Mother India – film de Mehboob Khan (DVD)

SAISON INDIENNE

On croirait qu’elle porte sa croix. Non, Radha laboure sa terre. La femme dans le rôle du bœuf, ses enfants poussant la charrue.

 

 

Quand elle s’est mariée, son mari était un paysan aisé cultivant 13ha de bonnes terres. Pour financer la noce, et emprunter 500 roupies sa mère a hypothéqué les terres auprès de l’usurier Sukhilala qui réclame 3/4 de la récolte au titre des intérêts.

la vie des nouveaux mariés se déroule dans un décor agreste riant. Ils sont amoureux, la récolte de millet est bonne, la maison confortable. Au fil des ans, l’usurier les dépouillera de la vaisselle, des bijoux, des bœufs et finalement des terres. Il ne reste plus qu’à défricher un lopin caillouteux. En tirant sur un rocher, l’homme est écrasé et perdra ses bras. Infirme devenu inutile, il disparaîtra plutôt que de subir les humiliations de Sukilala.

 

Mère courage, Radha s’attelle et parvient à survivre avec ses deux fils. Si l’aîné est docile, le cadet Birju, enfant sauvageon, jeune homme taquin, deviendra un rebelle qui n’aura de cesse que de se venger de l’usurier qui les a réduit à la misère. Cela se terminera tragiquement.

Cette fresque symbolise le courage des femmes indiennes, inépuisable malgré la vie dure des paysans, famines, inondations. Dix ans seulement se sont écoulés entre l’Indépendance de l’Inde et la sortie du film en 1957. J’ai lu sur wikipedia qu’un livre Mother India par Katherine Mayo  en 1927, dénonçant les traitements accordés aux femmes indiennes ainsi que le sort des Intouchables avait causé un scandale et avait été brûlé avec la figure de son auteur en effigie. Le film au même nom, aurait été une réponse.

J’ai beaucoup aimé les scènes de la vie villageoise, dépeinte à la manière de Bollywood avec des chants et des danses, des chorégraphies mettant en scène les travaux des champs, des la récolte du millet à la faucille, au vannage des grains.L’arrivée des invités à la noce dans des chars à bœufs qui se font la course est très réussie. Colorée, la fête villageoise en l’honneur de Krishna, Festival des couleurs….J’ai moins aimé les scènes mélodramatiques où la mère se lamente, étreint ses fils..La tragédie hésite, d’une scène dramatique on enchaîne sans transition à un comique presque primaire où les grimaces des acteurs sont exagérées, puis à nouveau des batailles au bâton, et des catastrophes filmées en grand spectacles. La scène de l’incendie est particulièrement spectaculaire d’autant plus que j’ai lu que Nargis, l’actrice qui joue Radha, a failli y périr et qu’elle fut sauvée par l’acteur qui devient ensuite son mari.

Jodhaa Akbar – film de Ashutosh Gowariker (DVD)

SAISON INDIENNE

Jalalludin, empereur moghol, musulman, épouse Jodhaa, princesse Rajpoute, hindoue, pour conclure une alliance politique. Jalal (Hrithik  Roshan) est jeune, beau, valeureux, c’est un souverain magnanime qui veut conquérir l’Hindoustan. Hodha (Aishwarya Rai) est belle, instruite, elle sait lire et calligraphier, cuisiner et manie le sabre.

Couverts de joyaux, dans les palais merveilleux, le film s’annonce comme une romance des Mille et Unes nuits, un conte oriental, coloré et romantique. Les batailles mettant en scène des milliers de figurants, des éléphants, chevaux et dromadaires annoncent la superproduction dans les déserts du Rajasthan et dans les montagnes arides.

A 4 semaines de notre départ pour Delhi et le Rajasthan, cela aurait suffit pour mon plaisir! Introduction magnifique à nos visites aux forts et aux palais. Il était temps que je m’intéresse aux Moghols avant d’aller voir le Taj Mahal!

3h20 de film. Il m’a fallu interrompre la lecture pour terminer le lendemain. Interruption bienvenue parce que je me suis documentée entre temps sur la véritable histoire d’Akbar.

Akbar ,un  des plus grand empereurs moghols,  est né en 1542, fils d’Humayun, chassé d’Inde par un aventurier Afghan. Jalal a 14 ans quand il accède au trône en 1556. Le film commence par la bataille de Pânipat qui a opposé les Afghans et 30 ooo Rajpoutes avec 1500 éléphants, gagnée par les Moghols. Pour conquérir l’Hindoustan, Jalal préfère les alliances aux effusions de sang. C’est pour sceller une de ces alliances que le roi d’Amber (Jaipur) offre sa fille la princesse Jodhaa en mariage. Jodhaa pose ses conditions, elle conservera sa religion hindoue et emportera au Fort rouge d’Agra sa statue de Krishna à qui elle pourra rendre sa dévotion. Jalal, amoureux de la princesse, mais aussi magnanime et tolérant, cède à ces conditions et attendra patiemment l’acceptation de la princesse pour consommer le mariage. Au palais rouge d’Agra, Jodhaa n’est pas la bienvenue, les conseillers musulmans, la nourrice, les serviteurs sont méfiants. Des pièges se tendent….mais Jalal deviendra Akbar, aimé de tout son peuple, tolérant toutes les religions, abolissant l’impôt sur les pélerinages hindouistes. Un grand empereur. Là, le réalisateur  laisse la romance pour l’hagiographie!

Cette grosse production a les qualités de ses défauts : des longueurs, dans les combats (je ne suis pas fan) même s’ils sont très esthétisants, des séquences musicales interminables et une musique martiale plutôt pompier, mais aussi des déploiements de couleurs vives, une séquence de derviches tourneurs, des décors somptueux, des étoffes, des bijoux merveilleux, des animaux. la séance de dressage de l’éléphant est impressionnante. Toujours garder présent à l’esprit que le temps de Bollywood n’est pas celui du cinéma occidental!

Ashutosh Gowariker est le réalisateur de Swades que j’avais beaucoup aimé, et de Lagaan. C’est un cinéaste indien reconnu. J’ai lu que Jodhaa Akbar avait été retiré de l’affiche au Rajasthan

Fire – un film de Deepa Mehta (DVD)

SAISON INDIENNE

 

 

 

Après La Famille Indienne et le Mariage des Moussons, films Bollywoodiens, et autres Noces indiennes, ce film n’a pas pour but de glorifier la famille indienne, les noces, arrangées mais triomphantes, au contraire!

La famille de Fire vit au dessus du restaurant de fast-food à l’indienne, et du magasin de location de vidéo. Elle se compose de deux couples mariés, Ashok et Rhada, les ainés, Jatin et Sita, nouveaux mariés, de la mère Biji, mutique après une attaque, et du serviteur Mundu. Un panneau,  dans la salle à manger familiale, »Home, Sweet home » donne le ton. Peu de douceur dans ce foyer. Jatin a dit « Oui à Sita » sur l’injonction de son frère et de sa mère, pour avoir l’héritier qu’Ashok et Rhada n’auront pas puisque Rhada est stérile.  Jatin ne renonce pas à l’amour de Julie, une Chinoise qui rêve de devenir une starlette de cinéma à Hong Kong.

Rhada et Sita  – Sita est la femme de Râma dans le Râmayana tandis que Rhada est l’amante de Krishna – se retrouvent seules à la maison délaissée tandis que Jatin est avec Julie et qu’Ashok est le disciple du gourou Swamiji qui lui enseigne principalement le renoncement, et surtout le renoncement au désir sexuel. Entre elles nait un amour qui n’est pas celui qui uniraient deux belles-sœurs.

Sita est jeune et pétulante, elle aurait aimé que son mari soit amoureux d’elle. Elle ne se contentera pas du rôle de génitrice que la famille lui assigne. Elle veut danser et vivre. Rhada a intégré le renoncement depuis qu’elle sait qu’elle n’aura pas d’enfant. Elle se soumet à l’étrange exercice spirituel que lui impose son mari, mettre à l’épreuve la chasteté d’Ashok en se couchant près de lui (j’ai lu une chose analogue à propos de Gandhi et je n’avais rien compris).

Rhada découvre le désir, elle ne soupçonnait même pas qu’une femme puisse avoir désir ou plaisir sexuel. Cette découverte la déconcerte. le désir est à l’opposé de ce que son mari lui impose et s’impose à lui-même « le désir est la ruine » affirme-t-il tandis qu’elle répondra à la fin du film que « le désir est la vie et je désire vivre ».

Pendant la durée de la projection, je me suis interrogée sur ce titre Fire. Une scène m’a donné un indice : l’épreuve du feu que Râma impose à Sita pour prouver sa pureté. La dernière scène justifie davantage le choix du titre. (mais je ne veux pas dévoiler l’histoire).

Ce film lesbien recommandé par Têtu et primé à Toronto, est-il vraiment un film indien? Deepa Mehta, née en Inde a quitté son pays pour le Canada en 1973. A sa sortie en 1996, il a provoqué en Inde un tel scandale qu’il a été retiré de l’affiche.

 

 

La Déesse – Satyajit Ray (DVD)

 SAISON INDIENNE

 

Le cinéma indien n’est pas que Bollywoodien! Loin des couleurs chatoyantes, des chansons et chorégraphies de Bollywood, les films de Satyajit Ray sont d’une sobriété et d’une force étonnantes.

Noir et Blanc, le film date de 1960, est-ce l’époque ou un choix?

Le générique déjà montre ce parti pris de rigueur : un masque blanc se pare des trois yeux de la Déesse puis les ornementations traditionnels apparaissent sur un plan fixe qui se termine par la procession qui se dirige vers le Fleuve. Un flash, image presque subliminale, un poignard, suggère que cette Déesse- Ma, la mère peut aussi être cruelle.

 

 

L’histoire contée ici, se situe au XIXème siècle au Bengale, elle est tirée d’un récit de Prabhat Mukherjee sur une suggestion de Tagore. Une très jeune femme, Doya, est mariée à un étudiant qui part apprendre l’anglais à Calcutta. Jolie, enjouée, aimée de tous, soumise aussi, c’est la belle-fille idéale pour Kalikinkar, veuf, dévot de Kali, très traditionaliste. Est-il épris de Doya? Ou seulement confit en dévotion? A la suite d’un rêve il est persuadé que Doya est une réincarnation de la Déesse.

Quand le mari revient, la jeune femme est immobile, adorée par tous les pèlerins. Elle a même opéré un miracle, guérissant l’enfant du mendiant. Il tente de la ramener à la vie raisonnable et de la persuader de s’enfuir. Doya ne sait plus si elle est humaine ou déesse.  Elle refuse de le suivre.

Le miracle ne se renouvellera pas. Son neveu, Khoka, qu’on lui a confié, meurt dans ses bras…

Cette tragédie est d’une pure beauté. L’actrice est merveilleuse aussi bien dans son rôle humain que dans celui de l’idole.

Le hasard qui fait bien les choses, m’a mis entre les mains le livre d’Alexandra David-Néel : L’Inde où j’ai vécu.  Il consacre un chapitre entier au culte de Shakti, Mère universelle adorée sous la forme de Kâli ou de Dourgâ et sous d’autres apparitions. Le culte offert à ces deux déesses comporte des sacrifices sanglants – on a même raconté des sacrifices humains – D’autres rites à Shakti peut aussi prendre des tournures sexuelles, raconte-t-elle.

L’apparition du poignard et la tournure tragique de l’histoire peuvent aussi être compris dans ce contexte. Le livret accompagnant le DVD voit aussi une critique de l’hindouisme orthodoxe. « On peut y voir le sempiternel combat entre l’obscurantisme et la lumière » On peut aussi faire une lecture psychologique de l’attachement du beau-père à sa belle-fille et le roman familial d’une jeune fille trop soumise, d’un fils qui n’arrive pas à s’opposer à l’autorité du père.

 

 

L’Inde où j’ai vécu – Alexandra David-Néel

SAISON INDIENNE

Les récits de voyage des explorateurs me passionnent., Que dire des exploratrices qui n’hésitent pas à se travestir pour pénétrer dans les lieux interdits?
Le personnage de l’auteur est fascinant.
Cet ouvrage n’est pas un carnet de voyage mystique: c’est un reportage, une étude très complète des différentes croyances et pratiques religieuses de l’Inde.

« je ne me propose pas de rédiger le journal de voyage dans lequel mes mouvements à travers l’Inde et les divers épisodes…se succéderaient par ordre chronologique. Ce que je désire offrir ici c’est plutôt une série de tableaux présentant la vie mentale encore plus que la vie matérielle de l’Inde. Il convient donc de ne point morceler les tableaux et de grouper en un tout les informations obtenues à divers moments sur un  même sujet… »

Alexandra David -Néel présente d’abord les « Dieux tels que les Indiens les conçoivent. » Elle présente les dieux, leurs avatars, mais aussi les images, les idoles adorées par les Hindous. Elle raconte avec vivacité des anecdotes illustrant son propos comme celle de la petite statuette Râmbala représentant Râm enfant que le pèlerin baignait et berçait comme un enfant. Dans le chapitre suivant traitant des  » Sanctuaires prestigieux et leurs hôtes – chorégraphie sacrée et lubricité profane »  elle décrit les sanctuaires de Madoura et s’attache au culte de Shiva.

Un chapitre entier est consacré au « système religieux des Castes et à l’audacieuse intiative du gouvernement indien : abolition de l' »intouchabilité ». Ces analyses ne sont jamais fastidieuses: elle éclaire son propos par des anecdotes amusantes, se mettant en scène elle-même dans des situations cocasses : comment elle est devenue prophétesse, habillée de la robe couleur d’aurore et prédisant la pluie, ou comment, invitée à une célébration de la Déesse Dourga, elle fut adorée comme la Déesse.

A mesure qu’on avance dans la lecture, elle nous initie à des subtilités et à des coutumes que je ne soupçonnais pas :  « Les extravagances religieuses – j’assiste aux noces du divin Râma ». Elle raconte le Râmâyana et le Mahâbhârata de façon pittoresque et souvent naïve mais ne s’en laisse pas compter. Toujours, elle est capable de lucidité et d’analyse politique et au cours des quarante années avant et après la deuxième guerre mondiale, elle voit se tendre les rapports entre Indiens et occidentaux qui aboutiront à l’Indépendance de l’Inde

Le chapitre consacré à la Déesse-Mère : « Shakti, mère universelle, créatrice des mondes – ses dévots – différents aspects de son culte secret » m’a passionnée. je l’ai lu juste après avoir visionné le film de Satyajit Ray : La Déesse et je n’avais pas bien compris de quelle déesse il s’agissait.

Ce n’est pas seulement une aventurière, c’est une véritable érudite qui peut s’entretenir avec les religieux et et les lettrés. Elle garde toujours esprit critique et un solide sens de l’humour. Dans le chapitre consacré aux gourous et sadhous : « les gourous instructeurs, guides spirituels et protées aux mille formes »  Après avoir chanté les louanges des vrais sages, elle raconte comment elle a confondu un sadhou mendiant et comment elle a pris la place du fakir sur sa planche à clous. Ces épisodes sont hilarants.

 

Elle raconte les textes fondateurs avec vivacité, analyse les différences entre les multitudes d’interprétations et de sectes (c’est un peu trop pointu à mon goût). Elle nous fait rencontrer toutes sortes de personnages pittoresques et originaux.

Elle évoque des figures historiques comme Tagore, Nehru ou Gandhi. Son regard sur Gandhi est sans concession, elle ne cède pas à l’hagiographie et replace le Mahâtma dans son contexte indien, dans la tradition des gourous, des jeûnes..

« Toutefois sous Gandhi, l’habile politicien, existait un Gandhi imprégné de vieilles traditions indiennes concernant l’efficacité des souffrances que l’on s’inflige volontairement… ».
Au lendemain de l’Indépendance elle s’interroge sur l’avenir de la nouvelle démocratie.Son regard sur Gandhi est sans concession, elle ne cède pas à l’hagiographie et replace le Mahâtma dans son contexte indien, dans la tradition des gourous, des jeûnes.. « Toutefois sous Gandhi, l’habile politicien, existait un Gandhi imprégné de vieilles traditions indiennes concernant l’efficacité des souffrances que l’on s’inflige volontairement… ».

La modernité, le progrès, selon elle se trouveraient plutôt chez Nehru, laïque que du côté de Gandhi. la conclusion de son livre quitte le domaine spirituel pour une analyse politique plutôt pessimiste au lendemain de l’Indépendance (le livre est publié en 1951) et les problèmes qu’elle soulève sont encore d’actualité (intolérance religieuse, tensions inter-communautaire, corruption….)même si l’Inde de 2012 devient une puissance émergente pesant beaucoup plus dans le concert des nations.

J’ai beaucoup appris dans ce livre. j’engrange toutes sortes de données et le sujet de l’Inde me paraît inépuisable.

Amadis de Gaule – J.C. Bach à l’Opéra comique

Amadis 3ème acte

Une rareté cet opéra!

Monté 7 fois à sa création en 1779 à Versailles. Puis tombé plus ou moins dans l’oubli.

Opéra français dont le livret était destiné à Lully un siècle plus tôt. Amadis était un paladin médiéval cité par Cervantès, admiré de Louis XIII.

L’intrigue est un peu simpliste : un couple de magiciens, Arcabonne et Arcalaus, ourdit une terrible vengeance contre Amadis et sa bien-aimée Oriane. Mais Amadis a été le sauveur incognito d’Arcabonne qui lui doit la vie et  en tombe amoureuse.

En pleine querelle des Bouffons, JC Bach ne prend pas partie ni pour Gluck ni pour Piccini, la musique agréable annonce déjà Mozart et Idoménéo (dixit la conférencière).

J’ai été surtout séduite par les costumes et les décors : très jolie mise en scène très 18ème avec des ruines, un arbre tout en découpe, des rochers, des paysages peints. Les forces maléfiques sont figurées par des diablotins ailés ressemblant à ceux qui figurent sur les fresques roumaines des puissances infernales, jolis masques, jolis costumes. Chorégraphies endiablées, ou paysannes presque tsiganes (danseurs venant de Ljubljana) .

Et surtout, le décor charmant de l’Opéra Comique. Nous étions au sommet du poulailler avec des places à 15€ et, de là, la vue était parfaite. Il faisait juste un peu chaud, mais on voyait bien, on entendait parfaitement. Un bien joli divertissement, peut être pas une œuvre majeure mais une jolie surprise!

Fin de l’aventure , Retour à Cotonou

JUMELAGE CRÉTEIL/POBE

Nous quittons Pobé sans avoir revu les enfants. Les cours ne reprennent qu’à 15 heures. Thimoléon, Michel et Kamal sont pressés de rentrer à Cotonou. En chemin Thimoléon propose de construire un site INTERNET pour nous avec l’aide de Clotaire. L’idée est séduisante. Mais je ne sais pas construire un site, c’est Clotaire qui devra tout faire. Le contrôle m’échappera cela me plait moins.

En sens inverse de la circulation, nous voyons des caravanes de voitures luxueuses, neuves ou presque, en route vers le Nigeria. Cotonou est la plaque tourante du commerce de la voiture d’occasion en Afrique de l’Ouest. Les Libanais y jouent un  rôle important.Pobé n’est qu’à quelques kilomètres de la frontière nigériane.

Les occupants du minibus sont accablés de chaleur. A partir de Porto Novo le trafic devient très dense. Les camions sont très nombreux. Nous arrivons à 16heures à Cotonou. La pollution est à son sommet. L’embouteillage est complet. Kamal cherche des chemins de traverse pour se dégager de la grande route saturée. Seulement trois ponts enjambent la lagune. Il faut obligatoirement passer par ces goulots d’étranglement.

Les adieux

Le camion s’engage dans un quartier plus calme aux rues sablonneuses où les enfants jouent dans la rue. Je reconnais le manguier qui pousse sur la voie devant le bureau de Sébastien. Ce dernier arrive, vêtu d’un magnifique costume bleu avec de grands motifs jaunes : prise électrique, fil ampoule. Sébastien fait la bise. Il ne lâche pas sèchement la main d’une personne. Il l’accompagne encore quelques pas. Pour garçons ou filles, il a des attentions affectueuses, il me prend par le bras puis manipule très délicatement le col de la chemise de Damien pour découvrir le collier en os qu’il s’est acheté. Nous ne tarissons pas d’éloges sur son village et sur ses frères. « Même père, même mère », ils ne sont que 4 frères. Symplice et Hyacinthe ne sont que des cousins si on applique le schéma de parenté européen. Elevés ensembles sur une même concession, ils se disent tous frères et ne savent même pas combien ils sont !

Sébastien et Michel nous raccompagnent jusqu’au Jardin Helvetia où nous buvons un dernier verre ensemble. Même Kamal, pour une fois, veut bien se joindre à nous. Nous avons fini par comprendre pourquoi il prenait ses distances : il est musulman pieux et rattrape les prières qu’il n’a pas pu faire pendant la journée pendant nos pauses.

Helvetia

Le voyage en minibus est terminé. Nous sommes heureuses de retrouver Helvetia et Moronikê. Nos avons l’impression de rentrer chez nous. Juste le temps d’aller à la plage. Les vagues sont puissantes. Après s’être fait rouler dans le sable je n’insiste pas. Pour dîner je revêts ma belle tenue africaine tout en me tartinant abondamment le dos décolleté pour ne pas me faire dévorer. Merci à Insect Ecran : cela marche !

Jumelage scolaire : Les cadeaux des correspondants

JUMELAGE CRÉTEIL/POBE

Le Père Noël à l’envers

A ma grande confusion, les enfants ont préparé de gros paquets emballés dans du papier cadeau métallisé. Nous ressemblons à des Pères Noël à l’envers. Dans le cliché, ce sont les « gentils riches blancs » qui apportent des cadeaux aux « pauvres africains ». Aujourd’hui, c’est le contraire qui se passe. Les 4èmeA de chez nous, n’ont rien donné pour leurs correspondants. Nous distribuons les bics cristal et les crayons. Je me sens plutôt honteuse de cette pitoyable distribution. D’autant plus, que j’ai bien peur que les enfants gâtés français n’apprécient pas leurs cadeaux à leur juste valeur.

Cuisine et couture

Dominique vient me cherche :
–    « Marcelle te cherche ! Elle a apporté plein de paquets ! »
C’est le déjeuner dans des boites isothermes et des faitouts et nos tenues. Le menu est le même que lundi, je me sers avec modération de hors d’œuvre pour pouvoir apprécier le poulet et les légumes au gingembre.
Les trois robes nous vont parfaitement. La couturière a beaucoup travaillé. Les encolures sont toutes piquées de « nervures » très fines qui ont du prendre des heures de travail. C’est habillée à l’africaine que je vais parapher le protocole de coopération entre le CEG1 de Pobé et le Collège Simone de Beauvoir avec aussi la Fefa dont Thimoléon est le Président.

Protocole
Thimoléon m’avait assuré au téléphone qu’il rédigerait le papier à Cotonou. Il est venu les mains vides. Nous improvisons  quelque chose de court mettant en avant l’échange de correspondance et la Réhabilitation de la Bibliothèque. Thimoléon et le Directeur veulent ajouter un paragraphe concernant une coopération informatique. L’informatique n’est pas mon domaine. Je n’ai pas envie d’engager la participation du collège sur ce plan. Thimoléon et le Directeur font valoir que ce n’est qu’une intention sans aucune obligation.
Le Directeur rédige dans un style plus imagé et plus emphatique, souhaitant « fouetter le goût de la lecture ». Il confie le texte à son secrétaire qui le dactylographie sur le champ. Dans une chemise cartonnée : le devis des travaux projetés. Notre petit paquet de billets couvrira tout juste la première tranche des travaux : le gros œuvre : tôles, plafonds en contreplaqué. Saurons nous trouver le financement des rayonnages ? Sans parler du sol qu’il faudrait cimenter !
Derniers cadeaux :
Marcelle a confectionné des biscuits apéritifs croquants et anisés présentés dans des flacons de verre.

 

Une journée d’école au CEG1 cde Pobè

JUMELAGE CRÉTEIL/POBE

Mozart à la récré

Nous arrivons au CEG1 pendant la récréation. La cour est pleine. Une musique sonorise la récré. Nous reconnaissons Nana Mouskouri. C’est le surveillant général qui choisit le CD. On nous fait entrer dans le bureau du Principal, aussi jovial qu’à  la première rencontre, mais très affairé. La fin de la récré est annoncée par Mozart.

En classe

Romain nous introduit dans la classe des 4ème1 où se déroule le cours d’Anglais. Les élèves se lèvent et chantent la chanson qu’ils ont écrit pour nous :

« Nous sommes les élèves du CEG Pobé, soyez les bienvenus. Chers Cristoliens, chers gens de Fefa, soyez les bienvenus ! ».

Comme nous, ils portent le T-shirt orange avec l’Aigle Bleu, leur tenue de sport.

les correspondants


Aux murs de la salle

La salle est  nue comme toutes les salles du collège, colorée par la poussière rouge.Seules quelques feuilles blanches ont été collées:

La maxime de la semaine est affichée :

« N’ATTENDS RIEN DE PERSONNE, COMPTE SUR TOI-MÊME CAR SI LE PARTAGE DEVAIT ÊTRE FAIT PAR L’HOMME TU N’AURAS JAMAIS TA PART. »

Sur une poutre, à la craie :

« L’ECHEC N’EST PAS AU PROGRAMME CETTE ANNEE ! ».

D’autres inscriptions sibyllines : « CONGO ! CONGOLAIS ! » (???)

La feuille avec la liste des élèves pour la corvée de balayage.

Pédagogie expérimentale

Les tables sont en nombre suffisant mais on les a regroupées par paquets. 4 à 6 élèves sont assis perpendiculairement au tableau. L’effectif est à peine(!) d’une trentaine d’élèves, silencieux et calmes. mais ils se déplacent parfois et se parlent doucement en suivant à plusieurs sur le même polycopié. Je suis assez étonnée de ce fonctionnement. Romain nous expliquera plus tard que la 4ème M1 est une classe expérimentale où l’on met en œuvre une  pédagogie active. Les enfants travaillent en groupe. La disposition des tables et le « petit effectif » doivent favoriser les échanges entre les élèves « un peu comme chez les scouts » précise Romain qui me regarde, se souvenant que j’ai, moi aussi, été éclaireuse dans ma jeunesse.

Cours d’anglais

Le jeune professeur d’Anglais est imperturbable. Notre arrivée ne modifie en rien le déroulement du cours qui est la correction des compositions semestrielles. Mariette, une élève volontaire, écrit la correction au tableau que l’enseignant a soigneusement divisé en trois colonnes. Un élève lit le texte d’une dizaine de ligne. Sa voix est inaudible, son accent africain est étrange à nos oreilles. Je n’y comprends rien ! Je m’intègre donc  à un groupe d’enfants pour pouvoir suivre sur le polycopié.
Deux exercices de compréhension de texte, rien de bien méchant ! Les élèves sont volontaires pour répondre:

– « Moi ! Monsieur ! »,

Ils lèvent la main vers l’avant. L’élève désigné pour répondre se lève.
Lorsque vient l’exercice de conjugaison avec des difficultés dans la  concordance des temps, les réponses se font plus rares. Enfin, une fille trouve la solution. Le professeur d’un geste déclenche des applaudissements et un ban sonore retentit accompagnés de  gestes éloquents. L’élève félicitée se contente de sa gloire. Le  calme revient immédiatement dans la classe.
La correction achevée à l’oral, le professeur s’assied à une minuscule table dans un coin et laisse le temps aux élèves pour recopier. Nous sommes tous admiratifs devant le calme des enfants. Nous n’avons jamais entendu l’enseignant forcer sa voix. Tous paraissent bien motivés même pendant cette correction aride.
Il y a quand même un  puni. Seul, juché sur une table de côté. Pourquoi l’a-t-on isolé ? Il est arrivé en retard.

Nous aimerions récolter les lettres et aller voir la 4èmeM2 dans la salle voisine. Le professeur distribue ses copies sans se soucier de nous, puis permet, seulement ensuite, aux élèves de nous remettre ce qu’ils ont préparé.

70 élèves au cours de maths

70 élèves au cours de maths

En 4ème M2, c’est très différent. Près de 70 élèves sont assis face au tableau. Certains se tassent à 3 sur un banc de 2. Ce n’est pas une classe expérimentale c’est  de la pédagogie traditionnelle. Ici, aussi correction de l’examen, mais en maths. Le tableau est couvert de factorisations et de fractions. Je ne suis pas sûre que les 3èmes de chez nous arriveraient à calculer aussi vite que les béninois. Nous attendons en compagnie de Romain, parmi les enfants sages, la fin de l’heure pour emporter nos lettres.

De Cové à Pobé par Kétou

JUMELAGE CRÉTEIL/POBE

 

station service!

Une cinquantaine de kilomètre séparent Cové de Pobé par la route. Par la piste, c’est plus court (36km)    mais la piste est mauvaise.  Ketou  se vante de posséder des sites historiques que nous ne visiterons pas.

Nous passons le fleuve Ouémé qui prend sa source dans l’Atakora. C’est un cours d’eau tranquille. Les champs de maïs sont soignés. Nous passons devant la grosse usine de ciment Lafarge. De gros camions ont défoncé la voie. Une poussière rouge enveloppe tout sur leur passage.
Pobé s’étale le long de la route, comme  Cové et Kétou. Nous passons devant un gros collège islamique tout neuf et bien peint.