J’ai raté la sortie du film Tinghir/Jerusalem. Vendredi dernier, il se jouait encore à l’Entrepot, mais une seule séance. Il reste la VOD et Youtube.
Retrouvailles combien émouvantes entre Kamal Hachkar, marocain, français, natif de Tinghir qui a fait l’effort d’apprendre l’Hébreu et d’aller chercher en Israël ces Juifs marocains, « Berbères judaïsants » comme je l’ai lu quelque part, natifs aussi de Tinghir ou des environs. En VO on entend du Français, bien sûr, de l’Hébreu, de l’Arabe et du Berbère que certains pratiquent encore. Étonnant d’entendre que c’est l’Arabe marocain qui leur est naturel de parler. Mélange de Berbère et d’Hébreu pour les femmes.
Par de-là les relations judéo-musulmanes, la construction de l’identité dans l’exil est primordiale pour le cinéaste.
« C’est dans l’exil que je me suis construit… » [….] « c’est lorsqu’il y a un autre qu’on peut savoir qui on est »
Dans la lignée d’Indignation ou de la Tache…Roth raconte l’Amérique, son Amérique, celle de Newark, 1944, dans un quartier juif.
Bucky Cantor, le héros, est un jeune sportif accompli dont l’armée américaine n’ a pas voulu en raison de sa mauvaise vue. Tandis que ses camarades se battent en Normandie ou dans le Pacifique, il dirige un terrain de sport pendant les vacances où les enfants du quartier se réunissent. D’être exempté, pendant que les autres sont à la guerre, il a conçu une certaine culpabilité.
Une épidémie de poliomyélite s’étend parmi les enfants de Newark. Comment s’en prémunir? La transmission de la maladie est encore mal connue. On s’en remet à une bonne hygiène, la lutte contre les mouches, une vie saine et sportive…sans empêcher que les enfants ne soient atteints et même que certains en meurent. Bucky Cantor y voit sa guerre personnelle.
Et voilà que sa fiancée lui donne l’occasion d’un nouveau poste dans la campagne. Bucky Cantor part pour un camp de vacances dans un lieu idyllique, loin, pense-t-il de la contagion. Mais il ressent l’abandon de Newark comme une désertion.Une de plus.
Némésis, la déesse de la Vengeance, de la Juste Colère, étendra sur lui ses foudres.
Encore une fois, Roth a su raconter avec talent et mesure l’Amérique des petits juifs de bonne volonté dans la tourmente, tragédie ordinaire.
Un court roman qui commence par une histoire de pirates bien saignante, avec abordages pittoresques, qui tourne court et se poursuit avec un miracle rocambolesque en Angleterre pour se terminer dans un village grec perché. Nous allons de surprises en surprises. Jubilatoire! On esquisse un sourire, pour pouffer franchement. et plus on avance dans la lecture, plus c’est drôle!
La guerre en Syrie, la situation politique volatile – depuis longtemps – n’incitent pas au voyage touristique.
Reste la lecture!
Dernièrement j’ai été comblée: Anima de Wajdi Mouawad et les Désorientés de Maalouf parus l’an passé, mais aussi le Voyage en Orient de Nerval et celui de Lamartine m’ont transportée sur cette rive de la Méditerranée.
Le Dernier seigneur de Marsad raconte la chronique familiale des Khattar, clan grec-orthodoxe originaire de Marsad, faubourg de Beyrouth, des années 1870 aux années 1980. Ascension sociale de cette famille de menuisiers qui sut profiter de la Première Guerre mondiale pour spéculer, des alliances avec des notables chrétiens, de l’acquisition de terres et d’un domaine dans la montagne. Chakib, le dernier seigneur, règne sur son quartier, son usine de marbre, le village de Kfar Issa avec une autorité quasi-féodale. Il distribue ses largesses à ses vassaux campagnards, est entouré d’une véritable cours en ville, fait et défait des élections et veille à maintenir son influence jusque dans les soubresauts de la guerre civile, quand Marsad se vide des chrétiens qui rejoignent Beyrouth-Est et que les musulmans réfugiés investissent les demeures restées vides.
C’est en seigneur que Chakib règne. Son souci est la transmission de son patrimoine, son usine, son domaine, son prestige. Son fils aîné, dépensier, volage et superficiel n’est pas capable de lui succéder. Il a bien des gendres, mais ils ne valent pas mieux. Le plus jeune fils Elias, serait brillant. Intellectuel, il épouse la cause des Palestiniens et des communistes et ne saurait prendre la direction de l’usine…
En lisant cette saga, on assiste aux mutations du Liban pendant un siècle, on découvre les rivalités, les subtilités des équilibres de pouvoir entre les clans, les communautés, les alliances parfois contre nature. La guerre s’installe à Marsad, respectant d’abord l’autorité du notable puis s’enfonçant dans la destruction, le chaos, et la spéculation foncière.
La Fin de l’homme rouge ou LE TEMPS DU DÉSENCHANTEMENT
Sur la couverture, l’homme rouge est une femme brandissant d’une main, le drapeau rouge avec la faucille et le marteau, et, de l’autre, un bouquet – rouge – bien sûr!
Le Désenchantement est double: désenchantement de la grande utopie communiste avec pour corollaire le goulag et le militarisme. Désenchantement de ceux qui ont cru au libéralisme, manifesté en 1991 au nom de la Liberté et ont perdu dans les privatisations les maigres économies, ils sont restés sur le bord de la route tandis que d’autres s’enrichissait de manière insolente.
L’Homo sovieticus, était programmé pour la construction du socialisme dans la grande Union Soviétique allant de la Baltique à Vladivostok, cimentée par un patriotisme indéfectible…. Il vivait à la fois dans la croyance que l’homme est bon, et que tout travailleur est respectable, et dans la crainte des dénonciations, étouffant les conversations dans les cuisines. Après 1991, il devient inadapté au capitalisme sauvage, aux privatisations, à l’enrichissement effréné et à la concurrence.
La liberté, est-ce plus de saucisson? des jeans dans les magasins?
vu au musée de Talinn
A travers une vingtaine de témoignages, de destins individuels et singuliers, on découvre une galerie personnages, du paysan qui se suicide en s’arrosant d’acétone, du héros de la guerre, de la fillette née au goulag, au maréchal de l’armée, du jeune juif donné pour mort dans la forêt près de Minsk qui rejoint les partisans et y est fort mal accueilli, du couple de Roméo et Juliette – arméniens et azerbaïdjanais – des Tadjiks, autrefois soviétiques, maintenant esclaves caucasiens soumis aux pogroms…. la mort d’une milicienne en Tchétchénie….
Il est beaucoup question d’amour, de solidarités familiales, de religion, de suicide et d’alcoolisme aussi. Une réalité complexe.
J’ai beaucoup aimé ce livre, j’en sors émue, mais perplexe : ne sachant que penser des deux réalités, la soviétique d’avant Eltsine, la Russie capitaliste de Poutine.
« Dans les écoles soviétiques, on nous enseignait que l’homme est foncièrement bon. Qu’il est magnifique. Aujourd’hui encore ma mère croit que ce sont les circonstances horribles qui nous rendent horribles. Mais que l’homme est bon. Mais ce n’est pas vrai…Non ce n’est pas vrai! Toute sa vie, l’homme est ballotté entre le bien et le mal.[….]Bon, on a farfouillé dans l’Histoire…des milliers de révélations, des tonnes de vérité. Le passé pour les uns, c’est une malle rempli de chair humaine et un tonneau plein de sang. Pour les autres, une grande époque…. »
Angkor, Naissance d’un mythe, Louis Delaporte et le Cambodge
Mystérieux site redécouvert enfoui ans la jungle par les Français au 19ème siècle, Angkor a inspiré autant les explorateurs que les écrivains, Malraux cumulant dans la Voie Royale le roman d’aventure, l’archéologie et l’exploration. Notre guide, Prun, nous avait parlé de Mouhot. Delaporte participant à la mission de Lagrée en 1866 puis dirigeant deux autres missions est présenté dans cette exposition comme le découvreur d’Angkor.
les tours à visages du Bayon
J’aime les récits de voyages et les expositions dédiées aux explorateurs, même si, de leur temps ils furent mêlés à l’aventure colonialiste, même si les méthodes scientifiques n’étaient pas aussi rigoureuses que celles des archéologues actuels. Delaporte était marin, comme Loti comme Yersin. Le premier objet que j’ai remarqué dans l’exposition est l’uniforme de Delaporte. Natif de Loches, en Touraine, il peint son pays natal en deux aquarelles. Les aquarelles d’Angkor Vat et du Bayon sont d’une grande poésie ainsi que ses carnets de voyages.
moulages des bas reliefs du Râmâyana à Angkor Vat
Dans ses missions, Delaporte était accompagné d’un très bon photographe. Ces épreuves anciennes m’ont impressionnées par la qualité des tirages aussi bien que de la précision des clichés que des matériaux employés. Il a rapporté des moulages de grande précision et magnifiques. Ces éléments décoratifs d’une grande finesse ont été depuis abimés aussi bine par l’érosion que les pilleurs ou les guerres, ce sont des témoignages inestimables pour les motifs disparus.
moulage des bas reliefs
Un autre pôle de l’exposition et de l’œuvre de Delaporte est la construction du Mythe d’Angkor dans un musée qui se tenait à Compiègne et dans la construction des différents pavillons des expositions Universelles et coloniales de Paris et de Marseille avec la présentation de cartes postales, articles de Presse, affiches, maquettes …
maquette
Bien sûr, en dehors de l’exposition,le Musée Guimet présente des trésors d’Angkor que je revois toujours avec plaisir
Les personnages sont célèbres, personnalités passionnantes et passionnées! Et je n’étais pas seule dans la queue pour l’exposition.
Chronologie oblige, on fait d’abord connaissance avec Diego Rivera en Europe au début du 20ème siècle – influence de Picasso – Diego Rivera cubiste, toujours figuratif et mexicain (Paysage zappatiste). Le magnifique tableau de Tolède me fait penser à Martiros Saryan vu à Erevan.
Une petite salle présente des dessins et de magnifiques photos. Je regrette que dans la revue de Connaissance des Arts que j’ai achetée ne figure pas celle où Frida Kalho de profil se regarde de face dans un miroir – ma préférée!
Dans la grande salle, les œuvres des deux artistes sont accrochées, encadrées par les reproductions des fresques monumentales. On passe de l’un à l’autre à plusieurs reprises. C’est sans doute cela : l’Art en Fusion, artistes complémentaires mais différents. Monumental, serein, politique pour Diego. Intimiste, souffrant, pour Frida. Frida en madone hiératique mais stérile, ou en Saint Sébastien percée de clous à la colonne brisée, presque surréaliste, Peinture presque naïve évoquant les ex-votos…
Mention spéciale pour l’audio-guide qui est vraiment très intéressant!
A la librairie de l’exposition plusieurs biographies de Frida Kalho sont disponibles . Laquelle choisir?
L’idéal aurait été de visiter la citadelle de Blaye et Fort Médoc dans la journée, il n’aurait manqué que le Fort Pâté sur une île au milieu de la Gironde, pour voir l’ensemble du Verrou imaginé par Vauban pour garantir la sécurité de Bordeaux.
Le Fort Médoc, n’ouvre qu’à 11h au mois d’octobre. Après avoir patienté derrière un troupeau de moutons qui occupait toute la route tandis que leur berger les suivait en voiture, nous arrivons au dernier moment à Lamarque pour le bac de Blaye. Je vérifie les horaires de retour : 17h seulement. Si on va à Blaye nous ne visiterons pas Fort Médoc. Le choix est vite fait : le passage coute 13.90€ l’aller donc près de 28€ pour ne voir qu’un seul site. Faire le détour par la route ? Le GPS indique 182km. Nous nous contenterons du Fort.
la Porte Royale
Le fort est précédé par des canaux, sortes de douves, où patauge une famille de canards. Ce n’est qu’après avoir lu la documentation que je comprends qu’il s’agit d’un dispositif défensif de demi-lunes imaginée par Vauban. La Porte Royale est magnifique : le fronton est soutenu par des atlantes portant des armes, dans le triangle, le Roi-Soleil. On devine les chicanes, la herse a disparu mais la belle porte à croisillons est là. A l’étage, les pièces sont aménagées en expositions. Des panneaux détaillent le dispositif du Verrou sur la Gironde, montrent les autres fortifications de Vauban et présentent l’architecte qui ne se réduit pas à un stratège qui a fortifié la France de Louis XIV mais aussi un humaniste qui a protesté contre les persécutions des protestants et qui a étudié l’économie des statistiques s’attachant au sort des paysans et restant près des soldats qui ont construit ses forteresses.
le roi-Soleil
Un peu plus loin, une charmante construction de pierre qui ressemble à une maisonnette est la citerne où les eaux de pluies étaient collectées des toits des casernements tout proches par un système de gouttières. Le puits fournissait de l’eau saumâtre et il fallait aller loin pour chercher l’eau douce. Ces casernes ont disparu, elles sont servi de carrière de pierre entre les deux guerres mondiales, les derniers soldats ayant quitté le fort après 1918.Classé Patrimoine de l’Humanité de l’UNESCO, le fort est en restauration.
la citerne
Il reste donc quelques pièces : la boulangerie et des fours, l’infirmerie qui lui est symétrique dans le bâtiment nord. L’élégant corps de garde avec ses arcades et son perron précédé de marches est en restauration, nous le dépassons pour arriver près de la Gironde d’où l’on voit la Citadelle de Blaye mais pas le fort Pâté dissimulé dans la verdure. Une écluse régule les fossés inondables selon la marée.
poudrière
La poudrière est bien conservée. C’était un bâtiment très solide : la poudre continue dans des barriques de bois devait être protégée, de l’humidité par un parquet de chêne, mais surtout de bombardements ennemis ou de d’étincelles accidentelle>. Les murs épais de 2 m étaient éloignés des murs d’enceinte.
C’était une promenade très tranquille sous le beau temps, bien commentée par des bornes détaillées, de petites brochures.
Pour déjeuner nous cherchons un petit port sur la Gironde derrière le Château Margaux. Un banc au soleil, la vue sur l’estuaire. Un pêcheur remonte son épuisette d’un ponton métallique, il pêche la crevette blanche tandis que son chien surveille la voiture.
Château Margaux
Puisque nous passons devant le Château Margaux, nous y faisons un arrêt photo. Fronton classique, 3 étages et de larges baies vitrées. Les chais aux murs jaunes sont impressionnants.
Retour à Cantenac pour acheter une bouteille qui sera un cadeau de prestige, 38€ pour un 2008, le coffret en bois est offert.
A la sortie de Pauillac dans le port, on voit débarquer en pièces détaillée un Airbus venant de Hambourg, en route pour Toulouse
Airbus
Dernière visite de la journée : les Noisettines du Médoc à Blaignan, non loin de Lesparre. L’accueil est très chaleureux mais nous n’aurons pas de visite de la fabrication comme nous le pensions. Dégustation de noisettines qui sont des pralines un peu spéciale : un cœur de noisette enrobées de chocolat, c’est fin, excellent mais pas surprenant. En revanche la surprise est la crème de noisettine, une sorte de Nutela de luxe, fine, délicieuse. Nous achetons aussi du « thé » aux aiguilles de pin, bruyère, fleur d’acacia et ?
Coucher de soleil sur notre plage du Pin Sec. La mer a laissé une sorte d’émulsion brune, de la vase ou du pétrole ?
La chasse à courre part derrière la maison. Nous assistons aux préparatifs, descente des chevaux les têtes des chiens ressortent par les ouvertures du camion. Certains chasseurs arborent des tenues chics, un homme et une femme ont des cors. Discours des organisateurs. On n’attendra pas les sonneries. Sur la route, juste avant Saint Isidore j’ai la chance d’apercevoir un énorme sanglier noir, très poilu qui passait par là au petit trot sous les grands pins.
Premier arrêt à Saint Estèphe, bourg endormi aux maisons tassées autour de l’église qui dépasse du vignoble. L’église est en réfection entourée d’échafaudages, la place est vide, on ne rencontre pas âme qui vive !
château dans le vignoble de Saint Estèphe
Pauillac est une petite ville allongée sur les quais de la Gironde avec de belles maisons blanches de pierre de taille parfois finement sculptée. A l’Office de Tourisme qui s’appelle aussi Maison du Vin, nous obtenons un rendez vous pour la visite d’un Château (réservation payante 3€95) et un plan pour une visite de Pauillac. Le plan paraît très bien fait, nous aimons ce genre de jeu de piste. Les curiosités de Pauillac sont bien décevantes : un balcon en ferronnerie datant de 1791, « on bâtissait même pendant la Révolution », une église 19ème grande et laide à souhait, un cadran solaire en terre cuite… on finit par se lasser.
châtaeu de conte de fées, très très symétrique!
Barge, présenté par l’employé de l’Office de Tourisme comme un « village traditionnel ». Plutôt chic, restaurant de luxe, boutique idem, et de nombreux châteaux pour du vin grand cru ! Finalement, ce n’est pas si artificiel en Médoc. Les châteaux et leurs vignes affichent une richesse étonnante. Certains villages en possèdent trois, quatre, cinq ou plus. Les fins panneaux rouges qui les signalent se superposent à chaque carrefour. On nous a fourni une carte du vignoble et nous ne savons plus où donner de la tête. Tourelles rondes avec poivrière pointue, tour carrée, frontons classiques ou chaux massif couvert de hauts toits d’ardoise….Certains sont gardés par une grille impressionnante. D’autres, ouverts sur la campagne, sont précédés par une longue allée blanche. Parterres fleuris de cosmos, topiaires, pins parasols….un air de Versailles ou de Toscane…c’est selon. Le nec plus ultra, comme à Beychevelle c’est la perspective qui s’ouvre sur la Gironde qu’on devine de la terrasse ornée de statues de marbre.
Beychevelle, le « Versailles » du Médoc
Nous avons rendez-vous à 14h à Cantenac, dans la région de Margaux, au château Desmirail.
L’entrée du château Desmirail
Vu de l’extérieur, ce n’est pas un des plus beaux. Une grille s’ouvre entre deux colonnes de marbre rouge, impressionnantes. Les chais du 19ème siècle, briques et pierre, sont de grande taille et cachent la petite chartreuse de pierre blanche au fronton triangulaire où deux sphinges gardent le vaste perron. Ici, on nomme chartreuse un bâtiment de plein pied où toutes les pièces en enfilades sont accessibles aussi de l’extérieur. Arrivent pour 14h, d’autres voitures, un minibus apporte des touristes turcs qui suivront une visite en anglais, deux couples de Toulouse qui ont l’air d’être très connaisseurs.
élégante chartreuse
Notre guide, nous raconte d’abord l’histoire du château remontant au 18ème siècle, nous présente la famille des propriétaires actuels, photographiés sur le mur face au comptoir. Il nous explique que le vin est classé Grand cru depuis 1855, comme tous les vins de Bordeaux, initiative de Napoléon III à l’occasion d’une Exposition Universelle. Ce classement est immuable. Ce qui fait autorité, et le prix du vin, c’est plutôt la critique des journalistes et des experts qui viennent goûter au mois de mars chaque année et qui peuvent faire et défaire des réputations.
Il nous parle du terroir, du sol, des terrasses alluviales, très drainantes…de la vendange cette année, de la vigilance qu’il faut avoir pour choisir le meilleur moment pour vendanger ; Avec le printemps pluvieux, et l’été tardif, les grains sont restés de petite taille. On a donc retardé le moment pour qu’ils gagnent encore un peu de soleil. Mais un orage aurait été fatal et aurait fait éclater les grains. C’est donc un pari que de d’attendre. Certains raconte-t-il, on dû récolter la nuit.
Les chais ont un étage, on monte donc dans une vaste pièce sous une magnifique charpente de châtaignier qui a un plancher à clairevoie, découpé de larges cercles correspondant aux cuves. Pour la fermentation alcoolique une température précise est exigée : à moins de 28°, il ne se passe rien, au dessus de 30 les levures meurent . Un système de chauffage intégré aux cuves métalliques et des serpentins pour les cuves en bois va garantir cette température idéale. Les cuves en bois sont magnifiques, elles sont là plutôt pour le plaisir des yeux, le vin n’y reste pas assez longtemps pour être influencé par le contenant. Après la fermentation alcoolique, une autre fermentation lactique (avec des bactéries différentes) va transformer le vin. Je suis la seule ignorante de la visite, mes compagnons connaissent tous les processus de fabrication. Ils vont donc poser des questions très pointue, employant le vocabulaire adéquat. Dans mon ignorance, j’écoute et n’ose pas retarder le groupe par des questions inappropriées. Le Margaux est un vin rouge mais on procède à une « saignée » pendant la vinification : si le volume de liquide est trop important, on va retirer de la cuve une certaine quantité qui deviendra du rosé. On visite aussi le chais où le vin vieillit dans de belles barriques de chênes fabriquées exprès pour la propriété. Pour le grand cru, les barriques seront toujours neuves, elles pourront resservir pour le second vin, ou être vendues à d’autres vignerons ou passer la Gironde pour la distillation…Le guide explique la délicate alchimie qui présidera aux mariages des différents vins du domaine, du Merlot ou du Cabernet-sauvignon…
Le guide parle aussi de la commercialisation : le marché chinois est leur principal client. Mais les Chinois ne sont pas encore connaisseurs, ils achètent plus le prestige et l’étiquette que le goût du vin. Sacrilège, ils ont même imaginé des « bains »dans du vin classé : remplir une baignoire de Château Margaux apparait comme une hérésie à mes compagnons, le prix monte vertigineusement si bine que les réels amateurs ne peuvent pas se l’offrir. Les Américains sont de très bons clients, ils ont appris à apprécier le vin, les Japonais aussi. Selon le guide, le marché russe est impossible.
Je m’esquive avant la dégustation, m’excusant : « ce n’est pas que je n’aime pas le vin, lui, ne m’aime pas ! ». Je suis toute excusée, il existe de rares allergies….
château Kirwan
Juste derrière, à quelques pas se trouve une merveille : les jardins du Château Kirwan et le très joli château. Un petit canal avec de l’eau courante, des massifs et bosquets, un petit terre plein avec des bancs sous des chênes anciens, un magnolia dans la cour des communs, une serre avec des melons et des agrumes… nous nous promenons dans une parfaite tranquillité.
château Palmer
Sur la route du retour, sous un timide soleil mais une belle lumière, nous faisons des photos de tous els châteaux sur notre route. Le château Palmer avec ses tourelles et ses topiaires, le grand château de Beychevelle, le grand château Lagrange sur la route de Saint Laurent Médoc.
Vers 17h, le ciel s’est grisé, il fait presque nuit dans ce premier jour à l’heure d’hiver. Il est temps de rentrer en espérant que la chasse s’est terminée depuis longtemps
Nous atteignons directement la Pointe de Graves, et nous arrêtons au débarcadère du bac pour Royan. De l’autre côté de la route, il y a toute une série de guinguettes et restaurants simples alignés. En été, à midi, cela doit être très animé. A l’arrière se dresse la tour carrée du petit phare abritant un Musée de la Mer, fermé en cette saison. On contourne un fort militaire ancien caché dans la verdure pour arriver à une grande marina : Port Médoc. Belle vue sur l’estuaire de la Gironde. Sous une barre de nuages gris on voit bien Royan et Saint Georges de Didonne. L’église de Royan, vue de loin est belle, de près le béton brut choque un peu.
La pointe est prolongée par une digue. A l’arrière de ce brise-lame l’océan est très calme. Une très belle plage de sable sauvage s’étend vers Soulac qu’on peut rejoindre par le GR8, la piste cyclable et même en saison par un petit train touristique.
villa Colette
A Soulac, nous reprenons le circuit des villas anciennes Rue Thiers , là où nous l’avions laissé la semaine dernière et avons toujours autant de plaisir à jouer à ce jeu de piste, à chercher les gâbles gothiques, les lambrequins peints, les plaques émaillées Art Déco. Les villas les plus anciennes datent de 1890 et sont en brique et pierre de taille. Les mimosas portent des promesses de belles floraisons.
plaque Art Déco
Nous rentrons tôt au gîte et je renouvelle mon arpentage de la plage à la limite de l’eau sous le soleil.
La fin de l’après midi est magnifique et nous profitons bien du calme de notre maison forestière, installées sur le banc à côté de la porte. Maintenant que les voisins sont partis les oiseaux nous paraissent plus nombreux, tout le terrain est à nous….Un cri nous surprend, est-ce un chien perdu qui hurle, ou le chien du gardien laissé seul dans son chenil qui appelle son maître, ou peut être le brame du cerf ? Peu après toute une sonnaille résonne dans l’enclos attenant au gîte. Des dizaines de chiens portant clochettes tournent autour des camionnettes, jappent, se reniflent mutuellement. On fait un film de ces chiens de chasse ; Sur l’un des camionnettes on lit Bleu de Gascogne,. Les chiens sont sympathiques, ils ont l’air heureux. Nous filmons. De côté je découvre les dépouilles de trois grands cerfs, cela nous refroidit complètement et nous retournons à notre banc attendant que les chasseurs montent dans les 4×4 et nous laissent le calme de la forêt. Ce n’est pas pour tout de suite ! C’est l’heure des discours dûment applaudis, deux voitures commencent à partir. Malheureusement elles reviennent illico, un nouveau cerf avec des bois magnifiques couché sur une remorque. Âmes les sensibles s’abstenir, ils ont fait monter les chiens dans les voitures avant la curée. Nous nous enfermons dans la maison malgré le soleil de cette magnifique soirée pour ne rien entendre du partage des dépouilles.
le retour de la chasse
Notre petite maison dans la forêt a perdu une bonne partie de son charme.