Je n’avais jamais vu de performance de Merzouki, trop connoté hip hop à mon goût. Le hip hop, la culture banlieue, ne me font pas rêver, je les côtoie au quotidien même si certains slam ou rap me touchent. C’est donc plus pour accompagner mes élèves que j’ai réservé ma soirée. Et ce fut une excellente surprise.
Spectacle éclectique, surprenant. Le parquet brille comme un miroir, reflétant les corps assis des dix danseurs, en prologue au spectacle, alignés ils se retournent font des pompes. Humour dans le mouvement d’ensemble, gestes décalés, ambiguïté des silhouettes androgynes, des costumes de camouflages, filles? garçons? Trois grosses cordes à nœuds énormes comme seuls éléments du décor. Intriguée, je n’ai pas le temps d’imaginer une interprétation car le groupe s’est fondu, reformé au fond du plateau, confusion des corps et des reflets….
Les tableaux s’enchaînent : derrière un rideau étrange de franges trois personnages se balancent : crocodiles de BD, dinosaures ou monstres enfantins? à l’arrière plan les autres danseurs ont revêtu le même accoutrement de laine grise. L’évocation reptilienne cède la place à la chrysalide. Bon sang! mais bien sûr! c’est la métamorphose. Les danseurs sont quitté le manchon laineux qui est suspendu à différentes hauteurs.
Jeux de rideaux, franges tressées, colonnes fluides, roseaux ou bambous, de l’univers de la BD, on passe à une ambiance très zen. Naturelle puisque le spectacle est à moitié chinois.
Nouveau dépaysement avec Masâr du trio Joubran. Je reconnais la musique entendue à une autre occasion : Antigone joué par le Théâtre National Palestinien. Il me semble qu’ils ont accéléré le tempo. Les danseurs ont revêtu des voiles à franges, étranges. Cérémonie envoûtante, presque derviches tourneurs.
Nouveau glissement des rideaux des décors, des costumes. Merzouki se joue du spectateur, le prend par surprise, le transporte subrepticement dans un autre univers. Quand la lumière se rallume dans la salle je suis encore déconcertée. Les saluts seront hip hop et acrobatiques sous les applaudissements de la salle et des collégiens qui retrouvent leurs codes et m’avoueront en classe que c’est ce qui leur a plu le plus.
La danse comme langage universel d’une culture mondialisée?
De Smyrne, Chateaubriand va à Constantinople chercher les firmans qui lui permettront de poursuivre son voyage jusqu’en Terre Sainte. Il ne veut pas rater Troie, mais n’y parvient pas.
J’attendais avec impatience la description deConstantinople. L’écrivain ne s’y attarde pas . Il tombe mal, au moment de la révolte de Roumélie.. Mais surtout il « n’aime visiter que les lieux embellis par les vertus ou par les arts. Je ne trouvais dans la patrie des Phocas et Bajazet, ni les unes ni les autres… »
A Jaffa, le voyage change et le ton aussi. En pèlerinage, Chateaubriand est reçu par des religieux. Il s’attachera à reconnaitre les Lieux Saints. Le voyage devient alors plus aventureux. Comme le tourisme moderne génère un cortège d’arnaques en tous genres, les pèlerinages sont l’occasion de pillage, de rançons et de violence. Alors qu’il avait traversé la Morée pourtant infestée de klephtes, d’armatoles et de bandits en une parfaite sérénité, en Palestine,il doit, pour éviter les tracasseries des autorités, se mettre sous la protection de tribus qui se disputent la « protection » des pèlerins, se déguiser, cacher son identité pour atteindre le Jourdain et la Mer Morte.
Ces aventures pimentent le récit un peu trop piétiste à mon goût. Chateaubriand prend au pied de la lettre les Ecritures, il trouve la Maison de Pilate, reconnait la Probatique (citerne où l’on purifiait les brebis des sacrifices). Je m’agace un peu de la naïveté de celui qui croit qu’Hélène a vraiment retrouvé la Vraie Croix…Le pieux pèlerin, en quête des décors de ses Martyrs, ne nous épargne aucun détail. La précision de ses descriptions, son exégèse des textes est d’une réelle maniaquerie. Vais-je encore le suivre ? Et bien oui, parce qu’il mène rondement l’enquête des Sépulchres des Rois et à nouveau adopte la démarche de l’archéologue, ou de l’historien de l’art examinant les indices avec minuties, démontant les diverses hypothèses.
prise de Jérusalem par les Croisés via Wikipédia
Jérusalem est le siège du saint Sépulcre mais c’est aussi le théâtre des Croisades. Les chevaliers passionnent Chateaubriand (il me semble qu’un ancêtre croisé était évoqué à Combourg). Il adopte un parti extrémiste :
« Qui oserait dire que la cause des Guerres Sacrées fut injuste ? Où en serions-nous, si nos pères n’eussent repoussé la force par la force ? Que l’on contemple la Grèce, et l’on apprendra ce que devient un peuple sous le joug des Musulmans… »
Peut être est-ce ce souvenir des Croisés qui fait embrasser aux Occidentaux la cause des Grecs chrétiens ? Peut- être cette réflexion explique pourquoi Chateaubriand n’a pas aimé Istanbul ? Son antipathie pour les Turcs qui lui ont procuré les firmans et qui lui ont facilité le voyage, est viscérale. C’est pourtant méconnaissance de l’histoire, du sac de Constantinople par les Latins en 1204. Je n’ai que peu de sympathie pour les Croisades sanguinaires et pour le fanatisme, pas plus d’ailleurs pour … »Saladin (qui) ne voulut pas entrer dans la mosquée convertie en église par les chrétiens sans en avoir fait laver les murs avec de l’eau de rose. Cinq cent chameaux suffirent à peine pour porter toute l’eau de rose employée pour cette occasion…. »
Pour décrire Jérusalem, Chateaubriand cite l’Evangile, Flavius Josèphe , mais aussi le Tasse et Racine. Quelle poésie, ces vers d’Athalie ! Quelle surprise de lire en italien La Jérusalem délivrée « poème des soldats : il respire la valeur et la gloire, et comme je l’ai dit dans les Martyrs sembler être écrit sur un bouclier… »
On ne plane pas toujours dans les cimes de la poésie : Chateaubriand ne nous fait grâce d’aucun détail même le carnet des courses consignées par son drogman Michel (en italien, avec des fautes dit l’écrivain, je ne les ai pas trouvées). Il a vite vaincu mon agacement laïc et a su m’enchanter. La conclusion de son séjour à Jérusalem est l’adoubement à l’ordre de chevaliers du Saint Sépulcre dans l’église du Calvaire à douze pas du tombeau de Godefroi de Bouillon. Quelle fin romanesque, et romantique ! » avec ce brillant diplôme de chevalier on me donna mon humble patente de pèlerin…. »
Le retour par l’Egypte, la Tunisie et l’Espagne est écrit avec beaucoup moins de détails et d’un ton très alerte. A son escale d’Alexandrie, il remonte le Nil de Rosette au Caire pour voir les pyramides, rencontre des « mamelouks français » anciens soldats de Bonaparte restés en Egypte au service de Mohamad Ali Pacha, portant de longues robes de soie et des turbans blancs…A Alexandrie il relève les inscriptions de la colonne Pompée »au très sage Empereur protecteur d’Alexandrie Dioclétien, Auguste Pollion préfet d’Egypte », hasard qui s’articule avec les Martyrs ?
Le voyage du bateau commandé par un Ragusois pour atteindre Tunis est une véritable Odyssée.
Tunis, c’est bien sûr Carthage et la ville de Didon. Chateaubriand en profite pour citer Virgile et Strabon mais surtout pour nous faire une magistrale leçon d’histoire antique en évoquant les personnages fameux, Hannibal et Scipion l’africain, Massinissa, mais aussi Sophonisbe. Guerrier virils s’affrontent, femmes fatales que Didon et Sophonisbe ! la leçon d’histoire ne s’arrête pas sur les ruines fumantes de Carthage. La république romaine s’effondre, l’empire lui donnera un nouveau lustre. Saint Augustin, les Barbares complètent le tableau.
Conclusion terrible de l’itinéraire : « …..la mort de Saint Louis si touchante, si vertueuse, si tranquille, par où se termine l’histoire de Carthage….[……] Je n’ai plus rien à dire aux lecteurs ; il est temps qu’ils rentrent avec moi dans notre commune patrie…. »
Encore mille mercis à Claudialucia qui m’a entrainée dans l’aventure romantique sur les pas de Chateaubriand. D’abord à Saint Malo et Combourg, maintenant sur l’Itinéraire. Des années du lycée, j’avais gardé une image rebutante de Chateaubriand. Avec la suffisance de l’adolescence j’avais décidé, sans lire plus loin que Lagarde et Michard, que l’auteur de Mémoires d’Outre-tombe, du Génie du Christianisme ou des Martyrs ne pouvait être qu’un infâme raseur. Nous étions une classe dissipée, Polyeucte en avait fait les frais : lue avec l’accent pied noir, la pièce avait acquis un pouvoir comique délirant.
Il a fallu attendre des décennies pour que je me décide à suivre Chateaubriand et je ne l’ai pas regretté. En 1806, trois ans avant Byron, 9 ans après que les Iles Ioniennes ne deviennent français par la paix de Campoformio, il entreprend seul le Pèlerinage aux Lieux saints, le voyage en Orient, embarque à Trieste sur un vaisseau qui le mène à Modon(Methoni) et à Coron au sud du Péloponnèse qu’on appelait alors la Morée.
Au large d’Otrante
«… j’étais là sur les frontières de l’antiquité grecque, et aux confins de l’antiquité latine. Pythagore, Alcibiade, Scipion, césar, Pompée, Auguste, Horace, Virgile avaient traversé cette mer…. »
L’érudit se double d’un aventurier. Il traverse la Morée, évitant le Magne en révolte contre le Sultan, accompagné de Joseph à son service, d’un janissaire pour la sécurité, d’un guide grec, il chevauche dans des contrées sauvages. Le pacha de Morée installé à Tripolizza le reçoit, lui accorde les firmans qui lui donneront le droit de voyager – même au frais du sultan , ce dont il n’abusera pas. Entrevue pittoresque, épisode comique du refoulement de Joseph qui avait cru bon de s’enturbanner. Le Pacha veut savoir si Chateaubriand a combattu en Egypte, lui-même a été fait prisonnier des Français à Aboukir ! L’étape suivante est Mystra où il cherche Sparte et le tombeau de Leonidas, s’essaie à l’épigraphie : a-t-il retrouvé le socle de cet autel du Rire ?
« …L’autel du rire subsistant seul au milieu de Sparte ensevelie offrirait un beau sujet de triomphe à la philosophie de Démocrite… »
Quel plaisir de chevaucher avec un poète érudit qui se promène avec émotion sur les bords de l’Eurotas, visite Mycène où il retrouve le tombeau de Clytemnestre et d’Egisthe, et Corinthe. Poursuivant les antiquités, c’est aussi un observateur de ses contemporains. Un épisode symbolise la tyrannie des agas et des pachas sur les pauvres grecs :
« le commandant (le pacha)se leva avec effort, prit sa carabine, ajusta longtemps entre les sapins et lâcha son coup de fusil. Le Turc revint après son expédition, se rasseoir sur sa natte aussi tranquille t bonhomme qu’auparavant. Le paysan descendit à la garde, blessé en toute apparence car il pleurait et montrait son sang. On lui donna cinquante coups de bâtons pour le guérir…. »
Un carton, pour montrer son habileté de tireur et la valeur de sa carabine !
Il visite Athènes accompagné par un antiquaire –on dirait archéologue aujourd’hui – Monsieur Fauvel. Athènes n’est plus qu’une pauvre bourgade :
« O Solon ! o Thémistocle ! Le chef des eunuques noirs propriétaire d’Athènes et toutes les autres villes de la Grèce envient cet insigne bonheur aux Athéniens… »
Le capitaine autrichien qui devait le reprendre au Cap Sounion ne l’a pas attendu. Il traversera l’Archipel – les Cyclades – sur les petites embarcations grecques, jusqu’à Tinos puis sur une felouque hydriote jusqu’à Smyrne ayant pour équipage une famille. Quel plaisir de naviguer avec lui, passer près deScyros où Achille passa son enfance, Délos célèbre par la naissance de Diane et d’Apollon, par son palmier : Naxos qui me rappelait Ariadne, Thésée Bacchus….Scio…la felouque était lavée, soignée et parée comme une maison chérie…. »
Intriguée par le personnage de Byron, j’ai cherché une biographie. Celle de Maurois est fort agréable à lire, très bien documentée. L’atmosphère du début du 19ème siècle est particulièrement bien rendue. Maurois a également écrit Ariel ou la vie de Shelley, son contemporain et ami.
En prologue, l’auteur présente toute une dynastie de Lords Byron, tous un peu bizarres et excentriques. Les Gordon écossais, la famille de la mère du poète, sont différents, rigoristes, calvinistes. C’est en Écosse que George Gordon Byron passera son enfance avant d’hériter du titre et du domaine de Newstead de ses ancêtres paternels. Si Byron était un enfant gracieux, il était aussi affligé d’une infirmité : ses jambes ne le portaient pas, il boitait. Il conçu de cette disgrâce un immense orgueil et une grande volonté : grand sportif, il compensait cette marche difficile par des exploits à la nage, à la course et à cheval.
Brumes écossaises
Ses études, à l’école de grammaire d’Aberdeen, se poursuivirent à Harrow où il batailla pour s’imposer, puis au Trinity College de Cambridge où son talent de poète fut précocement reconnu. George Gordon ne fut pas toujours un écolier assidu. Très jeune il tombait régulièrement amoureux, de Mary Duff,sa cousine à Aberdeen, puis de sa voisine d’Annesley, Mary-Ann, avec qui il passait ses vacances, amours impossibles, amours déçues.
Dépit amoureux ou air du temps, cynisme ambiant, entrainé par des compagnons de débauche, Lord Byron devint un Don Juan. Rien jusqu’alors n’annonçait le voyage en Orient, ni la participation à l’indépendance de la Grèce. Byron admirait Bonaparte en pleine guerre entre l’Empire et la Grande Bretagne, pour les idées libérales ou par provocation?
le 26 juin 1809, il s’embarque pour Lisbonne avec son ami Hobhouse plutôt pour fuir son ennui, ses dettes et l’Angleterre que dans un but précis. Il prend contact avec l’Europe en guerre, à Malte il prend des leçons d’arabe puis passe par l’Albanie dont les montagnes sauvages lui rappelèrent l’Écosse, il rencontre le Pacha de Janina et sympathise avec ce personnage singulier, bandit, corsaire.C’est aussi en Albanie qu’il entre en contact avec l’Islam sans aucun préjugé. Il visite Constantinople,s’installe à Athènes, tombe amoureux de jolies athéniennes et surtout apprend l’Italien avec six jeunes ragazzi au couvent des Capucins, organise des matches de boxe, nage au Pirée, en Morée (Péloponèse) il attrape la malaria..Dilettante, sans aucun engagement politique. « Le fatalisme musulman avait renforcé le sien » note Maurois. « La multiplicité des religions lui avait enseigné leur faiblesse ».
Athèhes tour des vents
Il rentre en Angleterre renforcé dans le cynisme et l’indifférence à la chose publique, avec son poème Childe Harold qui lui gagne l’admiration des salons londoniens. Libre après le décès de sa mère, célèbre, il poursuit ses conquêtes féminines. C’est la partie de la biographie qui m’a un peu ennuyée. Je me perds dans l’énumération des maîtresses de tout âge et condition, qui le poursuivent de leurs assiduités. Après la conquête, il se lasse vite…Augusta, sa demi-sœur sera la confidente. Et pas seulement, puisqu’elle mettra au monde une fille de Byron. Elle l’encourage à se marier : l’entreprise lui plait tout d’abord. Un riche parti serait le bienvenue, Byron est toujours ruiné. Il propose donc le mariage à Annabella Milbank « princesse des parallélogrammes » jeune fille cultivée, mathématicienne, croyante et naïve, pleine de bonne volonté.
Le mariage est un désastre. Lune de mélasse, Byron s’ennuie. Il tyrannise sa femme. Sa santé donne des inquiétudes. Annabella, Lady Byron, fait venir sa sœur Augusta. Curieux ménage à trois. A la naissance de leur fille légitime, Lady Byron et Lord Byron se sont séparés. Des bruits courent sur ses amours incestueuses. Au scandale, Byron préfère l’exil. En 1816, en compagnie de Polidori, son secrétaire et médecin, il passe par Anvers, le Rhin puis s’arrête en Suisse, près de Genève à la villa Diodati où il retrouve Shelley. Sa maitresse, Claire, amie de Shelley est enceinte et lui donne une troisième fille. Non loin de là se trouve le domaine de Coppet de Madame de Staël, la compagnie est agréable mais il passe en Italie. A Milan il fait la rencontre de Beyle qui lui parle de Napoléon.
C’est à Venise qu’il s’établit, il continue sa carrière de Don Juan. Ses aventures vénitiennes sont plus agréables à suivre que celles de Londres. Ses maîtresses sont plus exotiques, l’un d’elle aurait même joué du couteau, une femme de boulanger, une autre, femme du monde Madame Guiccioli réduit Don Juan au rôle de Sigisbée.Byron suit le couple à Bologne et à Ravenne. A Venise il a fait venir sa troisième fille Allegra et loge au Palais Monicego. L’adultère finit par l’ennuyer – comme le mariage en Angleterre – Il se mêle alors de politique et devient le chef des Carbonari de Ravenne? En 1820, les enfants de Ravenne proclamaient « Vive la Liberté » « Vive la République et mort au Pape »Il se mêle alors de politique et soutient les Carbonari de Ravenne, au désespoir du comte Guiccioli. Le scandale de l’adultère éclate et un procès éloigne Teresa Guiccioli.
(merci à Tilia de m’en avoir donné l’idée, j’ai copié)
« Byron avait jadis maudit et offensé ces brumeuses déesses, les conventions britannique ; il devenait par l’arrêt de la Cour Pontificale, la victime des conventions italiennes » note Maurois.
Exilés à Pise, les amants retrouvent les Shelley à Pise où décède le poète. C’est là que Mavrocaordato, le professeur de Grec de Mary Shelley apprend l’insurrection de la Grèce en 1821. Quand Mavrocordato avait rejoint les insurgés Byron avait déclaré « je veux retourner en Grèce et il est probable que j’y mourrai…. »
Pitt voyait les intérêts anglais dans l’intégrité de l’empire Ottoman mais après 1823, un certain nombre de whigs fondèrent un comité philhellène et envoyèrent en Grèce Blaquière qui s’arrêta à Gènes voir Byron. Ce dernier vit dans la libération de la Grèce une rédemption et embarqua le 13 juillet 1823 sur l’Hercule. Le 1er Aout, il mouille à Céphalonie – les Iles Ioniennes étaient sous protectorat britannique – Byron avait vendu son domaine de Rochdale, il était décidé de dépenser cette fortune pour la cause grecque.
les Grecs étaient divisés entre Colocotronis, Odysseus, Mavrocordato, les factions ne cherchaient pas à unir leurs forces. Byron était en faveur de Mavrocordato. Les Souliotes de Missolonghi demandèrent- à Byron d’être leur chef. La lutte s’enlisant à Missolonghi, il décida de prendre la ville de Lépante aux mains des turcs. L’expédition de Lépante fut une catastrophe, les Souliotes l’accusèrent même d’être un espion turc. première attaque de Byron, convulsions, épilepsie? Missolonghi tourne au cauchemard, les Souliotes assassinent un Britannique, menaces de peste, discordes en tous genres. Pour toute aide la Grande Bretagne expédie des bibles en grec moderne. Quelques jours après Pâques, très affaibli, Byron meurt.
Je me suis inscrite au challenge de Claudialucia pour le Voyage en Orient. N’étant guère romantique, mais voyageuse, j’ai saisi cette opportunité pour un voyage dans le temps.
J’ai commencé avec Byron et Childe Harold, et j’avoue que l’embarquement a été laborieux. D’abord, j’ai téléchargé le poème sur mon ordinateur et cette lecture électronique n’était pas une bonne idée : un court poème qui tient entier sur l’écran, accompagné ou non d’un tableau, comme sur le blog de Claudialucia, c’est un enchantement. Des centaines de vers défilent, sans le repère de la page, c’est très fatigant et peu satisfaisant. Je cherchais le combattant de l’indépendance grecque et les envolées lyriques d’une Grèce antique imaginaire m’ont un peu déçue.
J’avais découvert Byron dans l’anthologie de Duchêne : LE VOYAGE EN GRECE (coll. BOUQUINS) que j’emporte régulièrement. Son journal de Céphalonie, ses lettres d’Athènes et de Missolonghi – où il est mort – m’avaient enchantée. Sa rencontre avec Ali Pacha à Tépelen – le Bonaparte mahométan – les costumes pittoresques des Albanais – les paysages de montagne:
… »Je n’oublierai jamais l’étrange spectacle de Tépelen à notre arrivée ; il était cinq heures du soir, le soleil déclinait ; cela m’a fiat penser (avec néanmoins quelque modification de costume) à la description que fait Scott du château de Branksome dans son lai et au système féodal/ Les albanais dans leur costume( le plus magnifique du monde : long kilt blanc, manteau brodé d’or, veste et gilet en velours cramoisi à brandebourgs dorés, pistolets et poignards incrustés d’argent), les Tartares en bonnets pointus, les turcs vêtus de pelisses et enturbannés…. »
Dans une lettre de Patras, malade, il ironise sur son sort. En vers, c’est léger et drôle
le siège de tripolizza par Zografos Makriyannis (via Wiki)
Byron raconte aussi les guerres d’indépendances auxquelles il s’est associé, fait ses comptes quand il engage ses Souliotes. Le personnage est fascinant. Dans le même ouvrage par Edward John Trelawny, cite les intrigues entre les factions, Hydriotes, Maniotes, Klephtes…des luttes de la toute jeune Grèce.
Emprunté à la bibliothèque, à la suite d’un billet passionnant de Dominique, ce gros livre (1057pages avec les notes) m’a tenu compagnie pendant deux semaines et je vais le rendre à regrets.
Le plan de l’ouvrage est symbolique : en 1999, Geert Mak, journaliste néerlandais, entreprend un voyage de 12 mois qui le conduit dans sur les lieux-mêmes où se déroule l’Histoire. Le sommaire, sous forme de calendrier, résume le XXème siècle
JANVIER – 1900-1914 : Amsterdam – Paris – Londres – Berlin – Vienne
FÉVRIER – 1914-1918 Vienne- Ypres – Cassel- Verdun – Versailles
MARS – 1917-1924 Stockholm – Helsinki – Petrograd – Riga
AVRIL – 1918-1938 Berlin – Bielefeld – Munich – Vienne
MAI 1922-1939 Predappio – Lamanère – Barcelone Guernica – Munich
SEPTEMBRE 1944- 1956 Bénouville – Oosterbeek – Dresde – Berlin – Nuremberg- Prage-Budapest
OCTOBRE 1956-1980 Bruxelles – Amsterdam – Berlin – Paris -Londes – Lisbonne -Dublin
NOVEMBRE 1980- 1989 Berlin – Niesky – Moscou – Tchernobyl
DECEMBRE 1989-1999 Bucarest – Novi Sad – Srebrenica – Sarajevo
Le voyage est réel. L’auteur confronte les villes visitées en 1999 avec les lieux où se sont déroulés les épisodes les plus marquant du siècle. Il cherche des traces qu’il trouve (des hôtels, la villa sur le bord du Wannsee où s’est dessinée la solution finale) ou qu’il ne trouve pas ( les restes du ghetto de Varsovie, un bout de trottoir) .
Surtout il rencontre les acteurs de l’histoire, interroge leurs descendants, ou cite des écrits, études ou romans. La bibliographie est impressionnante. Il dresse des portraits saisissants de Guillaume II raconté par son petit-fils, Lénine dans le wagon plombé, Churchill dans son manoir, De Gaulle, Kohl… mais aussi de personnages moins connus en France. Deux Néerlandais, interviennent . Max Kohnstamm, un des acteurs de la Communauté européenne du charbon et de l’Acier, précurseur de l’Europe actuelle, collaborateur de Jean Monnet, prend la parole à la première personne. Il m’a fallu prendre du recul pour me rendre compte que ce n’était plus Geert Mak le narrateur. Même procédé pour Rudd Lubbers, ancien premier ministre des Pays Bas, lui aussi acteur de l’Union Européenne. La surprise fut moindre, j’étais déjà prévenue. Histoire des Grands Hommes, mais aussi quotidien d’inconnus, dans cette frontière mouvante de la Pologne et de l’Allemagne, à Novi Sad en Serbie… foule de personnages que j’aimerais retenir.
Comme correspondant de guerre, l’auteur excelle. Il raconte les tranchées, Ypres ou Verdun, le blitz sur Londres ou Coventry mais aussi Stalingrad, les bombardements alliés sur Berlin ou Dresde, les bombardements américains sur les ponts serbes, Srebrenica…Les récits de guerres n’ont jamais été mes lectures préférées mais il faut dire que j’ai été scotchée.
Auschwitz se trouve au cœur du livre, pile au milieu. Comme le noyau incompressible du siècle. Il me semble que tout a été raconté pour en arriver là, depuis les premières manifestations viennoises du tout début du siècle, depuis le traité de Versailles, la débâcle des spartakistes et de la République de Weimar, mais aussi les complaisances de la collaboration, des milices, des voisins. Geert Mak raconte, explique, démontre, que la déportation des Juifs n’était pas une fatalité, que la Bulgarie n’a rien cédé, ni le Danemark.
Il faut attendre 660 pages pour retrouver la Libération, l’arrivée des Russes à Berlin.
Je suis impatiente : comment Geert Mak va-t-il raconter mon 20ème siècle, les années 50 et après, ce qui a été pour moi l’actualité? J’ai hâte de confronter mes souvenirs à son analyse. Éclairage néerlandais mais beaucoup de voyages à l’Est : Prague et le procès Rajk, 1956 à Budapest bien sûr. L’Indochine, l’Algérie, c’est loin de l’Europe et la décolonisation est traitée rapidement. Vu de Paris, c’était cela l’actualité! 1968 occupe une place de choix. 68, ce n’est pas que Nanterre ou la Sorbonne! Cohn Bendit est cité 2 fois, quand même! Les années de plomb qui ont suivi en Allemagne et en Italie sont racontées. je retrouve mes souvenirs, avec du recul. Curieusement, l’auteur a zappé deux phénomènes issus de 68 : l’Écologie et le Féminisme. Je ne lui en tiens pas rigueur, le livre est déjà si gros! Mais là aussi je ne m’y retrouve pas. J’espérais aussi plus d' »Europe »(comunauté européenne).
1989, 9 novembre,chute du mur. 1989 année charnière. Le livre est passionnant. L’auteur non emmène en Pologne à Gdansk, à Prague, Noël à Bucarest. 89, année de tous les espoirs.
La dernière décennie se termine à Sarajevo après des années de guerres balkaniques. Désillusions? Le pire est à venir, mais ce sera le 21ème siècle.
La bande annonce est explicite, presque trop : on sait exactement ce qu’on va voir.
Et on devine que ce sera pénible , très pénible.
Et pourtant, j’ai voulu voir ce film. Pas pour le Mexique. Et encore, la violence contenue, la drogue, le machisme, est-ce spécialement mexicain? Film sur le deuil. Film sur le harcèlement scolaire. Harcèlement moderne avec téléphones portables, vidéo, réseaux sociaux.
Comment est-ce possible que les adultes n’aient rien vu? Le père, sonné par son deuil, je le conçois. Mais les enseignants, en classe, en voyage scolaire? Peut être des enfants sont maltraités, harcelés, sous mes yeux sans que je ne remarque rien.
Je n’ai pas envie de faire une analyse critique du film, seulement y voir un avertissement.
Récit intense, style inimitable d’Erri de Luca (comment la traductrice se débrouille-telle, bravo à Danièle Valin!)
Trois visites à un narrateur solitaire, cultivant sa terre dans les environs de Naples, vie simple des paysans qui se soucient de la brebis qui appelle l’agneau absent, du vieux pin perdu de chenilles, du robinet qui goutte, des poutres qui craquent.
Trois visites d’amis d’enfance, condisciples du lycées, camarades des vacances ensoleillées à Ischia. Trois parcours si différents.
Le premier a tué, s’est exilé, a vécu la vie des maçons, des hommes de peine immigrés en France. Il raconte le travail manuel, la solidarité des travailleurs, d’Afrique ou des Balkans, son assassinat aussi. Non-dit, j’ai imaginé les années de plomb, les Brigades Rouges, les gauchistes établis, jamais explicité. Après tout il s’agissait peut être de mafia, le récit se déroule à Naples. Le second est un prêtre, un missionnaire en Afrique. Tout aussi physique, il a cultivé un jardin, de retour en Italie, se désole de l’abandon promis à l’œuvre de sa vie. Le troisième est un errant qui se définit comme courtisan, capable de se faire léger quand il est l’hôte d’une maison qui l’abrite, capable de la quitter avant de lasser. Jeune homme séduisant, sachant jongler avec les mots, cultivé. Il a été incarcéré par erreur. Comme chez ses amis, il a su s’adapter à la prison.
143 pages qui contiennent l’essentiel de la vie : enfance, adolescence, maturité et même la fin. Grand art de l’écrivain que de concentrer l’essentiel tout en restant d’une légèreté éblouissante. A l’image de ces plongeurs qui décorent la couverture du livre. Un livre mince, mince et en même temps d’une densité extraordinaire. On sent la présence de la mer, Ischia solaire, la silhouette du Vésuve, le fourmillement de Naples, les marins qui arrivent au port. Le monde entier y est contenu : la terre africaine et même les océans du sud des explorateurs, la mer aussi « La mer n’a pas de tavernes » cette phrase est revenue plusieurs fois dans les paroles de deux hôtes, comme une clé qui ouvrirait un des mystères de l’homme. Mais lequel?
Merci à Balkania qui nous a préparé un auto-tour idéal !
Les hébergements ont tous été à la hauteur de nos attentes et parfois bienau de-là.
La gentillesse de nos hôtes a toujours compensé la barrière linguistique. Ils ont fait mentir l’expression qualifiant la Bulgarie de « pays sans sourire »: le sourire, la gentillesse et la prévenance ont toujours été au rendez-vous.
Le confort et la beauté de certaines maisons d’hôtes nous ont tellement surprises que nous les avons surnommées : » jardin extraordinaire » à Dragoevo, « le musée » à Geravna, » meilleur petit déjeuner « à Arbanassi…..les villages ont offert des visites passionnantes dans un rayon très raisonnable.
Nous avons suivi à la lettre les suggestions de visites.
Le rythme était tout à fait adapté . Jamais nous n’avons eu l’impression de courir un marathon. A chaque étape, nous avons pu nous arrêter dans un cadre très agréable pour préparer les visites suivantes, lire la carte, faire le point sur les visites : à la piscine, sur le balcon-musée, dans le merveilleux jardin nous avons passé des heures reposantes. Maisons-musée, monastères, thermalisme, sites archéologiques et j’en oublie, nous ont rempli des vacances instructives, culturelles et variées.
La Bulgarie a su se mettre en scène à son avantage dans la catégorie Tourisme Vert.
Refermant ce carnet bulgare, j’ai pourtant quelques regrets de ne pas en savoir plus sur les réalités du pays. Le Regard Touriste est un regard optimiste : on nous montre ce qui est joli, ce qui va nous plaire. Nous rentrerons sans savoir comment les Bulgares vivent vraiment dans leurs villes, leurs salaires. Qui cultive les immenses champs de maïs? qui possède les vignobles? La mise en valeur de la Renaissance Bulgare était-elle une idée du gouvernement d’avant 1989? la richesse des monastères, permanence ou regain de vigueur? Je n’ai pas non plus retrouvé la Bulgarie cosmopolite de mes lectures.