Saint Jacques de Compostelle baroque

ESPAGNE ATLANTIQUE DU PAYS BASQUE AU PORTUGAL

Saint Jacques matamore


Muros

Nous quittons O Pindo sous une pluie battante, 16°C.
La côte est très sauvage jusqu’à Muros. La mer est grise, de belles vagues déferlent sur les rochers.
A Muros, le front de mer est aménagé avec des restaurants et des magasins sous des arcades de granite. Je trouve Le Monde. Depuis plus d’une semaine, je ne l’ai pas lu. La télévision espagnole donne des nouvelles insuffisantes : le Tour de France, beaucoup de sport, des faits divers, accidents, scandales politico-financiers, quelques images d’Irak…
  Muros est adossé à la montagne, les maisons de granite ornées de vérandas s’alignent dans des petites ruelles tortueuses coupées d’escaliers. Nous parvenons à un petit marché à étage en beau granite gris. Les paysannes du coin y apportent des paniers avec quelques salades, oignons, des prunes de leurs jardins. Dans l’estuaire à marée basse, des dizaines de pêcheurs à pied avec râteaux et seaux ramassent des coquillages, cela fait plaisir de voir ramasser autre chose que du mazout. L’estuaire s’est vidé presque jusqu’à Noia. Que nous évitons.

L’hôtel Boa Vista

La Pension Boa Vista

La dame de Sol y Mar du Pindo a réservé par téléphone un hôtel recommandé par le Routard. Pour une fois, nous savons où nous allons. L’hôtel Boa Vista se trouve à Costoïa, petit village perché sur les collines à l’écart de la route de Noia à l’ouest de Santiago. C’est une grande bâtisse carrée recouverte sur deux côté par une galerie vitrée blanche à petits carreaux . Nous sonnons, une dame nous ouvre et ne nous laisse pas entrer . Pourtant, nous avions réservé ! Arrive une dame toute vieille et toute petite qui nous montre notre chambre à l’étage. Comme toujours en Espagne, murs crème, mobilier en bois foncé. Aux quatre coins des lits, des torsades de bois pointues donnent un air « espagnol », les meubles et les portes sont rehaussés de losanges et de pointes diamant. Un très joli lustre à pendeloques de verre ajoute une touche raffinée, couvre-lits jaunes très sobres. La salle de bain est petite, une cabine de douche, impeccable.

Notre chambre très espagnole

Dans la galerie sont installées de petites tables et des chaises. On peut y jouir de la vue sur le jardin planté de quatre rangs de vigne, de deux houx sur un côté, une pelouse avec un magnolia et des thuyas de l’autre ? Comme il se doit, il y a un bel horréo couvert de lichen avec une croix en granite et deux colombes en terracotta. Aux alentours, les maisons aux toits de tuile sont dispersées dans les vignes et les vergers. Dommage qu’il pleuve ! On aurait pu s’installer sur la table de pierre et les bancs du jardin. Notre chambre donne sur les ruelles du village. Des fougères poussent sur le toit à la jointure de deux maisons mitoyennes.
Après une rapide installation, nous partons pour Saint Jacques de Compostelle toute proche. On peut vraiment féliciter le Routard pour ce choix !

Saint Jacques de Compostelle

Baroque!

Parking Saint Clément en bordure de la vieille ville interdite aux voitures.
Les rues étroites sont bordées de maisons à deux ou trois étages. Au rez de chaussée restaurants et bars abondent. Nous entrons dans la Cafétéria Paradiso (recommandée par le Guide Vert, décor 19ème siècle) et commandons des bocadillos que nous mangeons sur la place des Orfèvres (Praza das Platerias) sur le côté de la cathédrale. Très beau porche sculpté, portail roman 12ème donnant sur le transept. Sur le côté, la Tour de l’Horloge baroque.

Pélerins

Au milieu de la place : une fontaine ornée de chevaux. La foule qui passe est  amusante à observer. Dominique est très critique, elle n’a jamais vu autant de gens aussi mal habillés ! Il pleut, les pèlerins sont affublés de pèlerines en plastiques. Normal, la pèlerine pour un pèlerinage ! Il y a des scouts, des groupes de jeunes en shorts mais aussi toute une faune de vrais ou faux pèlerins, bâtons et coquilles, sacs à dos, gros godillots. L’un d’eux est particulièrement folklorique : cheveux longs et barbe grise déployée, habits de clodo, assis jambes écartées, il téléphone longuement avec son appareil mobile. Tout ce monde a sorti appareil photo numérique et camescope.

La place de l’Obradoiro et la Cathédrale

Nous faisons le tour de la cathédrale et découvrons l’immense place de l’Obradoiro pour admirer la façade baroque.
Il me revient une expression à la mode il y a une quinzaine d’années « il est trop ». Cette cathédrale est vraiment « trop ».
Trop grande, trop baroque, trop pèlerinage, trop décorée, trop catho …
On ne peut qu’admirer l’escalier monumental qui la précède avec ses ferronneries compliquées, puis en entrant : le Portail de la Gloire (c’est ce que j’ai préféré). Puis être impressionnées par les dimensions de la nef, les dorures de l’autel baroque.

Portail de la Gloire : évangélistes

Nous parcourons la nef en tout sens(enfin pas tout à fait, il y a des cordons comme dans les aéroports pour canaliser les files d’attentes et la circulation des pèlerins). A l’entrée, longue file (on croyait qu’il y avait un guichet pour des tickets d’entrée), les gens vont mettre leur main dans des mains creusées et se tapent la tête sur le saint aux bosses. Ils viennent en famille et se prennent mutuellement en photo ou au camescope. Une autre file permet de rentrer derrière l’autel embrasser la statue de Saint Jacques. De devant, on les voit poser leurs mains sur les épaules de la statue de bois.

Portail de la Gloire

La religiosité, la bondieuserie ou l’obscurantisme (qu’on nomme cela comme on veut) imprègne le lieu. Dominique ne décolère pas devant ces débordements. Chez moi, comme toujours, la curiosité l’emporte. Nous sommes bien décalées par rapport à tous ces gens. Il y a sûrement des touristes dans notre genre qui visitent l’église comme n’importe quel monument historique, mais ils ne se comportent pas « en touriste »  (heureusement, les japonaises de Konya m’avaient exaspérée).

Baroque ! Toujours baroque !

Nous déambulons au hasard dans les ruelles et les places. De l’autre côté de la Cathédrale, la place Immacolada nous fournit l’occasion d’une pause goûter dans un joli jardin. Les tours de l’horloge sont visibles,  au dessus de tout un enchevêtrement de toits, de coupoles, de balustres, de volumes de sculptures baroques. Encore du baroque, toujours du baroque. L’ensemble est homogène. Le baroque a tout phagocyté : la cathédrale romane, les ruelles moyenâgeuses …le granite rend ce baroque lourd par rapport à celui de Noto en Sicile.
Il tombe toujours une pluie fine. Les ruelles se sont vidées, les magasins sont fermés à l’heure de la sieste.

Musée des Pèlerinages
Après l’Université, nous trouvons le petit musée des Pèlerinages (gratuit) installé dans les trois étages d’une belle maison du 15ème siècle. L’exposition, très moderne, très didactique ne laisse rien deviner de l’ambiance du 15ème siècle.

Au premier étage, des maquettes de la cathédrale montrent des vestiges romains, la petite église romane qui a brûlé vers l’an Mil et la construction de la grande nef romane avant l’ajout de la façade et des tours baroques.

Au second étage, exposition très moderne sur les routes de Pèlerinages au Bas Moyen Age sous le portrait de Constantin : le pèlerinage de Sainte Hélène à Jérusalem et toutes les routes romaines vers Jérusalem et vers Rome. Au troisième étage : des objets se rapportant aux pèlerins (leur habit, besace, coquille…) et des sculptures de bois. On nous donne un petit livret en français si fourni qu’on ne peut pas le lire sur place.

Musée du Baroque

Retable baroque

 L’église San Martin Pinario est transformée en musée du baroque. L’escalier qui descend vers l’entrée est encore très baroque et très compliqué. A l’intérieur, c’est un musée des retables. La visite est guidée, ce qui permet d’observer mieux les détails. Dans la nef, le peuple suivait la messe debout (on a ajouté des bancs). De chaque côté, une série de chapelles fermées permettaient aux familles nobles de suivre une messe privée. Certaines chapelles avaient la dimension d’une véritable église avec des coupoles. Le bâtiment, comme tout ici, est en granite, mais il a été peint de manière à imiter le bois dans des plafonds à caissons, en trompe l’œil ou en faux marbre. Certains autels sont baroque italien avec des colonnes droites peintes en faux marbre, des statues installées sur des nuages qui rappellent ce qu’on a vu à Vienne ou en Hongrie. D’autres sont baroques espagnols avec des colonnes torsadées recouvertes de dorures avec des pampres des grappes de raisin, les statues sont aussi pleines de dorures.
Le maître-autel est tout à fait impressionnant, conçu comme un grand baldaquin surmonté de baldaquins empilés (il y en a trois) formant une sorte de pyramide creuse, toute dorée. Au dessus, deux statues équestres, l’une de Saint Jacques Matamore –c’est à dire tuant des Maures. L’autre est un autre saint écrasant sous son cheval un Maure grimaçant. Les écussons de l’Espagne s’entremêlent avec les symboles religieux. On contourne l’autel pour trouver une salle toute de boiseries avec les stalles des moines et trois registres de bas reliefs sculptés dans du bois foncé. Au dessus l’orgue monumental est une étrange scène masquant l’organiste. Enfin le guide nous mène dans la sacristie où sont alignés des angelots blancs (putti) tenant les objets de la passion. Ils sont très nombreux, de bois recouvert de stuc, et ressemblent aux putti siciliens, sauf qu’ici ils sont en rang d’oignon ayant perdu leur emplacement original.

Nous avons acheté du poulet et une salade que nous mangeons en nous cachant un peu sur la table de la galerie. Un couple d’allemand fait de même sans aucune discrétion. Nous avions bien tort de nous sentir coupables de ne pas manger le dîner de l’hôtel, tout le monde fait ainsi.

 

 

 

Auteur : Miriam Panigel

professeur, voyageuse, blogueuse, et bien sûr grande lectrice

6 réflexions sur « Saint Jacques de Compostelle baroque »

  1. St Jacques de Compostelle vu et revu à la télé, tout ce baroque ce n’est pas ce que je préfère non plus. Sur place, ça doit être assez impressionnant malgré tout, mais trop de monde sans doute.

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  2. @Aifelle : depuis lors j ai appris à apprécier le baroque. La foule n était pas gênante. Juste que je ne suis pas à l’aise avec les pèlerinages je me sens décalée au mieux au pire an colère contre ce « matamore »cela veut quand même dire qui tue les Maures et cela me fait penser à l’Inquisition. Difficile pour moi d adhérer.

    Aimé par 1 personne

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