HoChiMinhville : premières découvertes

CARNET VIETNAMIEN

 

les motos


A la sortie de l’aéroport, personne ne nous attend. Parmi les nombreuses pancartes notre nom ne figure pas.

La postière, en costume traditionnel, jaune P etT,  téléphone au correspondant de l’agence. Explications embrouillées:

– « The driver is on the way !  »

9h30 –  toujours rien ! La postière vient me chercher dans le hall de l’aérogare. L’hôtel Liberty 3 a appelé.

Nous prenons un taxi. Je suis démoralisée. D’habitude, nous nous débrouillons par nous même. Pour une fois que nous avons eu recours à une agence, et que tout semble organisé, cela se passe mal. Nous n’avons aucun voucher pour les hôtels, ni les billets d’autobus et de train. Et si nous étions tombées dans une arnaque?

Dans le taxi,  je suis trop préoccupée pour faire du tourisme. Mes premières impressions de Saigon seront vagues. Une circulation infernale où certaines motos remontent le courant à contre-sens le long du trottoir.  Une urbanisation anarchique. Notre taxi se faufile dans le flot des motos, très peu de voitures, quelques vélos. Je comprends tout de suite pourquoi les touristes n’ont pas le droit de conduire ici. Pour une densité de deux roues équivalente à celle de Cotonou, l’air est curieusement respirable : les motos sont neuves. Malgré cela, de nombreux motards sont masqués surtout les femmes qui ont le visage complètement protégé, leurs avant-bras sont couverts de gants à manches longues. Ces protections sont peut être anti-chute ?

hôtel Liberty3

Vu du balcon de Liberty3: le parc

Dans le hall de l’hôtel, notre guide glisse 4 billets de 50 000VND en dédommagement du prix de la course en taxi que j’ai payée en € .

Liberty3  a 7 étages et une soixantaine de chambres. Il est situé sur une grande place. Notre chambre est vaste, haut plafond bordé par une corniche soignée et des moulures sobres. Trois portes laquées vert d’eau font face à un rideau orange qui habille la grande baie et la porte-fenêtre. Sur le balcon, une poterie bleue contient un palmier et une plante rampante. Mobilier sobre – style hôtel-  télé-satellite, une coiffeuse. Sonnées par la nuit d’avion et l’émotion, nous dormons toute la matinée.

Sous un ciel couvert, mais lumineux, nous partons à pied explorer les environs.  Le « quartier routard », les hôtels sur la Rue Pham Ngu Lao et mini hôtels dans les ruelles adjacentes. Partout, des agences de voyage proposent des excursions, des magasins de souvenirs, des photographes, des restaurants bon marché…tout ce dont les touristes pourraient avoir besoin. Des jeunes filles transportent des piles de best-sellers : Da Vinci code, Papillon, guides Lonely-Planet.

Après avoir fait le tour du pâté de maison, nous arrivons dans un parc très vert aux pelouses plantées d’une graminée aux feuilles larges et épaisses, ombragé par de grands arbres et coloré de massifs de fleurs, amarantes à crêtes roses très roses, impatiens.  Dans des poteries des topiaires très asiatiques : des arbres découpés en rondelles parallèles horizontales ou en petites boules imitant la silhouette du pin. Les jardinières, habillées de bleu arborent le chapeau conique typique.

 Le Marché

 

le marché et les fruits exotiques

Le marché Bien Than est une belle halle coloniale. Nous y entrons par la section des vêtements et des chaussures. J’adore les ambiances de marchés, souks d’Istanbul, du Caire ou de Marrakech, marché africain de Praia ou de Cotonou. Je me laisse tenter par une bricole : un éventail à 10 000 dongs (0.5€). La jeune vendeuse  fait une démonstration : le faire glisser le côté sur l’avant-bras puis casser le poignet. Les marchands de fruits ont construit des piles soignées,  ramboutans hérissés pointes entre jaune, orange et rouge, longanes brunes, gros pamplemousses  verts pâle comme ceux de Cuba. Les oranges se vendent vertes. De curieux fruits fuchsia ressemblent à des raves (peut être ce ne sont pas des fruits ?) Des durians spectaculaires, des anones, des goyaves…

Hôtel de Ville

l’hôtel de ville de HoChiMinhVille

A la sortie du marché nous traversons la Rue Pasteur et trouvons facilement l’Hôtel de Ville (1901-1908) style néo-Renaissance, IIIème République, très kitsch, très pâtisserie, sans grand intérêt quoique très vanté par les guides. Dans un jardin en face, Ho Chi Minh avec un enfant, une belle statue. Le vieux chef a une attitude sympathique. Toujours des petits arbres taillés dans de belles poteries. Comment les nommer ? Topiaires ? Bonsaïs ? Arbustes taillés ?

A la Poste

Poste coloniale, héros révolutionnaires

Bâtiment colonial peint en rose abricot pâle, rehaussé de stucs blancs, style pâtisserie, persiennes vert foncé, une frise Art Nouveau jaune et vert. Deux petits jardins fleuris aux topiaires bien taillés ont chacun  une statue représentant un couple révolutionnaire qui se détache sur un mur portant des plaques enguirlandées honorant Joule, Ohm, Faraday, Galvani, Gay-Lussac, Ampère, Louis XI, Laplace, Descartes… que vient faire Louis XI ?

En face de la Poste la cathédrale de brique roses pseudo romane. Je n’ai que très eu de goût pour ces édifices sans aucune invention, plagiats ennuyeux.

Rue Catinat

Nous descendons l’avenue la plus célèbre, l’ancienne rue Catinat maintenant Don Khoi, les « Champs Élysées » de Saigon : boutiques de luxe, beaux hôtels, un très joli théâtre (toujours Belle Époque) genre Garnier mais petit, encadré de deux jardins agrémentés chacun d’une fontaine de marbre rouge, sur l’une un flûtiste sur l’autre un violoniste. C’est charmant ! Alors que nous allons à la Rivière, des jeunes filles proposent des soins de beauté, manucure.

Bords de la rivière de Saigon

Sur notre rive : un bel hôtel, des cafés, un jardin public aux pelouses très vertes et aux grands arbres noueux. Sur l’autre rive : des entrepôts couverts de tôles rouillées, on devine aussi des habitations.

Pas de pont, des navettes de bacs de tout gabarit. Entre les deux berges coule la rivière de Saigon, grise et boueuse charriant des branches vertes mais aussi des bidons

Un remorqueur tire deux barges vides, un gros bateau gris très enfoncé. Que transporte- t il ? De frêles barques à la proue très relevée ont perdu leur peinture. Le propriétaire a peint de beaux yeux rouges sur l’une d’elle.

Tous les bancs sont occupés : vieillards, vendeuses de livres, touristes buvant des canettes de coca…une mendiante veut se faire offrir une bouteille d’eau. Elle monte sur l’estrade du café et termine un verre oublié sur une table.

Des gouttes tombent. On  s’en réjouit, imaginant que la pluie va rafraîchir l’air. Brusquement il tombe des cataractes. Un négociant en vins nous invite gracieusement à nous abriter dans sa boutique. Une jeune fille nous apporte un minuscule tabouret en plastique bleu. En un clin d’œil, les pèlerines sont déployées sur les motos. De couleurs vives quelquefois transparentes, à gros pois verts ou violets. Une visière permet de circuler à moto. L’ennui c’est que les motos éclaboussent les passants qui tentent de traverser. Nous rentrons trempées sous le soleil. Une bonne douche et des habits secs, il n’y paraît plus rien.

Dîner dans le quartier routard. D, peu aventureuse, choisit un  poulet frit dans un fast food . Je tiens à l’exotisme, m’attable à une gargote pour routards, et commande un  poulet aux légumes, cuit à la vapeur, insipide. Thé est à volonté et gratuit.

 

En vol vers le Vietnam

CARNET VIETNAMIEN

12h10 -Vietnam Airline

Roissy : l’équipage de Vietnam Airline

 

Première photo des vacances : l’équipage. Les hôtesses sont vêtues de la longue tunique fendue rouge au petit col droit galonné d’orange, les cheveux tirés en un gros chignon.

 

Ciel partiellement nuageux, survolons Reims,  l’Allemagne, collines et vignobles… la Tchéquie, le paysage varie peu, peut être plus boisé, des parcelles plus petites, des ruisseaux qui serpentent…Sur l’écran, les noms de Cracovie, Lvov : ma géographie hésite. Sommes nous au dessus de la Pologne, de la Biélorussie ou de l’Ukraine ? Le relief s’est estompé, routes droites, grands champs, nombreuses pièces d’eau. L’avion vole haut, 10 600m, nous avons parcouru 1700 km.

Décalage horaire

Vers l’Est, le temps est avalé. Se forcer à dormir pour arriver en forme à Ho Chi Minh Ville. L’équipage fait régner la discipline avec fermeté:17h, heure de Paris,  fermeture des volets. Au Vietnam, il est 22 heures. On se plie à cette nouvelle heure, de l’Asie du sud Est, plongée dans la nuit. Je sors mon masque et mes bouchons d’oreilles. Par miracle j’arrive à m’endormir !

Quelques réveils plus tard, l’avion vient de dépasser la Mer Noire, sur la carte Groznyï et Bakou. Le Caucase est invisible. L’avion a pris de l’altitude, plus de 11000m sandwiches . Sur l’écran, des villes mythiques : Boukhara, Samarkande, Douchanbé, l’Asie Centrale  dans la nuit. Afghanistan:  de Herat à Kaboul, très haut au dessus des montagnes et des guerres. Pakistan, il reste  5heures de vol. J’ai dormi 4heures. Je regarde un documentaire sur Dien Bien Phu, Geneviève de Gallard dont j’ai parcouru le livre il y a deux jours. Le ciel se découvre à l’arrivée.

 

Jef Aerosol expose à la MAC

LE MONDE EN EXPO

Street art! Peintre au pochoir.

Devant tags et grafs je suis dubitative. Est-ce de l’art? Certains m’amusent. Certains égaient une ville grise et neutre. A force d’en voir, je me suis lassée. En revanche, les pochoirs me surprennent et souvent me plaisent.

 

Cette exposition montre un art du pochoir, de l’aérosol très élaboré. Sur toile et non pas sur les murs. Triptyques, montages de personnages sur du carton ondulé brut, portraits d’artistes. Le monde de Jef Aérosol est un peu le mien : les artistes qu’il représente sont souvent des musiciens, Bob Dylan, Gainsbourg, mais aussi l’accordéoniste roumain du métro, les joueurs de banjo des westerns… et puis, au détour de la rue, Beckett ou Sartre.

Noir et blanc, surtout avec de petites flèches rouges. Parfois la couleur éclate.

Je n’y connais rien à l’art contemporain mais ce plasticien m’a scotchée!

celui-là m’a vraiment fait un clin d’œil!

Une conférencière explique à une trentaine de bambins du centre aéré  ce qu’est un pochoir, elle leur parle de la loi de 1881 qui interdit d’afficher  et d’écrire sur les murs. Elle raconte les grottes préhistoriques, les premiers pochoirs : la terre brune soufflée autour d’une main…. les enfants sont attentifs. Moi aussi!

 

ATHINA – Alexandre Najjar

LIRE POUR LA GRECE

 

 

Athina est née en Crète. Des Crétois elle tient cette résistance. Élevée comme un garçon, elle est instruite par un pope qui lui enseigne le Français, l’anglais et la révolte. Elle se fait accepter des jeunes kapitans.

 

 

 

 

 « …..- La révolte, c’est le sentiment le plus grand qui existe. La révolte, c’est comme quand le vent souffle et que rien ne l’arrête ; c’est comme les vagues lorsqu’elles se déchaînent et qu’elles fouettent les rochers…
     –  Qu’est-ce qui la provoque, papas ?
     –  Elle naît de l’injustice. L’injustice est pareille à l’eau qu’on chauffe dans une marmite. Quand elle bout trop longtemps, elle déborde : c’est cela la révolte.
     –  Ce que je n’arrive pas à m’imaginer, c’est ce qu’on ressent vraiment à ce moment-là… Est-ce quelque chose de physique, un peu comme la faim ou la soif ?
     –  Oui, répondit-il. On éprouve une sorte d’illumination, d’extase. On ressent le besoin de renverser l’ordre établi. On a la conviction de pouvoir changer les choses et, aussi, l’impression de ne pas avoir tort parce qu’on est dans le camp de Dieu.
     –  Vous voulez dire que Dieu est toujours dans le camp des révoltés ?
     –  Oui, affirma le pope en hochant la tête. Dieu prend toujours le parti de la Liberté. »

« Le pope, se servant de son encensoir comme un fléau d’arme« , tue un Turc. Athina entre en résistance pour le libérer et doit fuir à Chios,  où elle est témoin des massacres (l’enfant grec de Victor Hugo).

J’ai plaisir à retrouver des lieux que j’aime, Ierapetra, Chios ou Rhodes.

Ce roman historique  fait réviser toute l’histoire des luttes pour l’Indépendance de la Grèce. Roman historique pédagogique : Athina rencontre les chefs de guerre. Kanaris devant Chios, l’envoie à Athènes puis elle se bat avec Botsaris. A Missonlonghi elle assiste à la mort de Lord Byron, combat avec les Souliotes, et tombe amoureuse d’un Français, officier de Napoléon qui a préféré épouser la cause hellène plutôt que de faire allégeance à Louis XVIII. Siège de l’Acropole.  Retour à Chios. l’auteur en profite pour détailler les alliances (et les félonies). Chios ne sera pas libérée. Escale à Rhodes – visite guidée de la vieille ville – pour Lamartine!Enfin, la Crète et pour finir le sacrifice du monastère d’Arkadi.

En 300pages, une histoire amoureuse avec un français philhellène s’est terminée. Les Crétois étaient vêtus de braies et de bottes avec leur foulard noir à pompons. On a cueilli les olives, dégusté des mezzés…. visité l’Acropole…. le must du tourisme et l’essentiel de l’histoire. Les combattants on dit souvent « la Liberté ou la Mort« ! Rien d’original!

Évidemment, rien de comparables aux écrits  de Kazantzaki  ou de Byron, Châteaubriant, et Lamartine. Mais un digest bien écrit et bien fait. Tout le monde n’a pas le temps de lire des centaines de pages!

Niaye film de SEMBENE Ousmane 1964 dvd

FESTIVAL SENEGALAIS

noir et blanc – 35 mn 4/3

Film d’un autre temps?

d’un village ou les cases sont de bois et de paille, de canisses les palissades. Où les traditions ancestrales semblent régner.

Pourtant les cases vides qui s’effondrent témoignent déjà de l’exode rural. comme le trône du chef du village, un transat de toile, les anciens ont encore en mémoire la noblesse des castes. mais on sent la décomposition.

Le griot raconte la honte répandue sur le village : le chef a conçu un enfant incestueux à sa fille. La mère ne supportera pas l’opprobre. Son fils est rentré fou de la guerre coloniale. il arpente la place en uniforme avec son drapeau au pas militaire. la musique militaire « au près de ma blonde «  couvre la musique du griot… les catastrophes se succèderont jusqu’à ce que la petite fille soit chassée avec son enfant.

http://www.africanfilmlibrary.com/Movies/Video/9317/988/Niaye

Wajdja – de Haifaa Al-Mansour :1er film saoudien

LES PETITES ET LES GRANDES VICTOIRES DES FEMMES

Que le premier film saoudien soit réalisé par une femme, c’est déjà une belle avancée pour les femmes! Qu’il raconte l’obstination de Wajdja 12 ans qui veut acheter le vélo de ses rêves pour faire la course avec son ami Abdallah et qui va tout faire pour l’obtenir. C’est aussi une victoire de la voir rayonnante pédaler en tête de course, en jeans et converses!

Que ce soit un bon film qui a la pêche, c’est encore mieux. Elle est géniale, Wajdja, avec ses converses, ses combines, son casque pour écouter la même musique que toutes les petites filles du monde, son aplomb face à la terrifiante directrice de l’école des filles. Aucun apitoiement  sur la condition féminine, même quand le chauffeur, pourtant émigré sans papier, se permet de rudoyer les femmes qu’il conduit. Surtout quand le beau mari s’enfuit de la maison pour un second mariage. Elles ne pleurent pas, se réconfortent, et se construisent un avenir mère et fille,  belles, fières, actives.

Guelwaar – film de Sembène Ousmane dvd – 1992

FESTIVAL SÉNÉGALAIS

 Bien que sorti en 1992, ce film dont le titre complet est Guelwaar, légende africaine de l’Afrique du XXIè siècle est encore d’une criante actualité. C’est un  film magnifique.

Pierre-Henri Thioune doit être enterré au village. Il a demandé une messe en latin. Tout le village est présent pour ses obsèques qui ne peuvent avoir lieu parce que le corps du défunt a disparu à la morgue. Négligence? Méprise?

Barthélémy, son fils, venu de France s’adresse à la police. l’adjudant Gora finit par retrouver la trace du corps qui a été enterré par erreur dans un cimetière musulman. Confrontation entre les deux communautés? Les guerres de religion sont évitées grâce à  la sagesse de l’Abbé et la modération de l’Imam qui parviennent à grand mal à contenir leurs ouailles. Les anciens des deux villages se connaissent bien, s’apprécient.

l’aide alimentaire

L’arrivée du député accompagné du préfet et celle des camions de l’Aide Alimentaire font prendre une tournure politique au film : Pierre Henri Thioune, appelé Guelwaar est mort dans des circonstances troubles après avoir pris la parole dans un meeting contestant la pertinence et la distribution de l’aide internationale alimentaire. La disparition du cadavre a peut être des raisons politiques.

Le discours de Guelwaar est d’une virulence extraordinaire : les paysans ne veulent pas être des assistés recevant une aide qu’ils n’ont pas demandée.  Surtout, cette aide est confisquée par les élites politiques pour leur bénéfice personnel ou électoral. On ne saisit que les grandes lignes du discours  en wolof (sous-titré) comme la plupart des dialogues du film. Seuls l’émigré et les officiels parlent en français que les paysans ne comprennent pas . Ce parti pris du réalisateur participe aussi sans doute de l’orientation politique du film. Barthélémy le « français » qui arbore son passeport fièrement, a un ton très agaçant, plein de morgue et de vulgarité contrastant avec le parler de l’adjudant Gora et avec le ton du député.

http://www.dailymotion.com/swf/video/xb96t5<br /><a href= »http://www.dailymotion.com/video/xb96t5_guelwaar-discours-sur-la-cooperatio_news &raquo; target= »_blank »>GUELWAAR, Discours sur la coop&eacute;ration Nord/Sud</a> <i>par <a href= »http://www.dailymotion.com/lolo2401&Prime; target= »_blank »>lolo2401</a></i>

En plus du contenu politique fort du film, c’est une découverte pour moi que ce film dans la société encore rurale où les traditions sont encore très prégnantes. Traditions funéraires différentes selon les communautés. Rôle des anciens. Rôle aussi des jeunes qui sont partis et financent par l’émigration pour Barthélémy et par la prostitution à Dakar pour Sophie, la survie de la famille au village.

Veillée funèbre en l’absence du défunt

L’histoire est bien contée, le suspens ménagé, les rebondissements nous tiennent en haleine. Les personnages secondaires sont intéressants et s’affirment au cours du récit. Les images magnifiques. Encore, un grand film!

 

La Grève des battù – Aminata Sow Fall

LIRE POUR L’AFRIQUE (SÉNÉGAL)

Incipit:

« Ce matin encore le journal en a parlé ; ces mendiants, ces talibés, ces diminués physiques, ces loques, constituent des encombrements humains. Il faut débarrasser la Ville de ces hommes – ombres d’hommes plutôt – déchets humains, qui vous assaillent et vous agressent partout et n’importe quand. »

Les battù sont les calebasses que tendent les mendiants.

Ce roman met en scène les deux extrêmes : les mendiants et les puissants. Mour NDiaye, Directeur de la Salubrité publique, charge Keba Dabo de désencombrer la ville afin de la rendre plus présentable aux touristes étrangers. Mour NDiaye compte sur le succès de la campagne pour atteindre le sommet de la puissance : un poste de Vice-président de la République.

Keba Dabo, par des rafles musclées et brutales, réussit sa mission.

On découvre que la société des mendiants est remarquablement organisée. la solidarité est financée par la tontine quotidienne qu’organise Salla Niang dans sa cour, qui fournit un abri pour les nécessiteux, revend bouts de chandelles ou poulets donnés en aumône – tenant une sorte de commerce du produit de la nécessité –  paie les obsèques du malheureux Madiabel, victime d’une des rafles, nourrit la communauté dans une sorte de cuisine collective.

Les puissants vivent dans des villas somptueuses, entretiennent maîtresses et secondes épouses, prodiguent satisfaction « aux demandes pressantes d’argent des parents, cousins, copains et beaux-parents…. » sans parler des sacrifices sur les conseils des marabouts.

Car ce sont eux, les marabouts qui font le lien entre les extrêmes de la société! La réussite de tel ou tel politicien dépend de leur influences et de leurs prières. La politique nage dans le domaine magique. De la rencontre avec Sérigne Birama, un saint homme,  date la prospérité de Mour Ndiaye. Il entretient cette relation par des dons substantiels :

« quelques jours après, il décide de rendre visite à Sérigne Birama. Celui-ci est toujours à l’ombre du baobab majestueux, lisant le Livre Saint. […]le sac de riz, les dix kilos de sucre, le carton de lait, les noix de kola et les paquets de bougie remplissent la malle arrière de la voiture… »

et le saint homme promet :

 » ce que tu veux, Dieu peut te le donner. Et je pense qu’il te le donnera. Inch’Allah….tu l’auras s’il plait à Dieu…. Fais seulement le sacrifice d’un beau bélier tout blanc. tu l’égorgeras de ta propre main, tu feras sept tas de viande que tu donneras à des mendiants. »

Les mendiants chassés de la ville décident de faire grève. Qui donc peut être gêné par cette grève? Justement tous ceux qui espère quelque chose et qui pensent que donner l’aumône favorisera leur prière. L’aumône fait partie intégrante des rapports sociaux et de la pratique religieuse. A qui adresser les prières? A qui faire des dons si les mendiants ne mendient plus?

La Grève des battù est un succès inespéré. Relégués dans la  maison des mendiants à la périphérie de la capitale, ils reçoivent des cortèges de visiteurs apportant à domicile leurs offrandes. Mour Ndiaye se déplace, les paye même pour qu’ils rejoignent leurs emplacements dans la ville, les carrefours, les abords des mosquées, les marchés. Rien ne les fléchira!

 

Madame Brouette – film sénégalais de (DVD)

FESTIVAL SENEGALAIS

Mati – madame Brouette – vend toute sorte de marchandises au marché avec sa brouette.

Au début du film une scène nous interpelle : d’un  taxi, un homme travesti en femme en robe rouge le visage peint comme un masque, débarque dans la chambre et veut voir son enfant. Mati le met en joue. Le coup part. Accident ou crime passionnel. la police et un journaliste de télévision effectuent la reconstitution.

Les femmes prennent le parti de Mati tandis que les hommes l’accusent. Un groupe de griot chante comme un chœur antique

 

 

Mati est-elle capable de tuer Naago, son amant,  le policier corrompu, le dragueur, le père de son enfant qui a préféré faire la fête que d’assister à la naissance?

Certes Mati ne se laisse pas faire. Elle tire son amie des coups de son mari. les deux femmes décident de vivre sans les hommes, de se débrouiller seules, de monter une affaire, une gargote, promesse d’indépendance et de richesse. A peine ont elles pris la décision de s’installer ensemble que Mati tombe amoureuse de Naagot, et rapidement enceinte.

Désillusion, Naagot installe Mati dans un hôtel borgne, amant infidèle sûrement, maquereau peut-être? Forte femme, elle réagit ,  mène une affaire de contrebande pour réunir les fonds nécessaire à l’achat de sa gargote. Enfin, Mati réalise son rêve. Sa fille est très touchante, le très joli duo avec le gamin du quartier m’a ému. Le bonheur est-il à portée de main? Arrive le drame.

 

 

Film enlevé, des acteurs sympathiques, de la bonne musique, les couleurs africaines, de l’humour.

 

 

 

 

 

 

 

 

le docker noir – Sembène Ousmane

LIRE POUR L’AFRIQUE

1956, premier roman de l’écrivain et réalisateur Sembène Ousmane dont j’ai beaucoup aimé les Bouts de Bois de Dieu relatant une grève sur le chemin de fer reliant Bamako à Dakar en 1947.

Je sors de cette lecture avec une impression mitigée.
Sembene Ousmane nous emmène dans le Marseille des années 1950. Est-ce que le racisme était aussi primaire à cette époque? Osait-on faire des amalgames aussi faciles dans les prétoires pour condamner un homme au seul motif de la couleur de sa peau?
L’intrigue se noue autour du crime que le héros aurait commis sur une femme de lettre qui lui aurait volé son manuscrit. Ce crime était -il possible? Prévisible?
Héros intéressant, docker et écrivain. Solidaire des ouvriers immigrés et intellectuel capable de s’enfermer dans sa chambre pour écrire un deuxième roman. Violent? Oui quand sa dignité est bafouée à décharger un navire sous la pluie battante, quand un briseur de grève s’attaque à lui, quand il se rend compte qu’on lui a volé le manuscrit.
Cependant les différentes parties du livres sont inégales. Les personnages secondaires sont ébauchés, pas toujours assez développés. pas toujours crédibles. Terrible, la mort de la jeune avortée. Et pourtant, on saura si peu d’elle, de son amant, de sa grossesse. Étrange, cette écrivaine qui s’approprie le roman d’un autre, à la limite de la vraisemblance. La fin est très pessimiste. Aucun espoir, ni pour lui ni pour sa compagne.

Roman comme un cri d’amertume, de révolte.