Les guides de l’état du monde : Egypte – Histoire -Société-Culture

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L’Egypte sans l’égyptologie !

Les guides touristiques oublient souvent que l’Egypte n’est ni un musée ni un parc aquatique mais un pays  peuplé de 72 millions d’habitants qui ne sont plus tous des paysans vivant comme dans l’Antiquité, mais aussi des hommes d’affaires rêvant de villes nouvelles à l’américaine dans le désert, ou revenant du Golfe ou d’Irak important un islam wahabite rigoriste. Un pays qui a voulu jouer un rôle central dans le monde arabe au temps de Nasser mais qui se trouve dans une position ambiguë vis-à-vis de l’allié américain comme des islamistes.

Analyse récente : de nombreux chiffres datent de 2007 tenant en compte des évènements actuels et des tendances économiques  comme sociales de la fin de l’ère Moubarak. Quand on pense que l’excellent guide Clio expédie Sadate et Moubarak en 5 pages! Sans parler des introductions des divers guides qui détaillent les dynasties de l’Ancien Empire  sans grande considération pour l’Egypte des Egyptiens.

J’ai dévoré ce livre en rentrant d’un voyage que j’avais cru hors circuits touristiques et je suis prête à repartir pour découvrir ces villes du désert insoupçonnées, ce centre commercial pharaonique, les bâtiments administratifs du Midan Tahrih  devant lesquels je suis passée sans un regard à ma première visite.

Etre attentive aux vivants plus qu’aux morts.

Joseph CONFAVREUX – Alexandra ROMANO : Egypte histoire – Société culture Les Guides de l’état du  monde,   La Découverte

Lire pour l’Egypte : Les hommes ivres de Dieu – Jacques Lacarrière


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Lacarrière est un passeur merveilleux. L’été Grec, inoubliable, a été longtemps ma référence en Grèce.

Voici qu’il m’accompagnera dans mon prochain voyage en Egypte.


Si l’Egyptomanie concerne dieux et Pharaons de l’Antiquité, si Bonaparte et ses savants nous ont aussi familiers, Nasser, Sadate, Moubarak et l’Égypte moderne apparait sur nos écrans de Télévision… N’oublions pas les Coptes!


Avant d’être terre d’Islam, l’Égypte fut la terre des premiers chrétiens. Les touristes n’échapperont pas à la Fuite en Égypte! On connaît moins les premiers moines. Le moine – monos: un seul, en grec – fut d’abord un ermite allant au désert. Et le désert, lieu mystique par excellence s’est peuplé de saints pas tout à fait inconus : Saint Antoine et se tentations, la Thébaïde, Saint Paul de Thèbes, ou la conversion de Thaïs….


Lacarrière raconte donc Saint Antoine, saint Pakôme et le terrible Chenouti. Il analyse la fin de l’Empire Romain païen,  la mort du dieu Sérapis, la fondation des monastères-ceux qu’on peut encore visiter au Wadi Natroun- enfin les stylites, les brouteurs, dans les déserts voisins de Syrie.


Loin d’être un livre d’érudit ennuyeux,  il est  d’une lecture facile et particulièrement distrayante.

Tellement riche et variée est l’humanité!

lire pour l’Egypte : Les fainéants dans la vallée fertile – Albert Cossery


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Albert Cossery, écrivain égyptien de langue française, évoque une Égypte rurale, intemporelle, originale, inattendue.
Ses personnages cultivent la paresse comme un art de vivre consommé. Le patriarche, Hafez, ne descend plus de sa chambre, Galal le fils aîné depuis 7 ans ne se réveille que pour manger. Rafik, lui, aurait pu échapper à ce destin. Il a entrepris des études d’ingénieur et a ébauché une romance amoureuse. Le plus jeune, Serag, est blâmé par tous pour ses velléités d’entreprendre un travail.

L’artiste local, peintre raté de monochromes .

Univers original tant on ne s’ennuie pas dans cette maison ensommeillée. Il s’y trame même des intrigues…

Lire pour l’Egypte : Miroirs – Naguib Mahfouz

 

 

Galerie de portraits des compagnons de l’auteur.

Compagnons d’enfance, de tous milieux sociaux, qui ont bien ou mal tourné, mais auxquels la fidélité à toute épreuve a traversé presque tout le siècle.

Compagnons d’études dans une période où la politique était une préoccupation majeure, récit de cette histoire de l’Egypte, des émeutes de 1919 aux années 1970 en passant par la Révolution et la défaite de 1967.

Professeurs et artistes, hésitations entre Occident et Orient.

Collègues de bureau. Les fonctionnaires sont décrits sans complaisance mais avec beaucoup d’indulgence et de tendresse pour les faiblesses humaines…

Peu de femmes dans ce monde essentiellement masculin. Ce qui n’est pas franchement étonnant. Leur destin est toujours difficile.

Les personnages apparaissent, se croisent, se retrouvent, se critiquent parfois… si bien que tout un monde se construit au fur et à mesure de la lecture. Et c’est bien le génie de Mahfouz de faire surgir du livre toute une comédie humaine, toujours si humaine.

Sur les pas d’Alexandre le Grand : d’Alexandrie à Siwa – Légende d’Alexandre : Lacarrière – roman d’Alexandre


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Les biographies d’Alexandre le Grand sont nombreuses.
J’ignorais que les textes antiques avaient traversé les siècles sous le nom du Roman d’Alexandre.
La Légende d’Alexandre est traduite, préfacée  et commentée par Lacarrièrequi a choisi une version médiévale en grec byzantin archaïque, parue à Venise en 1699.

Le Roman d’Alexandre de Pseudo-Callisthène traduit du grec par Aline Tallet-Bonvalot correspond à des textes datant probablement du IIIème siècle après J-C. Il s’agit d’une  recension de plusieurs manuscrits connus sous le nom de manuscrit A.

Ce second ouvrage est foisonnant et hétéroclite avec  des pages de vers (alexandrins?). Des lettres à sa mère Olympias,à Darius, à Aristote côtoient des récits mythologiques. Sa lecture est passionnante. Le fondateur d’Alexandrie est présenté comme héros macédonien et grec, mais aussi comme égyptien. Si le récit prend, comme la version médiévale, des libertés avec la chronologie et la vérité historique, il livre des témoignages précieux  sur la façon de s’habiller, de combattre, sur les lois, les coutumes antiques.
Quoi de plus pittoresque que les interventions divines, les oracles? La prise de Tyr en est l’exemple le plus flagrant. Alexandre a rêvé qu’il écrasait un fromage, songe prémonitoire de sa victoire. A première lecture, je trouve ce détail bien trivial. A la seconde, j’éclate de rire Tyros étant en grec le nom du fromage! Qu’aurait dit Freud?

La Légende d’Alexandre présentée par Lacarrière s’éloigne encore plus de l’Antiquité faisant du héros un conquérant mythique à l’image d’Héraklès. Il a voyagé aussi bien vers l’Occident que vers l’Inde. Alexandre rencontre Diogène mais aussi le prophète Jérémie son arrivée à Jérusalem le met sous la protection du dieu unique Sabaoth, l’éloignant complètement du panthéon grec et de la filiation d’Alexandre avec Ammon. Ses rencontres avec des êtres  extraordinaires,  Centaures, Unijambistes ou Bienheureux, la descente aux Enfers nous conduit dans le merveilleux plutôt que dans l’histoire.

Et si le coeur vous en dit un parcours Alexandre le Grand au Louvre
http://www.louvre.fr/llv/activite/detai … 8673407387

lire pour l’Afrique :Serge MICHEL, Michel BEURET : La Chinafrique – Pékin à la conquête du continent noir

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Serge MICHEL, Michel BEURET : La Chinafrique – Pékin à la conquête du continent noir – hachette-littérature 408p

La Françafrique fout le camp ! Déroute de BenAli en Tunisie, et propositions calamiteuses de M Alliot –Marie, voyage provocateur de Vergès et Dumas au secours de L Gbagbo, enlèvements au Niger…La Chinafrique va-t-elle remplacer les anciens colons ?

L’affirmation de Dambisa Moyo « les Chinois sont nos amis » m’avait interpellée.

C’est donc avec beaucoup d’intérêt que j’ai ouvert La Chinafrique de Michel et Beuret. Leur enquête passionnante est le récit d’un périple à travers le continent africain avec des allers-retours en Chine, chaque étape ciblant un problème politique ou économique particulier– procédé qu’Orsenna avait utilisé avec beaucoup de talent dans le Voyage au Pays du Coton et L’Avenir de l’Eau. Des chiffres, certes il en faut pour donner à comprendre les ordres de grandeurs des sommes investies, mais finalement assez peu. Des rencontres avec des hommes et des femmes, surtout, avec des Africains, dirigeants insouciants ou intellectuels parfois désabusés, mais aussi ouvriers et syndicalistes. Des rencontres avec des Chinois, parfois mutiques, parfois prolixes d’une langue de bois si spéciale, des confidences aussi des exilés…

En conclusion, p.412 et p.413 une carte raconte « Le Grand Bond en Afrique » et résume les thèmes abordés : document d’une limpidité remarquable.

L’écriture est cinématographique : le décor est planté, un karaoké dans un restaurant chinois de Lagos, les forêts du Congo, ou un chantier de construction d’autoroute en Algérie, le terminal pétrolier de Port-Soudan, un train angolais, une mine de cuivre en Zambie. Les acteurs présentés, les dialogues savoureux…Et c’est du cinéma d’action ! On se croirait dans un James Bond quand les journalistes cherchent à s’introduire dans les entreprises chinoises soigneusement verrouillées. Episodes parfois cocasses comme ce coup d’état au Tchad raté en 2006 parce que les rebelles armés par la Chine se trompent de palais présidentiel, ou encore le jour du mariage de Nicolas Sarkozy et de Carla…Emouvants, ces enfants métis qu’on cache….

Le sommaire est un scénario

1. Tapis rouge pour le continent noir récit d’un sommet à Pékin

2. Les Chinois ont trouvé leur Far West au Nigéria, commerces en tout genre

3. Dans les forêts du Congo le bois est nécessaire à l’industrie chinoise

4. Petite histoire de la Chine-Afrique(1421-2008)

5. Les élites noires s’amusent, les Chinois travaillent Algérie

6. La Chine enterre la Françafrique Cameroun , Côte d’Ivoire, Sénégal

7. Ruée vers l’uranium du Sahara Niger

8. Une invasion de pacotille Cameroun, Sénégal, Egypte

9. Armes pour dictateurs, made in China Tchad Zimbabwe

10. Au Soudan, pays conquis

11. Priorité pétrole

12. Le nouveau « grand jeu »

13. Quand la locomotive chinoise se met à tousser Angola

14. L’amitié entre les peuples, sauce aigre-douce Zambie

Si on ne peut pas éluder les drames du Darfour ou les massacres des Grands Lacs, ce livre ne fait pas dans l’Humanitaire, ni dans le compassionnel. Au contraire ! Aux sempiternelles rengaines de l’Afrique mal partie ou de l’Afrique maudite, de l’Afrique de la famine et du Sida, les auteurs opposent un continent riche de ses ressources minières, courtisé par les grandes puissances où les enchères montent autour des concessions minières et pétrolières, où des routes et des barrages sont construits. Une dynamique occultée par le discours qui a cours habituellement.

La stratégie gagnant-gagnant est- elle une solution pour sortir l’Afrique du sous-développement ? Ou ce slogan cache-t-il une colonisation qui ne dit pas son nom ? Les Chinois en important non seulement des capitaux et des produits fabriqués mais aussi des travailleurs reproduiront-ils les erreurs des anciennes puissantes coloniales. La conclusion laisse de l’espoir pour l’Afrique qui aura peut-être le dernier mot.

En conclusion, p.412 et p.413 une carte raconte « Le Grand Bond en Afrique » et résume les thèmes abordés : document d’une limpidité remarquable.

Le quattro volte – film de michelangelo Frammatino

Le générique de fin s’égrene blanc sur noir, sans musique ni parole, sobre.  La lumière s’allume. Une dame derrière moi s’exclame :

« moi qui étais venus parfaire mon Italien! »

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Un film sans parole, cela donne envie de communiquer. Amateurs de films d’action, de documentaires didactiques, impatients et pressés, s’abstenir. Si un plan-séquence d’un quart d’heure ne vous effraie pas vous découvrirez  un hymne à la vie sauvage des montagnes calabraises rude et simple, un peu étrange aussi.

– » j’aurais aimé savoir ce qu’il est advenu du chevreau« , je réponds à la dame, un peu stupidement

– « il est mort! »  affirme une troisième, qu’une heure et demie sans parole a aussi rendue bavarde

–  » il est mort en offrande, en ligaturant son museau on l’avait condamné à l’avance, offrande pour que le troupeau puisse  survivre » analyse la première dame.

Quatre saisons de la vie, quatre états de la nature, minéral avec le charbon, végétal avec l’arbre, animal, les chèvres, spirituel les fêtes, superstitions,  quatre saisons de l’année. Naissance et mort. Un village austère loin de la modernité mais encore bien vivant. Des paysans taciturnes. Ce n’est cependant pas un film muet: les claquements de la pelle des charbonniers, les cloches de l’église, celles des chèvres, aboiements du chien. Quels cabotins ces animaux!

Lire pour l’Egypte : Le Roman de la Momie- Théophile Gautier

 

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Un peu d’exotisme et de rêve avant un voyage en Égypte!

Ce court roman paru en feuilleton en 1856 est d’une fraicheur étonnante.


La découverte du tombeau dans la Vallée des Rois est menée allègrement, on s’y croirait.

La deuxième partie, très différente, présente une succession de tableaux, descriptions précises et colorées. Puis l’histoire s’anime quand la belle Tahoser s’éprend d’un Hébreu et que surgissent Moshé et Aharon! une superproduction!

L’édition de Jean-Michel Gardair est très complète. Sa préface passionnante situe l’oeuvre dans son contexte romantique et dans l’égyptologie (égyptomanie) contemporaine. Une biographie très détaillée de Théophile Gautier met le roman en perspective.

Il n’est pas indifférent que Théophile Gautier s’éprenne de l’Égypte par admiration pour le tableau de Prosper Marilhat

La Place de l’Ezbekieh,  une-rue-du-caireprosper_marilhat_-_une_rue_au_caire.1295163740.jpg ,

que la fille de l’auteur apportait à son père des tableaux pour la rédaction du Roman de la Momie. Est ce un hasard si le voyage de Théophile Gautier en Égypte  fut justement pour l’inauguration du Canal de Suez et pour la représentation d’Aïda?

Ces coïncidences me ravissent!

 

Lire pour l’Egypte (Douch) : Les Momies – Un voyage dans l’éternité F Dunand & R Lichtenberg


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Encore un ouvrage de l’excellente collection Découvertes Gallimard!

Les auteurs : Françoise Dunand et Roger Lichtenberg ont étudié les momies de la nécropole de Douch dans l’oasis d’El Kharga pour le compte de lIFAO .
Ils abordent le sujet sous différents angles : la Découverte des Momies par le monde occidental – découverte incluant les écrits d’Hérodote et la curiosité de l’Egyptomanie au 19ème siècle, jusqu’à la Recherche vraiment Scientifique du 20ème siècle avec l’apport des techniques de radiologie.


Le second chapitre traite du savoir-faire de la momification au cours de l’Antiquité égyptienne tandis qu’un troisième, illustré des peintures antiques raconte les rites et les croyances.
Enfin le savant donne des résultats anthropologiques.
Et bien sûr, comme dans tous les volumes de cette collection le propos est illustré magnifiquement d’une iconographie variée et de textes  et documents.

Le sujet est passionnant et ce court livre se lit d’un trait! On  y revient pour goûter encore les illustrations

lire pour l’Egypte(Siwa) : l’Oasis – Alain Blottière

 

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C’est Siwa, l’oasis mystérieuse, l’oasis de l’Oracle d’Ammon, où se rendit Alexandre….C’est par cette visite d’Alexandre, fils de dieu que s’ouvre cette célébration de l’oasis.
Célébration poétique plutôt que récit de voyage, d’une oasis rêvée où l’auteur situa un  roman sans pouvoir la visiter alors qu’elle était interdite aux étrangers.
Célébration d’une osais présentée comme une île  préservée, farouche, qui se refusa longtemps aux visiteurs. Récit des expéditions des aventuriers du début du 19ème siècle qui, même sous le déguisement furent démasqués et chassés.
Célébration de l’amitié, de l’innocence de la rencontre avec les enfants de l’oasis…
Déploration de l’arrivée de la modernité,  de la télévision, de la route en goudron qui amènera les touristes et emportera les oasiens vers la grande ville.
Mieux qu’un guide, un très joli livre qui fait rêver.