A la recherche d’Orphée : Tatoul, le tombeau d’Orphée, villages turcs

CARNET BULGARE

Tombe d'Orphée

La route de Glavartsi débouche au marché de Kardjali. Marché couvert sous une structure métallique contemporaine laquée de blanc . On y vend des légumes et des fruits.

Pour  Tatoul, suivre Momtchilgrad , route à 4 voies enjambée par un pont routier sur lequel je lis « kalos elate » et probablement la même chose en turc. Nous nous dirigeons vers le sud !Momtchilgrad est une petite ville industrielle, précédée d’usines. Elle est beaucoup plus turque que les autres villes que nous avons traversées. Plusieurs officines proposent des voyages à Istanbul ou à Bursa. Les bureaux de change affichent le taux de la monnaie turque. On ne voit guère de cyrillique.

Nous croisons la route d’une tortue. On s’arrête pour la laisser passer puis on est prises de remords, cela aurait été plus malin de descendre et de l’apporter de l’autre côté de la route, les automobilistes venant en face n’auront sûrement pas la même réaction que nous.

La campagne est aussi très différente : le volcanisme modèle la topographie avec de petites montagnes, des coulées basaltiques formant des plateaux entaillés par des ruisseaux encaissés.  On voit aussi des affleurements de ponces. Peu de forêt ici, quelques petits bois de pins, des chênes rabougris, surtout des prés jaune paille parsemés de gros rochers (bombes). Peu de cultures. Des animaux divaguent. Les vaches cherchent l’ombre sous les arbres d’alignement de la route. Les moutons vont ça et là, les dindons se promènent. Sans doute à cause de ces animaux ; les murets de pierre sèche sont garnis de fagots épineux. On doit manquer d’eau, les légumes et les cerisiers ont soif. Poires et pèches préparent une belle récolte. Des femmes aux foulards blancs et aux pantalons bouffants sont assises sur le pas de leur porte. Les jeunes sont en tenue courte.

Le site de Tatoul est bien indiqué sur la route. La forteresse du 3ème -2ème av JC est construite de belles pierres blanches bien taillées. On accède au site plus ancien par un escalier antique. Dans des blocs énormes, le « puits sacré » a été creusé dans la roche. En creux, il a une forme de jarre parfaite. Ses parois sont encroûtées (enduit ou tartre ?). Etait-ce une citerne recueillant les eaux de pluie ou y stockait-on le vin pour les cérémonies ?

La « tombe d’Orphée »est datée du 2ème millénaire av. JC. Le monolithe est creusé pour faire une coupole au dessus du sarcophage. Devant, se trouve une estrade creusée de trois marches et d’une niche (1mx0.5mx1.2m). Des trous ronds étaient peut être creusés pour les lampes à huile ou les torches.

Ce site est très bien entretenu, la forteresse, protégée par un hangar métallique, unb panneau est traduit en anglais Cela manque quand même d’explications !

Un panneau marron signale un site touristique E  Baba : le tombeau d’un saint ? le nom d’un village ? La petite route goudronnée mais pleine de nids de poules monte et descend dans les collines. Le rebord d’une coulée volcanique entaillée par l’érosion donne l’illusion des maisons alignées. C’est là que la route nous conduit. De curiosité touristique, rien de visible ; Mais le plus mignon des villages, aux maisons de pierre délicatement rosées, aux petits jardins enclos, aux dindons en liberté. La femme assise devant sa porte ne répond pas à mon salut et fait mine de ne pas nous voir en détournant la tête.

Pour une fois, nous trouvons facilement notre coin pique-nique : une fontaine, des bancs et une table de pierre polie au dessous de la route : caviar d’aubergine, köfte et banane (achetés hier à Billa).

Retour à Kardjali vers 13h30 sous une chaleur écrasante.

Perperikon

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Montée au temple de Dyonisos marche creusées

A Asenograd, la route longe la plaine Thrace sur la gauche et les collines du piémont des Rhodopes à droite. On cultive des cornichons sur des fils tendus entre des poteaux. On les vend dans des sacs sur le bord de la route. A l’entrée de Topolovo, une mosquée. Arpès Novakovo, la route fait des lacets serrés dans la montagne. C’est bien difficile d’interpréter la géologie de la voiture : granite, granite pourri. De petits champs  de tabac sont enclavés dans la forêt. A Kommuniga, plus de forêt, toujours du tabac, un peu de maïs. Les prairies sont cuites par le soleil, couleur paille. De nombreuses carrioles sont tirées par des ânes.

Perperikon

Quittant la route principale pour aller à Perperikon, nous traversons des villages qui ont tous leur mosquée accompagné d’un fin minaret de fer blanc. Les dames portent sarouel et fichu à la turque, pas un foulard agressif. D’ailleurs avec le soleil de juillet, personne n’irait nu tête. Certains hommes ont fait un pliage de journal comme chapeau.  Les séchoirs à tabac sont rudimentaires : arceaux de bois protégés par un film plastique.  Dans le blé moissonné paissent des troupeaux. Un berger mène ses dindons. Des ânes sont attachés au pré. On en voit un qui rentre seul sur la route. On voit aussi un nid de cigognes. A Gorna Krepost, les inscriptions sur la fontaine sont en turc.

Le site de Perperikon est bien indiqué ; Le grand parking est payant (1leva). Dans une rangée de guérite, on vend de tout, des plans, des cartes postales, des souvenirs. Les premiers sont bien utiles. Le site n’est pas aménagé avec des panneaux explicatifs. Un gardien assis sur une toile prélève le péage (1leva/pensionnaire)

le temple de Dionysos et les cuves du vin pour le culte

Le sentier s’engage dans les buissons et les petits chênes. Sentier blanc, dans les roches blanches friables portant de curieuses taches bleues-vert (oxyde de cuivre ?), puis la pente devient très raide. On parcourt une allée antique creusée dans la roche, on en devine encore les marches taillée pour monter au temple. Un mur de gros blocs entoure le palais-sanctuaire. J’ai beaucoup de mal à distinguer ce qui est fait de la main de l’homme et les roches encaissantes. Je suis un groupe de Bulgares conduit par un guide. Evidemment, je ne comprends rien aux explications mais il me signale qu’il y a quelque chose à regarder. A moi d’interpréter ! Sans repères connus, je rêve à Alexandre le Grand qui est venu au temple de Dionysos consulter l’oracle qui lui prédit des conquêtes mais aussi une mort jeune. Ce n’est pas ma première rencontre avec Alexandre. A Siwa, un autre oracle lui avait promis la conquête de l’Egypte.

Dionysos eut un prédécesseur thrace : Zagreus dont le culte impliquait des mystères orphiques, ds sacrifices sanglants, des rites du vin et du feu. En 2000, l’archéologue bulgare Nikolai Ovtcharov d’après des descriptions d’Hérodote et de Suétone et d’autres sources antiques, émit l’hypothèse que le temple de Dionysos perdu serait à Perperikon. Les jarres contenant le vin de dionysos sont encore en place mi-enterrées, protégées par un petit auvent moderne. Je découvre les bac rectangulaires destinées à recueillir le vin, la citerne à eau au sommet mais je ne trouve ni trône ni le chemin  de l’Acropole. Au sommet de la colline, les archéologues sont sur place avec des dizaines de terrassiers, un cheval, des bûcherons. C’est l’heure de la pause ; Les femmes sont assises entre elles ; L’une porte le même foulard en étamine blanche bordé de perle que celui que j’ai acheté à Beysehir(Turquie) . Les archéologues ont aménagé une cantine avec des tables, des bands et des hamacs. Les bûcherons se tiennent à part et parlent turc entre eux. Il semble que les femmes soient cahrgée du terrassement tandis que les hommes abattent le petit bois de chêne. Je trouve la « sortie », un sentier très pentu qui serpente à couvert des arbres.

Un autre site touristique est signalé : Moniak (une forteresse), nous suivons la flèche, traversons est un village très tranquille et là, nous perdons la piste. Au compteur de la voiture nous avons parcouru 3 km sur une piste coincée entre la voie ferrée et la montagne qui est un joli volcan où sont empilées les coulées basaltiques avec leurs prismes caractéristiques. Quand la piste devient vraiment impraticable, on renonce. On a raté la forteresse mais on a vu un joli

Nessebar : Musée Archéologique

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Le Musée archéologique se trouve  à l’entrée de la ville, près de la digue. Avec la réduction du billet combiné, nous faisons la dépense de l’audio-guide ce qui est une excellente idée.

Quand Nessebar était Messembria

Musicienne

La première salle est occupée par une maquette de la ville et une exposition temporaire «Musique et Danse dans l’ Antiquité » : terracottas de musiciens et d’acrobates, des vases grecs à fond noir.

Hécate à figure triple, protectrice des voyageurs était autrefois placée à un carrefour (statuette 30cm). Deux bas-reliefs présentent les stratèges de la ville procédant au sacrifice d’un bélier. Les boucliers sont accrochés au plafond ainsi que cuirasses, jambières et casques. Au dessus de l’autel cylindrique, une stèle montre les fondateurs de la ville (Marsias et ?)

4 Hydries de bronze servaient d’urnes funéraires. Deux portent des appliques d’une grande finesse. La plus belle figure Borée enlevant Oreithya (4ème siècle  av.JC) .

 

La ville de Messembria était riche : on a retrouvé des trésors composés de bijoux d’or magnifiques ; Les orfèvres thraces et grecs connaissaient  les techniques d’émaillage, de filigrane et de granulation. Les pierres dures taillées (Aphrodite et Athéna) étaient enchâssées dans un sertissage d’or.

Je remarque un récipient (genre cruche) avec la tête de Dionysos.

La collection numismatique témoigne également de la richesse de Messembria. Qui a battu monnaie depuis le 5ème siècle : oboles, drachmes, tetradrachmes, certains imitaient la monnaie d’Athènes (quelques fois avec des erreurs dans la graphie grecque)D’autres identifiaient la provenance de Messembria : tête casquée de Marsias (fondateur de la villeà sur l’avers, une roue avec l’indication META . les pièces romaines sont celle d’Hadrien (117-118), Caracalla(198-217) Septime Sévère(193-211) Gordianus et Tranquillina ???

Des poteries et des pierres tombales avec racontent l’histoire de Nessebar, sa conquête par les Bulgares, puis par les Croisés au 13ème siècle le retour à Byzance, entretemps les destructions par un séisme.

Au sous-sol, une collection d’icônes : comme en Crète, une école de peinture subsista sous la domination ottomane au 17ème-18ème

Les tombeaux des Thraces autour de Kazanlak

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Tombeaux Thraces

le roi thrace Seuthès

Juste avant d’arriver à Kazanlak un panneau signale les Tombeaux Thraces. La route arrive à Shipka, nous n’avons pas vu le moindre tumulus. Comment pourrions-nous demander aux passants ? Les tombes se trouvent sur la route de Shipka à Kazanlak, bien visibles et Trace se dit « Trakisti » . Tumulus Golyama Kosmataka : le tumulus le plus imposant, celui de Seuthès III fouillé en 2004 précisément celui du documentaire passé sur Arte fin avril

Je recopie les documents présentés en anglais et les résume ici :

Au 4ème siècle Av JC, ce tertre sacré était utilisé par les prêtres comme temple pour y cél-brer des Mystères Orphiques. Au 3ème siècle, il devint le tombeau de Seuthès.

Un couloir conduit à une pièce circulaire à coupole évoquant une tholos mycénienne, puis au fond à une salle rectangulaire contenant le lit funéraire et une table de sacrifice. Une porte de marbre à deux battants porte le médaillon d’Hélios et la tête de la Gorgone Méduse. A l’inhumation de Seuthès, on sacrifia un cheval. Dans la tombe on retrouva des amphores de Thasos, le casque et les jambières décorés avec le médaillon de Pallas Athénée et une couronne de feuille de chêne en or. La tombe était recouverte d’un tissu de fils d’or.

Après l’inhumation on brûla la charpente du couloir qui fut comblé.

Les gardiens de la Tombe sont très aimables et ravis de répondre ne anglais à mes questions. Ils me recommandent de visiter le tumulus voisin.

tumulus thrace

Tombeau thrace Ostrucha

Ce tumulus est moins haut que le précédent et très différent ; Daté du 4ème siècle, il comportait six chambres dont une seule contenait le sarcophage et les cinq autres probablement des offrandes ont été vandalisées par des pilleurs au temps des premiers chrétiens. Quatre pièces de monnaies à l’effigie de Constantin témoignent de leur passage. Un jeune homme ouvre la tombe (ventilée avec l’air conditionné). Il me fait allonger sur le lit funéraire (protégé par des caillebotis) pour que je puisse admirer le plafond à caissons autrefois recouvert d’or. Dans chacune des cases (6 par côté) étaient peintes des fresques colorées. Une seule est encore bien conservée : le portrait d’une jeune fille. Au centre – comme les plafonds bulgares actuels – se trouve un carré avec le soleil Hélios au milieu et autour des triangles – symboles astronomiques ? Le lit funéraire avait des pattes de lion. Le sarcophage énorme était un monolithe de granite provenant des montagnes de l’autre côté de la vallée à une vingtaine de km. Ici aussi avait été sacrifié un cheval. Après avoir complimenté le guide pour son bon Anglais, il me recommande de filer au musée de Kazanlak voir les objets originaux exposés. Les autres tombeaux sont fermés, faute de gardien.

Kazanlak

l'Or des Thraces

Avant de visiter le Musée Iskra nous déjeunons à la terrasse d’une pizzeria dans la rue piétonnière du centre de Kazanlak. Il n’y a que l’embarras du choix entre les cafés chics, une baraque à hot-dog ou de petits restaurants. Pour 10 levas on aura une salade grecque, bien servie mais pas assaisonnée, deux « boulettes » de porc aplaties genre steak haché, un verre de vin.

Le Musée est double : une Galerie de tableaux mal éclairés qui n’a rien d’engageant et que nous négligeons, et le Musée Historique. Nous traversons rapidement le secteur de la Préhistoire pour arriver dans les deux salles des Thraces.

Dans la première, une maquette et des panneaux présentent Seuthopolis, la cité de Seuthés, engloutie dans un lac des environs, qu’il est question d’ouvrir à la visite après l’avoir entourée d’une enceinte circulaire qui la protégerait de l’eau. On y accéderait en bateau. Cette île creuse ronde m’apparait assez bizarre. Elle a un goût de Disneyland ou de science fiction. Je préfère étudier le panneau où on a reproduit une ville grecque avec ses rues à angle droit, son agora…dans la boucle d’un fleuve.

Seuthès (330-302 ou 287 ?) a résisté à Lysimachos après la mort d’Alexandre. Il faudrait que je me documente sur les Thraces, leurs rapports avec la Macédoine d’Alexandre, et avec les Daces roumains. Une inscription en grec sur une stèle de Seuthopolis est évocatrice : il y est question d’une Bérénice et Epimenes qui servaient Spartakos au sanctuaire des dieux samothrakiens.

l'or des Thraces : masque funéraire

Dans la salle suivante on trouve l’Or des Thraces, masque funéraire impressionnant provenant du tumulus de Svetitsa (5ème siècle av JC) et des bijoux d’une extrême finesse. Les objets originaux de la tombe de Seuthès sont conservés ici, dans la tombe je n’avais vu que des copies.

Les salles romaines et byzantines retiennent moins notre attention. A l’étage on a reconstitué l’atelier d’un luthier de Kazanlak, réuni dans une vitrine des flacons pour contenir l’eau de rose, dans une autre des broderies et des souvenirs guerriers dans une troisième…

Nous allions remonter en voiture quand la dame du Musée accourt vers nous (en pleine canicule) pour nous dire d’aller visiter le tumulus de Kazanlak à cinq minutes d’ici. On en profite pour faire un petit tour en ville : petit marché assez misérable, un minaret en brique rouge dépassant d’une belle mosquée de bois. Les HLM de béton sont très dégradés, il y a partout des tags avec des croix gammées pas sympathiques du tout.

Le Tumulus de Kazanlak est situé dans un jardin public. Il est perché sur une colline. On ne visite pas l’original mais la copie. Le couloir et la chambre funéraire sont recouverts de magnifiques fresques avec des chevaux des chars biges et quadriges. La femme du roi défunt apporte le repas funéraire. J’entre en même temps qu’un groupe de Français et un groupe bulgare attend. Je n’ai donc pas le loisir de dessiner ou de prendre des notes, juste un coup d’œil.

Sofia Petite rotonde et Musée archéologique

CARNET BULGARE

La Petite Rotonde dans la cour monumentale

Non loin de la rue Saborna, on accède par un passage entre un  restaurant grec et une banque, à la petite église Saint George « la Rotonde » cachée dans une cour monumentale bordée de bâtiments blancs de l’époque communiste. A l’arrière de la Rotonde, se trouvent des ruines romaines : hypocaustes de petits thermes (ou salle de bain privée).

Le porche du Ministère de l’Education, de la Jeunesse et de la Science fait communiquer la cour communiste à une place bordée par la Résidence et le Musée Archéologique. Le sol est pavé des fameux pavés jaunes(en ciment tout à fait ordinaire) qui interdisaient la circulation aux véhicules non officiels. Au centre de la place coule une belle fontaine.

musée archéologique

Le Musée archéologique est installé depuis 1879 dans la Grande Mosquée du 15ème siècle. Les collections sont impressionnantes mais la présentation manque de clarté. Des bornes interactives sont mises à la disposition du visiteur mais cela bogue. Je passe sans transition de la sculpture thrace à la sculpture grecque ou romaine. Tablettes votives ou stèles funéraires portent des inscriptions grecques ou latines (parfois les deux). Une épitaphe en latin se réfère à Serdica (nom romain de Sofia), c’est celle de Titus Decius ancien serviteur de Saint André. Des petits panneaux illustrent la mythologie : ici Héraclès se repose, là, le dieu Nil, plus loin Zeus et son aigle, je pourrai rester des heures à rêver de mythologie.

Certains bas-reliefs tranchent par leur originalité : ceux de Stara Zagora gravés sur du schiste rouge portant un aigle bicéphale, un lion, un pan, un flûtiste. Au dessus de l’escalier qui conduit à la galerie, bien abimé mais spectaculaire : Le Cavalier de Madara (8ème siècle) nous parle des khans bulgares, des steppes …

J’avoue avoir été distraite devant les fresques byzantines de la galerie. Les salles latérales ont éveillé ma curiosité. J’ai enfin trouvé la tête en bronze de Seuthès  qui a motivé notre voyage en Bulgarie après avoir visionné un documentaire sur ARTE. Les Thraces étaient de fameux orfèvres et fondeurs. Le trésor de Golyama découvert en  2004, d’autres tumulus ont livré des objets de bronze, d’argent ou d’or d’une qualité remarquable. J’ai aimé les deux rhytons d’argent à tête de bovins, la couronne en feuille de laurier d’or et le masque funéraire en or de Svelitsa.

les fresques de la coupole de l'église Saint Georges

A la sortie du Musée, il tombe quelques gouttes. Retour dans la cour de l’Hôtel Sheraton (alias cour communiste) pour voir l’intérieur de l’église Saint George avec les 3 ou 4 couches de fresques superposées qui s’enroulent autour de la coupole. Les enduits ottomans les ont cachés pendant plusieurs siècles et par conséquent protégés. Nous serions bien restées plus longtemps à détailler les registres : les prophètes, les anges et le Christ Pantocrator, mais la dame qui vend cierges et cartes postales et qui surveille qu’on ne prenne pas de photos a fermé prématurément (et même enfermé D qui en a profité pour faire des photos).

Phalassarna

CARNET CRETOIS

coucher de soleil sur la tour antique

A17h, nous reprenons la route pour Phalassarna distante d’une soixantaine de km et que nous espérons atteindre en une heure. Nous remontons  jusqu’à 500m d’altitude à Vathi. A l’entrée du village, des voitures sont garées sur tout le bas-côté, une fête ? Une cérémonie ? Un enterrement ? A la porte du cimetière, une table avec deux bouteilles, l’une de Metaxa l’autre de soda orange.

La route tourne, tortille dans la montagne, traverse des villages Kefali, Papadiana, Simochiana, Amygdokefali : quelques maisons accrochées dans le vide. Ils doivent avoir le caractère bien trempé, ces Crétois qui vivent dans une telle solitude, face au vent qui vient d’Afrique. Des chèvres déboulent sur la route. Appartiennent-elles à quelqu’un ? Elles paraissent si indépendantes ! A Sfinari, il y a une plage. La route domine la mer, 150m au dessous. Rien n’est prévu pour se garer sur le bord de la route, mais comme nous n’avons rencontré qu’une seule voiture en une heure on s’arrête quand même. En dessous, une bande de terre plate : des oliveraies. Au loin, une île. Une bande de nuages vient du large. Détour par Platanos, à l’intérieur des terres. Au village de Phalassarna se trouve une plage et quelques hôtels.

Quais antiques

Le site de la ville antique de Phalassarna se trouve à l’écart sous les contreforts de la péninsule de Gramvoussa. Nous arrivons à 19h. La lumière est intense, orange, arrivant de dessous les épais nuages accumulés au sommet de Gramvoussa. Munie du dépliant qu’on  nous a donné au musée de Kissamos, je pars à la découverte du site ouvert mais sans explication. Des chemins bordés de cailloux conduisent aux points d’intérêt : gros blocs taillés  d’un bâtiment indéterminé, plus loin des ruines plus parlantes : un qui avec des anneaux de pierre pour attacher les bateaux (le rivage est monté de 8m depuis l’Antiquité. Des souvenirs du port phénicien de Mozia en Sicile me reviennent . Des blocs ont été évidés curieusement : ce sont des réservoirs à poissons selon le papier, poissons vivants ? Aquariums ou viviers ? Étal de marché ? Près de l’eau une belle tour est encore imposante.

Arrêt à Marinopoulo (Carrefour) de Kissamos très bien achalandé contrairement aux supermarchés de Kato Galatas aux environ de notre hôtel.

Dernière soirée sur notre balcon face au petit port. J’écoute la musique grecque que la station de télévision locale  de Kissamos nous offre : toute la semaine elle a diffusé en boucle un spectacle pascal (sur-imprimé sur l’écran « Christos Anesti », musique vivante de chanteurs, lyra, violons, danses dans une taverne de Kissamos. Cette station a égayé nos soirées.

le Musée de Kissamos

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Musée de Kissamos : mosaïque romaine


Le musée archéologique de Kissamos occupe le Palais du gouverneur, maison vénitienne  sur une place animée non loin de la mer. C’est un musée modèle de pédagogie. Les objets en sont pas présentés seuls : ils sont mis en scène, photo des fouilles, on les découvre avec les yeux des archéologues. Une photo de fresque, ou de bas relief montre l’utilisation antique de l’objet, souvent une poterie banale qui prend de l’intérêt ainsi mise  en évidence. Même présentation pour els cornes de la chèvre sauvage (bouquetin ?) la Krikri, figurée estampée sur un vase.

Les objets proviennent soir de Kissamos, de Phalassarna, sur le bord de la mer ou de Polyrrhenia, situé sur une colline plus au sud. Je m’intéresse particulièrement à Phalassarna que nous visiterons ce soir. : cité-état du 6ème avant JC, puissance navale détruite en 67 av JC par les Romains puis en 365 après JC par un séisme.

Dans les bains Romains de Kissamos on a trouvé des marbres d’une grande finesse : un petit Pan et un satyre. La belle statue de jeune fille venant de Polyrrhénia m’a aussi plu. On a installé à l’étage le chef d’œuvre du musée : une magnifique mosaïque de Dionysos qui vient de Kissamos-même. Au centre : un char tiré par des tigres, tout autour se déroule une chasse au sanglier, les chiens sont particulièrement bien représentés. Deux garçons ailés (des amours ?) capturent le sanglier. De l’autre côté de la salle, sur la bordure symétrique on a figuré le retour de la chasse et le banquet qui a suivi.

Une salle est consacrée aux amphores : un schéma explique comment on les empilait dans la cale du navire. 3 facteurs favorisaient  le commerce des vins : La Pax Romana, la forte demande de vin en Italie, la place stratégique de la Crète dans les routes commerciales.

La dernière salle raconte le séisme (8.5 Richter) suivi d’un tsunami jusque dans le Delta du Nil. On voit un marbre de jeune homme tel qu’il a été retrouvé, écrasé par un bloc et les photos d’un homme retrouvé écrasé dans sa cuisine.

Aptera, cité antique

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Quittant la  New road à la sortie de Souda où se trouve le port de commerce. Un gros ferry est à quai. Face au port, des restaurants et des commerces ; On y vend même la Presse étrangère : sur un portoir, les Canard Enchaîné !

La route traverse les bâtiments de la Marine Grecque. Souda est une base militaire importante. De l’autre côté de la New Road, une petite route monte jusqu’au village d’Aptera blotti sur un épaulement le traverse entre deux kafenéios de carte postale.

kafeneio d'Aptera

Le site de l’Ancienne Aptéra se trouve à la sortie du village. Le mur d’enceinte de très gros blocs a été restauré et on a également dégagé la route antique dallée. Aptéra fut une cité Minoenne importante citée sur les tablettes de Cnossos en Linéaire B , elle exerçait une puissance avale avec les deux ports de Souda et de Kissamos. A la période hellénistique elle possédait un théâtre et un temple de Démeter. Sous la « domination romaine »(vu sur les panneaux) d’énormes citernes en forme de L, de brique et de petit appareil typique des constructions romaines, cimentées, alimentaient les Thermes juste au dessous. Les thermes romains sont bien conservés mais un peu loin du grillage (lundi, le site est fermé). La cité fut détruite par un séisme au 7ème siècle après JC mais au 12ème un monastère dédié à Jean le théologien fut bâti, carré et trapu, il ressemble à un fort vénitien.

Citernes romaines d'Aptera

La ville ancienne disparaît sous une jungle de chardons et anthémis, luxuriante et verte. Des moutons paissent à proximité du théâtre, gardés par un énorme chien intimidant. Le berger à la barbe fournie rappelle le chien qui se couche nous laissant passer ? Comme nous remarquons son bâton noueux, il prend la pose pour la photo.

–          « Comment vous appelez-vous ? »

–          « Manoli, tu sais le Grec ?

–          « Un peu (je fais une faute » ligho »)

–          « ligha » corrige-t-il, content de faire un brin de conversation…

Manoli le berger et sa houlette

Mais les bergers du 21ème siècle possèdent un pickup et un téléphone mobile. Lorsque nous repasserons, il sera occupé par une conversation lointaine et répondra par un rapide « Ya » à mes adieux.

Au bout du chemin, une maison romaine (4ème siècle après JC) avec un péristyle bien visible : les bases des colonnes dégagées, les colonnes en tronçon au milieu. Dans une pièce voisine se trouve un moulin, la pierre de meule, le puits et une sorte d’évier.

La ville ancienne occupe toute l’acropole. Les Allemands ont exploité l’intérêt stratégique de cette colline qui domine Souda, installèrent des batteries de mitraillettes et un blockhaus (noté sur le panneau « occupation allemande »

maison d'époque romaine

Plus loin au bout de la route, le fort de Koules veille sur Souda. Vénitien(1570), carré, flanqué de tours rondes, il faut pris par les turcs. Il est restauré mais fermé (lundi) de là on découvre en bas un autre fort, plus récent avec des canons modernes (peut être encore fonctionnels ? la petite île de Souda fut fortifiée par les Vénitiens qui s’y maintinrent longtemps après la conquête turque de Hania jusqu’en 1715.

Du fort on remarque le mur d’enceinte d’Aptéra qui cerne tout le plateau (3.8km) dans l’épaisse végétation.

la Canée : Musée Archéologique

CARNET CRÉTOIS

Musée archéologique de La Canée


Le Musée Archéologique se trouve dans l’ancienne église San Francesco – une vraie merveille. La nef gothique bordée d’arches romanes sur les bas-côtés. La pierre blanche contraste avec le crépi rose.

Les vitrines sont d’inégal intérêt : poteries de tous âges. L’une d’elle est consacrée au LinéaireB inscrit sur des tessons (13ème siècle retrouvés dans l’ancienne Kydonia non loin du musée présentant plutôt des hiéroglyphes ainsi qu’une intéressante notation des nombres.  Vis à vis :  tablettes de Cnossos et sceaux très finement décorés : les agrandissements de l’impression sur argile donnent un meilleure appréciation des détails. Beaucoup de sceaux utilisent des thèmes animaliers (chevaux ou bovins) mais certains représentent des silhouettes humaines dont une femme en jupe à volants. Dans un vase, on a retrouvé les ossements d’un chiot. Que lui valait les honneurs d’être passé à la postérité : l’affection de son maître ou un sacrifice religieux ?

sarcophage minoen motifs marins

Comme au musée de Rethymnon, de beaux sarcophages minoens sont à l’honneur ; ici les motifs sont marins, poulpes et ondulations des algues ou vagues ?

Sous une grande boîte en plexiglas, tout un troupeau de bovins forme une pyramide. Je compte une bonne cinquantaine de terracottas de tailles variées, de 50 à  5 cm de haut : offrandes à Poséidon du 4ème -3ème av JC (hellénistiques) .

Les belles mosaïques sont romaines : maison de Dionysos, Poséidon et Amymome (Poséidon sauve Amymome de l’attaque d’un satyre). Des marbres sont alignés dans les bas-côtés, bustes romains ou grecs.

Dans la cour se cache une très belle fontaine turque de pierre blanche très fine (peut être du marbre ?) octogonale au sommet pointu.

Fontaine sur la place Syntrivani

Place Syntrivani, encore une fontaine. Nous prenons la rue Kalergon, moins touristique que les abords des quais. Nous nous égarons et tombons sur les fouilles de Kydonia, rue Kanervo : maisons minoennes détruites en 1450 puis en 1350 ; recouvertes à la période hellénistique. C’est très émouvant de trouver l’emplacement où ont été trouvés les objets que je viens d’examiner. En quête du port, nous errons par les voies sans issues du quartier de Kastelli. Hania est moins plate qu’on ne l’imagine, Kastelli est une véritable colline.

les fouilles de Kydonia

Nécropoles d’Armeni, tombes minoennes et orchidées

CARNET CRETOIS

qui m'aidera à la déterminer?

Les vallées descendent de la montagne vers Rethymnon mais ne communiquent pas. A chaque excursion il faut descendre à la vieille route.

La route d’Agia Galini se trouve de l’autre côté de Rethymnon qu’il faut traverser ce qui n’est pas désagréable ; c’est une ville méditerranéenne aux immeubles de 4 étages tout au plus avec des balcons et terrasses de couleur crème, jaune pâle ou rose.  Du haut d la ville on a une vue plongeante sur la citadelle, les ports.

La nécropole Nécropole d’Armeni est bien indiquée sur le côté droit de la route.

Sur le panneau, je lis :

Les fouilles (1969) ont mis à jour 231 tombes datée Late Minoan (1400-1200AvJC) au lieu dit Prinokephalo  « colline des chênes » . Ces tombes sont creusées dans la roche et comportent un couloir et une chambre. Chaque tombe est familiale. L’âge moyen des hommes est 18-31 ans et des femmes 20-25 ans. Le régime alimentaire ne comportait pas d’apport de poisson mais des protéines animales et des végétaux. On a trouvé dans les tombes des poteries.

Arrive en même temps que nous des Anglais dans un minibus. Des archéologues ? je me prends à espérer. Non ! Des maniaques des orchidées qui s’extasient devant un phénomène tout fané. J’explore les tombes sans autre commentaire. La plupart des tombes sont de petite taille avec un couloir d’1 ou 2m. L’une d’elle possède des marches et une chambre carrée avec des bancs. Plus haut dans la colline je trouve ensuite des excavations plus profondes.  Les fous des orchidées savaient ce qu’ils cherchaient ! J’en dénombre 5 ou 6 espèces différentes alors que je n’y connais rien !

qui connait celle-ci?

Au dessus de 400m la végétation change  au profit d’un maquis ras (phrygane ?) les ajoncs sont fleuris, les épineux ras, les arbres se raréfient. La route traverse des villages sans caractère