promenade à Meudon – Maison et Atelier de Rodin

PROMENADES EN BANLIEUE

Penseur de Rodin
Penseur de Rodin

Par une matinée ensoleillée, nous sommes arrivées à Clamart vers 11h30 et avons laissé la voiture au Parking du Conservatoire (payant mais la 1ère heure est gratuite) près du Stade des Petits Pois dont le mur est orné d’une fresque monumentale et amusante. Autour du Conservatoire, un charmant jardin fleuri très vallonné est très soigné. Le Chemin du  Vieux Cimetière pavé monte raide, dans les Bois de Meudon (Promenade PR n°9, balisé en jaune) ombragé par de très beaux chênes, tilleuls en fleur et châtaigniers.

Nous avons pique-niqué dans le bois en attendant l’ouverture de la Maison de Rodin (19 avenue Rodin, Meudon)

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Je me souvenais de cette maison dont a parlé Stefan Zweig, où il rencontrait Rilke et d’autres écrivains (je regrette d’avoir rendu le livre Le Monde d’Hier à la bibliothèque). Sa description du travail du sculpteur est saisissante.

Très bien située dans un grand parc  en terrasses, précédée d’une allée de marronniers la maison elle même est modeste, pavillons de banlieue presque, en revanche son atelier est dans un château reproduisant un peu l’atelier de l’Alma construit pour l’Exposition Universelle.

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Dans la maison, on voit les collections d’objets égyptiens de Rodin, un grand lit à baldaquin très théâtral et la salle à manger attend les convives, Stefan Zweig peut être? L’atelier s’organise autour d’une estrade où un cortège de personnages en plâtre sont en pied. Pas moins de 4 ébauches de Balzac, dont un très bedonnant, de l’autre côté encore plus de Victor Hugo. Au fond,les Portes de L’Enfer de l’Exposition Universelle et à l’autre extrémité les bourgeois de Calais.

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Le Penseur en bronze garde la colonnade bien ruinée de l’ancien château tandis que le Monument à Victor Hugo en bronze se trouve à l’entrée sous un arbre magnifique.

Balzac
Balzac

 

Et Victor Hugo pour finir!

Victor Hugo
Victor Hugo

Au fil d’Ariane – Guediguian

 au-fil-d-ariane

 Pour le plaisir de passer un moment avec Ariane Ascarides et sa bande de copains qui vieillissent en même temps que moi, sans que leur cinéma ne prenne une ride. Une fantaisie qui permet toutes les invraisemblances, la tortue qui parle, le naufrage, la fin surprenante …

Il me semblait déceler une certaine amertume leurs derniers films un certain pessimisme comme le braquage dans les Neiges du Kilimandjaro des  héros par leur jeune collègue de travail, licencié. On n’est pas au pays des Bisounours, on est à Marseille ou à Martigues ;  Ariane se fait arracher le sac à main. En dehors de cet incident, on sent une solidarité entre les braves gens. Martial, le vieux gardien de nuit, qui n’a rien à garder, Denis le patron du restaurant de plage, l’Olympique, et Jack, qui philosophe en anglais « mais Iam c’est marseillais! »  tous sont chaleureux, et tellement sympathiques, comme les   plus jeunes – Anaïs Démoustier  qui joue aussi dans Bird People et Lola Naymark  qui déjà jouai avec Ariane Ascarides dans Brodeuses (11 ans déjà!).

Et que dire de la musique qui ma transportée! Jean Ferrat, mes préférées : que serais-je sans toi, Ma Môme, la Montagne, mais aussi Brecht/Kurt Weill, sans oublier Rigoletto ou Schubert et d’autres…Trouver la bande-son et l’écouter en boucle!

AU SOLEIL – Naissance de la Méditerranée estivale – Jean-Didier Urbain

urbain-au-soleil-couvLa Méditerranée comme personnage de cet essai.

Jean- Didier Urbain, ethnologue, bouscule les idées reçues.

PicassoCote-dAzur

Non! la Méditerranée n’a pas toujours été la « Grande bleue », elle a gagné ce surnom en 1868, en 1887, fut inventée  la Côte d’Azur. La couleur bleue n’a pas toujours été celle de la mer, plutôt verte, selon Monet, ou grise.  Urbain raconte un siècle de l’histoire  du tourisme en Méditerranée: des voyages romantiques au tourisme de masse et au Club Méditerranée, de1868 à 1968  » sous les pavés la plage« .

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Maniant le paradoxe, il affirme que la plage n’a pas toujours été à la mer, plutôt en rivière, que le tourisme estival en Méditerranée n’allait pas du tout de soi, que l’ombre était privilégiée au soleil et que les 3 S  n’ont pas toujours été Sea, Sex and Sun encore moins Sea Sand and Sun mais plutôt Santé Sexe et Saint-Sépulcre.

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Il conte la saga de la Dame Bleue, au triple visage : La fille, la mère et la Grand mère, l’Orient, l’Azur et l’Hellénie, ou la Putain, l’Infirmière et la Maman triple identité figurant les 3 aspects du voyage en Méditerranée : l’Orient mystérieux des harems et des maisons closes, des bordels orientaux et du sexe libéré, l’Azur des hivers tempérés où on tentait de recouvrer la santé, l’Hellénie symbolisant les ruines antiques visitées lors du Grand tour ou les pèlerinages organisés par Thomas  Cook, l’inventeur du tourisme .

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Tourisme et villegiature, cet essai met en scène les différents acteurs de la migration saisonnière. A la Belle Epoque,  riches Anglais ou Princes russes fuyaient les rigueurs de l’hiver au nord. De riches navigateurs snobaient les rivages et se contentant d’admirer de loin les côtes des îles sans s’y attarder, tandis que d’autres s’encanaillaient dans les bordels d’Alger, du Caire et de Constantinople. Vinrent ensuite les naturistes aux îles d’Hyères, et enfin le Club Méditerranée, mais Urbain, n’étant pas à un paradoxe près, le qualifie de polynésien.

J’ai lu avec grand plaisir cet essai,. j’ai surtout aimé les références aux peintres – Matisse, Derain et tant d’autres, et aux écrivains, de Flaubert, Théophile Gauthier, Pierre Loti ….. J’ ai appris que le premier bain de soleil de la littérature se trouve dans l’Immoraliste de Gide, de lire les poèmes naïfs glorifiant la côte d’Azur. Les analyses des affiches m’on aussi amusée. Bien sûr, il y a quelques longueurs parce J-D Urbain enfonce le clou dans ses démonstrations, cite ses sources, comme dans tout livre sérieux.

 

 

 

Automobile Club d’Egypte – Alaa El Aswany

LIRE POUR L’EGYPTE

Automobile club d'Egypte

Alaa El Aswany est l’auteur de l’Immeuble Yacoubian que j’ai beaucoup aimé.

Automobile Club d’Egypte est construit  sur le même plan : unité de lieu où de nombreux personnages se croisent (ou pas), où des histoires se déroulent en parallèle, dans divers milieu sociaux. Roman à tiroir, ou kaléidoscope de l’Egypte de la fin des années 40 sous le règne du roi Farouk et la domination anglaise.

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Le roi, grand amateur d’automobiles, et joueur, fréquente assidûment cet établissement  où il peut s’affranchir du protocole. El-Kwo, le chambellan du roi, a aussi pour fonction de superviser le personnel égyptien du club. Malgré ce patronage royal, le Club est dirigé par un britannique Mr Wright, et quasiment fermé aux Égyptiens, pour en être membre, des conditions draconiennes sont imposées.

L’auteur s’attache à tout le personnel, domestiques,  serveurs, cuisiniers, portiers…. nubiens pour la plupart, recrutés par El-Kwo, et dressés avec dureté et tyrannie:

« je suis le serviteur le roi, et de Sa Seigneurerie et le serviteur des étrangers mais je suis votre maître et votre serviteur suprême ».

Abdelaziz Hamam, d’une famille noble de Haute Egypte, ruiné par sa trop grande générosité est venu avec ses trois fils et sa fille Saliha, au Caire pour donner une bonne éducation à ses enfants. Il travaille à la réserve. Sa famille et ses voisins seront les héros égyptiens du roman. Trois fils, trois destins très différents : Saïd, l’aîné, égoïste et arriviste, Kamel, le brillant étudiant, Mahmoud, le benjamin, simplet et naïf. Au décès du père les deux derniers seront embauchés, par charité à l’Automobile Club qui ne donne pas de retraite à la famille du personnel décédé.

Leur histoire s’entremêle avec celle de James Wright, dont la seule faiblesse est d’avoir pour maîtresse Odette Fattal, professeur au lycée français, anticonformiste qui lui impose son protégé Abdoune. Quand l’entremetteur du roi, Botticelli, qui est aussi mécanicien, remarque Mitsy Wright, pour la mettre dans le lit du roi, son père n’y voit qu’une occasion d’ascension sociale.

On croise aussi un Prince, photographe dilettante, qui s’avère être un nationaliste militant. Il réunit aussi bien wafdistes que communistes dans la lutte contre l’occupation britannique. Sous le vernis, des forces s’organisent. La prise de pouvoir par les militaires en 1952 et la déchéance du roi corrompu s’annoncent.  Les étudiants s’agitent. Même le personnel si stylé, si soumis de l’Automobile Club finira par se mettre en grève.

On peut faire une lecture politique de ce roman. Ce serait très réducteur de ne le lire qu’à travers la grille de la lutte sociale, la lutte pour la dignité des travailleurs qui ne veulent plus être battus comme des enfants ou comme des animaux. La vie quotidienne n’est pas oubliée, les journées rythmées par les prières de ces égyptiens très pieux, la cuisine. Étonnantes sont les visites sur la terrasse, des visiteurs de Haute-Egypte, des amants, des femmes qui étendent le linge…

Les femmes ne sont pas oubliées par le romancier. Saliha, jeune fille intelligente et instruite, raconte son histoire. Sa mère, Oum Saïd, est un modèle de courage et de force. Aïcha, la salace, mais la bonne voisine, Faïqa qui  prendra un mari dans ses filets….mais aussi les étrangères : Mitsy l’anglaise mais aussi les vieilles femmes riches recherchant un gigolo…Le récit de ces histoires de femmes me met  mal à l’aise. Les Égyptiens décidément ne sont pas à l’aise avec la sexualité.  Le chemin entre la fille modèle, la mère et la putain, est très étroit pour les jeunes hommes.

Un roman riche, complexe, foisonnant.

 

 

Comme il vous plaira sur une citrouille – Expo Françoise Jolivet à Meudon

LA SÈVE ET LA CICATRICE OU COMMENT RUSER AVEC LA NATURE

comme il vous plaira.....
comme il vous plaira…..

 

Lecture commune de Comme il vous plaira avec Maggie et Claudialucia

Coïncidence, à la Maison de Rodin cette plasticienne expose ses citrouilles scarifiées, déshydratées, tannées. le résultat est surprenant.

Pour le plaisir, d’autres citrouilles :

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Cité Rodin!
Cité Rodin!

 

The Prester Quest Nicholas Jubber

LE VOYAGE EN ORIENT

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A la suite de  Durrell, Fermor ou Chatwin, et Dalrymple, écrivains-voyageurs, d’une culture classique irréprochable d’Oxford ou de Cambridge, Jubber raconte son épopée de Venise  en Ethiopie,  en passant par Rome, Bari, Rhodes, Istanbul, Diyarbakir, la Alep et Damas, le Liban,  Amman, Jérusalem, Le Caire, le Soudan…. en 2001.

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Parti enseigner l’Anglais à Jérusalem-est, l’Intifada interrompt ses cours. Dans le calme de la bibliothèque franciscain, il part sur la trace des Croisades et découvre une lettre du pape AlexandreIII  destinée au légendaire Prêtre Jean proposant une alliance pour prendre à revers Saladin. Maître Philippe, un médecin vénitien, partit à la recherche du Prêtre Jean. Jubber et son compère Mike, partent sur les traces de Maître Philippe.

Mais où régnait donc ce Prêtre Jean, aux Indes, en Arménie ou en Georgie, en Ethiopie? Jubber choisit l’hypothèse éthiopienne sans négliger la piste qui les mènera en Arménie et au Kurdistan. Itinéraire compliqué des deux routards à travers le Proche-Orient jusqu’en Afrique. De Maître Philippe, aucune trace. A-t-il vraiment existé? Les épîtres à un ami, médecin de Salerne, sont sans doute une mystification.

krk des chevaliers
krk des chevaliers

Jubber nous convie à un double voyage : le sien, en 2001 aventureux, avec les rencontres avec nos contemporains, celui de Maître Philippe, ou tout au moins celui qu’il imagine. Je ne sais lequel j’ai préféré. Pour suivre Maître Philippe, ils ne négligent aucun vestige, aucune ruine, aucun château croisé. Ils traînent une pesante bibliothèque de textes anciens dans leur sac à dos. Souvent l’actualité prend le pas sur le pèlerinage historique. Parfois de curieux événements télescopent les époques comme cette apparition de la Vierge en haute Egypte. Des comparaisons inattendues  surviennent, Arafat est-il le nouveau Saladin? Encore plus étrange le lien entre le tombeau vide de Saint Jean  à Selçuk et l’existence-même du Prêtre Jean .

la vierge les coptes

Tout cela paraît bien sérieux.

Pas du tout! Je me suis beaucoup amusée dans le récit jubilatoire des aventures des deux compères. Au Soudan, les recherches historiques passent au deuxième plan après les considérations pratiques, visas, transports…Arrivé malade en Ethiopie, Jubber songe sérieusement se soigner avec une thériaque moyenâgeuse confiée par un routard un peu allumé. Un livre d’aventures avant tout!

Athènes – Musée national et dernière soirée

CYCLADES

l'idole pleure, le maquillage coule
l’idole pleure, le maquillage coule

Musée National

Omonia est encore plus déserte qu’hier soir – la moitié des commerces ont et notre ancien hôtel La Miraje sont fermés, même les kiosques périptères où je trouvais tout, de l’eau aux yaourts et aux cigarettes en passant par les chips et les biscuits, paraissent démunis.

Le Musée National se trouve près de l’Ecole Polytechnique dont les grilles sont recouvertes de calicots et de banderoles soutenant le prolétariat ukrainien contre les fascistes. Affirmation ambigüe. Quels fascistes ? Quel prolétariat ?

Le bâtiment du musée 19ème siècle néo-classique est peint aux couleurs antiques. Les statues doivent se sentir « chez-elles ». Nombreux panneaux explicatifs bilingues, très bien faits. Je me sens plus à l’aise que dans le Nouveau Musée de l’Acropole, trop solennel, trop sombre où il est interdit de prendre des photos.

Idole enceinte
Idole enceinte

Nous avons visité le musée du Kerameikos ce matin, admiré les stèles, les très beaux vases. Je me fixe un objectif : les salles des Cyclades classées dans le département de la Préhistoire (comme à Fira). Une très longue salle étroite, très sombre est meublée de vitrines bien éclairée. Les objets sont de petite taille à l’exception d’une idole de taille humaine (1.51m, ma taille). Les objets sont rangés selon le site d’origine. Certaines proviennent de Paros ou de l’île voisine de Despotiko, beaucoup viennent de Naxos ou  de Milos. Rien d’Akrotiri (tout doit être à Fira, je présume). Je suis fascinée par l’élégance, la sobriété des idoles de marbre. Les plus figuratives portent même des traces de peinture, l’une d’elle a les yeux maquillés. Une autre est enceinte.

harpiste
harpiste

Les musiciens sont merveilleux. Les céramiques sont fort belles mais le choc de la surprise, nous l’avons eu à Fira et auparavant à Héraklion. Je ne connaissais pas les poêles à frire aux motifs marins, aux vagues en triangles entrelacés. En regardant mieux, je découvre un bateau.

Trésor de Mycènes : masque de'Agamemnon
Trésor de Mycènes : masque de’Agamemnon

Pour le plaisir, je flâne dans la salle de Mycènes où est exposé le Trésor d’Agamemnon. Je me souviens bien du masque d’Agamemnon (ornant le livre d’histoire de 6ème) mais j’avais oublié cette magnifique tête de taureau noir au mufle d’or (je croyais l’avoir vue à Héraklion). Evidente parenté des fresques mycéniennes avec les fresques Minoennes de Crète ou d’Akrotiri. Grandes amphores au motif du poulpe (encore un motif crétois). Mention spéciale à un bol de stéatite avec un poulpe gravé). Originalité de ces mycéniens partant en guerre, martiaux un peu branquignols !

les mycéniens s'en vont-en-guerre
les mycéniens s’en vont-en-guerre

Je m’aventure distraitement dans les salles de sculpture archaïque et classique. Je n’ai plus d’appétit. Et pourtant je flashe pour un Dyonisos ressemblant au Bacchus de Michel Ange du Bargello et pour els kouroi qui me ramènent à Samos.

Dyonisos
Dyonisos

Retour sur la terrasse de l’Hôtel Economy.

Un orage se prépare. Il éclate vers 19h. Dès que la pluie cesse, je descends chercher à dîner. Déception : tout est bouclé. Autrefois, il me semblait qu’autour d’Omonia la vie ne s’arrêtait jamais, qu’on trouvait des tyropitas même en pleine nuit. Traditionnellement les Grecs mangent tard. Je commande le dernier souvlaki au marché mais il n’y a plus de pita, on me donne un vieux quignon de pain rassis.

 

 

 

 

 

 

Athènes Agora et déjeuner

CYCLADES

Agora et Hephaisteion vus de l'Acropole
Agora et Hephaisteion vus de l’Acropole

L’Agora

Nous avons toujours bâclé la visite de l’Agora coincée entre l’Acropole et le Kérameikos. Cette fois-ci, encore, nous arrivons presque à midi ; sans guide Bleu. Je me précipite au Musée de l’Agora dan la Stoa d’Attalos,(roi de Pergame 2ème siècle A D). Ce musée et tout en longueur, le groupes forment des bouchons. A l’étage, sous la galerie, se trouve une galerie de portraits : dieux et empereurs romains mais aussi anonymes à la personnalité marquée et au nez invariablement cassé. L’Agora ne ressemble pas à la place du marché rectangulaire bien  ordonnée qu’on visite dans els sites de moindre importance. Pendant l’Antiquité, ce quartier d’Athènes à la base de l’Acropole devait être très construit avec plusieurs stoas, deux bouleutérions, une tholos de nombreux bâtiments officiels sans compter les traditionnelles boutiques. Toute cette urbanisation est réduite aux fondations, de rares colonnes aux chapiteaux corinthiens géants dépassent. L’agora est plutôt un parc verdoyant aux multiples essences : oliviers en fleurs, caroubiers, platanes, lauriers qui ont la taille d’un arbre. Le grand égout collecteur traverse le jardin, il est plein d’eau en ce moment. Nous aurions pu y passer un bon moment tranquille si l’heure de déjeuner n’était pas arrivée.

déjeuner en terrasse
déjeuner en terrasse

Pour notre dernier jour à Athènes nous mangerons dans une taverne sur la promenade longeant la tranchée du métro. Tables vertes, chaises de bois brut devant une maison néo-classique à façade jaune, au tour des portes et fenêtres blancs. De petites plantes vertes aromatiques, comme c’est l’usage en Grèce, ont pour cache-pots des boites anciennes en fer. Le serveur est attentionné. Ce sera risotto aux moules (8€) et moussaka (7€) avec du vin blanc. Pendant que nous attendons, une foule de vendeurs à la sauvette vient proposer divers articles dont nous n’avons pas l’usage. Un Indien vend pour 2€ un enfile-aiguille-à-coudre. En vieillissant, je deviens incapable d’enfiler une aiguille, j’achète volontiers sa camelote. Un autre Indien apporte une « machine-à-coudre » qui ressemble à une agrafeuse et qui fait des piqûres. Lui succède un 3ème avec des cannes télescopiques, des bâtons de montagne équipés d’une lampe de poche incorporée (sans doute pour les expéditions himalayennes ?). Les enfilent-aiguilles et les cannes sont destinées à la clientèle 3ème âge, c’est un peu vexant. Une vieille en fichu passe entre les tables avec des roses. Deux petites gitanes jouent les Enfants du Pirée à l’accordéon. Elles ont fixé le prix du spectacle à 0.5€. Des africains étalent des lunettes de soleil et des montres de contrefaçon au cadran gigantesque. Ils n’insistent pas. Une Africaine s’arrête longuement avec des bracelets tressés et en choisissant spécialement pour moi un « sexy » rose. La moussaka et le risotto arrivent enfin, servis brûlant ; la moussaka a plus de pommes de terres que d’aubergines et surtout beaucoup de béchamel. Je préfère la mienne.

Athènes : Kerameikos

CYCLADES

coquelicot au Kérameikos
coquelicot au Kérameikos

Kerameikos

De l’Hôtel Economy, la rue Sophokleous arrive directement dans la grande avenue qui vient du Pirée et qui passe devant l’usine à Gaz transformée en zone culturelle que je ne visiterai pas encore cette fois-ci, malgré mon envie.

Feu d’artifice de coquelicots. Leurs pétales sont rouge intense ; A l’intérieur de la corolle une croix noire brillante est dessinée. Un énorme bourdon les survole vrombissant comme un hélicoptère, soulevant les pétales ; lorsqu’il se pose sur le stigmate toute la fleur bascule sous son poids.

J’avais un souvenir émerveillé de ce cimetière antique verdoyant de part et d’autre de l’Eridanos, nous avions rencontré une tortue ; nous avons photographié à plusieurs reprises Charon ans sa barque et les vieillards, le chien Molosse, le taureau qui  surplombe la voie des tombes. Je me souviens bien des stèles que nous visitons comme de très vieilles amies.

la barque de Charon
la barque de Charon

Le site est beaucoup plus organisé qu’à notre dernier passage. Des cordelettes définissent des parcours et interdisent l’approche des vieilles pierres. Une escouade de surveillantes, armées de sifflets, font lever les imprudentes qui auraient pris pour siège les fondations d’un monument. Le guide vert est resté à l’hôtel ; je me fie uniquement aux panneaux émaillés qui comportent invariablement un plan du Kerameikos et de ses environs procurant ainsi une représentation globale du site. Ce que je prenais pour un cimetière est plutôt un carrefour routier. Ceci n’est pas incompatible : on a souvent enterré les gens sur les bords des routes et à l’entrée des villes ; je l’avais remarqué à Rome ou en Corse.

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Il faut alors imaginer le Dipylon comme la porte monumentale d’Athènes et les routes y arrivant. La route d’Eleusis, Voie sacrée, était  parcourue par les processions allant aux mystères. Sur le bord de la Voie sacrée se trouve un vieil autel et à la fourchette de la voie sacrée et de la voie des tombeaux  le Triptopatrion où les Athéniens invoquaient des divinités familiaires.  La Route du Pirée courait  le long des Longs Murs de Thémistocle (478) construits à la hâte : il en subsiste un petit tronçon en bon état, bâti en appareil polygonal avec de très gros blocs parfois des tombes (selon le panneau). Une autre voie conduisait à l’Académie de Platon (1600m). Sur une place, Périclès aurait fait l(oraison funèbre des morts dans la guerre du Péloponnèse. On y voit aussi le monument des Lacédémoniens.

Dexilos tué à corinthe en 394
Dexilos tué à Corinthe en 394

A l’entrée de la ville, une fontaine  accueillait les visiteurs assoiffés. A côté, les Romains avaient érigé une statue sur un piédestal de marbre. Proche du Dipylon, le Pompeion où se préparaient les processions funéraires sur le Dimosion Sema (cimetière public) et la procession Panathénienne vers l’Agora et l’Acropole. Le long du Demosion Sema se trouvent les tombes de Périclès, Clisthènes, Thucydide et Lycurgue.

Au lieu d’imaginer les tombes séparément, je vois maintenant les processions s’organiser, les soldats de Thémistocle se préparer à la bataille de Salamine, les philosophes se promener, les voyageurs se rafraîchir. L’endroit perd un peu de son mystère funéraire pour gagner en animation !

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Un très joli musée abrite les statues originales, sur place on a mis des copies. Le chien Molosse qui gardait la tombe des Lysimachides  Dexilos tué à Corinthe en 394, le taureau de Dionysos de Kollytos, le lion gardien de la Voie sacrée ainsi qu’un sphinx.  Ce musée présente aussi de nombreuses céramiques: urnes, pyxides, aussi des pleureuses en terre cuite et des vases classiques de toute beauté.

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pyxide

Quittant le Kerameikos on rejoint la promenade et le métro Thyssio avec son marché aux puces

Un coin calme, triangle de pelouse, porte une stèle. C’est un poème d’Elie Wiesel :

« Passant arrête-toi, ferme les yeux, souviens-toi qu’en ce temps, en ce lieu… »

Partout, en Grèce, ce passé me rattrape, au hasard d’une promenade.

pleureuses
pleureuses

Athènes Musées : Kanellopoulos et Nouveau Musée de l’Acropole

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En face du Musée, la jolie église Metgamorphosis
En face du Musée, la jolie église Metamorphosis

Le Musée Kanellopoulos à Anafiotika est ouvert et gratuit aujourd’hui. De nombeuses salles sont vides.  Restauration ou déménagement ? Je profite de l’aubaine pour  admirer de très belles icones à l’étage.

Je remarque une Nativité du 15ème siècle entourée d’une »mosaïque » de 4 rectangles représentant les 4 évangélistes et dans les coins de carrés figurant des scènes de la vie de la Vierge.  Une de mes préférées est une Dormition de la Vierge, une Dormition de Saint Ephraïm le syrien du 15ème ou 16ème siècle. Il y a également des portraits du Fayoum  ainsi que des tissus coptes de toute beauté.

Après avoir descendu les petites rues bien tagguées cette années (c’est selon, une fois sur deux on les voit repeintes, on revient les graffiteurs sont repassés), nous prenons l’apéro à la taverne qui a installé ses tables en angle contre la grille du forum romain, c’est un de mes cafés préférés ; je dessine. Déjeuner sur la terrasse de l’hôtel Economy, je suis descendue à l’Agora (moderne) et j’ai acheté des souvlakis au coin de la rue, en face du marché.

Nouveau Musée de l’Acropole

caryatides de l'Erechteion
caryatides de l’Erechteion

Nous l’avions raté pour cause de 1er mai et de grèves en 2010. J’attendais l’occasion de le visiter.

J’ai fait une belle promenade pour m’y rendre en passant par Monasteraki, le marché aux Puces, le long de la tranchée du métro l’Agora boisée ressemble à un parc. A Thissios, un pont enjambe le métro et une grande allée dallée occupée par les étals des peintres de chromos, les vendeurs de bracelets tressés et de tricots…Plus loin, une série de très beaux cafés ont installé de grandes terrasses et de beaux immeubles néoclassiques font face à l’Acropole.

Le Musée est installé derrière une esplanade de verre qui permet de découvrir les fondations des maisons et des bâtiments antiques. Les Musée est très vaste, sombre en rez de chaussée où l’on découvre dans de belles vitrines des objets: beaux vases, terracottas, objets usuels et stèles provenant de sanctuaires de divinités vénérés à proximité : Nymphes et Pan à la Pnyx au pied de l’Acropole :  Asclépios et Dionysos accompagné par des danseuses aux vêtements plissés. Des escaliers roulants conduisent à l’étage ou le fronton de l’ancien temple nous fait face : un taureau est dévoré par une lionne, un dragon à la queue enroulée.  A droite les statues archaïques,  à gauche les statues hellénistiques ou romaines.

J’ai aimé  la  série de Korés présentent leurs coiffures bouclées et leurs vêtements drapés. Certaines ont gardé des traces de pigments et les motifs de leurs vêtements. On a reconstitué les couleurs d’époque avec des bleus francs et des rouges vifs.

Au second étage, restaurant en terrasse face à l’Acropole

Troisième étage : un écrin  pour les frises du Parthénon. Beaucoup sont des reproductions en plâtre ou même absente remplacées par des dessins faits avant qu’Elgin ne les embarque au British Museum. Ce musée me paraît être un appel pour leur retour. On pourrait, certes, se contenter de ce qui est présenté. Lire toutes les explications, étudier un à un les personnages. Après avoir consacré beaucoup d’attention aux étages précédents je n’ai plus la patience nécessaire. Il me faudra revenir une autre fois et aller directement en haut !

Lire également sur un blog ami un article très détaillée : ICI

Je garde toutefois un souvenir ému de l’ancien musée de l’Acropole où l’on était beaucoup plus proche des œuvres qui se trouvaient à hauteur d’homme ;

Je rentre en complétant mon tour de l’Acropole par une flânerie à Plaka, ses restaurants et ses boutiques. Rue Byron, une pensée pour le poète. A mesure qu’on se rapproche de Monasteraki les magasins proposent des marchandises meilleur marché et de moindre qualité. Je trouve quand même le foulard en mousseline que je désirais rapporter. Malheureusement ceux de Santorin étaient beaucoup plus beaux. On ne devrait jamais différer ces achats.

Aux Aérides, je trouve la rue Eolou qui me ramène derrière l’Agora. Nous ne nous lassons pas de la terrasse sur le toit de l’Hôtel Economy. Vers 20h je vais à Omonia chercher le dîner. Everest a fermé, les kiosques sont démunis. Plus d’Albanais, plus de drogués et de marginaux comme autrefois. Omonia est déjà endormie.