Braque au Grand Palais

LE MONDE EN  EXPO

Au Grand Palais, il y a foule. Prévoir, si possible, un tabouret-trépied à laisser au vestiaire, de bonnes chaussures type tennis pour piétiner, un bon livre. On peut laisser le Pass Education à la maison il n’est pas accepté, pas même une réduction!

Magnifique expo qui commence avec un Braque Fauviste qu’on n’attendait pas (1904-1905) à l’Estaque.

Très rapidement au début du siècle (20ème), il passe au cubisme avec Picasso.

Même dans ses paysage on trouve les bruns, les sables, les verts qu’il affectionnera longtemps!

Les tableaux que je préfère sont les natures mortes avec des instruments de musique. Malheureusement mes préférées avec violon, mandole ne sont pas photographiables (c’est permis sans flash sauf indication contraire).

Dans la salle suivante, on retrouve les bien-connus papiers collés. C’est du papier peint façon bois, des journaux, le plus souvent.

Dans les années 30, sa palette devient plus colorée. Toujours a-plats,  le papier-peint est faux, il imite le papier-peint qui imite le bois…

Braque passe à l’Antiquité avec ces porteuses d’offrandes, presque du Gauguin c’est étonnant!

Théogonie d’Hésiode

Et toujours des musiciens!

Vers 1943, Braque s’installe en Normandie à Varengeville, les thèmes marins font apparition, les falaises d’Etretat, la plage…mais les poissons, en période de restriction pendant la guerre ont peut être un autre sens!

Le Trajet d’une rivière – Anne Cunéo

 

Merci à  Claudialucia et à Dominique de m’avoir incité à lire cet ouvrage!

Roman historique retraçant la vie d’un musicien anglais Francis Tregian (1574 – 1620?) auteur d’une compilation de musiques de la Renaissance le Fitzwilliam Virginal Book, collectionnant la musique anglaise de son temps William Byrd, Thomas Morney mais aussi Monteverdi et des musiciens hollandais.

Quel personnage romanesque que ce gentilhomme musicien, latiniste et bretteur, catholique dans l’Angleterre de la Reine Elisabeth, la protestante, fils d’un proscrit,  catholique,  fanatique opposant à la Reine, musicien passionné, merveilleux interprète, facteur d’orgues et de claviers (appelés en Angleterre virginals)!

Roman de cap et d’épée, de chevauchées à travers toute l’Europe. Mêlé à diverses conspirations pendant les guerres de religion, catholiques contre protestants en Angleterre, mais aussi catholiques « politiques » contre Jésuites, Guise contre Navarre en France, conspiration des Poudres….guerre de Trente ans en Allemagne…Espion, ou franc tireur?

Francis aspire surtout à la liberté de conscience, à  celle de rester catholique sans pour autant trahir la Reine. Envoyé à Douai ses maîtres partisans du duc de Guise, il acquiert la   sympathie d’Henri IV, encore Navarre, et lui confiera même son fils à sa cour.  Liberté de servir son pays sans se laisser manipuler, par Philippe II d’Espagne ou par les Jésuites. Roman de la tolérance religieuse dans une période troublée par l’intolérance.

Mais c’est  la musique qui est la passion de Tregian. Il  rencontre  les plus grands musiciens de son temps. Il fut  l’élève de Thomas Morley. A Mantoue, il fréquente Monteverdi. A Londres il assiste à la première du Songe d’une Nuit d’été et collabore à la mise en scène d’Hamlet et fréquente Shakespeare. Un curieux parallèle s’établit entre le destin de Hamlet de celui du musicien.

Il croisera Rubens mais pas Montaigne bien qu’il emporte partout  le volume des Essais qu’on lui a offert. C’est d’ailleurs à Montaigne que l’auteur, Anne Cuneo fait référence dans le titre du livre Le Trajet d’une Rivière. C’est Claudialucia – grande amatrice de Montaigne – qui lève le mystère du titre. Je me demande toujours ce qui fait qu’un auteur choisisse un titre plutôt qu’un autre. Ce n’est que p. 543 que je trouve une allusion:

« Sur le frêle esquif de ma plume d’oie j’ai parcouru le long trajet entre Golden et Echallens. je me demande si je ne devrais pas profiter de ce que Dieu me donne force et vie pour, en une sorte de pèlerinage, le parcourir en sens inverse. […]Le moment est peut être venu de remonter la rivière de la vie en sens inverse »

Personnage romanesque, aventures inventées par le biographe? peut être pas tant que cela. Anne Cuneo s’est appuyée sur une longue étude des textes, des partitions, faisan t œuvre d’historienne. Dans un dernier chapitre, elle explique son travail. Et à la fin, une solide bibliographie permet d’étayer toutes les affirmations – ou presque….

 

Vaux le Vicomte

Infos pratiques : notre GPS ne reconnait pas Vaux le Vicomte il fallait entrer Maincy. L’entrée est chère 16€, la visite copieuse, il faut prévoir une longue plage horaire au moins la demi journée. On peut faire l’économie de l’audio-guide qui raconte la vie de Fouquet mais pas de la visite du dôme qui vaut vraiment le coup (3€ – 80 marches).

 

Qui ne connaît Vaux le Vicomte?L’histoire de Fouquet de sa fête incroyable qui a entraîné sa chute?

Pour faire la promenade en musique:

En plus de l’anecdote, le château et ses jardins valent vraiment le déplacement. Le château est meublé, Louis XIII, Louis XIV avec ses décors d’origine mais aussi 18ème siècle par les successeurs du Surintendant, entre autres Praslin, duc de Choiseul. Des cabinets sont de toute beauté, c’est devant le premier d’ébène que j’ai réalisé l’origine du mot « ébéniste« , un autre en écaille rouge m’a impressionnée.

Tapisseries et sculptures sont aussi de toute beauté. Puisque je suis en train de lire des Métamorphoses d’Ovide, les sujets mythologiques m’ont interpellée. Je n’ai pas reconnu tous les épisodes.

La vie de Fouquet est le sujet privilégié, on rencontre Lafontaine : son écritoire, ses plumes derrière une tapisserie aux thèmes des fables les plus connues. Vie quotidienne au château : l’audioguide n’oublie pas de nous signaler la porte communicante de la cahmbre des domestiques, à quelques mètres du lit du maître, peu d’intimité! On comprend mieux les valets de Molières qui n’ignoraient rien de leurs patrons.

la visite du dôme est un hymne à la charpente : vitrines avec des outils de menuiserie, plans d’architectes, on termine l’ascension au lanternon par un escalier en colimaçon.

charpente du lanternon

De là, la vue sur les jardins est extraordinaire et invite à la promenade.

Perspective des jardins de Vaux le vicomte

Avant de se promener, dans les sous-sols une exposition consacrée à Le Nôtre explique leur architecture grâce à une maquette de plâtre blanc sur laquelle sont projetés les aménagements, les perspectives, les effets d’optiques créés par les bassins en miroir ou les dénivelés. Deux ruisseaux ont été détournés pour apporter l’eau nécessaire aux bassins, cascades, murs d’eau, jets….Malheureusement les « Grandes eaux ne sont visibles que quelques samedi par an. Il aurait fallu se renseigner.

Le soleil est resplendissant quand nous sortons sur la terrasse. Promenade merveilleuse jusqu’à l’Hercule Farnèse qui clôture la perspective.

 

lire aussi ICI  un blog montrant les autres jardins de Le Nôtre. A propos de Le Nôtre, c’est le 400ème anniversaire de sa naissance, il est à l’honneur aux Tuileries et dans de nombreux jardins.

Lire les Métamorphoses d’Ovide sous l’Olympe…. ou …

LIRE POUR LA GRECE

le Mont Olympe à au sanctuaire de Dion

les Muses sont nées sur les pentes du Mont Olympe et les frais torrents et les sources qui ruissellent invitent Dryades, Sylphides et Nymphes à s’y baigner….comme il serait agréable sous les frondaisons des platanes de s’arrêter pour lire les Métamorphoses qui racontent toute la Mythologie sous le regard (concupiscent) de Zeus et celui (jaloux) d’Héra qui siègent au sommet rafraîchis par les névés encore présents l’été….

 

sous l’Olympe : gorges de Tempi

Presque 2 millénaires ont passé depuis qu’Ovide, exilé sur les bords de la Mer Noire, s’est tu. Et un peu moins de 50 ans que j’ai quitté le lycée et le latin…C’est donc en français (tant pis pour les vers latins) que j’ai téléchargé sur ma liseuse les chants.

Enlèvement de Persephone Vergina fresque macédonienne

J’affabule…je rêve. C’est dans mon autobus matinal, le 281 de 7h13, que je lis les Métamorphoses. J’oublie les immeubles, verre et béton, et voyage avec les nymphes, les déesses et les sylphides.

Rubens : Phaeton

 

 

Phaéton conduit les chevaux du soleil. Iris tend son écharpe colorée. Junon est jalouse, elle transforme ses rivales….

 

 

 

C’est vraiment sous l’Olympe que j’ai eu ce désir de Mythologie, au sanctuaire de Dion. D’autres lieux auraient pu convenir : en Sicile où l’Etna, bouche des Enfers, suggérant l’enlèvement de Perséphone, le mont Ida ou Délos.

Rubens : enlèvement de Proserpine

Si ce poème a traversé les siècles ce n’est pas pour rien!

Un enchantement de lire ces métamorphoses!

Narcisse et Echo Waterhouse
Mythologie fondatrice aussi pour l’histoire de l’art, évocation de tant de tableaux de la Renaissance… on pourrait aussi l’emporter au musée, chercher les Métamorphoses dans les tableaux et les mosaïques. Je le sortirai aussi au jardin et lirai l’histoire de Daphné quand nous taillerons le laurier qui commence à devenir encombrant!

Le Dernier Pharaon : Gilbert Sinoué

LIRE POUR L’ÉGYPTE ET LA GRECE

Mohamed-Ali l’Homme de Kavalla

 

le dernier Pharaon, l’Homme de Kavala, est un personnage passionnant. la biographie que Sinoué lui consacre est un livre d’histoire très bien documenté. Il raconte un demi-siècle de géopolitique au Proche Orient : intrigues entre le vice-roi d’Égypte, Mohamed-Ali et le sultan de la Porte, dans un empire ottoman en déclin. Un demi-siècle de rivalités entre la France et l’Angleterre, entre la campagne de Bonaparte et la garde de la route des Indes. Guerres d’indépendance grecques, Missolonghi et Navarin mais aussi campagnes de Mohamed Ali contre les Wahabites dans la péninsule arabique et conquête du Soudan.


Un demi siècle d’histoire égyptienne entre une Égypte où règnent les Mamelouks et l’incurie avec un effort de modernisation, mise sur pied d’une armée, d’une industrie, nationaliste de l’agriculture et introduction des cultures du coton, de la soie, de la canne à sucre…. effort d’industrialisation, d’un service de santé, d’éducation. Admiration de Bonaparte mais également influence des Saint Simoniens…
Des notes abondantes, des annexes complètent ce livre très détaillé. Peut être un peu trop. On se perd parfois dans les intrigues ou les manœuvres diplomatiques. Lu une première fois la veille d’un voyage en Égypte, je l’ai relu avec plaisir en revenant de Kavala où j’ai visité sa maison natale.

Imaret de Kavala

Stefan Zweig : le monde d’hier

v:

Stefan ZWEIG – LE MONDE D’HIER – Souvenirs d’un Européen – belfond (531p)

Emigré au Brésil, en 1941, Zweig raconte ses souvenirs et retrace 50 ans d’Histoire, de la fin du 19ème siècle à la Seconde Guerre mondiale.

Il analyse l’évolution du « monde de la sécurité » dans la monarchie autrichienne ,. C’était le monde de son père, industriel juif d’origine morave,  où chacun connaissait sa place, s’enrichissait dans la confiance dans le Progrès, où la maturité et l’expérience étaient des valeurs sûres, où on ne faisait pas étalage de sa richesse.

A Vienne, au début du 20ème siècle, la culture était une valeur reconnue de tous, tout au moins dans la bonne bourgeoisie juive. La musique était à son apogée, l’art dramatique aussi, la poésie, la littérature n’était pas réservés à l’élite. Tout Vienne communiait aux grandes premières, aux concerts. Les lycéens se piquaient d’écrire des vers, et même les publiaient. C’est dans cette culture viennoise que se firent les années de formation de Zweig.

Cependant, il se garde bien d’idéaliser cette Belle Epoque : le système éducatif était peu adapté, l’école comparée à un bagne ou à une caserne, lieu d’apprentissage morne et glacé.  La pruderie de l’époque, la morale sociale et surtout le mépris dans lequel on tenait les contingences du corps, aussi bien en ce qui concernait le sexe que le sport, la séparation dans laquelle on maintenait les jeunes filles, l’extension de la prostitution, tout cela n’était guère épanouissant pour un jeune homme ou un adolescent.

Rainer Maria Rilke

Il est en Belgique en juillet 1914. La Première Guerre mondiale, séisme dans l’Europe a d’abord été accueillie dans un enthousiasme communicatif. Quand Zweig rappelle cet enthousiasme et le compare à l’ambiance qui régnait à la veille de la Seconde Guerre mondiale il écrit

« C’est que notre monde de 1939 ne disposait plus d’autant de foi naïve et enfantine que celui de 1914. Alors le peuple se fiait sans réserve à ses autorités ; personne, en Autriche n’aurait risqué cette pensée que l’empereur vénéré François-Joseph, le père de la patrie universellement vénéré[….]aurait appelé son peuple au combat sans y être absolument contraint… »

Zweig ne succombe pas au patriotisme, cette naïveté lui ait sans doute défaut. Il est trop européen pour mettre ses écrits au service de la propagande guerrière. Il voyage dans  un train-hôpital venant du front, rencontre des prisonniers russes et mesure l’horreur de la guerre.  Il se sent bien seul dans l’Autriche en guerre mais il met sa plume au service de la paix écrit sa tragédie Jérémie mais surtout correspond avec Romain Rolland  qui a écrit Au dessus de la mêlée et se trouve en Suisse. Cette rencontre avec Romain Rolland est un des épisodes qui m’a le plus intéressée.

Romain Rolland

Avec la fin de la guerre Zweig retourne en Autriche, s’installe à Salzbourg pour y assister à une grande misère, à l’inflation galopante, effondrement des fortunes traditionnelles, inflation qui se répétera en Allemagne, et qui sera un des ferments de la montée d’Hitler. Il est impatient de revoir le monde et conte plaisir de se sentir bien accueilli en Italie, pays ennemi pendant la guerre. C’est aussi le temps des succès littéraires de Zweig dont les œuvres sont traduites dans le monde entier et qui est reçu partout. La décennie1924 à 1933 est décrite comme une époque de tranquillité avant que ce seul homme bouleversât le monde ». Il visite la nouvelle Russie,  rencontre Gorki. Le Festival de Salzbourg entraîne avec lui un bon nombre de célébrités.

Gorki à Capri

Comment n’a-t-il pas vu le danger qu’Hitler représentait avant 1933 ? En tout cas, très tôt il a ressenti personnellement les effets du nazisme, les autodafés de ses livres. Une collaboration avec Richard Strauss pour un livret d’opéra tourna court : à la deuxième représentation tout fut annulé. Zweig prit assez tôt la mesure de la catastrophe et c’est déjà en 1933 qu’il quitta Salzbourg pour Londres et l’exil.

Zweig, biographe hors pair, de Marie Stuart, Fouché ou Erasme et tant d’autre excelle dans le Monde d’hier quand il relate ses rencontres avec Herzl, Rilke, Joyce, Rodin, Romain Rolland, Verhaeren, Freud. Ses portraits sont vivants, remarquables.

 

 

Gérard de Nerval :Voyage en Orient

VOYAGE EN ORIENT

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« Je vais au-devant du soleil…Il flamboie à mes yeux dans les brumes colorées de l’Orient…. »

Nerval est parti à l’aventure, sans  aucun plan, aucun programme. Sa relation est une série de récits à un ami dans lequel ajoute des anecdotes et même des contes.

« Tu ne m’as pas encore demandé où je vais : le sais-je moi-même ? je vais tâcher de voir des pays que je n’ai pas vus…. »

 

Nerval n’est pas parti en pèlerin, comme Chateaubriand ou comme Byron, il ne s’est pas chargé d’une bibliothèque comme Lamartine. Nerval pare des charmes de l’Orient, les rives du Lac de Constance dont le nom évoque Constantinople. Nerval est dilettante, il cherche la bonne fortune, s’attarde sous le charme des belles à Vienne qu’il quittera après une rupture sentimentale. Vienne est-elle encore la porte de l’Orient ? Ou seulement une étape agréable ?

 Il embarque à Trieste sur l’Adriatique par un temps épouvantable, fait relâche à Corfou dont nous ne saurons rien, et, après une tempête, aborde à Cythère

« …ma journée a commencé comme un chant d’Homère ! C’était vraiment l’Aurore aux doigts de rose qui m’ouvrait les portes de l’Orient !… »

S’il commence sur le mode lyrique, il ajoute aussitôt :

Embarquement pour Cythère – Watteau

« Pour rentrer dans la prose, il faut avouer Que Cythère n’a conservé de toutes ses beautés que les rocs de porphyre, aussi tristes à voir que de simples rochers de grès. Pas un arbre sur la côte […] pas une rose, hélas ! Pas un coquillage le long de ce bord où les Néréides avaient choisi la conque de Cypris. Je cherchais les bergers et les bergères de Watteau…. »

Mais plutôt que de rester dans un inventaire prosaïque de ses déceptions, il préfère écrire un chapitre s’intitulant : La Messe de Vénus où il raconte les amours de Polyphile et de Polia, deux amants se préparant au pèlerinage de Cythère. Polyphile, c’est-à-dire Francesco Colonna, peintre du 15ème s’éprit d’une princesse italienne…Nerval, le poète s’autorise toute digression anachronique, pour notre plus grand plaisir. Mais il ne nous prive pas de la description de l’île, sous domination anglaise. Il cherche les vestiges du temple de Vénus, découvre une arche portant une inscription qu’il traduit : guérison des cœurs !

Avant de naviguer dans les Cyclades, il passe le Cap Malée « c’est un lieu magnifique en effet pour rêver au bruit des flots comme un moine romantique de Byron ! »

Dans la rade de Syra (Syros ?) : « je vis ce matin dans un ravissement complet. Je voudrais m’arrêter tout à fait chez ce bon peuple hellène, au milieu de ces îles aux noms sonores et d’où s’exhale comme un parfum du Jardin des Racines grecques » et de nous faire une démonstration de ses connaissances « Ah que je remercie à présent mes bons professeurs, tant de fois maudits, de m’avoir appris de quoi déchiffrer à Syra l’enseigne d’un barbier … »

Mais aux moulins de Syra, sa connaissances du Grec lui fait défaut et l’entraîne dans ne sorte de chasse aux jeunes filles, en revanche il est capable de suivre une un drame hellénique  où un Léonidas moderne avec trois cents palikares terminent la pièce par des coups de fusil.

J’aurais volontiers suivi Nerval dans d’autres aventures aussi distrayantes mais il ne s’attarde pas et fait voile vers l’Egypte.

Sa première impression est que « l’Égypte est un vaste tombeau : […] en abordant cette plage d’Alexandrie qui, avec ses ruines et ses monticules offre aux yeux des tombeaux épars sur un terre de cendre. ». En touriste, il va voir la colonne de Pompée, les bains de Cléopâtre et « je ne te parle pas d’une grande place tout européenne formée par les palais des consuls… »

Pierre Narcisse – bonaparte faisant grâce aux révoltés du Caire

Le titre de la partie consacrée au Caire : LES FEMMES DU CAIRE, est instructif. Nerval nous racontera son ascensions aux Pyramides, décrira les marchés, les palais…mais il ne se comporte pas comme les autres visiteurs. Sa première préoccupation est de découvrir les femmes égyptiennes  « Arrêtons-nous, et cherchons à soulever un coin du voile austère de la déesse de Saïs. » »L’habit mystérieux des femmes donne à la foule qui remplit les rues l’aspect joyeux d’un bal masqué », écrit-il un peu plus loin. Loin d’épouser les préjugés occidentaux, il imagine que le voile procure aux égyptiennes une liberté que les européennes ne connaîtraient pas.

Son drogman, son interprète Abdallah, essaie de lui faire connaître les mœurs des Européens au Caire, l’entraîne dans les hôtels,  mais « autant voudrait n’être point parti de Marseille. J’aime mieux, pour moi essayer la vie orientale tout à fait. ». Il décide de louer une maison, il doit d’abord acheter du mobilier au bazar, engager du personnel mais ce qu’il n’avait pas prévu c’est qu’il lui faudrait prendre femme. Cette aventure occupe une bonne partie de son séjour au Caire et lui permet d’entrer dans l’intimité de familles coptes ou musulmanes à la recherche d’une épouse convenable.

« Ne vous mariez pas, et surtout ne prenez point le turban ! » lui conseille un peintre français officiant avec un daguerréotype. Abdallah, le drogman est d’un autre avis, il propose des « mariages coptes » qui, avec l’avantage d’être chrétien, ne l’engagerait que pour le temps de son séjour en Egypte – mariage temporaire, en quelque sorte, trouvées par l’intermédiaire d’un wekil – un entremetteur. L’idée du mariage temporaire heurte la sensibilité de Nerval, une dernière solution lui paraît meilleure : acheter  une esclave qu’il libèrerait ainsi…

 Nous voilà bien loin des relations de voyage des pèlerins ou des touristes de Cook ! Nous arrivons en pleines Mille et Unes Nuits, au Besestain – le bazar – dans les jardins de Rosette, dans un bois d’orangers et de mûriers – au Mousky… Nerval nous fait découvrir la vie quotidienne au Caire où il se promène sur des ânes ou à pied. Rencontres insolites avec les anciens compagnons de Bonaparte restés en Égypte. Nerval ne partage pas les préjugés en cours: « je trouve qu’en général ce pauvre peuple d’Égypte est trop méprisé par les Européens ».

Nous suivons ses progrès dans la langue arabe dont il ne connaît au début qu’un seul mot Tayeb bon pour  tous les usages, découvrons la cuisine locale, y compris les sauterelles,

Après huit mois passés au Caire, avec son esclave Zeynab, Nerval s’embarque sur une cange sur le Nil bravant la peste qui sévit dans le delta et poursuit vers Beyrouth sur La Santa-Barbara,   bateau grec en compagnie d’un jeune arménien poéte. La navigation à voile est hasardeuse : 

« Pour peu que les vents nous fussent contraires nous risquions d’aller faire connaissance avec la patrie inhospitalière des Lestrigons ou les rochers porphyreux des Phéaciens. O Ulysse ! Télémaque ! Enée ! Étais-je destiné à vérifier par moi-même votre itinéraire fallacieux ! « 

Contrairement à Chateaubriand et son catholicisme militant, à Lamartine qui se réjouissait d’emboiter les pas de Jésus, Nerval se présente comme « un Parisien nourri d’idées philosophiques, un fils de Voltaire, un impie selon l’opinion des braves gens ! » il est donc dénué de préjugés religieux et admire la tolérance mutuelle pour les religions diverses. C’est cette tolérance qui le différencie de ses prédécesseurs fameux et qui le rend tellement ouvert à toutes les croyances et les traditions. Devant les côtes de Palestine, il n’éprouve aucun enthousiasme mystique, mais décrit les montagnes, l’aspect de la côte et, surtout raconte la quarantaine à laquelle ils sont soumis arrivant d’une zone où sévit la peste.

Au Liban, dans la Montagne,  il est l’hôte des Maronites, mais aussi des Druzes, assiste aux batailles entre ces communautés. Un moment, il pense participer à ces combats :

 « Que je puisse assister, dans ma vie à une lutte un peu grandiose, à une guerre religieuse. Il serait si beau d’y mourir pour la cause que vous défendez »

Mais dans le feu de l’action, le voilà qui reconnaît les druzes qui l’avaient si bien accueilli et que les vengeances, les destructions sans fin ne le concernent pas et il conclue

« Au fond, ces peuples s’estiment entre eux plus qu’on ne croit et ne peuvent oublier les liens qui les unissaient jadis. Tourmentés et excités soit par les missionnaires, soit par les moines, dans l’intérêt des puissances européennes, ils se ménagent à la manière des condottieri d’autrefois, qui livraient de grands combats sans effusion de sang… »

Pour être plus libre de ses mouvements dans la montagne, Nerval a laissé son esclave Zeynab à la pension de madame Carlès. Il y rencontre une jeune Druze dont il tombe amoureux. Il va donc essayer de faire libérer le père de Selma,  emprisonné par les Turcs de demander sa main. Fasciné par cette religion secrète, il tente d’en pénétrer les arcanes et trouve une parenté entre leur dogme et les secrets des Rose-Croix.

Interrompant son journal de bord, il raconte, sur le ton du conte oriental, l’HISTOIRE DU CALIFE HAKEM  en l’an 1000, dans les ruines du Vieux Caire. Hachich, rêves, prodiges… le conte, ou la légende est passionnante.

Encore une fois, Nerval qui a donné l’impression de vouloir se fixer au Liban reprend le voyage pour Constantinople.

Antoine Melling – Constantinople

« ville étrange que Constantinople ! Splendeur et misère, larmes et joie ; l’arbitraire plus qu’ailleurs, et aussi plus de liberté. Turcs, Arméniens, Grecs et Juifs, enfants du même sol et se supportant beaucoup mieux les uns les autres que ne le font, chez nous les gens de diverses provinces ou de divers partis. »

Encore une fois, la tolérance de Nerval est remarquable ! Curiosité de la variété des langues, des journaux, de la cuisine !

Alors qu’au Caire, il fuyait les Européens, à Constantinople, il fréquente Arméniens et européens et les Grecs  qui ne sont pas touristes mais partie prenante de la vie de la ville. Les Mille et Une Nuits ne sont pas loin : un inconnu lui raconte une aventure arrivée au Sérail.

Arrivé au moment du Ramadan, Nerval ne veut pas renoncer aux fêtes nocturnes. Le seul moyen d’y assister est de loger à Stamboul :  « Pensée absurde au premier abord attendu qu’aucun chrétien n’a le droit d’y prendre domicile » « eh bien ! un moyen seul existe ici,c’ est de vous faire passer pour Persan. »

Et voilà Nerval obligé de se déguiser en marchant persan  pour loger dans un caravansérail. Le jour en revanche, il était libre d’aller à Péra  ou ailleurs, visiter ses amis chrétiens ! A nouveau, prétexte à nous raconter un conte : spectacle de Karagueuz !

De tous les voyageurs romantiques que j’ai lus, Nerval m’apparaît le meilleur compagnon avec sa grande tolérance, son absence de préjugés, et sa fantaisie.

Ainsi se termine son voyage :

« J’ai été fort touché à Constantinople en voyant de bons derviches assister à la messe. La parole de Dieu leur paraissait bonne dans toutes les langues. Du reste, ils n’obligent personne à tourner comme un volant au son des flûtes, – ce qui pour eux-mêmes est la plus sublime façon d’honorer le ciel. »

Plutarque : Vie d’Alexandre le Grand

 

Alexandre – musée de Thessalonique

LIRE POUR LA GRECE

PLUTARQUE : vie d’Alexandre le Grand (Kindle)

Alexandre est une figure que j’ai croisée à plusieurs reprises, à Siwa et Alexandrie, en Bulgarie, bien sûr au Louvre. J’ai lu plusieurs biographies, Le Roman d’Alexandre de Pseudo-Callisthène et La Légende d’Alexandre  présentée par Lacarrière se basant sur une version byzantine. J’ai également aimé le roman de Gaudé,  Pour seul Cortège. J’ai emporté la Vie d’Alexandre de Plutarque sur ma liseuse en Macédoine.

C’est à quelques pas du site de Filippi, nommée en l’honneur de Philippe II, le père d’Alexandre, que j’ai commencé cette lecture.

J’ai été ravie de cette lecture ! Quelle fraîcheur dans ce texte ancien !

 Plutarque s’est attaché au personnage plus qu’à ses conquêtes. Plutôt que de raconter des exploits guerriers ou de faire l’inventaire des victoires, il narre des anecdotes vivantes pour louer l’humanité du héros, sa tempérance, sa simplicité. Certaines histoires sont connues. C’est un véritable plaisir de retourner aux sources, de lire comment il a dompté Bucéphale, cheval fougueux mais peureux, la rencontre avec Diogène est aussi célèbre…. Pas de nœud gordien !

  « Alexandre jugeant avec raison qu’il est plus digne d’un roi de se vaincre soi-même que de triompher de ses ennemis… » 

Plutarque  s’attache à montrer sa magnanimité avec la femme de Darius et ses filles, comportement chevaleresque avant l’heure !

Roi philosophe et lettré également. Plutarque raconte  qu’ayant fondu les meubles en or de Darius il fit confectionner une cassette et qu’on lui demanda quel était le plus grand trésor à y enfermer il répondit  « l’Iliade ».

Plutarque raconte aussi l’expédition à Siwa, et sa rencontre au prophète d’Ammon de façon plaisante, mettant sur le compte d’un lapsus et de la méconnaissance du grec la parole signifiant « fils de Jupiter » !

Détails pittoresques, anecdotes amusantes,  je ne me suis pas ennuyée un instant lors de la première lecture. Tandis que je rédige ce billet, je redécouvre des détails auxquels je n’avais pas prêté attention et relis avec un plaisir renouvelé.

Alexandre le Grand à la bataille d’Issos (via Wikipedia)

Takis THEODOROPOULOS – Le Roman de Xénophon

LIRE POUR LA GRECE

 

Takis THEODOROPOULOS – Le Roman de Xénophon (sabine wespieser) 344p.

Que faisaient les Dix Mille dans la  guerre de Cyrus contre Artaxerxés ?

Comment Xénophon l’Athénien est-il devenu leur général ?

Pourquoi, a-t-il raconté l’expédition dans l’Anabase ?

  Pourquoiest-il parti à Sparte au lieu de retourner à Athènes.

Autant de questions sans réponses.

 En Arménie, les guides des Musées Archéologiques avaient fait référence à Xénophon et m’avaient donné envie de relire l’Anabase –étudiée au lycée, mais dont le seul souvenir se résumait à Thalassa ! J’ai donc redécouvert l’Anabase avec grand plaisir.

Le Roman de Xénophon  est donc arrivé à point, à la veille de notre départ en Macédoine !

Dès les premiers chapitres, j’ai découvert Athènes, en 403, au moment du rétablissement de la démocratie, en effervescence, en pleines histoires de ciguë, après le régime des Trente tyrans. La démocratie n’allait pas de soi, ni l’hégémonie athénienne. Xénophon, partisan de l’oligarchie, revêt la tunique rouge des spartiates… Alcibiade a entrainé quelques années plus tôt Athènes à la catastrophe..

Roman historique, raconté dans un style alerte, primesautier, ironique,  fantaisiste ? L’écriture de Théodoropoulos, pleine d’humour laisse penser à un roman facile. Savoureux anachronismes que l’interprétation psychanalytique des rêves antiques, amusant rôle de Platon en philosophe jaloux de sa popularité, enterrement des textes de Xénophon dans la bibliothèque de l’académie, autant de ressemblances avec des mesquineries universitaires contemporaines. On s’amuse des correspondances !

Pourtant c’est aussi le livre d’un érudit, qui sait manier aussi bien les textes antiques, l’histoire et la philosophie. Plus sérieux qu’on ne l’imaginerait de prime abord. L’Anabase n’est pas la seule œuvre de Xénophon. Je découvre d’autres facettes, un Banquet mettant en scène Socrate, et nombreux écrits historiques, sans parler d’une Economique.

La lectrice béotienne en reste aux conjectures. L’alter ego Thémistogène, l’écrivain raté, secrétaire de Xénophon, buveur et obsédé, sous l’emprise de Dionysos, a-t-il existé ou est-il un produit de l’imagination du romancier ? Et la femme de Xénophon, « envoyée d’Artémis », arrivée déshabillée dans le camp des Grecs, Théodoropoulos l’a-t-il inventée de toute pièce ? Son  interprétation de  la mort de Socrate est-elle personnelle ou reconnue ?

J’ai en tout cas pris grand plaisir à cette lecture.

Petros Markaris – L’empoisonneuse d’Istanbul

LIRE POUR LA GRECE (ET POUR ISTANBUL)

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Petros MARKARIS – L’EMPOISONNEUSE D’ISTANBUL (Seuil policiers) 290p.

Le commissaire Charitos est en vacances. En voyage organisé, il visite les lieux touristiques d’Istanbul. Vassiliadis, un écrivain, contacte le policier : il s’inquiète de la disparition d’une vieille dame qui devrait se trouver dans la ville.

Charitos mène l’enquête en parallèle avec les visites touristiques  et les sorties au restaurant.

Ce n’est pas l’enquête policière qui a retenu mon attention, plutôt la visite d’Istanbul. Istanbul présentée aux touristes grecs, mais aussi Constantinople racontée par les Grecs natifs de la ville (comme l’auteur du livre), ceux qui ont émigré en Grèce à la suite des vagues d’émigrations, en 1922 d’abord avec les transferts de population, mais aussi plus tard, à la suite de persécutions, de la crise chypriote… Maria, l’empoisonneuse nonagénaire, est originaire du Pont Euxin, son  histoire est aussi une page de l’histoire grecque.

Rentrant de Macédoine et de Thrace, je suis particulièrement sensible à cette histoire d’émigration.

Charitos est associé à un policier  turc,  Murat. C’est l’occasion de montrer les relations entre Grecs et Turcs. Relations pleines de suspicion d’abord. Mais aussi comparaison entre  ces voisins si proches, qui partagent tant de leur histoire et de leur culture, qui apprécient la même cuisine.  Comparaison entre la « petite Grèce » face à la puissance ottomane, mais aussi entre la Grèce moderne faisant partie de l’Union Européenne, alors que la Turquie attend son intégration. Comparaison entre Athènes, un peu provinciale face à Constantinople, la grande Ville, riche cosmopolite et raffinée..

La surprise ne vient pas tant de la suite d’empoisonnements que des relations entre Murat et Charitos. Ne pas spoiler….je n’en écrirai pas plus !