Il est à peine midi, trop tôt pour déjeuner et pour rentrer. Nous décidons de pousser jusqu’à Noto par la route de Syracuse puis Florida et Canilattini, retraversons la vallée du fleuve Anapo ( qui a creusé les gorges de Pantalica). Vers Florida, la vallée est ample cultivée d’orangers et de riches vergers irrigués (on voit deux bassins de retenue des eaux pour l’irrigation). Les crêtes calcaires sont plus arides. En cette saison il y a tant de fleurs que le paysage est très riant. Les coins à pique nique sont très occupés ! Il doit y avoir une tradition de pique nique le lundi de Pâques .
Noto
Escalier théâtral
Noto 14H – La ville est vide de touristes. Le ciel bleu intense, la lumière idéale pour les photos. Comme on nous avait prévenues, nous sommes moins déçues de découvrir les échafaudages. Les restaurations après le tremblement de terre vont bon train. Commencées en 1996, elles semblent en bonne voie.
Noto escalier
Nous sommes éblouies par le décor très théâtral, plus classique que baroque, cependant. La pierre est très lumineuse avec une teinte chaude dans les jaunes. Des balcons en fer forgé dépassent, soutenus par des corniches très ornées. Difficile de décrire toutes les façades – ou il faudrait recopier le guide, qui lui-même, cite Dominique Fernandez. J’essaie de photographier des détails : têtes monstrueuses et griffons. Photo aussi des perspectives : une église à façade convexe en haut d’une rue très en pente. Tout est théâtral, démesuré. Nous montons dans la ville haute.
Noto: détail
Au hasard de la promenade, nous rencontrons un vannier (que je n’ose pas photographier). Un grand bâtiment mériterait la photo, mais c’est la prison.
Glace aux fraises délicieuses !
les grilles galbées des balcons étaient conçues pour les robes à panier des dames
Vers 17H, retour par Avola, Syracuse, Catane. C’est aussi des Siciliens partis pique-niquer. Nous nous trouvons bloquées dans des embouteillages effarants. Arrivée au gîte à 20H15.
La petite épicerie de Santa Tecla en face de l’église, est ouverte. Elle est bien achalandée, les marchands sont aimables. C’est l’occasion de voir les informations à la télévision. La terre a tremblé en Slovénie.
Jusqu’à Catane la route longe la mer. Le temps est magnifique, la route vide, les Siciliens ne sont pas encore levés. La traversée des faubourgs de Catane est sans intérêt à part l’épaisse coulée de lave qui forme un mur de plusieurs mètres de haut en pleine ville.
Cette fois, l’Etna se profile dans toute sa splendeur. Le petit nuage blanc qui le coiffe donne l’illusion de la neige. Nous quittons la route principale pour aller vers Lentini, ville juchée sur une colline, que nous évitons, puis Calentini que nous évitons aussi. La campagne de collines très vertes et fleurie est parsemée de gros blocs de lave. Est-ce une coulée ? Ou une projection de l’Etna ? La terre est très foncée. Des vaches paissent dans les prés. Arès Calentini, nous voyons des vergers d’agrumes. Les roches volcaniques font place à un paysage plus aride et calcaire. Notre carte est sommaire.
Sortino
Sortino baroque
Sortino, petite ville perchée très tranquille, se réveille à peine en ce lundi de Pâques. Nous nous promenons à la recherche d’un Musée des Puppi, fermé.La Chiesa Madre San Giovanni a une très belle façade baroque sur une vaste place pavée de galets noirs et blancs verdie par l’herbe. C’est très théâtral – inattendu dans une si petite ville –
Contre toute attente, les magasins sont ouverts. On achète une grosse bouteille d’1.50 L de vin rosé et des côtes de porc, des oranges et des tomates. Nous nous sommes inquiétées pour rien !
Pantalica
Gorge de Pantalica
Pantalica est une nécropole préhistorique est proche de Sortino.
Surprise ! Nous n’y sommes pas seules ! Il y a embouteillage. Les gens sortent des voitures. Nous aussi. La route s’arrête net. Il faut abandonner l’auto et continuer à pied. Nous suivons des groupes de jeunes dans la montagne sur un bon sentier très fleuri qui mène dans les gorges. Le site est impressionnant ! Surtout quand on songe aux tombes creusées dans la falaise. En plus du site archéologique, le spectacle des piques niques italiens est folklorique. Ils ont apporté avec eux des ballons de foot (dans des gorges !!), des instruments de musique, des glacières, des radiocassettes, des paniers…ils poussent des hurlements du genre de ceux des supporters de foot. On se suit à la file.
Pantalica : nécropole sicule
Heureusement il n’y a pas encore trop de monde. Les gens s’installent confortablement pour passer une journée près de la rivière. Nous remontons. La voiture est coincée. Impossible de faire demi tour. Dominique fait une marche arrière acrobatique d’au moins un kilomètre et demi entre les familles qui continuent à arriver avec glacières, thermos et guitares.
La route longe la mer. Nous nous arrêtons dans les petits ports. Les barques peintes de couleurs vives ont été hissées sur la plage. Le village paraît désert, les bars sont ouverts. On entend la messe à l’église, mais dans la rue, personne. J’entre dans un bar en quête d’une carte de téléphone. Tout le monde est bien aimable Le barman propose de faire de la monnaie pour le téléphone à pièces.
La route serpente ensuite dans les vergers d’orangers et de citronniers enclos par de hauts grillages installés sur des murs de lave et surmontés de barbelés. Les entrées sont monumentales : imposants portails de fer. On doit craindre ici les voleurs d’oranges ! Les agrumes sont en boutons à peine éclos. Dommage ! J’aime tant le parfum des orangers ! Peut être à la fin du jour, à la chaleur, s’il fait beau…
Au dessus des orangers, l’Etna est coiffé d’un nuage épais qui cache le sommet. De temps en temps, apparaissent des plaques de neige. La présence du volcan est impressionnante et un peu magique. Les villages sont plutôt sales. Le tourisme n’a pas encore fait de ravage. Des campings discrets sont cachés dans les orangeraies. Les volets des maisons sont résolument fermés mais de nombreux balcons sont fleuris.
Après le rivage rocheux et noir des laves de l’Etna, battu par de belles vagues, où l’eau semble bleu très foncé, une plage de sable fin longe la route bordée d’eucalyptus, de mimosas et de roseaux. Taormine apparaît enfin, perchée sur de curieux pitons rocheux et la côte découpée se profile dans la brume.
Giardini Naxos
Giardini Naxos les barques sur la plage
Un beau bateau de croisière mouille devant le port. Sur la plage il y a de nombreuses barques. Autour du port, de nombreux hôtels et restaurants. Giardini Naxos fait très « station balnéaire » d’un tourisme international, friqué et triomphant.
Montée sur Taormine
La montée sur Taormine est impressionnante. Nous avons négligé les conseils des guides qui proposaient de laisser la voiture et de prendre le téléphérique. Arrêts photos pour le panorama sur la côte découpée de criques avec une île rattachée par un cordon de sable. A l’entrée de Taormine, il faut laisser le véhicule au parking. Nous avons de la chance, il reste une place. Pour 2000 LI, on peut rester une heure. C’est bien court pour s’organiser !
Corso Umberto 1er
palazzo Corvaja
On entre dans la ville par une belle porte carrée : la Porte de Messine. Le Corso Umberto Ier est bondé. Une foule compacte de touristes bruyants et vulgaires piétine devant le palais Corvaja, crénelé et massif. Il faut bien viser pour photographier les fenêtres élégantes et le portail. En nous frayant un chemin nous jetons un œil sur les belles boutiques du Corso. L’église Santa Catarina est ouverte. Pour Pâque une curieuse décoration représente la Cène. Les personnages sont en carton. Sur la table : de faux fruits, des pains. Au sol une décoration florale très laide. Le tout fait un peu désordre parmi les colonnes baroques blanches.
Santa Catherina : la Cène
Castel Mola
Castelmola village haut perché
Au dessus de Taormine : Castel Mola. Dépassant le Château Sarrazinqui coiffe un piton rocheux, on arrive au village très haut perché. La place est dallée d’un damier noir (lave) et blanc (calcaire) et très animée. Les hommes endimanchés occupent toute la rambarde et les tables d’un café très pittoresque carrelé de faïence bleue. Il y a moins de touristes, surtout, pas de groupes. Beaucoup sont montés à pied par une chaussée très raide, les couples ou les familles sont beaucoup plus calmes et plus sympathiques que l’espèce grégaire d’en bas. Dans la rue principale, des boutiques de souvenirs moins luxueuses qu’à Taormine présentant surtout de la céramique aux teintes jaune citron et bleu, toute sorte de terre cuite, et de la dentelle. Au sommet de la montagne, les ruines d’un château peu identifiable mais une vue magnifique sur Taormine et la mer.
Pique nique dans les fenouils
La route étroite descend en vertigineuses épingles à cheveux. Après 150m, on se demande bien comment faire demi-tour.Après une manœuvre au frein à main, la voiture est garée face à la mer. La végétation me passionne : les fenouils géants sont en pleine floraison; de belles ombelles jaunes arrondies. Je casse une tige, déception : cela ne sent rien. Au creux de l’épingle à cheveu, le coin est aménagé en une petite terrasse ombragée par un mûrier, une tonnelle de vigne. Les fleurs me sont inconnues : de grosses marguerites jaunes et des orange vif. Il y a surtout une sauge à feuilles veloutées et inflorescences jaunes. Les coquelicots sont en fleurs. Au menu, une assiette nordique, avocat et tomate. Il fait si chaud que je me cache à l’ombre.
Taormine
Pour descendre je prends le petit sentier,très raide, mais la promenade est merveilleuse dans les fleurs, les jolies maisons plus ou moins bien entretenues. Un court de tennis gardé par un énorme chien de berger paraît bien incongru dans un endroit aussi abrupt où même les voitures se garent sur le toit des maisons. En un quart d’heure, j’atteins l’église Santa Catarina. Il est 14H30, la place est déserte, les groupes de touristes au restaurant. La ville est donc très agréable à visiter. Les boutiques sont fermées mais pas toutes.
Duomo XIIIème remanié au XV XVI ET XVII
Je marche, les yeux fixés à la hauteur des balcons pour ne rien perdre des sculptures autour des portes et des fenêtres. Une place est occupée par la Télévision puis une autre place, en face, a une curieuse fontaine : un cheval qui crache de l’eau. La cathédrale est massive et crénelée et ressemble au Palais Corvaja. Dans les jardins d’un bâtiment gothique – la Fondation Mazullo – les sculptures modernes dans la lave sont très réussies. Le jardin est frais, fleuri avec des palmiers et des orangers. Un agave en fleurs, magnifique, se détache. Nous rentrons sans nous presser par les jolies ruelles pour éviter le Corso Umberto 1er qui a commencé à se peupler vers 16H.
Théâtre antique de Taormine
Visite au Théâtre grec, en très bon état de conservation (ou de restauration, puisque l’été de nombreuses manifestations s’y déroulent). Bâti de brique, ce matériau évoque plutôt les monuments romains que grecs. Le site est extraordinaire. Du haut des gradins, entre les colonnes on voit la mer et l’Etna.
L’orage nous a réveillées vers 6h30.
Petit-déjeuner-buffet en compagnie d’un troupeau arrivé en car, Suisses et Allemands, en survêtements hideux, vert et violets. Je renvoie le café américain.
– « Nous sommes en Italie!« , j’explique au garçon, « il n’est pas question de boire cette lavasse! »
Ce dernier m’apporte un espresso en souriant.
Catacombes
catacombes
La route panoramique longe la zone archéologique sous la pluie battante. Nous avons bon espoir que le temps va s’arranger et préférons nous abriter aux catacombes de San Giovanni.
La guide est munie d’un parapluie et d’une grosse torche. La visite est en Italien que je suis ravie de comprendre.
Ces catacombes occupent l’ancien réseau d’adduction d’eau construit par les Grecs: des citernes creusées dans la pierre. Les couloirs correspondent aux canaux souterrains.
Ce sont les cimetières des premiers chrétiens. Les tombes sont réparties dans des sortes de caves au plafond voûté en arc de cercle. Au sol, jusqu’à vingt tombes sont creusées dans la roche côte à côte, le père et la mère occupant les premières places, ensuite on inhumé les enfants. En plus des grandes tombes dans la paroi, de petites niches rectangulaires étaient destinées aux enfants ou aux ossements. Bien sûr, actuellement, c’est vide. Il faut donc imaginer les dalles de marbre pour les gens riches, de terre cuite pour les plus modestes. Du marbre, il ne reste plus rien. Quelques traces de fresques et quelques gravures subsistent. Notre guide évoque par leur nom les défunts qu’on a identifiés : beaucoup de femmes. Une certaine Adelpha dont le mari, connu, avait fait confectionner un sarcophage orné de nombreuses sculptures. Une autre jeune femme morte à 27 ans s’était convertie au christianisme à 13. Dans une chapelle, le tombeau monumental d’un pape. Des paons, symboles d’immortalité, des croix grecques, une barque gravée figurait le christianisme luttant sur la mer, le poisson, signe de Jésus, au dessus une bulle : l’eucharistie.
gravures symboles chrétiens
Notre guide raconte la vie des premiers chrétiens avec force détails. Quand elle a l’impression que je comprends mal, elle recommence.
San Giovanni
San Giovanni : portail catalan
L’Eglise San Giovanni était, à l’origine, une basilique byzantine : plan initial avec la croix grecque. Les Normands l’ont agrandie ensuite, laissant les arcs gothiques. Les tremblements de terre successifs ont détruit l’église normande. A l’extérieur, le portique est catalan. Des restaurations plus récentes ont encore modifié l’ensemble. La crypte byzantine est la plus ancienne église de l’Occident. La guide nous montre les fresques puis l’emplacement de Saint Marziano envoyé à Syracuse par saint Pierre.
Toutes ces histoires des anciens chrétiens paraissent terriblement vivantes. Elles ne sont pas empoussiérées par de la bigoterie et sortent, toutes fraîches de l’Antiquité.
Latomies
latomies : carrières antiques
Le temps ne s’est pas amélioré. Il pleut toujours autant quand nous visitons donc la zone archéologique, suivant les troupeaux de français, belges… jusqu’aux latomies, les carrières de pierres antiques, souterraines mais pas mal effondrées. Elles sont envahies par une végétation luxuriante, citronniers, magnolias, glycines…
Oreille de Denys
Une des attractions de la visite est l’Oreille de Denys, une fente dans la falaise qui donne une acoustique extraordinaire à la salle. A notre arrivée un Italien chante à voix basse, on l’entend de très loin. Malheureusement un groupe de français entonne « Les Montagnards sont là !». Nous fuyons ces hordes hurlantes.
Le théâtre grec est creusé dans la roche. Au dessus, une grotte avec une petite cascade. Sous la pluie, c’est beaucoup moins charmant.
Musée archéologique
Le Musée Archéologique est très bien conçu. Une surprise : la faune naine des îles de Méditerranée. L’éléphant nain de Malte et de Sicile ainsi que des hippopotames nains et des cerfs.
Les vitrines de la Préhistoire et de l’âge de Bronze sont un peu répétitives. Les objets grecs sont très nombreux. Les vases, un peu ennuyeux. J’ai préféré les figurines en terre cuite représentant des déesses et des animaux.
Après un pique-nique dans la voiture nous faisons route vers Acireale, toujours sous la pluie passant devant des raffineries et des complexes chimique puis traversant des vallées arides.
Vol Alitalia: CdG/ Rome/Catane
CdG vol 7H50 – Rome à 10 H. L’avion pour Catane a plus d’une heure de retard. A 14H14, nous attendons les bagages sans avoir encore déjeuné. Le ciel est couvert, l’atmosphère, saturée d’humidité.
Notre carrosse est une Polo verte.
En route vers Syracuse
Nous rejoignons Syracuse par une sorte d’autoroute. La végétation est exotique : eucalyptus, mimosas croulant sous les grosses boules jaunes, inodores malheureusement. Orangers, glycines et bougainvillées sont en fleurs. Sous le ciel tellement gris, les couleurs sont éteintes. Le relief me surprend : une vallée est creusée dans la pierre blanche et sèche: peut être une carrière?
A l’entrée de Syracuse, les tuyères des raffineries, ne rendent pas les abords de la ville engageants. De plus, la pluie se met à tomber.
Ortigia
Sous la pluie, Ortigia – est l’île sur laquelle est bâtie la vieille ville. Le long de la mer, une promenade est bordée de ficus énormes.
La fontaine Aréthuse est peuplée de canards. Nous y découvrons nos premiers papyrus. Elle n’est pas extraordinaire, son nom me plait et me semble très poétique.
La Porte Marine est finement ciselée.
Les façades des palais sont surchargées de balcons, de moulures. Mais derrière la façade, l’immeuble tombe en ruine et la nature reconquiert ses droits : les plantes colonisent les corniches et s’insinuent dans les fissures. Je garde les yeux levés pour ne rien perdre des décorations, des moulures, des sculptures, des têtes grimaçantes. Si la lumière n’avait pas été si triste, j’aurais fait plein de photos.
Duomo, sous la pluie
Nous entrons dans la Cathédrale pendant la Messe. De nombreuses personnes vont communier. La façade baroque, très surchargée, contraste avec l’intérieur sobre. A l’arrière, les colonnes antiques sont imbriquées dans la maçonnerie du mur massif.
J’achète une glace aux amandes sur la place.
Vers 18H, les rues s’animent, la pluie a cessé, et tout les Siciliens sortent. Nous rentrons fourbues
Depuis de nombreuses années, je suis fidèlement les films de Ken Loach, comme ceux de Guediguian, ou des frères Dardenne.. Cinéma social où les gens ont l’air de paysans ou d’ouvriers (même si le héros est un très beau gars!). Film historique d’une histoire de l’Irlande que je ne connaissais pas, où il démontre l’alliance entre les riches propriétaires terriens, l’Église et des fascistes tandis que la Crise qui sévissait en Amérique avait tari l’émigration.
Le héros, revenu d’Amérique aspire à une vie tranquille dans la ferme de sa mère mais il s’implique en rénovant un dancing. Il s’agit de danser mais aussi d’éduquer, de faire de la musique, de la peinture, de la poésie. Conjuguer éducation, plaisir de la fête et action politique.
Ce qui ne plait pas du tout au curé Shéridan qui voit dans le jazz la dépravation et traite même les participants aux activité de Jimmy’s hall d’Antéchrist.
Mais c’est l’action politique, la réinstallation de fermiers expulsés par les propriétaires terriens qui mettra le feu aux poudres, le feu au dancing, en l’occurrence. Jimmy Gralton – c’est une histoire vraie – se voit notifier l’arrêté d’expulsion de l’Irlande (où il est pourtant né) sans procès, sans possibilité de se défendre.
Film sympathique, peut être moins percutant que d’autres mais joyeux dans les merveilleux paysages irlandais.
Une réflexion qui me vient en chemin, à la suite des grèves et du conflit des intermittents.
Ken Loach n’est pas seulement un cinéaste qui raconte une histoire dans un film historique. Il montre aussi l’importance de la culture, de la joie de danser, de faire de la musique liée à la lutte des classes. On ferait bien d’y penser un peu plus dans un contexte de dépression qui commence à ressembler à celui de la Grande Dépression des années 30.
Ce gros volume de près de 800 pages est une trilogie : Le Cercle, Ariane, La chauve-souris, trois romans écrits en 1960, 1962 et 1965. Gros pavé riche en personnages et en intrigues, personnages historiques ou personnages fictifs, que l’on retrouve dans les trois épisodes. Une liste des protagonistes est donnée en annexe, p 763 et il convient de s’y référer souvent pour éviter de se perdre, entre les noms, les prénoms, les surnoms et les pseudos pris pour la clandestinité…
Un café à Alexandrie
Stratis Tsirkas donne une version hellénique du Moyen Orient. L’essentiel de l’action se déroule dans la communauté grecque, celle de la Diaspora grecque en Egypte et en Palestine mais aussi au sein de l’armée grecque qui a combattu Rommel et les fascistes aux côtés des britanniques ainsi que les électrons libres qui ont quitté la Grèce alors occupée par les Allemands pour prendre part à la lutte. Evidemment les Services de Sa Majesté sont très présents.
Cimetière britannique El Alamein
J’ai emprunté ce livre (désiré depuis de nombreuses années) à la suite de la lecture de L’Automobile Club d’Egypte d’Alaa El Aswanny et du Colonel et de l’enfant-roide Sinoué,une autre oeuvre comparable serait le Quatuor d’Alexandrie deDurrell qui se déroule dans le même décor mais qui est un peu antérieur. El Aswannya un regard égyptien, tandis quele point de vue de Durrell est britannique.
« Jérusalem, cité à la dérive, Jérusalem cité des réfugiés » Juillet 1942
Deux vers du poète Seféris donnent le titre de cet ouvrage.
Jérusalem, printemps 1941, Tobrouk a été prise par Rommel qui menace le Caire où les autorités brûlent les archives, Juifs et britanniques s’enfuient. La pension tenue par Frau Feldmann réunit cette population cosmopolite : un couple autrichien, une princesse roumaine, un couple de Juifs yéménites, une famille de Juifs polonais, une Tchèque, un commandant de la R.A.F, un Grec cohabitent dans cette maison à la salle de bain unique et sans téléphone.
Que fuit Caloyannis? Il a caché son uniforme et ne sort que la nuit. Déserteur? Espion? Qui sont ces « têtes coupées » ?
Jérusalem est un nid d’espions. Le ministre autrichien qui rêve de la monarchie des Habsbourg, doit rencontrer Von Papen à Ankara est surveillé par l’Intelligence service ainsi que par les Américains, envoyé par les Anglais ou agent double? Tous ces diplomates et militaires sont cultivés, ils citent Hoelderlin, Eliot, Cavafy ou Flaubert. Confidences sur l’oreiller, jeux de séductions ou même simples paris mondains, on boit, on couche beaucoup. Les couples se font et se défont.
Les « têtes coupées » sont les communistes grecs, à leur tête, Le Minus, dogmatique stalinien. Entrés en clandestinité, ils souhaitent noyauter l’armée grecque dont les officiers ont une position ambiguë, des sympathies fascistes ou une allégeance aux Anglais. Le rôle de Manos Caloyannis est de rédiger une gazette Le Combattant imprimant une ligne politique claire. l’urgence est de combattre Rommel.
Décembre 1942; Rommel a été repoussé à El-Alamein. Manos Simonidis, en uniforme, rejoint la brigade grecque dans le désert lybique. Blessé lors d’un bombardement aérien, il est hébergé dans une famille grecque du Caire chez Ariane dans le quartier du « Labyrinthe » où il renoue avec ses activités journalistiques. Le Minus n’est pas le seul dirigeant, d’autres permanents, Fanis, Foteros, Garélas forment un noyau très actif. Curieusement, ils restent presque uniquement dans la communauté grecque et ont peu/pas de relations avec les communistes égyptiens. Cloisonnement du mouvement internationaliste? Un chef du PCF venu de Moscou via Téhéran refuse d’entrer en relation avec les militants locaux et ne se réfère qu’au Minus. Clandestinité, autocritiques, discipline. C’est un véritable document quant au fonctionnement révolutionnaire à cette époque. L’objectif est bien sûr la lutte antifasciste aux côtés des anglais mais aussi le maintien d’une armée grecque révolutionnaire prête à conquérir le pouvoir en Grèce après la libération du pays. Il convient donc de soutenir le moral des troupes tandis que les Anglais préféreraient leur laisser un rôle secondaire et mettre au pouvoir le roi et un gouvernement libéral à sa solde.
Le but des Anglais n’est-il pas de dissoudre l’armée de libération?Une étrange Anabase entraîne une brigade grecque dans une Marche pour l’Euphrate à travers le désert syrien, Alep, Racca..
Alexandrie, automne 1944, Simonidis doit relancer la gazette des marins. la flotte grecque est basée devant le port. L’action clandestine s’organise encore au sien de la communauté grecque. On a l’occasion de rencontrer des personnalités pittoresques, famille originaire de Chios réfugiés après le séisme de 1882. Alexandrie, grecque depuis l’Antiquité, avec ses Bains Cléopâtre, ce poète farfelu qui s’appelle lui-même Alexandre le jeune, où le marchand de légume arabe crie sa marchandise en grec!
Les antagonismes se précisent avec la fin de la guerre. Une ligne politique claire est nécessaire. Les communistes doivent-ils soutenir un gouvernement d’union nationale . la confrontation entre l’armée, la flotte grecque et les forces britanniques devient inévitable. Doit-on encourager les protestations contre les humiliations anglaises ou préserver à tout pris les armées pour la prise de pouvoir en Grèce. la guerre civile s’annonce déjà. La flotte subit l’attaque anglaise.
L’action clandestine devient de plus en plus risquée. les rivalités s’exacerbent : face à face intéressant entre le permanent et l’intellectuel. Des agents anglais réactivent les provocations jusqu’au meurtre. Dans ce contexte difficile Simonidis retrouve une lady écossaise Nancy qui prendra part à l’action….
J’ai été happée dans le tourbillon de ce roman foisonnant, excitant. Difficile pour moi cependant de faire la part du réel, de l’histoire et du romanesque. Et une terrible envie de relire le Quatuor D’Alexandrie de Durrell!
« mon attente se réveille, angoissée sous les coups bleus du printemps, après être restée, honteuse, à la pâle lumière de l’hiver, mon attente ne te comprends pas et ne peut pas se faire comprendre, dans le jaune doux, anxieux, des mimosas effrontés. »
Quatre générations s’emmêlent, deux maisons à Cagliari, deux villages sardes, pas de nom ni de prénoms (sauf madame Lia). La narratrice est-elle une jeune fille ou encore une enfant ? Elle désigne les personnages par leurs liens familiaux, ne s’embarrasse pas de descriptions.
J’ai eu du mal à entrer dans le récit. Ecriture aride. Obsession de l’amour.
Puis, vers le milieu de la lecture, je suis happée par cette étrangeté, par ce désordre, cette folie.
« Dans chaque famille, il y a toujours quelqu’un qui paie son tribut pour que l’équilibre entre ordre et désordre soit respecté et que le monde ne s’arrête pas »
L’ordre de la maison, l’ordre de la société traditionnelle, combattant le désordre de l’amour, passion rêvée ou vécue. La sexualité du bordel s’opposant au mariage respectueux. Tout déborde. Tout est contenu. La chevelure tressée ou dénouée de la petite fille, de la femme, de la grand-mère, séduction ou folie,?
Quand le Requin dort
Petite musique de Milena Agus, un court texte charmant, débordant d’amour.
Pourquoi les femmes cherchent-elles tant l’amour des hommes qui, eux, jouent de la musique, naviguent en mer, font la guerre ou partent explorer le vaste monde.
L’amour sous toutes ses formes : conjugal pour la grand mère, volage pour la tante, maternel ou même sado-masochiste (très dérangeant puisque qu’il s’agit d’une très jeune fille).
Amour border-line. Qu’est-ce qui a tant désespéré la mère? Les infidélités de son mari? la découverte des amours de sa fille, l’impossibilité de vivre un nouvel amour?
Je n’aurais pas dû lire ce livre à la suite du Mal de pierres que j’avais beaucoup aimé mais qui lui ressemble trop.
Ronit Elkabetz est une magnifique tragédienne, avec sa présence, son physique d’héroïne antique; sa chevelure noire et son visage sans apprêt. Je me souviens d’une Pénélope au théâtre des Amandiers, mais aussi de son rôle dans Jaffa. C’est aussi une réalisatrice de talent qui met en scène un procès pour divorce devant un tribunal rabbinique.
Il n’existe pas de mariage civil en Israël, ni de divorce. Ce sont les autorités religieuses les seules compétentes. Viviane Amsalem se retrouve seule femme face à trois rabbins, un greffier, son avocat Carmel prendra la parole tandis que son mari Elisha est représenté par son beau-frère. Des voisins viendront témoigner. Paroles d’hommes contre celle d’une femme. D’hommes religieux, profondément. De ces hommes simples de la communauté marocaine. Que cherche donc Viviane? Le divorce. Mais pourquoi donc. Tous s’accordent pour louer Elisha, le mari. Un mari modèle, même libéral, selon certains. Pieux, modeste, il a toujours bien nourri sa famille, il n’a jamais trompé sa femme, bon père aussi….Aucune cause de divorce. Ils ont vécu 20ans ensemble, ont eu 4 enfants. Mais que veut donc Viviane? Pourquoi a-t-elle quitté, il y a déjà 3 ans le domicile conjugal? Personne ne s’en soucie. Quand Viviane s’emporte contre son mari, contre le tribunal, le juge la remet à sa place parce que la place d’une femme est auprès de son mari et nulle part ailleurs. Qui voudrait d’une divorcée? Qui se soucie de son bonheur, seul compte l’honneur des hommes. A-t-elle trompé son mari? A-t-elle rencontré d’autres homme. Oui, son avocat!
Dans ce monde d’homme on a quand même convoqué quelques femmes, la sœur et la belle-sœur tentent de s’expliquer, mais comme elles sont maladroites devant les arguments des rabbins…La voisine n’ose pas parler en l’absence de son mari. Effacée soumise, pourtant c’est elle qui dévoilera les disputes violentes.
Elisha ne veut pas donner le gett, il ne divorcera pas. Acculé par 5 ans de procédures et de confrontation, même après un séjour en prison, il ne pourra pas prononcer la formule traditionnelle de répudiation la rendant libre à tout homme. Son entêtement irrite la Cour qui perd la maîtrise du jeu, mais personne ne peut le contraindre à répudier sa femme. Abkarian joue un rôle subtil, tyran il paraît victime. Et puis, il « aime » sa femme. qu’est-ce qu’aimer, sinon posséder?
On pourrait aussi faire une critique esthétique. Raconter la sobriété.Le noir et blanc des costumes, et flamboyante, une seule fois, la robe rouge. Répétition des audiences qui se succèdent mais jamais ennui, une tension toujours prenante. L’explosion aussi et l’exaspération.
Que veut donc Viviane Amsalem? Exister. Etre libre.
Elles sont mignonnes Yingyin(10ans), ZhenZhen (6ans) et Fenfen (4ans). Mignonnes mais bien sales et paraissent livrées à elles-mêmes. Il y a bien le grand-père qui garde ses moutons, les cochons de la tante qui leur offre un repas à l’occasion. Elles se réchauffent autour d’un feu dans un trou creusé au sol au milieu de la pièce d’habitation, la fumée a tout noirci y compris leurs frimousses, dorment sur la paille (dans un vrai lit), s’épouillent.
Situé à 3200m d’altitude, le village semble perdu. Avec le brouillard quasi permanent, les sols en terre battue, les animaux qui divaguent, on pourrait le croire en dehors du temps et complètement isolé. Pas tant que cela pourtant. Chez la tante les pommes de terre sont en vrac dans la pièce d’habitation, on cuisine sur le feu creusé au sol dans une marmite suspendue à une crémaillère mais il y a une belle télévision couleur allumée. Les enfants vont à l’école Yingying fait sérieusement ses devoirs quand le grand père l’appelle pour rentrer les moutons. Et quand le village se réunit parce qu’on a tué un cochon certains arrivent avec des téléphones portables dernier cri.
Le père, parti chercher la fortune à la ville, aura le premier souci de laver ses filles et de rendre un peu de propreté à son foyer. Il a aussi apporté des joggings colorés pour les deux petites qu’il emmènera avec lui. Yingying reste au village. Les frais de scolarité y sont moindre et elle tient compagnie au grand-père. Sans ses soeurs, elle parait bien seule et bien triste.
Le brouillard se dissipe, le village prend des couleurs. Et je prends grand plaisir à découvrir toutes les tâches paysannes : fouler les pommes de terre de la pâtée des cochons, ramassage du crottin, cueillette des pommes de pin….
Pas d’action, mais un véritable voyage.
j’ai trouvé l’extrait sur Youtube . Le film présenté en salle dure 2h30 et il est différent.