Merci à Lisa Pascaretti de Plumes, pointes et palettesd’avoir conseillé cette visite! Le Musée d’Orsay présente cette artiste norvégienne, célèbre dans son pays mais tout à fait inconnue de moi. J’adore les surprises et ce fut une belle découverte.
Kitty Kielland a peint Harriet Backer dans son atelier, coupé le grand tableau est le portrait de Kitty par Harriet.
La formation de Harriet Backerfut européenne : Munich, Paris(10 ans ) Florence. Elle copie les grands maîtres avec un intérêt particulier pour la peinture hollandaise. Elle se lie en 1975 à Kitty Kielland et partage avec elle son atelier. Elle fréquente les cercles d’artistes-femmes scandinaves. On peut voir dans l’exposition d’Orsay des portraits « croisés », les unes prenant pour modèles les autres. Joanna Bauck et Bertha Wegman, Hildegard Thorell, Asta Norregaad.
A la lumière de la lampe
En 1881, elles partent en Bretagne où Harriet Backer s’intéresse aux intérieurs ruraux . Le plus souvent, une femme est représentée : une dentellière, une autre lit, une coud, les lumières sont particulièrement étudiées et soignées.
Femme cousant à la lumière de la lampe . On reconnait une machine à coudre
Harriet Backer : chez moi
Le titre de l’exposition : La musique des couleurs rappelle qu’on fait beaucoup de musique chez Harriet Backer. Sa soeur est une compositrice reconnue. La salle où sont accrochés ces tableaux musiciens est sonorisée par une musique au piano : celle d’Agathe Backer Grondahl.Je me suis assise sur la banquette et j’ai pris mon temps pour écouter cette musique.
Au piano de mon arrière- grand-mère 1921
« Le tableau est une musique pour l’oeil »
Rythme et harmonie.
De retour en Norvège, en 1888, dans un contexte de revendication de l’identité norvégienne. Harriet Backer s’intéresse aux églises, à la vieille église en bois peinte – la Stavkirke d’Uvdal
A l’intérieur de la Stavkirk
Dans des églises luthériennes plus sobre, elle a peint les divers rites : baptême, relevailles…
Après 1903, elle peint des natures mortes : Vie silencieuse qu’elle laisse souvent inachevées
Nature morte image éternelle
Comme Kitty Kielland, elle peint aussi des paysages
Paysage de Baerum
Ce paysage de Baerum est mon préféré. Comme dans ses intérieurs, elle peuple sa toile de femmes.
HOMMAGE A ISMAIL KADARE – LECTURE COMMUNE AVEC CLEANTHE
Tel un oiseau superbe et solitaire, vous volerez sur ces montagnes silencieuses et tragiques, pour arracher à leurs gorges et à leurs griffes nos malheureux garçons.
Il y avait dans la tâche qu’il allait accomplir quelque chose de la majesté des Grecs et des Troyens, de la solennité des funérailles homériques.
C’est une relecture.
Lu autrefois, il y a si longtemps. Je venais de découvrir Kadaré. Ne connaissant rien à l‘Albanie j’avais lu ce texte comme Le Désert des Tartares. Lecture hallucinée avec ce général qui parle de ses guerriers dans leurs uniformes de nylon, leur linceul. Général pataugeant dans la boue et souvent pris de boisson avec d’étranges compagnons comme ce prêtre mutique, et l’autre militaire manchot qui déterre également des corps…Fantastique, intemporel.
Ils me rappellent mon armée à moi et je me demande comment mes soldats défileraient vêtus de leurs sacs bleus aux lisérés noirs.
Relu au retour d’Albanie, j’ai reconnu des paysages. Compris que c’est un récit historique qui raconte la campagne calamiteuse mussolinienne en 1939 en Albanie. Un récit qui rend compte de la résistance des partisans. Etrangéité de cette Albanie isolée avec ses coutumes anciennes, ses chants guerriers, son hospitalité…
Leurs chants ont pour thèmes dominants la destruction et la mort. C’est une particularité de leur art. On la retrouve dans leurs chants, dans leurs costumes, dans toute leur existence. C’est, en général, une caractéristique commune à tous les peuples balkaniques, mais elle est, chez les Albanais, plus prononcée que partout ailleurs. Même leur drapeau national ne symbolise que le sang et le deuil.
Relu à l’occasion de cette lecture commune rendant hommage à l’auteur disparu récemment. J’ai repris ce livre et j’ai été encore fascinée par le récit. Redécouvert des épisodes comme ce mariage où les étrangers n’avaient rien à faire mais où les traditions d’hospitalité transcendent les souvenirs douloureux. Musique et danses. Et la tragédie que la vieille femme fait surgir…
L’histoire se déroule à Gjirokastër, la Cité de Pierresoù nous avions visité la Maison de Kadaré, la Maison d’Enver Hoxa, la Citadellefortifiée par Ali Pacha (cf Alexandre Dumas et le comte de Montecristo) et d’autres maisons-tours impressionnantes. Je revisite les souvenirs de voyage avec grand plaisir.
L’action commence pendant la Deuxième Guerre Mondiale. L’Italie fasciste, impériale, envahit l’Albanie en 1939, avec des déboires (résistance, guérillas et incursion des Grecs). En 1943, l’Allemagne nazie remplace l’occupation italienne et tente de rallier certains nationalistes albanais qui rêvent d’une grande Albanie. C’est dans ce contexte qu’a eu lieu « Le Dîner de trop« .
Les deux chirurgiens réputés de Gjirokastër étrangement portent le même nom: Gurameto. Gurameto le Grand a fait ses études de médecine en Allemagne tandis que Gurameto le Petit a étudié en Italie. Le commandant des troupes allemandes, le baron von Schwabe, est un ancien condisciple de Gurameto le Grand. Il se présente au nom de leur ancienne amitié. Au nom de l’hospitalité traditionnelle, le chirurgien l’invite à un dîner:
qu’était-ce en vérité que ce dîner que d’aucuns surnommaient encore « le dîner de la honte », et d’autres « le dîner de la résurrection » ?
La nuit se déroule dans une atmosphère étrange : l’invasion allemande a été accueillie par une embuscade. Les Allemands prennent un certain nombre de citoyens en otage sous la menace de leurs mitrailleuses pendant que les chefs festoient accompagné par la musique d’un gramophone fou que toute la ville entend. Ambiance presque surnaturelle, correspondant à des contes albanais où la mort se joint à un festin. Le décor des mitrailleuses me rappelle celles qui sont encore aujourd’hui exposées dans la maison d’Enver Hoxa
Le régime va changer, le communisme s’installe en Albanie.
Ce n’est qu’en 1953 que le souvenir de ce dîner va ressurgir, dans un contexte très tendu de Procès des blouses blanches et de conspiration sioniste à la veille de la mort de Staline. les deux Gurameto sont arrêtés, torturés dans les sinistres cachots d’Ali Pacha. Gurameto le Grand doit s’expliquer sur ce dîner…
Ce n’est pas le roman le plus facile de Kadaré. Très peu de folklore, des notions géopolitiques un peu embrouillées. Et surtout, peu de faits établis, des rêves, des contes et même les chansons que compose l’aveugle de la place principale. Des doutes s’instillent. Des conspirations fumeuses. Mais une ambiance balkanique très dépaysante.
l’ex-Empire ottoman, quatre ex-surveillants du harem impérial, trois vice-directeurs de banques italo- albanaises, quinze préfets à la retraite, tous régimes confondus, deux anciens étrangleurs professionnelsde princes héritiers, une rue baptisée « ruelle aux Fous », deux péripatéticiennes de luxe, sans parler des trois cents fameux juges et quelque six cents simples d’esprit. Tout cela faisait beaucoup pour une ville médiévale visant à devenir communiste.
Je suis retournée à Gjirokastër avec grand plaisir.
Exposition de Normandie-Impressionniste2024 jusqu’au 22 septembre 2024
Les Mondes flottants, au Japon qualifient des estampes décrivant la vie quotidienne. Les impressionnistes, avec l’ouverture vers le monde extérieur à l’ère Meiji, collectionnèrent estampes, éventails, paravents et cet engouement fut le Japonisme. L’exposition Les Mondes flottants est une confrontation entre deux mondes, entre l’art Japonais et les tableaux impressionnistes, entre les impressionnistes du XIXème siècle et les artistes japonais contemporains. Confrontation, mise en abyme.
D’entrée, La Parisienne japonaise d’Alfred Stevens (1872) est présentée à côté du tableau Une moderne Olympia de Yasumasa Morimura (2018) montage photographique qui s’inspire de l’Olympia de Manet, tableau scandaleux. Dans l’œuvre de Morimura, c’est un homme nu japonais qui est couché tandis que le rôle de la servante est joué par un homme occidental. Questionnement des genres, questionnement racial. Sur le divan, l’homme oriental est féminisé, est-ce le regard occidental ? l’homme occidental barbu avec un haut de forme revêt des vêtements féminins.
la parisienne Japonaise- Alfred Steven
Plus loin, ce sont des tableaux impressionnistes qui sont accrochés en sandwich avec des estampes japonaises : Maurice Denis et Valotton on compare l’usage des à-plats. Deux jolis et très petits Henri- Edmond Cross sont soumis à la même comparaison avec les estampes des Ponts d’Edo.
Etude d’un poisson dans un aquarium – Albert Copieux
Et ce poisson exotique, japonais ? non Albert Copieux, peintre normand.
Cette exposition fait la part large à la photographie souvent en très grand format Etonnantes lunettes de Le Corbusier laissant apparaitre un texte français tandis qu’à côté les Lunettes de Tanizaki lisent des idéogrammes, de la photographe japonaise Tomoko Yoneda.
Félix Regamey – 2 prêtre de la secte shigon expliquent à Emile Guimet la qualité de leur dogme
Felix Elie Regamey(1844-1907) est le seul peintre français présenté ici qui a peint le Japon. Il a accompagné en 1876 Emile Guimet pour un voyage de 10 mois dont deux au Japon. De retour, Guimet lui commande 40 grandes toiles pour l’Exposition Universelle de 1878.
Une section est appelée Immensité du Littoral révélant que les Japonais n’ont pas la même approche de la mer Hiroshige voisine avec Boudin et Valtat.
Une série de grande photographie documente sur le séisme et le tsunami en 2011.
Une vidéo hypnotique » Ocean view resort » m’a scotchée de longues minutes : des rideaux qui remuent au vent, une femme fume à sa fenêtre dans la nuit bleutée, seule point coloré, la braise de sa cigarette
La ville : ce nouveau sujet
Des images proche de l’univers manga décrivent une ville apocalyptique, Prison NUKE FISSION 235 utilise la xylogravure pour une allégorie sur la politique nucléaire. .
Mari katayama
Face aux « Parisiennes de Blanche et de Helleu, des tirages très grand formats de la photographe Mari Katayama. Amputée des deux jambes, elle se met en scène avec ses prothèses, regardant bien en face l’objectif. Au sol les prothèses brillent. Une femme amputée- mannequin, l’accompagne dans un décor kitsch très brillant.
Encore un couple Hiroshige/Signac !
Nature mystérieuse
La vidéo de Momoko Seto : Planet Sigma m’a fascinée. Je suis restée longtemps devant ce monde en transformation, ces insectes qui se dégèlent, d’une beauté extraordinaire. Momoko Seto est une artiste franco-japonaise, née à Tokyo mais élève d’école française, venue à Paris étudier aux Beaux -Arts, vidéaste, cinéaste, documentariste pour le CNRS. Intéressée par la croissance des cristaux de sel, des moisissures, de la germination des graines. C’est aussi une bricoleuse qui fait appel à des technologies sophistiquées pour montrer ces croissances qui semblent immobiles. Sa démarche me fait penser à celle d’Hicham Barrada à la différence que ce plasticien expose ses bocaux et ses aquariums où se déroulent les cristallisations en direct.
Yayoi kusama
L’exposition continue avec l’installation de Yayoi Kusama, univers étonnant en pois blancs sur fond rouge et miroirs.
J’avais envie de retourner en Corse. Jérôme Ferrarisait si bien raconter son île que j’ai téléchargé sans hésitation ce court roman (118 pages). Sur la couverture, le bateau de croisière écrase la vue : la critique du surtourisme m’intéresse.
Le pitch : un jeune Corse poignarde un touriste pour un motif dérisoire. Ce ne sera pas vraiment un policier, je ne spoile donc pas!
Ce court ouvrage est formé de quatre récits – quatre contes – qui s’emboîtent, se répondent et se mêlent à l’intrigue principale
« Nul besoin de prophétie pour savoir que le premier voyageur apporte toujours avec lui d’innombrables calamités »
Le premier conte, récit de voyage, relate l’arrivée du premier voyageur dans la cité interdite de Harar. Un conte oriental a pour héros un djinn qui veillerait sur une jeune fille. Autre « conte » celui du « bandit corse », bandit de folklore, héros d’un article de presse d’une journaliste en mal de folklore sensationnaliste qui met en scène un fait divers assez minable. Ce héros de pacotille va servir de modèle au jeune meurtrier.
Le narrateur est un enseignant qui tente de se garder des dérives du tourisme et de ses conséquence sur la population locale. Il est proche de l’assassin. Il essaie d’analyse le geste de ce vague cousin et ancien élève.
Ferrarilivre une description pessimiste d’un monde gangréné par l’argent et surtout la bêtise. Bêtise des touristes, vulgaires, hideux . Cynisme et bêtise des locaux qui ont vendu leurs terres et leur âme pour s’enrichir. Rien ne nous est épargné, ni les cuites ni les vomissures. Par moment j’ai pensé à Houellebecq.
145 avenue de la République – A l’entrée de Deauville en arrivant de Villers-sur-mer.
Le grand couvent édifié au XIXème siècle a été occupé par des sœurs franciscaines qui l’ont vendu en 2011 à la Ville de Deauville qui l’a aménagé en « lieu culturel » : médiathèque et lieu d’exposition, Fablab, auditorium pour des conférences.
le cloitre et le lustre
Le cloitre bordé d’arcades est couvert et éclairé par un lustre monumental fait de 14285 tubes de polycarbonate. Chaises, tables, blocs et présentoirs de la Presse en font un lieu de lecture ou de rencontre.
Le comptoir de la Billetterie repose sur d’étranges briques blanches : les tranches de livres. Déclassés, ils étaient promis à la benne et ils se retrouvent encore en bibliothèque !
Billet d’entrée cher : 16€ mais il y a 4 expositions en ce moment.
Exposition Robert Capa
Photographe de guerre, Capa a documenté l’histoire du XXème siècle, de la guerre d’Espagne jusqu’à sa mort en Indochine en 1954.
On peut admirer la qualité des photographies ou s’intéresser à ces témoignages. Conflits ou naissance d’Israël.
Il faudrait avoir un œil neuf, le cerveau disponible pour passer le temps nécessaire dans cette exposition. Après les Mondes Flottants, je sens mon attention flottante. Je reconnais certaines images universellement connues mais je passe trop rapidement.
André Hambourg – Rendez-vous à Venise
Hambourg
André Hambourg est né à Paris en 1909 et s’est éteint à Deauville en 1999 . La ville de Deauville a reçu en leg 539 peintures et des milliers de dessins. Le Musée Hambourg est situé aux Franciscaines. En 1957 il découvre Venise et s’y rendra une quinzaine de fois. Cette exposition nous entraine à la découverte de Venise.
Jeux d’eau de de lumière, reflets de jour ou de nuit. C’est une peinture très jolie, séduisante, décorative, un peu trop de tout cela.
Giovanni Torlonia(1754-1829) et Alessandro Torlonia (1800-1886) réunirent à Rome une importante collection de sculptures romaines. Le Louvre en présente dans les appartements d’été d’Anne d’Autriche, récemment rénovés les chefs d’œuvre.
Bustes d’empereurs : de gauche à droite Vespasien, Hadrien Vitellus
La sculpture romaine se distingue par les portraits très réalistes alors que les Grecs idéalisaient les modèles. Nous pouvons donc reconnaître les empereurs comme les simples citoyens.
Euthydème de Bactriane
Euthydème de Bactriane ne semble ni flatté ni idéalisé!
la Fanciulla di Vulci
En, revanche cette jeune fille au visage fin était sans doute aussi belle dans la réalité!
La statuaire romaine utilisait l’art grec en copiant les modèles qui avaient du succès. Avec les mesures de volume les reproductions étaient exactes. On reproduisait sans droits d’auteur les sculptures de Phidias, Lysippe, avec une prédilection pour les satyres et les groupes
Invitation à la danse Satyre et Aphrodite
Les styles du passé Grec étaient sémantisés : le style classique symbolisait l’ordre, la solennité tandis que le style archaïque donnait une idée du sacré. Les statues hellénistiques avaient beaucoup de succès.
la Tazza Albani : vasque présentée dans le jardin
les douze travaux d’Hercule ont beaucoup inspiré les romains. on les retrouve aussi bien sur la frise de la vasque que dans les sarcophages monumentaux
Sarcophage décoré aux travaux d’Herculele Nil
Une section de l’exposition s’attache à la Restauration de l’Antique, restauration romaine, mais aussi restauration tardive à la Renaissance ou au XIXème siècle. Au cours des restaurations les sujets perdent même leur identité, Satyre devient Narcisse, Aphrodite portant un bracelet en forme de serpent est nommée Cléopâtre.
Le Port de Rome
Certains sujets décrivent la réalité comme le Port de Rome près d’Ostie. plus trivial encore cet étal de boucherie où les carcasses sont pendues ou ce paysan qui évide un animal écorché
paysan écorchant une bête
Et bien sûr dans le décor somptueux des appartements ou la cour du Sphynx recouverte par une verrière.
Le matin : un petit tour de Ouistreham à Lion-sur-mer
Nous achetons des moules à la petite halle à poissons à l’entrée du port de Port Guillaume. Aujourd’hui, on trouve aussi des soles de toutes les tailles, même des petites épluchées très bon marché et des tourteaux.
Après, le golf de 18 trous de Cabourg, le Home-Varaville puis Sallenelles, très joli village. Le Pont Pegasus; sur le canal de Caen à la mer, relevé cause un bel embouteillage. Benouville est construit de blonde pierre de Caen avec sa petite église romane. Nous faisons le détour par le village ancien de Ouistreham avec sa belle église Saint Samson et sa Grange aux Dîmes qui loge une exposition Normandie Impressionniste.
La mer haute est toute proche de la digue . A Cabourg, les coquillages, surtout les couteaux, s’accumulaient à la limite du sable sec. Ici, ce sont les algues. Pas terrible de marcher dans les algues.
Sur la digue, à Hermanville, je peux admirer les belles villas, la plupart à colombages de style normand avec tourelles et toits pentus. Certains en pierre blanche sont de véritables petits palais. D’autres jouent avec le mélange de pierre et brique. Sous le soleil, des gens nagent, d’autres font du longe-côte. Je les imiterais volontiers mais de lourds nuages menaçants s’accumulent, la mer est passée de bleue à verte puis grise avec des crêtes d’écume blanche, le vent se lève. Quand je retourne à la voiture tous les nageurs sont sortis et il ne reste plus que deux planches à voile qui filent.
Après midi à Cabourg : La Villa du Temps Retrouvé
L’allusion à l’œuvre de Marcel Proust est claire. Venu enfant avec sa grand-mère, revenu adulte, il a toujours logé au Grand Hôtel dans la suite 414. Cette villa 15 avenue Raymond Poincaré se situe dans un quartier tranquille construit de très belles maisons dans des terrains arborés. Ce n’est pas un Musée Proust plutôt un Musée Belle Epoque qui abrite également des expositions temporaires.
Marcel Proust
Dans le jardin charmant et sans prétention la Une du Petit Journal raconte les nouvelles les plus sensationnelles de l’époque, exploration des pôles, projet de Tour du monde en avion. Excellente introduction à l’Exposition Jules Verne visible jusqu’au 11 Novembre 2024.
Au rez-de-chaussée, un mur d’images de tableaux impressionnistes de portrait m’intrigue. Toujours imprégnée de ma lecture récente de la Recherche ; je cherche les paysages qu’il a décrit, les personnages du roman, ceux que Proust aurait croisés. Encore plus immersive, la projection dans une salle ronde de séquences de films d’époque. J’ai surtout aimé l’arrivée d’un train, j’ai pensé à Zola et à la Bête Humaine qui se déroule dans la région. Les visages et les costumes d’autrefois, pêcheurs et dockers. Images parisiennes et pour finir la lune de Méliès.
Helleu : Deauville et le bassin
A l’étage, des tableaux de Helleu etd’autres peintres voisinent avec ceux de Vuillard . Dans le cadre de Normandie Impressionniste 2024, l’Exposition Belle Epoque donne la vedette à Vuillard à Amfreville jusqu’au 22 septembre 2024. Qui a inspiré le personnage d’Elstir ? Whisler ou Helleu, on pourrait ajouter l’hypothèse Vuillard.
Vuillard Annette à la plage de Villerville
De tous les tableaux de cette exposition ce sont les Vuillard que je préfère. Annette sur la Plage de Villerville illustrerait bien les Jeunes Filles en Fleur . J’ai noté aussi Deauville et le bassin de Helleu, version Belle Epoque de la vue de notre balcon de Port Guillaume.
J.E Blanche portrait de Suzette Lemaire – Mme Verdurin?
De grands portraits de Eugen Von Blaas montrent les élégantes : Madame Lebreton ou Mademoiselle Suzette Lemaire qui a peut-être inspiré Madame Verdurin.Boldini a dessiné Helleu. Vais-je imaginer ainsi Elstir ?
Giovanni Boldini : portrait de Helleu – Elstir?
Les objets sont aussi évocateurs : une lanterne magique comme à Illiers-Combray, le piano de Reynaldo Hahn . Sous une vitre, sont présentées des lettres de Marcel Proust. Je ne connaissais pas son écriture. C’est un choc de les lire même si elles sont simples et factuelles. Je n’avais pas imaginé que Proust dessinait. Les petits croquis au crayon sont très vifs : une expédition en voiture, Reynaldo Hahn au piano.
Dessin de Marcel Proust
La salle suivante présente les « placards » de Celeste Albaret, ces collages d’épreuves corrigées, les rajouts sur les « paperolles » assemblés sur de grandes feuilles collées avec des manuscrits et des morceaux de tapuscrits. Quel travail de secrétaire ou plutôt d’éditrice ! s’y retrouver dans les ratures, les ajouts de l’écrivain. Cette visite est très dense.
Quayola : tempête
Davide Quayola , l’héritage digital de l’impressionnisme est une autre manifestation dans le cadre de Normandie Impressionniste 2024, « inscrite dans une relecture contemporaine de l’Impressionnisme » comme le présente le livret. Ce sont des « tableaux numériques » de tempêtes. J’ai du mal à comprendre cette technique et je n’arrive pas bien à distinguer photo, vidéo de la construction digitale. Qu’est-ce qu’un « tableau numérique » ? Les vagues écumantes et les embruns m’ont bien plu.
Jules Verne, père de la Science-fiction est une autre exposition de la villa. On peut voir les couvertures originales de nombreuses œuvres, de belles maquettes, des idées innovantes. Science-fiction et technologie. Jules Verne a également inspiré de nombreux films dont on peut voir des séquences marquantes.
Beaucoup de sujets dans cette villa ?
Ce n’est pas tout : Les épis de faitage de la Côte Fleurie font aussi l’objet d’une exposition en collaboration avec la Poterie du Mesnil de Bavent.
En moins de cinq minutes à pied, par la passerelle, on est à Cabourg.
Comme nous y passerons la matinée nous préférons prendre la voiture. Longer la voie ferrée de la SNCF ligne Deauville-Dives-Cabourg. Ce train me rappelle celui de Proust très utilisé par les estivants. Les invités de Madame Verdurin s’y retrouvaient régulièrement Marcel rapporte les conversations. Il y avait une autre ligne de train vers vers les gares de Dozulé – Putot et Mézidon mais elle a été fermée dès les années 30 et remplacée par des autocars. La ligne TER actuelle fonctionne de manière intermittente seulement en saison. Il y a deux gares, une à Port Guillaume, l’autre près du pont routier qui va à Cabourg.
Cabourg est une station balnéaire conçue selon un plan rayonnant en demi-cercle dont le centre serait le Grand Hôtel et le Casino. La Digue, Promenade Marcel Proust, longe la mer. Les rues se déploient en éventail, les plus petites portent des noms d’arbres : sycomores, tamaris, platanes…Dominique se gare rue des Sycomores en face d’un joli golf miniature orné de monuments ; tour Eiffel, Statue de la Liberté, Big Ben.
J’entreprends ma promenade pieds nus dans l’eau mais comme la marée est haute le franchissement des épis brise-lames est malcommode. En plus des rares promeneurs je remarque des hommes munis de détecteurs de métaux et des femmes portant des pinces et un sac poubelle. Curieuse, j’interroge l’une d’elles : une association Côte Fleurie Propre convoque les bénévoles par sa page FaceBook chaque jour sur une plage différente. Les hommes des détecteurs ne s’intéressent qu’aux pièces de monnaie perdues.
Quand je passe devant le majestueux Grand Hôtel, je marque l’arrêt pour la photo, cherchant sa chambre 414 (on ne visite pas mais on peut la réserver) et la salle à manger l’ »aquarium » me revient en mémoire.
A force de marcher dans l’eau, il me vient l’envie de me baigner. Le soleil chauffe bien, la température de l’eau est de 19°2 (plus que la température de l’air). Facile de rentrer dans l’eau très calme de la mer étale sans même une vague. Une dame me croise en nageant :
« Cela fait du bien que les vacanciers soient partis ! » dit-elle
« Mais je suis une vacancière ! »
Nous rentrons déjeuner sur notre balcon ensoleillé. Auparavant courses dans les grandes surfaces de Dives. A Aldi et Lidl je ne trouve rien de ce que je cherche ; je me perds dans un Intermarché immense. En rentrant nous passons devant le lycée Paul Eluard. Le GPS annonce les rues Maurice Thorez, Elsa Triolet. Nous sommes loin des Guermantes avec cette toponymie communiste. Avant la fermeture des dernières industries métallurgiques Dives était une ville ouvrière.
Nous avons des invités, des cousins de Dominique qui viennent avec leur chien d’Houlgate. Moins de 3 kilomètres à pieds que je fais avec eux vers le soir sous le crachin qui se transforme rapidement en pluie drue.
Port Guillaume notre f=résidence le Manoir est celle qui a une tourelle
Notre appartement dans la Résidence du Manoir possède un très grand balcon, presque une terrasse sur le port de plaisance. Port Guillaume est une grande marina entourée d’immeubles contemporains. L’appartement est vaste, très lumineux accessible par un ascenseur. Il est aussi très bien décoré. Dans la chambre une reproduction de l’ange de Matisse que je ne connaissais pas. Le luxe !
A peine installée, il faut songer aux courses. Et tout se complique. Dans la rue personne ne peut me renseigner. Aucune boutique d’alimentation en dehors des « casiers du port » proposant des produits de luxe à des prix prohibitifs destinés aux plaisanciers. Des restaurants, des cafés, trois pizzerias mais aucun boulanger ni épicier encore moins de boucherie. Comment est-ce possible qu’un quartier artistiquement dessiné aux immeubles normands à pans de bois, tourelles et toits pentus, cerné de maisons basses colorées, qu’un quartier soit dépourvu de commerce traditionnel. Incrédule je pars avec mon cabas. Une dame en bas confirme, il faut aller au centre-ville ou à Lidl ou Aldi ? un couple passe, des sourds muets à qui je montre le sac, ils ne savent pas. Puis des retraités allemands du Pierre et Vacances. Rien à en tirer.
la Dives à Marée basse
Le long de la voie ferrée, je trouve le Café de la Gare : si je longe la voie ferrée , un peu plus d’un kilomètre plus loin je trouverai Lidl. Allons-y pour un quart d’heure de promenade, au retour avec le cabas plein ce sera plus long. Je n’achèterai que l’essentiel. Je découvre une belle promenade le long de la Dives . me voici réconciliée avec le quartier. Sur les bords de la rivière des petites maisons colorées s’alignent et cachent les immeubles. Elles sont toutes légèrement différentes, toit de tuile ou d’ardoise, crépis pastel de couleurs variées. Ne pas se leurrer. Ce ne sont pas des logements mais des résidences secondaires qui font illusion. Dès la première semaine de septembre, elles sont déjà vides. Cela me fait penser à un autre village contemporain artificiel autour d’une marina : Port Grimaud. Aucune authenticité mais quand même charmant.
Comment des urbanistes ont-ils oublié les commerces de proximité ? Sont-ils négligents ? est-ce dans l’air du temps d’aller faire ses courses en voiture en grande surface ou de se faire livrer des pizzas ?
Une passerelle de bois pour les piétons et cyclistes enjambe la rivière et arrive à Cabourg. La marée basse découvre une plage immense