Souvenirs de Rabindranath Tagore

SAISON INDIENNE

Rabindranath Tagore a hanté ma saison  indienne : scénarios de Satyajit Ray,contemporain de Gandhi, inspirateur des chanteurs Bauls, et référence de nombreux écrivains indiens que j’ai lus. J’ai quelquefois une certaine timidité envers les monuments de la littérature: Tagore est Prix Nobel 1913, appréhension, serais-je capable de comprendre, d’apprécier?

Tagore, le peintre, m’a éblouie, dans ses couleurs et il n’est peut être pas indifférent que le livre s’ouvre ainsi :

« Je ne sais qui peint des images sur les écrans de notre mémoire, mais à coup sûr, ses tableaux sont des œuvres d’art. Il ne reproduit pas machinalement tout ce qui se passe. Il prend et laisse ce qui lui plait, agrandit ou diminue les évènements, sans scrupule, il relègue au second plan ce qui se trouvait au premier et met en vue ce qui se cachait en arrière; en un mot, son  œuvre est celle d’un peintre et non d’un historien…. »

Ne pas extrapoler trop!  les tableaux de l’exposition(1930) sont largement postérieurs à l’écriture de ce livre(1912).

Tagore raconte ses souvenirs d’enfance et de jeunesse à Calcutta, ses premiers voyages jusqu’en Himalaya avec son père, ses études à Londres à 17 ans et le début de sa renommée d’écrivain.

Rabindranath Tagore aurait peut être pu croiser Kim à bord du train qui le conduisait en Himalaya? Il ne se seraient sans doute pas vus! Kim vivant comme les indiens de basse caste, hantant les bazars et la jungle, tandis que Tagore, le bramine, a passé son enfance confiné dans un  palais instruit par de nombreux maîtres de culture classique, de bengali ancien, de sanscrit écrivant en vers dans un style antique, des demandes les plus triviales (comme la demande de prêt d’un livre). Les mystères que l’enfant a déchiffré ne sont pas des messages codés des militaires, mais plutôt la poésie des livres anciens inaccessibles. Son imagination comble les passages obscurs entre les mots qu’il comprend, il voit dans cette lecture une grande poésie.

L’enfant confiné dans des appartements sous la « servocratie » des domestiques acquiert un sentiment très aigu du « dehors et du de-dans », contemplatif, il découvre des charmes insoupçonnés à un bassin, au fleuve, à un jardin à moitié sauvage qui lui fait un effet de jardin d’Eden. Cette conscience de l’enfermement a sans doute présidé à son souci de l’enfermement des femmes dans La Maison et le Monde (je viens de visionner le DVD)

 

 

 

 

 

 

 

Plus tard, le jeune homme, avec ses frères montent une société patriotique secrète dont l’activité principale se résume à des pique-nique s dans des propriétés délaissées par leurs occupants… Bien que bercé en bengali et même en sanskrit, ayant étudié les épopées traditionnelles et la musique hindoue, il analyse aussi ce que les lettrés bengalis de sa génération doivent à Shakespeare ou à Byron.

Plus qu’à Kim, je pense au jeune Chateaubriand…

Water – film de Deepa Mehta (DVD)

 

SAISON INDIENNE

Dernier film de la trilogie de Deepa Mehta : Fire, Earth et Water. Ce n’est pas du cinéma de Bollywood. Réalisé avec la télévision canadienne,  tourné en partie au Sri Lanka, hors des conventions habituelles du cinéma indien, il aborde le sujet douloureux des veuves.

Chuya, la petite veuve

Quel âge peut avoir la petite veuve dont on rase la tête et qu’on habille de blanc? Sept ou huit ans. Son père l’abandonne dans la maison-refuge des veuves parmi des femmes de tout âge. La plantureuse matrone qui règne sur la cour ne l’impressionne pas, Chuya de fureur, lui mord la cheville de ses jeunes dents de « petite souris ». Elle est pleine d’énergie et capable des colères puissantes des jeunes enfants.

Kalyani, la  seule qui soit coiffée d’une abondante chevelure, vit à l’écart à l’étage. Elle élève en cachette un chiot et consolera Chuya lui faisant partager ses dévotions à Krishna. Je ne comprendrai que plus tard son éloignement des autres femmes. Une autre veuve exerce une autorité naturelle : dévote, austère, elle est aussi la seule femme instruite de l’ashram. Certaines sont infantiles, mariées enfants, elles n’ont rien connu du monde et rêvent de sucreries…Dans la résignation et la dévotion l’énergie de Chuya explose.

Film d’eau qui commence dans un champ de lotus, se poursuit le long du fleuve où se déroulent crémations et ablutions.  Obsession des purifications, pureté des castes. Le contact fortuit avec une veuve apparaît comme une souillure. Film de pluie bienfaisante qui apporte une joie éphémère pendant l’averse.

Film bleu. Bleu, la couleur de Krishna, dit Kalyani. Une lumière bleutée baigne la cour aux murs grisâtres, les saris blancs des veuves. Traces de peinture bleue qui s’écaille sur les planches patinées de l’étage. Le rouge n’apparaît qu’en flash-back: images de ces noces funestes qui ont lié ces femmes à un homme autrefois. Jaune et rose de la fête de Holi, un instant de bonheur. Ambiance nocturne souvent.

Recherche esthétique : certaines scènes sont sublimes : la rencontre de Kalyani de de Narayan sous un ciel rosissant, le jeune homme joue de la flûte comme Krishna.

 

Lire également cette critique

 

 

 

La figure de Gandhi se profile : l’action se situe en 1938. Évoqué par les deux amis diplômés, par les veuves de l’ashram qui n’apprécient pas son action en faveur des Intouchables. Plus défavorisés que les veuves, les Intouchables, voire….Joie de la population quand Gandhi est libéré de prison,  la foule converge vers la gare où se trouve le train de Gandhi, porteur de tous les espoirs!

 

La Maison et le Monde – Satyajit Ray (DVD)

SAISON INDIENNE

 

1984, film en couleur d’après le roman de Rabindranath Tagore. Est-ce un film historique racontant un épisode de l’histoire de l’Inde ?
La partition du Bengale en 1905 par Lord Curzon entre Musulmans et Hindous entraîna une réaction des  nationalistes et le boycott des produits anglais par le mouvement swadeshi.
Est-ce un drame entre trois personnages dans un palais indien?
Nakhil, le mari, homme moderne et ouvert, veut que sa femme soit libre. Il lui offre l’instruction et surtout la conduit en dehors des appartements réservés aux femmes dans une scène magnifique : le couple progresse lentement sur une galerie, majestueusement. Bimala,  élevée dans la réserve convenant à une femme indienne, apprend vite. L’anglais, le piano et le chant, certes, mais aussi la politique. Quand Nakhil veut lui faire rencontrer Sandip, leader nationaliste, qui est également son ami, son opinion est faite et ce n’est pas celle de son mari! les deux hommes sont d’abord émerveillés de cette indépendance d’esprit. Sandip veut utiliser Bimala pour ployer Nakhil qui s’oppose au boycott sur son domaine. Leur collaboration ne restera pas longtemps dans le champ intellectuel pur. Il s’éprend de la jeune femme. Résistera-t-elle à la séduction de cet homme qui joue aussi de séduction (si ce n’est de démagogie) quand il manie les foules.? Le film tourne au « mélo flamboyant« (dixit Télérama). Ne pas spoiler!
L’art de Ray, que j’ai découvert dans le Salon de Musique en noir et blanc, s’est enrichi de  couleurs mais le soin des plans, du cadrage et surtout des jeux d’ombres et de lumières est toujours magistral. Merveilleuse scène de la sortie du gynécée, merveilleuse image des raies d’ombres des stores sur le visage de Bimala qui écoule le discours nationaliste à la fenêtre. Magnifique moment où Bimala plie son sari en chantant, d’abord la mélodie anglaise puis un chant hindou, le temps s’étire sur toute la longueur des 6 mètres de soie
Bimala et Nakhil
A la fin du film, je me pose des questions: est-ce que le rejet du démagogue intéressé est le rejet du nationalisme qui joue sur l’affectif avec des slogans simplistes plutôt que sur la réflexion?
Dans le boycott des produits importés on retrouve les campagnes de boycott de Gandhi, Gandhi serait-il dénoncé ici?
La trahison de Bimala vis à vis de son mari est-elle  fortuite ou est-elle une preuve de la faiblesse féminine?
Un excellent article analysant le livre de Tagore apporte des réponses.
Extrait

 

Révisions

Les peintures de Tagore au Petit Palais

SAISON INDIENNE

On connaît Tagore comme poète, écrivain, prix Nobel 1913 moins comme musicien et comme peintre. L’exposition du Petit Palais « Dernière Moisson » présente 85 œuvres sur papier, encres, pastels ou aquarelles de premier plan. Ce n’est pas la première exposition de Tagore à Paris : dans les années 30, Anna de Noailles avait parrainé une exposition du poète et écrit la préface du catalogue (visible dans une vitrine).

C’est sur le tard, passé  60 ans, que Tagore a fait œuvre de plasticien : d’abord en jouant avec les ratures sur ses manuscrits (merveilleuse calligraphie indienne) puis avec ces « gribouillis » sont arrivés des animaux monstrueux. Le bestiaire extraordinaire occupe la première salle. Fantastique? humour? on ne sait comment interpréter ces tableaux étonnants. La figure humaine est aussi largement présente : portraits presque des caricatures d’hommes et figures féminines très douces. Ses paysages sont souvent nocturnes, masses sombres tranchant sur un ciel jaune, temples ou feuillages. Un mur porte des fleurs d’une délicatesse rare…

Assez petits formats sous verre. Les encres ont des tons métalliques, les oranges sont dorés, les noirs épais et mats. Quand on s’approche on admire la finesse du graphisme.

A la fin de l’exposition une vidéo passionnante raconte la vie de Tagore : paysages du Bengale actuel, extraits de films de Satyajit Ray mais aussi interviews d’un poète de Calcutta et d’un peintre qui souligne les parentés entre l’œuvre picturale de Tagore avec la peinture occidentale de l’époque : fascination des primitifs mais aussi Art Nouveau, il évoque aussi l’expressionnisme et Emil Nolde. J’ai le grand plaisir de retrouver les musiciens Bauls dont j’ai récemment fait connaissance. Le fil conducteur de cette biographie est justement le récit  chanté qu’un artiste de rue fait de la vie du grand homme à la manière des épopées historiques ou des textes sacrés du Râmâyana ou Mahabarata, déroulant une toile naïve illustrant les différents épisodes.

http://www.dailymotion.com/swf/video/xoe1bx<br /><a href= »http://www.dailymotion.com/video/xoe1bx_rabindranath-tagore-au-petit-palais_creation &raquo; target= »_blank »>Rabindranath Tagore au Petit Palais</a> <i>par <a href= »http://www.dailymotion.com/mairiedeparis &raquo; target= »_blank »>mairiedeparis</a></i>

Ma « Saison Indienne » avait commencé dans ces mêmes salles au Petit Palais avec l’exposition photo, Elles Changent l’Inde, à 5 jours de notre départ, je suis contente de me retrouver dans ces lieux familiers avant le grand saut dans le dépaysement.

Les Vagabonds Enchantés – chanteurs bauls – Mimlu Sen

SAISON INDIENNE

Les Vagabonds enchantés sont les chanteurs Bauls. Chanteurs itinérants au Bengale, vivant d’aumône dans les villages, héritiers d’une tradition séculaire remontant jusqu’au 16ème siècle. Confluence, syncrétisme,  entre les adorateurs de Vishnou, de Shakti, les tantriques,  les yogis de village, les fakirs, les soufis. Poésie mystique mais aussi grande tolérance.

La narratrice, est une indienne anticonformiste. Ayant approché les communistes naxalites, elle se retrouve en prison. Dans le Paris de Mai68, « fief du sexe, de la drogue et du rock n’roll […] du féminisme, de la psychanalyse et de l’existentialisme…. »elle se pose quelques années jusqu’au coup de foudre pour la musique baul. Elle suit alors au Bengale un musicien Paban. C’est leur histoire qu’elle raconte. Festivals, vie rurale, rencontre avec des musiciens et des gourous,  aussi une histoire d’amour!

Comment cet oiseau inconnu

Peut-il ainsi à sa guise

Entrer et sortir de sa cage?

si je pouvais l’attraper

Je l’entraverais

Avec les chaînes de mon esprit.

Mais je ne parviens pas à le saisir,

Il continue d’entrer et sortir.

Sa cage a huit pièces et neuf portes,

Elle est couronnée par une galerie des glaces

Ô mon cœur, la cage dont tu rêves,

Faite de faible bambou

Peut se rompre à tout moment.

Ainsi dit Lallan, l’oiseau peut se libérer de sa cage,

Et s’enfuir, qui peut savoir où.

Lallan Shah Fakir (19ème siècle)

Rabinadrath Tagore a cité cette chanson au Musée Guimet en 1916

La figure de Tagore plane encore :le bungalow de Mimlu Sen, de ses enfants et de Paban se trouve dans la ville universitaire de Tagore : Shantiniketan, plus tard ils s’installeront dans une propriété évoquant les décors de Satyajit Ray…

 

Le livre foisonne de contes, de mythes, qui s’entremêlent avec le quotidien de ces musiciens comme la poésie, poèmes d’amour, épopée de Rhada et Krishna, mystique étrange

Une fille est Ganga, Jamuna et Saraswati :

Chaque mois, des marées montent en elle,

Forment le confluent de trois rivières de trois couleurs.

Le premier jour, il est noir, le lendemain blanc,

le troisième rouge nacré.

Qui peut sonder les profondeurs d’une femme?

Maheswara ne sait pas grand-chose d’elle

Étonnante chanson célébrant le flux menstruel, célébrations des déités féminines mais aussi statut arriéré de la femme dans la campagne bengalie.

Très éloignée de la philosophie hindoue ou de la musique ethnique, j’ai dévoré ce livre si riche! Il manque seulement un CD pour donner à entendre la voix de Paban!

 

 

Lectures indiennes : mon top10 et des sagas

SAISON INDIENNE

La littérature indienne contemporaine foisonne, le plus souvent anglophone, elle est facilement accessible et largement traduite. J’ai ratissé large dans les rayons de la Bibliothèque et emporté des piles de livres. Difficile d’effectuer un tri. Après deux mois de lectures exclusivement indiennes, je dresse ici un premier bilan.

 

Hors concours dans mon TOP10,

Les Enfants de Minuit de Salman Rushdie, lu autrefois, je mepropose de relire dès que je l’aurai retrouvé

 

 

 

Très intéressant, N°1 de ce classement personnel : Un océan de Pavots d’Amitav Gosh. Très riche, dense, varié. Premier volume d’une trilogie dont j’attends avec impatience la suite! Il n’est pas besoin d’aller en Inde pour apprécier ce gros roman captivant qui nous emmène sur les mers comme sur le fleuve. Lire la suite ICI

 

Une découverte, N°2 : Le Dieu des Petits Riens d’Arhundati Roy, une écriture intéressante,d’une écrivaine engagée. Lire la suite ICI

 

 

 

Un coup de cœur, N°3 : Les neuf visages du cœur d’Anita Nair. lire la suite ICI

 

N°4 : Noces indiennes de Sharon Maas, lire ICI

une copieuse saga qui fait voyager non seulement à Madras mais aussi dans la communauté indienne  de Guyane britannique  et à Londres

N°5 : Les collines du tigre de Sarita Mandanna

Je ne suis pas entrée dès le début dans cette saga. Exotisme garanti, très belle évocation des collines, de la jungle, des forêts..
Au début c’est l’histoire de Dévi, petite fille,  et de Dévanna le petit garçon si doué, élevés au village ensemble. Coup de foudre pour le Chasseur, si valeureux, si noble… cela m’a un peu agacé. Poursuivant la lecture, le roman a perdu sa tonalité  » à l’eau de rose » pour se teinter d’amertume et de tragique. Je me suis attachée à cette famille. J’ai un peu pensé à Autant emporte le Vent dans la ténacité dont Devi fait preuve en cultivant malgré tout ses caféiers..

N°6 : Un Atlas de l’impossible d’Anuradha  Roy

pris à la bibliothèque confondant Arundati Roy et Anuradha Roy. Très belle couverture bleue de cette collection Actes Sud

Une saga familiale, Trois générations, trois maisons.
Dans une petite ville provinciale , Songarth, Amulya installe sa fabrique de produits médicinaux tandis que Kananbala, sa femme, s’étiole insensible au charme du jardin, cloitrée et sombre dans la dépression et la démence.
Kamal, marié mais sans enfant, prendra la succession de son père.Tandis que son frère, Nirmal, vivra une vie errante après que Shanti, sa jeune femme ne meure en couches.
La deuxième partie du livre est centrée sur deux enfants, Bakul la fille de Nirmal, et Mukunda,  parrainé par Amulya, de naissance obscure et sans caste. Une histoire d’amour aurait pu s’ébaucher entre la jeune veuve qui s’occupe des enfants et Nirmal qui revient.
La troisième partie se passe à Calcutta. Mukunda jeune diplômé s’installe dans la merveilleuse demeure qu’un lettré musulman lui confie à la suite de la Partition et des troubles, il se marie, un fils nait. tous les espoirs sont permis.
Chaque génération reproduit le même schéma : espoirs de jeunesse, désillusions, enfermement dans les convenances, les préjugés et le système des castes. Les femmes paient le plus lourd tribut à la tradition.
Les maisons jouent le rôle de véritable personnages dans ce roman. La maison près du fleuve me fait penser à celle du film le Salon de Musique, il me semble la voir. Il me semble sentir les parfums du jardin de Songarth. Pas étonnant que les maisons soient si importantes: Mukunda devient agent immobilier, de la pire espèce…
C’est une lecture agréable.
J’ai été déçue,par les promesses du 4ème de couverture qui invitait à comprendre l’histoire de l’Inde de la colonisation à l’Indépendance. Cet aspect est plutôt escamoté.

N°7 : Râga d’après midi d’Amit Chaudhuri

Très beau titre, très belle couverture (Picquier) mais une légère déception.

Court roman, léger, délicat, presque trop délicat. Bien écrit. allers-retours entre Oxford où étudie le narrateur et Bombay et Calcutta où vivent ses parents. pages impressionnistes. Pas d’histoire : le héros hésite entre deux femmes, mais on ne sait ni pourquoi, ni comment.
Un peu inconsistant, joli, cependant.

Même en comptant Les Enfants de Minuit, mon top10 est bancal, il en manque deux. La pile de livre en attente est encore haute. Le classement sera-t-il bouleversé?

 

Paris – Bucarest, sans retour…Ulysse de Marsillac 1821-1877 et une surprise: Nerval!

PARIS/BUCAREST

De Bucarest, un  fidèle  correspondant m’a fait parvenir ce texte :
J’ai seulement ajouté des accents
Il nous présente un personnage marquant de la francophilie en Roumanie: Ulysse de Marsillac
Paris – Bucarest, sans retour…
carte postale ancienne de Bucarest

 

 
France, 1821: C’est l’année de naissance de Ulysse de Marsillac, journaliste français.
 1852, à cause du son désir pour connaitre “L’Orient sauvage”, il quitte Paris pour toujours et arrive à Bucarest. Ici il a travaillé comme professeur de français au “Collège National Sf.Sava” (actuellement “Lycée Sf.Sava”(près du parc Cismigiu) – le plus fameux lycée de Bucarest et de Roumanie,  ou seulement les meilleurs élèves peuvent entrer et étudier. En même temps, le lycée où on trouve la plupart des  enfants des “nouveaux riches” c’est : “Jean Monet”, qui est plus au nord, près de la zone résidentielle(et du parc Herastrau) des ceux qui ont contrôlé la Roumanie avant 1989. La presse a écrit récemment qu’un deuxième « lycée français » sera ouvert a Bucarest.
 
Ulysse de Marsillac a travaille aussi à “L’École Militaire”  de Bucarest et à l’ université de Bucarest.
 
Il a fondé les journaux:
 
–  La Voix de Roumanie (il aidé par un autre français, Frédéric Dame, qui avait une épouse roumaine).
–    Le Moniteur Roumain;
–    Le Journal de Bucarest;
–    Indépendance Roumaine;
 
Il a écrit les livres :
 
–    Guide du Voyageur a Bucarest;
–    Histoire de l’Armée Roumaine
–    De Pest à Bucarest. Notes de voyage
 
Un jour, Ulysse de Marsillac, allant  au “Sf.Sava” , s’égare dans les rues de Bucarest…Il trouve un bonhomme  assis sur un banc, devant une porte, le regard perdu dans le néant de son destin roumain… Ulysse de Marsillac s’approche et demande:
–  “Ou est-ce que je me trouve?”
Le vieil  homme  secoue la tête comme s’il s’éveillait d’un rêve profond et répondit :
– « dans le pays le plus malheureux de l’Europe! »
Ulysse de Marsillac fut surpris par une telle réponse: il voulait seulement savoir dans quelle rue il s’était perdu mais il découvrit dans quel pays il se trouvait.
 
Le réponse du bonhomme est valable encore aujourd’hui pour la Roumanie et les Roumains…
 
Un autre jour, il monte la colline de Filaret(à la première gare de Bucarest), accompagné par un ami, pour admirer la panorama de Bucarest couvert par le vert des arbres et parcs…et il demande:
–   ”Quelle est la distance entre Bucarest et Paris?”
Son ami répond “immédiatement”:
–   “Trois cent ans, monsieur!!”
 
 
En 1871, le « Grand Théâtre de Bucarest » a donné une “Représentation extraordinaire en faveur des paysans et des ouvriers français, victimes de la guerre”. C’est le moment quand Ulysse de Marsillac a interprété le rôle de “M.Jadis” dans la comédie: “Le Bonhomme Jadis”.
(Il s’agit de la guerre franco-allemand de 1871: à Bucarest, tout le monde était “anti-allemand” et  même dans les quartiers les plus éloignées et dans tous les “boîtes” tout le monde, y compris les “lautari” tziganes au violon, chantait “La Marseillaise” .  Une foule de manifestants « très en colère » ont même attaqué avec pierres les fenêtres de “la salle de banquet” où l’ambassadeur allemand (Joseph Maria Von Radowitz) et  les allemands résidant àBucarest avaient  décidé de fêter la jour de naissance de l’empereur allemand Wilhelm I.)
 
A Bucarest, les journaux et les « représentations » de théâtre étaient seulement en français (a partir des années 1840). La “haute société” et la “bourgeoisie” roumaine parlait seulement en français.
 
Ulysse de Marsillac n’est jamais retourné en France. Il est décédé en 1877, a cause de sa souffrance profonde, générée par la mort d’ Élise, son épouse…
 
Sur: www.memoria.ro, vous pouvez lire(en français) l’article: “Bucarest ou le corps retrouve” écrit par Marianne Mesnil, où elle parle de Ulysse de Marsillac.
 
J’aimerais savoir que vous pouvez trouver et lire les livres écrits par Ulysse de Marsillac, car ici je n’ai pas été capable de les trouver.
Cherchant sur Internet les écrits d’Ulysse de Marsillac,  et des renseignements, je découvre par hasard un article sur….Gérard de Nerval :
Je ne résiste pas au plaisir de partager un poème. Et me voici revenue au Romantisme! Juste après avoir lu l’excellent billet de claudialucia ICI où Nerval était comparé à une « hirondelle apode » par son ami Théophile Gauthier.
El Desdichado

Je suis le Ténébreux, – le Veuf, – l’Inconsolé,
Le Prince d’Aquitaine à la Tour abolie :
Ma seule Étoile est morte, – et mon luth constellé
Porte le Soleil noir de la Mélancolie.

Dans la nuit du Tombeau, Toi qui m’as consolé,
Rends-moi le Pausilippe et la mer d’Italie,
La fleur qui plaisait tant à mon cœur désolé,
Et la treille où le Pampre à la Rose s’allie.

Suis-je Amour ou Phébus ?… Lusignan ou Biron ?
Mon front est rouge encor du baiser de la Reine ;
J’ai rêvé dans la Grotte où nage la sirène…

Et j’ai deux fois vainqueur traversé l’Achéron :
Modulant tour à tour sur la lyre d’Orphée
Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée.


Une bouteille à la mer – film de thierry Binisti

Une pierre
deux maisons
trois ruines
quatre fossoyeurs

« Prévert était Palestinien? » demande Naïm

Je n’aurais voulu pour rien au monde rater la sortie d’Une bouteille à la mer , ma critique ne sera en rien objective.

http://www.dailymotion.com/swf/video/xnerjm<br /><a href= »http://www.dailymotion.com/video/xnerjm_une-bouteille-a-la-mer-bande-annonce_shortfilms &raquo; target= »_blank »>UNE BOUTEILLE &Agrave; LA MER : BANDE-ANNONCE</a> <i>par <a href= »http://www.dailymotion.com/baryla &raquo; target= »_blank »>baryla</a></i>

Première raison : Hiam Abbass, je suis fan!  je vais voir tous ses films et jamais elle ne m’a déçue. Elle incarne la dignité, la volonté, le courage.

Deuxième raison : toutes les initiatives visant à établir un dialogue  entre Gaza et Israël, même les plus naïves, sont les bienvenues. Chanter ensemble comme D’une seule voix, rire comme dans le Cochon de Gaza sont à encourager.

Troisième raison : Tal, l’héroïne du film, est née à Créteil, ma ville, elle aurait pu être une de mes élèves, ma voisine…

Fleur bleue? Eau de rose? le dialogue par Internet de Tal, 17 ans, de Jérusalem qui a fait lancer par son frère une bouteille à la mer et de Naïm, le beau Gazaoui aux yeux bleus, qui a ramassé avec des copains la bouteille, comme Jaafar, le pêcheur ramassait des tongs dépareillées. Les scènes de bombardements pendant l’Opération plomb durci compensent largement la bluette. On reçoit en pleine figure les bombes, on tremble avec la famille de Naïm réfugiée dans l’appartement quand on voit les chars foncer vers leur maison. On ressent aussi la peur de Tal dans l’autobus à la vue d’un homme suspect qui serre un trop gros sac sur ses genoux.

Le film sonne juste. A Gaza, je ne peux pas bien me rendre compte. Mais à Jérusalem le ton est parfait. Parfaite cette souccah: « pourquoi est -on ici?  » demande le père qui attend une explication religieuse « parce que tu n’as pas pu construire de cabane en France! » lui répond du tac au tac sa fille. Juste aussi, l’enthousiasme forcé du nouvel émigrant, l’accent français de Tal, le père qui chante la mélodie orientale…..Touchante, la réflexion du frère revenant de Gaza, qui détecte la tristesse et la colère de sa sœur.

Je me suis demandée comment ou avait pu tourner les images de Gaza: le dossier pédagogique indique que le tournage à Gaza est impossible mais que les images de Gaza vue de loin sont bien authentiques. Authentiques aussi, les images d’archives du meeting de l’anniversaire de la mort de Rabin, les images du journal télévisé de France 2 pendant l’opération Plomb durci. Le cochon de Gaza avait été tourné à Malte. Tournées sur place, les images du checkpoint d’Erez. Séquence presque au ralenti du départ de Naïm, départ pour l’exil. Ces images auraient pu être joyeuses, le départ vers une nouvelle vie, la rencontre furtive avec Tal. Elles sont plutôt nostalgiques.

Le Monde est plus sévère : les bons sentiments ne feraient pas les bons films, d’après la critique.

L’homme qui voulait être roi – film de John Huston d’après Kipling

SAISON INDIENNE

film de John Huston 1975

Quels joyeux compères que Daniel Dravot et Peachy Carnehan, alias Michael Caynes et Sean Connery!  Entrain, humour britannique, et de l’action! On ne s’ennuie pas en leur compagnie.

De Delhi ou Jodphur, on traverse la Passe de Khyber pour se retrouver en Afghanistan  et dans les montagnes somptueuses de l’Hindu Kouch. Les deux anciens soldats ont demandé à Rudyard Kipling d’être le témoin d’un étrange contrat : les deux associés s’engagent à ne toucher ni à l’alcool ni aux femmes tant qu’ils n’ont pas atteint leur but : se faire couronner roi du Kafiristan.

Ambition démesurée? Conte des Mille et unes Nuits sorti de l’imagination fertile du narrateur du Livre de la Jungle?

La réalité dépasse parfois la fiction : le Kafiristan existait bien à l’époque de Kipling: il était bien peuplé d’une population distincte des Afghans musulmans et c’est même ce qui a donné le nom de Kafiristan (pays des Infidèles). Les étranges pratiques religieuses du film ne sont peut être pas complètement inventées. Kipling s’est inspiré de réels aventuriers qui ont cherché à se bâtir un royaume dans la région. En tant que journaliste, il connaissait bien les militaires des guerres Afghano-russo-britannique.

Ironie (fortuite) de cette séance d’entrainement d’une armée afghane par les deux sergents britannique, plus fort encore, la vallée de la Kapisa est justement le siège des aventures de Peach et Dravot. J’en connais certains qui seraient bien avisés de visionner le film et de relire Kipling avant d’élaborer des stratégies géopolitiques dans la région!

Dans les paysages sublimes j’ai eu la malchance de reconnaître assez vite Ait Benhaddou et la région de Ouarzazate que je connais bien. J’aurais préféré croire qu’on était vraiment en Afghanistan!

http://www.dailymotion.com/swf/video/xaoeym<br /><a href= »http://www.dailymotion.com/video/xaoeym_the-man-who-would-be-king-1975_shortfilms &raquo; target= »_blank »>The Man Who Would Be King (1975)</a> <i>par <a href= »http://www.dailymotion.com/Moviescan &raquo; target= »_blank »>Moviescan</a></i>

http://youtu.be/3dJf5rO0-BM

Désolée pas de sous-titre mais le plaisir d’entendre nos deux héros en VO