycéens français, espérant bénéficier d’une visite guidée. La conférencière les entraîne dans la chapelle où sont enterrés les rois de Palerme, Roger II et Frédéric II. Leurs sarcophages étaient de porphyre. Le porphyre était le privilège impérial chez les Byzantins. Etre enterré dans du porphyre conférait une dignité presque impériale aux rois de Palerme. Nous suivons le groupe dans la chapelle contenant les reliques de Sainte Rosalie, – patronne de Palerme qui avait écarté la peste de la ville. Là nous décrochons, nous avons eu notre compte de châsses et de reliques hier pendant les processions. Nous préférons nous intéresser à la Méridienne tracée sur le dallage. Les signes du Zodiaque sont fait d’incrustations de marbres polychromes précieux tout à fait réussies.
Porche gothique catalan
Des restaurations néoclassiques du XIX ème siècle (ajout d’une coupole) masquent l’ancienne cathédrale normande. Les cathédrales néoclassiques immenses m’ennuient. Nous en avons vus quelques unes en Hongrie, toutes monumentales et barbantes. Nous ne nous attardons pas à l’intérieur. Nous nous installons sur l’esplanade pour étudier l’extérieur. L’ensemble n’évoque pas vraiment une Cathédrale, plutôt un château fort avec es créneaux et des tours de guet. Plus on examine les détails plus on est surpris. Toute l’histoire de la Sicile peut être résumée dans les décors. L’ancienne mosquée a laissé un souvenir : une inscription coranique sur une colonne que nous finissons par trouver après l’avoir bien cherchée. Le portique gothique catalan est une pure merveille avec ses colonnes torsadées et la mosaïque un peu passée du fronton.
chevet de la cathédrale incrustations
Après en avoir fait le tour, (il y a même une porte de bronze datée de 1961), nous installons derrière le chevet et j’essaie de dénombrer tous les motifs décoratifs des incrustations noires et blanches : étoiles de David, étoiles arabes, aigles, lions, croix de malte, motifs géométriques… Charrettes peintes
charrette peinte
De l’autre côté du petit jardin, des charrettes peintes sont exposées. C’est l’atelier du dernier peintre de charrettes. Les motifs peints de chevalerie m’enchantent. Des marionnettes, chevaliers de fer blancs sont pendues dans l’atelier. Toutes ces couleurs donneront de jolies photos.
Pour éviter le Corso V Emmanuele plein de voiture nous engageons dans des petites rues très clames mais très ruinées. Des étais de bois empêchent les façades de s’écrouler. Derrière, souvent, il n’y a plus rien. La végétation se développe. Sur un mur gardé par des tessons de verre, de jolies plantes grasses à fleurs roses se sont épanouies. La fontaine della Vergogna
Santa Catarina et la fontaine de la Vergogne
Nous retrouvons le Quatro Canti et la Place Pretoria occupée par la fontaine della Vergogna : belle fontaine orné de personnages nus.
Santa Catharina dont les décors nous avaient enchantées est fermée. Nous avions prévu d’y faire des photos. A la Martorana, encore la Messe. On ne pourra pas admirer les mosaïques avant 11h30. Consolation San Cataldo, la petite église cubique avec ses trois coupoles roses, est ouverte. Elle est minuscule. Les touristes s’installent sur des bancs le long des murs. L’intérieur est très simple, pas de décoration. On dirait une église grecque. Seul le sol est orné. Kalsa
ruines et splendeurs
Nous continuons notre promenade au hasard des petites rues vers la mer dans l’ancien quartier arabe de la Kalsa. Passons devant l’Eglise San François d’Assise et par la Via Merlo. Encore des palais délabrés.
Autour du Jardin Garibaldi, une sorte de marché aux puces. Le jardin est planté de banians géants. Quand j’avais lu cela dans les guides, j’avais pensé que, revenant de Cuba, nous ne pourrions qu’être déçues par les ficus méditerranéens. Erreur ! Ce sont les plus gros que j’aie jamais vus. D’ailleurs, ce sont des variétés australiennes. La promenade botanique est remplacée par une promenade historique : des stèles et des bustes commémorent le débarquement des Milles en Sicile en 1850. J’ai la surprise de découvrir le buste d’un hongrois Tüköry, d’un roumain (déjà des brigades internationales !) Le souvenir de Garibaldi est très présent dans ce quartier : de nombreuses plaques rappellent les événements de cette époque.
Autre témoignage historique : le Palais de l’Inquisition dans le Palais Chiaramonti occupé aujourd’hui par l’Université. J’ai le souvenir d’une lecture récente de Portes Ouvertes de Sciascia qui narre un procès s’y déroulant.
Nous rentrons par la Via Alloro, la Piazza Aragona, Via Garibaldi Via Gorizia. Nous passons devant un café littéraire qui rappelle le souvenir du Guépard. Au hasard, une façade baroque magnifique se cache derrière des palissades de chantier. Des putti de stuc blanc sont encore perchés sur les volutes au dessus d’un escalier. Via Garibaldi : chapeliers et fabriquants de bérets …
Vol Meridiana -Orly 12h15
Méridiana dessert les lignes intérieures italiennes. L’avion, Mc Donell, a deux sièges d’un côté de l’allée trois de l’autre. Service minimum : un sandwich jambon fromage, un jus d’orange, un café.Arrivée à Palerme à 14h30 sous un chaud soleil.
A 15h30, à bord d’une Fiat Punto neuve gris métallisée, l’autoroute longe la Méditerranée toute bleue sur une dizaine de kilomètres, de l’autre côté, des collines très escarpées. Tunnels. Nous quittons l’autoroute trop tôt, traversons des quartiers modernes sans intérêt, allant tout droit, au jugé.
Vers le Centre de Palerme
Notre hôtel Orientale via Maqueda
La Maqueda, est une des artères principales de Palerme. Nous dépassons l’hôtel Orientale, cela se corse. Autant la circulation dans les grandes rues est sans histoire – bien que sportive et agressive – en Italie, nous avons connu pire – autant conduire dans les ruelles est une véritable galère. Soit la rue est à sens unique, soit elles sont occupées par le marché, ou trop étroites et tortueuses. Comment allons décharger les valises, comment trouver un parking ?
Finalement tout se passe à merveille.
L’Hôtel Orientale
L’hôtel Orientale occupe deux étages d’un vaste palais du XVIIème siècle qui possède une vaste cour. La réservation a bien été notée, parking dans la cour pour 10 Euros.
Détail « folklorique » : le propriétaire avise mon collier (la chaîne en or que les cousines m’ont offert pour mes 50 ans). Il faut absolument retirer ce collier qui va attirer les voleurs. A Palerme, il ne faut ni sac à main ni bijou !
Plafond historique!
J’essaie de photographier l’entrée monumentale. Pour arriver à la réception au premier étage, on monte un escalier théâtral aux marches de marbre rose très larges, presque plates qui se divise en deux sur un petit pallier rond. Au premier, deux volutes de marbres embrassent la montée. Des lanternons, des arcades soulignées de gris soutiennent les plafonds. Au dessus de l’entrée, une plaque gravée représentent le Palais, est surmontée d’un buste. Des moulures de stuc en arabesques compliquées entourent la porte. Ne pas imaginer un hôtel luxueux. Tout est bien vieux, défraîchi, au bord de la ruine, ce qui le rend encore plus pittoresque.
festivités de la Semaine Sainte.
Procession via Maqueda
A 18 h, une procession doit partir de l’église la plus proche. Nous sommes comblées. Avant de quitter notre Palais, nous découvrons le salon avec ses grands rideaux drapés, plafond peint d’une fresque, balcons sur la Maqueda où une foule attend la procession.Les rues adjacentes ont de curieux panneaux en italien, mais aussi en hébreu et en arabe. Notre quartier, aristocratique autrefois est maintenant habité par des immigrés. Les boutiques sont «orientales», arabes ou hindoues.
Pénitent
En tête de la procession, une rangée de pénitents cagoulés, soufflant dans une sorte de trompe au son affreux. Les crécelles de bois font un bruit sinistre. Derrière, des Romains casqués, au plumet en balai rouge. Jésus en robe beige, tachée de sang, porte une grande croix, la couronne d’épines est en fil de fer. Derrière, un enfant porte une petite croix sur roulettes. De l’église sortent des statues : le Christ est couché dans une châsse transparente aux montants dorés surmontée de bouquets magnifiques : une sorte de palme tressée très haute, des orchidées, des lis et des anthuriums blancs. La foule suit la statue en chantant des chœurs de Verdi. La Vierge est debout habillée de noir. Des jeunes filles tout en noir avec un béret de velours noir escortent en pleurant le cercueil de verre. Derrière, les corporations avec des étendards puis une fanfare. Tout le monde se presse. Il règne une curieuse ambiance : de la religiosité, mais pas trop de solennité, une agitation bon enfant. On se pousse, on se parle.
Au bout d’un quart d’heure, nous cherchons à nous échapper, rejoignons la Via Roma, boutiques très chics, puis une petite place de vendeurs de ferblanterie et de vélos.
Santa Catarina, marqueterie de marbre
Santa Catarina
Au hasard des petites rues nous découvrons une place très théâtrale. A droite, la façade baroque de l’église Santa Catherina. On y entre par un haut escalier. L’intérieur, est marqueté de marbres et de stucs, une merveille. C’est l’office, des femmes chantent. Toute une file fait la queue pour se confesser. Ici encore, le recueillement est tout relatif, on y téléphone même. Il faudra revenir faire des photos en dehors de la messe.
En face de Santa Catharina, en haut d’un escalier comme sur une estrade deux petits édifices cubiques surmontés de coupoles rouges très arabes, un campanile élégant, normand et plaquée, une façade baroque étrange. Sur un troisième côté de la place, le petit théâtre Bellini avec des trompe l’œil. La Via Maqueda borde le quatrième côté.
Procession grecque à la Martorana
San Cataldo et la Martorana avec son campanile normand
Une procession sort d’un de ces édifices cubiques. Plus petite mais bizarre. A l’avant, le prêtre tout en noir, avec une sorte de chignon, ressemble à un pope grec.
la procession grecque sort de la Martorana
Des hommes costumés d’orange précèdent le cortège Une plate-forme vide en natte tressée est portée par des porteurs. Des prêtre en rouge aspergent les passants à grands jets d’eau bénite. Des nuages d’encens s’échappent de l’église. Le cortège fait le tour du bâtiment et retourne dans l’église des grecs: la Martoranadont les mosaïques sont présentées dans tous les guides.
Martorana mosaïques byzantines
A l’intérieur, l’église est pleine. On ne laisse entrer les curieux qu’au compte goutte. La liturgie est bizarre : des hommes chantent en grec mais je ne reconnais pas une église orthodoxe; pas d’iconostase pas d’icônes. L’assistance est assise sur des bancs comme dans n’importe quelle église catholique. Les mosaïques, en revanche, sont byzantines. Nous nous arrêtons devant l’autre église cubique San Cataldo. D’ici, on découvre des coupoles, des tours des façades. Enchevêtrement d’époques, de styles, d’influences …
Un peu plus loin, une autre place est entièrement occupée par une fontaine toute blanche ornée de statues énormes. J’ai envie de tout photographier.
San Giuseppe Teatini
San Giuseppe Teatini est une grande église très baroque très grande, très peinte. Ici, on prépare, on remmanche les bras d’un Christ manchot qu’on raccroche à sa place. Le curé fait répéter une troupe d’enfants, plus loin, on confesse à découvert.
Sur la Maqueda, les processions font bouchon, on klaxonne, les deux roues pétaradent. Nous retrouvons le calme dans de petites rues souvent très ruinées, parfois taguées. A chaque coin de rue, une surprise : une église baroque transformée en mosquée, un grand chantier de restauration, des bougainvillées et des jardins donnent un air champêtre. Si nous voulons dîner, il faudra rentrer avant 8h, heure de fermeture de la pizzeria où nous achetons deux parts une à l’aubergine pour moi, une tomate mozzarella pour Dominique.
La procession encore
Nous retrouvons la procession, plus impressionnante avec les cierges allumés. Les hommes qui portent les brancards de la statue (16 devant et 24 derrière) ont l’air complètement fourbus, ils se soutiennent les uns les autres et s’accrochent aux brancards. Une grande fanfare suit. Nous les regardons du balcon du salon de l’hôtel.
Dernières courses au marché éclairé, encore actif à 20h.
En me penchant un peu du balcon, je trouve la silhouette familière du rocher de Vincennes. Depuis quelques mois le zoo a ré-ouvert ses portes après une longue rénovation. Le ticket d’entrée très cher m’avait découragé. en général, j’aime mieux les animaux en liberté.
Opportunité de visite : la « cordée de la réussite » a offert l’entrée à mes 13 élèves.
La « cordée de la réussite » est un dispositif qui a pour but de briser le plafond de verre que les élèves – même excellents – ne réussissent pas à franchir pour s’inscrire dans les Classes Préparatoires aux Grandes Ecoles. Quand on vient d’une cité, on ne pense pas à passer les concours prestigieux. On ne sait même pas qu’ils existent. Si on est une fille, on vise l’école d’Infirmières, pas Médecine. La cordée commence dès le collège pour valoriser les études scientifiques. Au collège, il n’est pas bien vu d’être un intello.
le Fossa ressemble à un petit lion mais il n’est pas un félin!
En route, jeudi dernier avec 3 groupes de collégiens et deux de lycéens pour la découverte du parc zoologique rénové. Avec des ateliers pédagogiques : parenté/classification,biodiversité, et les métiers du zoo. Bravo aux animateurs qui ont inventé des missions d’exploration de très bon niveau! (accueillir une nouvelle espèce, inventer un enclos, estimer les coûts..).
La grande serre reproduisant les milieux de Guyane et de Madagascar, est un enchantement. Des oiseaux rouge volettent au dessus de nos têtes, des ibis rouge et des spatules roses sont perchés. Il faut chercher les animaux en semi-liberté dans les feuillages luxuriants des bananiers, arbres à pain, fougères, orchidées et broméliacées épiphytes.
Dans son aquarium, en compagnie de piranhas, le lamantin a son dos couvert de mousse, il faut un « coiffeur » pour tailler de temps en temps la végétation qui encombrerait cette « vache aquatique« . Bien sûr les mygales et serpents venimeux sont enfermés derrière une vitre. Il faut chercher les minuscules grenouilles colorées. Les deux iguanes verts se livrent à une curieuse compétition chaque matin ; celui qui arrivera sur le plus haut perchoir en sera vainqueur et déclaré « dominant » pour la journée, ses écailles prendront une teinte orange plus vive. Je suis étonnée par la taille du tapir. Les lémuriens et les petits singes titi sont difficiles à photographier, ils bougent tout le temps.
Dans la zone Sahel/Soudan, les girafes sont les vedettes. Nous apprenons qu’elles subissent un training spécial pour les soins vétérinaires. Il est périlleux d’endormir une girafe qui lutte contre le somnifère et risque de tomber en se fracassant. On leur apprend à présenter une partie de leur anatomie en confiance, évitant ainsi l’anesthésie chaque fois que c’est possible.
La grande volière est aussi une très belle visite. On approche de très près flamands roses, spatules et canards qui sont en semi-liberté. Ne pas oublier de refermer la porte derrière soi!
Arrivés à dix heures, repartis à seize, nous n’avons même pas eu le temps de faire une visite aux lions.
La maison-musée Gustave Moreause trouve 14 Rue de la Rochefoucauld Paris 9ème(métro Trinité) dans le quartier de la Nouvelle Athènes, non loin du Musée de la Vie Romantique,à un quart d’heure de marche de Montmartre et de la Rue Lepic très animée le dimanche, tous les commerces de bouche sont ouverts (attention le fromager ferme vers 14h). On peut combiner une promenade à Montmartre, un déjeuner pour tous les goûts, traverser Pigalle avec une visite l’après midi. Collègues professeurs, n’oubliez pas votre Pass Education.
Le Musée
!Retour des Argonautes
Installé dans la maison de l’artiste, l’appartement du peintre occupe le 1er étage et de ses vastes ateliers les 2ème et 3ème.
L‘appartement donne une bonne idée de la vie au temps de Gustave Moreau : les pièces ont conservé leur mobilier ainsi que les très nombreux tableaux qui ornaient les murs, très variés mais petits et difficilement identifiables. L’ensemble est surchargé, en meubles et en tableaux. J’ai même compté 12 chaises et deux canapés dans le salon bibliothèque. Dans la salle à manger, sur une crédence se trouvent des céramiques remarquables, certaines de la main de Bernard Palissy et un plat d’Iznik. Dans le boudoir sous une cloche de verre, un arbre porte des colibris empaillés, et de belles broderies japonisantes sont accrochées aux murs.
Ébauche pour les Chimères
mais c’est dans les ateliersque se trouvent les grands tableaux, certains comme les Chimères se trouvent à divers stade d’élaboration, d’autres paraissent finis. Sujets bibliques ou mythologiques. Toujours surchargés. Re-dessinés, comme re-gravés par dessus la peinture.
les Prétendants
Parfois bizarres comme cette Athéna auréolée en lévitation dans le grand tableau des prétendants , où était donc Pénélope? Hercule semble avoir beaucoup inspiré le peintre. Coïncidence, je viens de lire l’épisode des sandales de Moïse sur le Mont Nébo dans le livre de Benny Ziffer, et voici un Moïse se déchaussant!
Lu il y a bien longtemps, je conserve de cette première lecture, le souvenir d’Antinoüs. L’histoire romaine, de Nerva à Trajan, des guerres Daces et Parthes, était alors bien confuse dans mon esprit.
Nicolpolis ad Istrum, Bulgarie, ville fondée par Trajan
Cette relecture, après de nombreux voyages dans le monde gréco-latin, est un enchantement.
J’ai pourtant failli abandonner : la première partie, Hadrien se sentant proche de la mort, raconte sa vie à Marc-Aurèle son « petit fils » – choisissant Antonin pour successeur il l’a adopté, et fait adopter Arc Aurèle par Antonin – filiation choisie. Le vieillard pontifie, philosophe, son ton est celui d’un raseur. Sans doute s’exprime-t-on ainsi quand on est empereur et qu’on désire édifier son successeur ?
coucher de soleil à Siwa
La suite est passionnante. La vie d’Hadrien s’est déroulée de l’Espagne aux confins de l’Arménie et de la Perse, de la Pannonie à l’Egypte, de la Germanie à la Syrie… Depuis ma première lecture, j’ai eu la chance de visiter la plupart des lieux cités dans le livre. Je pourrais l’illustrer avec mes photos d’Italica (près de Séville), d’Aquincum en Hongrie, des bords du delta du Danube ou des rives du Nil près d’Alexandrie, j’imagine la chasse au lion à Siwa, les forêts de Thrace. J’ai suivi avec grand intérêt la l’accession aux sommets du pouvoir dans l’ombre de Nerva puis de Trajan, les luttes des factions, les complots, les alliances.
Delta du Danube
L’évolution des idées politiques et religieuses est également intéressante. Après les conquêtes de Trajan, Hadrien veut consolider la paix, établir des frontières sûres. Qui ne connait le Mur d’Hadrien ? Avec les roitelets orientaux il préfère la diplomatie et le compromis plutôt que la guerre. En Alexandrie, il tente de concilier les factions, Grecs et Juifs en rivalité. Pourtant vers la fin de son règne, il ne saura éviter les Guerres juives meurtrières avec Bar Kochba et Akiva. C’est pendant le siège de Bethar qu’il sentira les premières alertes du déclin de sa vigueur et de sa santé.
Italica – Andalousie – ville de la naissance d’Hadrien
Un seul regret, l’absence de notes en bas de pages. Cet ouvrage est tout d’abord un roman. J’aurais aussi aimé des références historiques.
Benny Ziffer est un journaliste israélien. Il se revendique aussi comme « levantin » – d’un Levant qui s’étendait d’Athènes au Caire, Istanbul pour métropole, le Français pour lingua franca, la littérature, le cinéma et la peinture pour valeurs.
Ses carnets de voyage nous emmènent successivement au Caire, à Amman et ses environs, à Jérusalem, sur les pas de Mark Twain en Galilée, à Istanbul, à Athènes et même à Paris.
Peu d’attractions touristiques, les touristes sont plutôt considérés avec commisération. Au lieu de visiter les sites et les musées, Ziffer flâne dans les marchés avec une prédilection particulière pour les bouquinistes qui vendent à même le trottoir les livres en français à l’Ezbeqieh ou les suspendent avec des pinces à linge près de Beyazit. Il traîne dans les cafés et les lieux nocturnes du Caire en compagnie de son acolyte Niemand – personne – un Ulysse poète juif qui reviendrait à Ithaque/le Caire- improbable personnage, double imaginaire de l’auteur. Il passe une soirée avec Mahfouz. Nous emmène au cinéma….
A Alexandrie il rencontre le sosie de Cavafy, mais il faut se méfier des histoires qu’on colporte sur Alexandrie. J’en ai fait l’expérience personnelle!
C’est sur la piste d’une phrase de Flaubert qu’il traverse la Jordanie et nous en apprendrons plus sur le verre peint d’Hébron vendu par un arménien que sur le musée d’Amman.
J’ai été étonnée de la porosité des frontières. Ziffer ne se cache nullement d’être israélien. Au contraire, sa carte de presse lui ouvre certaines portes fermées.
Chaque fois, il souligne les parentés, les ressemblances entre les Levantins. Quant aux religions, elles offrent de surprenantes découvertes, Ziffer va à la synagogue au Caire et dans un monastère à Jérusalem. C’est en Israël, qu’il assiste à une cérémonie mystique soufie de derviches tourneurs.
Son récit à Istanbul est plus personnel, il touche de près ses origines familiales, la maison de ses parents, leurs amis. Plus politique aussi, le rapport au sionisme, politique turque aussi.
Et si le Moyen Orient oubliait ses différences pour ne vivre que ce qui rassemble?
Dans la grande tradition du cinéma britannique social, avec ces personnalités si diverses, si fortes, la diversité des accents et des paysages, ici au pays de Galles.
Dans la tradition ouvrière, solidarité des mineurs, soutien des femmes, solidarité des luttes civiques.
Générosité – hospitalité, plus fortes que les préjugés
Pride comme Gay Pride , le film commence avec la Gay Pride 1984 et se terminera avec le défilé de Gay Pride 1985. Un an de grève pour les mineurs gallois. Un an de luttes, de fêtes aussi. Années-Sida . Années dicos aussi.
Une belle histoire, vraie, des acteurs formidables.
31 décembre 2013, des drachmes factices volètent sur la place Syntagma, la Grèce fête l’adieu à l’euro et le retour la drachme.
2 janvier 2014, le gouvernement grec suspend les salaires des fonctionnaires. Des manifestants s’affrontent, les jeunes qui conspuent l’Euro, les vieux qui le regrettent.
Politique fiction ?
Non, roman policier dans la trilogie de la Crise. Le commissaire Charitos enquête sur trois meurtres qui se succèdent. Bien sûr, pas question de dévoiler l’intrigue.
Le titre : » Pain, éducation, liberté « était un slogan des étudiants qui occupaient Polytechnique en 1973 sous les Colonels. Markaris ancre son roman dans la Grèce contemporaine sans oublier l’histoire récente. Si la Grèce est actuellement en crise, elle a eu ses moments de prospérité, les chantiers des Jeux Olympiques……Plongée dans les magouilles.
« Manque d’argent rend diligent ! »
En plus de la leçon d’histoire ce roman donne une leçon de survie. Les Grecs se rappellent encore des recettes de la pauvreté. Adriani, la femme du commissaire, va cuisiner pour familles et proches les haricots, les maquereaux, les tourtes aux poireaux. Le commissaire va remiser sa SEAT…les jeunes seront imaginatifs pour donner l’espoir aux démunis.
Et ne pas oublier qu’il y a aussi une enquête rondement menée !
Difficile de rendre compte de ce thriller philosophique sans en dévoiler l’intrigue au risque d’en faire perdre le suspens !
Tout pour me plaire dans cet ouvrage :
Une promenade dans l’Athènes de la période classique : parcours du Céramique à l’Académie ou professe Platon, un soir dans les quartiers chauds du Pirée à la recherche d’une hétaïre, une séance dans un théâtre clandestin, une cérémonie païenne dans une grotte de la Pnyx…
Une intrigue rondement menée par le Déchiffreur, ainsi nomme-t-on l’homme qui fait profession d’enquêter dans les affaires compliquées ou de comprendre les oracles de la Pythie de Delphes. Son client, Diagoras est un mentor de l’Académie qui fait appel au Déchiffreur à la suite de l’assassinat d’un de Tramaque, un éphèbe fréquentant l’Académie.
Le titre La Caverne des Idées est un clin d’œil à Platon. L’auteur développe ce thème de la Caverne, de la recherche de la Vérité ainsi que d’autres thèmes du philosophe. Pourtant peu de pédanterie, un peu bien sûr, tempérée par une bonne dose d’humour. Et si l’Académie était un lieu si ennuyeux que les jeunes gens n’avaient de cesse de s’encanailler chez ce dépravé de Menechme , chez les prostituées du Pirée, ou pire ? Et quoi de plus incongru que cette jument carnivore qui mange de la viande pourrie dans les jardins de cette sérieuse école ?
Une construction sophistiquée : 12 chapitres correspondant aux 12 travaux d’Hercule. D’ailleurs, le Déchiffreur ne s’appelle-t-il pas Heraklès ? Encore plus sophistiquée, la présence d’un Traducteur qui écrit un corpus de notes de bas de page qui s’émancipe de l’intrigue initiale pour devenir une histoire en soi, compliquée d’un étrange personnage masqué.
Toujours plus sophistiqué encore la notion d’Eidesis, utilisation de métaphores, d’images récurrentes, de mots répétés dans le corps du texte figurant une histoire indépendante. Un texte eidéitique en contenant un autre secret qu’il faut reconstituer en identifiant les images incongrues ou répétitives dispersées comme des indices pour reconstituer la clé secrète. Il m’a fallu effectuer des recherches pour comprendre que le concept d’Eidesis est une invention de Somoza ! (attention je commence à trop en dire et spoiler !
Ce thriller se lit comme un policier, mais il demande du lecteur de l’attention, de l’imagination, des retours en arrière. Les figures poétiques magnifiques, ne sont pas là uniquement pour le plaisir du texte. Il faut s’y arrêter pour y revenir dans la démarche de l’Eideisis. Lecture riche de plusieurs niveaux.
Dionysien, orphique… mystères d’Eleusis. L’Athènes de Platon n’est pas uniquement gouvernée par la raison !
« Cessez de chercher des idées cachées ! Cessez de lire et vivez !! Sortez du texte que voyez- vous ? Juste des ténèbres » exhorte le poète.
« Je ne crois pas qu’ils m’écouteront : ils continueront, acharnés et petits comme les lettres de l’alphabet…. » en conclusion de l’ouvrage.