Chambre avec vue sur l’océan – Jasna Samic

BALKANS (BOSNIE)

La Masse Critique de Babélio m’a offert une lecture qui cadre avec le Mois de L’Europe de l’Est d’Eva, Patrice et Goran. J’ai accueilli ce livre avec curiosité et enthousiasme.

Sur la couverture un bandeau m’interpelle : « traduit du Bosnien » je connaissais le Serbo-Croate, pas le bosnien, voilà une nouvelle langue pour une nouvelle nation. Je n’ai pas fini avec les langues apparentées, voici qu’on parle aussi ékavien en ex-Yougoslavie (Croatie et Serbie). L’adjectif « bosnien » est préféré à « bosniaque » . « Bosnien » : de Bosnie. « Bosniaque » musulman de Bosnie.  le bosnien s’écrit généralement avec l’alphabet latin (comme le Croate) mais il existe des textes en graphie arabe. ll va falloir que je me familiarise avec toutes ces subtilités!

Autre sujet d’étonnement : le titre : Une Chambre avec vue sur l’océan bizarre pour la Bosnie qui est enclavée et plus proche de l’Adriatique que d’un océan. Retournons le livre! le 4ème de couverture me donne une indication : Chambre avec vue sur l’océan est le titre de la première partie du roman. Ce 4ème de couverture est particulièrement réussi et alléchant. L’histoire s’ouvre à Saint Jean-de-Luz, face à l’océan. Nous ne partirons pas tout de suite pour les Balkans! 

Je suis un peu déçue! La première partie du livre se déroule en France où la narratrice –  violoniste – est réfugiée avec son jeune fils et son mari tandis que la guerre fait rage à Sarajevo. 150 pages plutôt ennuyeuses dans le milieu des Bosniens, des humanitaires, des politiques et diplomates gravitant autour du conflit. Galas de bienfaisance, intrigues, galères pour monter des projets humanitaires, rencontres au bar de l’Hôtel Meurice, ou serrage de pince avec Jacques Chirac à l’Hôtel de Ville.   Snobinards assez imbuvables. Mira, la violoniste, tente de monter un « concert visuel » , elle paraphrase  abondamment Cioran, Thomas Mann, ou Wittgenstein. Si je ne m’étais pas engagée auprès de Babélio à fournir une critique, j’aurais fermé le livre et cherché une lecture plus attrayante.

J’aurais eu tort d’abandonner le pensum parce que le livre II: LA MAISON DE SATAN conduit le lecteur à Sarajevo . Changement de décor, de personnages : C’est l’histoire de la famille de Mira. Emina, la grand-mère est fille de bey, belle, cultivée, mariée à un riche avocat. Zina et Dzana, les filles d’Emina,  font aussi de beaux mariages, Zina épouse un musicien renommé, Dzana un médecin. La Yougoslavie communiste les dépouille d’une partie de leur fortune mais Zina donnera une bonne éducation à son fils et sa fille, Mira. J’ai bien aimé l’histoire de Mira, musicienne libre et séduisante, ses amours, son voyage à Cuba.  Je me suis attachée à elle. Pourquoi la Maison de Satan? 

En Yougoslavie commençaient à s’éveiller des démons qu’elle n’aurait jamais pu concevoir. Elle ne comprenait pas ce qui se passait. Musicienne, elle sentait les chose par instinct plutôt que par la raison. La politique ne l’intéressait pas plus qu’avant, mais elle avait la conscience qu’il ne s’agissait pas de politique. Quelque chose puait la décomposition, quelque chose impossible à nommer, à qualifier…

 

Elle repartit pour Paris. A peine y était-elle que le bombardement commença. La ville se mua en enfer. La Maison de Satan

Le livre III  : A L’OMBRE DE LA PORTE DE L’ENFER raconte le retour de Mira à Sarajevo. Retour douloureux  après de décès de sa tante adorée dans une ville en ruines. Retour encore plus douloureux parce qu’elle a perdu sa maison occupée par des réfugiés, presque toutes ses affaires, perdu aussi son poste d’enseignante au Conservatoire. Reproche de tous ceux qui ont souffert le siège de la ville et lui disent qu' »elle ne peut pas comprendre parce qu’elle n’a pas vécu personnellement  » ce que les habitants ont vécu terrés dans les caves. Mira veut réintégrer le Conservatoire, elle cherche à se produire en concert, à monter son spectacle. Elle ne trouve que l’hostilité et le soupçon. Tantôt on la soupçonne d’être une islamiste, tantôt d’être une espionne…Beaucoup de choses m’ont échappé. Peut-être certains s’y reconnaîtront mais question ambiance c’est intéressant. 

J’ai été bien sévère avec le début du livre, il faut être franche mais pas forcément désagréable! La deuxième moitié rattrape mon jugement. A lire, si on est patient et si on s’intéresse à la Bosnie.

Auteur : Miriam Panigel

professeur, voyageuse, blogueuse, et bien sûr grande lectrice

9 réflexions sur « Chambre avec vue sur l’océan – Jasna Samic »

  1. bonjour Miriam, merci pour ce bel article qui m’a interpelée, à cause de la situation géographique de ce roman et du prénom qui rappellent un de mes personnages dans mon prochain roman à paraître :)) merci Miriam, je vais le mettre dans ma PAL :)) malgré votre avis peu encourageant au début, curieuse tout de même

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  2. Comme Goran, je ne sais pas si je serai assez patiente, mais le thème est très intéressant. (Quand je suis allée en Yougoslavie, en 1970 à peu près, les gens disaient que dès que Tito mourrait, ils se taperaient tous dessus ….)

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