La Corse de Guy de Maupassant présenté par Jean-dominique Poli

LIRE POUR LA CORSE

Il est arrivé d’Ajaccio, avec un marque page en langue corse. Mince et fin, un peu trop long une édition en livre de poche, couverture brune élégante, impression soignée d’un éditeur corse Albiana. 

La préface de Jean-Dominique Poli, professeur à l’Université de Corte, est très intéressante et très détaillée accompagnée de nombreuses notes en bas de page. Il soutient la thèse que Maupassant, à la suite de Mérimée avec Colomba, décrit une Corse exotique folklorisée,  faite de vendettas, de bandits. « ...Maupassant ne retient que la sauvagerie des lieux afin d’expliquer la sauvagerie des habitants. ». D’après Poli, son regard serait orientaliste à la suite de Daudet« L’île semble errer, seule et perdue dans une mer sans fin entre le Maghreb si énigmatique et les côtes méridionales de la France peuplées de Tartarin de Tarascon ». Poli relève une association de la Corse aux Kroumirs de Tunisie et dénonce le préjugé d’ « un pays sans culture » en opposition à l’Italie. 

Le recueil présente 14 chroniques parues dans Le Gaulois 1880-1884 et dans Gil Blas de 1881 à 1885. Nouvelles ou récits d’un journaliste cherchant à séduire le lectorat par des récits un peu sensationnalistes. Textes assez courts (tout juste une dizaines de pages) racontant un événement déroulé au cours d’un voyage en Corse, ils différent de La Vie errante qui est un journal de voyage en Italie, Sicile,  Algérie et en Tunisie.En Tunisie j’avais été éblouie par ses pages sur Kérouan.

Je retiens surtout les descriptions :

de la flore du maquis: « Au loin des forêts de châtaigniers énormes semblaient des buissons, tant les vagues de la terre soulevée sont géantes en ce pays ; et les maquis formés de chênes verts, de genévriers, d’arbousiers, de lentisques, d’alaternes, de bruyères, de laurier-tins, de myrte et de buis que relient entre eux les mêlant comme des cheveux, les clématites enlaçantes, les chèvrefeuilles, les cystes, les romarins, les lavandes, les ronces mettaient sur le dos des côtes dont j’approchais une inextricable toison;Et toujours au dessus de cette verdure rampante, les granits des hautes cimes gris, roses ou bleuâtres ont l’air de s’élancer jusqu’au ciel »

  •  – des calanche de Piana :  » Après avoir traversé Piana, je pénétrai soudain dans une fantastique forêt de granit rose, une forêt de pics, de colonnes, de figures surprenantes, rongées par le temps, par la pluie, par les vents, par l’écume salée de la mer.

Ces étranges rochers, hauts parois de cent mètres, mince comme des obélisques, coiffés comme des champignons, ou découpés comme des plantes, ou tordus comme des troncs d’arbres, avec des aspects,f’êtres, d’hommes prodigieux d’animaux, de monuments, de fontaines, des attitudes d’humanité pétrifiée, de peuple surnaturel emprisonné dans la pierre par le vouloir séculaire de quelque génie, formaient un immense labyrinthe de formes invraisemblables, rougeâtres ou grises avec des tons bleus. On y distinguait des lions accroupis, des moines debout dans leur robe tombante, des évêques, des diables effrayants, des oiseaux démesurés, des bêtes apocalyptiques , toute la ménagerie fantastique du rêve humain qui nous hante en nos cauchemars. »

de la Forêt d’Aïtone :  «  Le chemin montait doucement au milieu de la forêt d’Aïtone. Les sapins démesurés élargissaient sur nos têtes une voûte gémissante, poussaient une sorte de plainte continue et triste, tandis qu’à droite comme à gauche leurs troncs minces et droits faisaient une sorte d’armée de tuyaux d’orgue d’où semblait sortir cette musique monotone du vent dans les cimes »

J’ai également téléchargé sur la kindle En Corse de Maupassant numérisé par les éditions arvensa mais seulement 4 des chroniques sont présentes : La Patrie de Colomba, Le Monastère de Corbara, les Bandits Corses et Une Page d’histoire inédite qui sont aussi publiées dans le livre d‘Albiana. Les textes sont accompagnés d’une biographie panoramique  et l’Etude de Guy de Maupassant par Pol Neveux  – biographie complète mais ne mentionnant pas les textes « corses » de l’auteur.

 

 

Auteur : Miriam Panigel

professeur, voyageuse, blogueuse, et bien sûr grande lectrice

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