La Chartreuse de Padula

CARNET DU MEZZOGIORNO (CAMPANIE)

Chartreuse de Padula : la Maison haute

Une invasion de fourmis a retardé le départ. Il y en a partout, dans le lit, dans l’évier de la cuisine, le placard. Je les chasse énergiquement avec le balai à franges, je jette le sachet de sucre et essuie soigneusement évier et plaques.

Trajet de Maratea à Padula

Petite route SP3 jusqu’à Trechina ombragée sous de grands arbres touffus qui grimpe en lacets pour rejoindre la SS585 plus large et plus roulante suivant la vallée du fleuve Noce. Au loin, des villages coiffent les sommets. Le plus pittoresque est Rivello. Après Lagonegro nous montons sur l’autoroute où tunnels et viaducs se succèdent. Etonnamment, elle est gratuite. Les montagnes aux environs culminent autour de 1500 m.

La Chartreuse de Padula

Chartreuse de Padula : immense cloître

Monument inscrit au Patrimoine de l’UNESCO.

Fondée en 1306 par Tommaso Sanseverino elle est dédiée à saint Laurent ; Il ne reste que peu de choses de la construction médiévale, c’est un monument baroque (maniériste d’après le cartel). Les moines ont dû le quitter en 1807 sous le règne bonapartiste, ils sont brièvement revenus et la Chartreuse est devenue Monument National en 1882 après sas fermeture. Contrôlant la route du sud de l’Italie, elle occupait une position stratégique. Elle devait aussi sa richesse des terres fertiles que les moines exploitaient.

la cour du Monastère : fontaine rocaille

Le parking (3€) est situé à l’écart. Il faut marcher le long des grands murs enfermant des grands arbres d’un parc avant d’atteindre le porche imposant.  On entre dans la grande cour rectangulaire entre deux ailes rustiques tandis que face à l’entrée se trouve la façade impressionnante de la Maison Haute (1723). Une belle fontaine 18ème siècle de style rocaille orne la cour. Le cartel explique la séparation entre la Maison Haute, celle des moines qui suivent la Règle de Saint Bruno et la clôture et la Maison Basse des frères convers en relation avec l’extérieur et surtout avec l’exploitation agricole des domaines. Cette cour, cour inférieure, comprenait l’habitation des convers mais aussi un hébergement pour les pèlerins, une pharmacie et l’accès vers les étables, écuries, bergeries qui dépendaient du monastère. Le plan de la Chartreuse rappellerait le grill de Saint Laurent. La Chartreuse a aussi été le lieu d’un camp de concentration pendant la 2ème Guerre Mondiale.

Vestibule décoré à fresques

J’entre enfin dans la Maison haute et je suis surprise par la richesse du décor : le vestibule est couvert de magnifiques fresques (18ème ) ; ces œuvres somptueuses et colorées me paraissent bien profanes .

Petit cloître

j’arrive dans un petit cloître entouré d’arcades de marbre blanc aux colonnes doriques accolées à des piliers. Sous les arcades, les dalles sont gravées. Au centre dune très belle fontaine de marbre est surmontée d’un ange/chérubin/petit amour ( ?) les sol est pavé de briques en arêtes de poisson. Une galerie de briques surmonte les arcades blanches ; Elle est peinte à fresques qu’on devine par les arcades. Malheureusement l’escalier est barré. Belle vierge très baroque.

Maria Dompé : Atrium silentium

Dans une galerie attenante, une plasticienne contemporaine Maria Dompé a installé « Atrium Silentium » « dedicato a tutti che di questo silenzio si sono nutriti » composé de trois cercles de ferraille remplis de mousse bien verte. Avec l’art contemporain, je fais des efforts….refrain connu.

L’église s’ouvre sur ce petit cloître, séparée en deux par une clôture élégante de bois, toute en courbes et volutes, pour permettre aux laïcs et aux convers d’assister à la messe en même temps que les Chartreux.. Sur les côtés plusieurs chapelles et la sacristie communiquent entre elles. C’est en les traversant que maintenant les touristes pénètrent dans l’église des moines. Difficile de détailler la somptuosité du décor avec dorures et fresques au plafond, volutes et nuages baroques….Les chaires sont toutes marquetées de portraits de saints, de scènes ou de paysage comme nous l’avions vu à Naples dans la Chartreuse de Saint Martino. Les autels des chapelles et le grand autel sont réalisés en mosaïque de pierre dures (scagliosa). Le grand autel est encore plus majestueux avec des chandeliers précieux. La sacristie est meublée de placards en noyer.

On passe ensuite dans un petit cloître tout blanc et relativement sobre qui fut le cimetière. En son centre de la verdure et une croix toute simple qui indique cette fonction.

Le réfectoire est de très grande dimension. Il ne reste plus rien du mobilier sauf les chaires de bois contre les murs ; En revanche on peut admirer le pavement et un grand tableau d’Alessio d’Elia (1749) qui semble lui aussi profane avec de belles dames, des chiens élégants : Les Noces de Cana.

Les noces de Cana

La cuisine est spectaculaire avec son immense cheminée sous une hotte avec un équipement sophistiqué digne d’un grand restaurant carrelée de majolique, un four à pain, un grand chaudron…Toute la salle est carrelée de jaune et vert, très gaie Des éviers de pierre, des tables à découper, d’autres postes de cuisson complètent l’ensemble. Le haut des murs et les plafonds sont peints de grandes fresques.

 

Je découvre enfin l’immense cloître (150 mx 100 m)avec les galeries de pierre blanche où s’ouvrent les cellules des moines sur lesquelles est bâti un étage avec de larges fenêtres. Les moines n’étaient pas mal logés. Une de ces « cellules » est ouverte à la visite. C’est plutôt un appartement de trois pièces avec entrée, antichambre, un plafond de boiserie, une belle cheminée, d’épais volets de bois. Le mobilier a disparu mais on peut imaginer une installation confortable. Clôture, certes, mais pas ascétisme ! Le cloître est si vaste qu’on a oublié la proximité de la ville de Padula (qui n’est pas si petite) et qui surgit par surprise dans un coin. Selon l’autre diagonale, c’est la montagne qui domine.

Un couloir mène vers les jardins. Un escalier monumental s’enroule sous sur sorte de coupole aérienne juste pour le plaisir du volume.

Dans une aile sont exposées les représentations d’autres chartreuses, en Italie, en France et en Espagne. Je ne m’attarde pas. Le détour en valait la peine puis qu’aboutis dans une loggia charmante avec fresques et plafond à caissons qui s’ouvre sur un jardin fleuri, étroit entre deux murs sur lesquelles s’appuient des rosiers. Des cyprès donnent leur verticalité ; une niche contenait une fontaine ou une statue. Derrière se déploient les grands cèdres du parc.

Loggia

Je suis restée deux heures pour une visite superficielle sans audioguide. Pour une visite approfondie, il aurait fallu la journée entière. Cela me donne envie de retourner feuilleter les albums de Naples avec la Chartreuse San Martino , de Florence avec la chartreuse de Galuzzo et celui de Ferrare.

J’aurais pu compléter cette excursion à Padula par le Musée Archéologique ou aller voir celui qui est consacré à Joe Petrosino(1860-1909) célèbre détective américain qui a enquêté sur la mafia, né à Padula, assassiné à Palerme.

Il fait bien chaud, après cette matinée studieuse, j’ai envie de baignade. Tout près d’ici, à l‘endroit où la statale 19 rejoint l’autoroute, la route SS 517var va vers Policastro. Sur la carte, c’est une petite route blanche. Dans la réalité c’est une très belle route très roulante passant de ponts en tunnels. Nous avons compté 14 galeries. Comme l’autoroute, elle évite les villages. Pour pique-niquer, il nous faut la quitter dans une belle montagne boisée (parc naturel du Cilento). Nous trouvons une chapelle pour déjeuner dans son ombre. La salade est ratée. J’ai oublié les anchois dans leur huile. Les pommes de terre sont fades, c’est sec avec les miettes de thon.

A Policastro nous trouvons la mer, une marina, des campings et des lidi pas encore ouverts en juin. La route court le long de la mer. A Villamare nous nous arrêtons dans le premier restaurant U cazzil i re où nous complétons par des glaces et café le pique-nique raté. Très bon accueil. Nous reviendrons déjeuner !

Belle baignade le long de la plage. L’église du village a des horloges sur chaque face du clocher, je surveille l’heure comme à la piscine. L’eau est moins froide qu’à Fiumicello.

La route SS18 longe la côte du Golfe de Policastro en passant par  Sapri qui est une grosse agglomération sans charme. Les petites stations d’Acquafredda et de Fiumicello sont plus pimpantes avec leurs jardins fleuris. Les falaises sont hautes, impressionnantes. L’eau bleue tranche avec la roche j’imagine des grottes. La vue est magnifique mais peu d’endroit où arrêter la voiture pour admirer le paysage.

Ce matin, je n’ai pas retrouvé mes sandales dans la voiture. La dernière fois que je les portées c’était sur la terrasse du bar de Fiumicello. Pourvu qu’ils ne les aient pas jetées. Heureusement c’est le jour des poubelles « umido » (épluchures marc de café…). Mes sandales n’étant pas compostable j’ai des chances de les retrouver. Les Italiens trient les déchets mieux que nous. Même dans les rues les corbeilles vont par 4 :  humide, papier, verre, plastique et aluminium. La collecte sélective se fait selon un calendrier qui est affiché au gite.

A l’arrivée au bar, le pinede, la jeune fille nous reconnait. Elle a rangé mes sandales dans un sac. Dans ma joie je commande une deuxième glace cornet vanille amarena avant de retourner me baigner dans l’eau bien glacée.

Auteur : Miriam Panigel

professeur, voyageuse, blogueuse, et bien sûr grande lectrice

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