Au Palais de la Porte Dorée : Chaque vie est une histoire

Exposition temporaire jusqu’au 9 février

Dans le Bonheur… Diadji Diop (époxy)

Le Palais de la Porte Dorée fut construit à l’occasion de lExposition Coloniale de 1931. Il a été transformé en Musée Permanent des Colonies, puis en Musée de la France d’Outremer jusqu’en 1960. Les collections ethnographiques furent transférées en 2003 au Musée du Quai Branly. l’actuel Musée de l’émigration, ouvert au public dès 2007 ne fut inauguré officiellement que 7 ans plus tard après des controverses par le Président Hollande en 2014. 

Le bâtiment de Laprade avec le bas-relief de la façade d’Alfred Janniot – tapisserie de pierre –  les fresques de la Salle du Forum de Ducos de la Haille, le Salon des Laques forment un ensemble Art Déco remarquable et classé.

Amalia Laurent – A l’usage des fantômes

Cependant toutes ces œuvres à la gloire de la Colonisation, de l’extractivisme sont difficiles à regarder aujourd’hui à l’heure de la Décolonisation. Le Palais a offert à 13 artistes de construire une promenade poétique en revisitant le monument par un regard critique. 

Le nageur rouge… « Dans le Bonheur«  CLIC qui accueille les visiteurs émergeant des buissons dans un crawl puissant, donne le ton. Sa couleur rouge transcende les couleurs de peau, il peut évoquer aussi l’émigration par la mer, dans les pirogues – l’artiste Djadji Diop est sénégalais. 

A l’usage des fantômes

Masquant l’entrée de la Salle du  Forum, Amalia Laurent, a suspendu un immense voilage teinté qui joue les effets de transparence et de lumière, l’œuvre, A l’usage des fantômes dansée sur la musique d’un gamelan javanais, se place à la limite du réel et des mondes parallèles. On devine, déformées les fresques, couleurs illisibles. Les fresques vantant l’action des colonisateurs et l’extraction coloniale des richesses de la natures se trouvent atténuées, brouillées par le voile. Il ne s’&git pas de détruire ou de faire disparaître l’héritage d’une période historique douloureuse mais d’ajouter un élément…

Kokou Ferdinand Makouvia (Togo)Aze zz Ame Are

Fantômes encore! L’artiste togolais, Kokou Ferdinand Makouvia, assailli d’étranges vibrations provenant d’une foule emprisonnée dans le Palais a inventé un rituel de purification pour apaiser ces présences. Il a confectionné d’étranges vases d’argile, cousus de fils de cuivre, dans lesquels des tubes sont destinés à recueillir les messages des visiteurs. Au pied des sculptures sont répandues des feuilles de Kpatima. Les messages sont brûlés, leurs cendres recueillies sont utilisées pour faire l’encre a disposition des visiteurs suivants….

Aung Ko House Project

Myanmar House Project de l’artiste birman Aung Ko

La maison-patchwork a été cousue par les visiteurs qui peuvent y trouver refuge. Une vidéo projetée montre la construction de maisons de bambous sur un fleuve, avec le transport fluvial des cannes puis la construction. La maison s’ouvre sur l’installation du togolais. 

La déambulation se poursuit entre des installations recyclant du matériel de bureau parlant, installation sonores de paroles d’enfants commentant les sculptures de la façade.

Teresa Fernandez-Pello

Teresa Fernandez-Pello a imaginé un mur électronique encadrant le grand To’o Mata des Îles des Marquises. Le dépliant du Musée a soutitré cette installation « se souvenir »

Rikrit Tiravanija et Vivien Zhang : Invasives

Une salle est tapissée de motifs phylogénétiques comme l’arbre de Ernst Haeckel.  Invasives , les plantes, un autre aspect de la migration.

Rive Droite

A l’étage, l’exposition est beaucoup plus fournie. Diverses œuvres évoquent plutôt des histoires personnelles de migrants, d’exils, d’errance ou de solitudes. Tableaux comme Rive Droite hyper-réaliste ou gravures, photos. Dans le Studio Rex des photos tentent de donner une présence et sortir de l’ombre ces hommes et ces femmes souvent sans-papiers, sans-droits

10 ans de Solitude – Assaf Shoshan

 

 

 

Albertine disparue – Marcel Proust

CHALLENGE MARCEL PROUST AVEC CLAUDIALUCIA

logo de la lecture commune

 

« Mais, ces mots: «Mademoiselle Albertine est partie» venaient de produire dans mon cœur une souffrance telle que je ne pourrais pas y résister plus longtemps. Ainsi ce que j’avais cru n’être rien pour moi, c’était tout simplement toute ma vie. Comme on s’ignore! Il fallait faire cesser immédiatement ma souffrance. »

Le narrateur pense d’abord à lui-même, à sa propre souffrance avant de se demander pourquoi Albertine l’a quitté. Il pense la faire revenir en envoyant de l’argent aux Bontemps. Il songe à commander pour elle, un yacht, une Rolls Royce,  peut-être faire quelques concessions.

«Ce retour, elle-même le désire sûrement; elle n’exige nullement cette liberté à laquelle d’ailleurs, en lui offrant chaque jour des plaisirs nouveaux, j’arriverais aisément à obtenir, jour par jour, quelque limitation. Non, ce qu’Albertine a voulu, c’est que je ne sois plus insupportable avec elle, et surtout — comme autrefois Odette avec Swann — que je me décide à l’épouser. »

Se précipite-t-il en  Touraine plaider sa cause? Pense-t-il emmener Albertine  à bord de la luxueuse Rolls Royce? Pas du tout, il délègue son ami Saint-Loup pour une démarche alambiquée auprès de sa tante. Démarche qui doit rester secrète et qui sera contrariée.

Au lieu de mettre tout en œuvre pour le retour d’Albertine, Marcel ne trouve rien de mieux que de séduire une petite fille pauvre et de lui remettre un billet de cinq cent francs ce qui va lui valoir des ennuis bien mérités.

« quand je résolus de vivre avec Albertine et même de l’épouser, c’était pour la garder, savoir ce qu’elle faisait, l’empêcher de reprendre ses habitudes avec Mlle Vinteuil. »

Et puis, sa jalousie, sa curiosité, son toujours aussi vives, il est obsédé par l’idée qu’Albertine a eu des relations avec des femmes. Il n’enquête pas lui-même mais délègue Aimé (le maître d’hôtel de Balbec) qui lui rapporte des ragots (une doucheuse de l’établissement de bains), puis une blanchisseuse en Touraine. Andrée lui fait des confidences bien contradictoires. Entre fantasmes et ragots, je continue à m’agacer.

Il aurait été si simple d’écrire à Albertine « Revenez! » Elle-même lui écrit :

« j’aurais été trop heureuse de revenir si vous me l’aviez écrit directement »

Finalement il se décide d’envoyer un télégramme. Ce télégramme venait de partir que le narrateur en reçoit un de Mme Bontemps:

« Mon pauvre ami, notre petite Albertine n’est plus. pardonnez-moi de vous dire cette chose affreuse, vous qui l’aimiez tant. Elle a été jetée par son cheval contre un arbre pendant une promenade »

Peu de temps plus tard, Marcel voit son salut dans l’oubli. Il avait bien oublié Gilberte, sa grand-mère, même. Il oublierait Albertine. Bien sûr d’abord il convoque ses souvenirs :

« Comment m’avait-elle paru morte, quand maintenant pour penser à elle je n’avais à ma disposition que les mêmes images dont quand elle était vivante je revoyais l’une ou l’autre: rapide et penchée sur la roue mythologique de sa bicyclette, sanglée les jours de pluie sous la tunique guerrière de caoutchouc qui faisait bomber ses seins, la tête enturbannée et coiffée de serpents, elle semait la terreur dans les rues de Balbec; les soirs où nous avions emporté du Champagne dans les bois de Chantepie, la voix provocante et changée, elle avait au visage cette chaleur blême rougissant seulement aux pommettes que, la distinguant mal dans l’obscurité de la voiture, j’approchais du clair de lune pour la mieux voir et que j’essayais maintenant en vain de me rappeler, de revoir dans une obscurité qui ne finirait plus. »

Mais rapidement, il se console. Il ne reconnait même pas à la première rencontre   Gilberte, devenue Mademoiselle de Forcheville. Il fantasme sur cette jeune femme croisée dans la cour des Guermantes. La lectrice s’interroge, retombera-t-il amoureux? Et bien non! Occasion de replacer Gilberte dans la société des Guermantes. Du vivant de Swann, jamais Odette et Gilberte n’avaient eu l’honneur d’être présentées à la Duchesse de Guermantes, pourtant amie de Swann. Oriane s’était fait une gloire de ne pas les fréquenter. Depuis qu’Odette a obtenu le titre de noblesse de Forcheville, Gilberte est devenue fréquentable…Hypocrisie de ce grand monde : Gilberte, par son père, est un très bon parti qui fera un beau mariage.

Le voyage à Venise est bien décevant : préparé avec soin, du vivant d’Albertine, tout était prêt, même les horaires des trains. C’est avec sa mère que le narrateur voyagera. J’attendais des merveilles. Depuis le début de la Recherche, Marcel se régale d’architectures byzantines, depuis l’église de Balbec! Voici qu’ils rencontrent les inénarrables Norpois et Madame de Villeparisis et nous infligent leur compagnie terriblement ennuyeuse.

Etrange péripétie : un télégramme signé Albertine parvient à Venise. On n’y croit guère.

La dernière partie du roman semble conclure le cycle de la Recherche, avec des mariages très inattendus : Robert de Saint-Loup et Gilberte (très riche héritière , la nièce (fille?) de Jupien, protégée de Charlus, épouse le fils de Cambremer. Le Faubourg Saint Germain s’encanaille-t-il? Le Côté de chez Swann a rejoint le Côté de Guermantes. Une nouvelle facette de la personnalité de Saint-Loup se découvre..

Il reste encore un volume: le Temps Retrouvé que nous réservera-t-il?

 

 

Barbara Chase-Riboud au Palais de Tokyo et au Louvre et Porte Dorée

Exposition temporaire

Quand un nœud est dénoué, un dieu est libéré

Barbara Chase-Riboud

Barbara Chase-Riboud est à l’honneur cette année à ParisSon œuvre se déploie dans huit musées parisiens prestigieux, dont Le Louvre, Orsay, le Quai Branly…

Ses sculptures trouvent leur place parmi toutes les installations du Palais de TokyoSes sculptures noires, colonnes doubles ou stèles, s’alignent dans une pièce noire . Sur les cimaises, des tableaux blancs, textiles. Fils noués qui accompagnent les grandes colonnes  noires et lisses. Ces bronzes rendent honneur aux femmes noires et aux luttes pour les droits civiques. 

Prise au dépourvu je n’ai rien compris à cette installation monumentale.

En revanche, j’ai beaucoup aimé, dans la petite salle attenante, l’écoute  de ses poèmes lus en anglais avec texte bilingue projetés sur l’écran From Memphis and Peking.  Textes évoquant les voyages à travers le monde, des villes, peut-être adressées à son mari la photographe Marc Riboud. 

Barbara Chase-Riboud est l’auteure de La Virginienne qui relate l’histoire d’amour de l’esclave Sally Hemings et de Thomas Jefferson, 3ème Président des Etats Unis.

Plus je recherche, plus Barbara Chase-Riboud m’intrigue. Deux podcasts ont occupé ma matinée de marche en forêt. Le premier des Midis de Culture est centré sur l’exposition actuelle

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/les-midis-de-culture/barbara-chase-riboud-artiste-plasticienne-70-ans-de-creation-enfin-celebres-1268651

et le second, d‘Affaires culturelles est plus ancien.

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/affaires-culturelles/barbara-chase-riboud-est-l-invitee-d-affaires-culturelles-6002190

Cette rencontre sur YouTube permet de mieux la connaître

Barbara Chase Riboud au Louvre

Et comme la personnalité de cette artiste m’a beaucoup intéressée, je me suis précipitée au Louvre pour voir 3 autres œuvres.

Colonne d’or sous la Pyramide du Louvre

En majesté, sous la Pyramide s’élève fièrement la colonne dorée. Mise en évidence dans un emplacement d’honneur,  voire…La pyramide est beaucoup plus grande qu’on ne l’imagine. Vue du dessous, elle est presque invisible. D’ailleurs, je suis passée sans la voir à ma visite précédente au Louvre. Il existe bien un escalier qui permettrait de l’approcher, interdit aux visiteurs. Trop loin pour pouvoir vraiment apprécier le travail du bronze à la cire perdue.

La Cape de Cléopâtre

Barbara Chase Riboud a visité dans sa jeunesse l’Egypte et ce voyage a beaucoup compté pour elle. La Cape de Cléopâtre est exposée dans le Département des Antiquités Egyptiennes. Pour parvenir à la statue, il faut parcourir toutes les salles et c’est un véritable plaisir de redécouvrir les statues, objets, instruments de musique…Tout à côté du plafond astronomique de Dendara. 

Découverte entre les granites sculptés: la Cape de Cléopâtre

Le lit de Cléopâtre se trouve dans la Salle des Caryatides dans le département des Antiquités Grecques. Il me faut donc retourner sur mes pas, retraverser les salles égyptiennes, descendre de nombreuses marches, en remonter autant parcours initiatique? 

Salle des Caryatides

Le lit de Cléopâtre est aussi constitué de plaquettes carrées de bronze mais elles sont mats. Ces sculptures sont accompagnées par les vers tirés de l’Opéra Portrait of a Nude Woman as Cleopatra, publié en 1987.

Lit de Cléopâtre

Non loin de là,  l’Hermaphrodite est couché sur son lit de marbre.

hermaphrodite endormi

Barbara Chase Riboud dans le Salon des Laques au Palais de la Porte Dorée

Le salon des Laques du palais de la Porte Dorée

j’ai continué ma poursuite des sculptures de Barbara Chase Riboud

Alors que j’avais été déçue de la mise en scène au Louvre, ici les sculptures Zanzibar noir et Zanzibar doré sont mises en majesté.

Zanzibar noir rehaussé de soie rouge
Zanzibar doré dans le Salon des Laques

les deux stèles s’accordent parfaitement avec les laques noires et les panneaux dorés, les œuvres se répondent.

Il reste encore cinq musées pour découvrir le reste de l’exposition. Je visiterai sans doute Orsay, Le Musée Guimet, le Quai Branly d’ici la mi-janvier mais cela fera l’objet d’un autre billet!

Myriam Minhidou – Praesentia au Palais de Tokyo

Exposition temporaire jusqu’au 5 janvier 2025

Myriam Minhidou est une plasticienne franco-gabonaise que j’ai découverte récemment au Musée du Quai Branly CLIC . J’avais été impressionnée par l’exposition Ilimb l’essence du deuil : le « serpent » musical qui réagissait au passage du visiteur, les larmes de sel sculptées, les instruments traditionnels m’avaient parlé.

Services

J’étais donc impatiente de voir plus d’œuvres dans les grandes salles du Palais de Tokyo. J’ai été désarçonnée par la diversité de la présentation.

 Objets, rituels, présence du corps de l’âme et de la mémoire dans notre relation au monde sans cesse déséquilibrée

peut-on lire sur la feuille de présentation.

Aer bulla

Je suis perdue dans des notions étranges comme la « Transsudation » ou les « mondes subtils » ou « Dechoukaj »

les vidéos m’ont mise très mal-à-l’aise Folie et La robe envolée

Je suis ressortie avec un  sentiment très mitigé, avec l’impression d’avoir raté cette rencontre.

 

Tituba – Qui pour nous protéger? au Palais de Tokyo

Exposition temporaire jusqu’au 5 janvier 2025

 

 

Tituba est l’héroïne du roman de Maryse Condé : Moi Tituba, sorcière noire de Salem (CLIC)

Cette exposition collective expose les livres de Maryse Condé . Onze artistes sont invitée, entre France, Caraïbes, Grande Bretagne et Etats Unis :

 Naudline Pierre, Abigail Lucien, Rhea Dillon, Miryam Charles, Monika Emmanuelle Kazi, Naomi Lulendo, Inès Di Folco Jemni, Liz Johnson Artur, Tanoa Sasraku, Claire Zaniolo, Massabielle Brun
Il sera question de deuil, de rituels, de sorcellerie peut être, de femmes caribéennes sûrement. 
Tituba qui pour nous protéger, Naudline Pierre (USA)

j’ai beaucoup aimé la vidéo (10’33) de Myriam Charles d’origine haïtienne, vivant à Montréal, à la mémoire d’une jeune fille assassinée. L’écran est troué d’un cercle dans lequel s’impriment des images plus intimes : la chambre de la jeune fille alors qu’hors cadres on voit des images de nature tropicale. Une marche funèbre est chantée en créole « Pakité m’égaré »

Liz Johnson Artur expose des photographies des manifestations à Londres de Black Life Matters

Installation étrange de parpaings émaillés construisant murs et barrières dans la pièce. Une armoire couchée en biais contient de la vaisselle en cristal cassée.

Naomi Lulendo présente 3 photographie au fond presque noir, clair obscur : Potomitan, Nuit Noire, Ombre portée (impossible à photographier avec mon téléphone. 

Le montage photographique de Claire Zaniolo montre des images de Guadeloupe. 

Massabielle Brun

Un ensemble, un peu étrange, envoûtant.


 

Figures – Malala Andrialavidrazana – Palais de Tokyo

Exposition temporaire jusqu’au 5 janvier 2025

Figures : fresque entière

Malala Andrialavidrazana est une artiste franco-malgache, architecte de formation. 

Figures est une fresque de 58 m x5 m conçue exprès pour la grande verrière du Palais de Tokyo. Elle est réalisée par collages numériques à partir de de 2000 sources d’images : cartes d’Atlas anciens, billets de banque  principalement. D’ailleurs, le titre Figures se comprend au sens anglophone de « chiffres », des montants des billets qui circulent. Figure, c’est aussi le visage d’un personnage emblématique comme Mobutu et son léopard qui symbolise aussi la ruse et l’autorité dans la culture swahilie. 

Mobutu, le léopard et l’idole pop

Dans le collage ci-dessus, le léopard zaïrois saute sur l’idole pop.

Cartes de géographie et bateaux qui relient les continents, qui ont transporté les esclaves, tout cela évoque une circulation mondiale, une mondialisation des marchandises et des personnes. Tous les personnages de la fresque sont en mouvement.

mondialisation

Ponts et barrages relient les continent. On imagine des univers africains, d’autres asiatiques. Et toujours  personnages et animaux bougent, nagent rament. Figures peut aussi évoquer les personnages célèbres comme Charlot, Cadet Roussel, La Semeuse et son bonnet phrygien et même Ramsès II sur son char, arlequin qui symbolise la fourberie, les navigateurs européens dont les « découvertes » sont synonymes de pillages, exploitation, esclavage et extractivisme.

Ramsès sur son char mais que vient donc faire l’orignal et la moto?

En cherchant bien, je découvrirai Nelson Mandela (billet de banque) , la frise de l’Evolution, une tortue tractée….

La semeuse

On pourrait rester des heures à détailler les personnages, à imaginer des circulations. Une dame me montre une minuscule souris sur une balançoire. Pour mieux identifier personnages et symboles trois écrans interactifs donnent des explications. Chacun se promène à sa guise.

Je suis étonnée par le nombre d’enfants très attentifs, d’adolescents de jeunes adultes. L’ambiance est très décontractée et ne ressemble pas à celle des expositions de l’Orangerie, Orsay ou le Luxembourg. Il y a aussi beaucoup plus d’espace.

 

Une- écriture bleu pâle – Franz Werfel – Livre de poche

FEUILLES ALLEMANDES

Franz Werfel est l’auteur des  40 Jours de Musa Dagh  dénonçant le génocide arménien. 

Né à Prague en 1890 où il a fréquenté Kafka et Max Brod. Poète, homme de théâtre, c’est le dernier mari d’Alma Mahler . Il se réfugie en France en 1938 puis aux Etats Unis en 1940,  et décède à Beverley Hills en 1945.

Une écriture bleu pâle est un très court roman, 124 pages qui se lit d’une traite avec un suspense qui va croissant. J’ai pensé à La Peur de  Stefan Zweig. 

« Il y avait onze lettres dont dix tapées à la machine. la onzième écrite à la main se distinguait du lot et réclamait l’attention. Une grande écriture féminine penchée, sévère. Léonidas baissa machinalement la tête car sil sentait qu’il avait blêmi.« 

Que lui réservera cette dernière lettre? L’intrigue est ramassée dans une journée de ce haut fonctionnaire, chef du Cabinet du Ministre.

Ce court texte, tout en finesse, restitue l’histoire du pauvre répétiteur qui a fait un très beau mariage et qui est arrivé au sommet de sa carrière. Analyse psychologique sensible et analyse sociale de la société de Vienne dans les années 30. En filigrane, la montée du nazisme et l’antisémitisme qui ne se cache pas. Une richesse d’analyse en si peu de pages.

Léonidas vit une journée de plus en plus tendue. Son mariage, sa carrière seront-ils compromis par cette lettre à l’encre bleu pâle?

Le Chat, le Général et la Corneille – Nino Haratischwili

FEUILLES ALLEMANDES 

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Point commun entre toutes ces feuilles allemandes :  elles sont traduites de l’Allemand. Je n’imaginais pas voyager aussi loin: jusqu’en Tchétchénie et en Géorgie.  L’autrice : Nino Haratischwili est d’origine géorgienne et réside en Allemagne. Les personnages du roman sont presque tous nés dans l’ancienne URSS, l’intrigue se déroule de  la fin de la période soviétique,  la Perestroïka et le début de la République de Russie. C’est un  roman choral avec trois narrateurs : le Chat (qui n’est pas du tout un chat mais une jeune comédienne), le Général (qui n’est pas général mais un richissime oligarque) et La Corneille (qui n’est pas un oiseau mais un journaliste).

Les fils de leurs histoires se tressent , de 1995 à 2016. En filigrane, les guerres d’Afghanistan, de Tchétchénie, de Géorgie avec leurs cortège de violences. Trafics divers et corruptions. Jeux de pouvoir et d’argent. Alcoolisme et drogues. Des adolescents sensibles, souvent cultivés confrontés à la guerre et aux trafics sans repères et sans limites deviennent des êtres cyniques et brutaux. 

Des histoires d’amour, qui finissent mal, en général (comme dans la chanson).

C’est un gros bouquin de près de 600 pages dans lequel j’ai eu du mal à entrer, confondant les personnages – souvent désignés par des surnoms, des petits noms, des animaux, perdue dans les lieux. Je n’ai pas toujours identifié les villes, surtout dans le Caucase. On saute sans boussole, de Tbilissi à Moscou, à Berlin, de Géorgie en Tchétchénie, et sans plan dans les quartiers de Berlin. Il m’a fallu près de 125 pages pour reconnaître les personnages et à peu près autant pour me repérer dans la géographie.

Dès que j’ai pris mes marques, je me suis sentie aspirée par l’histoire et la lecture est devenue addictive. J’avais vraiment envie de connaître le dénouement et je me suis laisser prendre jusqu’au bout.

Elle aurait voulu que leur relation n’ait pas, dès le début, contenu en germe leur rupture. Elle aurait
voulu être une autre personne, pour qui la banale normalité aurait été quelque chose d’inné, elle aurait
voulu ne l’avoir jamais rencontré, elle aurait voulu ne pas être poursuivie par la photo de la fille morte,
elle aurait voulu que le passé ne jette pas toujours son ombre déformée sur le présent, elle aurait voulu
que les femmes de sa famille aient un peu plus de bon sens et un peu moins l’esprit tordu, elle aurait
voulu ne pas se sentir en permanence obligée d’expliquer et de traduire son comportement pour les gens d’ici. Elle aurait voulu ne pas avoir aussi furieusement envie de s’échapper à elle-même. Et surtout, elle
aurait voulu n’être jamais montée dans cette voiture…

Olga de Amaral – Fondation Cartier

Exposition temporaire jusqu’au  16 mars 2025

Olga de Amaral est une artiste textile colombienne née en 1932 à Bogota. Elle a étudié à l’Académie des Arts de Cambrook (Michigan) qui s’inscrit dans le mouvement Arts and Crafts et dans l’école du Bauhaus apportant une attention particulière au design et aux arts déco. Traditionnellement les femmes étaient orientées vers les textiles (comme Anni Albers ou Sophi Taeuber avant elle). Avec son mari Jim Amaral, ils fondent une entreprise de textiles décoratifs Telas Amaral.

Dans les années 1960 Olga de Amaral expérimente nombreuses techniques de tissages. Elle incorpore à la laine du lin du coton mais aussi du crin de cheval et même de l’or ou du plastique. Elle expose en 1967 à La Biennale internationale de tapisserie à Lausanne. 

Riscos en sombra

Elle souhaite que ses œuvres soient détachées des murs pour être appréhendées comme des sculptures autour desquelles on peut circuler plutôt que des tapisseries garnissant les murs. A cette occasion, une médiatrice (passionnante) évoque la « querelle de Lausanne » opposant les cartonniers et les tenants de l’art textile plus moderne CLICUn autre médiateur, toujours à propos de la biennale de Lausanne fait allusion à l’aspect genré de la tapisserie qu’on associe à un art féminin. Cette visite à la Fondation Cartier a été passionnante grâce aux commentaires très nombreux des médiateurs. De nombreuses visites guidées sont également proposées.

Brumas

La petite salle du rez-de-chaussée est occupée par les Brumas qui sont des installations suspendues d’environ (190x90cm) en lin, gesso(apprêt) , peinture acrylique et papier japonais.  Ce sont des représentation de la pluie fine colorées de motifs géométriques. La série des brumas a déjà été exposée à la Fondation Cartier en 2018 dans l’exposition Géométrie du Sud CLIC que j’avais beaucoup appréciée. Les Brumas jouent sur le volume et sont vraiment à la limite de ce qu’on imaginerait qualifier de tapisserie. 

brumas

la Grande salle est occupée par des tapisseries monumentales Muro en rojos et Gran muro qui sont des assemblages de sorte de tuiles tissées évoquant les murs de briques ou même les feuilles mortes. 

Gran muro

On les a présentées avec de gros rochers d’ardoise pour souligner le lien avec le paysage. Le titre de la section de l’exposition est Tisser le paysage. D’autres oeuvres sont faites de bandes tissées entrelacées ou reliées entre elles enroulées figurant les lianes de la forêt ou même des falaises escarpées

Lianas

Ces bandes jouent avec la lumière, j’ai pensé à Soulages à cause de cela. strates de textile, lianes…

Cenit patchwork doré

D’autre inspirations viennent de l’Or des Indiens précolombiens comme l’or des autels baroques des églises. Utilisant d’autres techniques, de bandelettes plus fines pouvant être dorées à la feuille d’or, elle compose des panneaux somptueux : plutôt rouge d’un côté dorés de l’autre

Cenit (côté doré)

Elle joue aussi avec les traditions précolombiennes, les nœuds qui étaient un véritable code,

En gris e rozado

Traditions mystérieuses qui garderont sans doute leurs secrets.

Olga de Amaral ne s’interdit aucune matière, ni même la matière plastique, la feuille d’argent ou le palladium…

paisage de calicanto

La dernière salle  ressemble à un sanctuaire avec ces stèles dorées d’un côté noires de l’autre  : le coton tissé est recouvert d’une épaisse couche de gesso doré ou revêtu de peinture acrylique. La série des Estelas comporte 70 pièces qui évoquent des mégalithes et des sites archéologiques précolombiens.

Estelas

 

J’en suis sortie éblouie

 

 

 

 

 

 

 

 

Naviguer à l’oreille – Rosie Pinhas-Delpuech

 

 

Rosie Pinhas-Delpuech m’accompagne lors de mes promenades quotidiennes, podcasts Radio-France, CLIC . Après cet épisode de Fous d’Histoirej’ai téléchargé son dernier livre Naviguer à l’oreille après les Suites byzantines, La Faille du Bosphore et le Typographe de Whitechapel que j’ai lus avec  bonheur. Ecrivaine, Rosie Pinhas-Delpuech est également traductrice de l’hébreu. 

« La nuit, je les écoute de mon lit, ils mélangent l’allemand, le français et l’espagnol : l’allemand pour que les enfants, la petite et la grande, die kleine et die grosse, ne comprennent pas ; le français pour articuler,
raisonner ; l’espagnol domestique, par exaspération. »

A l’oreille, dès l’enfance à Istanbul elle naviguait dans un univers polyglotte : Allemand de sa mère, Français du père, Espagnol de sa grand-mère, Turc de la rue et de l’école. Ce qui, dans la ville cosmopolite n’était rien d’extraordinaire, Grec, Arménien, se faisaient entendre, entre autres…

Et comme si les mots ne suffisaient pas, s’ajoute la musique délivrée par le poste de radio Blaupunkt qui est un personnage à part entière dans sa famille

« Un grand oeil bleu-vert sur le front de la radio qui rétrécit ou se dilate selon la fréquence de la station et la stabilité des ondes,[…] je l’identifie à l’œil de Dieu qui regardait Caïn, à celui d’Atatürk qui surveille le pays
de sa prunelle bleu d’azur au-dessus du tableau noir à l’école. Lui aussi me regarde sans jamais cligner les
yeux. Et à un danger qui nous menace tous, à tout moment, qui plane sur le dedans et le dehors »

Deux chapitres de ce court livre font référence à la radio Blaupunkt et My radio days beaucoup plus tard avec l’apprentissage d’une nouvelle langue : l’Anglais et les chansons de Sinatra, Elvis Presley…et accessoirement La famille Duraton. 

La radio diffuse aussi l’actualité : le procès de Yassiadia au tribunal militaire qui juge un Président de la République après le coup d’état qui renverse le gouvernement turc en 1960. Et Rosie découvre que

« La Blaupunkt mentait désormais, les adultes mentaient, dans ma culotte il y avait du sang, tout était trouble, tout basculait, il n’y avait plus de musique et il n’y avait pas encore de mots »

11 avril 1961, un autre procès est diffusé par une autre radio : Le Procès Eichman dans un autre pays qui évoque à la jeune fille l’Utopie de Thomas More

« Kol Israel est l’artère coronaire du pays, on l’entend partout, mais contrairement au Nous de Zamiatine,
à la série Le Prisonnier, ou aux films de propagande nazis, soviétiques ou chinois, avec les haut-parleurs
haut perchés dans le ciel et une voix unique omniprésente au-dessus des têtes des citoyens, Kol Israel reflète à la fois un tissu collectif fort, quasi familial, et ses trous, sa cacophonie, jusqu’à aujourd’hui, de guerre en guerre, de joie en chagrin. Il y a encore dans cette radio une part d’un Nous d’utopie »

Et le roman bascule avec ce Procès dont la diffusion doit trouver un compromis entre la justice et le témoignage devant l’histoire. Ici encore, le poids de la langue est capital.

Dans la bouche des survivants, sous le poids de ce qu’ils disent, cette langue neuve craque
[…]
Sans doute, à un certain degré d’horreur, n’y a-t-il plus de langue, ça s’efface dans la tête, leur hébreu est
psychotique, ils disent l’indicible avec le détachement et la distance d’une langue étrangère récemment
apprise.

Le monde découvre l‘horreur de la Shoah 

L’appareil judiciaire israélien est d’émanation allemande, nombre de ses juges ont été formés à
Francfort, la ville de la première Constitution démocratique allemande. J’entends leur accent quand ils parlent, je le connais, le reconnais. De l’hébreu à l’allemand, de l’allemand à l’hébreu, les deux langues commercent, de l’une à l’autre pour dire la Shoah devant un tribunal national, souverain…

Roman historique, avec l’histoire de la Turquie, l’oeil bleu d’Atatürk, les relations trouble entre la Turquie et l’Allemagne, la tragédie du Struma…

Aussi roman de la langue, des langues si bien illustrée par l’histoire biblique de Babel

« La langue, parce qu’elle a une vie qui lui est propre, qu’elle est un organisme vivant avec ses lois propres,
est toujours la cible et la convoitise des projets totalitaires. Dominer le monde non seulement par la
force, mais aussi par les mots. Imposer et contrôler une langue, amener un peuple à la parler, façonner
une pensée unique en créant un vocabulaire unique, l’appauvrir, la déformer, lui enlever toute sa
polysémie, son incertitude, son aptitude à circuler, à être traduite. En neuf versets concentrés et énigmatiques, l’épisode de Babel nous raconte l’histoire d’un tel projet et sa mise en échec. »

Un court texte mais si riche.

J’ai encore adoré!