Promenade avec les dieux de l’Inde – Catherine Clément

SAISON INDIENNE

Promenade avec les dieux de l’Inde est l’adaptation d’une série d’émissions diffusées sur France Culture, annonce le 4ème de couverture. L’auteur adopte ici le ton de la conteuse pour aborder les mythes hindous et les grandes épopées que sont le Râmâyana et le Mahâbhârata, entre autres. Courts chapitres, ton alerte souvent ironique, où la spécialiste de la psychanalyse nous régale de symboles, d’allusions rigolotes.

Une de mes découvertes (et il y en a beaucoup) est celle de Ganga, déesse du Gange, décrite  non pas comme majestueuse mais comme une fillette capricieuse

p 58  « Regardons la tête de Shiva. Il a au sommet du crâne le chignon que portent les ascètes, une sorte de boucle qui ressemble à la coiffure de Simone Signoret dans Casque d’or/ Et dans ce chignon roulé apparaissent le croissant de lune jailli de  la mer de lait, et une toute petite tête de femme mignonne, qui crache de l’eau.

Qui est cette jolie petite tête de femme crachant de l’eau? Eh bien c’est Ganga, la déesse du Gange. [….]

Elle vit dans les cieux. C’est une jeune déesse, peut être une fillette. Elle est insupportable. Elle habite peut être l’un des orteils de Vichnou […]seulement Ganga c' »est ne malicieuse « ah oui, dit-elle, je veux bien descendre, mais, je vous préviens, je vais inonder la Terre, je veux faire du dégât! »  […]

Voici donc Bhagirat perché sur une patte pour convaincre Shiva de se placer sous la voûte du ciel et d’attraper Ganga dans ses cheveux à l’instant où elle va sauter. Et Shiva se poste sous le ciel »

Bien sûr, Catherine Clément rend compte de la richesse et de la diversité des personnages des légendes. Dans son récit du Mahâbhârata, je me suis un peu perdue, malgré son souci de faire simple….Mais je ne m’en lasse pas, entre les bas-reliefs, d’Angkor, commentés par notre guide Prun, les explications d’Alexandra David Neel, et cette promenade charmante, j’en redemande!

 

Amal film de Richa Mehta (DVD) Inde/Canada

SAISON INDIENNE

Sometimes the poorest of men are the richest

Est le sous-titre de ce film.

 

 

 

Film Indien ou Canadien?

Indien puisque une bonne partie des dialogues est en Hindi, et que l’action se déroule à Delhi! Canadien par son format, son rythme et l’absence des ingrédients de Bollywood : chants et danse.

A bord du rickshaw d’Amal je vois mieux Delhi que du taxi de notre voyage. Amal accompagne les enfants riches à l’école chaque matin, il effectue toute les livraisons de la jolie épicière, et entre les clients réguliers charge des inconnus. Il passe dans les ruelles poussiéreuses et étroite du vieux Delhi et par les larges avenues de New Delhi. J’ai reconnu seulement India Gate. Amal est heureux et fier de conduire le rickshaw de son père qu’il gagera pourtant pour obtenir un prêt qui lui permettra de payer l’hôpital d’une petite fille accidentée sous les yeux.  Amal ne sait pas qu’il est passé à côté de la fortune. Il conduit à nouveau à bord d’un rickshaw retapé. A l’autre bout de l’échelle sociale, des riches se déchirent pour toucher l’héritage d’un vieil homme. Et le film va de l’extrême richesse à la grande pauvreté. A l’image de Delhi.

Et pourtant un autre changement menace : le métro!

22 ans pour construire le Taj Mahal – J-B Tavernier

VOYAGE EN ORIENT

Taj-Mahal

Avec Jean Baptiste Tavernier (1676) pour guide,

« Agra est à 27°31minutes de latitude dans un terroir sablonneux ce qui y cause en été d’extrêmes chaleurs. C’est la plus grande ville des Indes, et ci-devant la résidence des Rois. Les maisons des Grands sont belles et bien bâties ; mais celles des particuliers n’ont rien de beau, non plus que dans toutes les autres villes des Indes. Elles ont écartées les unes des autres et cachées par la hauteur des murailles de peur qu’on ne voie les femmes ; et ainsi il est aisé de s’imaginer que toutes ces villes n’ont rien de riant comme nos villes d’Europe. Il faut ajouter à cela qu’Agra étant environnée de sables, les chaleurs en été y sont excessives ; et c’est en partie ce qui obligea Cha-Gehan de n’y faire plus sa résidence ordinaire et de tenir sa cour à Gehanabad.[….]

par une alvéole des claustras de marbre

De toutes les sépultures qu’ont voit à Agra, celle de la femme de Cha-Gehan est la plus superbe. il la fit faire exprès proche du Tamisacan où aborde tous les étrangers, afin que tout le monde la vît et admirât sa magnificence. le Tamisacan est un grand bazar [….]La sépulture de cette Bégum ou Sultane Reine est au Levant de la ville, le long de la rivière, dans une grande place fermée de murailles, sur lesquelles règne une petite galerie comme sur les murailles de plusieurs villes d’Europe. Cette place est une manière de jardin faite par compartiments comme nos parterres ; mais au lieu que  nous y mettons du sable, ce n’est là que du marbre blanc et noir. On entre dans cette place par un grand portail, et d’abord on voit à main gauche une belle galerie qui regarde la Mecque, ou il y a trois ou quatre niches où le Mufti se vient rendre aux heures accoutumées pour faire la prière.

maison d'hôtes près de la rivière

Un peu plus avant que le milieu de la place du côté de l’eau, on voit élevées l’une sur l’autre trois grande plate-formes, avec quatre tours aux quatre cois de chacune, et l’escalier du dedans pour crier à l’heure de la prière. Il y a au-dessus un dôme qui n’est guère moins superbe que celui du Val-de-Grâce à Paris. Il est revêtu dedans et dehors de marbre blanc, le milieu étant de brique. Sous ce dôme il y a un tombeau vide, car la Bégum est enterrée sous une voûte qui est au-dessous de la première plate-forme. Les mêmes changement qui se font au bas dans ce lieu souterrain se font en haut autour du tombeau ; car de temps en temps on change de tapis, de chandeliers et d’autres ornements de cette nature et il y a toujours quelques Mollahs pour prier. J’ai vu commencer et achever ce grand ouvrage auquel on a employé vingt-deux ans et vingt mille hommes qui travaillaient incessamment, ce qui peut faire juger que la dépense en a été excessive. On tient que les seuls échafaudages ont plus coûté que l’ouvrage entier, parce que manquant de bois, on a été contraint de les faire de brique, de même que les cintres des voûtes, ce qui a demandé un grand travail et de grand frais. Cha-Gehan avait commencé de fa&ire sa sépulture de l’autre côté de la rivière ; mais la guerre qu’il eut avec ses fils rompit ce dessin, et Aureng-zeb qui règne présentement ne s’est pas soucié de l’achever. Un  eunuque qui commande deux mille hommes est commis par la garde, tant de la sépulture de la Bégum que du Tamisacan dont elle est proche….. »

Nous n’avons pas vu le Tamisacan, non plus les tapis et les chandeliers…

Delhi Avec Tavernier (1676) pour guide

LE VOYAGE EN ORIENT

Diwan i am

« Gehanabad de même que Delhy est une grande villace, et une simple muraille en fait séparation. Toutes les maisons des particuliers sont de grands enclos au milieu desquels est le logis, afin qu’on ne puisse approcher du lieu où les femmes sont renfermées. La plupart des seigneurs ne demeurent pas dans la ville, mais ils ont leur maison dehors pour cause de la commodité des eaux. [….]

Le Palais du Roi a une bonne demi-lieu de circuit. les murailles sont de belle pierre de taille avec des créneaux, et de dix en dix créneaux il y a une tour. les fossés sont pl;eins d’eau et revêtus de pierre de taille. En entrant dans la troisième cour, on a en face le Divan où le Roi donne audience. C’est une grande salle élevée de quatre pieds au dessus du rez de chaussée et ouverte de trois côtés. Trente deux colonnes de marbre soutiennent autant de voûtes et ces colonnes sont d’environ quatre pieds en carré avec leur pied d’estail et quelques moulures.

C’est au milieu de cette salle et près du bord qui regarde la cour comme une manière de théâtre, qu’on dresse le trône où le Roi vient donner audience et rendre justice. C’est un petit lit de la grandeur de nos lits de camp; avec quatre colonnes, le ciel, le dossier, un traversin et la courte pointe, tout cela est couvert de diamants. Il est vrai que lorsque le Roi vient s’y asseoir, on étend sur le lit une couverture de brocart d’or ou quleque autre riche étoffe piquée; et il y monte par trois petites marches de deux pieds de long. A côté du lit, il y a un parasol élevé sur un bâtons de la longueur d’une demi-pique, et à chaque colonne du lit est attachée une arme du Roi, à l’une sa rondache, à l’autre son sabre puis son arc, son carquois et ses flèches et autres choses de cette nature.

Il y a dans la cour au-dessous du trône une place de vingt pieds carrés entourée de balustres, qui en certain temps sont couverts de lame d’argent et en d’autres de lames d’or. C’est au quatre coins de ce parquet où sont assis les quatre secrétaires d’État qui, tant pour le civil que pour le criminel font aussi la fonction d’avocats. Plusieurs seigneurs se tiennent sur la balustrade, et c’est aussi où se place la musique qui se fait entendre pendant que le Roi est au Divan. Cette musique est douce et agréable, et fait si peu de bruit qu’elle ne peut distraire les esprits des sérieuses occupations qu’ils ont alors […]

Vers le milieu de cette même cour, on trouve un petit canal de 6 pouces de large ou environ, où pendant que le Roi est dans son lit de Justice tous ceux du dehors qui viennent à l’audience doivent s’arrêter. Il ne leur est pas permis de passer outre sans être appelé, et les ambassadeurs ne sont pas exempts de cette règle. Quand un ambassadeur est venu au canal, celui qui fait la  charge d’introduction crie vers le Divan où le Roi est assis, que tel Ambassadeur demande à parler à Sa Majesté. Alors un secrétaire d’État  le redit au Roi, qui bien souvent ne fait pas semblant de l’entendre, mais quelque temps après il lève les yeux, et les jetant sur l’ambassadeur, il lui fait signe par le même secrétaire qu’il peut s’approcher. »

Les Voyages en Orient du Baron d’Aubonne 1605-1689 Jean Baptiste Tavernier

VOYAGE EN ORIENT

En 1676, Jean Baptiste Tavernier publia une relation de ses 6 voyages en Turquie en Perse et aux Indes. L’ouvrage que présente Favre en est un abrégé.

Dès l’âge de 15ans Tavernier parcourt l’Europe, page au service des Princes. Il se fait marchand de pierres précieuses et d’objets susceptibles de plaire aux souverains orientaux. Il partage ainsi les caravanes des marchands, racontant la vie des caravaniers. Il traverse ainsi la Turquie, l’Arménie, la Perse et finalement l’Inde.

Ses récits sont synthétiques, il ne s’attache pas à un voyage particulier. En textes courts et précis, il   donne une description très vivante des curiosités qu’il a observées.

Certains détails sont pratiques : la gomme à mâcher (mastic) de Chios, la recette du caviar d’Ephèse. Quand il raconte la vie de caravane ou de caravansérail, ses indications sont précises, utiles aux voyageurs et aux marchands.

Dans son négoce, il a l’occasion de fréquenter les Grands de Perse ou des Indes. Nous le suivons dans l’intimité des rois et ministres et découvrons une Perse administrée d’une main de fer, le Shah n’hésitant pas à se promener incognito sur les marché pour vérifier l’exactitude des balances, rendant la justice. De nombreuses anecdotes égaient la lecture.

A l’occasion Tavernier décrit les mœurs et les religions : Sunnites et Chiites, mais aussi Gaurs (parsis) en Perse, Hindous qu’il appelle idolâtres. A l’occasion, il fait une visite à l’Inquisiteur de Goa où sa Bible protestante n’est pas la bienvenue.

En Inde, il assiste à la construction du Taj Mahal, rencontre Aurengzeb et assiste à sa pesée, visite les mines de diamant, raconte le martyre des Satis qui sont brûlées avec leurs maris…

Ce qui est un peu étrange c’est la fréquence avec laquelle l’auteur traite de boissons alcoolisées, surtout en Perse ou chez le Moghol.

Lecture jubilatoire et facile. Un vrai plaisir!

La Terre outragée film de Michale Boganim

TOILES NOMADES

25 avril 1986, la veille

Un an après Fukushima, 25 après Tchernobyl…

Je suis entrée dans le cinéma animée d’une curiosité ressemblant à celle des visiteurs de la Zone touristes de catastrophe dans une excursion organisée, avec Anya pour guide.

Non, ce film n’est pas un documentaire sur l’accident nucléaire, c’est une fiction. Non pas d’images des liquidateurs, ni du sarcophage, pas d’explication scientifique, pas les monstruosité attendues. Pas non plus, ma secrète attente, de nature livrée à elle-même, une fois les hommes évacués.

Pas un film-catastrophe non plus. La catastrophe est à peine visible. Les gens ne la devine même pas.Les lueurs irradiant la centrale semblent une magnifique aurore boréale. La pluie noire dégouline sur le gâteau du mariage, personne ne semble la voir. Non plus que les poissons morts ou les feuilles rougies.

C’est une fiction avec des personnages. 1986 une histoire d’amour, un mariage,  une histoire de famille, un enfant plante un pommier, journée de détente, un père et son fils. Image d’un certain bonheur soviétique dans la ville « privilégiée » qu’était Prypiat. Une évacuation vite-faite. 10 ans plus tard. Anya n’a toujours pas fait son deuil de Piotr, son mari parti « éteindre un feu » le jour du mariage. Elle hésite entre l’exil avec son fiancé français et l’attachement à la Zone. Exil impossible.

Double vie. Les radiations imposent des allers-retours de Prypiat contaminée à la ville la plus proche qui ne l’est pas. Aller-retours entre la vie ordinaire et la ville vitrifiée où tous les souvenirs restent comme fossilisés. Ville morte? Voire. Des gens travaillent au sarcophage, d’autres n’ont seulement pas voulu abandonner la terre. Une petite fille erre insouciante.Des survivants offrent un repas aux morts, les liquidateurs. Séquence poignante. Valery, l’enfant qui avait planté le pommier recherche son père. Impossible deuil encore.

Anya, personnifie cette vie impossible dans la Zone et l’exil impossible aussi.

 

 

 

 

Voyage de Ludovico di Varthema en Arabie & aux Indes orientales(1503-1508)

VOYAGE EN ORIENT

Plaisir de la Découverte!

Découverte de l’Arabie, Arabie pierreuse et Arabie Heureuse, voyage en Perse, Indes et jusque aux Moluques (?) pour cet Italien aventureux.

itinéraire de Varthema

Pour moi, découverte de carnets de voyages, vieux de cinq siècles, roué ou naïf? en tous cas toujours curieux et émerveillé.

Découverte aussi : la COLLECTION MAGELLANE (Chandeigne).

Bel objet! une couverture cartonnée solide, du joli papier et une impression soignée et même des illustrations d’époques (gravures allemandes). Le plus important : avant propos et préface , indispensable pour ce genre d’ouvrage, et un corpus impressionnant de notes et une riche bibliographie d’une centaine de titres. C’est du sérieux!

Plaisir de la lecture!

 

Le style est vif, la lecture aisée. Cet ouvrage fut, à sa parution en 1510, un bestseller, traduit dans toutes les langues européennes réédité plusieurs fois. On ne s’ennuie jamais. On peut aussi imaginer un jeu d’allers-retours vers les notes (il faut alors un autre marque-pages), je cherche à deviner ce qui se cache sous un mot  exotique, une barque, un fruit, un souverain…

Un  autre jeu s’impose: Varthema est-il simple observateur ou vantard? Dès la préface, les historiens font état de doutes quand à la véracité de ses dires. Est-il vraiment allé en Perse ou rapporte-t-il les dires de son compagnon? Le périple jusqu’aux Moluques semble impossible dans les temps que l’auteur évoque. Quels seront les détails qui invalideront ce récit?

Le personnage est un peu mystérieux, il ne dévoile que très peu ses origines, voyageant sans cesse travesti. Pour explorer l’Arabie, il est engagé comme mamelouk dans un corps protégeant la caravane de pèlerins allant à Medine et à la Mecque. S’est-il vraiment converti à l’Islam? A Aden, il est fait prisonnier pour avoir été incapable de réciter au sultan la profession de foi musulmane, la femme du sultan s’éprend de lui et lui fait obtenir sa liberté. Vérité ou vantardise? Il décrit en détail l’Arabie Heureuse, s’associe à un marchand persan, sa description de la Perse est très floue.

En revanche il est très prolixe en ce qui concerne l’Inde et surtout Calicut (à ne pas confondre avec Calcutta). Je me régale à ses récits des coutumes, son rapport sur les éléphants est très amusant et réaliste (beaucoup plus que les licornes de la Mecque) .Bon observateur, il décrit les fruits exotiques, mangues et durions. parfois il invente aussi…

poivre

.

En compagnie du marchand il donne de nombreux détails sur le commerce des pierres précieuses, des soieries, et surtout des épices et des parfums. Il n’est peut être pas allé en Extrême Orient aussi loin qu’il le prétend, en revanche, ses rapports sur le santal, le benjoint et les différentes variétés de poivre, de cannelle m’ont passionnée.

Le retour en Europe est aussi une aventure. Le Portugais ont entrepris une véritable entreprise de colonisation s’alliant avec certains souverains indiens, guerroyant contre d’autres. Varthéma, appelé Yunus, est sous l’identité d’un marchand musulman. Rejoindre les vaisseaux Portugais sans être inquiété en pleine guerre  a nécessité toute une stratégie. Le récit de bataille navale est aussi amusant.

J’ai déjà sur le haut de ma pile  Les voyages en Orient du Baron d’Aubonne 1605-1689,  de Jean-Baptiste Tavernier,j’espère en  tirer autant de plaisir à la lecture et comparer à un siècle et demi d’écart!

38 témoins – Lucas Belvaux

Dans la bande-annonce tout est dit.

De l’enquête, du meurtrier, nous ne saurons rien.

La lâcheté, au contraire, qui a poussé les voisins à nier avoir entendu les cris stridents de la victime, qui a empêché tout un  quartier à porter secours à la jeune fille alors qu’il était encore temps, la culpabilité seront le sujet du film.

Crevant l’écran de sa présence, Nicole Garcia campe la journaliste tenace par qui le scandale éclatera. Yvan Attal  accablé, est moins convainquant.

La vraie vedette du film est la ville  du Havre (encore après la Fée, et Le Havre  de Kaurismäki ), son port où les énormes porte-containers arrivent guidés par Piere (Yvan Attal),  pilote chevronné. Sa profession en fait un témoin crédible : quant on manœuvre de tels bateaux on n’a pas besoin de raconter des salades pour se sentir exister, remarque le juge d’instruction

. Les portiques qui déchargent les énormes boîtes, les empile, les alignent répondent au souci d’ordre, de rectitude, comme les arcades de béton du quartier d’Auguste Perret : rectilignes, balcons largement ouverts sur la rue, sobriété et ordre. Démesure de la cathédrale bétonnée. Je redécouvre cette architecture qui m’a longtemps laissée indifférente.

 

 

TerraFerma – film de Emmanuele Crialese

Le film s’ouvre sur le bleu ultramarin des profondeurs, des filets de pêche, qu’on peut aussi imaginer comme des nasses ou des pièges. Aux commandes Ernesto, à la figure de Poséidon. Une procession de veuves siciliennes portant des bouquets blancs et suivant le curé vers la mer, cérémonie au mari de Giuletta, disparu en mer, fils d’Ernesto, et père de Filippo. Images de Linosa, l’île  aux 3 volcans au large de la Sicile. Cartes postales?

On pense à Respiro qui se déroulait sur Lampedusa, la blanche, que Crialese a si bien filmée . Filippo a grandi, il a un autre scooter, mais toujours son air étonné. A Linosa, comme à Lampedusa, la vie est étouffante pour les femmes. Giuletta ne pense qu’à partir pour inventer un avenir.

L’afflux des migrants arrivés en bateau, de Libye ou de Tunisie pose aux pêcheurs un problème de conscience : la loi, millénaire qu’ils ont toujours suivie est celle de la mer où un pêcheur ne laissera jamais se noyer un homme quand il peut le sauver. La loi italienne punit ceux qui prêtent la main aux migrants. mais la pêche est condamnée : Ernesto gagnerait à détruire son bateau plutôt qu’à le réparer. Le poisson se fait rare et les pêcheurs se comptent sur les doigts de la main. La jeune génération compte sur le tourisme et redoute l’arrivée des Africains.

Filippo, hésite entre la morale de son  grand père qui a sauvé des clandestins, et l’attrait du tourisme et le sourire de la blonde Maura. Escapade insouciante, pétard et bain de minuit troublé par l’arrivée de naufragés qui plongent d’un zodiac.

 

Amos Oz plaide des Etats Unis pour une solution à 2 états,

LA PAIX MAINTENANT

Amos Oz est un des mes écrivains favoris.

Que résonne une voix raisonnable, laïque, politique et même drôle dans le charivari des fanatismes religieux qui brouillent toute raison au Moyen Orient! Que les « Croisades contre le Mal » bushiennes ne laissent pas de trace dans la campagne américaine.

A la place de la lutte du Bien contre le Mal, with God on our side, Amos Oz met en scène  une tragédie du Droit contre le Droit, et espère une fin « Tchékovienne » plutôt que « Shakespearienne » à la tragédie israélo-palestinienne.

Désolée, c’est en Anglais, mais pour ceux qu’un discours en Anglais intimide, l’accent israélien facilite la compréhension et ce n’est pas très difficile à suivre