le Rucher d’Inzerki

8 JOURS AU SOLEIL DU SUD MAROCAIN

le Rucher d’Inzerki vu de la route sur le versant d’en face

Le roman de Zineb Mekouar « Souviens-toi des abeilles » fut un coup de cœur. J’ignorais que le Rucher du Saint existait réellement.

Il est certes, éloigné d’une bonne centaine de kilomètres de Taroudant. C’est une visite qui se mérite. Notre première tentative lundi, s’est soldée par une crevaison tout près de notre maison d’hôtes, les 3 paons. Nous décidons d’ignorer les injonctions de Madame GPS qui trouve des raccourcis non carrossables et de rester sur le goudron. A peine avons-nous quitté Taroudant que les gendarmes nous arrêtent, 75 km/h au lieu de 60 , nous croyions bien avoir quitté la ville et roulé dans la campagne ! 150 Dirhams et surtout une belle perte de temps, le gendarme recopie très lentement les passeports et documents de la voiture. La route P1708 traverse de nombreux villages et petites villes, les enfants à vélo, 3 de front, les camions des serres, les habitants qui traversent ne facilitent pas la conduite.

haut Atlas et sommes enneigés

Je décide que nous prendrons l’autoroute A3 Agadir/Marrakech. L’autoroute est très belle, le paysage fantastique, le péage minime. Elle s’élève progressivement à travers la montagne rouge aux sommets découpés. Certains au lointains sont même saupoudrés de neige, ils culminent au-dessus de 3500 m dominant les lignes de crêtes pourpres, violacées et bleues qui se superposent. La montée est interminable entre Amskroud et Argana. La Route Nationale suit exactement le même tracé, passant parfois en dessous de l’autoroute. Elle est vide et ne traverse aucune agglomération. Nous aurions mieux fait de choisir la nationale 11 d’autant plus que la gare de péage à Argana est 17 km plus au nord et que nous avons ajouté 34 km au voyage déjà bien long.

la piste d’Inzerki

Le GPS nous fait descendre trop au sud à Bigoudine et nous envoie sur une mauvaise route. Nous n’arriverons donc jamais ? Je téléphone à Brahim qui nous dit de cliquer sur le lien qu’il a envoyé. nouveau direction nord vers le nord pour trouver une piste de terre que nous avions négligée. Il y avait pourtant un écriteau « Rucher d’Inzerki » mais le chemin ne m’avait pas paru carrossable. 13 km d’une piste poussiéreuse à parcourir encore ! Finalement la piste est assez confortable, sableuse, poussiéreuse avec très peu de cailloux et pas d’ornières. Elle change de couleur sur le parcours, ocre, rouge et même verte à la fin. Elle dessert deux villages ; Très étroite quand même. Nous n’avions pas imaginé trouver un véhicule à notre rencontre. Dominique se concentre pour bien rester dans les traces. Aucune difficulté jusqu’au village. A la sortie, elle devient très sinueuse et même penche en dévers en longeant un ravin profond. La conductrice doit s’accrocher pour deviner ce qui nous attend à la sortie de chaque virage. Il y a tout juste la place pour passer. Sur le versant d’en face, la roche est verte mais la piste plus horizontale. Nous découvrons le rucher visible de la route juste avant le deuxième village.

Le rucher et ses casiers

Le parking est large et dallé. Brahim nous y attendait malgré le retard de près de 2 heures. Nous descendons un bel escalier de pierre pour accéder au rocher adossé à la pente. On découvre d’abord la maison de l’ancien gardien décédé il y a 16 ans, à l’âge de 90 ans.  C’est un rucher collectif où les villageois installaient leurs ruches à la belle saison. Il domine la vallée. Dans le creux, une forêt d’essences différentes où les butineuses trouveront nectar et pollen toute la belle saison. En janvier, il n’y a pas de fleurs et il fait froid. Les habitants gardent leurs ruches chez eux. Brahim a installé les siennes un peu à l’écart. Les ruches se rempliront à la saison des essaims. Les premiers arbres à fleurir sont les caroubiers, puis les arganiers…La récolte de miel s’effectue au printemps. On laisse la moitié du miel pour l’été. Contrairement à l’Europe, l’été est une saison difficile pour les abeilles du sud marocain : la végétation est desséchée.

Brahim nous montre une ruche traditionnelle dans un casier

Les ruches traditionnelles sont cylindriques en roseau tressé. Le couvercle est un cercle de bois de palmier. Chaque famille dispose de plusieurs casiers. Une seule ruche est déposée dans un casier. Quand elle est pleine de miel, il y a de la place pour la réserve à côté. Ces ruches sont moins productives que les ruches modernes avec des cadres pour les rayons amovibles. Les ruches modernes concurrencent les traditionnelles.

L’exode rural est la plus grande cause du déclin de l’apiculture. La plus grande catastrophe est la sécheresse qui sévit depuis des années avec le changement climatique. Cette année, il a plu une fois en octobre et rien depuis. L’an passé, une fois aussi. En 2022 oualou.

Ce rucher collectif date de 1520 ; C’est le plus grand et le plus ancien du Maroc. Comme les agadirs, les greniers collectifs et coffres-forts, il témoigne de la force des solidarités villageoises. Chaque village s’organise pour préserver ses richesses collectivement.

Bien sûr, j’interroge Brahim au sujet du livre de Zineb Mekouar. L’histoire est une fiction. Il n’a pas entendu les légendes autour des vols de miel et de la malédiction qui y est attachée. En revanche, il trouve qu’elle a bien raconté la sécheresse. Le rejet de la femme étrangère montre les limites des solidarités. Ce livre est riche en thématiques : la transmission entre le Grand-Père et le petit garçon Anir qui a donné le titre au livre, le rapport très fort entre Anir et sa mère. La difficile adaptation à la ville du père berbérophone qui parle à peine l’arabe et qui se fait exploiter.

Tandis que Brahim sort une riche vide, me fait sentir la cire et les alvéoles je pense à Anir, le petit garçon de l’histoire, à sa reine des abeilles …

Le retour est beaucoup plus facile. Même si on frôle le précipice on sait qu’on est passées déjà sans encombre, donc c’est beaucoup moins effrayant.  On croise même deux voitures. La première dans le villages avec ses tournants, conduite par deux jeunes filles intrépides qui n’hésitent pas à faire une marche arrière pour nous laisser passer, la deuxième, plus grosse nous contraint à reculer mais nous étions déjà dans la vallée.

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Auteur : Miriam Panigel

professeur, voyageuse, blogueuse, et bien sûr grande lectrice

8 réflexions sur « le Rucher d’Inzerki »

  1. Je n’aurais pas été très brave sur la route, mais ça valait le coup ; et c’est intéressant de pouvoir comparer un livre à la réalité.

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