Delphes : Sanctuaires d’Apollon et d’Athéna

Pâques aux Météores et une semaine au Pélion

Comment raconter cette journée radieuse dans cet endroit magique qui est Delphes ?
Delphi est un village artificiel : ses deux rues parallèles sont bordées de restaurants, de boutiques de souvenirs et d’hôtels. Mais, justement, le kafénéion Apollo reste bien grec dans sa clientèle et sa simplicité : tables carrées, chaises de bois et de paille, pas de décoration artificielle pour touristes.
Un café grec – le premier des vacances – du pain frais – des biscuits peu engageants que je néglige. Le prix, lui, est très touristique : 5€.


Nous quittons l’hôtel à 7H30 pour arriver les premières sur le site. Il fait un petit vent frais, l’air est vif, clair, la lumière idéale. Le chemin piétonnier longe le musée, il est fleuri de lilas violets qui embaument. Depuis que nous avons pris de l’altitude – Delphes est situé à 500 m – les senteurs des lilas ont remplacé celles des orangers.

Sanctuaire d’Apollon

Nous entrons dans le sanctuaire d’Apollon par un forum romain que j’identifie immédiatement : dallage de marbre, péristyle, les mêmes colonnes que celles de l’Agora romaine d’Athènes, murs de briques et de petites pierres caractéristiques séparant les boutiques de souvenirs des pèlerins – touristes de l’Antiquité -.
Le site est encore dans l’ombre. Deux grandes falaises entaillées par une faille dominent le site vers l’Est. Nous sommes très vite rejointes par un groupe de Français , menés par un conférencier qui parle du Pléistocène qui doit son nom au fleuve de Delphes, le Pléistos (fleuve sans eau que j’avais pris pour un chemin). A sa façon de parler, calme et mesurée, on devine l’universitaire, je tends l’oreille. Dominique fait mine de soigner ses cadrages. Il explique ce qu’est un Trésor : un édifice contenant les offrandes d’une ville et compare le Trésor des Lacédémoniens faisant face à  celui des Athéniens comme le Pavillon Soviétique face au Pavillon Allemand à l’Exposition Universelle.

trésor des Athéniens

Le Trésor des Athéniens

Plutôt que de me cacher, à la première pause dans son discours, je demande au conférencier si cela le dérange que nous l’écoutions. Il nous donne la permission de rester avec son groupe. Nous remontons donc ensemble la Voie sacrée bordée des Trésors des villes, connues de nous ou inconnues. Argos a fait édifier deux hémicycles : socles des statues des rois d’Argos et de ses héros (je pense à la tragédie des Sept de Thèbes, il faudra que je m’y replonge), Corinthe mais aussi Sycione et Siphnos que j’ignore complètement. Le Trésor des Athéniens a été complètement remonté – je connais maintenant le terme : anastylose – . Il a l’air tout neuf avec ses colonnes, son fronton où a été gravé l’hymne à Apollon, la plus ancienne partition connue (l’original est au musée). Sur les côtés, ont été gravées des couronnes de lauriers correspondant aux récompenses des Jeux Pythiques. Seules, nous n’aurions jamais deviné les fines gravures. Notre conférencier, Monsieur Cabanes, est épigraphiste. Il nous parle longuement des travaux de ses collègues de l’Ecole d’Athènes qui ont retrouvé les comptes de l’Amphictionie (ligue des villes qui administraient le sanctuaire) au revers des dalles de la voie sacrée. Chaque dalle a été retournée, chaque inscription relevée. Le mur polygonal qui borde la base du Temple d’Apollon est couvert d’écritures : 700 actes d’affranchissement  d’esclaves y sont répertoriés prenant le dieu à témoin. Ainsi, il serait sacrilège de reprendre sa liberté à l’affranchi. Monsieur Cabanes nous parle longuement de ces actes. C’est son sujet de recherche, mais dans un autre site, en Albanie. Il relativise l’importance de l’affranchissement : un affranchi sera xenos, un étranger. Il ne pourra pas posséder de terre et devra se louer comme salarié. Il restera sans doute au sein de la famille où il était esclave.
Sur ce mur, il déchiffre devant nous une autre inscription : « promanteia », sorte de priorité pour aller consulter l’oracle. De plus, ce privilégié a ses places réservées au théâtre. Ce devait être un généreux donateur. Sous la direction de Monsieur Cabanes, l’inscription est très lisible. Quand nous repasserons, quelque temps plus tard, je serai incapable de la retrouver.
Nous passons devant le Portique des Athéniens où on accrochait les trophées : cordages, éperons de proue des navires perses après la victoire de Salamine…Avant d’entrer dans le temple d’Apollon, M. Cabanes nous fait remarquer les socles des statues et de la colonne torse soutenant un précieux trépied ; cette colonne, nous l’avons vue à Istanbul sur l’Hippodrome. Un haut pilier, analogue à ceux des Propylées de l’Acropole, était surmonté de la statue équestre de Prusias. Il fallait imaginer la Via Sacrée encombrée de statues énormes, d’un palmier au feuillage d’or, de trépieds….

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le Temple d’Apollon et le mur polygonal

Deux séismes, un incendie ont eu raison du temple d’Apollon qu’il a fallu reconstruire trois fois. Les souscriptions des 24 villes de l’Amphictionie s’étendaient à tout le monde grec. Parfois, les dons étaient en nature comme ce navire chargé de céréales envoyé au port d’Itea, tout proche, dont un archéologue a suivi la cargaison et a conclu que les rats en avaient mangé une partie.


Ces anecdotes me ravissent. Interviennent des personnages historiques connus comme Clisthène, habile souscripteur de fonds, qui tira une interprétation habile de l’oracle de la Pythie provoquant ainsi l’intervention des Spartiates pour renverser un tyran d’Athènes. Justement notre Hôtel Economy est dans la rue Clisthenous !

Importance aussi de la géographie : il était tout à fait admirable que, sur un versant aussi en pente, les bâtisseurs antiques aient pu s’offrir une esplanade horizontale pour y édifier un si vaste temple ! Importance de la séismicité également. Cabane fait le tour des fondations pour chercher l’adyton – lieu ou la Pythie entrait en transe- On n’a jamais trouvé de faille où se seraient exhalés les gaz qui auraient provoqué la transe.

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printemps à Delphes


Le long du temple, des ex-voto, celui de Crateros, lieutenant d’Alexandre, qui l’avait sauvé au cours d’une chasse. Sans le guide, j’aurais sans doute supposé qu’on entreposait là des cratères !


Le site est très fleuri. Je me régale à photographier les murs du temple colonisés par des touffes roses.
Le petit théâtre est une merveille. Encastré comme dans un écrin, dans la pente, avec la montagne et la vallée  du Pléistos pour décor de scène. Cabanes nous fait remarquer qu’à Orange, les Romains avaient construit un mur obstruant la vue (ici, aussi, les Romains avaient édifié une scène). Du théâtre, nous montons un sentier raide jusqu’au stade. Ici aussi, on a dû araser la montagne pour obtenir un terrain plat. Des gradins, ne subsistent que ceux qui sont adossés à la pente. Les touristes de Clio organisent une course de deux stades en prenant le départ sur la ligne creusée dans le marbre pour faire des cale-pieds. Chez Clio aussi, on fait des gamineries, même à 70 ans !

Le groupe poursuit la visite  au musée. Je regretterai plus tard de ne pas les avoir accompagnés. Il ne faut tout de même pas abuser. Nous descendons en effectuant les révisions nécessaires. Sur le moment, on comprend tout, on voit tout… ce que le guide montre ! Quelques minutes plus tard, une image a chassé la première et il nous faut l’aide de Gallimard pour mettre un nom sur une stèle, un Trésor, une colonne. Qui était donc perché ? Un sphinx énorme comme celui qui se trouve au musée.
Les groupes en car se pressent, des Français en camping car s’interpellent : ils « font » la Grèce, ils ont « fait » la Turquie. Incommodées, nous prenons le large.

Musée

Le musée a été rénové récemment, la peinture est neuve, la présentation agréable, mais les numéros des salles et l’ordre de présentation ne correspondent plus du tout à ce qui est écrit dans nos guides. Nous sommes condamnées à errer au hasard. Je regrette Monsieur Cabanes.

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sauge de Jérusalem – Phlomis fructuosa

L’aurige occupe toute une salle. Je me souviens bien de lui, il figure sur tous les livres. C’est une statue fascinante. Un guide montre comment les yeux sont faits, les cils en relief ; les sourcils soulignés au plomb lui donnent ce regard vivant. La longue chlamyde est retenue par des lanières pour empêcher qu’elle ne s’envole pendant la course. Je pense à l’Ephèbe de Motzia et au Satyre de Mazzara del Vallo, statues si extraordinaires qu’elles semblent habiter un musée construit exprès pour mettre en valeur une seule statue qui marque plus l’imagination qu’une accumulation de chefs d’oeuvre. L’Aurige de Delphes joue dans leur catégorie !

Nous quittons l’aurige pour trouver Antinoüs – personnage des Mémoires d’Hadrien- le bel éphèbe a le visage d’un adolescent qu’on imagine sur un corps d’athlète peut- être trop musclé pour la délicatesse de ses traits. Hadrien, Hérode Atticus sont des personnages récurrents en Grèce où je ne les attendais pas.

Les frontons des temples archaïques sont suggérés : on a peint sur le mur des triangles bleu gris , les dieux et les héros, Apollon sur son char tiré par quatre chevaux, semblent arriver du ciel. Les métopes du Trésor de Sycione sont parfaitement conservées. On se fait une meilleure idée de la décoration extérieure. Les statues romaines sont les plus nombreuses, en meilleur état, mais il y a également des statues archaïques : deux jumeaux massifs aux yeux largement ouverts, au front bas et à la coiffure nattée rappellent les Egyptiens. En déséquilibre sur la jambe gauche, elles s’arrachent à leur socle et commencent à marcher.

D, partie seule explorer, me montre ses trouvailles : Artémis et Apollon et leur sourire archaïque. Artémis est un peu tête à claques. Dans une vitrine des statues chryséléphantines, l’ivoire a été calciné, mais l’or et l’argent sont encore en bon état. On a également retrouvé un taureau au corps de bois, avec les sabots, la tête, les cornes et les parties génitales en  or .Le bois était recouvert de métal.

Première baignade à Itéa

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Itéa

L’après-midi, nous ne résistons pas à une visite à la mer. Par delà les oliviers, elle s’étale, lisse moirée, immobile, miroir d’argent. Nous traversons Chrisso, petit village à mi-pente, plus authentique que Delphes vouée au tourisme. Itea laisse une curieuse impression : de gros bateaux attendent, on ne sait quoi, et rouillent. Les plages sont minuscules, parasols de paille et une cabine. La marina est grande mais vide. Le front de mer est occupé par de belles terrasses de café vides. La marina et les cafés vides s’expliquent : c’est l’heure de la sieste, en semaine et hors saison. Mais les gros bateaux ? En tout cas,  il se dégage une atmosphère de calme bien agréable. Après que je me suis trempée les pieds jusqu’aux genoux, nous remontons à Delphes pour visiter le sanctuaire d’Athéna.

Sanctuaire d’Athéna

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Sanctuaire d’Athéna : la Tholos

La Tholos est ravissante, hautes colonnes élancées, fine corniche. C’est le seul monument resté gravé dans ma mémoire depuis 1978. Des deux trésors de Marseille, il ne reste que les fondations et ce qui est exposé au musée. Les reconstitutions sur papier avaient fait illusion. Les temples d’Athéna ne sont pas spectaculaires. Mieux conservée, la palestre avec sa très longue colonnade

Auteur : Miriam Panigel

professeur, voyageuse, blogueuse, et bien sûr grande lectrice

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