la route de Sitia à Kokkinos

CARNET PÉLOPONNÈSE CRÈTE 1999


Sitia

Pour traverser la Crète et rejoindre la mer libyenne, nous repassons par Sitia. On se perd. Pour couper, on s’engage dans un petit village. Dans les ruelles, tous les vieux bigleux, les idiots, les impotents, sont de sortie, impossible de trouver quelqu’un pour nous indiquer la route… La carte est pratiquement illisible et plutôt fantaisiste. Personne ne reconnaît les noms grecs écrits en lettres latines. Donc retour à Sitia.

Géologie

La route de Sitia à Ierapétra traverse des montagnes assez hautes. Les crêtes sont équipées de très nombreuses éoliennes modernes. La roche est tendre et façonnée par les hommes en terrasses. Rien de très touristique. Je m’amuse à reconnaître la nature géologique du sous-sol. C’est plutôt un beau casse tête de chercher des structures explicables tant les roches varient : tous les échantillons imaginables se rencontrent sur une très courte distance, calcaires gris et durs voisinent avec des roches rouges et vertes, on passe à des marnes et des sables gris. Vers la côte sud des blocs de grès ont dévalé les pentes et sont en équilibre instable. Après 60 km nous retrouvons la mer et je me baigne dans de l’eau transparente.

Iérapétra

Arrêt au supermarché. Nous trouvons la mosquée et son minaret – en mauvais état – occupée par un forgeron et un kafénéion. Sur le port, la forteresse vénitienne est bien conservée, c’est un bâtiment peu élevé avec de beaux créneaux. Promenade dans les petites rues tranquilles, des tomates sèchent en grappes et en bouquets, photo.

Les ravages du tourisme

La route longe le littoral occupé par des stations balnéaires plus ou moins chics. Ici aussi le tourisme sauvage s’est développé de façon anarchique, beaux hôtels-clubs voisinent avec des constructions bon marché et des chantiers, certains ont été abandonnés en cours de construction, des poteaux en béton armé font de bien tristes casiers gris. Les boutiques exposent les articles de plage variés bouées-canards, dauphins gonflables, matelas pneumatiques occupent les trottoirs, les voitures stationnent n’importe comment, on n’avance pas. Cela ne donne pas envie de faire une étape.

Cultures irriguées et sous plastique

La route principale quitte la côte à Myrtos nous suivons une piste pour atteindre Arvi, elle traverse des oliveraies irriguées. J’ai tout le loisir pour observer les km de tuyaux plastiques noirs fins qui aboutissent à de multiples robinets. Être agriculteur ici est un métier de plombier ! Sur chaque terrasse on a construit des serres abritant des cultures maraîchères ou des bananiers. C’est vraiment surprenant de soir ces serres juchées sur un éperon rocheux ou accrochées au rocher sur le bord de l’eau. La côte est rectiligne, pas de plage, les vagues sont fortes et roulent des galets.

On se paie une belle rigolade parce que je  bois la tasse à chaque vague. Quelques maisons, tavernes et cabanons sans prétention bordent la mer, c’est plutôt sympathique mais pas très joli.

Pique-nique sous un tamaris. La piste devient goudronnée. Au passage d’une rivière à sec, elle se partage en deux pistes. Dominique décide d’attendre le prochain véhicule et de le suivre. Rapidement passe une camionnette qui livre des glaces et, à sa suite, nous arrivons à Tsoutsouris qui est notre étape de la journée.
Tsoutsouris est desservie  par une belle route goudronnée de neuf, c’est son unique attrait. Les bâtiments sont très laids, discothèques et bars occupent le rez de chaussée : l’horreur dans le genre prétentieux. Sans conviction, je cherche une chambre. Comme j’annonce que nous ne restons qu’une nuit, on nous fait visiter des chambres donnant du mauvais côté, et, fort cher. Nous fuyons.

La route a quitté la mer, nous ne trouvons de chambre nulle part. Cette région agricole n’a aucune vocation touristique. Après avoir traversé plusieurs bourgades nous décidons d’arriver le soir même à Kokkinos Pyrgos plutôt que de nous arrêter n’importe où. Dominique, qui en a franchement marre de conduire, parle même de dormir dans la voiture.

Zakros – Vai – Moni Toplou

CARNET PÉLOPONNÈSE CRÈTE 1999

 

le canyon de Zakros

 

Rouge

La route qui va de Palékastro à Zakros traverse des montagnes rouges. La  roche a la même teinte rouge sang que celle des colonnes de Cnossos. La terre est rouge, également du rouge brique caractéristique des terres méditerranéennes. Sur ce sol, les oliviers se détachent, des graminées sèches font par endroit un tapis jaune paille. Les crêtes sont complètement désertiques, des buissons épineux desséchés forment des boules grises argentées, les sauges sont plus jaunes, un curieux thym violet est en fleur. Vers l’intérieur, sur des collines plus basses prospèrent de belles oliveraies irriguées.

Géologiquement, c’est intéressant, les couches sont variées. L’érosion a creusé de curieux canons, l’hiver une rivière doit couler, mais elle a disparu, la végétation est bien verte, des buissons et même des platanes dans son lit.
Nous traversons trois villages – cubes chaulés d’un blanc éclatant égayés de treille de vigne.

Les gorges de Zakros

Nous parquons la voiture à l’entrée du sentier qui descend dans les gorges, mais nous nous trompons et nous retrouvons sur la route des crêtes qui domine les gorges. La vue est magnifique mais de là impossible de descendre la falaise à pic. Chemin faisant, nous croisons un troupeau de chèvres.   Une pauvre petite chienne est attachée au soleil. Nous vidons une partie de nos gourdes dans sa gamelle, mais elle quémande surtout des câlins. Je descends seule dans les gorges. Le sentier est un peu difficile au départ. Dans le vadi, c’est tout plat, la végétation est luxuriante. J’ai l’impression d’être dans une oasis, il manque de l’eau pour être complètement rafraîchie. Impression de calme, je suis seule.
Dominique m’attend à la sortie des gorges, porteuse de bonnes nouvelles : la plage est merveilleuse, elle a trouvé la taverne de nos rêves sur la plage.

Palais de Zakros

Nous commençons par la visite du palais de Zakros. Nous retrouvons facilement la cour centrale, le mégaron, le bain lustral…Ici, pas de restauration comme à Cnossos. Seules les fondations subsistent. Maintenant, nous pouvons reconstruire en imagination le Palais. La surprise vient des fontaines : la citerne est pleine, des tortues nagent dans une eau verte dans deux bassins rectangulaires.

Plage

Mais il commence à faire très chaud. Nous filons à la plage en petit gravier gris avec quelques galets, entourée de montagne rouge. Plus loin quelques bateaux de pêche. Dans l’eau, il n’y a personne excepté une bande de canards blancs qui nagent en formation. L’eau est très claire mais le fond rocheux est légèrement vaseux avec des algues. Je vois de nombreux poissons colorés que j’aimerais bien savoir reconnaître ; je  commence à anticiper les rencontres selon la topographie des fonds certains se cachent dans les fentes, les bleus à tache noires sont dans les eaux claires, des verts, jaunes multicolores près des algues. Il y a aussi de jolis à raies jaune en forme de daurades.

Un autobus arrive et déverse un flot de touristes. Je m’inquiète pour le déjeuner : nous avions convoité une table à l’ombre de tamaris en bord de plage. Elle est déjà occupée et la taverne n’en a que quatre. Nous commandons des farcis et des petits poissons avec du riz. On nous apporte des tomates, la farce n’est pas à la viande, mais au riz et aux herbes, comme celle des feuilles de vigne, tellement parfumées que nous achetons un assortiment de condiments et d’aromates très bien présentés. Café grec, l’addition (logarithmo) est très raisonnable 5300 drachmes avec le cadeau.

Vai

De retour au studio, petite sieste. Nous repartons vers le nord direction Vaï et sa palmeraie.
Les palmiers sont bien là mais les touristes aussi. Rapide demi-tour sur le parking sans même descendre de la Micra.
Nous découvrons une nouvelle plage déserte : deux couples sur le sable, personne dans l’eau.

Moni Toplou

Puis nous recommençons le tour du petit cap par un temps un peu embrumé. Le monastère de Moni Toplou ressemble plus à une forteresse qu’à un édifice religieux : un clocher, un moulin à grain sur le même modèle que ceux qui gardent le Lassithi, en parfait état, il ne manque que les voiles. Les bâtiments de pierre sont hauts et massifs, seul le tour des fenêtres est décoré. Nous sommes en retard pour le musée des icônes mais on peut quand même admirer la plus fameuse dans l’église : elle illustre toute l’Histoire Sainte en soixante saynètes avec une foule de personnages. Nous reconnaissons Jonas et sa baleine, la Sainte Trinité qui domine le tableau, entourée de tous les anges. Un érudit français commente. Il explique que le Père et le Fils ont la même taille – ce qui est caractéristique du dogme orthodoxe –  pour les catholiques romains, ce serait une hérésie. Avec l’aide de ces gens  nous analysons longuement les différentes scènes. Finalement je ne regrette pas que le musée ait été fermé : c’est plus intéressant de se concentrer sur un seul tableau.

 

Vers l’Est , Kritza, Agios Nikolaos, Palekastro

CARNET PÉLOPONNÈSE ET CRÈTE 1999

 


Pistes dans la montagne

Après une nuit fraîche, nous quittons le Lassithi par un autre col; toujours défendu par ses moulins à grain qui ont une drôle de forme, ni ronde ni carrée, arrondie côté Lassithi, plate vers la vallée .Très peu de villages, pas de culture, Lassithi est vraiment une oasis. Plus bas, les oliveraies sont très soignées, irriguées avec de très fins tuyaux noir fixés à chaque rangée.
Pour arriver à Kritza sans passer par Hagios  Nikolaos,  nous prenons des raccourcis dans la montagne figurant sur la carte. Dans les champs je demande le chemin aux paysans. Ils nous avertissent que la route est mauvaise. Nous continuons malgré tout. Le ciment fait place à une piste creusée par des ornières, avec des rochers qui affleurent. Dominique est cramponnée au volant. On se demande bien si cela va passer. Au sommet on s’arrête pour laisser refroidir la pauvre Nissan malmenée. Pendant l’arrêt, trois voitures (1 4×4 et 3 pick-up) passent. On n’a même pas la paix pour faire pipi !

Kritza

Kritza nous déçoit, le village est accroché à la colline, petits cubes blancs, terrasses. Joli mais rien d’exceptionnel après ceux qu’on a vu à  Lassithi, pas de quoi justifier une telle expédition. La rue principale est défigurée par le tourisme, pendillocheries et céramiques. La chapelle qui devait être la plus belle chose à voir est introuvable.

La route en corniche d’Agios Nikolaos à Sitia

Agios Nikolaos


Agios Nikolaos est construit dans un site exceptionnel autour d’une jolie baie avec un lac, mais la ville n’offre aucun intérêt, station balnéaire genre Quiberon ou Royan avec des embouteillages de pleine saison et des immeubles de locations.

Corniche

La route longe la mer, difficile d’accès. Pour se baigner, il faut aller sur une plage. Enfin nous en trouvons une sans parasols ni lits dans un village sans prétentions, sur la plage seulement des grecs.

Jusqu’à Sitia, la corniche est magnifique. La route est bordée de lauriers roses. Les points de vue sur la côte schisteuse permettent de découvrir des îles et des presqu’îles. Ravitaillement dans un supermarché à Sitia, ville très encombrée, pas de parking possible.

Village fantôme

Nous arrivons à l’extrémité Est de l’île : bizarre apparition d’un « village fantôme » absent sur la carte. Les maisons sont chaulées de frais, peintes en couleurs pastels. On dirait un décor de théâtre. Quand on s’approche, des jeunes, genre nordique, distribuent des prospectus – mais pas à nous –  ils nous ignorent. Le « village »est enclos de grillages et de barbelés. Dans la campagne environnante, il n’y a ni maison, ni culture à l’horizon. C’est assez cauchemardesque, cet endroit vide enclos dans le rien.

Palékastro

Palekastro et sa plage déserte

Vers midi nous arrivons à Palékastro, notre étape. C’est le bout du monde ! Ce n’est pas une ville, à peine un village, seulement quelques villégiatures. Nous cherchons une plage au bout d’une piste. Un véritable enchantement : pas de route, quelques voitures très dispersées, rien que la plage, un gros rocher(une petite pyramide de grès rouge), l’eau claire, du vent. Enfin, la nature préservée ! le désert, en face le Liban ? La Syrie ? Nous n’imaginions plus que cela puisse exister en Crète !

Nous trouvons facilement à nous loger pour 20 000 drachmes pour 2 jours dans un studio très spacieux,  tout blanc, tout neuf avec une terrasse. Enfin un endroit où on pourra faire de la lessive et de la cuisine !
Pour les courses nous sommes déçues, nous ferons des pâtes et des boulettes.

Nouvelles baignade sur une autre plage où s’est construit un village de bungalows (jolis et fleuris). Je suis moins enthousiaste qu’à midi, la nature n’est plus vierge. Mais la baignade est intéressante, il y a de nombreux poissons.
Plus loin un vrai petit port de pêcheurs. Pour observer le coucher du soleil il faut retraverser le cap et trouver la côte qui regarde l’Ouest. De la voiture, on voit les deux rivages. C’est très beau, désertique, seulement des moutons en liberté. Curieusement, je pense à l’Irlande.

Lassithi

CARNET PÉLOPONNÈSE ET CRÈTE 1999

le moulin monte la garde au col

 

Le Plateau du Lassithi

Pour  monter sur le plateau du Lassithi, la route grimpe parmi les oliviers, puis traverse le maquis. Les sommets sont nus, les creux, très verts.  De nombreux platanes sauvages suivent le cours des ruisseaux. L’arrivée est très raide. Le plateau est gardé au col par une série de moulins de pierre comme des tours de guet au flanc de la montagne. De là, on découvre le Lassithi, un oasis, un petite plaine irriguée qui contraste avec les montagnes environnantes culminant à près de 2500 m .Des dizaines d’éoliennes pompaient l’eau du sous sol, la plupart sont maintenant rouillées mais certaines ont gardé leurs voiles triangulaires et tournent au vent .A 850 m d’altitude, il fait frais.

850m altitude le plateau de Lassithi

La moindre parcelle est cultivée : vergers de pommiers, poiriers, cerisiers et pruniers, mais aussi champs de blé venant d’être moissonnés. Nous avons croisé la moissonneuse. Parcelles de pommes de terres. Jardins où poussent haricots et maïs. Les villages sont très proches les uns des autres. Ils sont soignés et fleuris. Souvent les terrasses, au premier étage, sont de véritables jardins suspendus très colorés où dahlia, zinnias, glaïeuls sont installés dans des bidons carrés chaulés. Cela change des sempiternels bougainvilliers en beaucoup plus varié et plus coloré. Devant chaque porte, ce dimanche matin, des vieux somnolent sur des chaises, certains portent le turban noir crétois en bandeau. Les femmes, toutes en noir, sont beaucoup plus actives.

Maria a des chambres à louer

A 9h30, nous cherchons un logement. Un marchand de fringues qui ouvre son magasin nous harponne. Comme j’attends de lui une aide pour trouver une chambre chez l’habitant, je me prête à une mascarade, il me coiffe avec un foulard noir à pompons et se fait photographier avec moi. Il n’est d’aucune utilité. Un garçon de café nous envoie au seul hôtel, vieillot qui me plait bien. Il est beaucoup trop tôt, personne n’est pressé de nous recevoir.

Grotte de Trapeza

Nous trouvons par hasard la grotte de Trapeza ou grotte de Chronos. A peine sommes nous engagées sur le sentier, qu’un jeune à la démarche bancale et à l’air simplet nous emboîte le pas. Le chemin se faufile dans des rochers. Dominique doit renoncer. Mon guide saute comme un cabri. Je peine à le suivre. Arrivés à la grotte, il déniche quatre bougies m’en donne deux et veut me guider dans le noir en me tenant la main. J’essaie d’éviter ses prévenances. Il a raison :  je manque de me cogner la tête contre un rocher . Il commente en Allemand :

–    « ici, un squelette, ici un bébé, ici la cheminée » (une fente dans le roc)

Seule je n’aurais rien vu. A la sortie tout est clair. Le prix est fixe : 200 drs. Je préfère. Dominique, en bas s’inquiète de ne pas me voir revenir. Pour les adieux il nous fait la bise.

Chez l’habitant

  Dans le village suivant, je remarque au dessus d’une boutique « Rooms to let ».
5000 drachmes, très simple, avec une douche mais surtout un balcon d’où la vue est magnifique.
J’écris du balcon, le Mont Dikté se détache, très haut, pelé. Au second plan : des champs et des jardins avec des amandiers. Au pied du  balcon, un enclos bordé de fagots avec des brebis et un poulailler sous des pommiers. Au premier plan, encadrant le tout, une treille avec de très grosses grappes de raisins verts.

Une fois installées, notre logeuse nous offre du café avec un concombre épluché. Nous bavardons en Grec.Elle nous montre ses dentelles. C’est évident qu’il faudra en acheter.

Grotte de Zeus

le mont Dicté

Visite à la Grotte de Zeus, là où il serait né (ou dans la précédente). Si ce n’était la légende, cette grotte ne serait pas extraordinaire. Ce qui gâche la promenade, c’est l’affluence. On dirait une véritable procession à Zeus.

Musées

Nous visitons un petit musée ethnographique : une ferme reconstituée. Comme partout, on présente de la vaisselle, de vieux outils agricoles. L’éclairage vient du plafond noirci par la fumée. Le pressoir à vin, recouvert par une planche devient le lit conjugal ! Dans une autre salle, on retrouve des photos de Nikos Kazantzaki. Il y a également un musée Venizelou, tout en Grec et peu compréhensible pour ceux qui ne sont pas initiés aux guerres de l’indépendance crétoise.

Nous nous arrêtons sous un noyer pour pique-niquer, le long d’un chemin de terre. Nous nous croyons seules, mais le trafic est intense. Finalement le propriétaire arrive à bord d’un pick-up pour voir ce que nous faisons  dans son champ. Il s’assoit près de nous. Nous échangeons quelques propos au sujet des éoliennes qui pompent l’eau fraîche, des patates qui poussent bien… La conversation- en grec – s’étiole. Quand on ne trouve plus rien à se dire il conclue qu’il fait chaud. C’est sans doute la politesse locale.

Nous terminons le tour du Lassithi  vite bouclé. Nous  redescendons la route derrière le col pour visiter un petit monastère. Il faut se déguiser en jupe, quelques icônes, des fresques.  Plus bas au petit village de Krasi, nous nous installons sous le plus gros platane que j’ai jamais vu : un restaurant tout entier tient sous son feuillage. Café frappé et ouzo, en écoutant de la musique grecque sur la radio locale.

Nos hôtes Maria et son mari

Soirée tranquille

Maria nous a préparé un dîner  très simple : des courgettes cuites dans de la sauce tomate, pas de viande, des tomates et des concombres en salade, le plus curieux c’est le pain. Elle garde une très grosse miche dure comme de la pierre et en détache un morceau qu’elle passe sous l’eau, cela fait bizarre, le pain mouillé !

Je vais faire quelques pas dans le village, pas vraiment animé, à la terrasse du Kafénéion je reconnais nos voisins des Anglais, qui me font signe de me joindre à eux. Ils ont terminé leur repas et nous décidons de prendre le café sur notre balcon. Ils possèdent une maison quelque part dans l’ouest de la Crête, parlent grec, et commentent pour nous l’itinéraire C’est une soirée très agréable : Maria nous apporte le café puis revient avec de la confiture de coing, elle est ravie de la bonne ambiance sur son balcon et conclue : « imaste fili »

 

Villages de Kazantzakis et du Greco

CARNET PÉLOPONNÈSE ET CRÈTE 1999

 


Mirtia
Nous partons à la découverte de la campagne autour de Mirtia, le village natal de Nikos  Kazantzaki

Autant la façade côtière paraît aride, autant les vallées et les collines de l’intérieur cultivées sont vertes et riantes. La route nous conduit dans un patchwork d’oliveraies très soignées, de vignes portant déjà de lourdes grappes, et de vergers d’agrumes. Dans le fond des vallées, des légumes poussent sous des tunnels de plastique.
Le village de Mirtia est tout blanc et très fleuri. Dans de gros bidons métalliques poussent des géraniums, le long des maisons des bignonias et des bougainvilliers. Les  Kafénéions  ont gardé leur aspect traditionnel avec leurs chaises en bois et les tables carrées. On photographie un paysan sur son âne avec sa bêche.

Kazantzakis

Le Musée est ordonné chronologiquement. Dans des vitrines sont présentés des écrits, manuscrits, lettres de Kazantzaki. Au mur des photos. A l’étage des photos de scène et de films. Présentés dans le monde entier.

 

 

 

 

Le personnage de Kazantzakis a de nombreuses facettes : patriote Crétois, mystique, mais aussi homme de gauche ouvert sur le monde entier. Aucune étroitesse d’esprit : il a traduit Nietzsche et Bergson, Dante et Lénine, s’est passionné pour Bouddha et pour le Christ. Je suis stupéfaite de retrouver dans sa vie le livre de Zorba que je croyais être un roman. Zorba a bel et bien existé, ainsi  que la mine de lignite et le manuscrit sur Bouddha. Ce qu’on aurait pu prendre pour du folklore local a été décrit par un esprit vraiment universel.

 

 

 

 

Fodele


Après midi à Fodele le village du Gréco. Nous  avons enfin trouvé le moyen de contourner Héraklion par le New Road. La côte à l’ouest d’Héraklion est plus escarpée, plus découpée. Les plages sont tout aussi bondées. Les complexes touristiques poussent – moins laids et plus classe qu’à l’est de la ville –. Je me baigne dans une belle eau claire où les bateaux à moteur se déplacent au milieu des baigneurs à grand fracas.

Nous montons dans la montagne. Surprise ! Il y a de l’eau. Fodele est situé dans les schistes verts : un ruisseau coule dans le village et il y a des sources partout. Le village du Gréco est défiguré par les pendillocheries qui pendent le long des murs depuis le premier étage : tapis, dentelles pour les touristes.

Des tables sont installées sur des tréteaux? des musiciens répètent, à l’église un photographe installe des spots, il y aura la fête au village pour un mariage. Je monte à pied vers une petite église byzantine et la maison du Gréco. Trop tard, tout est fermé.
Retour par des pistes aux flancs de la montagne.

Palais de Cnossos

CARNET PÉLOPONNÈSE ET CRÈTE 1999

 


A l’écart d’Héraklion, dans une campagne verte, le site archéologique de Cnossos est ramassé. Seul espace vide : une cour rectangulaire où avaient lieu les courses de taureau, les acrobaties. Tout autour, le palais et le Sanctuaire. On retrouve bien l’idée du Labyrinthe Nous passons d’un niveau à l’autre par des escaliers sur au moins quatre niveaux. Pendant un bon moment nous avons du mal à nous retrouver sur le plan. Nous profitons de l’heure matinale pour faire des photos. Nous découvrons au hasard les colonnes peintes, plus épaisses en haut qu’à la base, ainsi que les reproductions des fresques. Les originaux sont au musée. C’était vraiment essentiel  d’avoir fait la visite hier.

La plupart des salles que nous visitons sont des reconstitutions. Je suis vraiment admirative du travail d’Evans. Même si le béton est visible, on ne se rendrait pas compte de la structure du palais si les fouilles étaient restées à l’état brut. Ce qui serait intéressant c’est de savoir comment Evans s’y est pris.

e plan à plat est tout à fait insuffisant pour nous repérer dans le labyrinthe. Heureusement que nous avons le plan en relief du Guide Gallimard.

Le Mégaron de la Reine avec les fresques des dauphins est le mieux rendu. Dans les autres salles, il faut faire travailler son imagination. La richesse du décor n’apparaît pas tout de suite. Il faut plusieurs passages pour se rendre compte du réalisme de l’olivier, ou  pour trouver les oursins et les poissons sur la fresque des dauphins.
A 9h50, le Palais est livré aux hordes qui s’échappent des cars. Nous continuons notre jeu d’orientation avec intérêt, mais c’est moins plaisant.

La Flûte des origines – Un soufi d’Istanbul-Kudsi Erguner-coll.Terre Humaine-Entretiens avec Dominique Sewane

http://www.deezer.com/album/44671

La qualité et la renommée des livres de la Collection Terre Humaine ne sont plus à vanter. Chacun d’entre eux correspond à un voyage littéraire ainsi qu’à une recherche universitaire. La Flûte des origines est le témoignage de Kudsi Erguner, musicien turc de renommée internationale, recueilli par Dominique Sewane, anthropologue des religions, dont j’avais beaucoup aimé Le Souffle du mort. la tragédie de la mort chez les Batammariba du Togo, Bénin.

 

Lectrice bien indigne, loin de l’anthropologie , mécréante, laïcarde, comment vais-je rendre compte de cette lecture?

J’ai aimé le récit d’enfance et d’apprentissage du jeune garçon, dans Istanbul des années 1960, partagé entre ses études à l’École Italienne, collège occidentalisé, et la fréquentation quasi-clandestine du tekke – centre de derviches – officiellement fermé en 1925 par les lois d’Atatürk. C’est auprès de son père, joueur de Ney – flûte de roseau oblique – soufi, que Kudsi Erguner apprendra la musique. Apprentissage traditionnel, reliant les musiciens entre eux en une chaîne séculaire remontant au 17ème siècle. Transmission aussi de l’héritage, des traditions des derviches tourneurs par les « conversations spirituelles élevées » dans les cérémonies soufies.

Une autre lecture possible : l‘histoire  de la Turquie.

La Turquie du Renouveau imposée par la République de 1925 avec l’occidentalisation forcenée. Révolution  linguistique: modernisation  de l’alphabet et adoption de l’alphabet latin, mais aussi purge de la langue ottomane des éléments arabo-persans et introduction de mots turquisés. Avec le changement d’alphabet, toute la littérature, la poésie et la musique se trouvait donc mise de côté, menacée d’abandon. Laïcisation de la société, fermeture des tekkés, mise au pas de l’islam après l’abandon du califat. Modernisation aussi du costume…..

Autre angle d’attaque : l’Islam en Turquie

Islam modéré après des décennies laïques? ou islamistes modernes du parti au pouvoir? D’Europe, les idées préconçues sont nombreuses. Difficile pour moi de m’y retrouver. Kudsi Erguner présente un soufisme très ouvert, tolérant aux autres croyances où la poésie chante l’amour et le vin. Loin de l’islam  intégriste austère qui interdit la musique et les images,  les derviches qui ont su séduire Nerval, tournent, jouent de la musique, perpétuent la tradition du Mevlana Rûmi …on se prend à rêver. Dans la conclusion, Erguner tempère cet attrait qui a séduit des occidentaux New Age en mal de gourous. Il est sévère envers la tendance  officielle à la folklorisation touristique des derviches tourneurs qui se donnent en spectacle au détriment de la prière et du spiritualisme. Il est aussi critique envers ces faux soufis qui s’improvisent cheikh sans avoir suivi l’itinéraire traditionnel.

Enfin, des annexes au témoignage  personnel décrivent les instruments traditionnels, les arts musicaux et poétiques ottomans. Un beau florilège poétique familiarise le lecteur peu averti des beautés de cette poésie. La théorie musicale est plus ardue pour la non spécialiste….

 

Galerie David d’Angers –

PROMENADE ANGEVINE

la verrière de la Galerie David d’Angers

De l’abbaye médiévale Toussaint à Angers, il ne restait plus après la Révolution que la ruine romantique de l’église gothique. Pour remplacer la voûte écroulée en 1815, on a construit une haute verrière sur une élégante charpente de bois. La galerie ainsi rénovée fut offerte au sculpteur David d’Angers  (1788-1856) dont les œuvres étaient exposées auparavant au Musée des Beaux Arts d’Angers.

Angevins et Plantagenet

David d’Angers,  prix de Rome en 1811, obtint des commandes dans toute la France  : un Condé monumental et un Gutenberg pour Strasbourg. Il sculpta également le fronton du Panthéon. Fidèle à sa ville natale,  envoya dès 1811 un exemplaire, souvent des plâtres d’atelier à Angers.

 

Gutenberg

Les sculptures sont présentées sous l’éclairage naturel de la belle verrière. C’est un plaisir de détailler les bas reliefs très expressifs et les bustes des hommes célèbres contemporains du sculpteur. Les écrivains romantiques sont tous là : Lamartine, Chateaubriand, Victor Hugo dont il fut l’ami, mais aussi Goethe…..Balzac.

  Fidèle à la République, après la prise de pouvoir de Napoléon III, c’est vers la Grèce qu’il se tourne. On voit donc aussi le buste de Canaris et une sculpture sur le monument à Botzaris à Missolonghi.

Liquidations à la grecque – Petros Markaris

LIRE POUR LA GRECE

Polar dans la Grèce en faillite.

Enquête policière dans les milieux financiers, : un  banquier est trouvé décapité, puis un autre, puis un analyste financier…..

Circulation dans les rues d’Athènes paralysées par les manifestations des retraités, des fonctionnaires, des mécontents de toutes sortes. Témoignage sur les effets de la crise.

Leçon d’économie : on apprend comment fonctionnent les hedgefunds, la notation des agences, la mainmise de la troika sur l’économie grecque, les rancœurs qui en découlent.

Bizarrement l’enquête dévie dans les milieux du sport professionnel. Analogie entre le dopage sportif et le dopage de l’économie grecque qui a vécu longtemps au dessus de ses moyens….

L’humour et l’ironie que j’avais appréciés dans l‘Empoisonneuse d’Istanbul sont moins présents. On a moins  envie de sourire dans le contexte de crise.

LE SULTAN DE BYZANCE – Selçuk Altun – GALAADE ed

LIRE POUR LA TURQUIE (ET LA GRECE)

Le titre LE SULTAN DE BYZANCE est tout un programme. Turc ou Byzantin?

Istanbul visité par un Grec dans l’Empoisonneuse d’Istanbul de Petros Markaris trouve ici son contrepoint : Byzance revisitée par un turc. Et étudiée sous la loupe des publications érudites!

« Autrefois Byzance était synonyme d’intrigue. mais cette image s’est heureusement améliorée au fil du temps. Selon moi, Byzance, qui associait l’Orient et l’Occident constituait la civilisation la plus importante de son temps, et elle fut du reste à l’origine de la Renaissance ».

Affirme le héros du livre, qui se retrouve pris dans un jeu de piste planétaire et érudit, visitant bibliothèques universitaires et savantes à la recherche des empereurs Byzantins dans un premier temps, puis dans la poursuite de petits carrés magnétiques dispersés dans les sites byzantins.

Il ira donc d’Antioche à Athènes et Mistra, de Trabzon (sur la Mer Noire) en Cappadoce, à Iznik mais aussi à Venise et à Ravenne, nous faisant visiter ces hauts lieux byzantins pour notre plus grand plaisir.

 

Synthèse de l’Orient et de l’Occident, incroyable métissage : le héros est turc par sa mère mais américain par son père. Nous découvrons ensuite que cela se complique , il a également des origines géorgiennes et grecques. Sa famille vient de Trabzon, mais il habite Galata, quartier cosmopolite d’Istanbul, souvenir des Génois, des Grecs….

Notre héros est expert en poésie : sur le 4ème de couverture figurent 5 vers de Séféris, le livre se clôture par un distique d’un poète turc. Les allusions à la poésie fourmillent – parfois de manière assez incongrue – Asil récite En Attendant les Barbares de Cavafis à l’envers en se promenant dans New York…

Étrange cette connaissance intime des poètes grecs? D’ailleurs le roman est construit en 24 chapitres de l’alphabet grec de l’alpha à l’oméga. Parenté des cultures de chaque côté de la mer Egée :

« j’ai l’impression d’être à Athènes non pas depuis dix heures mais depuis dix ans. Dans cette ville rien ne m’est étranger, y compris les odeurs exhalées par les poubelles. On dirait qu’Athènes tout entière s’est détachée du golfe d’Izmir pour venir se coller au continent européen »….

Tout pour me plaire!

Et pourtant, la mayonnaise n’a pas pris. Dans le rallye mondial qui conduit le héros autour sur les traces de Byzance jusqu’à la Californie, le Brésil ou Stockholm (étrangement turque ou balkanique), j’ai l’impression de me trouver dans un remake du Da Vinci code. Intrigue Byzantine? Trop artificielle à mon goût. L’auteur – Selçuk Altun – se met en scène à plusieurs reprises, ironie ou narcissisme . La prétention à la poésie est gâchée par un style bien trivial. J’ai terminé la lecture avec un intérêt teinté d’agacement.