Météores – Vendredi Saint

Pâques aux Météores et une semaine au Pélion


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La mère de Nikos ouvre la taverne pour le petit déjeuner (4.5€, très copieux : omelette, fromage, pain et café grec). Il fait très frais, je suis habillée d’un gros pull. Des bancs de nuages traversent le ciel.

ROUSSINOU

Notre première visite est à un couvent de femmes Rossinou. C’est aussi le plus petit monastère. Nous garons la voiture au pied du haut pilier, l’arrivée est plus impressionnante que pour ceux qui descendent le sentier venant du plateau. Nous levons la tête et découvrons que les murs épousent le sommet du rocher, ondulant là où le ruissellement a creusé des cannelures dans le grès. 115 marches pour arriver à une terrasse, de là un petit pont franchit le vide. Sur un balcon, deux nonnes en noir.

A l’entrée, soigneusement pliées, des jupes portefeuille à petits carreaux, fort seyantes attendent les visiteuses en pantalon. Nous attendons dans un parloir  meublé de chaises que le groupe français libère l’église minuscule. Nous pourrons ensuite admirer seules les magnifiques fresques anciennes.

Dans le narthex : Jugement Dernier. Un fleuve rouge partage le mur,  d’un côté le Paradis avec trois anges, une étrange porte avec quatre ailes rouges, au centre une tête ronde (que Dominique compare à un sexe féminin avec le clitoris), de jolis arbres avec des fruits. L’Enfer, de l’autre côté, comme toujours, est plus amusant.
Dans la nef, la lumière pénétrant par la fenêtre éclaire un lutrin que D qui fait une collection de lutrins, veut absolument photographier , les icônes prennent un aspect doré. Les lampes suspendues forment un très joli contre-jour.
De retour à l’extérieur,  je descends au parking chercher mon sac à dos pour pouvoir dessiner. Une cigogne qui plane au-dessus de Varlam fait une éclipse.

Grand Météore

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Grand Météore: 

Grand Météore, trop grands bâtiments entassés, trop de marches, trop de cars de touristes sur le parking.. On y entre par un escalier creusé sous le « filet-ascenseur » suspendu au-dessus de nos têtes, il faut gravir énormément de marches. On se retrouve par surprise à la cave devant un énorme tonneau. Comment l’ont-ils monté ? La visite continue dans l’atelier du menuisier où sont exposées de vieilles charrues.
Dans le Musée, installé dans l’Infirmerie, expo de photographies anciennes en noir et blanc, très belles vues de Kastraki sous la neige, de Kalambaka, à l’ère des carrioles tirées par des chevaux et des ânes. Cette exposition mérite, à elle seule, d’avoir grimpé jusqu’ici. Présentation de costumes folkloriques, costumes très colorés de la Thessalienne, noirs fichus et robes noires de l’Epirote. Uniformes des klephtes et des evzones en bas blancs, jupette blanche mais aussi jupettes noires ou même en drap militaire. Très belle collection d’icônes et de manuscrits anciens enluminés jusqu’à une époque tardive, 17ème siècle. Des tableaux historiques représentent les martyres des temps modernes : un pope prêchant la libération de la Grèce et dénoncé par les Juifs ( ?), pendu par les Turcs. Un moine enterré vivant par les Turcs. Cette imagerie récente reprend tous les codes des fresques traditionnelles. La facture est contemporaine.
Dans le Réfectoire, les deux longues tables sont mises : assiettes et pichets d’étain, ronds de serviette marqués. L’Higoumène préside au fond sur une table ronde. Les livres sont posés sur des chaises hautes pour la lecture pendant les repas.
Le Katholikon est de grande taille avec de magnifiques fresques colorées sur les mêmes thèmes qu’à Rossinou.

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la vallée

Kalambaka

A Paris, on nous avait raconté que tout serait fermé le Vendredi Saint. Nous avions fait des provisions pour tout le week-end. Nous trouvons à Kalambaka une grande animation.On vend « le Monde » du jour. Nous laissons une pellicule chez le photographe et achetons un feuilleté aux épinards pour moi et une pizza pour D que nous mangeons sur le balcon. Je termine par un café grec à la taverne que je déguste lentement en lisant « le Monde ». Quel plaisir ! Nikos m’emmène dans la rue pour me décrire une nouvelle promenade. Nous allons découvrir deux monastères abandonnés. Dominique fait la sieste pendant que je poursuis la lecture du journal.

Les monastères abandonnés

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Nous reprenons la rue en pente à la base de l’énorme rocher, le contournons sur une petite route. Nous avons une très belle vue sur Kastraki et ses Météores. Météore veut dire rocher suspendu. C’est le nom qu’un  moine a donné à son monastère. Par extension, on nomme ainsi les rochers et toute la région. Je ne sais comment appeler ces énormes piliers dressés. D’après la documentation, il s’agit d’un dépôt lacustre ou fluviatile ayant donc un poudingue. L’érosion aurait découpé par la suite ces formes fantastiques. Le ruissellement continue à sculpter des cannelures verticales qui recoupent la stratification à faible pendage SW souligné par des alignements de blocs plus grossiers. Cependant, je ne distingue pas de lentilles comme dans le chenal fossile d’un fleuve. Quelques piliers sont creusés de grottes (naturelles ou artefacts des moines ?)
Justement, la falaise que nous longeons est creusée. A la hauteur de la route, les cavernes sont aménagées pour les animaux domestiques, murets et paille de la litière sont bien visibles. Suspendu à plusieurs dizaines de mètres, je découvre un monastère troglodyte qui vient d’être restauré. Comment y accéder ? Un chemin de terre s’enfonce dans le bois de chênes et nous conduit au second monastère suspendu. Les cellules étaient dans les grottes. Des planches, des plateformes de bois et les échelles qui les reliaient entre elles subsistent encore, en fort mauvais état ! La grotte la plus basse est située à une dizaine de mètres du sol ! Une chapelle moderne avec son enclos et sa banquette de pierre qui en fait le tour, leur fait face. Dominique s’y installe, tandis que je cherche le chemin qui permet de s’approcher encore des monastères suspendus. Un chantier restaure Hagios Nikolaos signalé par nos guides pour ses belles fresques.

Rencontres

Je m’installe sur une dalle de grès pour dessiner les Météores. Un couple parlant le français promène un bébé dans une poussette. Ils me demandent si mon dessin est fini. Leur fille a épousé un Grec. Ils viennent la voir tous les ans pour les fêtes. Ils me parlent des tortues. Quand on entend un grand bruit dans un fourré c’est sans doute une tortue. Un corbeau passe têt et ailes noires, mais corps gris. »Il y en a des plus gros qui saisissent les tortues et les fracassent ». Cela me fait penser aux aigles percnoptères qui, justement, jettent des pierres pour casser les œufs. Quel est donc ce philosophe de l’Antiquité tué par une tortue qu’un aigle lui aurait lâché sur le crâne ? (C’est Eschyle, trouvé par Nicole).
D également parlé avec ces gens. Ils lui ont raconté une coutume locale. Le mardi suivant Pâques, les gens rassemblent les braises qui ont servi à cuire l’agneau pascal et les mettent dans la rue sur le seuil de leur maison. Une procession menée par le pope les bénira. Mais mardi, nous ne serons plus ici.

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tour panoramique

Nous recommençons au soleil couchant le tour panoramique des monastères perchés. Notre préféré est toujours Rossanou. Sans doute parce qu’il est le plus petit. Nous y  attendons le coucher de soleil.

lithurgie

Lorsque nous retournons au village, des théories endimanchées convergent vers l’église, à pied, en famille. Nous dînerons, ce soir encore, en écoutant la liturgie. Spaghetti bolognaise pas terribles pour Dominique, magnifique salade grecque et souvlaki pour moi. La cloche appelle pressante. Grande agitation sur la place. Tous sortent de l’église, un cierge allumé à la main, les enfants balancent des lampions. La processions, pope en tête, suit le catafalque de Jésus décoré de têtes d’œillets blancs et rouges piqués pour ne faire qu’une tapisserie de fleurs. Dominique cherche à faire des photos. Je suis la procession qui parcourt tout le village. Je remonte le cortège comme j’ai l’habitude de faire dans les manifs. Il est long, bien plus que celui des profs du Val de Marne processionnant du Rectorat à la Préfecture. J’évalue le cortège à plusieurs milliers de personnes alors que le village ne compte que 1200 habitants !

J’aurais voulu être témoin du moment dramatique où l’on descend la statue de sa croix et où on l’emballe dans son linceul, mais il aurait fallu rester toute la journée et la nuit dans l’église. Nous le voyons à la télévision. Impossible d’échapper aux popes ! Toutes les chaînes diffusent des retransmissions des liturgies. Et la seule fiction vers 22 heures, c’est Barrabas !

Auteur : Miriam Panigel

professeur, voyageuse, blogueuse, et bien sûr grande lectrice

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