D’Athènes à Delphes en passant par Osios Loukas

Pâques aux Météores et une semaine au Pélion

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La bergère et son ouvrage


Pour quitter Athènes suivre la route de Lamia, puis le périphérique et l’autoroute. Sur l’autoroute, le paysage est peu intéressant, encombré de toute l’architecture internationale hideuse : centres commerciaux, fast food…Nous traversons sans nous en rendre compte la plaine de Marathon. Nous quittons l’autoroute à Thèbes (Thiva en grec). En dépit de son glorieux passé, de Thèbes nous ne verrons que des zones industrielles sans intérêt. Seul rappel de l’Antiquité, les nombreux marbriers qui bordent la route. Nous passons à Tanagra, pas de potier ni de céramique !

Nous quittons la route principale après un arrêt dans le supermarché Galaksias,  et essayons de rejoindre Osios Loukas par un itinéraire touristique bordé de vert sur la carte Michelin. La route doit traverser la montagne. Sur la carte offerte par l’Office de Tourisme, cette route est représentée par un double trait blanc (figuré de piste). Sakis hier soir m’avait vivement déconseillé de l’emprunter. D’après lui nous devrions trouver une piste pour 4×4. Dominique se lance hardiment à l’aventure. Il faut suivre les panneaux écrits uniquement en caractères grecs (ce n’est pas difficile,  je me suis entraînée pour lire rapidement. Or les noms grecs se déclinent et se trouvent le plus souvent au génitif (mais pas toujours). Nous avons l’agréable surprise de rouler sur une route bien asphaltée, même très large. Toutefois, le fléchage est très déficient. Nous nous arrêtons souvent pour demander notre chemin dans les villages (en Grec on me répond en Grec également). Quand mon interlocuteur est avisé, il joint le geste à la parole. Sinon, il me déverse un discours abondant et incompréhensible. L’essentiel est de garder la bonne direction. On s’arrêtera après et on redemandera.

La route traverse une région très montagneuse. En quittant la côte nous trouvons les nuages et même la pluie. Des forêts d’épicéas et des endroits très verts nous surprennent, le maquis d’épineux et de lentisques pistachiers est plus conforme à mon idée de la Grèce. En cette saison, la campagne est très fleurie : lilas bien fournis, arbres de Judée mais aussi petites fleurs des champs et de petits iris sauvages bleus, mes préférés.

Les villages sont très tranquilles, j’ai du mal à trouver quelqu’un dehors dans la rue. Les grosses maisons en ciment crépi de blanc, couvertes de toits de tuile sont blotties au flanc des collines. Les jardins violets de lilas. La montagne recouverte d’un maquis de pistachiers.
Un berger et une bergère dans un antique pick-up rouge au pas poussent devant la voiture un  troupeau de chèvres.

Le Mont Parnasse enneigé

Au loin, les sommets sont enneigés, le Parnasse à l’ouest dépasse les premières crêtes. De l’autre coté du Golfe de Corinthe, une barre blanche apparaît de temps en temps, je ne parviens pas à déterminer à quel massif elle appartient. Le paysage est grandiose, entre neiges et mer d’huile. Allons nous trouver le monastère d’Osios Loukas que nous cherchons ? Il n’est indiqué nulle part. Pourtant les paysans n’ont pas l’air étonné lorsque nous demandons notre chemin. Sur notre carte l’emplacement n’apparaît pas.
Et si nous faisions tout ce chemin pour rien ? Et si ce n’était pas le bon monastère ? Et s’il était fermé ?

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Osios Loukas katolikon

Au loin, planté au flanc de la colline, rouge brique avec une coupole et un campanile, ramassé sur lui-même, inaccessible, nous devinons un monastère. Je commence à avoir de sérieux doutes. Nous nous consolons en nous disant que la route est si belle qu’elle mérite à elle seule le détour.

Osios Loukas


De gros cars sont alignés sur le parking, pas de doute, nous sommes bien arrivées à Osios Loukas . Nous pique-niquons rapidement, assises sur une murette, sous l’œil intéressé de trois chats efflanqués et d’une chienne allaitante aux mamelles pendantes, et celui, réprobateur, d’un homme – un moine ? – qui pousse sa brouette. Nous mangeons du saucisson alors que les Grecs font carême.

Le monastère est énorme. L’église byzantine est contemporaine de celle de Daphni. Très haute, sa coupole est soutenue par des trompes portant huit petites coupoles. La plupart des coupoles sont revêtues intérieurement de mosaïques dorées qui brillent. Sols et murs sont parés d’une marqueterie de marbres multicolores. Gallimard, sur une double page, nous avait éblouies de toutes ces couleurs. Malheureusement, le sol est protégé par un épais tapis de jute.

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Osios Loukas détail

En matière d’églises byzantines, nous ne sommes plus naïves comme la première fois lorsque nous avons découvert Daphni, puis Mistra. Entre-temps, nous sommes passées à Istanbul en Cappadoce, Chypre et en Sicile où les églises de Palerme, bien que catholiques, leur sont apparentées. Nous reconnaissons donc facilement les scènes de l’Histoire Sainte, les portraits de Constantin et d’Hélène debout, de part et d’autre de la croix dans le narthex. Quel luxe fabuleux de marbres, de mosaïques, de dentelles de pierre dans un endroit aussi isolé dans la montagne !

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Osios Loukas, intérieur

e jeu des lumières par les petites ouvertures rondes découpées en feston donne un très bon éclairage aux fresques et aux mosaïques. Pas besoin de lampes ou d’électricité. Je me réfrène pour photographier, nous avons acheté une plaquette illustrée. L’église est pleine de recoins, partout, de détails étonnants. Un musée est installé dans le vaste réfectoire. Un bel arbre est planté dans la cour, des salles ont été restaurées. Plus loin, le monastère est encore habité dans de petites maisons basses, entourées de jardins. Pendant que nous visitions le ciel s’est dégagé, les nuages ont disparu, il fait un temps magnifique.

une bergère

Il reste une quarantaine de kilomètres pour rejoindre Delphi. Nous franchissons un petit col. Une bergère, habillée de noir, garde ses chèvres. Elle tricote au crochet debout plantée dans un pré d’herbes hautes parsemé de fleurs : beau sujet de photographie. Dominique demande la permission. Elle est ravie. J’essaie d’échanger quelques phrases en Grec. Sans doute s’ennuie- t-elle toute la journée, en compagnie des bêtes.  Sur la route, un deuxième renard écrasé. Comment se fait-il ?
Alors que nous avons trouvé le monastère isolé sans nous perdre, voilà que nous avons raté la grande route qui va à Delphes Nous nous retrouvons à la mer, dans la direction opposée. Nous avion pris en autostop deux vieux  qui attendaient sur le bord de la route. Alors que je lui dis que nous allons à Delphes, le monsieur proteste. Si nous nous étions mieux compris, nous aurions pu faire le détour pour les dépanner et ils nous auraient mis dans la bonne direction. Au lieu de cela, nous voilà perdues dans un cul de sac sur le bord du golfe de Corinthe !

Soirée à Delphes

Arrivée à Delphes vers 17H. Le temps de nous installer à l’hôtel, il est trop tard pour visiter les sites. Nous nous contentons d’une promenade à pied jusqu’à la billetterie puis nous traînons dans le village. Je dépose deux pellicules chez le photographe, une heure plus tard, elles sont prêtes.
Nous nous installons pour un café frappé et un  ouzo sur une belle terrasse à contempler le plus beau paysage du monde : le véritable fleuve d’oliviers qui tapisse le fond de la vallée s’étale jusqu’au Golfe de Corinthe. L’eau du Golfe est lisse et brillante d’un bleu opalin si particulier. Mer et collines s’entrelacent intimement. La terre avance en doigts, les îles en petits caps. Au loin dans le Péloponnèse, une grande chaîne barre l’horizon de ses crêtes enneigées.

Auteur : Miriam Panigel

professeur, voyageuse, blogueuse, et bien sûr grande lectrice

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