Privé de Titre – Andrea Camilleri

CARNET SICILIEN

privé de titre

Camilleri est le père de Montalbano, commissaire favori des nombreuses lectrices (et lecteurs) du Viaggio d’Eimelle .

Auteur prolixe (une centaine d’ oeuvres,  quand même!), il est aussi conteur de l’histoire de la  Sicile . La Couleur du soleil, met en scène le Caravage en Sicile. . La Révolution de la Lune raconte un inter-règne après le décès inopiné du Vice-roi espagnol(1670), un peu plus tard Le Roi Zozimo, le règne d’un sicilien…. Mon  » premier lu, il reste mon préféré. L’Opéra de Vigata  (1870), la Concession du Téléphone , la secte des Anges (1901), se déroulent dans une Sicile où fait irruption la modernité.

Privé de Titre se réfère à la période de l’arrivée au pouvoir de Mussolini. Camilleri s’est inspiré de deux épisodes réels : la mort d’un jeune fasciste dans une rixe qui opposait des fascistes et un maçon communiste et la visite du Duce à Caltagirone quelques années plus tard qui fut à la « fondation » d’une ville fantôme Mussolinia.

Comme dans la Concession du téléphone , Camilleri fait alterner de nombreux dialogues, souvent en dialecte traduits de manière pittoresque par Quadruppani, les pièces officielles des procès verbaux de l’enquête, il ajoute ici des articles de différents journaux siciliens fascistes ou non et fait même une reconstitution cinématographique précise de la scène du crime.

palermeropra degli pupi

« R – Comme je suis borgnicieux, j’étais à la traîne et les deux particuliers allaient m’agrapper quand je me suis souvenu des marionnettes. 

Q – Expliquez vous.

R – C’est pas l’embarras. Vous avez vu au théâtre de marionnettes, dans la légende de Roland, une scène où un preux fait semblant de s’ensauver poursuivi par un Maure, puis tout à trac il s’arrête, se retourne et escoffie d’un coup d’épée le Maure qui n’en peut mais. Eh bien j’ai fait pareil. Ils me sont tombés dessus; je me suis arrêté, et hop, je me suis retourné…. »

 

Cette variété des styles est un plaisir renouvelé. Surtout quand il décrit des scènes de foules complètement cocasses. On rit beaucoup à la lecture de ce roman.

« Citoyens!

Par ce tract nécessairement

anonyme nous voulons vous poser une question.

Un fasciste tué par un autre peut-il être appelé « martyr » Ou bien est-ce

une simple victime privée de titre et donc inexistante

comme martyr? Pensez-y »

Roman policier ou politique? Les deux, bien sûr. Même si la scène du crime a été analysée en détail, même si le meurtrier a avoué l’homicide, il restera jusqu’au bout des zones d’ombres et des doutes savamment distillés. Vrai ou faux témoins? On ne saura jamais  vraiment qui ment. Des pièces à convictions disparaissent du greffe. De nouveaux éléments arrivent théâtralement au tribunal, à point avant la plaidoirie de la défense…

Mussolinia

Ce qui m’a le plus amusée, c’est la comédie de la visite de Mussolini à Caltagirone, posant la première pierre d’une ville fantôme. C’est grandiose!

« quelques jours avant Noël 1930, les habitants de Caltagirone, ébaffés, apprirent par un livre publié aux éditions Sonzogno que la forêt de Santo-Pietro abritait une ville dont ils ignoraient tout. Les chasseurs comme les ramasseurs de champignons qui connaissaient la forêt comme leur poche jurèrent que cette ville n’existait pas.

Mussolonia 2

[…]Non seulement Caltagirone a sa ville satellite, sa ville-jardin, mais maintenant elle a même les pieds dans la mer…. »

Auteur : Miriam Panigel

professeur, voyageuse, blogueuse, et bien sûr grande lectrice

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